lundi 18 octobre 2010

Fusion Angleterre-France

Il semblerait que la France et l’Angleterre envisagent de fusionner, au moins en partie, leurs forces armées. Histoire de réaliser des économies. (Entente or bust.)

Curieux point final à mille ans d’hostilités, de projets démesurés et de conquêtes de tous les continents.

Curieux aussi à quel point la logique économique domine tout, désormais. Transformer un pays en entreprise le rendra-t-il plus durable que le Royaume de France ?

Société Générale et recrutement

Un avocat m’explique la stratégie de la Société Générale dans l’Affaire Kerviel : en faisant sauter toute la hiérarchie de J.Kerviel elle a cherché à démontrer qu’elle avait été abusée. Ce qui prouvait son innocence. Comme le disait mon père, « le Français invente le droit ». Eh bien, j’ai inventé le droit en pensant que supprimer tous ces gens était plaider coupable.

Cette histoire m’a aussi rappelé des discussions récentes avec des entrepreneurs. Tous m’ont dit qu’ils devaient leur succès à la chance, et que leur plus grosse peur était un mauvais recrutement ; qu’ils avaient apporté un soin particulier au processus de recherche et d’intégration des nouveaux, qu’ils suivaient personnellement. Pourquoi la Société Générale n’a-t-elle pas paru obsédée, comme eux, par les risques d’un mauvais recrutement, sachant que le dit recrutement manipulait 50md€ ?

Selon mon interlocuteur, une évolution du principe du management en est la cause. Il est devenu financier. Il a oublié le métier de l’entreprise. C’est cette disjonction qui est à l’origine des suicides et, plus généralement, des problèmes de santé au travail et de harcèlement. En effet, elle l’amène à demander ce qui n’est pas possible à ses employés. Il me dit que l’entreprise s’est « déresponsabilisée » au sens où elle prend des décisions dont elle ne comprend pas (et assume encore mois) les conséquences. 

Compléments : 
  • Article 1382 du Code civil. Créé par Loi 1804-02-09 promulguée le 19 février 1804 : 
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

L’homme est nécessaire à la nature ?

L’homme serait un facteur favorable à la biodiversité. C’est l’idée la plus surprenante que je retiens du Développement durable de Sylvie Brunel.

Du coup, j’en viens à me demander si nous sommes manipulés par des idéologies erronées. L'idéologie anglo-saxonne de la nature vierge et de l’homme nuisible. Mais aussi la doctrine rousseauiste qui veut que la société corrompe tout et qui pleure sur une communauté initiale et bénie de chasseurs cueilleurs, après laquelle Lévi-Strauss a couru toute sa vie.

Et si, comme dans la pensée chinoise, l’homme était au centre du monde, au sens ou il est essentiel pour son bon équilibre ? Et si les inquiétudes de Rousseau et des écologistes anglo-saxons tenaient non à un vice de l’homme en général, mais à celui de leur société propre : une forme de parasitisme, non durable ?

dimanche 17 octobre 2010

Nobel contre Républicains ?

Les 3 Nobel d’économie ont étudié le chômage et montré qu’il obéissait à des lois bien plus complexes que celles de la théorie économique acceptée – mais bien plus simples que ce que vit le chômeur.

Les gouvernants n’écoutent que les économistes. L’économiste ne comprend que les mathématiques. Par conséquent, il faut lui traduire mathématiquement notre réalité pour qu’elle lui soit accessible. Et qu’il ne pousse pas les nations à faire notre malheur.

Curieusement, l’un des élus, appelé à un poste élevé dans l’administration américaine, voyait ses compétences mises en cause par l’opposition républicaine. (Search and employ.)

Après les prix de MM.Obama et Krugman, les jurés du Nobel combattraient-ils l’obscurantisme républicain ?

Guerre des changes

Les Américains accusent les Chinois de sous évaluer leur monnaie. Les Chinois accusent les Américains d’un « quantitative easing » (ce que fait aussi l’Angleterre) qui projette des fonds vers l’étranger et fait s’envoler les taux de change. On accuse ceux qui veulent résister à ces manœuvres de protectionnisme. (How to stop a currency war.)

Curieusement la zone euro n’accuse personne. Pourtant sa monnaie est au moins aussi surévaluée par rapport au dollar et à la livre que ne l’est le dollar par rapport au yuan, et elle ne fait pas de quantitative easing, pas plus qu'elle n'est protectionniste. (An indigestible problem.)

Tout ceci nous dit que les tours de passe-passe monétaires sont impuissants. Il faut restructurer en profondeur les économies mondiales. (Par exemple, réévaluer le yuan force à réorienter les Chinois qui travaillent pour l’exportation.) L’Allemagne a probablement raison. Il faut que nous nous attelions à une conduite du changement… 

Les facteurs sociaux du bonheur

Jusqu’ici les scientifiques pensaient que nos gènes déterminaient notre bonheur. Ils commencent à en douter. D’autres facteurs ont été identifiés :

Un compagnon névrosé, un poids qui n’est pas correct, le carriérisme et le matérialisme plutôt que l’altruisme et les valeurs familiales… pourraient nuire gravement à votre santé.

Compléments :

samedi 16 octobre 2010

Drôle de grève

La grève que nous connaissons actuellement me paraît bizarre. Les sondages se croisent et se contredisent. Personne ne sait réellement ce que signifie la réforme au cœur du conflit, sinon qu’elle a été menée n’importe comment. Je sens un mouvement d’indignation bien plus faible que contre d’autres réformes. À l’image des lycéens qui se retrouvent dans la rue en vertu de raisons vagues et indéfinissables. D'ordinaire les métros autour de chez moi sont à l'arrêt total lors des grèves, or je n'ai quasiment  rien ressenti ces derniers temps...

J'ai curieusement l'impression d'une guérilla isolée qui a peu de moyens, mais qui fait preuve d'une imagination qui confine au génie. Des actions décousues, le fait de groupes isolés mais qui tiennent des noeuds vitaux pour la société : Mediapart déclenche l'affaire Woerth, leurs propres minorités agitent les syndicats, le petit nombre de personnes qui approvisionnent les raffineries cherchent à priver le pays d'énergie... Quant aux lycéens, qui me font plus penser au Bartleby de Melville qu'au révolutionnaire de 48, j'en viens à m'émerveiller du talent qu'il a fallu pour mettre en marche ces zombies.

Au fond, le plus étrange n'est peut être pas là. Il est dans la formulation de la réforme. Autrement menée, même dans un format plus radical, elle aurait probablement été acceptée sans encombre. Or, elle est parvenue à mettre en mouvement l'inertie. Forme de provocation ?

Et si quelque chose d'autre que les retraites était en jeu ? Une revanche de 68, qui se jouerait entre titans vieillissants ? Des titans peu nombreux et titubants mais qui ont rassemblé toutes leurs forces pour un dernier combat ?

Obama et Israël

B.Obama serait parti pour essuyer un nouveau revers. Les discussions entre Israéliens et Palestiniens sont mal engagées. La raison en serait qu’il ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Je me demande s’il n’en est pas de même en Afghanistan. N’a-t-il pas déclaré que l’Amérique allait bientôt s’en dégager ? C’est peut-être une façon de stimuler ses forces, de les pousser à se transcender (c’est un « stretch goal » dans le jargon des sciences du management), mais c’est aussi un moyen de stimuler leur adversaire…

Ce qui m’a rappelé la thèse d'un livre selon laquelle les Américains étaient de « reluctant crusaders » : ils se laissaient emporter par de nobles idéaux, dont, justement, ils ne se donnaient pas les moyens. 

vendredi 15 octobre 2010

Le développement durable contre les pauvres

BRUNEL, Sylvie, Le développement durable, Que sais-je ?, 2010.  Livre très surprenant. Il va en plein à l'opposé de mes idées reçues. Il dit qu'insensiblement la préoccupation de la planète est passée du « développement », sortir les pauvres de la misère, au « développement durable », un écologisme utopique. Le pauvre a été liquidé de notre conscience.

Pour comprendre le développement durable, il faut en revenir à la guerre froide et à la notion, obsédante alors, de « développement ». L’Amérique craignait comme la peste que les pays pauvres ne passent dans le camp soviétique. Pour cette raison, l’Occident leur versait une « aide au développement » afin qu’ils adoptent son modèle - ce qui était le sens de « développement ».

Puis l’Union soviétique a disparu. Que le pauvre gaspille comme un riche est devenu une menace pour la planète. Le développement a été discrédité. Il a été remplacé par le développement durable. Aujourd'hui, il n'est plus question que d’écologie, en particulier d'effet de serre. La planète s’est couverte de parcs naturels.

