samedi 18 septembre 2010

Le Français juge son image

Sondage. Les Français, finalement, ont une idée exacte de ce que pense l’étranger d’eux : du mal.

Pourquoi ? Coupe du Monde, « épisodes sécuritaires », Roms, mais aussi spectacle anarchique du gréviste dans la rue (pays non réformable).

Les forces de gauche pourraient avoir tort de croire que la nouvelle est mauvaise pour le gouvernement. 
  • Le pays n’est jamais aussi uni derrière ses dirigeants que lorsqu’il est attaqué. 
  • Il peut en vouloir à l’opposition d'être un fauteur, et une caisse de résonance, de troubles : elle organise des grèves, elle fait une publicité internationale tonitruante aux agissements qu’elle désapprouve. (Qui, la première, a associé notre « politique sécuritaire » au nazisme ?)
Ce sondage pourrait être un appel à un pouvoir fort.

Compléments :

Emploi des diplômés

Il semblerait que les moyennement diplômés aient de plus en plus de mal à trouver du travail. Mais il semblerait aussi que beaucoup de « bien » diplômés soient sous employés.

Notamment en Espagne (plus de 40%), au Canada et aux USA (un tiers).

Probablement la crise est la cause de ce déclassement. Peut-être d’ailleurs que ce sont les diplômés qui chassent les qualifications intermédiaires. Serait-on dans la logique d’étudier plus pour gagner moins ?

D’ailleurs est-ce la qualité de la personne qui est jugée, ou le diplôme est-il un moyen de discrimination ? 

Angleterre athénienne

L’Angleterre, depuis des siècles, a reproduit le modèle de la démocratie grecque. L’Amérique lui ressemble de plus en plus. Curieusement, mes amis anglo-saxons ne semblent pas trouver grand-chose à redire à cette hypothèse.

Parallèle en trois points :
  • Société divisée en deux classes quasiment héréditaires. L’une fort riche et oisive, assez égalitaire, administre sa fortune et discourt agréablement. C'est une démocratie modèle, que personne n'a encore réussi à égaler. L’autre, pauvre et peu éduquée, sert la première.
  • L’Angleterre est le berceau des sports les plus pratiqués au monde (même le cricket, inconnu chez nous, est le deuxième sport le plus populaire sur la planète). Le sport était vu par les public schools comme un moyen de développer les vertus de l’honnête homme.
  • À Cambridge, il y a fort longtemps, j’ai découvert une sorte de club med où tout était fait pour l’épanouissement de l’individu. L’être supérieur brille par sa participation à une vie sociale exceptionnellement riche. Éditer la revue de l’université, jouer dans son théâtre… sont des titres de gloire éternels. D’ailleurs, tout l’enseignement ne semble viser qu’à développer l’art de la parole. Le sujet étudié est indifférent, ou, plutôt, il a l’utilité de nourrir originalement la conversation. (Je me demande même si l’on ne me considérait pas comme super habile car totalement inattendu dans mon choix de sujet : les mathématiques.)
J'en suis arrivé à penser, depuis, que ce qu’apprend l’élite anglaise est la sophistique. Je suis souvent surpris de découvrir, sous des arguments rationnels en apparence, un total manque de logique. Je ne crois pas à un vice mais une attitude délibérée. Pour l’Anglo-saxon, le monde appartient à l’esprit entreprenant. L'être supérieur est celui qui désire. Ensuite, la fin, et surtout le succès, justifie les moyens. Le langage est une arme qui permet au héros de dompter une humanité de sous-hommes.

Compléments :

vendredi 17 septembre 2010

Malheureux Anglais, et Irlandais

Près d’un Anglais, et d’un Irlandais sur 2 veut changer d’emploi.
  • Il est possible que les conditions de travail se soient dégradées depuis que les employeurs sont en situation de force, du fait de la crise.
  • Il se peut aussi que les Anglais et les Irlandais aient plus l’habitude de changer de travail que nous, qui devons accepter notre sort sans broncher. 

