mardi 9 novembre 2010

La Faute de M.Obama ?

Je pensais que l’idéologie avait coûté une élection à M.Obama. Il y a une meilleure explication à son revers :

La tragi-comédie de la réforme de la santé a détourné l’attention et les ressources du gouvernement américain de ce qui aurait dû être son obsession : remettre l’économie du pays sur pieds. Il a perdu une précieuse année. C’est probablement ce qu’on lui reproche.

Le peuple aurait-il une raison que la raison des esprits supérieurs ne comprend pas, mais qui est bien plus juste que cette dernière ?

Compléments :
  • M.Obama croirait-il qu’il suffit de prendre une décision pour résoudre un problème ? Il avait décidé d’un plan de relance, donc l’économie était sauvée, il pouvait s’attaquer à la réforme de la santé ? Idem pour l’Afghanistan ?

La France de Cameron

Fin d’un colloque de l’ADDES. Trois anciens délégués interministériels à l’économie sociale ont le micro.

Curieusement, ils semblent penser la même chose. (Ils ont pourtant siégé dans des gouvernements de gauche et de droite.) À savoir que notre gouvernement appliquerait les réformes Cameron de dissolution de l’État. « Opération de démantèlement de l’État ». Mais sans avoir le courage de le dire, en douce, à la française.

L’organisation cible de la reengineering national serait l’Angleterre victorienne. L’économie sociale remplacerait l’État. En particulier, pauvres pris en charge par des organisations charitables : « 13% de la population n’a aucun moyen de faire face à la marchandisation ».

L’initiative doit venir du terrain, « l’économie sociale doit se prendre en main elle-même », elle doit refuser le marché de dupes qu’on lui propose, « le gouvernement ne comprend que le rapport de forces ».

Le plus étrange ici est que l’opinion de ces éminentes personnes, ajoutée à beaucoup d’autres, semble signifier qu’il y a une opposition généralisée aux idées du gouvernement. Dans ces conditions, comment se fait-il qu’il les mette en œuvre avec autant de facilité ? Que les forces de résistance s'épuisent à défendre des causes d'importance secondaire ?

Compléments :
  • Rejoindrait une autre analyse selon laquelle le gouvernement aurait adopté la méthode Thatcher. 

Capteur über alles

Demain tout sera lié à un nuage de capteurs. (Living in a see-through world.)

D'ores et déjà certaines villes ont leur double virtuel, les vaches ont une électronique embarquée qui rappelle celle des voitures… Il n’y a pas de limite à ce que couvrira cet « Internet des choses ». Beaucoup d’entreprises devraient trouver dans ces applications d’énormes marchés. Nouvel âge de gloire pour l’informatique, l’électronique et leurs services.

Mais cela soulève aussi des problèmes curieux. 
  • Rolls Royce est désormais capable de mesurer l’usage que l’on fait de ses moteurs, et donc de les louer : va-t-on vers une société où il n’y aurait plus de droit de propriété ? 
  • Que donnera ce monde interconnecté lorsque s’y mettront des Stuxnet et des bugs ?
  • Quid de la liberté individuelle ?
Le libéralisme serait-il en train de fabriquer la corde pour se pendre ?

Répulsion

Film de Roman Polanski, 1965.

Catherine Deneuve au début de sa carrière, dans le rôle d’un être fragile attiré par un monde effrayant et fascinant. Elle m’a semblé fort bien et j’ai pensé qu’il était dommage que la célébrité enferme les actrices dans des rôles stéréotypés.

Le film, quant à lui, m’a rappelé Shining de Stanley Kubrick. J’ai cru aussi y voir un appui à ma thèse selon laquelle les personnages de Polanski tendent à basculer dans le mal, avec délice. 

lundi 8 novembre 2010

Changement aux USA

Le résultat des récentes élections américaines crée une situation qui s’apparente au dilemme du prisonnier :
  • Les Républicains ont été élus pour en découdre avec Obama.
  • Par contre, ils ne peuvent rien faire sans lui. Et, s’ils ne s’entendent pas entre eux, plusieurs décisions critiques pourraient ne pas être prises, détériorant un peu plus les affaires du pays et de ses habitants :
Un accord sur le déficit sera impossible. Un blocage sur les réductions d’impôts de Bush fera qu’elles expireront, d’où brutale augmentation des impôts, par défaut. Sans nouvelles aides du gouvernement fédéral, les États en situation financière tendue vont licencier leurs employés et réduire leurs prestations l’année prochaine.  

Les USA ruinent le monde (suite)

QE2, la nouvelle vague, modeste, de « quantitaive easing » américaine fait l’unanimité contre elle. Y compris en Angleterre. Un interviewé de la BBC disait ce matin que l’Amérique exportait sa crise. Ce que pense ce blog depuis longtemps. (Bizarrement, c’était aussi la politique de l’Angleterre. Aurait-elle trouvé plus fort qu’elle ?)

Avec un tel comportement, comment l’Amérique peut-elle condamner la politique monétaire chinoise, qui n'est-autre que la sienne ?. N’est-elle pas raisonnable par les temps qui courent ? Le reste du monde ne serait-il pas tenté de l’adopter s’il le pouvait ?

Compléments :

Kaboom

Film de Gregg Araki, 2010.

Heureux mélange des codes des séries télé américaines pour adolescent. Fac, surf, fast-food, smart phones, paranormal. Le tout dans des couleurs à la Almodovar. 

dimanche 7 novembre 2010

Sortie de crise

Il y a quelques temps je lisais ce que disait un dirigeant de Google, qui encourageait son pays à développer les innovations américaines, plutôt que de défendre des secteurs économiques dépassés par la concurrence étrangère.

Je soupçonne effectivement que c’est comme cela que l’on sortira de la crise. Il faut regarder le savoir faire de chaque entreprise et nous demander ce qu’il a d’original et en quoi il pourrait être utile à l’homme, et, donc, que faire pour cela.

L’économie de marché, c’est l’échange. Plus je produis de choses originales, plus je peux échanger. Mais pour cela plus j’ai besoin que l’autre produise de choses que je ne sais pas produire – sinon il n’aura rien à échanger avec moi. Tout le monde y gagne. C'est magique. C’est ce qu’a découvert Jean-Baptiste Say il y a déjà fort longtemps.

Compléments :
  • Ce savoir-faire n’est pas forcément « l’innovation de rupture » à laquelle pense Google. Beaucoup de très grandes innovations ont été organisationnelles (comme la grande surface), et tout le succès allemand est basé sur une amélioration continue à petits incréments, qui finit par construire des avantages indestructibles.
  • SAY, Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.

The social network

Film de David Fincher, 2010.

Rencontre inattendue entre deux populations qui semblent appartenir à des ères différentes, mais ont en commun un intellect dont le développement s’est arrêté très tôt. D’un côté la faune des start ups. De l’autre la haute société anglo-saxonne et ses rites d’un autre âge. Chacun se croit distingué par les dieux et n’a que mépris pour le reste du monde.

Excellent reportage.

samedi 6 novembre 2010

Chine et christianisme

Reportage de la BBC : le protestantisme serait bienvenu en Chine. (Du moins tant qu’il accepte l’organisation actuelle du pays).

Il semblerait que les dirigeants chinois aient lu Max Weber et pensent que le protestantisme est bon pour le capitalisme. En particulier le Chrétien serait responsable. 

Electeur contre idéologue ?

USA. La défaite démocrate n’aurait rien d’exceptionnel. Ce serait le reflux d’un flux précédent. Lors de la précédente manche le peuple avait puni les républicains d’être partis (beaucoup) trop loin dans « hyperlibéralisme », cette fois ci il punit les démocrates d’être allés (beaucoup) trop loin dans un intellectualisme bienpensant dirigiste et arrogant.
Une restructuration massive du système de santé par le gouvernement. Une relance de plus de 800md$ qui n’a pas arrêté la croissance du chômage. Et un système de droits à émettre du carbone honni en dehors des enclaves libérales côtières qui se délectent de droiture écologique.
Enseignement de l’élection : le peuple renie les idéologues ? Il veut être gouverné par un bon sens mesuré ?

