samedi 9 octobre 2010

Vidéo et Internet

Je ne pense plus que la vidéo sur Internet va tuer la publicité télévisuelle. Simple bon sens : la télévision conduit à la passivité ; donc à l’absorption de toutes les niaiseries. Internet demande un plus grand éveil. En outre, la pub TV occupe l’écran, ce qui n’est pas le cas de la vidéo, qui gène la lecture et peut être facilement zappée.

Par contre, je continue à croire que la vidéo est un moyen, sans équivalent jusque-là, de marketing B to B. La possibilité de faire du « pull », de construire une marque. Une possibilité auparavant réservée au B to C, du fait de la télé. Et cela en vertu de théorèmes du cours que j’ai longtemps donné :
  • Le client entreprise attend une information précise et détaillée. Il est dans la raison, pas dans l’impulsion et l’émotion. (Le sentiment qui domine est le risque, par l'envie.)
  • Le dirigeant est un vendeur qu’aucun de ses commerciaux ne peut égaler : il est l’entreprise (surtout s’il l’a fondée).
Une vidéo bien faite envoie tous les bons messages. Et elle n’a pas besoin d’apparaître dans de grands médias. L’entreprise a peu de prospects, les bons commerciaux savent les approcher et tirer le meilleur des vertus introductrices de la vidéo. En outre, lorsque l’entreprise cherche un fournisseur elle sait le trouver sur YouTube, ou ailleurs.

Compléments :
  • L’Américain passe de plus en plus de temps devant la télévision (158h/mois) ; la part de la télévision dans les dépenses de publicité irait de 38 à 41% de 2008 à 2012 ; la force de la télévision : « environner l’annonce publicitaire d’un contenu passionnant » ; les réseaux sociaux permettraient un nouveau type de construction d’image de marque : par la discussion ; sinon la force de la pub sur Internet demeure la possibilité de mesurer son impact (« performance »). The box rocks.
  • J’ai fait quelques interviews de consultants pour décideursTV. J’ai appris que ça leur avait apporté des affaires. Ceux qui furent les meilleurs vendeurs étaient ceux qui ne cherchaient pas à vendre. Le vendeur efficace inspire confiance ?

Pragmatique changement anglais

J’entends parler de ministres anglais qui veulent étaler le calendrier de réformes qui s’annonçaient sauvages.

L’Anglo-saxon est pragmatique…

Compléments :

Histoire de l’Angleterre

MARX, Roland, Histoire de la Grande Bretagne, éditions Perrin, 2004.

Ce livre me fait croire que les caractéristiques de la perfide Albion sont apparues par étapes :

Les souverains normands et leurs successeurs pensaient accroître leurs terres en conquérant l’Angleterre. Or, ils perdent leur place dans cette chasse. Le roi de France leur prend leurs possessions françaises. Ils veulent les retrouver. Les intérêts économiques de la bourgeoisie rejoignent les leurs. Pendant 5 siècles l’Angleterre a le regard tourné vers la France.

Déboutée, elle ne cherchera plus à conquérir le continent, mais à y entretenir le chaos. Son échec explique peut-être la haine, toujours vivace, de l’Anglais pour le Français. Et le fait qu’il se sente si bien chez nous. (Faut-il aussi mettre le faible pouvoir de la royauté anglo-saxonne au compte de son peu d’intérêt pour son île ?)

De ce fait se forme un sentiment national précoce.

Cette nation se divise en deux classes. D’un côté les hommes libres, de l’autre ceux qui ne le sont pas. Dès cette époque, la classe supérieure est relativement ouverte, large, pragmatique et démocratique. Ce qui assurera sa survie jusqu’à nos jours. Ainsi que la pérennité d’un étonnant niveau d’inégalité sociale.

Avec Henri VIII et Elisabeth, le pouvoir royal est pragmatique. A tort ou à raison, le comportement du souverain anglais me rappelle celui d’un dirigeant d’entreprise, non celui de Louis XIV. Il est préoccupé d’intérêts concrets, plus que de gloire ou d’épate ; son pouvoir tient à sa capacité à s’entendre avec la classe supérieure.