Répartition des revenus

Intéressant graphique. Revenus des riches, pauvres, médians de pays de l’OCDE.
  • Luxembourg : champion partout, quasiment. Pays riche et relativement égalitaire. Semble aussi le cas des pays du nord de l’Europe.
  • France, pas très aisée, mais des pauvres relativement moins pauvres qu’ailleurs.
  • Allemagne, un peu plus riche que la France, et finalement assez nettement plus inégalitaire. En particulier les pauvres y sont plus pauvres.
  • Japon un peu inattendu : des pauvres qui semblent particulièrement pauvres, compte-tenu de la richesse du pays.
  • Suède : le plus égalitaire du lot ?
  • USA : grand écart. Les plus riches mondiaux. Un revenu médian assez élevé. Mais des pauvres vraiment pauvres, derrière la Grèce, et pas loin des niveaux du tiers monde.
Commentaire sur ces graphiques :
il semble difficile de justifier l’affirmation que la prospérité requiert une répartition de revenus inégalitaire.

jeudi 16 septembre 2010

Respect des lois

Hier, Issy Val de Seine. En attendant mon rendez-vous je fais les 100 pas. Un Velib avance en sens opposé, en klaxonnant faiblement. Un homme qui marche à grandes enjambées sur la voie cyclable se range en grommelant « fait chier ce con ».

Il est midi, les bureaux se vident et le trottoir et trop étroit pour tout ce monde, qui ne peut qu’empiéter sur la voie cyclable. Curieux à quel point l’architecte français manque de sens pratique me dis-je. Tout en pensant que ce n’est pas parce que l’on est impeccablement dans son droit (comme le cycliste), que l’on est autorisé à condamner sans appel le contrevenant : certaines lois sont quasiment impossibles à appliquer. D’ailleurs l’erreur est humaine. Bref, il n’existe pas de droit absolu. 

Droit à l'information

RFI ce matin dit : 2/3 des Français soutiennent les grèves anti-réforme des retraites. Presse internationale (au moins celle que je lis) : majorité des Français favorable à l’allongement de la durée de travail, les syndicats organisent une dernière charge pour obtenir quelques concessions qui leur sauveraient la face.

Les deux informations ne sont pas contradictoires, bien sûr.

Mais est-il malin, pour la radio d’État, de s’acharner à ce point contre le gouvernement, et pour cela d’y risquer son âme de journaliste ? Que lui arrivera-t-il s’il est réélu ? Ce qui me rappelle les pouvoirs travaillistes locaux qui avaient parié sur la défaite de Mme Thatcher au terme de son premier mandat, et qui se sont trouvés à cours de munitions, voire en faillite, lorsqu’elle a emporté une seconde victoire. (Raison pour laquelle Tony Blair a pu transformer aussi radicalement le parti travailliste : il n’en restait rien ?)

Quelle est l’efficacité de cette opposition ? Les prochaines élections sont dans deux ans. Si l’économie redémarre, on en saura gré au gouvernement actuel, on trouvera qu’il a été ferme dans la tourmente – une première !, et on oubliera le mal qu’on en a pensé. Si ce n’est pas le cas, quoi qu’il ait fait, il sera probablement condamné. 

Compléments :
  • The Economist ou le blog de Jean Quatremer (Libération) me paraissent montrer ce que devrait être la presse : certes ils ont un très fort parti-pris (d'ailleurs ils représentent des tendances opposées), mais ça ne les empêche pas de relayer une grande partie de l'information qui ne leur convient pas. 

Malédiction d’Obama ?

Au sujet de la haine que semble susciter M.Obama (voir commentaire de Mosquée américaine (correction)), une curieuse idée m’est venue, probablement pas très scientifique.

B.Obama peut-être lu de deux façons : soit comme un trait d’union entre noirs et blancs ; soit comme la combinaison de ce que le petit blanc hait le plus. D'une part le noir, dont la discrimination positive a fait un concurrent injustement favorisé, d'autre part l’élite intellectuelle bien pensante, riche et hautaine, qui méprise ses valeurs et lui met des bâtons dans les roues.

Compléments :
  • L'hostilité qu'il inspire pourrait jouer en faveur de M.Obama : il n’est pas impossible qu’en donnant de la force au Tea Party, elle conduise celui-ci à doter les Républicains de candidats inéligibles…Mystères de la politique : c’est à qui tirera le plus contre son camp… Peut-être est-ce logique ? On ne peut être déçu que de ceux dont on attend beaucoup ?

Castes indiennes

Les castes indiennes semblent suivre deux stratégies : celles du sud cherchent à développer les compétences de leurs membres (formation), celles du nord à obtenir des avantages politiques de l’État.

Deux tactiques qui reflètent probablement deux visions différentes du monde, mais aussi l’importance stratégique de la caste. La première paraît mieux adaptée à un monde libéral et individualiste que la seconde. Mais elle ne signifie pas forcément dissolution de la caste : même sans conscience de caste, pouvoir disposer d’alliés est un avantage décisif dans un univers d’égoïstes.

