samedi 16 octobre 2010

Drôle de grève

La grève que nous connaissons actuellement me paraît bizarre. Les sondages se croisent et se contredisent. Personne ne sait réellement ce que signifie la réforme au cœur du conflit, sinon qu’elle a été menée n’importe comment. Je sens un mouvement d’indignation bien plus faible que contre d’autres réformes. À l’image des lycéens qui se retrouvent dans la rue en vertu de raisons vagues et indéfinissables. D'ordinaire les métros autour de chez moi sont à l'arrêt total lors des grèves, or je n'ai quasiment  rien ressenti ces derniers temps...

J'ai curieusement l'impression d'une guérilla isolée qui a peu de moyens, mais qui fait preuve d'une imagination qui confine au génie. Des actions décousues, le fait de groupes isolés mais qui tiennent des noeuds vitaux pour la société : Mediapart déclenche l'affaire Woerth, leurs propres minorités agitent les syndicats, le petit nombre de personnes qui approvisionnent les raffineries cherchent à priver le pays d'énergie... Quant aux lycéens, qui me font plus penser au Bartleby de Melville qu'au révolutionnaire de 48, j'en viens à m'émerveiller du talent qu'il a fallu pour mettre en marche ces zombies.

Au fond, le plus étrange n'est peut être pas là. Il est dans la formulation de la réforme. Autrement menée, même dans un format plus radical, elle aurait probablement été acceptée sans encombre. Or, elle est parvenue à mettre en mouvement l'inertie. Forme de provocation ?

Et si quelque chose d'autre que les retraites était en jeu ? Une revanche de 68, qui se jouerait entre titans vieillissants ? Des titans peu nombreux et titubants mais qui ont rassemblé toutes leurs forces pour un dernier combat ?

Obama et Israël

B.Obama serait parti pour essuyer un nouveau revers. Les discussions entre Israéliens et Palestiniens sont mal engagées. La raison en serait qu’il ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Je me demande s’il n’en est pas de même en Afghanistan. N’a-t-il pas déclaré que l’Amérique allait bientôt s’en dégager ? C’est peut-être une façon de stimuler ses forces, de les pousser à se transcender (c’est un « stretch goal » dans le jargon des sciences du management), mais c’est aussi un moyen de stimuler leur adversaire…

Ce qui m’a rappelé la thèse d'un livre selon laquelle les Américains étaient de « reluctant crusaders » : ils se laissaient emporter par de nobles idéaux, dont, justement, ils ne se donnaient pas les moyens. 

vendredi 15 octobre 2010

Le développement durable contre les pauvres

BRUNEL, Sylvie, Le développement durable, Que sais-je ?, 2010.  Livre très surprenant. Il va en plein à l'opposé de mes idées reçues. Il dit qu'insensiblement la préoccupation de la planète est passée du « développement », sortir les pauvres de la misère, au « développement durable », un écologisme utopique. Le pauvre a été liquidé de notre conscience.

Pour comprendre le développement durable, il faut en revenir à la guerre froide et à la notion, obsédante alors, de « développement ». L’Amérique craignait comme la peste que les pays pauvres ne passent dans le camp soviétique. Pour cette raison, l’Occident leur versait une « aide au développement » afin qu’ils adoptent son modèle - ce qui était le sens de « développement ».

Puis l’Union soviétique a disparu. Que le pauvre gaspille comme un riche est devenu une menace pour la planète. Le développement a été discrédité. Il a été remplacé par le développement durable. Aujourd'hui, il n'est plus question que d’écologie, en particulier d'effet de serre. La planète s’est couverte de parcs naturels.

Le développement durable, c’est la nature menacée par l'adoption par le pauvre du mode de vie occidental. C'est le maintien du pauvre dans l'arriération. C'est aussi, curieusement, le retour d'un ancien mythe anglo-saxon, celui des immensités vierges et de l'homme être nuisible. 

Dans ce livre on retrouve aussi tout ce que nous avons vécu : crise, rigueur, libéralisme. Son effet sur les pays pauvres a été de même nature que chez nous, mais pas de même magnitude. Leurs structures trop fragiles ont cédé. Ils ont été dévastés par les fanatiques de tout bord :

La fin de l’aide au développement, désormais vue comme un encouragement à la paresse, la crise du modèle occidental qu'on lui avait imposé, ont trouvé le pays pauvre perclus de dettes. Pour le soigner, on lui a imposé la rigueur puis le libéralisme, qui a fait exploser ses États dictatoriaux, privatisé ses services publics, et l’a « désarticulé » (d’un côté une « caste privilégiée », de l’autre déchéance, émeutes de la faim, narcotrafic). On a lâché sur lui les ONG, devenues le dépositaire des bons sentiments des nantis et de l'aide au miséreux, et l’entreprise privée. Employant les mêmes richissimes diplômés et les mêmes méthodes de management, ce sont les deux faces d’une même pièce.