Compléments :
  • De l’avis général, B.Obama n’aurait rien compris à l’avertissement populaire et pense que l’histoire lui donnera raison.
  • La leçon pourrait être mal comprise : les idéologues d'un bord me semblent penser que la rossée qu'ont prise les idéologues adverses est un encouragement à l’extrémisme. 
  • Cet enseignement ne devrait-il pas être entendu par les idéologues français qui vont bientôt s’affronter pour notre vote ? 

ISO 26000 (suite)

Il y a beaucoup de choses curieuses au sujet d’ISO 26000 :
  • Son objet est d’aider l’entreprise à tenir sa place en société. Mais pourquoi l’entreprise aurait-elle besoin d’une norme pour cela ? Est-elle née irresponsable et découvre-t-elle qu’il existe un monde autour d’elle ?
  • Pourquoi, alors, parle-t-on autant du coût de l’application d’ISO 26000, alors qu’il s’agit de faire son devoir ? Proteste-t-on de ce que notre vie est bousillée par plusieurs décennies d’éducation nationale ?
  • En creux : et si la fortune des entreprises de ces dernières décennies avait été cette amnésie, et si « l’innovation » économique des Trente piteuses avait été là : ne pas tenir son rôle permet de gagner de l’argent facilement ?
  • Dans le même esprit : ISO explique à l’entreprise qu’en découvrant qu’il y a une société autour d’elle, elle pourrait y trouver quelques belles opportunités, qui la dédommageront de ses efforts. Mais n’est-ce pas la base même du fonctionnement d’une entreprise ? Un cours de stratégie appelle cela un « SWOT ».  On croirait la fable du laboureur de La Fontaine.
  • Pourquoi une norme ? Avant tout pour s’assurer que toutes les nations entendent la même chose par « responsabilité ».
Compléments :

Another day in paradise

Film de Larry Clark, 1998.

C’est extrêmement violent, on nage dans la drogue, dans une moindre mesure l’alcool et la cigarette, la caméra bouge n’importe comment. Je me suis demandé si cette plongée en enfer n’était pas un acte esthétique gratuit.

Il semblerait que non. C’est en partie l’histoire du réalisateur, et ça reflète peut-être une réalité américaine. 

vendredi 5 novembre 2010

Biocarburants

Beaucoup de rebondissements dans la vie des biocarburants. Ont-ils un avenir ?

Peut-être, mais pas sous la forme d’éthanol. D’un côté la biomasse pourrait être utilisée par des centrales qui alimenteraient en énergie de futures voitures électriques. D’un autre, le sucre tiré de la cellulose fournirait des carburants proches du diesel, donc employables par l’aviation. Cette énergie serait produite à partir de déchets (bois, paille, tiges de maïs…). Pas de concurrence avec l’alimentation humaine.

Meilleur des mondes ? Quand on réfléchit un peu, on trouve des solutions qui résolvent tous les problèmes ?

Compléments :
  • Intérêt de la biomasse ? Le « bilan carbone » pourrait être nul. Peut-être aussi un bon rendement : l’énergie solaire est directement utilisée par la plante. 

BBC en grève

Ce matin la BBC était en grève.

Depuis quelques temps, je sentais une certaine fébrilité. Ses informations relayaient beaucoup d’études pessimistes quant au succès des mesures gouvernementales.

Similarités avec la radio publique française ? La vertueuse Angleterre pourrait-elle être gagnée par le Mal français : des grèves sauvages ?

Droit romain

VILLEY, Michel, Le droit romain, Que sais-je, 2005. Ce que nous appelons droit romain remonte à 150 avant JC. En quelques décennies les Romains sont à la tête d’un empire. Il leur faut un nouveau régime politique. Pragmatiques et utilitaristes, ils abandonnent leur droit archaïque et adoptent la pensée (philosophie) grecque. Ils lui donnent l’application pratique qui l’intéressait peu.

L’objet de la justice pour le Grec est d’établir une « égalité proportionnelle aux qualités et à l’importance de chacun ». « Comment bien répartir les choses entre les hommes (…) c’est là le problème du droit ».

Le droit est un « art », « né de l’expérience » et « soumis au contrôle de l’expérience ». C’est une « recherche », une « vie ». Une observation patiente et minutieuse, « une poursuite incessante du juste ». Son principe est que « naturellement se forment de justes rapports sociaux », il faut les « observer pour y découvrir les bonnes solutions juridiques. » (« Loi naturelle » selon la définition d’Aristote.)

En pratique, le droit est une « pyramide » de concepts structurés. L’objet du droit – la justice au sens grec - étant à son fait. En outre, comme le droit archaïque, il est tempéré par la morale. (Le droit étant « certitude » et « précision », la morale « nuance » et « complexité ».)

Notre droit est nourri de droit romain. En particulier, il fait de la propriété la « base de la liberté individuelle ». D’ailleurs dès la période archaïque le chef de famille y jouit d’une liberté au sens occidental du terme : « posséder une sphère d’activité indépendante ».

Mais, si nous nous sommes inspirés de ses concepts, nous avons trahi son esprit. Alors qu’il était un droit pragmatique du rapport social, le nôtre est un droit dogmatique de l’individu. La transformation s’est faite du XVIème au XIXème siècle. Elle a cherché à construire un « système » (au sens de Descartes), une « science », basée sur un édifice idéologique artificiel, en particulier la loi naturelle telle que réinterprétée par les Lumières. D’où des « formules absolutistes », pour le moins maladroites.

Commentaires :

Curieux livre. Une fois de plus on y voit les méfaits de la science qui a été utilisée pour justifier une idéologie. Avant le management scientifique de Taylor et le socialisme scientifique de Marx, c’était notre droit qui avait subi ce traitement ? Bizarrerie supplémentaire : le droit grec et romain était, au fond, beaucoup plus scientifique que notre droit moderne. 

jeudi 4 novembre 2010

Changement en Chine

Correspondant de la BBC, ce matin : qu’est-ce qui a changé en Chine ? Les vélos ont été remplacés par des voitures. On peut poser n’importe quelle question aux gens dans la rue. Mais il y a un parti unique.

Ce n’est peut-être pas à déplorer. Les changements d’adaptation, dont l’objectif est clair et ne fait pas débat, sont plus efficacement menés par le dirigisme que par la démocratie. Pendant les guerres, le processus démocratique est réduit au minimum. Plus exactement, la démocratie s’accorde à suivre les décisions d’un chef.

L’avantage de la démocratie sur le dirigisme se voit lors des périodes d’incertitudes dans lesquelles la société n’a pas d’objectif clair (comme actuellement). Il y a alors besoin d’impliquer le maximum d’esprits dans la recherche de la prochaine direction à suivre. 

Gouvernance des entreprises

Le scandale d’Enron a fait de la « gouvernance » des entreprises le sujet de toutes les attentions. Aujourd’hui, on découvre que les mesures prises n’ont pas d’effet sur la performance de l’entreprise.

En fait, il faut « mettre en place de meilleurs contrôles des risques ». « Une bonne gouvernance d’entreprise ne peut pas compenser une culture toxique ». Les réformes doivent maintenant porter sur des « choses intangibles telles que les valeurs et les traditions des entreprises ».

Découvririons-nous que la valeur de l’entreprise n’est pas exclusivement le fait de ses dirigeants ?

Compléments :

Hypersarkozysme

J’explique que nous interprétons les ordres d’un dirigeant en fonction d’un stéréotype simpliste que nous avons de lui. Un DG qui travaille avec l’administration me dit qu’elle fait de « l’hypersakozysme ». Elle perçoit notre président comme le diable et s’applique à reproduire ce qu’elle croit être son intention.