Compléments :

mercredi 15 septembre 2010

Le Français est paresseux

Curieusement, les commentaires de la presse anglo-saxonne sur nos grèves anti-62 ans insistent bien souvent sur le farniente français.

Elle se réjouit tout aussi souvent de ce que nous devions renoncer à notre faible temps de travail, à nos vacances, à notre retraite et à notre sécurité sociale. N’est-il pas honteux que nous ne souffrions pas comme tout le monde ?

Curieusement, l’Anglo-saxon ne se demande pas pourquoi son dieu, le progrès économique, demande à l’homme de travailler de plus en plus, pour avoir de moins en moins…

En fait, l’argument n’est pas nouveau. Au 18ème siècle déjà la bourgeoisie anglaise se plaignait de la paresse du peuple, qui ne travaillait que le juste nécessaire. Lui fournir des emplois bien payés, ainsi que le suggérait Adam Smith, ne ferait, d’ailleurs, que renforcer son penchant à l’oisiveté.

Comme le disait le même Adam Smith, la classe supérieure anglo-saxonne n’a qu’une logique : son intérêt ?

Compléments :

Vive la pension !

La pension (privée ?) est méconnaissable. Ce n’est plus le camp disciplinaire où l’on crevait de faim, de froid et de manque d’affection, comme du temps de mon père. Cela semble confortable. Et on y jouit d’un cadre rassurant.

Non seulement les adolescents choisissent d'aller en pension, mais ses bénéfices se ressentent immédiatement - à en juger par l’échantillon non significatif dont on me parle actuellement. L’élève instable du système public devient immédiatement calme et serein.

L’effet n’est peut-être pas propre au privé. Condorcet, par exemple, semble fonctionner de la même façon. On y a conservé des principes intransigeants. Et l’on y a d’excellents résultats (1/3 de mentions très bien au bac, à l’époque où la fille d’un ami y résidait.)

Retrouverait-on ici le mécanisme d’inflation dont je parlais au sujet de l’université américaine ? Ce qui était jadis accessible à tous (un enseignement public porteur de valeurs fermes) ne l’est plus qu’à des privilégiés ?

Curieusement, le système qui se dessine ressemble à celui des public schools anglaises.  

Que faut-il pour être patron ?

La science s’est penchée sur ce qui fait le patron. 
  • Les qualités qui favorisent l'ascension : avoir la capacité de « projeter une impression de motivation et de confiance en soi » ; appartenir au « bon » département (celui qui monte) ; savoir utiliser ses supérieurs ; maîtriser l’art de la flatterie (jamais une faiblesse) et du réseau ; être loyal.
  • Une fois au sommet, il faut être « humble et paranoïaque » et partir avant d’avoir essuyé un échec.
Échec qui est certainement imparable, puisque rien ici ne parle de compétence. Ce que concède l’article : « il y a beaucoup de choses qui comptent plus que la compétence ».

mardi 14 septembre 2010

Mosquée américaine (correction)

Je ne m’étais pas correctement renseigné avant d’écrire mon billet concernant la « Mosquée de ground zero ». Elle a été conçue exactement avec les objectifs que je voulais lui donner !
Cordoba House (…) is the brainchild of Imam Feisal Abdul Rauf, a well-meaning American cleric who has spent years trying to promote interfaith understanding, not an apostle of religious war like Osama bin Laden. He is modelling his project on New York’s 92nd Street Y, a Jewish community centre that reaches out to other religions. The site was selected in part precisely so that it might heal some of the wounds opened by the felling of the twin towers and all that followed. (Build that mosque.)
En tout cas cette affaire illustre à quel point la réalité a peu de place dans ce que nous percevons (moi le premier). Exemple surprenant d’un mécanisme hyper puissant de résistance au changement : l’interprétation populaire juge en fonction de signes qui n’ont qu’une très lointaine relation avec la réalité. 

Compléments :
  • Dans le même ordre d’idées seulement un tiers des Américains pense que Barack Obama est chrétien. (9/11 plus nine.) Une tentation irrésistible pour la désinformation. 

French cancan

Film de Jean Renoir, 1954.

L’idée m’est venue qu’un film pouvait être une réelle œuvre d’art, et pas une simple distraction. J’ai aussi pensé que la France avait eu du génie. Et aussi que la couleur allait bien à Renoir (j’aime aussi beaucoup Le Fleuve – que je trouve très anglais !).