Mais les souverains suivants ont la tentation de l’absolutisme continental et du catholicisme, qui va avec. Ce sera la révolution. L’individualisme (de la classe supérieure) vainc. En 1688, il s’est débarrassé du pouvoir royal et de l’église. Son triomphe est celui de l’innovation. D’où évolution explosive qui va l’amener au sommet du monde, vers 1815.

La doctrine libérale s’impose peu après. Initialement, elle paraît favorable aux intérêts anglais. Mais, à partir de 1870, l’économie a vieilli et perdu de son mordant, le reste du monde l’a dépassée et la submerge de sa production.

Entre les deux guerres l’Angleterre fait l’erreur de se tromper d’ennemi : elle le croit français, et aide efficacement l’Allemagne à préparer la guerre. Économiquement, elle devient protectionniste, dirigiste et de plus en plus collectiviste, après guerre. Mais, sa situation, qui s’était redressée, est victime de la crise des années 70. Ce sont alors les réformes Thatcher qui seront poursuivies par Tony Blair, qui veut en corriger les effets pervers pour l'homme.

Le livre s’arrête en pleine euphorie. Cependant, les germes de la situation actuelle sont déjà présents : le succès libéral a tenu à du non répétable. Vente d’entreprises publiques, pétrole de la mer du Nord, politique du laisser faire qui conduit à la disparition d’un tissu économique vieillissant qui n’est pas remplacé… Et, si j’en crois The Economist, développement d’un secteur financier qui doit moins à la compétence nationale qu’à un opportunisme un rien parasitaire, et distribution par les travaillistes d’une richesse nationale qui n’était que spéculative.

L’intégration européenne arrive en deux temps. Dans l’immédiat après guerre, elle est inconcevable. La Grande Bretagne se veut puissance mondiale. Elle est farouchement nationaliste. Mais, dès les années 60, elle doit renoncer à ses complexes de supériorité, et sacrifie, sans arrière pensée, le Commonwealth.

Je retire de ma lecture une curieuse impression. Celle d’un « libéralisme » qui n’est qu’un feu de paille, qui consomme aujourd’hui ce qui est nécessaire à l’avenir. Mais aussi celle d’une nation qui renie fort rapidement ce à quoi elle semblait croire dès lors que le temps se couvre. Greed and fear ?

vendredi 8 octobre 2010

Dangereuse médecine américaine

Il y aurait une corrélation inverse entre le coût des soins aux USA (qui augmente deux fois plus vite que dans des pays comparables) et leurs résultats. L’espérance de vie féminine y est passée du 5ème rang mondial au 46ème, en moins de 60 ans.

Ce qui est une bonne nouvelle : en changeant de modèle, les Américains feront des économies et vivront vieux.

Compléments :

Electric Networked Vehicles

Mon esprit d’ingénieur s’enthousiasme pour de nouvelles voitures « bulles » pour la cité.

On y entre au plus à deux ; elles sont électriques ; elles sont ultra légères, puisqu’elles n’ont pas à affronter les grands chemins ; par conséquent leur coût de production pourrait être divisé par 5 ; elles roulent sur deux roues (principe des véhicules gyroscopiques) ; elles peuvent être pilotées par ordinateur grâce au GPS, de ce fait elles savent naviguer en groupe (les parents dans l’une, les enfants, et les valises, dans d’autres) ; et elles se parlent, ce qui leur permet un garage ultra-compact, et de sortir, au signal du maître, d’une imbrication optimale…

Menace sur l’entreprise

Un avocat me dit que l’entreprise n’a pas compris ce que signifiait sa responsabilité en termes de santé au travail. Elle a une obligation de résultat ! Ce qui signifie qu’elle est « d’emblée fautive ».

Un avocat pourra donc relier un suicide au domicile à quelque événement sur le lieu de travail qui incrimine l’entreprise. Pire, tout salarié mécontent peut aisément être transformé en victime. D’ailleurs « l’avocat est formé pour transformer une personne en harcelée ».

La férocité de cette législation vient de la stupidité de l’entreprise. Pendant des décennies elle a nié les méfaits de l’amiante. Le juge a durci ses sanctions jusqu’à lui faire entendre raison. Or, les principes de « l’arrêt amiante » ont été généralisés à toutes les relations de travail, au harcèlement moral, à la santé…  

Comment reconnaître une spéculation ?

Une bulle spéculative entraînerait un déplacement de capitaux d’un marché traditionnel, une phase de crédit facile, puis, du fait de l’augmentation du prix des biens qui en résulte, une période d’euphorie.