Finalement, voici ce que je comprends de ce que propose Sylvie Brunel :

Une nature vierge est une utopie. Partout elle a été modifiée par l’homme. D’ailleurs, l'homme a peut-être joué un rôle essentiel dans le maintien de la diversité de l'écosystème planétaire. Les pauvres ont le droit au même développement que nous. Pour qu’on les entende, il faut qu’ils s’enrichissent, et pour qu’ils s’enrichissent il faut que la petite agriculture familiale renaisse - d'ailleurs, elle savait gérer la nature. Il faut surtout rendre à « développement durable » son sens d’« intérêt général » ; donc reconstituer ce qui a pour mission de le promouvoir : les États, et des institutions internationales qui gèrent le bien commun de l’humanité.

Le développement durable signifie l’échec du libéralisme individualiste et gaspilleur, il faut retrouver le sens du partage et de la frugalité.

Commentaire :

C'est très curieux. On a reproduit au niveau mondial l’Angleterre victorienne, avec ses « charities » (les ONG), sa haine des pauvres, l’individualisme d’une élite des affaires que rien ne contraint, et même ses doctrines malthusiennes, sa « dismal science », l’économie, qui ne prévoit que la pénurie, et les bons sentiments qui remplacent l’aide – vue comme encouragement à la paresse. L'Angleterre victorienne fut d’ailleurs le premier triomphe (et échec) du libéralisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

Quant aux pays pauvres ils ne semblent jamais avoir eu le moindre libre arbitre. L'Occident les a toujours dirigés, et les a accusés des erreurs qu'il avait commises. Effrayant. 

Au delà de cet étonnement, ce livre me pose, indirectement, une question inconvenante. Faut-il continuer le développement des années 50. En particulier l'effet de serre est-il manipulation ?

On parlait de lui dans les années 60, pourquoi n’a-t-il pas eu plus d’échos ? Pourquoi, depuis le début de la crise, l’Amérique n’y croit plus ?... Je soupçonne cependant que notre mode de développement actuel est inutilement destructeur et violent ; mais qu’il y a évidemment une aspiration de l’humanité à un même type de société. Il faut probablement chercher dans le développement occidental ce qui est bon pour tous, et en retirer ce qui est dangereux. 

Compléments :
  • L’Amazonie fut effectivement un jardin : Amazonie cité jardin.
  • Histoire de l’Angleterre : les hauts et bas du libéralisme victorien (notamment).
  • L’élite anglaise a toujours pensé qu'elle était justiciable d'un autre traitement que celui qui devait s'appliquer au reste de l’humanité, en particulier en ce qui concerne la liberté et la démocratie (cf. THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.). Curieusement je lis actuellement des réflexions d’Aristote sur l’esclavage (et l’infériorité naturelle de la femme), qui sont en accord avec la pensée anglaise. 
  • La forme actuelle du développement durable, celle dont le symbole est l'employé d’ONG roulant en 4x4, est elle un refus de tout changement ? (Voir RSE, qui en arrive à cette conclusion.)

S’aimer est bon pour la santé

Il semblerait que penser du bien de soi diminue les risques « de problèmes cardiovasculaires et de maladies auto-immunitaires ».

Cercle vicieux : plus la situation du pays va mal plus notre santé est atteinte, plus la sécurité sociale doit creuser son déficit pour compenser le phénomène… Mais qui pourrait être vertueux, si on arrivait à le prendre à contre sens. 

jeudi 14 octobre 2010

La médecine tue ?

La communauté hispanique, la plus pauvre des États-Unis, est celle qui vit le plus longtemps. Explication : il faut être en bonne santé pour immigrer.

Je n’ai pas l’impression que ce soit le cas ailleurs. Il me semble d’ordinaire que les natifs des pays riches vivent plus vieux que les nouveaux arrivés, parce qu’ils ont connu de meilleures conditions de vie, notamment dans leur enfance.

Alors, plus on est riche, plus on fait appel à la médecine, et plus cela entame son espérance de vie ? (Voir Dangereuse médecine américaine.)