Hypersarkozysme fait réagir un universitaire. Son président est un « ancien Trotskyste », « qui se prend pour un patron d’entreprise », et qui dirige l’université en tyran, dans une joyeuse confusion (il est à la fois président de l’université et de sa fondation, les moyens de l’une et de l’autre n’étant plus très bien séparés). Son obsession est de trouver de l’argent (« tout le monde doit payer ») pour recruter des « stars ». Il s’était adjoint un spécialiste du talent universitaire, mais lorsque ce dernier a découvert que l’université en était riche, qu’il suffisait de le faire connaître, il fut « vidé ».

Le président divise pour régner. « il a monté les quadra contre les autres ». Mais il rencontre « une opposition systématique » d’une minorité qui conteste pour contester. Quant à la majorité, elle est silencieuse : « on ne peut pas être complètement contre », mais elle a peur d’un coup de Jarnac.

On se croirait en France. 

mercredi 3 novembre 2010

Politique économique américaine

Tentative de caractérisation de la politique économique américaine :

La Chine serait un épouvantail commode. Elle donne à l’Amérique une excuse pour ne pas remettre sa maison en ordre. Or, non seulement elle n’attaque pas ses problèmes structurels mais elle les maintient en vie, à l’image de ses banques et de ses foyers surendettés, qui ne peuvent pas vendre leur maison pour aller chercher un emploi. Elle fait marcher la planche à billets, qui, au lieu d’alimenter la nation, nourrit des spéculations dangereuses chez les pays, émergents notamment, qui ne peuvent pas se protéger.

Compléments :

Élection aux USA

Les élections de mi mandat aux USA ont donné ce qui était prévu. Défaite démocrate. L’électorat demande toujours le changement que lui avait promis B.Obama.

Comme N.Sarkozy, B.Obama pensait qu’on l’avait élu pour appliquer son programme, alors qu’on s’attendait à ce qu’il rompe avec le passé ? Réforme de la santé, symbolique de cette maladresse : dogmatisme et manque d’écoute ? Le problème urgent des Américains n’était pas leur santé, mais la transformation d’un modèle de société qui n’est plus américain ? (Le raisonnement s'étend probablement à la France.)

Enseignement : ce n'est pas un programme que l'on élit, c'est un homme ?

Compléments : 
  • L’expérience du changement montre que le mieux est de laisser ceux que l’on veut aider suivre leurs envies, et de profiter de l’expérience qu’ils acquièrent ainsi. Ce n’est qu’alors qu’on peut les aider efficacement. Et, lorsque l’on n’a pas le pouvoir, on apprend à écouter et à observer. L'Amérique a rendu un service à son président ?

Financement privé de la recherche

L’économiste Barry Eichengreen se demande pourquoi « nous » avons pu croire que « la politique monétaire avait apprivoisé le cycle économique », alors que des légions de prix Nobel d’économie savaient que les hypothèses sur lesquelles reposait cette idée étaient fausses.

Réponse : parce que ce sont les banques qui paient les recherches des économistes, les enseignants de MBA, et embauchent leurs étudiants.

Plus subtile : l’économie (la vraie) a montré qu’il y avait un « coût psychologique » à ne pas suivre le troupeau. Dès qu’une mode s’installe dans la société, le scientifique ne peut que s'y conformer. Il est victime d’une « capture cognitive ». 

mardi 2 novembre 2010

L’énigme du paysan

A chaque vacance, je me demande pourquoi les paysans n’en ont pas besoin. Et si c’était, comme le dit un précédent billet, une question de sens.

Leur travail avait du sens, il ne les fatiguait pas, autrement que physiquement. Le travail moderne a perdu ce sens, il est usant.

Cela explique aussi peut-être pourquoi je n’ai pas besoin de vacances. Et pourquoi, j’ai choisi mon curieux mode de vie.

Compléments :

Coup de Trafalgar pour Nelson

La BBC commentait ce matin la fusion entre armées française et anglaise. Elle citait Nelson : « we should hate the French as the Devil ». Nelson torpillé par les siens ?

Les mêmes informations parlaient d'une étude, qui porte  l’augmentation du chômage anglais, pour cause de rigueur, à 1,5m de personnes. Et si M.Cameron voulait réaliser la société de loisirs dont rêve Mme Aubry ? 

Géographie et histoire


Dans les mêmes conditions les communautés humaines ont trouvé de mêmes solutions. Les sociétés agricoles se sont constituées partout où les conditions étaient favorables. La complexification de ces sociétés a été à l'origine de tous les grands courants de pensée. Les Moyens-âges ont été partout suivis par des renaissances et leurs intellectuels. L’avantage géographique a migré avec le temps d’une contrée à une autre. Aujourd’hui, il pourrait avoir disparu : les problèmes sont désormais globaux.

L’humanité a opéré sa jonction, et est un tout ?

Compléments :
  • Un détail curieux : pourquoi les fermiers ont-ils liquidé les chasseurs cueilleurs ? Les conditions de vie des premiers étaient bien moins bonnes que celles des seconds, mais elles leur permettaient d’entretenir de grandes communautés. Et ces communautés ont développé un armement sophistiqué du fait de leurs tiraillements internes incessants. Surtout, ils ont généré de nouveaux types de maladies contre lesquelles leurs confrères sauvages n’étaient pas immunisés. Et si nos pestes étaient nos meilleures alliées ?
  • La société contre l’homme.

lundi 1 novembre 2010

Changement et lois

Aristote (Les politiques) pensait que ce qui comptait le plus dans une loi, c’est qu’elle soit appliquée, non qu’elle soit le plus juste possible. Par conséquent, il fallait se garder de la faire évoluer trop souvent.

Le législateur français n’a pas lu Aristote. Il ne se préoccupe pas le moins du monde de la mise en œuvre de ses textes. Si bien que nous ne connaissons pas nos lois, qui non seulement sont inefficaces, mais aussi souvent invraisemblablement répressives (tentative désespérée de secouer l’indifférence de la nation ?).

Wikileaks


Cela semble fonctionner comme le Canard Enchaîné. Ou, plus exactement être un Canard Enchaîné de gros qui livre des détaillants, les journaux, qui ont les moyens de trier et d’analyser les masses d’informations qu’il reçoit.

Sinon, Wikileaks est financé comme Wikipédia, par des donations.

Bref, pas grand-chose de nouveau, ou de condamnable, au fond. 

2409

Thèmes du mois dernier :

Les transformations de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique expliquées par leurs structures sociales.
Dans la veine inépuisable des errements de l'esprit occidental :
Enquête sur le développement durable (suite).
Parmi les changements divers. 
Pour conclure, quelques notes pratiques (Comment reconnaître une spéculation ?Négociation patronat syndicat) et un retour à mon métier d’origine : Prix du logiciel. Et aussi : Google investit dans le vent, ses dirigeants font ce qui leur chantent ; ceux de Microsoft auraient perdu le nord (Microsoft et smartphone).

dimanche 31 octobre 2010

L'économie patine ?

Il y a quelques jours le gouvernement britannique pavoisait : la croissance était plus forte que prévue, sa rigueur ne créerait pas une nouvelle récession.

Certes, mais, d’après ce que j’ai compris de l’explication de la BBC, la dite croissance serait en partie due aux mesures keynésiennes du précédent gouvernement… Qu’arrivera-t-il quand elles se seront dissipées ?

D’ailleurs, le phénomène serait général, en Europe : l’économie est anémique… 

Le Sénat en avance sur son temps

Hier, je traverse le jardin du Luxembourg. L’horloge du Sénat a une heure de retard.

