lundi 25 octobre 2010

Abeille et voyageur de commerce

L’informatique se casse les dents sur le problème du voyageur de commerce : trouver le chemin le plus court pour faire le tour d’un certain nombre de villes.

Il semblerait (d’après la BBC) que si l’on transforme les villes en fleurs, une abeille soit vite capable de résoudre le problème. Si on arrivait à comprendre comprendre ça aiderait nos ordinateurs.

Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait que les abeilles qui soient intelligentes. Il y a longtemps, un ami travaillait sur une variante de ce problème pour le compte d’une entreprise. Au début son programme a donné de bien meilleurs résultats que ce que savaient faire les planificateurs humains. Mais, curieusement, ils se sont brutalement améliorés, et jamais ils n’ont pu être rattrapés. Nous possédons des mécanismes de calculs bien plus puissants que la raison…

Compléments :

Sure BNP ?

La BNP aurait-elle une culture plus saine que la Société Générale ?

Elle a su conserver un portefeuille d’activités « équilibré ». La banque, « qui est dirigée par un groupe soudé de vétérans de la fusion originale » a résisté aux tentations qui se sont révélées fatales ailleurs. « L’histoire récente de BNP-Paribas (…) est l’histoire d’une expansion et d’une prise de risque consistante, et étroitement contrôlée. » Stop. Think. Act.

IPCRESS

Film de Sidney J.Furie, 1965.

Anti-James Bond où le héro est un repris de justice de basse condition. Personnage décalé, et gentil.

Je me suis demandé si ce n’était pas une fable sur la société anglaise. Les chefs sont du meilleur monde, des originaux, raffinés et perfides. Le subordonné est leur opposé, il possède une sorte de talent inné, irrationnel, lié à son « insubordination » même, qui, au fond, les fascine. D’ailleurs sous le vernis du rapport de classe, il y a de brefs gestes d’estime réciproque. 

dimanche 24 octobre 2010

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  

Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).

Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.

Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.

Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?

Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)

Traité en Europe

Depuis quelques temps j’entends parler d’une modification des traités européens. Je nous croyais guéris de l’aventure. (D’ailleurs les Anglais menacent de se saisir de toute nouvelle évolution pour organiser un référendum, donc sortir de l’UE.)

Si je comprends bien, il s’agit de prévenir la mise en péril de l’économie européenne du fait d’une mauvaise gestion par l'un de ses membres.
  • Il subirait des sanctions, mais pas automatiques comme on l’avait envisagé. Au préalable on débattra de savoir s’il a correctement mené ses affaires. Si non, il y aura sanctions (non discutables), notamment possible suspension de son droit de vote.
  • Pour éviter que les investisseurs ne puissent penser que le fonds européen de stabilisation financière les dédommagera systématiquement en cas de faillite d’un pays auquel ils ont prêté (de ce fait encourageant des comportements irresponsables), un mécanisme de restructuration de la dette est prévu.  
Compléments :

Changement en Chine

La Chine se donne un nouveau dirigeant, Xi Jinping. Comme son prédécesseur il descend d’un proche de Mao, et est un ingénieur. (The next emperor.)

Faut-il voir dans cette succession deux orientations de l’histoire chinoise ? L’ingénierie est la particularité de l’Occident, ce qui manquait à la culture chinoise ? Cependant la Chine est dirigée, comme elle l’a toujours été, par une sorte de dynastie, garante d’une continuité de vision ?

Changer pour ne pas changer ?

Compléments :
  • Par ailleurs, contrairement aux Anglais, les dirigeants chinois semblent extrêmement prudents quant aux changements qu’ils doivent appliquer à leur pays. Peut-être qu’ils savent qu’ils vivent sur une poudrière ? Ou peut-être qu’ils sont conscients  de leur responsabilité ?  

Je ne peux pas vivre sans toi

Il est mieux de parler d’un film que l’on a vu. Contrairement à ce que je croyais, il n’y est pas question des méfaits d’une bureaucratie kafkaïenne. Il montre comment cette bureaucratie, en dépit des lourdeurs de ses procédures et de ses bonnes intentions maladroites, parvient à reconnaître le point de vue d’un marginal. Malgré leurs défauts, nos sociétés sont fondamentalement bienveillantes ?

Je me demandais si le héros était un exclu du système (aussi riche que la France), ou s'il appartient à une communauté minoritaire, qui ne partage pas le mode de vie dominant. Pas clair. C'est un Hakka, mais ça ne semble pas de manière évidente une minorité désorientée. 

samedi 23 octobre 2010

Pensée chinoise et développement durable

Dans un billet je me demandais si nous n’étions pas manipulés par des idéologies erronées, si l’homme n’était pas moins nuisible qu’on ne le dit… Un ami me répond ceci :
Sur le sujet que l'homme est nécessaire à la biodiversité j'ai du mal à adhérer, l'homme est une espèces parmi d'autres qui a l'extrême désavantage d'avoir voulu s'affranchir des lois naturelles éprouvées depuis des millions d'années il a su se développer  à travers deux révolution : l'agriculture ce fut à l'échelle de l'espèce, la révolution industrielle, cette fois à l'échelle des nations-états avec la prise de puissance sur la nature et la globalisation jusqu'à menacer sa propre survie par le stress qu'il met sur la planète et ses ressources, la prochaine révolution ne peut être qu'à l'échelle de l'individu pour que la personne devienne soutenable car finalement qu'y a t il de plus urgent que le développement humain, car c'est l'humain qui est au centre du DD. L’homme disparu la nature poursuivra ses évolutions tranquillement selon ses lois habituelles. Pour revenir à la biodiversité, la surpopulation (la bombe de Paul Erlich date des années 80) est le premier vrai problème à traiter avec la menace sur les ressources naturelles et l'hygiène et la sécurité. Donc éduquons nos enfants sur ces bases.
En fait, mon billet avait juste été ébloui par une idée inattendue et élégante. Je crois qu’elle vaut mieux, finalement :

Ce que je disais du rôle de l’homme dans l’univers vient de la pensée chinoise. Cette pensée mérite peut être au moins autant de respect que la nôtre. Peut être même d’être explorée avec attention.

Ce que mon ami reproche à « l’homme » est le développement occidental. Or, lorsque l’on regarde la Chine d’avant l’Occident, elle maintenait une sorte d’équilibre avec ses voisins, et son développement était (peut-être) relativement peu destructeur. (Idem pour le Japon, replié sur lui-même.) Le grand principe de la culture chinoise est de ne pas inventer mais de se conformer à la logique de la nature, une posture qui paraît fort durable.

D’ailleurs, l’idée selon laquelle l’homme est une espèce comme les autres n’a rien d’évident. La particularité de l’homme est d’être un animal social. Il est possible que social ne s’entende pas au simple sens de l’homme, mais aussi à celui de la nature. Partout où il se trouve il réglemente son environnement.  Ce n’est pas mieux avec ou sans lui, mais c’est différent. Tout ce que nous apprécions dans la nature, que nous voulons conserver, vient peut-être de la main de l’homme. Pensée chinoise à nouveau, pour qui le monde ne tournerait pas sans lui.

Mon ami ajoute que, contrairement à l’abeille ou au ver de terre, l’homme n’a pas de fonction dans la nature. Et si sa fonction était d’assurer la cohésion d’un tout qui n’existerait pas sans lui ? Et si le coup de génie occidental avait été de faillir à cette fonction pour en tirer des bénéfices à court terme ?

Pensées élégantes et sans substance, à nouveau ? (à creuser, en tout cas.)

vendredi 22 octobre 2010

Prix du logiciel

L’éditeur dont je parle dans le billet précédent me semble être en face d’une question bien compliquée. Ce logiciel demande une importante « conduite du changement », or, il n’est pas cher.

Je pense que le prix d’un logiciel doit être fonction du coût de la conduite du changement nécessaire à son adoption (au sens commercial du terme). Un changement important requiert un prix élevé (ERP). Pour une adoption facile (bureautique), le prix peut être bas. Ce qui détermine la complexité du changement est certainement sa dimension sociale. Modifie-t-il le mode de collaboration entre hommes, ou n’intéresse-t-il que l’individu ?

Cependant, les logiciels qui pénètrent facilement l’entreprise devraient eux aussi être accompagnés de conduite du changement. Un des participants à la démonstration du logiciel a mesuré que, dans son ancienne société, les personnels consommaient un tiers de leur temps à lire leurs mails… Si l’on veut introduire une innovation dans une entreprise, il faut d’abord dire ce que l’on en attend, et ensuite se donner les moyens de contrôler que l’on atteint bien cet objectif, sans dommage collatéral. 

Je continue à croire que cette absence de conduite du changement accompagnant les projets informatiques explique le paradoxe de Solow (i.e. l’informatique ne fait pas gagner l’économie en productivité).