Les pays émergents devraient bientôt être euphoriques. (The last great hope).

jeudi 7 octobre 2010

L’avenir de l’Inde

Le journalisme anglo-saxon est remarquable. Alors que The Economist pense que l’Inde va dominer le monde, un article qu’il lui consacre peut-être lu comme démontrant le contraire.

Déficit de compétences (40% illettrés + 40% qui n’ont pas fini leurs études) ; 200 districts sur 588 attaqués par un mouvement maoïste ; une navrante tendance au « populisme » d'un gouvernement  « sensible à la colère du pauvre » ; corruption (30% de la population ?) ; une démocratie « imprévisible » ; « chaos désinvolte ». (A bumpier but freer road).

Surtout, il semblerait que l’Inde manque terriblement d’enseignants. Dans ces conditions, sa démographie débordante sera-t-elle économiquement productive ?

Négociation patronat syndicat

On m’a fait réfléchir il y a quelques temps sur la question de la négociation entre patronat et syndicat. Voici ce que cela a donné :

Exemple 1

Lettre des délégués du personnel à un PDG. Les mesures qu’il a prises vont contre l’intérêt de la société, l’ensemble des personnels viendra manifester son mécontentement le lundi suivant.

Le P-DG reçoit les manifestants (qui l’assiègent).

Premier acte : il renonce en bloc aux mesures incriminées. La tension baisse. Il finit par demander à ses interlocuteurs quel est le fond de leur revendication. Surprise : ils veulent acheter la société ! Un précédent propriétaire leur avait donné des parts de l’entreprise, ce qui leur avait beaucoup rapporté. Aujourd’hui ils jugent que s’ils la possédaient, ils pourraient lui faire gagner énormément, et s’enrichir au passage. Ils demandent donc au PDG de se renseigner auprès du fonds qui possède le groupe pour connaître le prix de l’entreprise.

Quel était le problème ? Le changement voulu par le PDG était une augmentation de la rentabilité d’une société déjà hyper rentable. Pour cela il voulait procéder par réduction de coûts (élimination « d’avantages acquis », de clients « insuffisamment rentables », etc.). Il avait tenté de faire passer le changement en force, sans le dire. Son personnel lui a dit que l’on pouvait arriver au même résultat différemment : en augmentant le chiffre d’affaires de la société. Et pour cela il suffisait de lui demander comment faire, et de partager les bénéfices de l’affaire.

Exemple 2

Je donne un cours de négociation à des responsables commerciaux. Un des participants dirige le CE de l’entreprise, il me propose de prendre comme exemple d’application de cette formation une négociation qu’il mène. Il s’agit de l’uniformisation des statuts des personnels des 3 entreprises qui forment la société. Nous simulons donc : un de ses collègues joue son rôle, un autre celui du PDG de la société. Très vite le ton monte et les insultes fusent (on reproche au « PDG » son salaire !). J’arrête l’exercice. Je leur demande si c’est la meilleure façon de mener une négociation. Je leur dis aussi que je n’ai pas compris ce que veut faire le PDG. En fait personne ne le sait. Suite à quoi le responsable du CE se renseigne auprès la DRH de la société, et le conflit disparaît. Les deux camps s’affrontaient au nom de stéréotypes sans savoir ce que l’autre voulait.

Enseignement

Les conflits surgissent d’incompréhensions issues de stéréotypes. Ce que j’appelle dans mon premier livre la fiction de la « lutte des classes ». Le syndicat pense que le dirigeant est un exploiteur, qui détruit l’outil de travail pour s’engraisser. Le dirigeant pense que le syndicaliste est un paresseux qui veut détruire l’entreprise pour s’engraisser. Pourtant chacun veut du bien à l’entreprise : il y a intérêt. D’ailleurs l’homme n’est pas un parasite, et la réalisation de son identité passe par un succès collectif.

Comme si ça ne suffisait pas, le réformateur (le gouvernement par exemple) perd de vue la fin pour le moyen. Parce qu’il a un marteau il voit des clous partout. Dans le premier exemple, l’obsession de réduction de coûts du dirigeant lui fait oublier son objectif réel : augmenter la rentabilité de l’entreprise. Or cet objectif, bien compris, lui ouvrait un axe de mise en œuvre du changement qu’il n’avait pas vu. De même les réflexes des syndicats sont conditionnés, et conduisent à des cercles vicieux (exemple 2).