Film à la gloire de l’artiste (antithèse du matérialisme) et peut être aussi du peuple, artiste par nature. Curieux d’ailleurs comme le French cancan a quelque chose de païen. Il apporte un peu de vie et de chaleur à notre époque moralisatrice et lugubre. 

lundi 13 septembre 2010

Sortir de la crise

Comment sortir de crise? Mon billet précédent sur la taylorisation de l’économie me donne une autre idée bizarre :

Faisons le contraire de ce que nous avons fait. Abandonnons l’illusion de l’automatisation à outrance comme source de gain de productivité. Il faut réapprendre à exploiter le génie social, en lui faisant porter les changements (l’automatisation demeure utile, mais en appui). Et, pour cela, il faut identifier les personnels qui conservent un résidu de compétence en conduite du changement (« hommes clés »), les former, les faire intervenir comme animateurs des évolutions de la société, en utilisant ces changements pour construire leur expérience. Les DRH ont un rôle critique à jouer dans ce dispositif.

De ce fait, l’économie se remettra à créer de la « richesse » au lieu de continuer à dissiper son énergie en une lutte des classes stérile.

Que peut faire l’individu dans ce changement ? Tout. Comme le dit un de mes livres (« les gestes qui sauvent »), l’employé, même perdu dans la profondeur de la hiérarchie, a un pouvoir énorme sur la réussite des changements. Et les techniques nécessaires sont d’un gros bon sens. Il faut simplement qu’il ait la motivation d'assister son organisation en danger.

Nous devons prendre notre sort, et celui de nos entreprises, en main. Vu d’où nous partons les premiers pas sont difficiles. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Compléments :
  • Cette transformation signifie qu’il faut se débarrasser des hordes de consultants qui aujourd’hui cherchent à apporter à l’entreprise le savoir qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Curieusement, c’est ce qu’a fait Siemens (que j’avais critiqué pour cela !), qui, par ailleurs (?), semble métamorphosé
  • Distinguer les employés doués pour l'animation du changement permettra de les protéger du licenciement la prochaine fois qu'une fièvre d'automatisation gagnera l'Occident. 

Taylorisation de l’économie

Les qualifications intermédiaires sont victimes des transformations de l’économie dit la presse américaine. Elles ont été éliminées par l’informatique. D’où chômage structurel. Idem partout. En creusant cette découverte inattendue, j’en suis arrivé à une idée curieuse :

C’est ce management intermédiaire qui est la cheville ouvrière du changement. S’il a été liquidé, cela explique pourquoi je constate que les entreprises ne savent pas conduire le changement. Mais aussi pourquoi on me demande de plus en plus de parler de changement. (Je pensais apporter du nouveau au monde, alors que je ne fais que lui rendre la mémoire ?)

Bref, en croyant faire gagner en productivité l’entreprise, on l’a privée de ce qui lui permet d’évoluer.

Compléments :
  • Je viens de comprendre que ce diagnostic correspond exactement à ce que dit le rapport sur le bien-être au travail remis au premier ministre en début d’année. L’entreprise n’a plus d’encadrement digne de ce nom, qui ait du pouvoir et qui sache faire son travail de management.
  • Cette élimination des « contremaîtres » était la grande idée de Taylor. La raison pour laquelle il voulait s’en débarrasser explique probablement pourquoi le management intermédiaire a été victime d’une purge : il avait beaucoup trop de pouvoir et de compétences, il était difficile à manœuvrer. (KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.)
  • Sur le rôle du management intermédiaire dans le changement : HUY, Quy Nguyen, In praise of middle managers, Harvard Business Review, Septembre 2001.

Mosquée américaine

Photo de satellite : le site envisagé par la Mosquée de « Ground zero » est à deux pas de l’emplacement de l’ex World trade center. Succession de réflexions :
  • Si l’on avait voulu démontrer que l’Islam était une religion d’autistes, aurait-on pu trouver meilleur symbole ?
  • Mais quelle leçon, pour les fondamentalistes et ceux qui en souffrent, si l’Amérique acceptait cette Mosquée ! Lorsque le général Kléber a été assassiné pendant la campagne d’Égypte, les Égyptiens avaient été extrêmement surpris que ses assassins aient droit à un jugement.
  • Et pourquoi ne pas utiliser cette Mosquée comme lieu de rencontre de la pensée américaine, à l’image de ce qu’a peut-être été l’Andalousie d’Averroès ? On pourrait y réfléchir à un Islam qui aime l’Amérique et ses valeurs. 

CCI et effet de levier

La réforme des chambres de commerce est probablement typique d’une réforme à la française. 