Souci d’économie ? Il était moins cher de faire travailler l'horloger le samedi, voire le vendredi, que le dimanche ? Souci du bien être du travailleur, que l’on ne veut pas arracher à son foyer le dimanche ?…

Intéressant précédent. Le Sénat n’est-il pas notre modèle à tous, en termes de respect des lois ? Alors, si nul n’est sensé ignorer les lois, leur respect n’est nullement impératif ?

Compléments :

  • Ayant confondu avance et retard, et passage à l'heure d'hiver en avance..., dans la première version du billet, je l'ai modifié. (D'où commentaire - que je remercie !).

Injustice

Aurais-je trouvé une définition pour « injustice » ?

Ce serait ne voir que ses qualités et les défauts des autres. Du coup le monde est insupportable : le pouvoir et la richesse sont à l’incapable. Le génie est brimé.

Celui qui a le défaut inverse est béni des dieux : il remercie le ciel qu’un monde aussi merveilleux tolère son insondable médiocrité. 

samedi 30 octobre 2010

De l’importance de ne pas être français

On a enfin trouvé une qualité à l’OVNI Tea Party : il n’est pas français.

Ses membres sont bien élevés, ils ne cassent rien, ne salissent rien, ne font pas de bruit, et ce ne sont pas des paresseux, irresponsables, qui croient au père Noël, mais, au contraire, des personnes qui réclament de la mesure et de l’économie.

Blog de Bondy

Blog rédigé par les (jeunes ?) habitants de Bondy. Curieux, il est follement inconvenant :
  • Ceux qui y écrivent n’ont rien de la racaille de M.Sarkozy, ils sont dynamiques, sympathiques, plein d’humour, ça change du cafard du Français de souche.
  • Et ils disent ce qu’il n’est pas bien de dire : par exemple qu’une famille africaine fait du bruit, mais qu’on ne peut rien y faire de peur de représailles.
Toute notre information n’est que manipulation ? Tout est transformé, rendu méconnaissable, par l’idéologie ?

Compléments :

  • Avant hier, je me suis trouvé au milieu de manifestants. Ils étaient tellement éparpillés, tristes et déprimés que je n'ai pas tout de suite compris qui ils étaient. Ceux qui étaient autour de moi semblaient des militants de toute les causes, dont certains étaient à la retraite. Est-ce cela la grande indignation populaire dont me parle la radio publique depuis des mois ? Ce qui me rappelle une histoire que l'on m'a racontée aux Antilles : un cyclone n'est pas passé où il devait, pourtant les destructions ont été grandes. Les habitants avaient démoli leurs maisons pour être certains d'être dédommagés par leurs assurances. J'ai l'impression que nos dernières grèves, aussi, nous ont montré que nos mouvements d'humeur nationaux ne sont pas totalement spontanés...

L’énigme de Bouygues

Un paradoxe qui intriguait un ami, médecin du travail au siège de Bouygues : les ouvriers du bâtiment peuvent avoir les pires maux et handicaps, ils veulent travailler ; les bureaucrates sont des malades imaginaires.

Plus de 20 ans après qu’il m’ait raconté cette histoire, je lui ai peut-être trouvé une explication. Et elle se trouve dans le billet précédent.  

Le travail des ouvriers a un sens, pas celui des bureaucrates. Une même tâche peut être vue comme une punition ou comme une récompense, selon qu’on lui ait donné l’un ou l’autre sens. On peut conduire une personne au suicide en lui faisant faire ce qui enchanterait quelqu’un d’autre !

Risques psychosociaux et entreprise

LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010. Les entreprises désirent « faire quelque chose » pour éliminer les risques psychosociaux (« ne serait-ce que pour se prémunir contre le risque de sanctions juridiques »), mais ne savent pas quoi. (Elles ne sont pas aidées : la « vision classique de la prévention » est « à dépasser ». Elle oublie la « dimension sociale » de la question.)
  • Le « manque de reconnaissance » du travail effectué favorise le « trouble psychique ». Si ce que l’on fait semble absurde, le moindre imprévu – qui n’a peut-être rien d’anormal ! - provoque une souffrance. (Paradoxe : ce qui ferait souffrir ne serait pas le travail en lui-même, mais la perception que l’on en a !) Il faut « donner du sens au travail ».
  • On retrouve du sens, de la « fierté », un « sentiment d’appartenance », quand on prend conscience de « l’importance sociale » de son travail. Il est aussi utile de permettre aux « salariés de définir collectivement ce qu’est le travail « bien fait » et de donner un sens positif aux différentes activités réalisées. » 
  • La « reconnaissance » vient d'abord de ses pairs. Aussi, posséder un « métier », un corpus de règles qui expliquent comment résoudre les problèmes que pose sa tâche, et le sentiment d'avoir une mission reconnue, rend imperméable à l'aléa. Mais il n'y a pas de « métier » si tout le monde ne lui appartient pas.
  • La rupture du contrat moral implicite qui récompensait l’engagement personnel exceptionnel par une « carrière » a lui aussi créé un sentiment d’injustice, qui a fragilisé l’employé. La carrière doit renaître.
  • Si le management n’a pas le même point de vue que l’employé sur ce que signifie bien faire son travail, il y a sentiment d’injustice. Il faut « associer les agents à la définition des projets de changement ». 
  • Il faut « réfléchir aux asymétries de pouvoir », les dysfonctionnements s’accumulent chez certains, qui en sont accusés alors qu’ils n’en sont pas responsables et qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce qui passe par une reconception collective des processus de travail, afin d’éliminer de tels dysfonctionnements, et la « recherche d’autonomie collective ». 
  • Dans le même esprit, l’entreprise doit collectivement chercher une différenciation de son offre qui l’éloigne du stress d’une concurrence débilitante ; et des « solutions collectives » aux « difficultés dans le travail », notamment par des « espaces de régulation et de discussion », qui permettent apprentissage du métier, « performance collective » et règlement à l’amiable de conflits.
  • Par où démarrer la réforme de l’entreprise ? « Une évaluation quantitative à l’aide d’échelles de mesure validées et intégrant les aspects organisationnels permet de dresser une première cartographie ; d’effectuer des comparaisons dans le temps et entre services afin de mieux détecter les facteurs de stress ou de protection et de convaincre les différents partenaires sociaux d’agir. Un comité de pilotage associant direction, médecin du travail, salariés et représentants syndicaux est alors chargée de poser un diagnostic et de proposer des réponses. » Mais surtout il faut « initier une démarche de détection et de résolution de problèmes « par le bas », au plus près du terrain et donc de la connaissance pratique des difficultés rencontrées ».
Commentaires :

Ce que dit cet article aurait paru évident à nos parents. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » s’est demandé l’ami avocat qui m’a transmis l’article.

« Trained incompetence » aurait répondu Veblen ? Dans ma jeunesse on m’affirmait que la direction des entreprises était promise aux esprits mathématiques. En MBA on m’a présenté des modélisations simplistes et ridicules qui sont aujourd’hui accusées d'avoir créé notre crise. Les modes de management nous expliquent que pour diriger une entreprise il faut acheter des logiciels et appeler des consultants… Lavage de cerveau qui nous a fait perdre le contact avec la réalité ?

Compléments : 
  • Ce qui est décrit ici correspond quasiment point pour point au propos de mes livres. Or, je ne parle pas de santé mais de changements. Et ils sont vus de la perspective du patron. Ma rationalité est exclusivement économique. L’optimum économique serait-il un optimum humain, comme le disaient mes anciens, et vénérables, associés ?

vendredi 29 octobre 2010

Angleterre en piqué ?

L’économiste Brad DeLong divise le monde. La Chine a procédé à une relance keynésienne et s’en porte bien. Ensuite, il y a le reste du monde qui ne sait à quel saint économique se vouer et qui en souffre. On y trouve la sous-catégorie de ceux qui manquent de crédibilité et qui ont dû restructurer leur économie dans la douleur.