Le développement durable, c’est la nature menacée par l'adoption par le pauvre du mode de vie occidental. C'est le maintien du pauvre dans l'arriération. C'est aussi, curieusement, le retour d'un ancien mythe anglo-saxon, celui des immensités vierges et de l'homme être nuisible. 

Dans ce livre on retrouve aussi tout ce que nous avons vécu : crise, rigueur, libéralisme. Son effet sur les pays pauvres a été de même nature que chez nous, mais pas de même magnitude. Leurs structures trop fragiles ont cédé. Ils ont été dévastés par les fanatiques de tout bord :

La fin de l’aide au développement, désormais vue comme un encouragement à la paresse, la crise du modèle occidental qu'on lui avait imposé, ont trouvé le pays pauvre perclus de dettes. Pour le soigner, on lui a imposé la rigueur puis le libéralisme, qui a fait exploser ses États dictatoriaux, privatisé ses services publics, et l’a « désarticulé » (d’un côté une « caste privilégiée », de l’autre déchéance, émeutes de la faim, narcotrafic). On a lâché sur lui les ONG, devenues le dépositaire des bons sentiments des nantis et de l'aide au miséreux, et l’entreprise privée. Employant les mêmes richissimes diplômés et les mêmes méthodes de management, ce sont les deux faces d’une même pièce.

Finalement, voici ce que je comprends de ce que propose Sylvie Brunel :

Une nature vierge est une utopie. Partout elle a été modifiée par l’homme. D’ailleurs, l'homme a peut-être joué un rôle essentiel dans le maintien de la diversité de l'écosystème planétaire. Les pauvres ont le droit au même développement que nous. Pour qu’on les entende, il faut qu’ils s’enrichissent, et pour qu’ils s’enrichissent il faut que la petite agriculture familiale renaisse - d'ailleurs, elle savait gérer la nature. Il faut surtout rendre à « développement durable » son sens d’« intérêt général » ; donc reconstituer ce qui a pour mission de le promouvoir : les États, et des institutions internationales qui gèrent le bien commun de l’humanité.

Le développement durable signifie l’échec du libéralisme individualiste et gaspilleur, il faut retrouver le sens du partage et de la frugalité.

Commentaire :

C'est très curieux. On a reproduit au niveau mondial l’Angleterre victorienne, avec ses « charities » (les ONG), sa haine des pauvres, l’individualisme d’une élite des affaires que rien ne contraint, et même ses doctrines malthusiennes, sa « dismal science », l’économie, qui ne prévoit que la pénurie, et les bons sentiments qui remplacent l’aide – vue comme encouragement à la paresse. L'Angleterre victorienne fut d’ailleurs le premier triomphe (et échec) du libéralisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

Quant aux pays pauvres ils ne semblent jamais avoir eu le moindre libre arbitre. L'Occident les a toujours dirigés, et les a accusés des erreurs qu'il avait commises. Effrayant. 

Au delà de cet étonnement, ce livre me pose, indirectement, une question inconvenante. Faut-il continuer le développement des années 50. En particulier l'effet de serre est-il manipulation ?

On parlait de lui dans les années 60, pourquoi n’a-t-il pas eu plus d’échos ? Pourquoi, depuis le début de la crise, l’Amérique n’y croit plus ?... Je soupçonne cependant que notre mode de développement actuel est inutilement destructeur et violent ; mais qu’il y a évidemment une aspiration de l’humanité à un même type de société. Il faut probablement chercher dans le développement occidental ce qui est bon pour tous, et en retirer ce qui est dangereux. 

Compléments :
  • L’Amazonie fut effectivement un jardin : Amazonie cité jardin.
  • Histoire de l’Angleterre : les hauts et bas du libéralisme victorien (notamment).
  • L’élite anglaise a toujours pensé qu'elle était justiciable d'un autre traitement que celui qui devait s'appliquer au reste de l’humanité, en particulier en ce qui concerne la liberté et la démocratie (cf. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.). Curieusement je lis actuellement des réflexions d’Aristote sur l’esclavage (et l’infériorité naturelle de la femme), qui sont en accord avec la pensée anglaise. 
  • La forme actuelle du développement durable, celle dont le symbole est l'employé d’ONG roulant en 4x4, est elle un refus de tout changement ? (Voir RSE, qui en arrive à cette conclusion.)

S’aimer est bon pour la santé

Il semblerait que penser du bien de soi diminue les risques « de problèmes cardiovasculaires et de maladies auto-immunitaires ».

Cercle vicieux : plus la situation du pays va mal plus notre santé est atteinte, plus la sécurité sociale doit creuser son déficit pour compenser le phénomène… Mais qui pourrait être vertueux, si on arrivait à le prendre à contre sens. 

jeudi 14 octobre 2010

La médecine tue ?

La communauté hispanique, la plus pauvre des États-Unis, est celle qui vit le plus longtemps. Explication : il faut être en bonne santé pour immigrer.

Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ailleurs. Il me semble d’ordinaire que les natifs des pays riches vivent plus vieux que les nouveaux arrivés, parce qu’ils ont connu de meilleures conditions de vie, notamment dans leur enfance.

Alors, plus on est riche, plus on fait appel à la médecine, et plus cela entame son espérance de vie ? (Voir Dangereuse médecine américaine.)

Argent et politique

Beaucoup d’hommes d’affaires américains entrent en politique. Pour se faire élire, ils dépensent des sommes colossales (119m$ pour un ancien PDG d’eBay), afin de noyer leur adversaire sous une publicité négative.

Curieusement, cela ne semble pas suffisant. La démocratie est compliquée, il est facile de se mettre le votant à dos (le PDG ci-dessus a licencié brutalement une illégale latino, alors que les légaux latinos forment 21% de l’électorat…). Et puis les partis politiques savent choisir ceux qui font le plus d’effet avec le moins de moyens…

mercredi 13 octobre 2010

Google investit dans le vent

Google investit dans l’industrie éolienne. Hier il avait des projets dans l’automobile. Quelle est la logique de cette stratégie ?

Les dirigeants de Google ne sont peut être simplement que des gens intelligents qui ont fait fortune très vite dans quelque chose qui ne leur a pas demandé une spécialisation forte, et qui n'a pas marqué leur personnalité. Maintenant, ils utilisent leur argent pour faire ce qui les stimule intellectuellement. De même que Bill Gates (qui lui a été beaucoup plus déformé par son expérience) cherche à réparer les problèmes du monde.

Compléments :
  • Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation. 

Changes : l’Amérique ruine le monde ?

L’Amérique veut se tirer de la crise en l’exportant. Pour cela elle utilise très agressivement la stratégie de la « planche à billet », sans se préoccuper de ses conséquences mondiales. Ceux qui en paieront les frais sont les économies ouvertes (le Brésil, pas la Chine).

Le fantasme du monétarisme – régler les problèmes de la planète par des tours de passe-passe monétaires - est maintenant poussé à l’absurde ? De même en est-il de l’obsession de liquider l’homme au profit du logiciel, qui rend notre économie de moins en moins durable (cf. billet précédent) ?

Grande leçon de changement, et de systémique : l’homme s’obstine dans ce qui cause son malheur ?
Les politiques qui sont supposées résoudre le problème en sont, au contraire, la cause. (Jay Forrester, le fondateur de la systémique.)

Rigueur et déflation

BBC ce matin. Une étude du cabinet PWC dit que le plan de rigueur anglais coûtera autant de chômeurs au privé qu’au public. 1 million en tout.

Au même moment, j’entends que les résultats d’Intel n’ont jamais été aussi bons. Pourquoi ? Parce que l’ordinateur élimine l’emploi, économie oblige.

Oui, mais ce que remplace l’ordinateur c’est, au mieux, ce que faisait une personne. Il ne fournira jamais sa capacité à apprendre, à s’adapter ou à évoluer. L’entreprise sacrifie son avenir à des gains à court terme. Notre économie devient de moins en moins concurrentielle. Et elle crée des masses de chômeurs qui seront très vite inemployables.

Nous sommes dans une spirale déflationniste. Tant que les logiques qui ont créé la crise ne seront pas renversées, nous nous enfoncerons. 

Moins de pompiers en Angleterre

Un chef des pompiers anglais a trouvé le moyen de faire des économies : prévenir plutôt que guérir. Aider la population et les entreprises à s’équiper de systèmes de détection d’incendie pour avoir moins d’incendies, et de pompiers.

Ces derniers ne sont pas contents.

