samedi 25 septembre 2010

Jeux du Commonwealth

Depuis quelques temps, la presse anglo-saxonne dresse un tableau effrayant de la préparation des jeux du Commonwealth par l’Inde. Plafonds et passerelles qui s’effondrent, logements abjectes…

La corruption est partout (le cours du rouleau de papier de toilette atteint les 90$), ainsi que le terrorisme que l’État semble incapable de combattre. (Explication : c’est une démocratie, comme si cela justifiait l’anarchie.) (The games people play (or not).)

Bizarre spectacle, lorsqu’on le compare à celui qu’ont donné la Chine et l’Afrique du Sud – un État pourtant bien fragile. De tels événements ne sont-ils pas susceptibles de jeter un doute légitime sur la qualité de la production de ce pays ? Ne serait-ce pas ce qui serait arrivé à n’importe qui d’autre en pareille occasion ?

Pourquoi, donc, l’industrie occidentale s’est-elle précipitée en Inde ? Intérêt avant tout ? Pourquoi en dit-on tant de bien ? Parce que c’est un converti modèle au libéralisme anglo-saxon ?...

Changement sexiste

Discussion sur le changement organisée par des élèves de Sciences U. Cécille Etrillard raconte son expérience (remarquable) de changements chez EDF. Au passage, elle fait une remarque qu’elle dit sexiste : la conduite du changement est art de l’influence, les femmes ont donc un avantage décisif. Je suis d’accord. Voici quelques caractéristiques favorables, ou non, au changement, selon moi.
  • Résultat préliminaire (qui explique la suite) : savoir conduire le changement, c’est savoir utiliser les lois invisibles de la société.
  • Les femmes ont une approche sociale du monde, alors que l’homme donne de la tête contre les murs.
  • Les nations individualistes (Anglo-saxons, pays nordiques, la France dans une moindre mesure mais tout de même en haut de classement mondial) tendent à être nettement moins douées pour l’animation du changement que les pays communautaires (Maghreb, Asie…). J’ai été très impressionné, par exemple, par la capacité à conduire le changement d’étudiants marocains et algériens. De même, j’ai noté lors d’un rappel à l’ordre des élèves d’un Master, la différence de réaction des participants. Une étudiante Biélorusse, et une autre d’origine chinoise ont répondu immédiatement : « qu’avons-nous fait », « comment pouvons nous nous tirer de cette affaire ». Les Français ont cherché un coupable. Par contre, les communautaires tendent à manquer de cap, de méthode. Les techniques « individualistes » (schémas directeurs) leur sont d’une grande utilité.
  • Ceux qui ont une vision, mais pas le pouvoir officiel de la mettre en œuvre, tendent à découvrir les leviers cachés de la société. Ils deviennent des leaders naturels. Ceux qui font bouger les organisations sont bien plus souvent en leur sein qu’à leur tête. « Il faut bien que je les suive, je suis leur chef » aurait dit La Fayette.
  • L’Éducation nationale, par son obsession de la rationalité, de l’équation, de l’unicité de la vérité… produit des personnels incapables de conduire le changement. Ce que n’arrange pas le fait que l’élite universitaire tend à avoir immédiatement du pouvoir (cf. point précédent). En termes de conduite du changement, l’autodidacte a un avantage colossal.
Compléments :

La fiancée du pirate

Film de Nelly Kaplan, 1969.

Film actuel, en vérité. Une fille de vagabonds (de Roms ?) se venge de la communauté française qui l’a exploitée. Où l’on voit que la France est hypocrisie, lâcheté, médiocrité, épargne mesquine, refoulement, ruralité boueuse… et la libération de la femme, qui fait fortune en vendant ses charmes, et la dépense en merveilles de la société de consommation, dont elle fait des œuvres d’art moderne, et part vivre sa vie au gré des vents et des plaisirs.

Victoire de la cigale individualiste sur la fourmi communautaire. Jamais on a si bien dit que le soixantehuitard et le libéral étaient la même personne.