Les chambres de commerce ont été créées par des réseaux d'entreprise pour promouvoir leurs intérêts communs (la première chambre date de 1599, à Marseille). Au cours des ans, l'adhésion des entreprises à une chambre est devenue obligatoire. Et elles se sont elles-mêmes constituées en réseau, en établissant des noeuds régionaux et nationaux. (Il existe aussi des chambres de commerce à l'étranger.)

Le gouvernement a décidé qu’il était rationnel qu’elles soient gérées comme l’État français, c'est-à-dire (pour commencer ?) que la région dirige le « territoire ». Ainsi on réaliserait de grandes économies. D'ailleurs la contribution de l'Etat au budget des CCI a été immédiatement réduite. Curieusement il semble aller de soi qu'un tel changement ne peut qu'améliorer les services des CCI, puisque rien n'est fait pour s'en assurer. 

De quel type de changement parle-t-on ? Quel en est la complexité ?
  • Les CCI aujourd’hui ressemblent à des PME, ou plutôt à des mutuelles ou à des coopératives. Avec un conseil d’administration puissant (constitué de notables de l’économie locale) et un directeur général, révocable ad nutum comme dans l’entreprise. Son rôle est de mettre en œuvre les décisions du conseil. Leurs équipes sont d’un niveau de qualification très supérieur à celui que l’on trouve dans des entreprises de taille équivalente.
  • Il s’agit donc de fusionner ces unités pour réaliser des synergies et constituer l’équivalent d’une grande entreprise de plusieurs milliers de personnes. L’équipe de la CRCI qui jusque-là avait un rôle de coordination et de représentation, pas de management, doit donc prendre le pouvoir sur des « PME » pilotées par de vrais patrons, et les fusionner. Elle doit réaliser dans le même mouvement les fameuses synergies, entre des processus hétérogènes (systèmes d'information, centres d'appels, systèmes de paie, tarifications... pas uniquement entre CCI, mais aussi entre les écoles, aéroports, ports... qu'elles administrent). Et qui dit grande entreprise dit recrutement de managers adaptés à ce type de structure (DRH, etc.). Mais les salaires de la CCI ne sont pas ceux de l’entreprise… D'ailleurs il n'y a que l'Etat qui ne sache pas que l'on doit investir pour obtenir des gains de productivité. Il prélève dès maintenant une part des économies qui ne peuvent qu'être réalisées.
  • Cette structure fonctionnant de haut en bas, à l’image de l’État français, ne risque-t-elle pas d'oublier sa mission séculaire d'aide de proximité à l'entreprise, et, devenue inutile, d'être liquidée ?
Dans le monde de l’entreprise faire réaliser par une « holding » de managers sans expérience la fusion d’une dizaine de PME d’un coup, et sans investissement, serait inconcevable. Le plus bizarre est que certaines CCI pourraient réussir.

Ainsi les CCI d’Auvergne ont trouvé un arrangement élégant : elles ont constitué un conseil d’administration qui réunit le DG de la région et les DG des territoires. Chacun continue à piloter sa CCI, tout en ayant un rôle fonctionnel régional. Ainsi elles ont évité la plupart des pièges signalés plus haut : l’ancrage reste local, pas de lutte de chefs et de résistance au changement, pas besoin d’engager une star du management pour conduire le changement et des dirigeants fonctionnels chers, et ça ne coûte rien puisque l’on reconduit les structures existantes. Tout ce monde peut paisiblement réfléchir à la stratégie de sa région, et à la réduction progressive de ses coûts structurels par synergie. Changement à « effet de levier » ?

Compléments :
  • Le rôle que pourraient jouer les CCI si elles survivent au changement. 
  • Une introduction à ce qu'est une chambre de commerce. Curieusement la France semble pionnière du concept, avec la Belgique.

dimanche 12 septembre 2010

Territoires occupés

Mon réveil matin m’apprend que la décision d’Ariel Sharon de démarrer un retrait des territoires occupés par Israël, en évacuant la bande de Gaza, a été suivie de la victoire électorale du Hamas. Ce qui aurait dû être vu comme un geste de bonne volonté a déclenché une spirale d’hostilités.

Dans ces conditions il est compréhensible qu’Israël hésite à persévérer dans ce qui semble avoir été une erreur. Et il est, probablement, remarquable qu’elle persiste effectivement.

German pride

Après un demi-siècle pendant lequel l’Allemagne a cherché à « ce que le monde l’aime à nouveau », elle semble maintenant avoir évacué sa mauvaise conscience, et vouloir affirmer sa fierté d’être elle-même « il y a un immense désir d’explorer notre contribution à la culture mondiale ».

