mardi 2 novembre 2010

L’énigme du paysan

A chaque vacance, je me demande pourquoi les paysans n’en ont pas besoin. Et si c’était, comme le dit un précédent billet, une question de sens.

Leur travail avait du sens, il ne les fatiguait pas, autrement que physiquement. Le travail moderne a perdu ce sens, il est usant.

Cela explique aussi peut-être pourquoi je n’ai pas besoin de vacances. Et pourquoi, j’ai choisi mon curieux mode de vie.

Compléments :

Coup de Trafalgar pour Nelson

La BBC commentait ce matin la fusion entre armées française et anglaise. Elle citait Nelson : « we should hate the French as the Devil ». Nelson torpillé par les siens ?

Les mêmes informations parlaient d'une étude, qui porte  l’augmentation du chômage anglais, pour cause de rigueur, à 1,5m de personnes. Et si M.Cameron voulait réaliser la société de loisirs dont rêve Mme Aubry ? 

Géographie et histoire


Dans les mêmes conditions les communautés humaines ont trouvé de mêmes solutions. Les sociétés agricoles se sont constituées partout où les conditions étaient favorables. La complexification de ces sociétés a été à l'origine de tous les grands courants de pensée. Les Moyens-âges ont été partout suivis par des renaissances et leurs intellectuels. L’avantage géographique a migré avec le temps d’une contrée à une autre. Aujourd’hui, il pourrait avoir disparu : les problèmes sont désormais globaux.

L’humanité a opéré sa jonction, et est un tout ?

Compléments :
  • Un détail curieux : pourquoi les fermiers ont-ils liquidé les chasseurs cueilleurs ? Les conditions de vie des premiers étaient bien moins bonnes que celles des seconds, mais elles leur permettaient d’entretenir de grandes communautés. Et ces communautés ont développé un armement sophistiqué du fait de leurs tiraillements internes incessants. Surtout, ils ont généré de nouveaux types de maladies contre lesquelles leurs confrères sauvages n’étaient pas immunisés. Et si nos pestes étaient nos meilleures alliées ?
  • La société contre l’homme.

lundi 1 novembre 2010

Changement et lois

Aristote (Les politiques) pensait que ce qui comptait le plus dans une loi, c’est qu’elle soit appliquée, non qu’elle soit le plus juste possible. Par conséquent, il fallait se garder de la faire évoluer trop souvent.

Le législateur français n’a pas lu Aristote. Il ne se préoccupe pas le moins du monde de la mise en œuvre de ses textes. Si bien que nous ne connaissons pas nos lois, qui non seulement sont inefficaces, mais aussi souvent invraisemblablement répressives (tentative désespérée de secouer l’indifférence de la nation ?).

Wikileaks


Cela semble fonctionner comme le Canard Enchaîné. Ou, plus exactement être un Canard Enchaîné de gros qui livre des détaillants, les journaux, qui ont les moyens de trier et d’analyser les masses d’informations qu’il reçoit.

Sinon, Wikileaks est financé comme Wikipédia, par des donations.

Bref, pas grand-chose de nouveau, ou de condamnable, au fond. 

2409

Thèmes du mois dernier :

Les transformations de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique expliquées par leurs structures sociales.
Dans la veine inépuisable des errements de l'esprit occidental :
Enquête sur le développement durable (suite).
Parmi les changements divers. 
Pour conclure, quelques notes pratiques (Comment reconnaître une spéculation ?Négociation patronat syndicat) et un retour à mon métier d’origine : Prix du logiciel. Et aussi : Google investit dans le vent, ses dirigeants font ce qui leur chantent ; ceux de Microsoft auraient perdu le nord (Microsoft et smartphone).

dimanche 31 octobre 2010

L'économie patine ?

Il y a quelques jours le gouvernement britannique pavoisait : la croissance était plus forte que prévue, sa rigueur ne créerait pas une nouvelle récession.

Certes, mais, d’après ce que j’ai compris de l’explication de la BBC, la dite croissance serait en partie due aux mesures keynésiennes du précédent gouvernement… Qu’arrivera-t-il quand elles se seront dissipées ?

D’ailleurs, le phénomène serait général, en Europe : l’économie est anémique… 

Le Sénat en avance sur son temps

Hier, je traverse le jardin du Luxembourg. L’horloge du Sénat a une heure de retard.

Souci d’économie ? Il était moins cher de faire travailler l'horloger le samedi, voire le vendredi, que le dimanche ? Souci du bien être du travailleur, que l’on ne veut pas arracher à son foyer le dimanche ?…

Intéressant précédent. Le Sénat n’est-il pas notre modèle à tous, en termes de respect des lois ? Alors, si nul n’est sensé ignorer les lois, leur respect n’est nullement impératif ?

Compléments :

  • Ayant confondu avance et retard, et passage à l'heure d'hiver en avance..., dans la première version du billet, je l'ai modifié. (D'où commentaire - que je remercie !).

Injustice

Aurais-je trouvé une définition pour « injustice » ?

Ce serait ne voir que ses qualités et les défauts des autres. Du coup le monde est insupportable : le pouvoir et la richesse sont à l’incapable. Le génie est brimé.

Celui qui a le défaut inverse est béni des dieux : il remercie le ciel qu’un monde aussi merveilleux tolère son insondable médiocrité. 

samedi 30 octobre 2010

De l’importance de ne pas être français

On a enfin trouvé une qualité à l’OVNI Tea Party : il n’est pas français.

Ses membres sont bien élevés, ils ne cassent rien, ne salissent rien, ne font pas de bruit, et ce ne sont pas des paresseux, irresponsables, qui croient au père Noël, mais, au contraire, des personnes qui réclament de la mesure et de l’économie.

Blog de Bondy

Blog rédigé par les (jeunes ?) habitants de Bondy. Curieux, il est follement inconvenant :
  • Ceux qui y écrivent n’ont rien de la racaille de M.Sarkozy, ils sont dynamiques, sympathiques, plein d’humour, ça change du cafard du Français de souche.
  • Et ils disent ce qu’il n’est pas bien de dire : par exemple qu’une famille africaine fait du bruit, mais qu’on ne peut rien y faire de peur de représailles.
Toute notre information n’est que manipulation ? Tout est transformé, rendu méconnaissable, par l’idéologie ?

Compléments :

  • Avant hier, je me suis trouvé au milieu de manifestants. Ils étaient tellement éparpillés, tristes et déprimés que je n'ai pas tout de suite compris qui ils étaient. Ceux qui étaient autour de moi semblaient des militants de toute les causes, dont certains étaient à la retraite. Est-ce cela la grande indignation populaire dont me parle la radio publique depuis des mois ? Ce qui me rappelle une histoire que l'on m'a racontée aux Antilles : un cyclone n'est pas passé où il devait, pourtant les destructions ont été grandes. Les habitants avaient démoli leurs maisons pour être certains d'être dédommagés par leurs assurances. J'ai l'impression que nos dernières grèves, aussi, nous ont montré que nos mouvements d'humeur nationaux ne sont pas totalement spontanés...

L’énigme de Bouygues

Un paradoxe qui intriguait un ami, médecin du travail au siège de Bouygues : les ouvriers du bâtiment peuvent avoir les pires maux et handicaps, ils veulent travailler ; les bureaucrates sont des malades imaginaires.

Plus de 20 ans après qu’il m’ait raconté cette histoire, je lui ai peut-être trouvé une explication. Et elle se trouve dans le billet précédent.  

Le travail des ouvriers a un sens, pas celui des bureaucrates. Une même tâche peut être vue comme une punition ou comme une récompense, selon qu’on lui ait donné l’un ou l’autre sens. On peut conduire une personne au suicide en lui faisant faire ce qui enchanterait quelqu’un d’autre !