Et puis il y a l’Angleterre. Personne ne lui demandait rien, elle pouvait emprunter à pas cher, y compris à son peuple. Pourquoi s’est-elle jointe au dernier camp ? Alors que rien ne se dessine pour mettre au travail le million de chômeurs qui en résultera ?

Ces derniers temps, il semble qu’il n’y ait plus que des économistes keynésiens. Sélection naturelle ? Les économistes monétaristes ont été dévastés par la crise qui a démontré l’erreur des hypothèses dont dépendait leur art ?

Air Sarko

Minute d’humour des informations de BBC4 consacrée au luxueux avion présidentiel français.

C’est un symbole. Celui d’une époque, révolue ?, où les dirigeants salariés se sont pris pour des super-stars, et où les gouvernants se sont cru de grands patrons. (Pour un autre exemple, frappant : Blair l'américain.)

Homme marionnette sociale ?

Ancien débat : l’homme agit-il sur les événements ou en est-il la marionnette ?

Mon idée actuelle est que les hommes « remarquables » ne sont remarquables qu’en ce qu’ils ont réussi à synthétiser les idées de leur temps. Et que s’ils n’avaient pas été là d’autres l’auraient fait (seuls ou à plusieurs).

Ce n’est pas pour autant un encouragement à la passivité. Il est avantageux d’être « remarquable », et, plus généralement, de jouer le rôle pour lequel l’inné et l’acquis nous ont préparés. Comme le disent Montesquieu et Adam Smith, c’est en voulant faire notre intérêt personnel que nous faisons l’intérêt collectif.

Cette idée n’est pas non plus positiviste. Le monde ne va pas dans une direction bien définie. Sa nature chaotique fait qu’il est soumis à des ruptures imprévisibles.

Compléments :
  • Robert Merton a fait une étude des grandes découvertes qui justifie ce que je dis des hommes remarquables. MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • Un exemple de chaos possible, à l’occasion du hasard d’événements européens récents (auquel il aurait fallu ajouter la disparition d’une grande partie du gouvernement polonais dans un accident d’avion).

jeudi 28 octobre 2010

ISO 26000

Brève présentation par un expert des principes d’ISO 26000. C’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.  ISO 26000 serait une question de choix, et non un labyrinthe de recommandations incompréhensibles.

Il demande d’identifier les enjeux capitaux pour l’entreprise, ainsi que les « parties prenantes » liées, sachant que celles-ci sont à entendre dans un sens très large (il peut y avoir des enjeux sans parties prenantes et des parties prenantes non humaines ou non existantes – nature, descendants…).

Ensuite, il faut trouver les sujets qui concernent le plus l’entreprise, soit parce qu’ils touchent à sa nature (entreprise humaniste), soit parce qu’elle tend à les oublier (entreprise technologique et homme). À ce point ISO 26000 pose des questions importantes et guide la recherche de celui qui veut y répondre.

Effectivement, si c’est cela ISO 26000, ce peut être un moyen de transformer les comportements collectifs (changement). Ce n’est pas une simple justification du statu quo.

Compléments :
  • Une question de l’assistance : qu’est-ce qu’ISO 26000 fait gagner à l’entreprise ? Je soupçonne que si la démarche est efficace, elle doit conduire l’entreprise à se sentir mieux, tout simplement. Or, les problèmes extrêmement coûteux de la santé au travail viendraient en grande partie d’une perte de sens du travail. Du coup, les aléas ordinaires (!) d’un emploi ont des effets dévastateurs sur l’homme. (LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010.)
  • RSE.

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.

Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.

(Google aurait emprunté l'expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Religion de l’Homme


Durkheim estime que la religion moderne est celle de l’Homme. L’Homme s’entendant comme ce que nous avons tous en commun – à ne pas confondre avec l’utilitarisme égoïste anglo-saxon. Cette religion est née avec les Lumières, elle a été théorisée par Kant et Rousseau, et sa patrie est la France. Elle est le seul moyen d’apporter un peu de cohésion à une humanité dont les éléments sont éloignés par « le progrès incessant de la division des tâches » inhérent à notre mode de développement. Elle est une continuation de la religion chrétienne qui a « érigé (l’individu) en juge souverain de sa propre conduite ». C’est la religion de la raison. Nous devons l’utiliser pour prendre des décisions qui sont bonnes pour l’Homme.

Vu l’état de l’humanité, il semble que nous ayons encore beaucoup de travail à faire dans l’art du bon usage de la raison… 

mercredi 27 octobre 2010

Le test d'intelligence final

Il paraît qu'on a enfin compris ce qu'était l'intelligence, et qu'on sait la mesurer :

Click here to go straight to the ultimate intelligence test

(L'article d'où vient le test.)

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l'équivalent du statu quo.

C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)

Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.

L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.

Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?

Compléments :

Réformes en France et en Angleterre

L’Angleterre plonge dans un inconnu qui effraie même les plus libéraux, personne ne bouge. Les « réformettes » françaises (expression d’un journaliste de l’Expansion qui a fait s’étrangler son interviewer de France Culture, avant-hier) soulèvent la révolte. Curieux.

J’ai appris dans une de mes lectures récentes que le premier à avoir délocalisé était un patron de gauche (ancien du CERES), Alain Gomez. Notre gauche a été fort libérale lorsqu’elle était au pouvoir. L’arrivée de Martine Aubry marque une forme de retour à la pureté idéologique, qui a été éliminée en Angleterre par Margaret Thatcher.

L’Angleterre ne proteste pas parce qu’elle n’a plus les structures sociales nécessaires à l’organisation d’une manifestation ? La France proteste parce qu’elle a des organismes dont c’est, en quelque sorte, la raison d’être ?

Rosemary’s baby

Film de Roman Polanski, 1968.

Je me demande si, dans l’œuvre de Polanski, il n’y a pas une tendance à placer un petit personnage innocent dans un univers kafkaïen. Le Mal gagne. Et le petit personnage s’en trouve finalement bien. (cf. Le bal des vampires.) 

mardi 26 octobre 2010

Réformes anglaises

Mon métier me fait dire que tout le succès du changement est dans sa mise en œuvre. Or on ne sait rien de clair de la mise en œuvre des brutales réformes anglaises. Ce matin j’entendais un interviewé de la BBC dire qu’elles allaient relancer le pays parce qu’avec un État moins coûteux, il y aurait moins d’impôts, et des entreprises plus compétitives. Ça semble court.
  • Les 500.000 licenciés du secteur public vont devoir trouver un emploi. Le temps qu’ils cherchent, ils seront au chômage (payés par l’État). En outre, ils risquent de moins consommer.
  • Le privé est un gros fournisseur de l’État, comme en France. Beaucoup d’entreprises ne vont-elles pas capoter ? (PWC estime les pertes à 500.000 personnes supplémentaires.)
  • Une des idées de D.Cameron est que le privé va prendre le relais du public. Il va s’occuper des pauvres, des écoliers… Oui, mais s’il le fait cela va mobiliser des ressources, qui n’iront pas à l’économie… Même si elles sont plus efficaces que le public (l’idée n’est pas neuve, a-t-elle fonctionné un jour ?), le gain n’est que marginal. Et l’on peut se demander si le talent nécessaire ne serait pas mieux utilisé ailleurs.
  • Ce chômage devrait peser sur les salaires (concurrence), et augmenter la rentabilité des entreprises qui gagneront donc sur deux tableaux. Mais, où est l’explosion créatrice ? Où sont les innovateurs qui n’attendent qu’une baisse de leurs impôts pour créer des produits enthousiasmants que l’on s’arrache ? D’ailleurs, qui aura envie de leur acheter leur production, si le chômage augmente ?
  • Ne risque-t-on pas d’éliminer ou de dégrader des services de l’État qui avaient une importance pour l’économie que l’on ne soupçonne pas ?
Ultralibéralisme touchant de naïveté ?