Aussi, portrait probablement assez réussi de la France des années 60, dont on a oublié aujourd’hui à quel point elle était rurale, y compris en Région Parisienne.

vendredi 24 septembre 2010

Prendre conscience du risque climatique

Les psychologues se demandent ce qui pourrait nous faire prendre conscience du risque climatique. Deux mécanismes ressortent de leur réflexion : montrer à quel point un changement de nos comportements pourrait être bénéfique à nos intérêts personnels, nous faire tâter des conséquences concrètes du changement climatique. Rien de mieux qu’une bonne catastrophe pour cela.

Curieusement ce discours nous peint en égoïste dirigé par ses intérêts myopes. N’est-ce pas là le fondement même de la culture anglo-saxonne ? Parlons-nous à de vrais psychologues ?

Car l’homme n’est pas dirigé que par ses intérêts propres. Il est capable de compassion. Il suit ce que la société lui dit être bien ou mal. Et il se sent heureux quand il fait ce qui lui semble bien, même lorsque cela nuit à son intérêt à court terme.

D'ailleurs, on parle de réchauffement climatique depuis au moins les années 60. Entre-temps la planète a vécu quelques crises, pas mal de guerres et de catastrophes et est passée pas loin d'un conflit mondial nucléarisé, et des masses de gens ont crevé de faim. Et si l'obsession de l'écolo pour le climat venait de son éloignement d'une réalité bien plus menaçante ? Et si, pour nous convaincre, il devait commencer par la comprendre ?

Le diplôme ne prédit pas la performance

Étude américaine : aucun lien entre le prestige, ou le type, du diplôme du P-DG et la performance de son entreprise.

En fait, le diplôme aurait pour intérêt de simplifier la vie du recruteur : il réduit le nombre de candidats.

Un appui à ma thèse selon laquelle le diplôme est un système de discrimination, qui permet aux classes dirigeantes de se reproduire ?

Compléments :
  • Les sociologues ont montré que le principal critère entrant dans un recrutement n'était pas la performance, mais une culture partagée. Le diplôme serait-il une marque qui indique que le candidat a la bonne culture (celle des ses pairs), qu'il est de bonne compagnie ?
  • L’armée a une façon intéressante de sélectionner ses généraux : ses officiers qui démontrent le plus grand potentiel sont envoyés à l’école de guerre. Traditionnellement c’était aussi le principe du MBA américain, qui apportait un complément de formation nécessaire au manager que son talent faisait accéder à une direction générale. Le diplôme reconnaissait une compétence, il n’était pas supposé la créer. 

Règlement de comptes

Film de Fritz Lang de 1953.

Mise en scène efficace. Des personnages d’une seule pièce... Je me suis rendu compte à la fin du film que j’avais déjà dû le voir, et qu’il ne m’avait laissé presque aucun souvenir.

Le plus curieux, à la réflexion, est le héros. Il est fatal à toutes les femmes qu'il rencontre, y compris à la sienne. Et leur mort résulte quasiment directement de son action et de ses maladresses. Fritz Lang aurait-il cherché à pervertir le mythe du héros américain, de l'intérieur ? 

jeudi 23 septembre 2010

Culture d’entreprise

Hier discussion avec la société ATOEM, spécialiste de culture d’entreprise. Parmi les anecdotes de la salle, témoignage de Francis Bernard, fondateur de Dassault Systèmes.

DS impose à ses filiales un système de reporting financier exhaustif et rigoureux et tend à les constituer avec, à leur tête, un Français ou quelqu’un qui a une forte culture française, et, à ses côtés, des nationaux de gros calibre.

Le débat m’a fait penser que ce qui domine une culture d’entreprise est la culture nationale de ses fondateurs. C’est pour cela que les multinationales japonaises ou coréennes sont irrespirables (elles imposent à leurs membres d'être Japonais ou Coréens), et qu’il est facile de s’intégrer dans une multinationale américaine : sa culture est celle du contrat, elle n’empiète pas sur l’identité humaine, à l’image de ce que croient les USA. Les multinationales allemandes et françaises imposent un niveau de pression sur l’homme qui est beaucoup plus net que l’américain mais nettement plus faible que l’oriental. 