Ce qui rend ces phénomènes quasi imparables, c’est la capacité de l’homme à la « prédiction auto-réalisatrice » : nos a priori ont des conséquences qui les renforcent.

Négocier dans un conflit est complexe, et repose en grande partie sur la capacité du négociateur à savoir gérer l’émotion (la sienne et celle des autres). Par contre, s’il y a un « geste qui sauve », une sorte d’étoile du berger pour guider le négociateur, c’est probablement considérer que l’autre n’est pas un malfaisant. Son comportement s’explique par une logique compréhensible et honnête. Tout l’exercice de la négociation est de comprendre cette logique, et l’utiliser dans le cadre de ses desseins (cf. exemple 1). Il faut passer de « l’émotion à la raison » et du « face à face au côte à côte ».

En fait, je sais bien que si les négociateurs ont une logique compréhensible, elle ne veut pas forcément le bien collectif. Il existe tout de même des « parasites ». Mais, paradoxalement, en supposant que « l’autre » est honnête, on met à jour efficacement, pour ainsi dire scientifiquement, sa tartufferie. Il doit soit faire mentir le diagnostic, donc s’amender, soit abandonner la partie sans demander son reste. (C’est la « méthode Colombo ».)

mercredi 6 octobre 2010

Économie anglaise faiblarde

Interview ce matin. Pourquoi l’économie anglaise fonctionne mal ? Elle est dans l’expectative. Le plan de rigueur gouvernemental va toucher sauvagement l’administration. Or, elle fait vivre beaucoup d’entreprises privées…

Décidément, les moyens dont disposent les gouvernements pour réformer un pays sont fort grossiers, et leurs résultats incertains. 

L'homme qui valait 4,9md

Comme tout le monde semble-t-il, j’ai été surpris par l’amende de 4,9md€ qui est réclamée à J.Kerviel. Il ne me semble pas qu’il y ait d’équivalent dans des affaires semblables. Notamment celle de la Barings. (Mais la peine de prison était plus lourde.)

Je trouvais que c’était exonérer la Société Générale de toute responsabilité, ce qui n'est pas un bon service à lui rendre. Il est quand même étonnant qu’elle ait pu confier 50md€ à un individu sans mieux s’assurer de ce qu’il allait en faire. Ou, même, qu'elle clame son innocence. Un capitaine qui laisse un marin percer la coque de son navire le paie de sa vie. 

Il paraîtrait que les juges ne pouvaient pas faire autrement :
Sur le calcul du montant, le tribunal a appliqué une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui, pour les dommages et intérêts, distingue les délits intentionnels des délits non intentionnels. En cas de délit intentionnel, il ne peut y avoir de partage de responsabilité entre l’auteur et la victime de ce délit. L’obligation de réparation est intégrale et le tribunal ne dispose pas de marge d’appréciation sur le montant. (Jérôme Kerviel et les 4,9 milliards de la Société générale)

L’Amérique réforme son école

L’Amérique découvre les vertus de l'éducation, et les faiblesses de son école.

Mais, comme dans les contes de fée, les citrouilles peuvent être transformées en Cadillac : il suffit de payer les enseignants au mérite. 

Malheureusement, ceux-ci résistent au changement. (Is it a bird? Is it a plane?)

S’il n’est pas surprenant de constater que l’Anglo-saxon ne peut pas concevoir que la performance scolaire puisse être conditionnée par la culture de l’enfant, il est plus inattendu qu’il ne pense pas comme d’habitude qu’elle l’est par la génétique et l’hérédité.

Compléments :

Electra Glide in Blue

Film de James William Guercio, 1973.

Tout le monde trouve ce film bon, sauf moi. Je l’ai interprété comme un anti Easy rider grossier. Un policier se fait tuer par des hippies à qui il ne voulait que du bien. Auparavant il a causé beaucoup de dégâts parmi ses collègues pas sympathiques, mais qui avaient peut-être raison. Mon interprétation est certainement fausse. Et si c’était un film sur la non violence : arrêtons de nous massacrer, il n’y a pas de bons et de méchants ?