Facs en grèves

Amusant prolongement de ma réflexion sur le trotskisme. Une nouvelle vague de résistance à la réforme des retraites se fait jour. Et il s’agit, curieusement, des étudiants, UNEF et SUD en tête. Les bastions du trotskisme.

Question : le mouvement de résistance est-il planifié méthodiquement, ou correspond-il à une suite d’improvisations ?

Initialement, je penchais pour la seconde solution, mais maintenant je serais plutôt en faveur de la première. En effet, si mon hypothèse trotskiste est juste, pourquoi les étudiants se révolteraient-ils aussi tardivement, alors que ce sont les plus faciles à agiter ? 

Tea Party et bataille d’élites

Le Tea Party a semblé un OVNI. Mouvement spontané et incontrôlé. Mais son aspect se précise :

Curieusement, son obsession serait une de mes anciennes observations. La prise du pouvoir par une élite intellectuelle héréditaire.

On explique que l’Amérique fonctionne comme la France républicaine : l’ascenseur social est désormais scolaire. Le non renouvellement de l’élite dès lors s’explique soit par une supériorité intellectuelle innée de la classe dirigeante soit par la mise à mal de l’ascenseur social par destruction de l’éducation primaire.

Mais est-ce là qu’il faut chercher la cause du malaise américain ? L’ascenseur social scolaire n’est pas un modèle culturel naturel aux USA ; ensuite, il ne fonctionne pas : le système actuel de sélection de l’élite ne produit pas un pays dynamique et riche.

Une autre caractéristique du Tea Party émerge : il est constitué de gens plus riches et mieux éduqués que la moyenne. Et, surtout, il n’est pas lui-même sans lien avec la dite élite.

Serait-on en face d’une manipulation ? L’élite intellectuelle riche et religieuse (dirigeants républicains) affronte l’élite intellectuelle riche et non religieuse (dirigeants démocrates). Ces deux élites lancent l’une contre l’autre leurs troupes de pauvres (démocrates) et de modestes (républicains). Troupes qui en veulent à l’autre camp des maux que leur fait subir la crise, alors qu'elles ont été victimes de l’élite en général ?

Compléments :

Histoire des Trotskistes

Charpier, Frédéric, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Edition n°1, 2002.

Le Trotskisme commence avec la NEP de Lénine. Trosky exècre ce retour du capitalisme pour des raisons de salut public. Surtout il hait la bureaucratie qui a pris le pouvoir en URSS. Elle détourne la révolution de son projet originel, la conquête du monde. Il est exilé. Wall Street sable le champagne. Les trotskistes français viennent à son aide.

Le mouvement trotskiste français date donc des origines. Il se définit avant tout comme un anti-stalinisme. Donc anti-PC (et anti CGT).

Jusque dans les années 60, il ne comptera que quelques centaines de personnes. En majorité des intellectuels, qui s’entre-déchirent, et sont incapables d’en appeler aux « masses », dont pourtant ils veulent faire le bonheur. De ce fait, ils pratiquent « l’entrisme », ils s’infiltrent dans tout ce qui a le pouvoir de mettre en mouvement le peuple. Les syndicats (FO, l’anti-CGT), le PS, le Grand Orient (dont ils fournissent de Grands maîtres), mais aussi le parti communiste, lorsqu’ils pensent que la révolution est imminente est que, seul, il a la puissance d’en tirer parti. (Ils ont une histoire quasiment parfaite de prévisions fausses - y compris celle de l'échec de la gauche en 81 !)

Raymond Marcellin va faire leur fortune. En s’acharnant sur eux, il les rend séduisants. Leurs rangs gonflent. C’est alors qu’ils acquièrent leur formidable capacité à manœuvrer les étudiants.

Ils semblent aussi jouir d’un énorme capital de sympathie au sein de l’élite intellectuelle, qui gouverne l’opinion. Elle est de toutes leurs causes. Et ils apportent un vivier de dirigeants jeunes et dynamiques au PS. Plus récemment, ils ont profité de la débâcle du PC, du tournant libéral du PS et de la grande peur de la mondialisation (présence dans ATTAC, Sud…).

À la fin du livre (99) trois mouvements survivent :
  • Lutte Ouvrière. Un parti qui cultive les pures valeurs du bolchevisme, et à qui Arlette Laguiller, « femme de paille » d’un certain Robert Barcia, attire la sympathie de la France.
  • Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine. (J’ai appris qu’il avait deux frères, tout aussi militants que lui.)
  • Le parti des travailleurs, de Pierre Lambert, un dirigeant historique qui tient alors son mouvement d’une main de fer.
Commentaires :

Je me suis intéressé au trotskisme parce que je soupçonne qu’il a un lien avec la résistance à / la cause de la réforme des retraites. Ce livre appuie-t-il ou infirme-t-il ma thèse ? En fait il ne dit pas grand chose de ce que croient les Trotskistes. Réflexions :
  • Edwy Plenel est un ex trotskiste. Il se trouve qu’il a porté un des coups les plus terribles à la réforme des retraites (affaire Woerth). Les Trotskistes semblent implantés, aussi,  partout où ça bouge, aujourd’hui. Y compris et surtout chez les étudiants, et ils ont l’art de mobiliser les intellectuels.
  • Ils sont anti-bureaucratie. Ce qui m’a rappelé les cours de MBA que j’ai suivis, où la bureaucratisation de l’entreprise était le mal absolu. Et aussi au néo-libéralisme, que la bureaucratie fait se pâmer.
  • Intellos incapables de s’entendre entre eux. Peut-être sont-ils des leaders naturels, qui cherchent l’indépendance ? D’ailleurs n’est-ce pas pourquoi ils font de « l’entrisme » ? Pour se trouver un pouvoir sans partage, et pour s’éloigner de leurs frères qui consomment un peu trop de leur oxygène ?
  • Comment peuvent-ils prétendre faire le bien de masses avec lesquelles ils n’ont aucun atome crochu ?
Fascinant à quel point cela ressemble au néo-libéralisme. Trotskisme = individualisme de gauche ?

lundi 25 octobre 2010

Abeille et voyageur de commerce

L’informatique se casse les dents sur le problème du voyageur de commerce : trouver le chemin le plus court pour faire le tour d’un certain nombre de villes.

Il semblerait (d’après la BBC) que si l’on transforme les villes en fleurs, une abeille soit vite capable de résoudre le problème. Si on arrivait à comprendre comprendre ça aiderait nos ordinateurs.

Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait que les abeilles qui soient intelligentes. Il y a longtemps, un ami travaillait sur une variante de ce problème pour le compte d’une entreprise. Au début son programme a donné de bien meilleurs résultats que ce que savaient faire les planificateurs humains. Mais, curieusement, ils se sont brutalement améliorés, et jamais ils n’ont pu être rattrapés. Nous possédons des mécanismes de calculs bien plus puissants que la raison…

Compléments :

Sure BNP ?

La BNP aurait-elle une culture plus saine que la Société Générale ?

Elle a su conserver un portefeuille d’activités « équilibré ». La banque, « qui est dirigée par un groupe soudé de vétérans de la fusion originale » a résisté aux tentations qui se sont révélées fatales ailleurs. « L’histoire récente de BNP-Paribas (…) est l’histoire d’une expansion et d’une prise de risque consistante, et étroitement contrôlée. » Stop. Think. Act.

IPCRESS

Film de Sidney J.Furie, 1965.

Anti-James Bond où le héro est un repris de justice de basse condition. Personnage décalé, et gentil.