Risques psychosociaux et entreprise

LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010. Les entreprises désirent « faire quelque chose » pour éliminer les risques psychosociaux (« ne serait-ce que pour se prémunir contre le risque de sanctions juridiques »), mais ne savent pas quoi. (Elles ne sont pas aidées : la « vision classique de la prévention » est « à dépasser ». Elle oublie la « dimension sociale » de la question.)
  • Le « manque de reconnaissance » du travail effectué favorise le « trouble psychique ». Si ce que l’on fait semble absurde, le moindre imprévu – qui n’a peut-être rien d’anormal ! - provoque une souffrance. (Paradoxe : ce qui ferait souffrir ne serait pas le travail en lui-même, mais la perception que l’on en a !) Il faut « donner du sens au travail ».
  • On retrouve du sens, de la « fierté », un « sentiment d’appartenance », quand on prend conscience de « l’importance sociale » de son travail. Il est aussi utile de permettre aux « salariés de définir collectivement ce qu’est le travail « bien fait » et de donner un sens positif aux différentes activités réalisées. » 
  • La « reconnaissance » vient d'abord de ses pairs. Aussi, posséder un « métier », un corpus de règles qui expliquent comment résoudre les problèmes que pose sa tâche, et le sentiment d'avoir une mission reconnue, rend imperméable à l'aléa. Mais il n'y a pas de « métier » si tout le monde ne lui appartient pas.
  • La rupture du contrat moral implicite qui récompensait l’engagement personnel exceptionnel par une « carrière » a lui aussi créé un sentiment d’injustice, qui a fragilisé l’employé. La carrière doit renaître.
  • Si le management n’a pas le même point de vue que l’employé sur ce que signifie bien faire son travail, il y a sentiment d’injustice. Il faut « associer les agents à la définition des projets de changement ». 
  • Il faut « réfléchir aux asymétries de pouvoir », les dysfonctionnements s’accumulent chez certains, qui en sont accusés alors qu’ils n’en sont pas responsables et qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce qui passe par une reconception collective des processus de travail, afin d’éliminer de tels dysfonctionnements, et la « recherche d’autonomie collective ». 
  • Dans le même esprit, l’entreprise doit collectivement chercher une différenciation de son offre qui l’éloigne du stress d’une concurrence débilitante ; et des « solutions collectives » aux « difficultés dans le travail », notamment par des « espaces de régulation et de discussion », qui permettent apprentissage du métier, « performance collective » et règlement à l’amiable de conflits.
  • Par où démarrer la réforme de l’entreprise ? « Une évaluation quantitative à l’aide d’échelles de mesure validées et intégrant les aspects organisationnels permet de dresser une première cartographie ; d’effectuer des comparaisons dans le temps et entre services afin de mieux détecter les facteurs de stress ou de protection et de convaincre les différents partenaires sociaux d’agir. Un comité de pilotage associant direction, médecin du travail, salariés et représentants syndicaux est alors chargée de poser un diagnostic et de proposer des réponses. » Mais surtout il faut « initier une démarche de détection et de résolution de problèmes « par le bas », au plus près du terrain et donc de la connaissance pratique des difficultés rencontrées ».
Commentaires :

Ce que dit cet article aurait paru évident à nos parents. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » s’est demandé l’ami avocat qui m’a transmis l’article.

« Trained incompetence » aurait répondu Veblen ? Dans ma jeunesse on m’affirmait que la direction des entreprises était promise aux esprits mathématiques. En MBA on m’a présenté des modélisations simplistes et ridicules qui sont aujourd’hui accusées d'avoir créé notre crise. Les modes de management nous expliquent que pour diriger une entreprise il faut acheter des logiciels et appeler des consultants… Lavage de cerveau qui nous a fait perdre le contact avec la réalité ?

Compléments : 
  • Ce qui est décrit ici correspond quasiment point pour point au propos de mes livres. Or, je ne parle pas de santé mais de changements. Et ils sont vus de la perspective du patron. Ma rationalité est exclusivement économique. L’optimum économique serait-il un optimum humain, comme le disaient mes anciens, et vénérables, associés ?

vendredi 29 octobre 2010

Angleterre en piqué ?

L’économiste Brad DeLong divise le monde. La Chine a procédé à une relance keynésienne et s’en porte bien. Ensuite, il y a le reste du monde qui ne sait à quel saint économique se vouer et qui en souffre. On y trouve la sous-catégorie de ceux qui manquent de crédibilité et qui ont dû restructurer leur économie dans la douleur.

Et puis il y a l’Angleterre. Personne ne lui demandait rien, elle pouvait emprunter à pas cher, y compris à son peuple. Pourquoi s’est-elle jointe au dernier camp ? Alors que rien ne se dessine pour mettre au travail le million de chômeurs qui en résultera ?

Ces derniers temps, il semble qu’il n’y ait plus que des économistes keynésiens. Sélection naturelle ? Les économistes monétaristes ont été dévastés par la crise qui a démontré l’erreur des hypothèses dont dépendait leur art ?

Air Sarko

Minute d’humour des informations de BBC4 consacrée au luxueux avion présidentiel français.

C’est un symbole. Celui d’une époque, révolue ?, où les dirigeants salariés se sont pris pour des super-stars, et où les gouvernants se sont cru de grands patrons. (Pour un autre exemple, frappant : Blair l'américain.)

Homme marionnette sociale ?

Ancien débat : l’homme agit-il sur les événements ou en est-il la marionnette ?

Mon idée actuelle est que les hommes « remarquables » ne sont remarquables qu’en ce qu’ils ont réussi à synthétiser les idées de leur temps. Et que s’ils n’avaient pas été là d’autres l’auraient fait (seuls ou à plusieurs).

Ce n’est pas pour autant un encouragement à la passivité. Il est avantageux d’être « remarquable », et, plus généralement, de jouer le rôle pour lequel l’inné et l’acquis nous ont préparés. Comme le disent Montesquieu et Adam Smith, c’est en voulant faire notre intérêt personnel que nous faisons l’intérêt collectif.

Cette idée n’est pas non plus positiviste. Le monde ne va pas dans une direction bien définie. Sa nature chaotique fait qu’il est soumis à des ruptures imprévisibles.

Compléments :
  • Robert Merton a fait une étude des grandes découvertes qui justifie ce que je dis des hommes remarquables. MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • Un exemple de chaos possible, à l’occasion du hasard d’événements européens récents (auquel il aurait fallu ajouter la disparition d’une grande partie du gouvernement polonais dans un accident d’avion).

jeudi 28 octobre 2010

ISO 26000

Brève présentation par un expert des principes d’ISO 26000. C’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.  ISO 26000 serait une question de choix, et non un labyrinthe de recommandations incompréhensibles.

Il demande d’identifier les enjeux capitaux pour l’entreprise, ainsi que les « parties prenantes » liées, sachant que celles-ci sont à entendre dans un sens très large (il peut y avoir des enjeux sans parties prenantes et des parties prenantes non humaines ou non existantes – nature, descendants…).

Ensuite, il faut trouver les sujets qui concernent le plus l’entreprise, soit parce qu’ils touchent à sa nature (entreprise humaniste), soit parce qu’elle tend à les oublier (entreprise technologique et homme). À ce point ISO 26000 pose des questions importantes et guide la recherche de celui qui veut y répondre.

Effectivement, si c’est cela ISO 26000, ce peut être un moyen de transformer les comportements collectifs (changement). Ce n’est pas une simple justification du statu quo.

Compléments :
  • Une question de l’assistance : qu’est-ce qu’ISO 26000 fait gagner à l’entreprise ? Je soupçonne que si la démarche est efficace, elle doit conduire l’entreprise à se sentir mieux, tout simplement. Or, les problèmes extrêmement coûteux de la santé au travail viendraient en grande partie d’une perte de sens du travail. Du coup, les aléas ordinaires (!) d’un emploi ont des effets dévastateurs sur l’homme. (LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010.)
  • RSE.