Compléments :
  • Citation de Robert Solow : « You can see the computer age everywhere but in the productivity statistics. »

Réseau social et libéralisme

Démonstration d’un logiciel d’entreprise. Il permet d’installer des fonctionnalités de type Facebook. Bénéfice : en permettant à chacun de communiquer avec chacun il en émergera une créativité spontanée.

Bizarre. C’est tout le discours des gourous du management américain des années 90 et 2000 ! Ils voulaient créer le « chaos » dans l’entreprise, puis y installer la « destruction créatrice » du marché (illustrée par Enron !). La liberté des échanges allait faire le bonheur universel. C’était la « nouvelle économie ».

Mais, alors, Facebook serait-il tout simplement une illustration de cette idéologie : la plus parfaite liberté d’échanges ?

Mais c’est vrai : la justification de la nouvelle économie, c’était la fin de la guerre froide et Internet !

Mais, alors, le fondement de l’idéologie des élites qui ont conduit la planète n’est pas le capitalisme, mais le libre échange ? Quand le libre échange a semblé à porté de main, elles ont disjoncté : Dieu allait arriver sur terre ! C'est aussi simple que ça ?

Compléments :
  • Sur la nouvelle économie : 
  1. Kevin J. STIROH, Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet - Août 1999. 
  2. Stephen B. SHEPARD, The New Economy : What It Really Means, Business Week, 17 Novembre 1997
  • Sur le chaos et sur Enron (les 6 premiers documents sont des tracts que m’a distribués l’Insead lors de mes études) :
  1. Rosabeth Moss Kanter. Power failure in management circuits. Harvard Business Review. Juillet-Août 1979.
  2. James Brian Quinn. Managing innovation controlled chaos. Harvard Business Review. Mai-Juin 1985
  3. The Bureaucracy busters, Newsweek. 17 juin 1991.
  4. Tom Peters. Get innovative or get dead. California Management Review. Hiver 1991
  5. Robert H. Waterman. The power of adhocracy. Chapitre de Adhocracy, the power to change, how to make innovation a way of life. W W Norton & Co Inc (1 septembre 1992).
  6. Peter F.Drucker. The Coming of the New Organization. Harvard Business Review. Janvier-Février 1988. Ce texte explique que l’organisation moderne va disparaître et être remplacée par une société de l’information peuplée de spécialistes.
  7. Gary Hamel. Reinvent your company. Fortune. 12 juin 2000.
  8. Richard N. Foster, Sarah Kaplan. Creative destruction. McKinsey Quaterly, 2001, n°3.
  9. Scott McNealy. Welcome to the Bazaar Harvard Business Review; Mars 2001. 

Angleterre et démocratie

Matthew Yglesias pense qu’un changement aussi suicidaire que celui qui est entrepris en Angleterre n’aurait aucune chance de démarrer aux USA. Un Etat démocratique ne l’aurait pas permis.

La démocratie a de grands défauts : elle réfléchit effroyablement lentement, et de manière apparemment irrationnelle et inefficace. Mais ce processus lui permet de simuler les conséquences de ses décisions, et d’en éviter les effets pervers.

Les pouvoirs dirigistes, comme les pouvoir anglais (ou français), n’ont pas de garde-fous. Ils ne tiennent compte des conséquences de leur décision que lorsqu’elles se sont matérialisées. Et encore, d’ordinaire ils les nient. Au fond, ils sont attentatoires aux libertés individuelles. C’est ce que disait Montesquieu.

Il pensait aussi que le principe des démocraties est la vertu. Or, nous ne sommes pas vertueux. Ce n’est pas ce que demande un État dirigiste. Devenir « plus démocratique » est un donc un apprentissage compliqué. On ne peut pas condamner l’Angleterre d’être ce qu’elle est. (Par contre on pourrait lui reprocher de ne pas vouloir se transformer.)

D’ailleurs, la démocratie ne garantit pas de tous les maux : elle peut s’engager comme un seul mouton dans une même illusion, comme le montre l’histoire récente américaine.

Il faut en baver pour apprendre

Plus l’apprentissage est difficile, plus il porte. Rendre un texte (presque) illisible, le rend mémorable. (Learning difficulties.)

De quoi je déduis que l’Éducation nationale a tout faux : depuis 68, elle cherche à simplifier son enseignement. Du coup elle l’a rendu inefficace.

Compléments :
  • Validation des propos de mon dernier livre :je disais que si l’on n’avait pas souffert à le lire, c’est qu’on ne l’avait pas compris.

jeudi 21 octobre 2010

Le Français parle aux Anglais

De temps à autres la BBC interviewe un manifestant français.

On croirait assister en direct au 14 juillet 1789. Mais le sans-culotte est désormais, presque, compréhensible. Et il a exactement l’accent qui traduit sa condition. Son hurlement grossier fait un contraste saisissant avec la maîtrise de soi britannique. J’imagine que l’Anglais doit sentir un délicieux frisson parcourir sa moelle épinière lorsqu’il réalise qu’il n’est qu’à un cours d’eau de la barbarie primitive.

Réforme en Angleterre

Le gouvernement anglais a annoncé hier le plan d’économie attendu (100md€ d’ici 2015). Pour le moment, aucune réaction notable :
  • Un rien de perfidie par ci. Les mesures s’en prenant aux riches et aux banques ont fait beaucoup de bruit. Cherchait-on à faire oublier que la réorganisation des services publics (effectifs réduits de 10% d’après la BBC) devrait démesurément toucher les pauvres ?
  • Quelques divergences entre gouvernants et gouvernés par là. Le peuple craint pour sa sécurité, le nombre de policiers et de pompiers est comprimé en priorité…
Le calme avant la tempête ?

Si les économistes éminents s’accordent à juger que la rigueur est une erreur. Il semble qu’il y ait consensus, entre économistes et non économistes, pour dire que l’expérience anglaise va être passionnante à observer.

Compléments :
  • Curieusement, j’entendais la BBC dire que la finance embauchait. Par ailleurs il semblerait qu’il y ait de la place dans les postes à forte qualification (informatique…). Ne restera-t-il que des non qualifiés dans la fonction publique ?
  • Les réformes anglaises vues des USA, et d'Angleterre (« ce serait une passionnante expérience à observer si autant d'existences n'étaient en jeu »).

Hormone et cancer du sein

Un traitement hormonal post ménopause semble augmenter le risque de cancer du sein chez la femme, et surtout d’un cancer mortel.

L’effet serait connu depuis quelques temps, aux USA au moins : de 110 millions en 2002, les prescriptions d’hormones y ont été ramenées à 40 millions en 2009.

Nouvelle illustration que la médecine est dangereuse et doit être utilisée avec discernement, de préférence pour des cas sérieux ? Et aussi limites de notre processus d’innovation, qui a beaucoup de mal à évaluer les conséquences à long terme de ses découvertes ?

(Article d’origine de ma réflexion : Post-menopausal hormones boost breast cancer risk, study finds.)

La vérité

Film d’Henri-Georges Clouzot, 1960.

Un film étonnant. Des répliques courtes, efficaces mais sobres. Des comédiens remarquables, à commencer par Brigitte Bardot. Et, finalement, une société française qui s’en tire plutôt bien. Pas si ringarde et figée dans ses certitudes que cela. Pas comme l'Amérique de Lenny ?

mercredi 20 octobre 2010

Théorie chaotique de l’évolution

Si je comprends bien, la théorie de Darwin serait fausse à long terme. Les espèces ne s’adapteraient que marginalement, mais resteraient substantiellement identiques à elles-mêmes, qu’il pleuve ou qu’il vente, jusqu’à ce que le hasard décide de les liquider :
L’extinction semble être un une réponse étonnamment rare aux changements climatiques importants.
Idem pour les écosystèmes, qui n’évoluent pas comme un tout, mais dans le chacun pour soi de leurs éléments constitutifs.

Le long terme serait commandé par la génétique dont la loi est la mutation aléatoire, qui ne répond pas à l’influence extérieure, et dont les résultats sont imprévisibles. L'évolution serait donc soumise, comme les planètes, à la théorie du chaos. Elle ne serait prévisible qu’a posteriori.

L'abandon de la sélection naturelle pourrait avoir de curieuses conséquences : « nous sommes incapables de prévoir comment les espèces répondront au changement climatique prévu durant le siècle prochain »   ; peut-on évoquer la sélection naturelle dans le règne humain, pour justifier des avantages acquis, si elle n'a pas de raison d'être dans la nature ?

Obama l'intellectuel

Voici ce que dit B.Obama à l'Amérique :
Nous sommes codés en dur pour ne pas toujours penser clairement quand nous avons peur. Et le pays a peur.
Autrement dit, vous êtes des peureux paniqués. Seul votre cerveau reptilien fonctionne encore. Pas étonnant que vous n’arriviez pas à saisir le bienfait de ma politique.

B.Obama fait une erreur commune à tous les esprits supérieurs. Il est incapable de voir au-delà de ce qui est dit. Or, ce l’on dit est une rationalisation de ses émotions. Ça n’a pas d’autre sens que : nous sommes inquiets, nous avons besoin d’aide.