J’ai aussi trouvé les acteurs, et les poursuites à moto, mauvais, sans exception.

Bref, l’art n’est qu’une question d’interprétation, et d’humeur du moment. Peut-être aussi de culture : j’aurais sûrement vu le film différemment si j’avais été américain… 

mardi 5 octobre 2010

Grève reconductible ?

Contrairement à ce que je pensais, les directions syndicales semblent avoir une position relativement modérée, et pragmatique. Les bruits de grève reconductible que l’on entend seraient le fait de factions extrémistes, « qui rêvent d’en découdre avec le Sarkozysme ». Elles pourraient, au moins, entraîner la CGT.  (Pourquoi la grève reconductible divise les syndicats.)

Je me demande, s’il n’est pas dans l’intérêt du gouvernement de les encourager : s’ils l’emportent, le front syndical est divisé, et ils ont peu de chances de vaincre. Le mouvement syndical, qui est le principal mouvement d’opposition, sera épuisé, et discrédité, pour longtemps. Et le gouvernement sera perçu comme ayant fait preuve de fermeté. Or le courage est rare en politique.

Compléments :
  • Faut-il voir ici une illustration de la thèse de Mancur Olson, selon laquelle, dans un peuple d’individualistes, les minorités organisées ont un pouvoir démesuré ? (Aux derniers chiffres que j’ai vus, le taux d’adhésion à un syndicat est de 7%. Les extrémistes représentent une petite partie de ces 7%.) 

Chine et emprunt grec

La Chine veut acheter des emprunts grecs, contrairement au marché.

Explication : elle adopte une vision à long terme, contrairement au marché. D’ailleurs, elle a une force qu’il n’a pas : il sera sûrement plus difficile de ne pas rembourser ce qu’on lui doit, que ce qu’on doit à un acteur financier ordinaire. Dans ces conditions, les obligations grecques sont un excellent investissement. 

On apprend aussi que la Chine investit massivement en Grèce, un peu comme dans les pays sous-développés d’ailleurs. Ça ne semble avoir que des avantages : c’est un cheval de Troie dans la zone euro, cela lui permettra demain de diviser pour régner, cela élève le taux de l’euro...

Compléments :

L’étranger vache à lait de l’université anglaise ?

Dimanche, la BBC considère le sort de l’étudiant étranger.

300.000 étudiants, qui rapportent 2md£. Pas très bien traités, ils paient cher, mais moins que demain : les universités devront compenser les effets du plan de rigueur gouvernemental.

Quelle part de ces revenus est due à l’excellence universitaire anglaise ? à l’anglais ? Me suis-je demandé. 

Déficit public et 3%

Un article de la Tribune raconte comment est née une loi de la nature. Celle qui veut qu’un déficit national n'excède pas 3% du PIB.

En 81, le président Mitterrand est assailli de demandes d’investissements. Il veut leur résister : le déficit de l’État augmente rapidement. Il demande à ce que des experts donnent un indicateur économique à ne pas enfreindre, qui lui permette de refuser les sollicitations. On confie la tâche à deux jeunes membres de l'administration. Ils finissent par choisir le rapport déficit / PIB, pour sa force marketing. Ils lui fixent 3%, un chiffre rond facile à respecter pour la France de l’époque. Les politiques s’emparent du chiffre, et du ratio. Ils contamineront ensuite l’Europe. Peut-être un jour le monde.

Cette histoire illustre, je crois, une théorie de l’économiste Thomas Schelling (Strategy of conflict) : celle des « points d’ancrage ». Deux personnes qui se cherchent ont de bonnes chances d’aller vers le même lieu. Notre culture nous fournit des points de repère communs. Peut-être que beaucoup de gens dans le monde voulaient un indicateur de vertu économique, que le rapport déficit / PIB allait de soi, et que les 3% correspondaient à un objectif en deçà duquel on pouvait se situer ?

Remarque : chaque ère a son point d’ancrage, sous V.Giscard d’Estaing le déficit devait ne pas dépasser 30mdF. 

lundi 4 octobre 2010

Changement en Angleterre (suite)

L’Anglais retient son souffle. Le coup d’envoi du plan gouvernemental de réduction du déficit public est pour dans quelques jours.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. L’Irlande, qui a précédé l’Angleterre dans la rigueur radicale, pique du nez. Et la dévaluation de la livre est de peu d’utilité : difficile de relancer l’économie anglaise aux dépens d’une Europe qui se serre, aussi, la ceinture.