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.

Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.

(Google aurait emprunté l'expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Religion de l’Homme


Durkheim estime que la religion moderne est celle de l’Homme. L’Homme s’entendant comme ce que nous avons tous en commun – à ne pas confondre avec l’utilitarisme égoïste anglo-saxon. Cette religion est née avec les Lumières, elle a été théorisée par Kant et Rousseau, et sa patrie est la France. Elle est le seul moyen d’apporter un peu de cohésion à une humanité dont les éléments sont éloignés par « le progrès incessant de la division des tâches » inhérent à notre mode de développement. Elle est une continuation de la religion chrétienne qui a « érigé (l’individu) en juge souverain de sa propre conduite ». C’est la religion de la raison. Nous devons l’utiliser pour prendre des décisions qui sont bonnes pour l’Homme.

Vu l’état de l’humanité, il semble que nous ayons encore beaucoup de travail à faire dans l’art du bon usage de la raison… 

mercredi 27 octobre 2010

Le test d'intelligence final

Il paraît qu'on a enfin compris ce qu'était l'intelligence, et qu'on sait la mesurer :

Click here to go straight to the ultimate intelligence test

(L'article d'où vient le test.)

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l'équivalent du statu quo.

C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)

Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.

L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.

Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?

Compléments :

Réformes en France et en Angleterre

L’Angleterre plonge dans un inconnu qui effraie même les plus libéraux, personne ne bouge. Les « réformettes » françaises (expression d’un journaliste de l’Expansion qui a fait s’étrangler son interviewer de France Culture, avant-hier) soulèvent la révolte. Curieux.

J’ai appris dans une de mes lectures récentes que le premier à avoir délocalisé était un patron de gauche (ancien du CERES), Alain Gomez. Notre gauche a été fort libérale lorsqu’elle était au pouvoir. L’arrivée de Martine Aubry marque une forme de retour à la pureté idéologique, qui a été éliminée en Angleterre par Margaret Thatcher.

L’Angleterre ne proteste pas parce qu’elle n’a plus les structures sociales nécessaires à l’organisation d’une manifestation ? La France proteste parce qu’elle a des organismes dont c’est, en quelque sorte, la raison d’être ?

Rosemary’s baby

Film de Roman Polanski, 1968.

Je me demande si, dans l’œuvre de Polanski, il n’y a pas une tendance à placer un petit personnage innocent dans un univers kafkaïen. Le Mal gagne. Et le petit personnage s’en trouve finalement bien. (cf. Le bal des vampires.) 

mardi 26 octobre 2010

Réformes anglaises

Mon métier me fait dire que tout le succès du changement est dans sa mise en œuvre. Or on ne sait rien de clair de la mise en œuvre des brutales réformes anglaises. Ce matin j’entendais un interviewé de la BBC dire qu’elles allaient relancer le pays parce qu’avec un État moins coûteux, il y aurait moins d’impôts, et des entreprises plus compétitives. Ça semble court.
  • Les 500.000 licenciés du secteur public vont devoir trouver un emploi. Le temps qu’ils cherchent, ils seront au chômage (payés par l’État). En outre, ils risquent de moins consommer.
  • Le privé est un gros fournisseur de l’État, comme en France. Beaucoup d’entreprises ne vont-elles pas capoter ? (PWC estime les pertes à 500.000 personnes supplémentaires.)
  • Une des idées de D.Cameron est que le privé va prendre le relais du public. Il va s’occuper des pauvres, des écoliers… Oui, mais s’il le fait cela va mobiliser des ressources, qui n’iront pas à l’économie… Même si elles sont plus efficaces que le public (l’idée n’est pas neuve, a-t-elle fonctionné un jour ?), le gain n’est que marginal. Et l’on peut se demander si le talent nécessaire ne serait pas mieux utilisé ailleurs.
  • Ce chômage devrait peser sur les salaires (concurrence), et augmenter la rentabilité des entreprises qui gagneront donc sur deux tableaux. Mais, où est l’explosion créatrice ? Où sont les innovateurs qui n’attendent qu’une baisse de leurs impôts pour créer des produits enthousiasmants que l’on s’arrache ? D’ailleurs, qui aura envie de leur acheter leur production, si le chômage augmente ?
  • Ne risque-t-on pas d’éliminer ou de dégrader des services de l’État qui avaient une importance pour l’économie que l’on ne soupçonne pas ?
Ultralibéralisme touchant de naïveté ?

Facs en grèves

Amusant prolongement de ma réflexion sur le trotskisme. Une nouvelle vague de résistance à la réforme des retraites se fait jour. Et il s’agit, curieusement, des étudiants, UNEF et SUD en tête. Les bastions du trotskisme.

Question : le mouvement de résistance est-il planifié méthodiquement, ou correspond-il à une suite d’improvisations ?

Initialement, je penchais pour la seconde solution, mais maintenant je serais plutôt en faveur de la première. En effet, si mon hypothèse trotskiste est juste, pourquoi les étudiants se révolteraient-ils aussi tardivement, alors que ce sont les plus faciles à agiter ? 

Tea Party et bataille d’élites

Le Tea Party a semblé un OVNI. Mouvement spontané et incontrôlé. Mais son aspect se précise :

Curieusement, son obsession serait une de mes anciennes observations. La prise du pouvoir par une élite intellectuelle héréditaire.

On explique que l’Amérique fonctionne comme la France républicaine : l’ascenseur social est désormais scolaire. Le non renouvellement de l’élite dès lors s’explique soit par une supériorité intellectuelle innée de la classe dirigeante soit par la mise à mal de l’ascenseur social par destruction de l’éducation primaire.

Mais est-ce là qu’il faut chercher la cause du malaise américain ? L’ascenseur social scolaire n’est pas un modèle culturel naturel aux USA ; ensuite, il ne fonctionne pas : le système actuel de sélection de l’élite ne produit pas un pays dynamique et riche.

Une autre caractéristique du Tea Party émerge : il est constitué de gens plus riches et mieux éduqués que la moyenne. Et, surtout, il n’est pas lui-même sans lien avec la dite élite.

Serait-on en face d’une manipulation ? L’élite intellectuelle riche et religieuse (dirigeants républicains) affronte l’élite intellectuelle riche et non religieuse (dirigeants démocrates). Ces deux élites lancent l’une contre l’autre leurs troupes de pauvres (démocrates) et de modestes (républicains). Troupes qui en veulent à l’autre camp des maux que leur fait subir la crise, alors qu'elles ont été victimes de l’élite en général ?

Compléments :

Histoire des Trotskistes

Charpier, Frédéric, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Edition n°1, 2002.

Le Trotskisme commence avec la NEP de Lénine. Trosky exècre ce retour du capitalisme pour des raisons de salut public. Surtout il hait la bureaucratie qui a pris le pouvoir en URSS. Elle détourne la révolution de son projet originel, la conquête du monde. Il est exilé. Wall Street sable le champagne. Les trotskistes français viennent à son aide.

Le mouvement trotskiste français date donc des origines. Il se définit avant tout comme un anti-stalinisme. Donc anti-PC (et anti CGT).

Jusque dans les années 60, il ne comptera que quelques centaines de personnes. En majorité des intellectuels, qui s’entre-déchirent, et sont incapables d’en appeler aux « masses », dont pourtant ils veulent faire le bonheur. De ce fait, ils pratiquent « l’entrisme », ils s’infiltrent dans tout ce qui a le pouvoir de mettre en mouvement le peuple. Les syndicats (FO, l’anti-CGT), le PS, le Grand Orient (dont ils fournissent de Grands maîtres), mais aussi le parti communiste, lorsqu’ils pensent que la révolution est imminente est que, seul, il a la puissance d’en tirer parti. (Ils ont une histoire quasiment parfaite de prévisions fausses - y compris celle de l'échec de la gauche en 81 !)