Et, il se trouve que M.Obama a justement été élu pour aider les Américains. C’est son rôle de les écouter avec patience, de les comprendre et de leur proposer des solutions qui résoudront les problèmes qu’ils n’arrivent pas à formuler, parce qu’ils n’ont ni sa position, ni son QI exceptionnel.

Il ressemble à un médecin qui refuserait de soigner ses malades, au motif qu’ils attribuent leurs souffrances à des causes ridicules. 

Lenny

Film de Bob Fosse, 1974. Pour une fois Dustin Hoffman ne cabotine pas.

Lenny Bruce fut un comique fameux des années 60. Il semblait convaincu que s'il n'y avait plus d'hypocrisie, il n'y aurait plus de haine entre hommes. Mais dire tout haut ce que tout le monde savait et disait en cachette (et dit tout haut, maintenant) a été vu comme une audace sulfureuse. Soit elle faisait frissonner d'un plaisir coupable, soit elle faisait peur.

Il ne demandait pourtant qu'à discuter de ses idées, qui lui semblaient marquées au coin du bon sens. Mais un tel échange était inconcevable pour ses contemporains. En particulier pour la justice. 

mardi 19 octobre 2010

Drôle de grève

La Tribune titre « drôle de grève ». Curieux, c’était le titre d’un de mes billets. Serais-je lu par la Tribune ?

J’en doute. Ce titre illustre plutôt le fait que nous subissons l’influence de la société, qui fait que nous pensons la même chose au même moment ; que les découvertes scientifiques sont faites en simultané ; que les mamans trouvent indépendamment le même nom, original, pour leurs enfants ; que les travaux des philosophes paraissent évidents à leurs contemporains alors qu'ils ne parlent qu'aux élites intellectuelles des siècles suivants… 

Équation de la retraite

L’âge pose décidément des difficultés à l’économie. Il y a la retraite et les soins aux personnes âgées. Ils devraient nous coûter plus de 30% de notre PIB d’ici 2050. 
L’économie avancée médiane devrait avoir un déficit de 24,5% de son PIB d’ici 2050 ; 12 pays, y compris les USA et la Grande Bretagne, auront des déficits de plus de 30%. Le rapport de la dette au PIB devrait avoir dépassé les 400%.
Parmi les solutions envisagées : l’inflation qui grignote les retraites, réduire le montant des retraites, avoir des enfants, immigration, augmenter l’âge de la retraite. Cette dernière solution aurait le vent en poupe.

Internet et communisme

La propriété serait out, et la location in. Combinaison de préoccupations écologiques et d’Internet, de plus en plus de biens sont partagés, et construits pour durer. Le modèle Vélib c'est l'avenir. The business of sharing.

Curieux. Je croyais la propriété une valeur fondamentale de la culture anglo-saxonne. Irait-on vers une forme de communisme prévu ni par Marx, ni par Schumpeter : un communisme où plus rien n’appartiendrait à personne, y compris l’État ? À l’exemple des entreprises dont la propriété est éparpillée entre des nuées d’actionnaires ? 

N.Sarkozy et le trotskysme

J’ai été surpris des réactions violentes, immédiates, que suscitait N.Sarkozy lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Il était vu comme un dictateur, comme une forme de mal absolu. Je me souviens de Marie NDiaye expliquant à un France Culture approbateur pourquoi elle avait demandé l’asile politique à l’Allemagne.

Petit à petit j’en suis arrivé à l’hypothèse suivante. Il n’y a pas eu erreur, il est bien l’ennemi héréditaire de certains groupes de la population. Ils l’ont instinctivement reconnu comme tel. Comment les décrire ? Ils sont petits mais ont le pouvoir de nous faire nous entretuer pour leurs idéaux. Ils sont aux nœuds de la société. Un terme revient lorsqu’on parle d’eux : trotskysme. Cette doctrine, qui jusque-là me semblait une curiosité exotique oubliée par l’histoire, paraît être associée à une forme d’individualisme exacerbé.

Curieusement, on me parle d’hyper sarkozystes qui sont d’anciens trotskystes. S'agirait-il de frères ennemis ayant beaucoup en commun ? Après tout le néoconservatisme n’est qu’un bolchevisme de droite.

(à creuser)

lundi 18 octobre 2010

Fusion Angleterre-France

Il semblerait que la France et l’Angleterre envisagent de fusionner, au moins en partie, leurs forces armées. Histoire de réaliser des économies. (Entente or bust.)

Curieux point final à mille ans d’hostilités, de projets démesurés et de conquêtes de tous les continents.

Curieux aussi à quel point la logique économique domine tout, désormais. Transformer un pays en entreprise le rendra-t-il plus durable que le Royaume de France ?

Société Générale et recrutement

Un avocat m’explique la stratégie de la Société Générale dans l’Affaire Kerviel : en faisant sauter toute la hiérarchie de J.Kerviel elle a cherché à démontrer qu’elle avait été abusée. Ce qui prouvait son innocence. Comme le disait mon père, « le Français invente le droit ». Eh bien, j’ai inventé le droit en pensant que supprimer tous ces gens était plaider coupable.

Cette histoire m’a aussi rappelé des discussions récentes avec des entrepreneurs. Tous m’ont dit qu’ils devaient leur succès à la chance, et que leur plus grosse peur était un mauvais recrutement ; qu’ils avaient apporté un soin particulier au processus de recherche et d’intégration des nouveaux, qu’ils suivaient personnellement. Pourquoi la Société Générale n’a-t-elle pas paru obsédée, comme eux, par les risques d’un mauvais recrutement, sachant que le dit recrutement manipulait 50md€ ?

Selon mon interlocuteur, une évolution du principe du management en est la cause. Il est devenu financier. Il a oublié le métier de l’entreprise. C’est cette disjonction qui est à l’origine des suicides et, plus généralement, des problèmes de santé au travail et de harcèlement. En effet, elle l’amène à demander ce qui n’est pas possible à ses employés. Il me dit que l’entreprise s’est « déresponsabilisée » au sens où elle prend des décisions dont elle ne comprend pas (et assume encore mois) les conséquences. 

Compléments : 
  • Article 1382 du Code civil. Créé par Loi 1804-02-09 promulguée le 19 février 1804 : 
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

L’homme est nécessaire à la nature ?

L’homme serait un facteur favorable à la biodiversité. C’est l’idée la plus surprenante que je retiens du Développement durable de Sylvie Brunel.

Du coup, j’en viens à me demander si nous sommes manipulés par des idéologies erronées. L'idéologie anglo-saxonne de la nature vierge et de l’homme nuisible. Mais aussi la doctrine rousseauiste qui veut que la société corrompe tout et qui pleure sur une communauté initiale et bénie de chasseurs cueilleurs, après laquelle Lévi-Strauss a couru toute sa vie.

Et si, comme dans la pensée chinoise, l’homme était au centre du monde, au sens ou il est essentiel pour son bon équilibre ? Et si les inquiétudes de Rousseau et des écologistes anglo-saxons tenaient non à un vice de l’homme en général, mais à celui de leur société propre : une forme de parasitisme, non durable ?

dimanche 17 octobre 2010

Nobel contre Républicains ?

Les 3 Nobel d’économie ont étudié le chômage et montré qu’il obéissait à des lois bien plus complexes que celles de la théorie économique acceptée – mais bien plus simples que ce que vit le chômeur.

Les gouvernants n’écoutent que les économistes. L’économiste ne comprend que les mathématiques. Par conséquent, il faut lui traduire mathématiquement notre réalité pour qu’elle lui soit accessible. Et qu’il ne pousse pas les nations à faire notre malheur.

Curieusement, l’un des élus, appelé à un poste élevé dans l’administration américaine, voyait ses compétences mises en cause par l’opposition républicaine. (Search and employ.)

Après les prix de MM.Obama et Krugman, les jurés du Nobel combattraient-ils l’obscurantisme républicain ?

Guerre des changes

Les Américains accusent les Chinois de sous évaluer leur monnaie. Les Chinois accusent les Américains d’un « quantitative easing » (ce que fait aussi l’Angleterre) qui projette des fonds vers l’étranger et fait s’envoler les taux de change. On accuse ceux qui veulent résister à ces manœuvres de protectionnisme. (How to stop a currency war.)

Curieusement la zone euro n’accuse personne. Pourtant sa monnaie est au moins aussi surévaluée par rapport au dollar et à la livre que ne l’est le dollar par rapport au yuan, et elle ne fait pas de quantitative easing, pas plus qu'elle n'est protectionniste. (An indigestible problem.)