Alors, il va falloir jouer sur les mécanismes fiscaux (ne pas augmenter les impôts) et monétaires (Quantitative easing), pour éviter le pire. (On the tight side.)

Autrement dit, donner aux riches et aux banques, pendant que les classes inférieures seront mises au chômage ?

L’Inde dépasse la Chine ?

The Economist croit pouvoir dire que l’Inde dépassera bientôt la Chine. Raisons : démographie galopante et démocratie. Un État faible, mais des entreprises dynamiques. « Le capitalisme individualiste indien pourrait être plus robuste que le dirigisme chinois ».

Les arguments sont recevables mais je ne les trouve pas décisifs. 
  • L’Inde est avant tout un pays déstructuré. Peut-on construire longtemps sur du sable mouvant ? Même la conquête du Far West était guidée par l’éthique protestante. Le passé indien ne semble pas non plus bien augurer de l’avenir. L’Inde semble avoir toujours été une sorte d’édifice féodal assez informe, et pas franchement expansionniste. 
  • Peut-on confier un peuple à des entreprises ? Le Taylorisme des services qui lui est imposé pourra-t-il longtemps durer ? S’il y a transition, comment se passera-t-elle ? D’ailleurs, le capitalisme indien sera-t-il longtemps créatif ? Ne risque-t-il pas de tourner à l’exploitation de l’homme par l’homme, vice de tout « capitalisme individualiste » ?
  • Le pays est dans un état sanitaire critique, où va conduire la pression démographique ?
Compléments :
  • John Stuart Mill pensait que pour qu’une démocratie fonctionne, il faut qu’elle ait appris une forme de discipline. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de l’Inde.
  • Histoire de l’Inde.
  • L'estime de The Economist viendrait-elle de ce que l'Inde est le meilleur élève émergent du capitalisme anglo-saxon ?

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Quelques thèmes du mois.

Une idée inattendue d’abord. Les classes moyennes auraient subi un nettoyage ethnique. Ce qui expliquerait à la fois la montée de sentiments extrémistes et le peu de succès des thèses de gauche. Cette attaque au centre pourrait aussi expliquer la crise : c’est lui qui produit et qui donne à l’entreprise sa capacité d’évolution. On a tué la poule aux œufs d’or ? L’enquête :
Une seconde idée qui m’est venue est qu’en environnement « néoclassique » (individus rationnels laissés à eux-mêmes), l’économie fonctionne comme un mécanisme d’expropriation par une inflation masquée : Inflation et université américaine, Inflation et économie de marché.

Parmi les faits divers du mois. Les USA semblent se replier sur leur économie (Obama le visionnaire) ; les travaillistes ont élu un nouveau leader (Ed Miliband, Ed Miliband (suite)) ; la nouvelle fierté allemande cache peut-être un malaise profond (German pride – à relier à la question des classes moyennes ?) ; les Roms méritent mieux que l’éjection ou la bienpensance (Malheurs des Roms), ils méritent qu’on les aide à trouver leur place en Europe ; l’Inde organise des jeux qui donnent une image d’elle préoccupante (Jeux du Commonwealth (suite), Castes indiennes). Manœuvres financières : Quantitative easing ? Contrôle de la finance. Et évolutions d’Internet, aux prises avec les lois du marché ? (Internet et lois du marché, Stuxnet.)

Dans la série « c’est fantastique ce que l’on a pu nous prendre pour des imbéciles ». Relatif déclin japonais, ou l’épouvantail anglo-saxon ne va peut-être pas aussi mal qu’on le dit ; Que faut-il pour être patron ? Flatter pour réussir, Intelligence collective, ou ce n’est pas l’individu exceptionnel qui fait le succès de l’entreprise, d’ailleurs seul le courtisan réussit ; De l’importance d’être heureux, ou la psychologie montre que l’économie néoclassique marche sur la tête (aussi Bonheur et argent) ; Drogué à la nourriture, ou l’économie de marché contre l’homme ; Répartition des revenus, ou l’inégalité des revenus n’est pas bonne pour l’économie ; L’économie découvre l’habitude, ou l’échange peut faire le malheur des peuples. Manipulation par des idéologues (Blair l’américain) ? Je crois plutôt que nous avons rationalisé notre individualisme, en corrompant la science au passage.