Raymond Marcellin va faire leur fortune. En s’acharnant sur eux, il les rend séduisants. Leurs rangs gonflent. C’est alors qu’ils acquièrent leur formidable capacité à manœuvrer les étudiants.

Ils semblent aussi jouir d’un énorme capital de sympathie au sein de l’élite intellectuelle, qui gouverne l’opinion. Elle est de toutes leurs causes. Et ils apportent un vivier de dirigeants jeunes et dynamiques au PS. Plus récemment, ils ont profité de la débâcle du PC, du tournant libéral du PS et de la grande peur de la mondialisation (présence dans ATTAC, Sud…).

À la fin du livre (99) trois mouvements survivent :
  • Lutte Ouvrière. Un parti qui cultive les pures valeurs du bolchevisme, et à qui Arlette Laguiller, « femme de paille » d’un certain Robert Barcia, attire la sympathie de la France.
  • Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine. (J’ai appris qu’il avait deux frères, tout aussi militants que lui.)
  • Le parti des travailleurs, de Pierre Lambert, un dirigeant historique qui tient alors son mouvement d’une main de fer.
Commentaires :

Je me suis intéressé au trotskisme parce que je soupçonne qu’il a un lien avec la résistance à / la cause de la réforme des retraites. Ce livre appuie-t-il ou infirme-t-il ma thèse ? En fait il ne dit pas grand chose de ce que croient les Trotskistes. Réflexions :
  • Edwy Plenel est un ex trotskiste. Il se trouve qu’il a porté un des coups les plus terribles à la réforme des retraites (affaire Woerth). Les Trotskistes semblent implantés, aussi,  partout où ça bouge, aujourd’hui. Y compris et surtout chez les étudiants, et ils ont l’art de mobiliser les intellectuels.
  • Ils sont anti-bureaucratie. Ce qui m’a rappelé les cours de MBA que j’ai suivis, où la bureaucratisation de l’entreprise était le mal absolu. Et aussi au néo-libéralisme, que la bureaucratie fait se pâmer.
  • Intellos incapables de s’entendre entre eux. Peut-être sont-ils des leaders naturels, qui cherchent l’indépendance ? D’ailleurs n’est-ce pas pourquoi ils font de « l’entrisme » ? Pour se trouver un pouvoir sans partage, et pour s’éloigner de leurs frères qui consomment un peu trop de leur oxygène ?
  • Comment peuvent-ils prétendre faire le bien de masses avec lesquelles ils n’ont aucun atome crochu ?
Fascinant à quel point cela ressemble au néo-libéralisme. Trotskisme = individualisme de gauche ?

lundi 25 octobre 2010

Abeille et voyageur de commerce

L’informatique se casse les dents sur le problème du voyageur de commerce : trouver le chemin le plus court pour faire le tour d’un certain nombre de villes.

Il semblerait (d’après la BBC) que si l’on transforme les villes en fleurs, une abeille soit vite capable de résoudre le problème. Si on arrivait à comprendre comprendre ça aiderait nos ordinateurs.

Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait que les abeilles qui soient intelligentes. Il y a longtemps, un ami travaillait sur une variante de ce problème pour le compte d’une entreprise. Au début son programme a donné de bien meilleurs résultats que ce que savaient faire les planificateurs humains. Mais, curieusement, ils se sont brutalement améliorés, et jamais ils n’ont pu être rattrapés. Nous possédons des mécanismes de calculs bien plus puissants que la raison…

Compléments :

Sure BNP ?

La BNP aurait-elle une culture plus saine que la Société Générale ?

Elle a su conserver un portefeuille d’activités « équilibré ». La banque, « qui est dirigée par un groupe soudé de vétérans de la fusion originale » a résisté aux tentations qui se sont révélées fatales ailleurs. « L’histoire récente de BNP-Paribas (…) est l’histoire d’une expansion et d’une prise de risque consistante, et étroitement contrôlée. » Stop. Think. Act.

IPCRESS

Film de Sidney J.Furie, 1965.

Anti-James Bond où le héro est un repris de justice de basse condition. Personnage décalé, et gentil.

Je me suis demandé si ce n’était pas une fable sur la société anglaise. Les chefs sont du meilleur monde, des originaux, raffinés et perfides. Le subordonné est leur opposé, il possède une sorte de talent inné, irrationnel, lié à son « insubordination » même, qui, au fond, les fascine. D’ailleurs sous le vernis du rapport de classe, il y a de brefs gestes d’estime réciproque. 

dimanche 24 octobre 2010

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  

Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).

Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.

Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.

Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?

Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)

Traité en Europe

Depuis quelques temps j’entends parler d’une modification des traités européens. Je nous croyais guéris de l’aventure. (D’ailleurs les Anglais menacent de se saisir de toute nouvelle évolution pour organiser un référendum, donc sortir de l’UE.)

Si je comprends bien, il s’agit de prévenir la mise en péril de l’économie européenne du fait d’une mauvaise gestion par l'un de ses membres.
  • Il subirait des sanctions, mais pas automatiques comme on l’avait envisagé. Au préalable on débattra de savoir s’il a correctement mené ses affaires. Si non, il y aura sanctions (non discutables), notamment possible suspension de son droit de vote.
  • Pour éviter que les investisseurs ne puissent penser que le fonds européen de stabilisation financière les dédommagera systématiquement en cas de faillite d’un pays auquel ils ont prêté (de ce fait encourageant des comportements irresponsables), un mécanisme de restructuration de la dette est prévu.  
Compléments :

Changement en Chine

La Chine se donne un nouveau dirigeant, Xi Jinping. Comme son prédécesseur il descend d’un proche de Mao, et est un ingénieur. (The next emperor.)

Faut-il voir dans cette succession deux orientations de l’histoire chinoise ? L’ingénierie est la particularité de l’Occident, ce qui manquait à la culture chinoise ? Cependant la Chine est dirigée, comme elle l’a toujours été, par une sorte de dynastie, garante d’une continuité de vision ?

Changer pour ne pas changer ?

Compléments :
  • Par ailleurs, contrairement aux Anglais, les dirigeants chinois semblent extrêmement prudents quant aux changements qu’ils doivent appliquer à leur pays. Peut-être qu’ils savent qu’ils vivent sur une poudrière ? Ou peut-être qu’ils sont conscients  de leur responsabilité ?  

Je ne peux pas vivre sans toi

Il est mieux de parler d’un film que l’on a vu. Contrairement à ce que je croyais, il n’y est pas question des méfaits d’une bureaucratie kafkaïenne. Il montre comment cette bureaucratie, en dépit des lourdeurs de ses procédures et de ses bonnes intentions maladroites, parvient à reconnaître le point de vue d’un marginal. Malgré leurs défauts, nos sociétés sont fondamentalement bienveillantes ?