Curieux, car elle est bien moins admirable qu’après guerre : le modèle qui faisait qu’on y vivait si bien paraît cassé. L’économie flambe sans que les salaires ne la suivent, « les nouveaux emplois paient moins et sont moins sûrs », le système de protection sociale s’est détérioré et laisse pas mal de monde dans la précarité… Sans compter la bien difficile question de l’immigration - « un cinquième de la population est immigrée ou d’origine immigrée » - pour un pays qui a passé au moins un siècle et demi à fantasmer sur la pureté de la race germanique.

Dans l’histoire allemande le nationalisme n’a jamais été associé à la prospérité. Au contraire, il a été le paradis perdu des périodes de crise économique et de frustration de son idéal d'unité. 

Les disqualifiés de l’emploi

Notre chômage est de nature structurelle. La révolution informatique a éliminé le besoin de qualifications intermédiaires. La France serait un des pays les plus touchés au monde (-12% en 13 ans). (Explication du malaise des classes moyennes, l’électorat de notre président ?) L’argument qui justifie cette mise à la porte ? Gain de productivité. Grâce à l’informatique, il faut moins de personnes pour produire la même chose.

Mais cet argument est une hérésie économique ! La logique d’un investissement est de permettre de gagner plus d’argent. Or, je n’ai encore jamais vu que ce soit le cas pour l’informatique (c’est le fameux paradoxe de Solow). Les systèmes d’information coûtent des fortunes (en consultants !), ne donnent pas ce que l'on attendait d'eux, et il faut les renouveler sans arrêt !

Curieusement, tout le travail de Taylor a été de liquider les contremaîtres. Ça a été aussi l’obsession du reengineering de Michael Hammer, et la logique des transformations des années 80, où l’on cherchait à robotiser à outrance.

Or, ces « qualifications intermédiaires » ne le sont que par leur position dans l’entreprise. En fait, ce sont elles qui la font fonctionner. D’ailleurs le problème des contremaîtres de l’époque de Taylor était justement cela : ils étaient indispensables !

Et si la logique de la transformation que nous avons vécue n’était pas celle d’une société qui optimise son organisation pour maximiser la création de richesses, mais celle d’un partage d’une richesse fixe ?

Compléments :
  • Si elle n’était pas d’accord sur la manière, la Martine Aubry des 35h était d’accord sur le diagnostic. Serait-ce cette unanimité de nos élites pour un diagnostic faux qui est la source de nos malheurs ?
  • Sur la découverte de l’importance des fonctions intermédiaires, suite à leur élimination par la mode du reengineering des années 90 : Corporate Amnesia, The Economist, 20 avril 1996.
  • KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.
  • Une précision sur l'informatique : l'informatique n'est pas un mal en elle-même. Mais nous lui en demandons trop. Le bon investissement informatique est homéopathique, en appui de l'homme, non en remplacement. 

Changement : logique de l’échec

Je prépare une intervention sur l’échec des fusions / acquisitions. Un marronnier de la littérature du management. Une idée me frappe. Acquérir une entreprise est effroyablement complexe. Et très très risqué : on ne compte plus les entreprises tuées par leur politique d’acquisition. Rappelons-nous les 70md de dettes de FT.

Confrontés à de si formidables dangers, comment se fait-il que les dirigeants puissent encore dormir ? Comment se fait-il qu’ils ne cherchent pas à apprendre à acquérir, comme ils l’ont fait pour les autres compétences qu’ils ont apprivoisées – c'est-à-dire par la pratique, par l’amélioration continue ?...

Parce qu’ils croient que leur rôle est rempli lorsqu’ils ont décidé d’une politique de croissance externe. Ensuite c’est aux banques d’affaire d’officier. Et tous nos changements obéissent à cette logique :

Pour éliminer un chômage de 10% il suffit de décréter que le temps de travail va être réduit de 10%, pour que le chercheur fasse la fortune de la nation, il suffit de décréter qu’il doit publier en marche forcée, pour rendre une entreprise rentable il suffit d’acheter un progiciel de gestion… Autrement dit, pour transformer l’entreprise ou la société, il suffit de prendre la « bonne » décision.

Or les décisions ne se mettent pas en œuvre par miracle. Elles doivent être appliquées par des hommes. Et un groupe d’hommes, une société, c’est infiniment complexe !  (Et que dire de la nature !)

A quoi peuvent servir mes livres, si personne ne comprend cette évidence ?