Quantitative easing

Informations de la BBC. Les banques centrales anglo-saxonnes craignent la déflation, nouveau « quantitative easing ». L’interviewé, lui, pense que les obligations connaissent une bulle spéculative.

La méthode du quantitative easing marche à l’envers du lancement d’une dépression : en mettant de l’argent en circulation (variante de la « planche à billets »), on augmente les prix. La mise en œuvre de ce changement semble la suivante : la banque centrale achète des obligations aux autres banques. Pleines de cash, elles accélèrent leur financement à l’économie. Intervient alors un mystérieux « multiplicateur », qui fait qu’elle reçoit plus que ce que la banque centrale a dépensé.

Mais, encore faut-il que les banques n’amassent pas ce qu’elles reçoivent !

Le paramètre humain ne serait-il pas prévu par le modèle économique ? Ou, au contraire, le banquier central nous dit-il : ayez peur, je vais augmenter les prix, demandez des augmentations ? Bluff ?

Bienvenue dans le monde des apprentis-sorciers ! Un monde où il ne viendrait à l’idée de personne qu’il existe quelque chose qui s’appelle la société humaine, et qu’elle ne change pas par miracle. 

Compléments :
  • En tout cas l’expérience récente semble montrer que lorsque l’on injecte des masses d’argent quelque part, on fait des bulles. (L'opinion de l'interviewé de la BBC semble donc justifiée.) Et ce pour la raison que, justement, la société s'adapte lentement au changement. 
  • Ou même pas du tout. Les banquiers américains se sentent insultés par les paroles de B.Obama, et ils ont décidé de faire grève. Ils vont garder pour eux l'argent de la banque centrale et le distribuer au parti républicain ?

Crickets

Il y aurait le même type d’interactions entre composants qui ferait que l’aimant se désaimante et le groupe de crickets change (brutalement) de cap. Le cricket ayant tendance à manger le cricket, les crickets doivent marcher côte à côte, c’est pourquoi ils doivent tourner comme un seul homme. Je n’en ai pas compris plus, mais j’ai trouvé l’histoire curieuse. The rules of attraction.

(L’utilité de cette modélisation tient à ce que prévoir la direction de la marche du cricket est utile pour le combattre.)

mercredi 22 septembre 2010

La France cause la grande dépression

Un chercheur a découvert que la France avait joué un rôle majeur dans la grande dépression d’avant guerre. Avec les USA, mais plus qu’eux, elle empilait l’or sans le dépenser. Moins de monnaie en circulation signifie baisse des prix.

J’étais fort content que notre nation insignifiante ait pu initier une dépression mondiale jusqu’à ce qu’il me vienne l’idée que d’ordinaire il y a régulation internationale des politiques monétaires. Et, si, simplement, c’était cette coordination qui avait manqué, laissant les nations dans une forme de dilemme du prisonnier ? Culpabilité collective ?

Compléments :

Immigration en Angleterre

Informations de la BBC, ce matin. Le gouvernement anglais limite l’immigration hors UE. Les employeurs se plaignent. Ils ne peuvent pas renouveler le permis de séjour de tous leurs employés.

Curieusement, d’après un dirigeant interviewé, l’immigration est essentielle car les hautes qualifications manqueraient en Europe. 

Épargne et retraite

Les obligations ne rapportant quasiment rien, ceux qui en dépendent pour leur retraite vont devoir épargner plus que ce qu’ils comptaient faire jusque-là. Or, pour relancer l’économie, il faudrait qu’elle consomme.

Au même moment, on découvre qu’en Angleterre, notamment, beaucoup de gens n’ont pas souscrit à un fonds de pension. (Another paradox of thrift.)

A ce sujet, le mécanisme du fonds de pension a quelque chose de mystérieux : il semblerait que s’il fait de mauvais investissements – ce qui a été le cas au moins pour certains – et se trouve incapable de payer ce qu’il doit à ses souscripteurs, le contribuable fait l’appoint… (Investor, heal thyself.)

De l’efficacité d’un système de retraite par capitalisation ? 

mardi 21 septembre 2010

Insead indien

L’Institut Européen des Affaires (Insead) change de doyen et choisit, comme Harvard, un Indien.