Je me demandais si le héros était un exclu du système (aussi riche que la France), ou s'il appartient à une communauté minoritaire, qui ne partage pas le mode de vie dominant. Pas clair. C'est un Hakka, mais ça ne semble pas de manière évidente une minorité désorientée. 

samedi 23 octobre 2010

Pensée chinoise et développement durable

Dans un billet je me demandais si nous n’étions pas manipulés par des idéologies erronées, si l’homme n’était pas moins nuisible qu’on ne le dit… Un ami me répond ceci :
Sur le sujet que l'homme est nécessaire à la biodiversité j'ai du mal à adhérer, l'homme est une espèces parmi d'autres qui a l'extrême désavantage d'avoir voulu s'affranchir des lois naturelles éprouvées depuis des millions d'années il a su se développer  à travers deux révolution : l'agriculture ce fut à l'échelle de l'espèce, la révolution industrielle, cette fois à l'échelle des nations-états avec la prise de puissance sur la nature et la globalisation jusqu'à menacer sa propre survie par le stress qu'il met sur la planète et ses ressources, la prochaine révolution ne peut être qu'à l'échelle de l'individu pour que la personne devienne soutenable car finalement qu'y a t il de plus urgent que le développement humain, car c'est l'humain qui est au centre du DD. L’homme disparu la nature poursuivra ses évolutions tranquillement selon ses lois habituelles. Pour revenir à la biodiversité, la surpopulation (la bombe de Paul Erlich date des années 80) est le premier vrai problème à traiter avec la menace sur les ressources naturelles et l'hygiène et la sécurité. Donc éduquons nos enfants sur ces bases.
En fait, mon billet avait juste été ébloui par une idée inattendue et élégante. Je crois qu’elle vaut mieux, finalement :

Ce que je disais du rôle de l’homme dans l’univers vient de la pensée chinoise. Cette pensée mérite peut être au moins autant de respect que la nôtre. Peut être même d’être explorée avec attention.

Ce que mon ami reproche à « l’homme » est le développement occidental. Or, lorsque l’on regarde la Chine d’avant l’Occident, elle maintenait une sorte d’équilibre avec ses voisins, et son développement était (peut-être) relativement peu destructeur. (Idem pour le Japon, replié sur lui-même.) Le grand principe de la culture chinoise est de ne pas inventer mais de se conformer à la logique de la nature, une posture qui paraît fort durable.

D’ailleurs, l’idée selon laquelle l’homme est une espèce comme les autres n’a rien d’évident. La particularité de l’homme est d’être un animal social. Il est possible que social ne s’entende pas au simple sens de l’homme, mais aussi à celui de la nature. Partout où il se trouve il réglemente son environnement.  Ce n’est pas mieux avec ou sans lui, mais c’est différent. Tout ce que nous apprécions dans la nature, que nous voulons conserver, vient peut-être de la main de l’homme. Pensée chinoise à nouveau, pour qui le monde ne tournerait pas sans lui.

Mon ami ajoute que, contrairement à l’abeille ou au ver de terre, l’homme n’a pas de fonction dans la nature. Et si sa fonction était d’assurer la cohésion d’un tout qui n’existerait pas sans lui ? Et si le coup de génie occidental avait été de faillir à cette fonction pour en tirer des bénéfices à court terme ?

Pensées élégantes et sans substance, à nouveau ? (à creuser, en tout cas.)

vendredi 22 octobre 2010

Prix du logiciel

L’éditeur dont je parle dans le billet précédent me semble être en face d’une question bien compliquée. Ce logiciel demande une importante « conduite du changement », or, il n’est pas cher.

Je pense que le prix d’un logiciel doit être fonction du coût de la conduite du changement nécessaire à son adoption (au sens commercial du terme). Un changement important requiert un prix élevé (ERP). Pour une adoption facile (bureautique), le prix peut être bas. Ce qui détermine la complexité du changement est certainement sa dimension sociale. Modifie-t-il le mode de collaboration entre hommes, ou n’intéresse-t-il que l’individu ?

Cependant, les logiciels qui pénètrent facilement l’entreprise devraient eux aussi être accompagnés de conduite du changement. Un des participants à la démonstration du logiciel a mesuré que, dans son ancienne société, les personnels consommaient un tiers de leur temps à lire leurs mails… Si l’on veut introduire une innovation dans une entreprise, il faut d’abord dire ce que l’on en attend, et ensuite se donner les moyens de contrôler que l’on atteint bien cet objectif, sans dommage collatéral. 

Je continue à croire que cette absence de conduite du changement accompagnant les projets informatiques explique le paradoxe de Solow (i.e. l’informatique ne fait pas gagner l’économie en productivité).

Compléments :
  • Citation de Robert Solow : « You can see the computer age everywhere but in the productivity statistics. »

Réseau social et libéralisme

Démonstration d’un logiciel d’entreprise. Il permet d’installer des fonctionnalités de type Facebook. Bénéfice : en permettant à chacun de communiquer avec chacun il en émergera une créativité spontanée.

Bizarre. C’est tout le discours des gourous du management américain des années 90 et 2000 ! Ils voulaient créer le « chaos » dans l’entreprise, puis y installer la « destruction créatrice » du marché (illustrée par Enron !). La liberté des échanges allait faire le bonheur universel. C’était la « nouvelle économie ».

Mais, alors, Facebook serait-il tout simplement une illustration de cette idéologie : la plus parfaite liberté d’échanges ?

Mais c’est vrai : la justification de la nouvelle économie, c’était la fin de la guerre froide et Internet !

Mais, alors, le fondement de l’idéologie des élites qui ont conduit la planète n’est pas le capitalisme, mais le libre échange ? Quand le libre échange a semblé à porté de main, elles ont disjoncté : Dieu allait arriver sur terre ! C'est aussi simple que ça ?

Compléments :
  • Sur la nouvelle économie : 
  1. Kevin J. STIROH, Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet - Août 1999. 
  2. Stephen B. SHEPARD, The New Economy : What It Really Means, Business Week, 17 Novembre 1997
  • Sur le chaos et sur Enron (les 6 premiers documents sont des tracts que m’a distribués l’Insead lors de mes études) :
  1. Rosabeth Moss Kanter. Power failure in management circuits. Harvard Business Review. Juillet-Août 1979.
  2. James Brian Quinn. Managing innovation controlled chaos. Harvard Business Review. Mai-Juin 1985
  3. The Bureaucracy busters, Newsweek. 17 juin 1991.
  4. Tom Peters. Get innovative or get dead. California Management Review. Hiver 1991
  5. Robert H. Waterman. The power of adhocracy. Chapitre de Adhocracy, the power to change, how to make innovation a way of life. W W Norton & Co Inc (1 septembre 1992).
  6. Peter F.Drucker. The Coming of the New Organization. Harvard Business Review. Janvier-Février 1988. Ce texte explique que l’organisation moderne va disparaître et être remplacée par une société de l’information peuplée de spécialistes.
  7. Gary Hamel. Reinvent your company. Fortune. 12 juin 2000.
  8. Richard N. Foster, Sarah Kaplan. Creative destruction. McKinsey Quaterly, 2001, n°3.
  9. Scott McNealy. Welcome to the Bazaar Harvard Business Review; Mars 2001. 

Angleterre et démocratie

Matthew Yglesias pense qu’un changement aussi suicidaire que celui qui est entrepris en Angleterre n’aurait aucune chance de démarrer aux USA. Un Etat démocratique ne l’aurait pas permis.

La démocratie a de grands défauts : elle réfléchit effroyablement lentement, et de manière apparemment irrationnelle et inefficace. Mais ce processus lui permet de simuler les conséquences de ses décisions, et d’en éviter les effets pervers.

Les pouvoirs dirigistes, comme les pouvoir anglais (ou français), n’ont pas de garde-fous. Ils ne tiennent compte des conséquences de leur décision que lorsqu’elles se sont matérialisées. Et encore, d’ordinaire ils les nient. Au fond, ils sont attentatoires aux libertés individuelles. C’est ce que disait Montesquieu.

Il pensait aussi que le principe des démocraties est la vertu. Or, nous ne sommes pas vertueux. Ce n’est pas ce que demande un État dirigiste. Devenir « plus démocratique » est un donc un apprentissage compliqué. On ne peut pas condamner l’Angleterre d’être ce qu’elle est. (Par contre on pourrait lui reprocher de ne pas vouloir se transformer.)

D’ailleurs, la démocratie ne garantit pas de tous les maux : elle peut s’engager comme un seul mouton dans une même illusion, comme le montre l’histoire récente américaine.