Voilà un exemple de ce que les grandes idées d’économie viennent de ceux qui sont au contact de la réalité. Malheureusement, si elles menacent de les mettre au chômage, ils ne les exprimeront pas. 

mardi 12 octobre 2010

Efficacité de la grève

Les grèves actuelles ont la bonne idée de ne pas couper le métro, ce qui me permet de continuer de travailler.

Je me demandais quel pouvait être leur succès. Thomas Schelling (Strategy of conflict) explique qu’en situation de conflit, celui qui gagne est celui, qui a brûlé ses vaisseaux, à qui il ne reste qu'une issue, massivement défavorable à son adversaire. Celui-ci doit abandonner ou déclencher la fin du monde (ou son équivalent).  

Ici le consensus semble être qu’entre la grève et N.Sarkozy, un des deux succombera. On ne se trouve pas dans la situation ordinaire ou seul un ministre est en jeu. On est plutôt dans la disposition Thatcher contre Scargill ?

Compléments :
  • La stratégie de la rigueur étant attaquée par des économistes éminents, les syndicats étrangers semblent regarder du côté de la France, pour savoir si le mouvement social ne pourrait pas, après tout, avoir le vent en poupe.
  • La stratégie dont parle T.Schelling ne fonctionne que si l'adversaire a compris la situation. J'ai entendu un syndicaliste du France dire qu'il s'était engagé dans une grève extrêmement dure parce qu'il ne savait pas que la Compagnie générale transatlantique allait si mal. C'est aussi peut-être pour cela que les syndicalistes des usines d'armement ont fait de longues grèves avant la guerre de 40 (cf. ce que dit Marc Bloch dans L'étrange défaite). 
  • En fait, ce qui se joue actuellement est peut-être le champ du cygne d'une idéologie qui voulait que la grève enrichisse, miraculeusement, le peuple. Nous serions alors dans un cas de surdité totale. 

Chambre de commerce contre gouvernement


La chambre de commerce aide massivement les Républicains. Profitant du fait que le système de financement de la dite chambre est opaque, M.Obama fait courir le bruit que ses donneurs sont étrangers et cherchent à déporter l’emploi américain. On croirait une tactique républicaine. M.Obama comprendrait-il enfin les règles de la politique ?

Et modèle d’avenir pour les chambres de commerce françaises ? Un système fonctionnant sur fonds propres et qui fait du lobbying en faveur des intérêts de ses adhérents ?

Compléments :
  • Je me demande si les intérêts de B.Obama et du Tea Party ne se rejoignent pas. Non seulement le Tea Party est un repoussoir pour l’électorat démocrate, susceptible de le faire voter lors des prochaines élections, mais un Tea Party fort signifie des Républicains divisés, et des candidats inéligibles. Mitterrand et le FN ?

La BBC licencie

La BBC veut faire des économies. Elle a découvert que ses dirigeants lui coûtaient très cher et en met un à la porte.

Un moyen élégant de réduire les coûts de l’entreprise est de comprimer la taille et les salaires de son équipe dirigeante ? Cette idée va-t-elle se répandre ?

Compléments :

Pulsions

Film de Brian de Palma, 1980.

Habilement fait. Curieux hommage à Hitchcock. Beaucoup de douches, et un tueur dont la personnalité se dédouble. Je me suis demandé s’il y avait de nombreux gens dans cette situation, ou si elle reflétait une tentation générale due à je ne sais quelle contrainte sociale. (Une variante sur Jeckyll et Hyde propre à un monde qui croit au bien et au mal, et, en essayant de faire le premier, est attiré par le second ?)

Aussi un personnage de jeune intello qui vend ses charmes pour pouvoir investir en bourse. La prostitution comme moyen honnête de faire des affaires ? L’individu est au dessus de toutes les conventions ?...

lundi 11 octobre 2010

Microsoft et smartphone

Nouveau système d’exploitation pour « smartphone » de Microsoft. Le marché est énorme, mais Microsoft n’arrive pas à y pénétrer.

Une personne interviewée par la BBC ce matin ne semblait pas être épatée. Rien de neuf. De toute manière Microsoft n’a aucune chance de rattraper Apple, ou l’Android de Google. Il se bat au mieux pour un strapontin.

The Economist pense que Microsoft va finir par acheter RIM, qui produit le Blackberry.

Compléments :

  • Très intrigante idée : la stratégie de Microsoft a été le bundling, l'étendue d'une offre qui tuait tout adversaire qui n'en attaquait qu'une partie. Or, ce qui lui fait défaut aujourd'hui, dans le cas du Smartphone, est exactement le manque d'une telle offre. Ce bundling était-il la clé de voûte de l'édifice Microsoft, ce qui guidait son comportement ? Si oui, comment la recette a-t-elle pu être perdue ?

Société Générale pas guérie ?

Au hasard d’un article sur le jugement de M.Kerviel, je lis :
Bien que SocGen ait depuis dépensé 130m€ pour renforcer ses contrôles, l’Autorité des Services Financiers anglaise a imposé une amende à la banque en août, pour des faiblesses dans sa comptabilité et ses rapports.
Au fond, qui est le plus important, M.Kerviel, modeste employé tout au bas de la pyramide, mais qui a accès à 50md€, ou les personnes de grands « talents » qui la dominent et dont les salaires ont connu une inflation colossale ces dernières années ? Ou encore l’employé de la centrale nucléaire qui peut la faire péter par inadvertance, ou le PDG d’EDF ?...

Ne coûterait-il pas moins cher de recruter des sans grades fiables, de leur proposer des carrières solides, de former un management humain compétent plutôt que de dépenser autant d’argent dans des « systèmes de contrôle » ?

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

dimanche 10 octobre 2010

Allocation familiale anglaise

Le gouvernement anglais enlève leur allocation familiale aux foyers les plus riches. Bizarrement, pour un Français, l’Anglais se rebiffe.

La droite dit que l’on s’en prend aux « classes moyennes » (en Anglais, cela signifie les 15% les plus riches). La gauche y voit un pas vers la remise en cause des services universels.

The Economist est pour : l’État doit aider les gens en difficulté, pas plus. Et maintenant, il faut arrêter de subventionner l’éducation supérieure. Suivons l’exemple américain. (Biting the hand that feeds him.)

Oui, mais il y a très peu d’emplois qui permettent à un étudiant de rembourser une éducation américaine. De ce fait, on a mécaniquement une limitation du nombre de diplômés et un accaparement des diplômes par les plus riches. Dans un monde dominé par le diplôme et la grande entreprise, on a là un moyen de rendre la richesse héréditaire.

Le système que propose The Economist me fait d'ailleurs penser à l’Angleterre victorienne, qui elle aussi aidait ses pauvres. En les secourant, en leur donnant le RSA… le reste de la population n’a plus à avoir de responsabilité sociale ?

RSE

CAPRON, Michel, QUAIREL-LANOIZELEE, Françoise, La responsabilité sociale de l’entreprise, La Découverte, 2010.

Aux origines de la RSE se trouve l’Amérique et le déclin de l’État, qui portait sur ses épaules toutes les responsabilités. Sans cette protection, l’entreprise est apparue peu respectable. La RSE est une tentative à la fois de restaurer son image et d’affirmer sa légitimité à prendre en charge les affaires du monde, sans réglementation. C’est une forme de paternalisme. Son idée fondatrice est celle de « partie prenante », le « stake holder » des livres de management. Autrement dit, dans la tradition individualiste anglo-saxonne, l’entreprise est responsable vis-à-vis de ceux qui ont les moyens de lui nuire. Ni les faibles, ni les générations futures, ni la nature n’a son mot à dire.

Et l’Anglo-saxon n’entend pas la responsabilité comme nous. L’individu est responsable de sa personne, pas de ses actes. (Ce qui dégage sa responsabilité au sens européen : si nous avons acheté ce qu’il nous a vendu, nous l’avons fait en connaissance de cause. Ce qui explique aussi que le marché soit un juge suprême du bien et du mal.)

Bref, les fondements de la RSE ne sont guère durables.

Bien sûr, le concept a évolué sous la pression d’une culture européenne moins individualiste. Mais il débouche sur des normes tellement complexes (orientées par les intérêts des professions qui les portent – consultants ou auditeurs) qu’aucune entreprise ne sait conduire le changement qu’elles signifient. Au mieux, elles servent à repeindre l’image de l’entreprise en vert.

Alors, américaine ou européenne, la RSE est une justification du statu quo ? L'entreprise l'utilise pour démontrer qu'il n'y a aucune raison qu'elle change ? Faut-il regarder avec méfiance celle qui s'y engage ? N'aurait-elle pas un secret honteux à cacher ?