Imitation ? Poids statistique de l’Inde, pays où l’on est aussi à l’aise dans les sciences du management qu’en informatique ? Son prédécesseur était Américain : l’Amérique n’a plus la cote ? En cette période de crise morale du libéralisme, la culture indienne - qui tempère, certainement, le capitalisme le plus pur par sa sagesse mystérieuse - ne peut qu’être salutaire ? Signe à destination des millions de clients potentiels des pays émergents ? (Qui se préoccupe encore de ces has been d’Européens ?) Et en plus cela fait discrimination positive ?...

En attendant HEC grimpe dans le classement de The Economist et entre dans les 10 premiers. Exemple d’un changement réussi, du modèle français de grande école à celui, américain, du MBA ?

Manif allemandes et anglaises

Je ne sais pas comment la France est parvenue à se forger une image internationale de révolutionnaire de rue. En comparaison aux étrangers nous sommes de bons enfants.
  • Les Anglais ont connu des années de grèves, et découvrent aujourd’hui que leurs syndicats n’ont pas été totalement liquidés, et qu’ils ont des moyens d’action redoutables. Et s’ils ne laissaient par passer sans réagir les mesures d’économie du gouvernement ? Et si le peuple les suivait ? (The comrades take on the coalition.)
  • Quant aux Allemands ils se réunissent deux fois par semaine pour protester contre la transformation de la gare de Stuttgart, qui semble surtout motivée par des intérêts économiques. Résultat d’un défaut de démocratie : pour éviter la tentation populiste, les partis politiques allemands font le bien du peuple sans lui demander son avis. (Green shooters.)

Inflation et économie de marché

L'idée m’est venue que notre histoire récente a été celle d’une expropriation. Par une vague de fausses innovations, les forts ont pris aux faibles ce qu’ils avaient et l’ont remplacé, au mieux, par des colifichets. Justification :

Inflation invisible

L’INSEE ne s’intéresse qu’aux biens de consommation. Mais il y a d’autres biens tout aussi essentiels à l’homme qui ne sont pas comptabilisés. Par exemple ? L’éducation, la santé, le travail, le logement, la sécurité. Et il se trouve que une grande partie de la population a un accès à ces biens réduit par rapport à celui de ses parents  – la définition même d’inflation :
  • Le logement, bien entendu, qui est à l’origine de la crise actuelle. Pour la plupart des classes sociales, il est plus difficile d'acquérir son habitation aujourd'hui qu'hier..
  • L’éducation. Comme le disait mon billet sur les universités américaines, leur coût a grimpé beaucoup plus vite que la richesse moyenne des Américains alors que le contenu de l'enseignement a fondu. Idem en France où le privé se substitue au public défaillant.
  • La santé. On prévoit que les dépenses de santé pourraient consommer la croissance future des USA.
  • Le travail. Les générations d’avant 68 connaissaient le plein emploi. Aujourd’hui le chômage est endémique, et certaines catégories en sont définitivement exclues.
  • La sécurité. Si j’en crois la radio et les partis politiques de tous bords, elle s’est nettement dégradée.
La liste n’est pas exhaustive (peut-elle l’être ?). Exemple, plus petit : depuis que le sport est un business, les événements internationaux sont transmis par des médias privés, ils ne sont plus accessibles à une large partie de la population.

Mécanisme de l’inflation : innovation, vessies et lanternes

Dans mon enfance, les kiwis et les avocats étaient rares. Quelques temps plus tard, nous étions submergés de ces fruits, devenus de la cochonnerie.

Le mécanisme de l’inflation qui attaque les biens qui nous sont utiles semble semblable : on conserve le nom, mais il y a substitution par moins bien : il y a toujours une école publique, mais elle ne forme plus ; les subprimes faisaient prendre pour du sans risque de l’hyper risqué…

C’est aussi le mécanisme de la spéculation selon Galbraith : parvenir à déconnecter la valeur perçue par le marché, pour un bien, de sa valeur réelle. C’est ce que les financiers nommaient il y a encore peu « innovation » : nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Economie de marché et inflation

L’économie de marché c’est le mécanisme de l’offre et de la demande en environnement d’acteurs rationnels (non liés par un lien social). Mancur Olson montre que ce système conduit naturellement à l’oligopole, le petit nombre exploitant le grand nombre. Ce qui explique probablement le paragraphe ci-dessus : celui qui est en position de force extrait une « rente » du faible.