Tout ceci nous dit que les tours de passe-passe monétaires sont impuissants. Il faut restructurer en profondeur les économies mondiales. (Par exemple, réévaluer le yuan force à réorienter les Chinois qui travaillent pour l’exportation.) L’Allemagne a probablement raison. Il faut que nous nous attelions à une conduite du changement… 

Les facteurs sociaux du bonheur

Jusqu’ici les scientifiques pensaient que nos gènes déterminaient notre bonheur. Ils commencent à en douter. D’autres facteurs ont été identifiés :

Un compagnon névrosé, un poids qui n’est pas correct, le carriérisme et le matérialisme plutôt que l’altruisme et les valeurs familiales… pourraient nuire gravement à votre santé.

Compléments :

samedi 16 octobre 2010

Drôle de grève

La grève que nous connaissons actuellement me paraît bizarre. Les sondages se croisent et se contredisent. Personne ne sait réellement ce que signifie la réforme au cœur du conflit, sinon qu’elle a été menée n’importe comment. Je sens un mouvement d’indignation bien plus faible que contre d’autres réformes. À l’image des lycéens qui se retrouvent dans la rue en vertu de raisons vagues et indéfinissables. D'ordinaire les métros autour de chez moi sont à l'arrêt total lors des grèves, or je n'ai quasiment  rien ressenti ces derniers temps...

J'ai curieusement l'impression d'une guérilla isolée qui a peu de moyens, mais qui fait preuve d'une imagination qui confine au génie. Des actions décousues, le fait de groupes isolés mais qui tiennent des noeuds vitaux pour la société : Mediapart déclenche l'affaire Woerth, leurs propres minorités agitent les syndicats, le petit nombre de personnes qui approvisionnent les raffineries cherchent à priver le pays d'énergie... Quant aux lycéens, qui me font plus penser au Bartleby de Melville qu'au révolutionnaire de 48, j'en viens à m'émerveiller du talent qu'il a fallu pour mettre en marche ces zombies.

Au fond, le plus étrange n'est peut être pas là. Il est dans la formulation de la réforme. Autrement menée, même dans un format plus radical, elle aurait probablement été acceptée sans encombre. Or, elle est parvenue à mettre en mouvement l'inertie. Forme de provocation ?

Et si quelque chose d'autre que les retraites était en jeu ? Une revanche de 68, qui se jouerait entre titans vieillissants ? Des titans peu nombreux et titubants mais qui ont rassemblé toutes leurs forces pour un dernier combat ?

Obama et Israël

B.Obama serait parti pour essuyer un nouveau revers. Les discussions entre Israéliens et Palestiniens sont mal engagées. La raison en serait qu’il ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Je me demande s’il n’en est pas de même en Afghanistan. N’a-t-il pas déclaré que l’Amérique allait bientôt s’en dégager ? C’est peut-être une façon de stimuler ses forces, de les pousser à se transcender (c’est un « stretch goal » dans le jargon des sciences du management), mais c’est aussi un moyen de stimuler leur adversaire…

Ce qui m’a rappelé la thèse d'un livre selon laquelle les Américains étaient de « reluctant crusaders » : ils se laissaient emporter par de nobles idéaux, dont, justement, ils ne se donnaient pas les moyens. 

vendredi 15 octobre 2010

Le développement durable contre les pauvres

BRUNEL, Sylvie, Le développement durable, Que sais-je ?, 2010.  Livre très surprenant. Il va en plein à l'opposé de mes idées reçues. Il dit qu'insensiblement la préoccupation de la planète est passée du « développement », sortir les pauvres de la misère, au « développement durable », un écologisme utopique. Le pauvre a été liquidé de notre conscience.

Pour comprendre le développement durable, il faut en revenir à la guerre froide et à la notion, obsédante alors, de « développement ». L’Amérique craignait comme la peste que les pays pauvres ne passent dans le camp soviétique. Pour cette raison, l’Occident leur versait une « aide au développement » afin qu’ils adoptent son modèle - ce qui était le sens de « développement ».

Puis l’Union soviétique a disparu. Que le pauvre gaspille comme un riche est devenu une menace pour la planète. Le développement a été discrédité. Il a été remplacé par le développement durable. Aujourd'hui, il n'est plus question que d’écologie, en particulier d'effet de serre. La planète s’est couverte de parcs naturels.

Le développement durable, c’est la nature menacée par l'adoption par le pauvre du mode de vie occidental. C'est le maintien du pauvre dans l'arriération. C'est aussi, curieusement, le retour d'un ancien mythe anglo-saxon, celui des immensités vierges et de l'homme être nuisible. 

Dans ce livre on retrouve aussi tout ce que nous avons vécu : crise, rigueur, libéralisme. Son effet sur les pays pauvres a été de même nature que chez nous, mais pas de même magnitude. Leurs structures trop fragiles ont cédé. Ils ont été dévastés par les fanatiques de tout bord :

La fin de l’aide au développement, désormais vue comme un encouragement à la paresse, la crise du modèle occidental qu'on lui avait imposé, ont trouvé le pays pauvre perclus de dettes. Pour le soigner, on lui a imposé la rigueur puis le libéralisme, qui a fait exploser ses États dictatoriaux, privatisé ses services publics, et l’a « désarticulé » (d’un côté une « caste privilégiée », de l’autre déchéance, émeutes de la faim, narcotrafic). On a lâché sur lui les ONG, devenues le dépositaire des bons sentiments des nantis et de l'aide au miséreux, et l’entreprise privée. Employant les mêmes richissimes diplômés et les mêmes méthodes de management, ce sont les deux faces d’une même pièce.

Finalement, voici ce que je comprends de ce que propose Sylvie Brunel :

Une nature vierge est une utopie. Partout elle a été modifiée par l’homme. D’ailleurs, l'homme a peut-être joué un rôle essentiel dans le maintien de la diversité de l'écosystème planétaire. Les pauvres ont le droit au même développement que nous. Pour qu’on les entende, il faut qu’ils s’enrichissent, et pour qu’ils s’enrichissent il faut que la petite agriculture familiale renaisse - d'ailleurs, elle savait gérer la nature. Il faut surtout rendre à « développement durable » son sens d’« intérêt général » ; donc reconstituer ce qui a pour mission de le promouvoir : les États, et des institutions internationales qui gèrent le bien commun de l’humanité.

Le développement durable signifie l’échec du libéralisme individualiste et gaspilleur, il faut retrouver le sens du partage et de la frugalité.

Commentaire :

C'est très curieux. On a reproduit au niveau mondial l’Angleterre victorienne, avec ses « charities » (les ONG), sa haine des pauvres, l’individualisme d’une élite des affaires que rien ne contraint, et même ses doctrines malthusiennes, sa « dismal science », l’économie, qui ne prévoit que la pénurie, et les bons sentiments qui remplacent l’aide – vue comme encouragement à la paresse. L'Angleterre victorienne fut d’ailleurs le premier triomphe (et échec) du libéralisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

Quant aux pays pauvres ils ne semblent jamais avoir eu le moindre libre arbitre. L'Occident les a toujours dirigés, et les a accusés des erreurs qu'il avait commises. Effrayant. 

Au delà de cet étonnement, ce livre me pose, indirectement, une question inconvenante. Faut-il continuer le développement des années 50. En particulier l'effet de serre est-il manipulation ?

On parlait de lui dans les années 60, pourquoi n’a-t-il pas eu plus d’échos ? Pourquoi, depuis le début de la crise, l’Amérique n’y croit plus ?... Je soupçonne cependant que notre mode de développement actuel est inutilement destructeur et violent ; mais qu’il y a évidemment une aspiration de l’humanité à un même type de société. Il faut probablement chercher dans le développement occidental ce qui est bon pour tous, et en retirer ce qui est dangereux. 

Compléments :
  • L’Amazonie fut effectivement un jardin : Amazonie cité jardin.
  • Histoire de l’Angleterre : les hauts et bas du libéralisme victorien (notamment).
  • L’élite anglaise a toujours pensé qu'elle était justiciable d'un autre traitement que celui qui devait s'appliquer au reste de l’humanité, en particulier en ce qui concerne la liberté et la démocratie (cf. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.). Curieusement je lis actuellement des réflexions d’Aristote sur l’esclavage (et l’infériorité naturelle de la femme), qui sont en accord avec la pensée anglaise. 
  • La forme actuelle du développement durable, celle dont le symbole est l'employé d’ONG roulant en 4x4, est elle un refus de tout changement ? (Voir RSE, qui en arrive à cette conclusion.)

S’aimer est bon pour la santé

Il semblerait que penser du bien de soi diminue les risques « de problèmes cardiovasculaires et de maladies auto-immunitaires ».

Cercle vicieux : plus la situation du pays va mal plus notre santé est atteinte, plus la sécurité sociale doit creuser son déficit pour compenser le phénomène… Mais qui pourrait être vertueux, si on arrivait à le prendre à contre sens. 

jeudi 14 octobre 2010

La médecine tue ?

La communauté hispanique, la plus pauvre des États-Unis, est celle qui vit le plus longtemps. Explication : il faut être en bonne santé pour immigrer.

Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ailleurs. Il me semble d’ordinaire que les natifs des pays riches vivent plus vieux que les nouveaux arrivés, parce qu’ils ont connu de meilleures conditions de vie, notamment dans leur enfance.

Alors, plus on est riche, plus on fait appel à la médecine, et plus cela entame son espérance de vie ? (Voir Dangereuse médecine américaine.)

Argent et politique

Beaucoup d’hommes d’affaires américains entrent en politique. Pour se faire élire, ils dépensent des sommes colossales (119m$ pour un ancien PDG d’eBay), afin de noyer leur adversaire sous une publicité négative.

Curieusement, cela ne semble pas suffisant. La démocratie est compliquée, il est facile de se mettre le votant à dos (le PDG ci-dessus a licencié brutalement une illégale latino, alors que les légaux latinos forment 21% de l’électorat…). Et puis les partis politiques savent choisir ceux qui font le plus d’effet avec le moins de moyens…

mercredi 13 octobre 2010

Google investit dans le vent

Google investit dans l’industrie éolienne. Hier il avait des projets dans l’automobile. Quelle est la logique de cette stratégie ?

Les dirigeants de Google ne sont peut être simplement que des gens intelligents qui ont fait fortune très vite dans quelque chose qui ne leur a pas demandé une spécialisation forte, et qui n'a pas marqué leur personnalité. Maintenant, ils utilisent leur argent pour faire ce qui les stimule intellectuellement. De même que Bill Gates (qui lui a été beaucoup plus déformé par son expérience) cherche à réparer les problèmes du monde.

Compléments :
  • Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation. 

Changes : l’Amérique ruine le monde ?

L’Amérique veut se tirer de la crise en l’exportant. Pour cela elle utilise très agressivement la stratégie de la « planche à billet », sans se préoccuper de ses conséquences mondiales. Ceux qui en paieront les frais sont les économies ouvertes (le Brésil, pas la Chine).

Le fantasme du monétarisme – régler les problèmes de la planète par des tours de passe-passe monétaires - est maintenant poussé à l’absurde ? De même en est-il de l’obsession de liquider l’homme au profit du logiciel, qui rend notre économie de moins en moins durable (cf. billet précédent) ?

Grande leçon de changement, et de systémique : l’homme s’obstine dans ce qui cause son malheur ?
Les politiques qui sont supposées résoudre le problème en sont, au contraire, la cause. (Jay Forrester, le fondateur de la systémique.)

Rigueur et déflation

BBC ce matin. Une étude du cabinet PWC dit que le plan de rigueur anglais coûtera autant de chômeurs au privé qu’au public. 1 million en tout.

Au même moment, j’entends que les résultats d’Intel n’ont jamais été aussi bons. Pourquoi ? Parce que l’ordinateur élimine l’emploi, économie oblige.

Oui, mais ce que remplace l’ordinateur c’est, au mieux, ce que faisait une personne. Il ne fournira jamais sa capacité à apprendre, à s’adapter ou à évoluer. L’entreprise sacrifie son avenir à des gains à court terme. Notre économie devient de moins en moins concurrentielle. Et elle crée des masses de chômeurs qui seront très vite inemployables.

Nous sommes dans une spirale déflationniste. Tant que les logiques qui ont créé la crise ne seront pas renversées, nous nous enfoncerons. 

Moins de pompiers en Angleterre

Un chef des pompiers anglais a trouvé le moyen de faire des économies : prévenir plutôt que guérir. Aider la population et les entreprises à s’équiper de systèmes de détection d’incendie pour avoir moins d’incendies, et de pompiers.

Ces derniers ne sont pas contents.

Voilà un exemple de ce que les grandes idées d’économie viennent de ceux qui sont au contact de la réalité. Malheureusement, si elles menacent de les mettre au chômage, ils ne les exprimeront pas. 

mardi 12 octobre 2010

Efficacité de la grève

Les grèves actuelles ont la bonne idée de ne pas couper le métro, ce qui me permet de continuer de travailler.

Je me demandais quel pouvait être leur succès. Thomas Schelling (Strategy of conflict) explique qu’en situation de conflit, celui qui gagne est celui, qui a brûlé ses vaisseaux, à qui il ne reste qu'une issue, massivement défavorable à son adversaire. Celui-ci doit abandonner ou déclencher la fin du monde (ou son équivalent).  

Ici le consensus semble être qu’entre la grève et N.Sarkozy, un des deux succombera. On ne se trouve pas dans la situation ordinaire ou seul un ministre est en jeu. On est plutôt dans la disposition Thatcher contre Scargill ?

Compléments :
  • La stratégie de la rigueur étant attaquée par des économistes éminents, les syndicats étrangers semblent regarder du côté de la France, pour savoir si le mouvement social ne pourrait pas, après tout, avoir le vent en poupe.
  • La stratégie dont parle T.Schelling ne fonctionne que si l'adversaire a compris la situation. J'ai entendu un syndicaliste du France dire qu'il s'était engagé dans une grève extrêmement dure parce qu'il ne savait pas que la Compagnie générale transatlantique allait si mal. C'est aussi peut-être pour cela que les syndicalistes des usines d'armement ont fait de longues grèves avant la guerre de 40 (cf. ce que dit Marc Bloch dans L'étrange défaite). 
  • En fait, ce qui se joue actuellement est peut-être le champ du cygne d'une idéologie qui voulait que la grève enrichisse, miraculeusement, le peuple. Nous serions alors dans un cas de surdité totale. 

Chambre de commerce contre gouvernement


La chambre de commerce aide massivement les Républicains. Profitant du fait que le système de financement de la dite chambre est opaque, M.Obama fait courir le bruit que ses donneurs sont étrangers et cherchent à déporter l’emploi américain. On croirait une tactique républicaine. M.Obama comprendrait-il enfin les règles de la politique ?

Et modèle d’avenir pour les chambres de commerce françaises ? Un système fonctionnant sur fonds propres et qui fait du lobbying en faveur des intérêts de ses adhérents ?

Compléments :
  • Je me demande si les intérêts de B.Obama et du Tea Party ne se rejoignent pas. Non seulement le Tea Party est un repoussoir pour l’électorat démocrate, susceptible de le faire voter lors des prochaines élections, mais un Tea Party fort signifie des Républicains divisés, et des candidats inéligibles. Mitterrand et le FN ?

La BBC licencie

La BBC veut faire des économies. Elle a découvert que ses dirigeants lui coûtaient très cher et en met un à la porte.

Un moyen élégant de réduire les coûts de l’entreprise est de comprimer la taille et les salaires de son équipe dirigeante ? Cette idée va-t-elle se répandre ?

Compléments :

Pulsions

Film de Brian de Palma, 1980.

Habilement fait. Curieux hommage à Hitchcock. Beaucoup de douches, et un tueur dont la personnalité se dédouble. Je me suis demandé s’il y avait de nombreux gens dans cette situation, ou si elle reflétait une tentation générale due à je ne sais quelle contrainte sociale. (Une variante sur Jeckyll et Hyde propre à un monde qui croit au bien et au mal, et, en essayant de faire le premier, est attiré par le second ?)

Aussi un personnage de jeune intello qui vend ses charmes pour pouvoir investir en bourse. La prostitution comme moyen honnête de faire des affaires ? L’individu est au dessus de toutes les conventions ?...

lundi 11 octobre 2010

Microsoft et smartphone

Nouveau système d’exploitation pour « smartphone » de Microsoft. Le marché est énorme, mais Microsoft n’arrive pas à y pénétrer.

Une personne interviewée par la BBC ce matin ne semblait pas être épatée. Rien de neuf. De toute manière Microsoft n’a aucune chance de rattraper Apple, ou l’Android de Google. Il se bat au mieux pour un strapontin.

The Economist pense que Microsoft va finir par acheter RIM, qui produit le Blackberry.

Compléments :

  • Très intrigante idée : la stratégie de Microsoft a été le bundling, l'étendue d'une offre qui tuait tout adversaire qui n'en attaquait qu'une partie. Or, ce qui lui fait défaut aujourd'hui, dans le cas du Smartphone, est exactement le manque d'une telle offre. Ce bundling était-il la clé de voûte de l'édifice Microsoft, ce qui guidait son comportement ? Si oui, comment la recette a-t-elle pu être perdue ?

Société Générale pas guérie ?

Au hasard d’un article sur le jugement de M.Kerviel, je lis :
Bien que SocGen ait depuis dépensé 130m€ pour renforcer ses contrôles, l’Autorité des Services Financiers anglaise a imposé une amende à la banque en août, pour des faiblesses dans sa comptabilité et ses rapports.
Au fond, qui est le plus important, M.Kerviel, modeste employé tout au bas de la pyramide, mais qui a accès à 50md€, ou les personnes de grands « talents » qui la dominent et dont les salaires ont connu une inflation colossale ces dernières années ? Ou encore l’employé de la centrale nucléaire qui peut la faire péter par inadvertance, ou le PDG d’EDF ?...