Je me suis demandé si ce n’était pas une fable sur la société anglaise. Les chefs sont du meilleur monde, des originaux, raffinés et perfides. Le subordonné est leur opposé, il possède une sorte de talent inné, irrationnel, lié à son « insubordination » même, qui, au fond, les fascine. D’ailleurs sous le vernis du rapport de classe, il y a de brefs gestes d’estime réciproque. 

dimanche 24 octobre 2010

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  

Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).

Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.

Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.

Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?

Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)

Traité en Europe

Depuis quelques temps j’entends parler d’une modification des traités européens. Je nous croyais guéris de l’aventure. (D’ailleurs les Anglais menacent de se saisir de toute nouvelle évolution pour organiser un référendum, donc sortir de l’UE.)

Si je comprends bien, il s’agit de prévenir la mise en péril de l’économie européenne du fait d’une mauvaise gestion par l'un de ses membres.
  • Il subirait des sanctions, mais pas automatiques comme on l’avait envisagé. Au préalable on débattra de savoir s’il a correctement mené ses affaires. Si non, il y aura sanctions (non discutables), notamment possible suspension de son droit de vote.
  • Pour éviter que les investisseurs ne puissent penser que le fonds européen de stabilisation financière les dédommagera systématiquement en cas de faillite d’un pays auquel ils ont prêté (de ce fait encourageant des comportements irresponsables), un mécanisme de restructuration de la dette est prévu.  
Compléments :

Changement en Chine

La Chine se donne un nouveau dirigeant, Xi Jinping. Comme son prédécesseur il descend d’un proche de Mao, et est un ingénieur. (The next emperor.)

Faut-il voir dans cette succession deux orientations de l’histoire chinoise ? L’ingénierie est la particularité de l’Occident, ce qui manquait à la culture chinoise ? Cependant la Chine est dirigée, comme elle l’a toujours été, par une sorte de dynastie, garante d’une continuité de vision ?

Changer pour ne pas changer ?

Compléments :
  • Par ailleurs, contrairement aux Anglais, les dirigeants chinois semblent extrêmement prudents quant aux changements qu’ils doivent appliquer à leur pays. Peut-être qu’ils savent qu’ils vivent sur une poudrière ? Ou peut-être qu’ils sont conscients  de leur responsabilité ?  

Je ne peux pas vivre sans toi

Il est mieux de parler d’un film que l’on a vu. Contrairement à ce que je croyais, il n’y est pas question des méfaits d’une bureaucratie kafkaïenne. Il montre comment cette bureaucratie, en dépit des lourdeurs de ses procédures et de ses bonnes intentions maladroites, parvient à reconnaître le point de vue d’un marginal. Malgré leurs défauts, nos sociétés sont fondamentalement bienveillantes ?

Je me demandais si le héros était un exclu du système (aussi riche que la France), ou s'il appartient à une communauté minoritaire, qui ne partage pas le mode de vie dominant. Pas clair. C'est un Hakka, mais ça ne semble pas de manière évidente une minorité désorientée. 

samedi 23 octobre 2010

Pensée chinoise et développement durable

Dans un billet je me demandais si nous n’étions pas manipulés par des idéologies erronées, si l’homme n’était pas moins nuisible qu’on ne le dit… Un ami me répond ceci :
Sur le sujet que l'homme est nécessaire à la biodiversité j'ai du mal à adhérer, l'homme est une espèces parmi d'autres qui a l'extrême désavantage d'avoir voulu s'affranchir des lois naturelles éprouvées depuis des millions d'années il a su se développer  à travers deux révolution : l'agriculture ce fut à l'échelle de l'espèce, la révolution industrielle, cette fois à l'échelle des nations-états avec la prise de puissance sur la nature et la globalisation jusqu'à menacer sa propre survie par le stress qu'il met sur la planète et ses ressources, la prochaine révolution ne peut être qu'à l'échelle de l'individu pour que la personne devienne soutenable car finalement qu'y a t il de plus urgent que le développement humain, car c'est l'humain qui est au centre du DD. L’homme disparu la nature poursuivra ses évolutions tranquillement selon ses lois habituelles. Pour revenir à la biodiversité, la surpopulation (la bombe de Paul Erlich date des années 80) est le premier vrai problème à traiter avec la menace sur les ressources naturelles et l'hygiène et la sécurité. Donc éduquons nos enfants sur ces bases.
En fait, mon billet avait juste été ébloui par une idée inattendue et élégante. Je crois qu’elle vaut mieux, finalement :

Ce que je disais du rôle de l’homme dans l’univers vient de la pensée chinoise. Cette pensée mérite peut être au moins autant de respect que la nôtre. Peut être même d’être explorée avec attention.

Ce que mon ami reproche à « l’homme » est le développement occidental. Or, lorsque l’on regarde la Chine d’avant l’Occident, elle maintenait une sorte d’équilibre avec ses voisins, et son développement était (peut-être) relativement peu destructeur. (Idem pour le Japon, replié sur lui-même.) Le grand principe de la culture chinoise est de ne pas inventer mais de se conformer à la logique de la nature, une posture qui paraît fort durable.

D’ailleurs, l’idée selon laquelle l’homme est une espèce comme les autres n’a rien d’évident. La particularité de l’homme est d’être un animal social. Il est possible que social ne s’entende pas au simple sens de l’homme, mais aussi à celui de la nature. Partout où il se trouve il réglemente son environnement.  Ce n’est pas mieux avec ou sans lui, mais c’est différent. Tout ce que nous apprécions dans la nature, que nous voulons conserver, vient peut-être de la main de l’homme. Pensée chinoise à nouveau, pour qui le monde ne tournerait pas sans lui.

Mon ami ajoute que, contrairement à l’abeille ou au ver de terre, l’homme n’a pas de fonction dans la nature. Et si sa fonction était d’assurer la cohésion d’un tout qui n’existerait pas sans lui ? Et si le coup de génie occidental avait été de faillir à cette fonction pour en tirer des bénéfices à court terme ?

Pensées élégantes et sans substance, à nouveau ? (à creuser, en tout cas.)

vendredi 22 octobre 2010

Prix du logiciel

L’éditeur dont je parle dans le billet précédent me semble être en face d’une question bien compliquée. Ce logiciel demande une importante « conduite du changement », or, il n’est pas cher.

Je pense que le prix d’un logiciel doit être fonction du coût de la conduite du changement nécessaire à son adoption (au sens commercial du terme). Un changement important requiert un prix élevé (ERP). Pour une adoption facile (bureautique), le prix peut être bas. Ce qui détermine la complexité du changement est certainement sa dimension sociale. Modifie-t-il le mode de collaboration entre hommes, ou n’intéresse-t-il que l’individu ?

Cependant, les logiciels qui pénètrent facilement l’entreprise devraient eux aussi être accompagnés de conduite du changement. Un des participants à la démonstration du logiciel a mesuré que, dans son ancienne société, les personnels consommaient un tiers de leur temps à lire leurs mails… Si l’on veut introduire une innovation dans une entreprise, il faut d’abord dire ce que l’on en attend, et ensuite se donner les moyens de contrôler que l’on atteint bien cet objectif, sans dommage collatéral. 

Je continue à croire que cette absence de conduite du changement accompagnant les projets informatiques explique le paradoxe de Solow (i.e. l’informatique ne fait pas gagner l’économie en productivité).

Compléments :
  • Citation de Robert Solow : « You can see the computer age everywhere but in the productivity statistics. »

Réseau social et libéralisme

Démonstration d’un logiciel d’entreprise. Il permet d’installer des fonctionnalités de type Facebook. Bénéfice : en permettant à chacun de communiquer avec chacun il en émergera une créativité spontanée.

Bizarre. C’est tout le discours des gourous du management américain des années 90 et 2000 ! Ils voulaient créer le « chaos » dans l’entreprise, puis y installer la « destruction créatrice » du marché (illustrée par Enron !). La liberté des échanges allait faire le bonheur universel. C’était la « nouvelle économie ».