Une fois n’est pas coutume : quelques réflexions sur les techniques de conduite du changement. Culture d’entreprise, Changement sexiste, Apprendre à manager. Mais aussi sur les limites de notre raison (Mosquée américaine (correction)), et sur les caractéristiques comparées des cultures individualistes et collectivistes (Avantage compétitif de l’individualisme).

Pour finir, suite de ma réflexion sur le développement durable (Développement durable = risque) ; sur la démocratie (En faveur des coalitions) ; et livres : Troisième Reich, ou l’Allemagne d’avant guerre a peut-être des choses à nous enseigner, et Schopenhauer, ou la source des tourments de l’Occident ?

dimanche 3 octobre 2010

Stuxnet bis

The Economist remarque que Stuxnet, outre tout ce que l’on en a dit, pourrait inaugurer une nouvelle forme de guerre entre entreprises. Le virus informatique va-t-il devenir un « big business » ?

Microsoft pourrait en devenir la plaque tournante : on lui a déjà emprunté sa clé de cryptage, pour Stuxnet, selon Hervé Kabla.  

Classes moyennes sans parti ?

Les classes moyennes anglaises ont été les victimes de la crise. Elles sont prises en sandwich entre les couches supérieures qui se sont considérablement enrichies, et les couches inférieures objet de toutes les attentions de l’État. Elles accusent les travaillistes de trahison.

Le hasard fait qu'on m'a parlé plusieurs fois, à peu d'intervalle, de gens qui se feraient payer au noir, des sommes importantes, pour ne pas perdre des allocations qui semblent couvrir énormément de choses (y compris le logement). J’en arrive à me demander s’il n’y a pas un fond de vérité dans des arguments que je croyais fous.

La gauche défend les « exclus », la droite l’économie, l’administration est protégée et possède ses syndicats ? Ça laisse un gros électorat potentiel au FN ou au Tea Party ?

Les classes moyennes auraient été les principales victimes du recul de l’État ? Mais alors, pourquoi n’en veulent-elles plus, ou n’appuient-elles pas les partis de gauche ? Parce que l’État sert de manière disproportionnée d’autres qu’elles ? Elles n'attendent plus le salut que de l'économie, et ne voteront que pour ceux qui sembleront capables de la faire marcher ?

De l’importance d’être heureux

Être heureux se construit par empilage de petits bonheur, et nous rend résistant à l’adversité. Aussi « il a été montré que se sentir bien améliore la créativité et la capacité à résoudre des problèmes ».

Et l’on peut s’entrainer. Écrire un journal qui parle de ce que l’on trouve bien dans sa vie ; combattre les idées noires ; méditer (la force des moines ?) ; développer des liens sociaux riches (« être socialement isolé est à peu près aussi mauvais pour votre santé que fumer ou boire excessivement, et bien pire que l’obésité ») ; dépenser son argent non en biens de consommation mais « dans des activités sociales ou dans des expériences nouvelles et enthousiasmantes ».

L’inquiétude, au contraire, rapetisserait notre horizon, spatial et temporel.

Ce qui me ramène à mes Charybde et Scylla favoris :
  • L’hypothèse fondamentale de l’économie est que l’homme optimise son « utilité » personnelle - il est égoïste. C’est l’antithèse de la réalité. L’homme est bien quand il donne, quand il médite, et quand il est en société ! Quand il est seul, il crève. Est-ce que les économistes veulent créer un monde inhumain ?
  • La bienpensance et sa voix, les informations de la radio publique, sans relâche dénoncent nos vices et nous annoncent les punitions terribles qu'ils méritent. L’anxiété qu’ils créent ne nous rend-elle pas un peu plus incapables de résoudre les dits problèmes ?
Compléments :
  • L’article dont sont tirées ces idées dit aussi que le niveau de bonheur atteignable est en partie génétique, et qu’un excès de satisfaction, la béatitude ?, n'est pas bon.
  • Il contredit, par ailleurs, une thèse favorite du consultant anglo-saxon : pour faire bouger les gens, il faut une crise (« burning platform »). Ils bougent peut-être, mais ils prennent des décisions idiotes.