Ne coûterait-il pas moins cher de recruter des sans grades fiables, de leur proposer des carrières solides, de former un management humain compétent plutôt que de dépenser autant d’argent dans des « systèmes de contrôle » ?

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

dimanche 10 octobre 2010

Allocation familiale anglaise

Le gouvernement anglais enlève leur allocation familiale aux foyers les plus riches. Bizarrement, pour un Français, l’Anglais se rebiffe.

La droite dit que l’on s’en prend aux « classes moyennes » (en Anglais, cela signifie les 15% les plus riches). La gauche y voit un pas vers la remise en cause des services universels.

The Economist est pour : l’État doit aider les gens en difficulté, pas plus. Et maintenant, il faut arrêter de subventionner l’éducation supérieure. Suivons l’exemple américain. (Biting the hand that feeds him.)

Oui, mais il y a très peu d’emplois qui permettent à un étudiant de rembourser une éducation américaine. De ce fait, on a mécaniquement une limitation du nombre de diplômés et un accaparement des diplômes par les plus riches. Dans un monde dominé par le diplôme et la grande entreprise, on a là un moyen de rendre la richesse héréditaire.

Le système que propose The Economist me fait d'ailleurs penser à l’Angleterre victorienne, qui elle aussi aidait ses pauvres. En les secourant, en leur donnant le RSA… le reste de la population n’a plus à avoir de responsabilité sociale ?

RSE

CAPRON, Michel, QUAIREL-LANOIZELEE, Françoise, La responsabilité sociale de l’entreprise, La Découverte, 2010.

Aux origines de la RSE se trouve l’Amérique et le déclin de l’État, qui portait sur ses épaules toutes les responsabilités. Sans cette protection, l’entreprise est apparue peu respectable. La RSE est une tentative à la fois de restaurer son image et d’affirmer sa légitimité à prendre en charge les affaires du monde, sans réglementation. C’est une forme de paternalisme. Son idée fondatrice est celle de « partie prenante », le « stake holder » des livres de management. Autrement dit, dans la tradition individualiste anglo-saxonne, l’entreprise est responsable vis-à-vis de ceux qui ont les moyens de lui nuire. Ni les faibles, ni les générations futures, ni la nature n’a son mot à dire.

Et l’Anglo-saxon n’entend pas la responsabilité comme nous. L’individu est responsable de sa personne, pas de ses actes. (Ce qui dégage sa responsabilité au sens européen : si nous avons acheté ce qu’il nous a vendu, nous l’avons fait en connaissance de cause. Ce qui explique aussi que le marché soit un juge suprême du bien et du mal.)

Bref, les fondements de la RSE ne sont guère durables.

Bien sûr, le concept a évolué sous la pression d’une culture européenne moins individualiste. Mais il débouche sur des normes tellement complexes (orientées par les intérêts des professions qui les portent – consultants ou auditeurs) qu’aucune entreprise ne sait conduire le changement qu’elles signifient. Au mieux, elles servent à repeindre l’image de l’entreprise en vert.

Alors, américaine ou européenne, la RSE est une justification du statu quo ? L'entreprise l'utilise pour démontrer qu'il n'y a aucune raison qu'elle change ? Faut-il regarder avec méfiance celle qui s'y engage ? N'aurait-elle pas un secret honteux à cacher ?

10 octobre 2010

BBC hier. Référence à une autorité de la prévision qui affirme que le dixième jour du dixième mois de la dixième année ne peut qu’être faste. Effectivement, d’après le journaliste qui la cite, cela pourrait être le dernier beau jour de l’année. 

samedi 9 octobre 2010

Vidéo et Internet

Je ne pense plus que la vidéo sur Internet va tuer la publicité télévisuelle. Simple bon sens : la télévision conduit à la passivité ; donc à l’absorption de toutes les niaiseries. Internet demande un plus grand éveil. En outre, la pub TV occupe l’écran, ce qui n’est pas le cas de la vidéo, qui gène la lecture et peut être facilement zappée.

Par contre, je continue à croire que la vidéo est un moyen, sans équivalent jusque-là, de marketing B to B. La possibilité de faire du « pull », de construire une marque. Une possibilité auparavant réservée au B to C, du fait de la télé. Et cela en vertu de théorèmes du cours que j’ai longtemps donné :
  • Le client entreprise attend une information précise et détaillée. Il est dans la raison, pas dans l’impulsion et l’émotion. (Le sentiment qui domine est le risque, par l'envie.)
  • Le dirigeant est un vendeur qu’aucun de ses commerciaux ne peut égaler : il est l’entreprise (surtout s’il l’a fondée).
Une vidéo bien faite envoie tous les bons messages. Et elle n’a pas besoin d’apparaître dans de grands médias. L’entreprise a peu de prospects, les bons commerciaux savent les approcher et tirer le meilleur des vertus introductrices de la vidéo. En outre, lorsque l’entreprise cherche un fournisseur elle sait le trouver sur YouTube, ou ailleurs.

Compléments :
  • L’Américain passe de plus en plus de temps devant la télévision (158h/mois) ; la part de la télévision dans les dépenses de publicité irait de 38 à 41% de 2008 à 2012 ; la force de la télévision : « environner l’annonce publicitaire d’un contenu passionnant » ; les réseaux sociaux permettraient un nouveau type de construction d’image de marque : par la discussion ; sinon la force de la pub sur Internet demeure la possibilité de mesurer son impact (« performance »). The box rocks.
  • J’ai fait quelques interviews de consultants pour décideursTV. J’ai appris que ça leur avait apporté des affaires. Ceux qui furent les meilleurs vendeurs étaient ceux qui ne cherchaient pas à vendre. Le vendeur efficace inspire confiance ?

Pragmatique changement anglais

J’entends parler de ministres anglais qui veulent étaler le calendrier de réformes qui s’annonçaient sauvages.

L’Anglo-saxon est pragmatique…

Compléments :

Histoire de l’Angleterre

MARX, Roland, Histoire de la Grande Bretagne, éditions Perrin, 2004.

Ce livre me fait croire que les caractéristiques de la perfide Albion sont apparues par étapes :

Les souverains normands et leurs successeurs pensaient accroître leurs terres en conquérant l’Angleterre. Or, ils perdent leur place dans cette chasse. Le roi de France leur prend leurs possessions françaises. Ils veulent les retrouver. Les intérêts économiques de la bourgeoisie rejoignent les leurs. Pendant 5 siècles l’Angleterre a le regard tourné vers la France.

Déboutée, elle ne cherchera plus à conquérir le continent, mais à y entretenir le chaos. Son échec explique peut-être la haine, toujours vivace, de l’Anglais pour le Français. Et le fait qu’il se sente si bien chez nous. (Faut-il aussi mettre le faible pouvoir de la royauté anglo-saxonne au compte de son peu d’intérêt pour son île ?)

De ce fait se forme un sentiment national précoce.

Cette nation se divise en deux classes. D’un côté les hommes libres, de l’autre ceux qui ne le sont pas. Dès cette époque, la classe supérieure est relativement ouverte, large, pragmatique et démocratique. Ce qui assurera sa survie jusqu’à nos jours. Ainsi que la pérennité d’un étonnant niveau d’inégalité sociale.

Avec Henri VIII et Elisabeth, le pouvoir royal est pragmatique. A tort ou à raison, le comportement du souverain anglais me rappelle celui d’un dirigeant d’entreprise, non celui de Louis XIV. Il est préoccupé d’intérêts concrets, plus que de gloire ou d’épate ; son pouvoir tient à sa capacité à s’entendre avec la classe supérieure.

Mais les souverains suivants ont la tentation de l’absolutisme continental et du catholicisme, qui va avec. Ce sera la révolution. L’individualisme (de la classe supérieure) vainc. En 1688, il s’est débarrassé du pouvoir royal et de l’église. Son triomphe est celui de l’innovation. D’où évolution explosive qui va l’amener au sommet du monde, vers 1815.

La doctrine libérale s’impose peu après. Initialement, elle paraît favorable aux intérêts anglais. Mais, à partir de 1870, l’économie a vieilli et perdu de son mordant, le reste du monde l’a dépassée et la submerge de sa production.

Entre les deux guerres l’Angleterre fait l’erreur de se tromper d’ennemi : elle le croit français, et aide efficacement l’Allemagne à préparer la guerre. Économiquement, elle devient protectionniste, dirigiste et de plus en plus collectiviste, après guerre. Mais, sa situation, qui s’était redressée, est victime de la crise des années 70. Ce sont alors les réformes Thatcher qui seront poursuivies par Tony Blair, qui veut en corriger les effets pervers pour l'homme.