La spéculation est un mal naturel de l’économie de marché. L’inflation en résulte. 

Capitalisme et économie de marché

Une question qui se pose immédiatement est celle du capitalisme. Est-il en cause ?
D’après Schumpeter, le capitalisme c’est l’innovation, celle qui crée du nouveau. Elle conduit, comme celle du financier, au monopole (cf. Apple), mais, elle semble faire prendre plus de risques à l’inventeur qu’à la société humaine. En outre, comme le montre par exemple l’invention de l’industrie en France, ce sont plus souvent les héritiers que les innovateurs eux-mêmes qui exploitent la rente ainsi formée.

Il ne faut donc pas confondre économie de marché et capitalisme.

Communisme et contrôle de l’inflation

Comment éviter l'inflation dont il est question ici ? Plusieurs solutions viennent à l’esprit.
  • Le communisme. Il veut contrôler le capitalisme, qui n’est pas notre sujet. En outre il remplace un monopole par un autre, tue l’innovation et l’expérimentation qui en a été faite n’a pas été satisfaisante.
  • L’économiste corse semble plus proche de mon analyse que le Soviétique. L’usage du terrorisme a permis en partie à la Corse d’éviter l’influx de capitaux étrangers, qui aurait amené une inflation du prix de l’habitat, comme sur le continent, d'où expropriation des locaux de leur mode de vie traditionnel. Il y a aussi probable autocontrôle du terrorisme par la population, une formule plus démocratique que le communisme. Cependant l'option corse est une méthode de résistance au changement non de réelle conduite du changement. Il n’est pas certain, donc, qu’elle soit durable.
Sur le long terme, j’imagine que la société finira par trouver un moyen d’autocontrôle des « biens communs » nécessaires au développement de l’homme, selon le schéma défini par Elinor Ostrom, une forme de communisme sans dictature, et sans bombes. (Autrement dit la société ramène en son sein l’individu.) En attendant, il faut probablement faire avec ce que l’on a, et jouer au chat et à la souris avec l’innovation spéculative.

Compléments : 
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.

lundi 20 septembre 2010

Turquie démocratique ?

Je me demande si les élections turques nous sont favorables. N’est-ce pas un parti islamique, qui met à mal des partis liés aux militaires, certes, mais défenseurs des valeurs laïques turques ?

Le vainqueur est islamique modéré. Quelques tendances dictatoriales quand même : la presse le craint.

La meilleure garantie de modération est peut-être, simplement, que le pays est prospère, et finalement assez satisfait de son sort.

Immigration et socialisme

Partout en Europe l’immigrant est mal venu. Retour aux valeurs nationales et méfiance vis-à-vis des communautés qui ne s’intègrent pas et « des élites éloignées des préoccupations des votants ordinaires ».

Et problèmes à répétition pour les partis socialistes qui ne disent mot sur un sujet qui heurte leurs principes.

Ils ne savent qu’excommunier les mal pensants, or c’est leur électorat. Et s’ils essayaient de le comprendre ? Peut-être trouveraient-ils des solutions aux maux populaires qui respectent leurs principes ?