10 octobre 2010

BBC hier. Référence à une autorité de la prévision qui affirme que le dixième jour du dixième mois de la dixième année ne peut qu’être faste. Effectivement, d’après le journaliste qui la cite, cela pourrait être le dernier beau jour de l’année. 

samedi 9 octobre 2010

Vidéo et Internet

Je ne pense plus que la vidéo sur Internet va tuer la publicité télévisuelle. Simple bon sens : la télévision conduit à la passivité ; donc à l’absorption de toutes les niaiseries. Internet demande un plus grand éveil. En outre, la pub TV occupe l’écran, ce qui n’est pas le cas de la vidéo, qui gène la lecture et peut être facilement zappée.

Par contre, je continue à croire que la vidéo est un moyen, sans équivalent jusque-là, de marketing B to B. La possibilité de faire du « pull », de construire une marque. Une possibilité auparavant réservée au B to C, du fait de la télé. Et cela en vertu de théorèmes du cours que j’ai longtemps donné :
  • Le client entreprise attend une information précise et détaillée. Il est dans la raison, pas dans l’impulsion et l’émotion. (Le sentiment qui domine est le risque, par l'envie.)
  • Le dirigeant est un vendeur qu’aucun de ses commerciaux ne peut égaler : il est l’entreprise (surtout s’il l’a fondée).
Une vidéo bien faite envoie tous les bons messages. Et elle n’a pas besoin d’apparaître dans de grands médias. L’entreprise a peu de prospects, les bons commerciaux savent les approcher et tirer le meilleur des vertus introductrices de la vidéo. En outre, lorsque l’entreprise cherche un fournisseur elle sait le trouver sur YouTube, ou ailleurs.

Compléments :
  • L’Américain passe de plus en plus de temps devant la télévision (158h/mois) ; la part de la télévision dans les dépenses de publicité irait de 38 à 41% de 2008 à 2012 ; la force de la télévision : « environner l’annonce publicitaire d’un contenu passionnant » ; les réseaux sociaux permettraient un nouveau type de construction d’image de marque : par la discussion ; sinon la force de la pub sur Internet demeure la possibilité de mesurer son impact (« performance »). The box rocks.
  • J’ai fait quelques interviews de consultants pour décideursTV. J’ai appris que ça leur avait apporté des affaires. Ceux qui furent les meilleurs vendeurs étaient ceux qui ne cherchaient pas à vendre. Le vendeur efficace inspire confiance ?

Pragmatique changement anglais

J’entends parler de ministres anglais qui veulent étaler le calendrier de réformes qui s’annonçaient sauvages.

L’Anglo-saxon est pragmatique…

Compléments :

Histoire de l’Angleterre

MARX, Roland, Histoire de la Grande Bretagne, éditions Perrin, 2004.

Ce livre me fait croire que les caractéristiques de la perfide Albion sont apparues par étapes :

Les souverains normands et leurs successeurs pensaient accroître leurs terres en conquérant l’Angleterre. Or, ils perdent leur place dans cette chasse. Le roi de France leur prend leurs possessions françaises. Ils veulent les retrouver. Les intérêts économiques de la bourgeoisie rejoignent les leurs. Pendant 5 siècles l’Angleterre a le regard tourné vers la France.

Déboutée, elle ne cherchera plus à conquérir le continent, mais à y entretenir le chaos. Son échec explique peut-être la haine, toujours vivace, de l’Anglais pour le Français. Et le fait qu’il se sente si bien chez nous. (Faut-il aussi mettre le faible pouvoir de la royauté anglo-saxonne au compte de son peu d’intérêt pour son île ?)

De ce fait se forme un sentiment national précoce.

Cette nation se divise en deux classes. D’un côté les hommes libres, de l’autre ceux qui ne le sont pas. Dès cette époque, la classe supérieure est relativement ouverte, large, pragmatique et démocratique. Ce qui assurera sa survie jusqu’à nos jours. Ainsi que la pérennité d’un étonnant niveau d’inégalité sociale.

Avec Henri VIII et Elisabeth, le pouvoir royal est pragmatique. A tort ou à raison, le comportement du souverain anglais me rappelle celui d’un dirigeant d’entreprise, non celui de Louis XIV. Il est préoccupé d’intérêts concrets, plus que de gloire ou d’épate ; son pouvoir tient à sa capacité à s’entendre avec la classe supérieure.

Mais les souverains suivants ont la tentation de l’absolutisme continental et du catholicisme, qui va avec. Ce sera la révolution. L’individualisme (de la classe supérieure) vainc. En 1688, il s’est débarrassé du pouvoir royal et de l’église. Son triomphe est celui de l’innovation. D’où évolution explosive qui va l’amener au sommet du monde, vers 1815.

La doctrine libérale s’impose peu après. Initialement, elle paraît favorable aux intérêts anglais. Mais, à partir de 1870, l’économie a vieilli et perdu de son mordant, le reste du monde l’a dépassée et la submerge de sa production.

Entre les deux guerres l’Angleterre fait l’erreur de se tromper d’ennemi : elle le croit français, et aide efficacement l’Allemagne à préparer la guerre. Économiquement, elle devient protectionniste, dirigiste et de plus en plus collectiviste, après guerre. Mais, sa situation, qui s’était redressée, est victime de la crise des années 70. Ce sont alors les réformes Thatcher qui seront poursuivies par Tony Blair, qui veut en corriger les effets pervers pour l'homme.

Le livre s’arrête en pleine euphorie. Cependant, les germes de la situation actuelle sont déjà présents : le succès libéral a tenu à du non répétable. Vente d’entreprises publiques, pétrole de la mer du Nord, politique du laisser faire qui conduit à la disparition d’un tissu économique vieillissant qui n’est pas remplacé… Et, si j’en crois The Economist, développement d’un secteur financier qui doit moins à la compétence nationale qu’à un opportunisme un rien parasitaire, et distribution par les travaillistes d’une richesse nationale qui n’était que spéculative.

L’intégration européenne arrive en deux temps. Dans l’immédiat après guerre, elle est inconcevable. La Grande Bretagne se veut puissance mondiale. Elle est farouchement nationaliste. Mais, dès les années 60, elle doit renoncer à ses complexes de supériorité, et sacrifie, sans arrière pensée, le Commonwealth.

Je retire de ma lecture une curieuse impression. Celle d’un « libéralisme » qui n’est qu’un feu de paille, qui consomme aujourd’hui ce qui est nécessaire à l’avenir. Mais aussi celle d’une nation qui renie fort rapidement ce à quoi elle semblait croire dès lors que le temps se couvre. Greed and fear ?

vendredi 8 octobre 2010

Dangereuse médecine américaine

Il y aurait une corrélation inverse entre le coût des soins aux USA (qui augmente deux fois plus vite que dans des pays comparables) et leurs résultats. L’espérance de vie féminine y est passée du 5ème rang mondial au 46ème, en moins de 60 ans.

Ce qui est une bonne nouvelle : en changeant de modèle, les Américains feront des économies et vivront vieux.

Compléments :

Electric Networked Vehicles

Mon esprit d’ingénieur s’enthousiasme pour de nouvelles voitures « bulles » pour la cité.

On y entre au plus à deux ; elles sont électriques ; elles sont ultra légères, puisqu’elles n’ont pas à affronter les grands chemins ; par conséquent leur coût de production pourrait être divisé par 5 ; elles roulent sur deux roues (principe des véhicules gyroscopiques) ; elles peuvent être pilotées par ordinateur grâce au GPS, de ce fait elles savent naviguer en groupe (les parents dans l’une, les enfants, et les valises, dans d’autres) ; et elles se parlent, ce qui leur permet un garage ultra-compact, et de sortir, au signal du maître, d’une imbrication optimale…

Menace sur l’entreprise

Un avocat me dit que l’entreprise n’a pas compris ce que signifiait sa responsabilité en termes de santé au travail. Elle a une obligation de résultat ! Ce qui signifie qu’elle est « d’emblée fautive ».

Un avocat pourra donc relier un suicide au domicile à quelque événement sur le lieu de travail qui incrimine l’entreprise. Pire, tout salarié mécontent peut aisément être transformé en victime. D’ailleurs « l’avocat est formé pour transformer une personne en harcelée ».

La férocité de cette législation vient de la stupidité de l’entreprise. Pendant des décennies elle a nié les méfaits de l’amiante. Le juge a durci ses sanctions jusqu’à lui faire entendre raison. Or, les principes de « l’arrêt amiante » ont été généralisés à toutes les relations de travail, au harcèlement moral, à la santé…  

Comment reconnaître une spéculation ?