Le livre s’arrête en pleine euphorie. Cependant, les germes de la situation actuelle sont déjà présents : le succès libéral a tenu à du non répétable. Vente d’entreprises publiques, pétrole de la mer du Nord, politique du laisser faire qui conduit à la disparition d’un tissu économique vieillissant qui n’est pas remplacé… Et, si j’en crois The Economist, développement d’un secteur financier qui doit moins à la compétence nationale qu’à un opportunisme un rien parasitaire, et distribution par les travaillistes d’une richesse nationale qui n’était que spéculative.

L’intégration européenne arrive en deux temps. Dans l’immédiat après guerre, elle est inconcevable. La Grande Bretagne se veut puissance mondiale. Elle est farouchement nationaliste. Mais, dès les années 60, elle doit renoncer à ses complexes de supériorité, et sacrifie, sans arrière pensée, le Commonwealth.

Je retire de ma lecture une curieuse impression. Celle d’un « libéralisme » qui n’est qu’un feu de paille, qui consomme aujourd’hui ce qui est nécessaire à l’avenir. Mais aussi celle d’une nation qui renie fort rapidement ce à quoi elle semblait croire dès lors que le temps se couvre. Greed and fear ?

vendredi 8 octobre 2010

Dangereuse médecine américaine

Il y aurait une corrélation inverse entre le coût des soins aux USA (qui augmente deux fois plus vite que dans des pays comparables) et leurs résultats. L’espérance de vie féminine y est passée du 5ème rang mondial au 46ème, en moins de 60 ans.

Ce qui est une bonne nouvelle : en changeant de modèle, les Américains feront des économies et vivront vieux.

Compléments :

Electric Networked Vehicles

Mon esprit d’ingénieur s’enthousiasme pour de nouvelles voitures « bulles » pour la cité.

On y entre au plus à deux ; elles sont électriques ; elles sont ultra légères, puisqu’elles n’ont pas à affronter les grands chemins ; par conséquent leur coût de production pourrait être divisé par 5 ; elles roulent sur deux roues (principe des véhicules gyroscopiques) ; elles peuvent être pilotées par ordinateur grâce au GPS, de ce fait elles savent naviguer en groupe (les parents dans l’une, les enfants, et les valises, dans d’autres) ; et elles se parlent, ce qui leur permet un garage ultra-compact, et de sortir, au signal du maître, d’une imbrication optimale…

Menace sur l’entreprise

Un avocat me dit que l’entreprise n’a pas compris ce que signifiait sa responsabilité en termes de santé au travail. Elle a une obligation de résultat ! Ce qui signifie qu’elle est « d’emblée fautive ».

Un avocat pourra donc relier un suicide au domicile à quelque événement sur le lieu de travail qui incrimine l’entreprise. Pire, tout salarié mécontent peut aisément être transformé en victime. D’ailleurs « l’avocat est formé pour transformer une personne en harcelée ».

La férocité de cette législation vient de la stupidité de l’entreprise. Pendant des décennies elle a nié les méfaits de l’amiante. Le juge a durci ses sanctions jusqu’à lui faire entendre raison. Or, les principes de « l’arrêt amiante » ont été généralisés à toutes les relations de travail, au harcèlement moral, à la santé…  

Comment reconnaître une spéculation ?

Une bulle spéculative entraînerait un déplacement de capitaux d’un marché traditionnel, une phase de crédit facile, puis, du fait de l’augmentation du prix des biens qui en résulte, une période d’euphorie.

Les pays émergents devraient bientôt être euphoriques. (The last great hope).

jeudi 7 octobre 2010

L’avenir de l’Inde

Le journalisme anglo-saxon est remarquable. Alors que The Economist pense que l’Inde va dominer le monde, un article qu’il lui consacre peut-être lu comme démontrant le contraire.

Déficit de compétences (40% illettrés + 40% qui n’ont pas fini leurs études) ; 200 districts sur 588 attaqués par un mouvement maoïste ; une navrante tendance au « populisme » d'un gouvernement  « sensible à la colère du pauvre » ; corruption (30% de la population ?) ; une démocratie « imprévisible » ; « chaos désinvolte ». (A bumpier but freer road).

Surtout, il semblerait que l’Inde manque terriblement d’enseignants. Dans ces conditions, sa démographie débordante sera-t-elle économiquement productive ?

Négociation patronat syndicat

On m’a fait réfléchir il y a quelques temps sur la question de la négociation entre patronat et syndicat. Voici ce que cela a donné :

Exemple 1

Lettre des délégués du personnel à un PDG. Les mesures qu’il a prises vont contre l’intérêt de la société, l’ensemble des personnels viendra manifester son mécontentement le lundi suivant.

Le P-DG reçoit les manifestants (qui l’assiègent).

Premier acte : il renonce en bloc aux mesures incriminées. La tension baisse. Il finit par demander à ses interlocuteurs quel est le fond de leur revendication. Surprise : ils veulent acheter la société ! Un précédent propriétaire leur avait donné des parts de l’entreprise, ce qui leur avait beaucoup rapporté. Aujourd’hui ils jugent que s’ils la possédaient, ils pourraient lui faire gagner énormément, et s’enrichir au passage. Ils demandent donc au PDG de se renseigner auprès du fonds qui possède le groupe pour connaître le prix de l’entreprise.

Quel était le problème ? Le changement voulu par le PDG était une augmentation de la rentabilité d’une société déjà hyper rentable. Pour cela il voulait procéder par réduction de coûts (élimination « d’avantages acquis », de clients « insuffisamment rentables », etc.). Il avait tenté de faire passer le changement en force, sans le dire. Son personnel lui a dit que l’on pouvait arriver au même résultat différemment : en augmentant le chiffre d’affaires de la société. Et pour cela il suffisait de lui demander comment faire, et de partager les bénéfices de l’affaire.

Exemple 2

Je donne un cours de négociation à des responsables commerciaux. Un des participants dirige le CE de l’entreprise, il me propose de prendre comme exemple d’application de cette formation une négociation qu’il mène. Il s’agit de l’uniformisation des statuts des personnels des 3 entreprises qui forment la société. Nous simulons donc : un de ses collègues joue son rôle, un autre celui du PDG de la société. Très vite le ton monte et les insultes fusent (on reproche au « PDG » son salaire !). J’arrête l’exercice. Je leur demande si c’est la meilleure façon de mener une négociation. Je leur dis aussi que je n’ai pas compris ce que veut faire le PDG. En fait personne ne le sait. Suite à quoi le responsable du CE se renseigne auprès la DRH de la société, et le conflit disparaît. Les deux camps s’affrontaient au nom de stéréotypes sans savoir ce que l’autre voulait.

Enseignement

Les conflits surgissent d’incompréhensions issues de stéréotypes. Ce que j’appelle dans mon premier livre la fiction de la « lutte des classes ». Le syndicat pense que le dirigeant est un exploiteur, qui détruit l’outil de travail pour s’engraisser. Le dirigeant pense que le syndicaliste est un paresseux qui veut détruire l’entreprise pour s’engraisser. Pourtant chacun veut du bien à l’entreprise : il y a intérêt. D’ailleurs l’homme n’est pas un parasite, et la réalisation de son identité passe par un succès collectif.

Comme si ça ne suffisait pas, le réformateur (le gouvernement par exemple) perd de vue la fin pour le moyen. Parce qu’il a un marteau il voit des clous partout. Dans le premier exemple, l’obsession de réduction de coûts du dirigeant lui fait oublier son objectif réel : augmenter la rentabilité de l’entreprise. Or cet objectif, bien compris, lui ouvrait un axe de mise en œuvre du changement qu’il n’avait pas vu. De même les réflexes des syndicats sont conditionnés, et conduisent à des cercles vicieux (exemple 2).

Ce qui rend ces phénomènes quasi imparables, c’est la capacité de l’homme à la « prédiction auto-réalisatrice » : nos a priori ont des conséquences qui les renforcent.

Négocier dans un conflit est complexe, et repose en grande partie sur la capacité du négociateur à savoir gérer l’émotion (la sienne et celle des autres). Par contre, s’il y a un « geste qui sauve », une sorte d’étoile du berger pour guider le négociateur, c’est probablement considérer que l’autre n’est pas un malfaisant. Son comportement s’explique par une logique compréhensible et honnête. Tout l’exercice de la négociation est de comprendre cette logique, et l’utiliser dans le cadre de ses desseins (cf. exemple 1). Il faut passer de « l’émotion à la raison » et du « face à face au côte à côte ».

En fait, je sais bien que si les négociateurs ont une logique compréhensible, elle ne veut pas forcément le bien collectif. Il existe tout de même des « parasites ». Mais, paradoxalement, en supposant que « l’autre » est honnête, on met à jour efficacement, pour ainsi dire scientifiquement, sa tartufferie. Il doit soit faire mentir le diagnostic, donc s’amender, soit abandonner la partie sans demander son reste. (C’est la « méthode Colombo ».)

mercredi 6 octobre 2010

Économie anglaise faiblarde

Interview ce matin. Pourquoi l’économie anglaise fonctionne mal ? Elle est dans l’expectative. Le plan de rigueur gouvernemental va toucher sauvagement l’administration. Or, elle fait vivre beaucoup d’entreprises privées…

Décidément, les moyens dont disposent les gouvernements pour réformer un pays sont fort grossiers, et leurs résultats incertains. 