Argent et politique

Beaucoup d’hommes d’affaires américains entrent en politique. Pour se faire élire, ils dépensent des sommes colossales (119m$ pour un ancien PDG d’eBay), afin de noyer leur adversaire sous une publicité négative.

Curieusement, cela ne semble pas suffisant. La démocratie est compliquée, il est facile de se mettre le votant à dos (le PDG ci-dessus a licencié brutalement une illégale latino, alors que les légaux latinos forment 21% de l’électorat…). Et puis les partis politiques savent choisir ceux qui font le plus d’effet avec le moins de moyens…

mercredi 13 octobre 2010

Google investit dans le vent

Google investit dans l’industrie éolienne. Hier il avait des projets dans l’automobile. Quelle est la logique de cette stratégie ?

Les dirigeants de Google ne sont peut être simplement que des gens intelligents qui ont fait fortune très vite dans quelque chose qui ne leur a pas demandé une spécialisation forte, et qui n'a pas marqué leur personnalité. Maintenant, ils utilisent leur argent pour faire ce qui les stimule intellectuellement. De même que Bill Gates (qui lui a été beaucoup plus déformé par son expérience) cherche à réparer les problèmes du monde.

Compléments :
  • Veblen parlait de « trained incompetence » pour qualifier les résultats de l’éducation. 

Changes : l’Amérique ruine le monde ?

L’Amérique veut se tirer de la crise en l’exportant. Pour cela elle utilise très agressivement la stratégie de la « planche à billet », sans se préoccuper de ses conséquences mondiales. Ceux qui en paieront les frais sont les économies ouvertes (le Brésil, pas la Chine).

Le fantasme du monétarisme – régler les problèmes de la planète par des tours de passe-passe monétaires - est maintenant poussé à l’absurde ? De même en est-il de l’obsession de liquider l’homme au profit du logiciel, qui rend notre économie de moins en moins durable (cf. billet précédent) ?

Grande leçon de changement, et de systémique : l’homme s’obstine dans ce qui cause son malheur ?
Les politiques qui sont supposées résoudre le problème en sont, au contraire, la cause. (Jay Forrester, le fondateur de la systémique.)

Rigueur et déflation

BBC ce matin. Une étude du cabinet PWC dit que le plan de rigueur anglais coûtera autant de chômeurs au privé qu’au public. 1 million en tout.

Au même moment, j’entends que les résultats d’Intel n’ont jamais été aussi bons. Pourquoi ? Parce que l’ordinateur élimine l’emploi, économie oblige.

Oui, mais ce que remplace l’ordinateur c’est, au mieux, ce que faisait une personne. Il ne fournira jamais sa capacité à apprendre, à s’adapter ou à évoluer. L’entreprise sacrifie son avenir à des gains à court terme. Notre économie devient de moins en moins concurrentielle. Et elle crée des masses de chômeurs qui seront très vite inemployables.

Nous sommes dans une spirale déflationniste. Tant que les logiques qui ont créé la crise ne seront pas renversées, nous nous enfoncerons. 

Moins de pompiers en Angleterre

Un chef des pompiers anglais a trouvé le moyen de faire des économies : prévenir plutôt que guérir. Aider la population et les entreprises à s’équiper de systèmes de détection d’incendie pour avoir moins d’incendies, et de pompiers.

Ces derniers ne sont pas contents.

Voilà un exemple de ce que les grandes idées d’économie viennent de ceux qui sont au contact de la réalité. Malheureusement, si elles menacent de les mettre au chômage, ils ne les exprimeront pas. 

mardi 12 octobre 2010

Efficacité de la grève

Les grèves actuelles ont la bonne idée de ne pas couper le métro, ce qui me permet de continuer de travailler.

Je me demandais quel pouvait être leur succès. Thomas Schelling (Strategy of conflict) explique qu’en situation de conflit, celui qui gagne est celui, qui a brûlé ses vaisseaux, à qui il ne reste qu'une issue, massivement défavorable à son adversaire. Celui-ci doit abandonner ou déclencher la fin du monde (ou son équivalent).  

Ici le consensus semble être qu’entre la grève et N.Sarkozy, un des deux succombera. On ne se trouve pas dans la situation ordinaire ou seul un ministre est en jeu. On est plutôt dans la disposition Thatcher contre Scargill ?