Une bulle spéculative entraînerait un déplacement de capitaux d’un marché traditionnel, une phase de crédit facile, puis, du fait de l’augmentation du prix des biens qui en résulte, une période d’euphorie.

Les pays émergents devraient bientôt être euphoriques. (The last great hope).

jeudi 7 octobre 2010

L’avenir de l’Inde

Le journalisme anglo-saxon est remarquable. Alors que The Economist pense que l’Inde va dominer le monde, un article qu’il lui consacre peut-être lu comme démontrant le contraire.

Déficit de compétences (40% illettrés + 40% qui n’ont pas fini leurs études) ; 200 districts sur 588 attaqués par un mouvement maoïste ; une navrante tendance au « populisme » d'un gouvernement  « sensible à la colère du pauvre » ; corruption (30% de la population ?) ; une démocratie « imprévisible » ; « chaos désinvolte ». (A bumpier but freer road).

Surtout, il semblerait que l’Inde manque terriblement d’enseignants. Dans ces conditions, sa démographie débordante sera-t-elle économiquement productive ?

Négociation patronat syndicat

On m’a fait réfléchir il y a quelques temps sur la question de la négociation entre patronat et syndicat. Voici ce que cela a donné :

Exemple 1

Lettre des délégués du personnel à un PDG. Les mesures qu’il a prises vont contre l’intérêt de la société, l’ensemble des personnels viendra manifester son mécontentement le lundi suivant.

Le P-DG reçoit les manifestants (qui l’assiègent).

Premier acte : il renonce en bloc aux mesures incriminées. La tension baisse. Il finit par demander à ses interlocuteurs quel est le fond de leur revendication. Surprise : ils veulent acheter la société ! Un précédent propriétaire leur avait donné des parts de l’entreprise, ce qui leur avait beaucoup rapporté. Aujourd’hui ils jugent que s’ils la possédaient, ils pourraient lui faire gagner énormément, et s’enrichir au passage. Ils demandent donc au PDG de se renseigner auprès du fonds qui possède le groupe pour connaître le prix de l’entreprise.

Quel était le problème ? Le changement voulu par le PDG était une augmentation de la rentabilité d’une société déjà hyper rentable. Pour cela il voulait procéder par réduction de coûts (élimination « d’avantages acquis », de clients « insuffisamment rentables », etc.). Il avait tenté de faire passer le changement en force, sans le dire. Son personnel lui a dit que l’on pouvait arriver au même résultat différemment : en augmentant le chiffre d’affaires de la société. Et pour cela il suffisait de lui demander comment faire, et de partager les bénéfices de l’affaire.

Exemple 2

Je donne un cours de négociation à des responsables commerciaux. Un des participants dirige le CE de l’entreprise, il me propose de prendre comme exemple d’application de cette formation une négociation qu’il mène. Il s’agit de l’uniformisation des statuts des personnels des 3 entreprises qui forment la société. Nous simulons donc : un de ses collègues joue son rôle, un autre celui du PDG de la société. Très vite le ton monte et les insultes fusent (on reproche au « PDG » son salaire !). J’arrête l’exercice. Je leur demande si c’est la meilleure façon de mener une négociation. Je leur dis aussi que je n’ai pas compris ce que veut faire le PDG. En fait personne ne le sait. Suite à quoi le responsable du CE se renseigne auprès la DRH de la société, et le conflit disparaît. Les deux camps s’affrontaient au nom de stéréotypes sans savoir ce que l’autre voulait.

Enseignement

Les conflits surgissent d’incompréhensions issues de stéréotypes. Ce que j’appelle dans mon premier livre la fiction de la « lutte des classes ». Le syndicat pense que le dirigeant est un exploiteur, qui détruit l’outil de travail pour s’engraisser. Le dirigeant pense que le syndicaliste est un paresseux qui veut détruire l’entreprise pour s’engraisser. Pourtant chacun veut du bien à l’entreprise : il y a intérêt. D’ailleurs l’homme n’est pas un parasite, et la réalisation de son identité passe par un succès collectif.

Comme si ça ne suffisait pas, le réformateur (le gouvernement par exemple) perd de vue la fin pour le moyen. Parce qu’il a un marteau il voit des clous partout. Dans le premier exemple, l’obsession de réduction de coûts du dirigeant lui fait oublier son objectif réel : augmenter la rentabilité de l’entreprise. Or cet objectif, bien compris, lui ouvrait un axe de mise en œuvre du changement qu’il n’avait pas vu. De même les réflexes des syndicats sont conditionnés, et conduisent à des cercles vicieux (exemple 2).

Ce qui rend ces phénomènes quasi imparables, c’est la capacité de l’homme à la « prédiction auto-réalisatrice » : nos a priori ont des conséquences qui les renforcent.

Négocier dans un conflit est complexe, et repose en grande partie sur la capacité du négociateur à savoir gérer l’émotion (la sienne et celle des autres). Par contre, s’il y a un « geste qui sauve », une sorte d’étoile du berger pour guider le négociateur, c’est probablement considérer que l’autre n’est pas un malfaisant. Son comportement s’explique par une logique compréhensible et honnête. Tout l’exercice de la négociation est de comprendre cette logique, et l’utiliser dans le cadre de ses desseins (cf. exemple 1). Il faut passer de « l’émotion à la raison » et du « face à face au côte à côte ».

En fait, je sais bien que si les négociateurs ont une logique compréhensible, elle ne veut pas forcément le bien collectif. Il existe tout de même des « parasites ». Mais, paradoxalement, en supposant que « l’autre » est honnête, on met à jour efficacement, pour ainsi dire scientifiquement, sa tartufferie. Il doit soit faire mentir le diagnostic, donc s’amender, soit abandonner la partie sans demander son reste. (C’est la « méthode Colombo ».)

mercredi 6 octobre 2010

Économie anglaise faiblarde

Interview ce matin. Pourquoi l’économie anglaise fonctionne mal ? Elle est dans l’expectative. Le plan de rigueur gouvernemental va toucher sauvagement l’administration. Or, elle fait vivre beaucoup d’entreprises privées…

Décidément, les moyens dont disposent les gouvernements pour réformer un pays sont fort grossiers, et leurs résultats incertains. 

L'homme qui valait 4,9md

Comme tout le monde semble-t-il, j’ai été surpris par l’amende de 4,9md€ qui est réclamée à J.Kerviel. Il ne me semble pas qu’il y ait d’équivalent dans des affaires semblables. Notamment celle de la Barings. (Mais la peine de prison était plus lourde.)

Je trouvais que c’était exonérer la Société Générale de toute responsabilité, ce qui n'est pas un bon service à lui rendre. Il est quand même étonnant qu’elle ait pu confier 50md€ à un individu sans mieux s’assurer de ce qu’il allait en faire. Ou, même, qu'elle clame son innocence. Un capitaine qui laisse un marin percer la coque de son navire le paie de sa vie. 

Il paraîtrait que les juges ne pouvaient pas faire autrement :
Sur le calcul du montant, le tribunal a appliqué une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui, pour les dommages et intérêts, distingue les délits intentionnels des délits non intentionnels. En cas de délit intentionnel, il ne peut y avoir de partage de responsabilité entre l’auteur et la victime de ce délit. L’obligation de réparation est intégrale et le tribunal ne dispose pas de marge d’appréciation sur le montant. (Jérôme Kerviel et les 4,9 milliards de la Société générale)

L’Amérique réforme son école

L’Amérique découvre les vertus de l'éducation, et les faiblesses de son école.

Mais, comme dans les contes de fée, les citrouilles peuvent être transformées en Cadillac : il suffit de payer les enseignants au mérite. 

Malheureusement, ceux-ci résistent au changement. (Is it a bird? Is it a plane?)

S’il n’est pas surprenant de constater que l’Anglo-saxon ne peut pas concevoir que la performance scolaire puisse être conditionnée par la culture de l’enfant, il est plus inattendu qu’il ne pense pas comme d’habitude qu’elle l’est par la génétique et l’hérédité.

Compléments :

Electra Glide in Blue

Film de James William Guercio, 1973.

Tout le monde trouve ce film bon, sauf moi. Je l’ai interprété comme un anti Easy rider grossier. Un policier se fait tuer par des hippies à qui il ne voulait que du bien. Auparavant il a causé beaucoup de dégâts parmi ses collègues pas sympathiques, mais qui avaient peut-être raison. Mon interprétation est certainement fausse. Et si c’était un film sur la non violence : arrêtons de nous massacrer, il n’y a pas de bons et de méchants ?