L'homme qui valait 4,9md

Comme tout le monde semble-t-il, j’ai été surpris par l’amende de 4,9md€ qui est réclamée à J.Kerviel. Il ne me semble pas qu’il y ait d’équivalent dans des affaires semblables. Notamment celle de la Barings. (Mais la peine de prison était plus lourde.)

Je trouvais que c’était exonérer la Société Générale de toute responsabilité, ce qui n'est pas un bon service à lui rendre. Il est quand même étonnant qu’elle ait pu confier 50md€ à un individu sans mieux s’assurer de ce qu’il allait en faire. Ou, même, qu'elle clame son innocence. Un capitaine qui laisse un marin percer la coque de son navire le paie de sa vie. 

Il paraîtrait que les juges ne pouvaient pas faire autrement :
Sur le calcul du montant, le tribunal a appliqué une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui, pour les dommages et intérêts, distingue les délits intentionnels des délits non intentionnels. En cas de délit intentionnel, il ne peut y avoir de partage de responsabilité entre l’auteur et la victime de ce délit. L’obligation de réparation est intégrale et le tribunal ne dispose pas de marge d’appréciation sur le montant. (Jérôme Kerviel et les 4,9 milliards de la Société générale)

L’Amérique réforme son école

L’Amérique découvre les vertus de l'éducation, et les faiblesses de son école.

Mais, comme dans les contes de fée, les citrouilles peuvent être transformées en Cadillac : il suffit de payer les enseignants au mérite. 

Malheureusement, ceux-ci résistent au changement. (Is it a bird? Is it a plane?)

S’il n’est pas surprenant de constater que l’Anglo-saxon ne peut pas concevoir que la performance scolaire puisse être conditionnée par la culture de l’enfant, il est plus inattendu qu’il ne pense pas comme d’habitude qu’elle l’est par la génétique et l’hérédité.

Compléments :

Electra Glide in Blue

Film de James William Guercio, 1973.

Tout le monde trouve ce film bon, sauf moi. Je l’ai interprété comme un anti Easy rider grossier. Un policier se fait tuer par des hippies à qui il ne voulait que du bien. Auparavant il a causé beaucoup de dégâts parmi ses collègues pas sympathiques, mais qui avaient peut-être raison. Mon interprétation est certainement fausse. Et si c’était un film sur la non violence : arrêtons de nous massacrer, il n’y a pas de bons et de méchants ?

J’ai aussi trouvé les acteurs, et les poursuites à moto, mauvais, sans exception.

Bref, l’art n’est qu’une question d’interprétation, et d’humeur du moment. Peut-être aussi de culture : j’aurais sûrement vu le film différemment si j’avais été américain… 

mardi 5 octobre 2010

Grève reconductible ?

Contrairement à ce que je pensais, les directions syndicales semblent avoir une position relativement modérée, et pragmatique. Les bruits de grève reconductible que l’on entend seraient le fait de factions extrémistes, « qui rêvent d’en découdre avec le Sarkozysme ». Elles pourraient, au moins, entraîner la CGT.  (Pourquoi la grève reconductible divise les syndicats.)

Je me demande, s’il n’est pas dans l’intérêt du gouvernement de les encourager : s’ils l’emportent, le front syndical est divisé, et ils ont peu de chances de vaincre. Le mouvement syndical, qui est le principal mouvement d’opposition, sera épuisé, et discrédité, pour longtemps. Et le gouvernement sera perçu comme ayant fait preuve de fermeté. Or le courage est rare en politique.

Compléments :
  • Faut-il voir ici une illustration de la thèse de Mancur Olson, selon laquelle, dans un peuple d’individualistes, les minorités organisées ont un pouvoir démesuré ? (Aux derniers chiffres que j’ai vus, le taux d’adhésion à un syndicat est de 7%. Les extrémistes représentent une petite partie de ces 7%.) 

Chine et emprunt grec

La Chine veut acheter des emprunts grecs, contrairement au marché.

Explication : elle adopte une vision à long terme, contrairement au marché. D’ailleurs, elle a une force qu’il n’a pas : il sera sûrement plus difficile de ne pas rembourser ce qu’on lui doit, que ce qu’on doit à un acteur financier ordinaire. Dans ces conditions, les obligations grecques sont un excellent investissement. 

On apprend aussi que la Chine investit massivement en Grèce, un peu comme dans les pays sous-développés d’ailleurs. Ça ne semble avoir que des avantages : c’est un cheval de Troie dans la zone euro, cela lui permettra demain de diviser pour régner, cela élève le taux de l’euro...

Compléments :

L’étranger vache à lait de l’université anglaise ?

Dimanche, la BBC considère le sort de l’étudiant étranger.

300.000 étudiants, qui rapportent 2md£. Pas très bien traités, ils paient cher, mais moins que demain : les universités devront compenser les effets du plan de rigueur gouvernemental.

Quelle part de ces revenus est due à l’excellence universitaire anglaise ? à l’anglais ? Me suis-je demandé. 

Déficit public et 3%

Un article de la Tribune raconte comment est née une loi de la nature. Celle qui veut qu’un déficit national n'excède pas 3% du PIB.

En 81, le président Mitterrand est assailli de demandes d’investissements. Il veut leur résister : le déficit de l’État augmente rapidement. Il demande à ce que des experts donnent un indicateur économique à ne pas enfreindre, qui lui permette de refuser les sollicitations. On confie la tâche à deux jeunes membres de l'administration. Ils finissent par choisir le rapport déficit / PIB, pour sa force marketing. Ils lui fixent 3%, un chiffre rond facile à respecter pour la France de l’époque. Les politiques s’emparent du chiffre, et du ratio. Ils contamineront ensuite l’Europe. Peut-être un jour le monde.

Cette histoire illustre, je crois, une théorie de l’économiste Thomas Schelling (Strategy of conflict) : celle des « points d’ancrage ». Deux personnes qui se cherchent ont de bonnes chances d’aller vers le même lieu. Notre culture nous fournit des points de repère communs. Peut-être que beaucoup de gens dans le monde voulaient un indicateur de vertu économique, que le rapport déficit / PIB allait de soi, et que les 3% correspondaient à un objectif en deçà duquel on pouvait se situer ?

Remarque : chaque ère a son point d’ancrage, sous V.Giscard d’Estaing le déficit devait ne pas dépasser 30mdF. 

lundi 4 octobre 2010

Changement en Angleterre (suite)

L’Anglais retient son souffle. Le coup d’envoi du plan gouvernemental de réduction du déficit public est pour dans quelques jours.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. L’Irlande, qui a précédé l’Angleterre dans la rigueur radicale, pique du nez. Et la dévaluation de la livre est de peu d’utilité : difficile de relancer l’économie anglaise aux dépens d’une Europe qui se serre, aussi, la ceinture.

Alors, il va falloir jouer sur les mécanismes fiscaux (ne pas augmenter les impôts) et monétaires (Quantitative easing), pour éviter le pire. (On the tight side.)

Autrement dit, donner aux riches et aux banques, pendant que les classes inférieures seront mises au chômage ?

L’Inde dépasse la Chine ?

The Economist croit pouvoir dire que l’Inde dépassera bientôt la Chine. Raisons : démographie galopante et démocratie. Un État faible, mais des entreprises dynamiques. « Le capitalisme individualiste indien pourrait être plus robuste que le dirigisme chinois ».

Les arguments sont recevables mais je ne les trouve pas décisifs. 
  • L’Inde est avant tout un pays déstructuré. Peut-on construire longtemps sur du sable mouvant ? Même la conquête du Far West était guidée par l’éthique protestante. Le passé indien ne semble pas non plus bien augurer de l’avenir. L’Inde semble avoir toujours été une sorte d’édifice féodal assez informe, et pas franchement expansionniste. 
  • Peut-on confier un peuple à des entreprises ? Le Taylorisme des services qui lui est imposé pourra-t-il longtemps durer ? S’il y a transition, comment se passera-t-elle ? D’ailleurs, le capitalisme indien sera-t-il longtemps créatif ? Ne risque-t-il pas de tourner à l’exploitation de l’homme par l’homme, vice de tout « capitalisme individualiste » ?
  • Le pays est dans un état sanitaire critique, où va conduire la pression démographique ?
Compléments :
  • John Stuart Mill pensait que pour qu’une démocratie fonctionne, il faut qu’elle ait appris une forme de discipline. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de l’Inde.
  • Histoire de l’Inde.
  • L'estime de The Economist viendrait-elle de ce que l'Inde est le meilleur élève émergent du capitalisme anglo-saxon ?