Mais, alors, Facebook serait-il tout simplement une illustration de cette idéologie : la plus parfaite liberté d’échanges ?

Mais c’est vrai : la justification de la nouvelle économie, c’était la fin de la guerre froide et Internet !

Mais, alors, le fondement de l’idéologie des élites qui ont conduit la planète n’est pas le capitalisme, mais le libre échange ? Quand le libre échange a semblé à porté de main, elles ont disjoncté : Dieu allait arriver sur terre ! C'est aussi simple que ça ?

Compléments :
  • Sur la nouvelle économie : 
  1. Kevin J. STIROH, Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet - Août 1999. 
  2. Stephen B. SHEPARD, The New Economy : What It Really Means, Business Week, 17 Novembre 1997
  • Sur le chaos et sur Enron (les 6 premiers documents sont des tracts que m’a distribués l’Insead lors de mes études) :
  1. Rosabeth Moss Kanter. Power failure in management circuits. Harvard Business Review. Juillet-Août 1979.
  2. James Brian Quinn. Managing innovation controlled chaos. Harvard Business Review. Mai-Juin 1985
  3. The Bureaucracy busters, Newsweek. 17 juin 1991.
  4. Tom Peters. Get innovative or get dead. California Management Review. Hiver 1991
  5. Robert H. Waterman. The power of adhocracy. Chapitre de Adhocracy, the power to change, how to make innovation a way of life. W W Norton & Co Inc (1 septembre 1992).
  6. Peter F.Drucker. The Coming of the New Organization. Harvard Business Review. Janvier-Février 1988. Ce texte explique que l’organisation moderne va disparaître et être remplacée par une société de l’information peuplée de spécialistes.
  7. Gary Hamel. Reinvent your company. Fortune. 12 juin 2000.
  8. Richard N. Foster, Sarah Kaplan. Creative destruction. McKinsey Quaterly, 2001, n°3.
  9. Scott McNealy. Welcome to the Bazaar Harvard Business Review; Mars 2001. 

Angleterre et démocratie

Matthew Yglesias pense qu’un changement aussi suicidaire que celui qui est entrepris en Angleterre n’aurait aucune chance de démarrer aux USA. Un Etat démocratique ne l’aurait pas permis.

La démocratie a de grands défauts : elle réfléchit effroyablement lentement, et de manière apparemment irrationnelle et inefficace. Mais ce processus lui permet de simuler les conséquences de ses décisions, et d’en éviter les effets pervers.

Les pouvoirs dirigistes, comme les pouvoir anglais (ou français), n’ont pas de garde-fous. Ils ne tiennent compte des conséquences de leur décision que lorsqu’elles se sont matérialisées. Et encore, d’ordinaire ils les nient. Au fond, ils sont attentatoires aux libertés individuelles. C’est ce que disait Montesquieu.

Il pensait aussi que le principe des démocraties est la vertu. Or, nous ne sommes pas vertueux. Ce n’est pas ce que demande un État dirigiste. Devenir « plus démocratique » est un donc un apprentissage compliqué. On ne peut pas condamner l’Angleterre d’être ce qu’elle est. (Par contre on pourrait lui reprocher de ne pas vouloir se transformer.)

D’ailleurs, la démocratie ne garantit pas de tous les maux : elle peut s’engager comme un seul mouton dans une même illusion, comme le montre l’histoire récente américaine.

Il faut en baver pour apprendre

Plus l’apprentissage est difficile, plus il porte. Rendre un texte (presque) illisible, le rend mémorable. (Learning difficulties.)

De quoi je déduis que l’Éducation nationale a tout faux : depuis 68, elle cherche à simplifier son enseignement. Du coup elle l’a rendu inefficace.

Compléments :
  • Validation des propos de mon dernier livre :je disais que si l’on n’avait pas souffert à le lire, c’est qu’on ne l’avait pas compris.

jeudi 21 octobre 2010

Le Français parle aux Anglais

De temps à autres la BBC interviewe un manifestant français.

On croirait assister en direct au 14 juillet 1789. Mais le sans-culotte est désormais, presque, compréhensible. Et il a exactement l’accent qui traduit sa condition. Son hurlement grossier fait un contraste saisissant avec la maîtrise de soi britannique. J’imagine que l’Anglais doit sentir un délicieux frisson parcourir sa moelle épinière lorsqu’il réalise qu’il n’est qu’à un cours d’eau de la barbarie primitive.

Réforme en Angleterre

Le gouvernement anglais a annoncé hier le plan d’économie attendu (100md€ d’ici 2015). Pour le moment, aucune réaction notable :
  • Un rien de perfidie par ci. Les mesures s’en prenant aux riches et aux banques ont fait beaucoup de bruit. Cherchait-on à faire oublier que la réorganisation des services publics (effectifs réduits de 10% d’après la BBC) devrait démesurément toucher les pauvres ?
  • Quelques divergences entre gouvernants et gouvernés par là. Le peuple craint pour sa sécurité, le nombre de policiers et de pompiers est comprimé en priorité…
Le calme avant la tempête ?

Si les économistes éminents s’accordent à juger que la rigueur est une erreur. Il semble qu’il y ait consensus, entre économistes et non économistes, pour dire que l’expérience anglaise va être passionnante à observer.

Compléments :
  • Curieusement, j’entendais la BBC dire que la finance embauchait. Par ailleurs il semblerait qu’il y ait de la place dans les postes à forte qualification (informatique…). Ne restera-t-il que des non qualifiés dans la fonction publique ?
  • Les réformes anglaises vues des USA, et d'Angleterre (« ce serait une passionnante expérience à observer si autant d'existences n'étaient en jeu »).

Hormone et cancer du sein

Un traitement hormonal post ménopause semble augmenter le risque de cancer du sein chez la femme, et surtout d’un cancer mortel.

L’effet serait connu depuis quelques temps, aux USA au moins : de 110 millions en 2002, les prescriptions d’hormones y ont été ramenées à 40 millions en 2009.

Nouvelle illustration que la médecine est dangereuse et doit être utilisée avec discernement, de préférence pour des cas sérieux ? Et aussi limites de notre processus d’innovation, qui a beaucoup de mal à évaluer les conséquences à long terme de ses découvertes ?

(Article d’origine de ma réflexion : Post-menopausal hormones boost breast cancer risk, study finds.)

La vérité

Film d’Henri-Georges Clouzot, 1960.

Un film étonnant. Des répliques courtes, efficaces mais sobres. Des comédiens remarquables, à commencer par Brigitte Bardot. Et, finalement, une société française qui s’en tire plutôt bien. Pas si ringarde et figée dans ses certitudes que cela. Pas comme l'Amérique de Lenny ?

mercredi 20 octobre 2010

Théorie chaotique de l’évolution

Si je comprends bien, la théorie de Darwin serait fausse à long terme. Les espèces ne s’adapteraient que marginalement, mais resteraient substantiellement identiques à elles-mêmes, qu’il pleuve ou qu’il vente, jusqu’à ce que le hasard décide de les liquider :
L’extinction semble être un une réponse étonnamment rare aux changements climatiques importants.
Idem pour les écosystèmes, qui n’évoluent pas comme un tout, mais dans le chacun pour soi de leurs éléments constitutifs.

Le long terme serait commandé par la génétique dont la loi est la mutation aléatoire, qui ne répond pas à l’influence extérieure, et dont les résultats sont imprévisibles. L'évolution serait donc soumise, comme les planètes, à la théorie du chaos. Elle ne serait prévisible qu’a posteriori.

L'abandon de la sélection naturelle pourrait avoir de curieuses conséquences : « nous sommes incapables de prévoir comment les espèces répondront au changement climatique prévu durant le siècle prochain »   ; peut-on évoquer la sélection naturelle dans le règne humain, pour justifier des avantages acquis, si elle n'a pas de raison d'être dans la nature ?