J’ai aussi trouvé les acteurs, et les poursuites à moto, mauvais, sans exception.

Bref, l’art n’est qu’une question d’interprétation, et d’humeur du moment. Peut-être aussi de culture : j’aurais sûrement vu le film différemment si j’avais été américain… 

mardi 5 octobre 2010

Grève reconductible ?

Contrairement à ce que je pensais, les directions syndicales semblent avoir une position relativement modérée, et pragmatique. Les bruits de grève reconductible que l’on entend seraient le fait de factions extrémistes, « qui rêvent d’en découdre avec le Sarkozysme ». Elles pourraient, au moins, entraîner la CGT.  (Pourquoi la grève reconductible divise les syndicats.)

Je me demande, s’il n’est pas dans l’intérêt du gouvernement de les encourager : s’ils l’emportent, le front syndical est divisé, et ils ont peu de chances de vaincre. Le mouvement syndical, qui est le principal mouvement d’opposition, sera épuisé, et discrédité, pour longtemps. Et le gouvernement sera perçu comme ayant fait preuve de fermeté. Or le courage est rare en politique.

Compléments :
  • Faut-il voir ici une illustration de la thèse de Mancur Olson, selon laquelle, dans un peuple d’individualistes, les minorités organisées ont un pouvoir démesuré ? (Aux derniers chiffres que j’ai vus, le taux d’adhésion à un syndicat est de 7%. Les extrémistes représentent une petite partie de ces 7%.) 

Chine et emprunt grec

La Chine veut acheter des emprunts grecs, contrairement au marché.

Explication : elle adopte une vision à long terme, contrairement au marché. D’ailleurs, elle a une force qu’il n’a pas : il sera sûrement plus difficile de ne pas rembourser ce qu’on lui doit, que ce qu’on doit à un acteur financier ordinaire. Dans ces conditions, les obligations grecques sont un excellent investissement. 

On apprend aussi que la Chine investit massivement en Grèce, un peu comme dans les pays sous-développés d’ailleurs. Ça ne semble avoir que des avantages : c’est un cheval de Troie dans la zone euro, cela lui permettra demain de diviser pour régner, cela élève le taux de l’euro...

Compléments :

L’étranger vache à lait de l’université anglaise ?

Dimanche, la BBC considère le sort de l’étudiant étranger.

300.000 étudiants, qui rapportent 2md£. Pas très bien traités, ils paient cher, mais moins que demain : les universités devront compenser les effets du plan de rigueur gouvernemental.

Quelle part de ces revenus est due à l’excellence universitaire anglaise ? à l’anglais ? Me suis-je demandé. 

Déficit public et 3%

Un article de la Tribune raconte comment est née une loi de la nature. Celle qui veut qu’un déficit national n'excède pas 3% du PIB.

En 81, le président Mitterrand est assailli de demandes d’investissements. Il veut leur résister : le déficit de l’État augmente rapidement. Il demande à ce que des experts donnent un indicateur économique à ne pas enfreindre, qui lui permette de refuser les sollicitations. On confie la tâche à deux jeunes membres de l'administration. Ils finissent par choisir le rapport déficit / PIB, pour sa force marketing. Ils lui fixent 3%, un chiffre rond facile à respecter pour la France de l’époque. Les politiques s’emparent du chiffre, et du ratio. Ils contamineront ensuite l’Europe. Peut-être un jour le monde.

Cette histoire illustre, je crois, une théorie de l’économiste Thomas Schelling (Strategy of conflict) : celle des « points d’ancrage ». Deux personnes qui se cherchent ont de bonnes chances d’aller vers le même lieu. Notre culture nous fournit des points de repère communs. Peut-être que beaucoup de gens dans le monde voulaient un indicateur de vertu économique, que le rapport déficit / PIB allait de soi, et que les 3% correspondaient à un objectif en deçà duquel on pouvait se situer ?

Remarque : chaque ère a son point d’ancrage, sous V.Giscard d’Estaing le déficit devait ne pas dépasser 30mdF. 

lundi 4 octobre 2010

Changement en Angleterre (suite)

L’Anglais retient son souffle. Le coup d’envoi du plan gouvernemental de réduction du déficit public est pour dans quelques jours.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. L’Irlande, qui a précédé l’Angleterre dans la rigueur radicale, pique du nez. Et la dévaluation de la livre est de peu d’utilité : difficile de relancer l’économie anglaise aux dépens d’une Europe qui se serre, aussi, la ceinture.

Alors, il va falloir jouer sur les mécanismes fiscaux (ne pas augmenter les impôts) et monétaires (Quantitative easing), pour éviter le pire. (On the tight side.)

Autrement dit, donner aux riches et aux banques, pendant que les classes inférieures seront mises au chômage ?

L’Inde dépasse la Chine ?

The Economist croit pouvoir dire que l’Inde dépassera bientôt la Chine. Raisons : démographie galopante et démocratie. Un État faible, mais des entreprises dynamiques. « Le capitalisme individualiste indien pourrait être plus robuste que le dirigisme chinois ».

Les arguments sont recevables mais je ne les trouve pas décisifs. 
  • L’Inde est avant tout un pays déstructuré. Peut-on construire longtemps sur du sable mouvant ? Même la conquête du Far West était guidée par l’éthique protestante. Le passé indien ne semble pas non plus bien augurer de l’avenir. L’Inde semble avoir toujours été une sorte d’édifice féodal assez informe, et pas franchement expansionniste. 
  • Peut-on confier un peuple à des entreprises ? Le Taylorisme des services qui lui est imposé pourra-t-il longtemps durer ? S’il y a transition, comment se passera-t-elle ? D’ailleurs, le capitalisme indien sera-t-il longtemps créatif ? Ne risque-t-il pas de tourner à l’exploitation de l’homme par l’homme, vice de tout « capitalisme individualiste » ?
  • Le pays est dans un état sanitaire critique, où va conduire la pression démographique ?
Compléments :
  • John Stuart Mill pensait que pour qu’une démocratie fonctionne, il faut qu’elle ait appris une forme de discipline. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de l’Inde.
  • Histoire de l’Inde.
  • L'estime de The Economist viendrait-elle de ce que l'Inde est le meilleur élève émergent du capitalisme anglo-saxon ?

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Quelques thèmes du mois.

Une idée inattendue d’abord. Les classes moyennes auraient subi un nettoyage ethnique. Ce qui expliquerait à la fois la montée de sentiments extrémistes et le peu de succès des thèses de gauche. Cette attaque au centre pourrait aussi expliquer la crise : c’est lui qui produit et qui donne à l’entreprise sa capacité d’évolution. On a tué la poule aux œufs d’or ? L’enquête :
Une seconde idée qui m’est venue est qu’en environnement « néoclassique » (individus rationnels laissés à eux-mêmes), l’économie fonctionne comme un mécanisme d’expropriation par une inflation masquée : Inflation et université américaine, Inflation et économie de marché.

Parmi les faits divers du mois. Les USA semblent se replier sur leur économie (Obama le visionnaire) ; les travaillistes ont élu un nouveau leader (Ed Miliband, Ed Miliband (suite)) ; la nouvelle fierté allemande cache peut-être un malaise profond (German pride – à relier à la question des classes moyennes ?) ; les Roms méritent mieux que l’éjection ou la bienpensance (Malheurs des Roms), ils méritent qu’on les aide à trouver leur place en Europe ; l’Inde organise des jeux qui donnent une image d’elle préoccupante (Jeux du Commonwealth (suite), Castes indiennes). Manœuvres financières : Quantitative easing ? Contrôle de la finance. Et évolutions d’Internet, aux prises avec les lois du marché ? (Internet et lois du marché, Stuxnet.)

Dans la série « c’est fantastique ce que l’on a pu nous prendre pour des imbéciles ». Relatif déclin japonais, ou l’épouvantail anglo-saxon ne va peut-être pas aussi mal qu’on le dit ; Que faut-il pour être patron ? Flatter pour réussir, Intelligence collective, ou ce n’est pas l’individu exceptionnel qui fait le succès de l’entreprise, d’ailleurs seul le courtisan réussit ; De l’importance d’être heureux, ou la psychologie montre que l’économie néoclassique marche sur la tête (aussi Bonheur et argent) ; Drogué à la nourriture, ou l’économie de marché contre l’homme ; Répartition des revenus, ou l’inégalité des revenus n’est pas bonne pour l’économie ; L’économie découvre l’habitude, ou l’échange peut faire le malheur des peuples. Manipulation par des idéologues (Blair l’américain) ? Je crois plutôt que nous avons rationalisé notre individualisme, en corrompant la science au passage.