Il faut en baver pour apprendre

Plus l’apprentissage est difficile, plus il porte. Rendre un texte (presque) illisible, le rend mémorable. (Learning difficulties.)

De quoi je déduis que l’Éducation nationale a tout faux : depuis 68, elle cherche à simplifier son enseignement. Du coup elle l’a rendu inefficace.

Compléments :
  • Validation des propos de mon dernier livre :je disais que si l’on n’avait pas souffert à le lire, c’est qu’on ne l’avait pas compris.

jeudi 21 octobre 2010

Le Français parle aux Anglais

De temps à autres la BBC interviewe un manifestant français.

On croirait assister en direct au 14 juillet 1789. Mais le sans-culotte est désormais, presque, compréhensible. Et il a exactement l’accent qui traduit sa condition. Son hurlement grossier fait un contraste saisissant avec la maîtrise de soi britannique. J’imagine que l’Anglais doit sentir un délicieux frisson parcourir sa moelle épinière lorsqu’il réalise qu’il n’est qu’à un cours d’eau de la barbarie primitive.

Réforme en Angleterre

Le gouvernement anglais a annoncé hier le plan d’économie attendu (100md€ d’ici 2015). Pour le moment, aucune réaction notable :
  • Un rien de perfidie par ci. Les mesures s’en prenant aux riches et aux banques ont fait beaucoup de bruit. Cherchait-on à faire oublier que la réorganisation des services publics (effectifs réduits de 10% d’après la BBC) devrait démesurément toucher les pauvres ?
  • Quelques divergences entre gouvernants et gouvernés par là. Le peuple craint pour sa sécurité, le nombre de policiers et de pompiers est comprimé en priorité…
Le calme avant la tempête ?

Si les économistes éminents s’accordent à juger que la rigueur est une erreur. Il semble qu’il y ait consensus, entre économistes et non économistes, pour dire que l’expérience anglaise va être passionnante à observer.

Compléments :
  • Curieusement, j’entendais la BBC dire que la finance embauchait. Par ailleurs il semblerait qu’il y ait de la place dans les postes à forte qualification (informatique…). Ne restera-t-il que des non qualifiés dans la fonction publique ?
  • Les réformes anglaises vues des USA, et d'Angleterre (« ce serait une passionnante expérience à observer si autant d'existences n'étaient en jeu »).

Hormone et cancer du sein

Un traitement hormonal post ménopause semble augmenter le risque de cancer du sein chez la femme, et surtout d’un cancer mortel.

L’effet serait connu depuis quelques temps, aux USA au moins : de 110 millions en 2002, les prescriptions d’hormones y ont été ramenées à 40 millions en 2009.

Nouvelle illustration que la médecine est dangereuse et doit être utilisée avec discernement, de préférence pour des cas sérieux ? Et aussi limites de notre processus d’innovation, qui a beaucoup de mal à évaluer les conséquences à long terme de ses découvertes ?

(Article d’origine de ma réflexion : Post-menopausal hormones boost breast cancer risk, study finds.)

La vérité

Film d’Henri-Georges Clouzot, 1960.

Un film étonnant. Des répliques courtes, efficaces mais sobres. Des comédiens remarquables, à commencer par Brigitte Bardot. Et, finalement, une société française qui s’en tire plutôt bien. Pas si ringarde et figée dans ses certitudes que cela. Pas comme l'Amérique de Lenny ?

mercredi 20 octobre 2010

Théorie chaotique de l’évolution

Si je comprends bien, la théorie de Darwin serait fausse à long terme. Les espèces ne s’adapteraient que marginalement, mais resteraient substantiellement identiques à elles-mêmes, qu’il pleuve ou qu’il vente, jusqu’à ce que le hasard décide de les liquider :
L’extinction semble être un une réponse étonnamment rare aux changements climatiques importants.
Idem pour les écosystèmes, qui n’évoluent pas comme un tout, mais dans le chacun pour soi de leurs éléments constitutifs.

Le long terme serait commandé par la génétique dont la loi est la mutation aléatoire, qui ne répond pas à l’influence extérieure, et dont les résultats sont imprévisibles. L'évolution serait donc soumise, comme les planètes, à la théorie du chaos. Elle ne serait prévisible qu’a posteriori.

L'abandon de la sélection naturelle pourrait avoir de curieuses conséquences : « nous sommes incapables de prévoir comment les espèces répondront au changement climatique prévu durant le siècle prochain »   ; peut-on évoquer la sélection naturelle dans le règne humain, pour justifier des avantages acquis, si elle n'a pas de raison d'être dans la nature ?

Obama l'intellectuel

Voici ce que dit B.Obama à l'Amérique :
Nous sommes codés en dur pour ne pas toujours penser clairement quand nous avons peur. Et le pays a peur.
Autrement dit, vous êtes des peureux paniqués. Seul votre cerveau reptilien fonctionne encore. Pas étonnant que vous n’arriviez pas à saisir le bienfait de ma politique.

B.Obama fait une erreur commune à tous les esprits supérieurs. Il est incapable de voir au-delà de ce qui est dit. Or, ce l’on dit est une rationalisation de ses émotions. Ça n’a pas d’autre sens que : nous sommes inquiets, nous avons besoin d’aide.

Et, il se trouve que M.Obama a justement été élu pour aider les Américains. C’est son rôle de les écouter avec patience, de les comprendre et de leur proposer des solutions qui résoudront les problèmes qu’ils n’arrivent pas à formuler, parce qu’ils n’ont ni sa position, ni son QI exceptionnel.

Il ressemble à un médecin qui refuserait de soigner ses malades, au motif qu’ils attribuent leurs souffrances à des causes ridicules. 

Lenny

Film de Bob Fosse, 1974. Pour une fois Dustin Hoffman ne cabotine pas.

Lenny Bruce fut un comique fameux des années 60. Il semblait convaincu que s'il n'y avait plus d'hypocrisie, il n'y aurait plus de haine entre hommes. Mais dire tout haut ce que tout le monde savait et disait en cachette (et dit tout haut, maintenant) a été vu comme une audace sulfureuse. Soit elle faisait frissonner d'un plaisir coupable, soit elle faisait peur.

Il ne demandait pourtant qu'à discuter de ses idées, qui lui semblaient marquées au coin du bon sens. Mais un tel échange était inconcevable pour ses contemporains. En particulier pour la justice. 

mardi 19 octobre 2010

Drôle de grève

La Tribune titre « drôle de grève ». Curieux, c’était le titre d’un de mes billets. Serais-je lu par la Tribune ?

J’en doute. Ce titre illustre plutôt le fait que nous subissons l’influence de la société, qui fait que nous pensons la même chose au même moment ; que les découvertes scientifiques sont faites en simultané ; que les mamans trouvent indépendamment le même nom, original, pour leurs enfants ; que les travaux des philosophes paraissent évidents à leurs contemporains alors qu'ils ne parlent qu'aux élites intellectuelles des siècles suivants… 

Équation de la retraite

L’âge pose décidément des difficultés à l’économie. Il y a la retraite et les soins aux personnes âgées. Ils devraient nous coûter plus de 30% de notre PIB d’ici 2050. 
L’économie avancée médiane devrait avoir un déficit de 24,5% de son PIB d’ici 2050 ; 12 pays, y compris les USA et la Grande Bretagne, auront des déficits de plus de 30%. Le rapport de la dette au PIB devrait avoir dépassé les 400%.
Parmi les solutions envisagées : l’inflation qui grignote les retraites, réduire le montant des retraites, avoir des enfants, immigration, augmenter l’âge de la retraite. Cette dernière solution aurait le vent en poupe.

Internet et communisme

La propriété serait out, et la location in. Combinaison de préoccupations écologiques et d’Internet, de plus en plus de biens sont partagés, et construits pour durer. Le modèle Vélib c'est l'avenir. The business of sharing.