De l’utilité des relations presse

Les relations presse ne sont pas du tout ce que croit le Français. Mon expérience :
  • Mon sujet (le changement) intéressant le journaliste, j’ai la chance d’être sollicité. Ce qu’a changé l’emploi d’une attachée de presse n’est pas tant le nombre de contacts que j’obtiens maintenant (même s’il a nettement augmenté et surtout s’est régularisé) que leur qualité. Les questions que l’on me pose non seulement sont élégantes et pertinentes mais m’aident à préciser mon message et ma pensée.
  • Un partenaire me disait que, pour voir son nom apparaître dans la presse, il fallait payer. Bien entendu, c’est faux. J'ai découvert que les journalistes ont remarquablement peu de temps pour rédiger des articles par ailleurs vraiment complexes. Pour cela il leur faut trouver des sources fiables, compréhensibles, et pertinentes, vite. Ce qui est efficace pour eux n’est pas de connaître quelques spécialistes (comme moi), mais des gens de réseau capables de les aiguiller vers tel ou tel expert. C’est le rôle principal du bon attaché de presse. Les journalistes le voient comme un donneur d’aide.
  • Un autre partenaire, dont le métier cette fois-ci séduit la presse, me racontait qu’il n’avait eu que des désillusions avec elle. Il met en contact journaliste et client, mais tout se termine mal. Un attaché de presse lui aurait évité ces désagréments, lui ai-je dit. Il sait ce qu’attend le journaliste, les règles du jeu, comment mener une interview, c'est un animateur de rencontres. (Dans le cas de ce partenaire, il lui aurait aussi demandé de participer au rendez-vous.)
Le plus curieux n’est pas tant à quel point un attaché de presse peut être utile, et la stupidité de penser que l’on peut faire sans, qu’à quel point il est difficile d’en trouver un. Depuis toujours je suis convaincu de ce que j’ai longtemps enseigné : l’importance majeure de la communication. Mais j’ai mis 5 ans pour trouver un attaché de presse qui comprenne quelque chose à mon métier, qui ne veuille pas me donner de leçons, et qui ait plus de contacts presse que moi. (En fait mes premiers essais ont été tellement désastreux que j’ai vite arrêté de chercher, me disant que les cours de marketing que j’enseignais n’avaient pas été écrits pour la France !)

Voilà qui est significatif du changement que subit notre pays ? Nous étions des généralistes pensant tout savoir, nous devenons, lentement, des professionnels ?

(PS. Merci de ne pas me demander le nom de mon attachée de presse. Elle est victime de son succès, et ne pourra bientôt plus s'occuper de moi !)

dimanche 19 septembre 2010

Animal politique

Mon billet sur le « président qui rétrécit » m’a laissé insatisfait. Billet sans rebond. N.Sarkozy fini ?

Depuis d'autres idées me sont venues : N.Sarkozy ne serait pas arrivé aussi loin, et après un tel parcours du combattant, s’il n’avait pas eu des qualités.

Sa manœuvre anti manœuvre anti-Woerth est risquée, mais peut-être pas inefficace : elle lui a permis de moucher un grand nom européen, Mme Reding. Il a ainsi démontré qu’il avait une trempe inconnue du politicien commun (ce qui lui vaut l'admiration des Anglo-saxons).

Comme tout champion, N.Sarkozy a une intuition que ne comprend pas, ou trop tard, la raison. Mais de quoi est-il champion ? De ce qu’il a démontré ces trente dernières années : un type de manœuvre politique en environnement emberlificoté, opaque, traître, et partisan ? En tout cas, il est probable qu’il cherche, à tâton, à se ramener à des conditions qui lui soient favorables. Comme B.Obama, dont il est l’opposé, il découvre peut-être que le salut n’est pas dans son programme électoral, mais dans sa personnalité.

Compléments :
  • J’ai remarqué que nos forces sont généralement ce que nous haïssons le plus de notre personnalité. Obama est froid et calculateur. Sarkozy crée un mouvement désordonné qui pousse ses adversaires à la faute.

Noam Chomsky

Tout à l’heure j’entendais Noam Chomsky comparer l’Amérique moderne avec l’Allemagne de Weimar.

Son argumentation : un grand nombre de gens rendus désespérés par la crise économique ; des blancs fort peu éduqués et qui pensent que leur race est menacée ; des thèses du Tea Party à la droite de tout ce qui était imaginable jusque-là.

Je n’étais pas disposé à le croire, mais j’ai trouvé l’argumentation inquiétante.

Ce qui m’a rappelé un article qui parlait d’une femme qui a perdu son travail du fait d’un cancer, et qui se retrouve maintenant dépendante des soupes populaires, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

Tout cela parce qu’une partie de la planète a préféré croire au père Noël plutôt que de payer des impôts…

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels

Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.
  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c'est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.

On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  

Tactiques pour une conquête du pouvoir

Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme - le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.