Une fois n’est pas coutume : quelques réflexions sur les techniques de conduite du changement. Culture d’entreprise, Changement sexiste, Apprendre à manager. Mais aussi sur les limites de notre raison (Mosquée américaine (correction)), et sur les caractéristiques comparées des cultures individualistes et collectivistes (Avantage compétitif de l’individualisme).

Pour finir, suite de ma réflexion sur le développement durable (Développement durable = risque) ; sur la démocratie (En faveur des coalitions) ; et livres : Troisième Reich, ou l’Allemagne d’avant guerre a peut-être des choses à nous enseigner, et Schopenhauer, ou la source des tourments de l’Occident ?

dimanche 3 octobre 2010

Stuxnet bis

The Economist remarque que Stuxnet, outre tout ce que l’on en a dit, pourrait inaugurer une nouvelle forme de guerre entre entreprises. Le virus informatique va-t-il devenir un « big business » ?

Microsoft pourrait en devenir la plaque tournante : on lui a déjà emprunté sa clé de cryptage, pour Stuxnet, selon Hervé Kabla.  

Classes moyennes sans parti ?

Les classes moyennes anglaises ont été les victimes de la crise. Elles sont prises en sandwich entre les couches supérieures qui se sont considérablement enrichies, et les couches inférieures objet de toutes les attentions de l’État. Elles accusent les travaillistes de trahison.

Le hasard fait qu'on m'a parlé plusieurs fois, à peu d'intervalle, de gens qui se feraient payer au noir, des sommes importantes, pour ne pas perdre des allocations qui semblent couvrir énormément de choses (y compris le logement). J’en arrive à me demander s’il n’y a pas un fond de vérité dans des arguments que je croyais fous.

La gauche défend les « exclus », la droite l’économie, l’administration est protégée et possède ses syndicats ? Ça laisse un gros électorat potentiel au FN ou au Tea Party ?

Les classes moyennes auraient été les principales victimes du recul de l’État ? Mais alors, pourquoi n’en veulent-elles plus, ou n’appuient-elles pas les partis de gauche ? Parce que l’État sert de manière disproportionnée d’autres qu’elles ? Elles n'attendent plus le salut que de l'économie, et ne voteront que pour ceux qui sembleront capables de la faire marcher ?

De l’importance d’être heureux

Être heureux se construit par empilage de petits bonheur, et nous rend résistant à l’adversité. Aussi « il a été montré que se sentir bien améliore la créativité et la capacité à résoudre des problèmes ».

Et l’on peut s’entrainer. Écrire un journal qui parle de ce que l’on trouve bien dans sa vie ; combattre les idées noires ; méditer (la force des moines ?) ; développer des liens sociaux riches (« être socialement isolé est à peu près aussi mauvais pour votre santé que fumer ou boire excessivement, et bien pire que l’obésité ») ; dépenser son argent non en biens de consommation mais « dans des activités sociales ou dans des expériences nouvelles et enthousiasmantes ».

L’inquiétude, au contraire, rapetisserait notre horizon, spatial et temporel.

Ce qui me ramène à mes Charybde et Scylla favoris :
  • L’hypothèse fondamentale de l’économie est que l’homme optimise son « utilité » personnelle - il est égoïste. C’est l’antithèse de la réalité. L’homme est bien quand il donne, quand il médite, et quand il est en société ! Quand il est seul, il crève. Est-ce que les économistes veulent créer un monde inhumain ?
  • La bienpensance et sa voix, les informations de la radio publique, sans relâche dénoncent nos vices et nous annoncent les punitions terribles qu'ils méritent. L’anxiété qu’ils créent ne nous rend-elle pas un peu plus incapables de résoudre les dits problèmes ?
Compléments :
  • L’article dont sont tirées ces idées dit aussi que le niveau de bonheur atteignable est en partie génétique, et qu’un excès de satisfaction, la béatitude ?, n'est pas bon.
  • Il contredit, par ailleurs, une thèse favorite du consultant anglo-saxon : pour faire bouger les gens, il faut une crise (« burning platform »). Ils bougent peut-être, mais ils prennent des décisions idiotes. 

samedi 2 octobre 2010

Bill Clinton

Demander des sacrifices ne fait pas un programme politique, remarque Bill Clinton, il faut trouver un moyen de promettre un « nouvel investissement et l’espoir ».

Il y a quelque chose de curieux. Les États européens doivent dégrader les conditions de vie du citoyen, parce qu’ils ont accumulé des dettes pour sauver l’économie de ses propres inconséquences. Pourquoi la population ne proteste-t-elle pas ?

Parce qu’une société individualiste n’a pas les mécanismes sociaux nécessaires pour cela ?  Parce que les politiques ne savent pas faire ce que leur demande Bill Clinton : comprendre nos problèmes et leur chercher des solutions ? Ils sont enfermés dans des dogmes d’une autre ère ?

Compléments :
  • De même qu’Internet a permis au opérateurs de télécom de détrousser les fournisseurs de contenu en leur faisant croire que leur fortune était dans la gratuité, je me demande si l’État n'a pas vécu des revenus d’une bulle spéculative, qui permettait à certains de s’enrichir sans que les autres, protégés par le dit État, s’en rendent compte. La poussière retombe. Un petit groupe a gagné, le grand nombre a perdu. Mais c'est maintenant qu'il faut payer l’addition. Et à l’avenir ce sera chacun pour soi. 

Intelligence collective

Ce qui rend un groupe intelligent n’est pas l’intelligence moyenne de ses membres, ou l’intelligence particulière d’un de ceux-ci, mais leur « sensibilité sociale », une forme d’empathie. Compter une majorité de femmes est aussi recommandé.

Un pavé de plus dans la marre de la guerre des talents qui a conduit à augmenter considérablement le salaire des dirigeants ? (L’économie s’en est-elle mieux portée, d’ailleurs ?)

Compléments :
  • Curieusement, j’étais arrivé à ce type de conclusion en ce qui concerne mon ancienne équipe d’aviron : lorsque ses membres ont pris conscience qu’ils ramaient avec des êtres humains fort susceptibles, elle est devenue compétitive.

Flatter pour réussir

Des universitaires ont cherché à connaître les qualités qui portaient aux sommets de l’entreprise.

Il faut maîtriser un art extrêmement sophistiqué de la flatterie, de la manipulation indétectable.

Il n’y a pas meilleur entraînement que d’appartenir à une culture pour laquelle la flatterie est une seconde nature, c'est-à-dire venir du monde de la vente, du droit, ou de la politique, ou encore de la haute société.

Compléments :

Apprendre à manager

Le rapport sur le bien être au travail porte la souffrance de l’employé au compte d’un management qui n’a ni pouvoir ni capacité à diriger. L’Éducation nationale devrait enseigner le management, poursuit-il. Alors, pour avoir un peu de bien être, faudra-t-il attendre une réforme de l’Éducation nationale, et le départ à la retraite de tous ceux qu’elle aura formés jusque-là ?

Je me demande si être un manager acceptable ne tient pas simplement à éviter quelques d’erreurs :

Erreur 1 : vouloir avoir le dernier mot

Le principal défaut du mauvais manager, et du Français en particulier, est qu’il veut décider de tout. Ce qui a des inconvénients sérieux : il connaît moins bien leur métier que ses collaborateurs : il est en grand danger de se ridiculiser ; ses décisions se contredisent ; vouloir penser à la place des autres s’appelle le totalitarisme, ce n’est pas économiquement efficace (cela fait de ses collaborateurs des pantins).

En fait, le manager devrait ressembler au capitaine d’un navire. Il doit donner le cap, et faire ce qu’il faut pour que le navire soit en bon état de marche. Il ne doit pas dire comment mettre du charbon dans la chaudière. Le rôle du manager est de faire fonctionner, et respecter, les procédures qui permettent à son organisation et à ses collaborateurs d’accomplir le rôle pour lequel ils ont été choisis.

Erreur 2 : voir le mal partout

On reproche au management de « hurler avec les loups ». Étant incapable de défendre les orientations prises par la direction de la société, il se fait l’écho des critiques de ses équipes. Il pense ainsi en être le champion, alors qu’elles le méprisent.

Explication. Il croit, comme beaucoup de Français, qu’il est dirigé par l’incompétence et le mal. Par conséquent c’est ainsi qu’il interprète les messages confus qui lui parviennent. Pas étonnant alors qu’il ne sache rien en faire.