Curieux. Je croyais la propriété une valeur fondamentale de la culture anglo-saxonne. Irait-on vers une forme de communisme prévu ni par Marx, ni par Schumpeter : un communisme où plus rien n’appartiendrait à personne, y compris l’État ? À l’exemple des entreprises dont la propriété est éparpillée entre des nuées d’actionnaires ? 

N.Sarkozy et le trotskysme

J’ai été surpris des réactions violentes, immédiates, que suscitait N.Sarkozy lorsqu’il est arrivé au pouvoir. Il était vu comme un dictateur, comme une forme de mal absolu. Je me souviens de Marie NDiaye expliquant à un France Culture approbateur pourquoi elle avait demandé l’asile politique à l’Allemagne.

Petit à petit j’en suis arrivé à l’hypothèse suivante. Il n’y a pas eu erreur, il est bien l’ennemi héréditaire de certains groupes de la population. Ils l’ont instinctivement reconnu comme tel. Comment les décrire ? Ils sont petits mais ont le pouvoir de nous faire nous entretuer pour leurs idéaux. Ils sont aux nœuds de la société. Un terme revient lorsqu’on parle d’eux : trotskysme. Cette doctrine, qui jusque-là me semblait une curiosité exotique oubliée par l’histoire, paraît être associée à une forme d’individualisme exacerbé.

Curieusement, on me parle d’hyper sarkozystes qui sont d’anciens trotskystes. S'agirait-il de frères ennemis ayant beaucoup en commun ? Après tout le néoconservatisme n’est qu’un bolchevisme de droite.

(à creuser)

lundi 18 octobre 2010

Fusion Angleterre-France

Il semblerait que la France et l’Angleterre envisagent de fusionner, au moins en partie, leurs forces armées. Histoire de réaliser des économies. (Entente or bust.)

Curieux point final à mille ans d’hostilités, de projets démesurés et de conquêtes de tous les continents.

Curieux aussi à quel point la logique économique domine tout, désormais. Transformer un pays en entreprise le rendra-t-il plus durable que le Royaume de France ?

Société Générale et recrutement

Un avocat m’explique la stratégie de la Société Générale dans l’Affaire Kerviel : en faisant sauter toute la hiérarchie de J.Kerviel elle a cherché à démontrer qu’elle avait été abusée. Ce qui prouvait son innocence. Comme le disait mon père, « le Français invente le droit ». Eh bien, j’ai inventé le droit en pensant que supprimer tous ces gens était plaider coupable.

Cette histoire m’a aussi rappelé des discussions récentes avec des entrepreneurs. Tous m’ont dit qu’ils devaient leur succès à la chance, et que leur plus grosse peur était un mauvais recrutement ; qu’ils avaient apporté un soin particulier au processus de recherche et d’intégration des nouveaux, qu’ils suivaient personnellement. Pourquoi la Société Générale n’a-t-elle pas paru obsédée, comme eux, par les risques d’un mauvais recrutement, sachant que le dit recrutement manipulait 50md€ ?

Selon mon interlocuteur, une évolution du principe du management en est la cause. Il est devenu financier. Il a oublié le métier de l’entreprise. C’est cette disjonction qui est à l’origine des suicides et, plus généralement, des problèmes de santé au travail et de harcèlement. En effet, elle l’amène à demander ce qui n’est pas possible à ses employés. Il me dit que l’entreprise s’est « déresponsabilisée » au sens où elle prend des décisions dont elle ne comprend pas (et assume encore mois) les conséquences. 

Compléments : 
  • Article 1382 du Code civil. Créé par Loi 1804-02-09 promulguée le 19 février 1804 : 
Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

L’homme est nécessaire à la nature ?

L’homme serait un facteur favorable à la biodiversité. C’est l’idée la plus surprenante que je retiens du Développement durable de Sylvie Brunel.

Du coup, j’en viens à me demander si nous sommes manipulés par des idéologies erronées. L'idéologie anglo-saxonne de la nature vierge et de l’homme nuisible. Mais aussi la doctrine rousseauiste qui veut que la société corrompe tout et qui pleure sur une communauté initiale et bénie de chasseurs cueilleurs, après laquelle Lévi-Strauss a couru toute sa vie.

Et si, comme dans la pensée chinoise, l’homme était au centre du monde, au sens ou il est essentiel pour son bon équilibre ? Et si les inquiétudes de Rousseau et des écologistes anglo-saxons tenaient non à un vice de l’homme en général, mais à celui de leur société propre : une forme de parasitisme, non durable ?

dimanche 17 octobre 2010

Nobel contre Républicains ?

Les 3 Nobel d’économie ont étudié le chômage et montré qu’il obéissait à des lois bien plus complexes que celles de la théorie économique acceptée – mais bien plus simples que ce que vit le chômeur.

Les gouvernants n’écoutent que les économistes. L’économiste ne comprend que les mathématiques. Par conséquent, il faut lui traduire mathématiquement notre réalité pour qu’elle lui soit accessible. Et qu’il ne pousse pas les nations à faire notre malheur.

Curieusement, l’un des élus, appelé à un poste élevé dans l’administration américaine, voyait ses compétences mises en cause par l’opposition républicaine. (Search and employ.)

Après les prix de MM.Obama et Krugman, les jurés du Nobel combattraient-ils l’obscurantisme républicain ?

Guerre des changes

Les Américains accusent les Chinois de sous évaluer leur monnaie. Les Chinois accusent les Américains d’un « quantitative easing » (ce que fait aussi l’Angleterre) qui projette des fonds vers l’étranger et fait s’envoler les taux de change. On accuse ceux qui veulent résister à ces manœuvres de protectionnisme. (How to stop a currency war.)

Curieusement la zone euro n’accuse personne. Pourtant sa monnaie est au moins aussi surévaluée par rapport au dollar et à la livre que ne l’est le dollar par rapport au yuan, et elle ne fait pas de quantitative easing, pas plus qu'elle n'est protectionniste. (An indigestible problem.)

Tout ceci nous dit que les tours de passe-passe monétaires sont impuissants. Il faut restructurer en profondeur les économies mondiales. (Par exemple, réévaluer le yuan force à réorienter les Chinois qui travaillent pour l’exportation.) L’Allemagne a probablement raison. Il faut que nous nous attelions à une conduite du changement… 

Les facteurs sociaux du bonheur

Jusqu’ici les scientifiques pensaient que nos gènes déterminaient notre bonheur. Ils commencent à en douter. D’autres facteurs ont été identifiés :

Un compagnon névrosé, un poids qui n’est pas correct, le carriérisme et le matérialisme plutôt que l’altruisme et les valeurs familiales… pourraient nuire gravement à votre santé.

Compléments :

samedi 16 octobre 2010

Drôle de grève

La grève que nous connaissons actuellement me paraît bizarre. Les sondages se croisent et se contredisent. Personne ne sait réellement ce que signifie la réforme au cœur du conflit, sinon qu’elle a été menée n’importe comment. Je sens un mouvement d’indignation bien plus faible que contre d’autres réformes. À l’image des lycéens qui se retrouvent dans la rue en vertu de raisons vagues et indéfinissables. D'ordinaire les métros autour de chez moi sont à l'arrêt total lors des grèves, or je n'ai quasiment  rien ressenti ces derniers temps...

J'ai curieusement l'impression d'une guérilla isolée qui a peu de moyens, mais qui fait preuve d'une imagination qui confine au génie. Des actions décousues, le fait de groupes isolés mais qui tiennent des noeuds vitaux pour la société : Mediapart déclenche l'affaire Woerth, leurs propres minorités agitent les syndicats, le petit nombre de personnes qui approvisionnent les raffineries cherchent à priver le pays d'énergie... Quant aux lycéens, qui me font plus penser au Bartleby de Melville qu'au révolutionnaire de 48, j'en viens à m'émerveiller du talent qu'il a fallu pour mettre en marche ces zombies.

Au fond, le plus étrange n'est peut être pas là. Il est dans la formulation de la réforme. Autrement menée, même dans un format plus radical, elle aurait probablement été acceptée sans encombre. Or, elle est parvenue à mettre en mouvement l'inertie. Forme de provocation ?

Et si quelque chose d'autre que les retraites était en jeu ? Une revanche de 68, qui se jouerait entre titans vieillissants ? Des titans peu nombreux et titubants mais qui ont rassemblé toutes leurs forces pour un dernier combat ?

Obama et Israël

B.Obama serait parti pour essuyer un nouveau revers. Les discussions entre Israéliens et Palestiniens sont mal engagées. La raison en serait qu’il ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Je me demande s’il n’en est pas de même en Afghanistan. N’a-t-il pas déclaré que l’Amérique allait bientôt s’en dégager ? C’est peut-être une façon de stimuler ses forces, de les pousser à se transcender (c’est un « stretch goal » dans le jargon des sciences du management), mais c’est aussi un moyen de stimuler leur adversaire…

Ce qui m’a rappelé la thèse d'un livre selon laquelle les Américains étaient de « reluctant crusaders » : ils se laissaient emporter par de nobles idéaux, dont, justement, ils ne se donnaient pas les moyens. 

vendredi 15 octobre 2010

Le développement durable contre les pauvres

BRUNEL, Sylvie, Le développement durable, Que sais-je ?, 2010.  Livre très surprenant. Il va en plein à l'opposé de mes idées reçues. Il dit qu'insensiblement la préoccupation de la planète est passée du « développement », sortir les pauvres de la misère, au « développement durable », un écologisme utopique. Le pauvre a été liquidé de notre conscience.

Pour comprendre le développement durable, il faut en revenir à la guerre froide et à la notion, obsédante alors, de « développement ». L’Amérique craignait comme la peste que les pays pauvres ne passent dans le camp soviétique. Pour cette raison, l’Occident leur versait une « aide au développement » afin qu’ils adoptent son modèle - ce qui était le sens de « développement ».

Puis l’Union soviétique a disparu. Que le pauvre gaspille comme un riche est devenu une menace pour la planète. Le développement a été discrédité. Il a été remplacé par le développement durable. Aujourd'hui, il n'est plus question que d’écologie, en particulier d'effet de serre. La planète s’est couverte de parcs naturels.

Le développement durable, c’est la nature menacée par l'adoption par le pauvre du mode de vie occidental. C'est le maintien du pauvre dans l'arriération. C'est aussi, curieusement, le retour d'un ancien mythe anglo-saxon, celui des immensités vierges et de l'homme être nuisible. 

Dans ce livre on retrouve aussi tout ce que nous avons vécu : crise, rigueur, libéralisme. Son effet sur les pays pauvres a été de même nature que chez nous, mais pas de même magnitude. Leurs structures trop fragiles ont cédé. Ils ont été dévastés par les fanatiques de tout bord :

La fin de l’aide au développement, désormais vue comme un encouragement à la paresse, la crise du modèle occidental qu'on lui avait imposé, ont trouvé le pays pauvre perclus de dettes. Pour le soigner, on lui a imposé la rigueur puis le libéralisme, qui a fait exploser ses États dictatoriaux, privatisé ses services publics, et l’a « désarticulé » (d’un côté une « caste privilégiée », de l’autre déchéance, émeutes de la faim, narcotrafic). On a lâché sur lui les ONG, devenues le dépositaire des bons sentiments des nantis et de l'aide au miséreux, et l’entreprise privée. Employant les mêmes richissimes diplômés et les mêmes méthodes de management, ce sont les deux faces d’une même pièce.

Finalement, voici ce que je comprends de ce que propose Sylvie Brunel :

Une nature vierge est une utopie. Partout elle a été modifiée par l’homme. D’ailleurs, l'homme a peut-être joué un rôle essentiel dans le maintien de la diversité de l'écosystème planétaire. Les pauvres ont le droit au même développement que nous. Pour qu’on les entende, il faut qu’ils s’enrichissent, et pour qu’ils s’enrichissent il faut que la petite agriculture familiale renaisse - d'ailleurs, elle savait gérer la nature. Il faut surtout rendre à « développement durable » son sens d’« intérêt général » ; donc reconstituer ce qui a pour mission de le promouvoir : les États, et des institutions internationales qui gèrent le bien commun de l’humanité.

Le développement durable signifie l’échec du libéralisme individualiste et gaspilleur, il faut retrouver le sens du partage et de la frugalité.

Commentaire :

C'est très curieux. On a reproduit au niveau mondial l’Angleterre victorienne, avec ses « charities » (les ONG), sa haine des pauvres, l’individualisme d’une élite des affaires que rien ne contraint, et même ses doctrines malthusiennes, sa « dismal science », l’économie, qui ne prévoit que la pénurie, et les bons sentiments qui remplacent l’aide – vue comme encouragement à la paresse. L'Angleterre victorienne fut d’ailleurs le premier triomphe (et échec) du libéralisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

Quant aux pays pauvres ils ne semblent jamais avoir eu le moindre libre arbitre. L'Occident les a toujours dirigés, et les a accusés des erreurs qu'il avait commises. Effrayant. 

Au delà de cet étonnement, ce livre me pose, indirectement, une question inconvenante. Faut-il continuer le développement des années 50. En particulier l'effet de serre est-il manipulation ?

On parlait de lui dans les années 60, pourquoi n’a-t-il pas eu plus d’échos ? Pourquoi, depuis le début de la crise, l’Amérique n’y croit plus ?... Je soupçonne cependant que notre mode de développement actuel est inutilement destructeur et violent ; mais qu’il y a évidemment une aspiration de l’humanité à un même type de société. Il faut probablement chercher dans le développement occidental ce qui est bon pour tous, et en retirer ce qui est dangereux. 

Compléments :
  • L’Amazonie fut effectivement un jardin : Amazonie cité jardin.
  • Histoire de l’Angleterre : les hauts et bas du libéralisme victorien (notamment).
  • L’élite anglaise a toujours pensé qu'elle était justiciable d'un autre traitement que celui qui devait s'appliquer au reste de l’humanité, en particulier en ce qui concerne la liberté et la démocratie (cf. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.). Curieusement je lis actuellement des réflexions d’Aristote sur l’esclavage (et l’infériorité naturelle de la femme), qui sont en accord avec la pensée anglaise. 
  • La forme actuelle du développement durable, celle dont le symbole est l'employé d’ONG roulant en 4x4, est elle un refus de tout changement ? (Voir RSE, qui en arrive à cette conclusion.)

S’aimer est bon pour la santé

Il semblerait que penser du bien de soi diminue les risques « de problèmes cardiovasculaires et de maladies auto-immunitaires ».

Cercle vicieux : plus la situation du pays va mal plus notre santé est atteinte, plus la sécurité sociale doit creuser son déficit pour compenser le phénomène… Mais qui pourrait être vertueux, si on arrivait à le prendre à contre sens. 

jeudi 14 octobre 2010

La médecine tue ?

La communauté hispanique, la plus pauvre des États-Unis, est celle qui vit le plus longtemps. Explication : il faut être en bonne santé pour immigrer.

Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ailleurs. Il me semble d’ordinaire que les natifs des pays riches vivent plus vieux que les nouveaux arrivés, parce qu’ils ont connu de meilleures conditions de vie, notamment dans leur enfance.

Alors, plus on est riche, plus on fait appel à la médecine, et plus cela entame son espérance de vie ? (Voir Dangereuse médecine américaine.)