Mais il est dirigé par des gens intelligents, qui pensent bien. Il lui suffit d’interpréter ce qui lui parvient à la lumière de l’intérêt de l’entreprise pour en tirer une ligne directrice claire, que ses équipes lui diront comment mettre en œuvre. S’il demeure des obstacles, il pourra alors demander à ses supérieurs les informations et moyens manquants avec des arguments qui prouvent sa bonne volonté et sa compétence.

Erreur 3 : penser que l’incompétence de son manager est incurable

Éviter l’erreur 2 est compliqué quand on est placé à la base d’un empilage de gens qui n’ont pas lu ce billet : on reçoit des messages incompréhensibles. D’ailleurs, comment éviter que son initiative ne soit victime des mauvais réflexes des mauvais managers (qui veulent dicter leur conduite à leurs subalternes – cf. Erreur 1)  ?...

Il faut rechercher des canaux d’information fiables qui remontent le plus haut possible. Et, surtout, établir un lien étroit avec son propre manager. (De plus, en l’assistant dans ses décisions, on réduit les chances qu’il se laisse imposer une tâche infaisable, sans demander les moyens nécessaires. On peut aussi espérer que le lien s’étende au manager supérieur et que, de proche en proche, on atteigne l’origine des stratégies.)

Le pas décisif pour ce faire est de reconnaître des qualités à ce manager. Or, cela paraît au dessus des forces humaines : ses actes ne démontrent-ils pas tous les jours son incompétence ?

Erreur. La première qualité d’un manager est le poste qu’il occupe. La société lui a donné un pouvoir que nous n’avons pas. Ses compétences et son caractère ont une importance négligeable par rapport à ce pouvoir.

Une fois cette prise de conscience réalisée, les faiblesses de l’être supérieur prennent un visage nouveau. Sans elles, il n’aurait pas besoin d’aide, il n’y aurait pas de fondement à un partenariat !  

vendredi 1 octobre 2010

Tony Curtis

Hier soir j’entendais une ancienne interview de Tony Curtis. J’ai été frappé par sa voix. Celle d’un parrain de la mafia, sorti de la rue. Ça ne collait pas avec l’image du séducteur élégant et inconséquent que ses films m’ont laissée.

Les ravages de l’âge ?

J’ai découvert qu’il était né Bernard Schwarz, avait eu une enfance particulièrement difficile, et qu’il devait sa carrière à l’ascenseur social de la guerre, qui l’avait expédié à l’université, et à un « chasseur de talents ».

Relations inhumaines

Un ingénieur de France télécom témoigne sur ce qu’il a vécu. Kafkaïen. Surtout, il décrit un mécanisme implacable, scientifiquement conçu, méthodiquement appliqué (avec formation du management, harcèlement par lettre recommandée…) et qui a pour but de broyer les employés. Terriblement, irrationnellement ?,  ça m’évoque les deux mots « solution finale ».

Il y a quelque temps je lisais un article qui disait que le manager qui impose à son subordonné un traitement dégradant n’a aucune idée des dégâts psychologiques, parfois irréparables, qu’il lui inflige. (Il peut même penser le motiver.) Mais dans ce que montre cet ingénieur, il y a quelque chose de délibéré, de réfléchi, de froid. Comment est-il concevable que l’on puisse planifier la destruction d’êtres humains ?

Gide, je crois, disait qu’un « ennemi est un ami vu de dos ». Nous haïssons beaucoup de gens parce que nous ne les connaissons pas, parce que nous leur attribuons à tort les problèmes qui nous affectent. Ne sommes nous pas tous convaincus que l’autre (notre voisin bruyant, la gauche bienpensante, la droite la plus bête du monde, un patronat d’exploiteurs, les syndicats qui ne savent que paralyser le pays…) est « l’axe du mal » ? Qu’arriverait-il si nous avions les moyens de l’éliminer ? Or, il existe des gens qui possèdent effectivement ces moyens.

La conquête de l’Ouest

Film de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall, 1962.

Une quantité d’acteurs fameux, un écran divisé en trois (les restes d’un procédé cinématographique qui permettait d’utiliser un très grand écran), une succession continue d’affrontements de toutes sortes. Presque plus d’ailleurs avec des criminels qui exploitent leurs semblables qu’avec les Indiens.

Au sujet des Indiens. Nous avions envie d’aller dans l’Ouest, il se trouve qu’ils y étaient. (On notera au passage que pour l’Anglo-saxon le droit de propriété est sacré.) Plus pacifiquement : ils devront faire ce que tous les immigrés ont fait, s’adapter à notre culture. 

jeudi 30 septembre 2010

Hélicoptère révolutionnaire

Il y a quelque temps, j’ai découvert l’existence d’une nouvelle génération d’hélicoptères, aux USA (le X2 de Sikorsky). Ils ont plusieurs rotors et peuvent atteindre 460km/h. Je me suis demandé ce qu’avait fait EADS en attendant.

Réponse : pareil. Il vient de présenter un hélicoptère à hélices (le X3 !), qui promet les mêmes performances que son concurrent (mais qui semble moins original, et les tests paraissent moins avancés).

Une fois de plus, l'innovation apparaît à plusieurs endroits à la fois. Phénomène social, dans lequel le génie individuel a une place mineure ?

France corrompue ?

Une étude traite de l’avantage injuste donné aux entreprises qui comptent des membres du gouvernement ou leurs proches dans leurs rangs, et dans le même souffle parle de corruption.

Ma première pensée est allée à la France avec sa tradition de passage du public au privé. Cela se justifiait à l’époque où l’État dirigeait l’économie. Mais est-ce toujours approprié ? Maintenant que l’État veut laisser libre cours à l’économie, ne doit-il pas, pour être cohérent, réinventer son fonctionnement pour ne pas sombrer dans l’oligarchie ? 

Les Runaways

Film de Floria Sigismondi. Scènes de concert remarquablement filmées. Cela change de l’ordinaire du cinéma qu’un film parle de musique.

Histoire ? Celle du premier groupe de (hard) rock féminin. Un groupe de filles d’une quinzaine d’années construit par un producteur (génial ?). Succès immédiat. Sa chanteuse sombre tout aussi vite dans la drogue. En un an le groupe est fini. Portrait de l’Amérique, aussi :

Je me suis souvenu de ma première rencontre avec une famille anglaise. Contrairement à chez nous, l’éducation compte peu, l’enfant est très vite laissé à lui-même. Ce qui conduit à une spécialisation précoce, rock star, futur prix Nobel, ou ouvrier non qualifié. En fait, à 15 ans, il est probablement beaucoup plus mur et adulte qu’un Français de 25 ans.

Ce qu’il y a de remarquable ici est aussi le producteur. Illustration parfaite du cours de MBA. Il a une « vision », il comprend que le marché attend un hard rock féminin porteur de sexe et de violence. La « mission » du groupe, c’est cela : sexe et violence. Comme hier celle des fabricants de tabac américains était la nicotine (voir le film Révélations). Il parle d’ailleurs de « produit ». Quant à sa stratégie, c’est une démonstration de marketing. Il demande au groupe fort peu de capacité musicale : il le façonne pour obtenir l’effet voulu. Et il lui ajoute une chanteuse, qu’il veut sur le modèle de Brigitte Bardot. C’est le « look » qui compte. Par chance elle parvient à chanter. Puis il joue du scandale pour faire une publicité fracassante. Elle disloquera, avec la drogue, le groupe.

Encore une fois, je note que ce que l’Amérique a déversé sur le monde n’est pas une science de l’efficacité de l’entreprise, mais ce qu’elle a dans le sang, sa culture. 

mercredi 29 septembre 2010

Stuxnet

Le virus informatique Stuxnet a l’intéressante caractéristique de jouer sur 4 failles de Windows pour ensuite pouvoir s’en prendre à un logiciel de Siemens, utilisé pour superviser les processus d’une centrale nucléaire. Il est particulièrement présent en Iran, mais aussi en Indonésie, en Inde, en Azerbaïdjan, et même aux USA.

Alors, doit-on se passer d’Internet et des logiciels du marché, pour certains systèmes critiques ? Ne serait-il pas justifié de développer des logiciels spécifiques, comme on le faisait jadis ? J’imagine que l’on me répondra non, ça coûterait trop cher. Oui, mais quel est le prix d’un accident nucléaire ou de l’arrêt de l’approvisionnement en énergie d’un pays ?

Compléments :
  • C'est curieux mais toutes les innovations semblent avoir un coût caché. Parfois monstrueux. Leur attrait vient de ce que nous ne le voyons pas. 
  • Hervé Kabla, sur le même sujet.