Compléments :
  • La stratégie de la rigueur étant attaquée par des économistes éminents, les syndicats étrangers semblent regarder du côté de la France, pour savoir si le mouvement social ne pourrait pas, après tout, avoir le vent en poupe.
  • La stratégie dont parle T.Schelling ne fonctionne que si l'adversaire a compris la situation. J'ai entendu un syndicaliste du France dire qu'il s'était engagé dans une grève extrêmement dure parce qu'il ne savait pas que la Compagnie générale transatlantique allait si mal. C'est aussi peut-être pour cela que les syndicalistes des usines d'armement ont fait de longues grèves avant la guerre de 40 (cf. ce que dit Marc Bloch dans L'étrange défaite). 
  • En fait, ce qui se joue actuellement est peut-être le champ du cygne d'une idéologie qui voulait que la grève enrichisse, miraculeusement, le peuple. Nous serions alors dans un cas de surdité totale. 

Chambre de commerce contre gouvernement


La chambre de commerce aide massivement les Républicains. Profitant du fait que le système de financement de la dite chambre est opaque, M.Obama fait courir le bruit que ses donneurs sont étrangers et cherchent à déporter l’emploi américain. On croirait une tactique républicaine. M.Obama comprendrait-il enfin les règles de la politique ?

Et modèle d’avenir pour les chambres de commerce françaises ? Un système fonctionnant sur fonds propres et qui fait du lobbying en faveur des intérêts de ses adhérents ?

Compléments :
  • Je me demande si les intérêts de B.Obama et du Tea Party ne se rejoignent pas. Non seulement le Tea Party est un repoussoir pour l’électorat démocrate, susceptible de le faire voter lors des prochaines élections, mais un Tea Party fort signifie des Républicains divisés, et des candidats inéligibles. Mitterrand et le FN ?

La BBC licencie

La BBC veut faire des économies. Elle a découvert que ses dirigeants lui coûtaient très cher et en met un à la porte.

Un moyen élégant de réduire les coûts de l’entreprise est de comprimer la taille et les salaires de son équipe dirigeante ? Cette idée va-t-elle se répandre ?

Compléments :

Pulsions

Film de Brian de Palma, 1980.

Habilement fait. Curieux hommage à Hitchcock. Beaucoup de douches, et un tueur dont la personnalité se dédouble. Je me suis demandé s’il y avait de nombreux gens dans cette situation, ou si elle reflétait une tentation générale due à je ne sais quelle contrainte sociale. (Une variante sur Jeckyll et Hyde propre à un monde qui croit au bien et au mal, et, en essayant de faire le premier, est attiré par le second ?)

Aussi un personnage de jeune intello qui vend ses charmes pour pouvoir investir en bourse. La prostitution comme moyen honnête de faire des affaires ? L’individu est au dessus de toutes les conventions ?...

lundi 11 octobre 2010

Microsoft et smartphone

Nouveau système d’exploitation pour « smartphone » de Microsoft. Le marché est énorme, mais Microsoft n’arrive pas à y pénétrer.

Une personne interviewée par la BBC ce matin ne semblait pas être épatée. Rien de neuf. De toute manière Microsoft n’a aucune chance de rattraper Apple, ou l’Android de Google. Il se bat au mieux pour un strapontin.

The Economist pense que Microsoft va finir par acheter RIM, qui produit le Blackberry.

Compléments :

  • Très intrigante idée : la stratégie de Microsoft a été le bundling, l'étendue d'une offre qui tuait tout adversaire qui n'en attaquait qu'une partie. Or, ce qui lui fait défaut aujourd'hui, dans le cas du Smartphone, est exactement le manque d'une telle offre. Ce bundling était-il la clé de voûte de l'édifice Microsoft, ce qui guidait son comportement ? Si oui, comment la recette a-t-elle pu être perdue ?

Société Générale pas guérie ?

Au hasard d’un article sur le jugement de M.Kerviel, je lis :
Bien que SocGen ait depuis dépensé 130m€ pour renforcer ses contrôles, l’Autorité des Services Financiers anglaise a imposé une amende à la banque en août, pour des faiblesses dans sa comptabilité et ses rapports.
Au fond, qui est le plus important, M.Kerviel, modeste employé tout au bas de la pyramide, mais qui a accès à 50md€, ou les personnes de grands « talents » qui la dominent et dont les salaires ont connu une inflation colossale ces dernières années ? Ou encore l’employé de la centrale nucléaire qui peut la faire péter par inadvertance, ou le PDG d’EDF ?...

Ne coûterait-il pas moins cher de recruter des sans grades fiables, de leur proposer des carrières solides, de former un management humain compétent plutôt que de dépenser autant d’argent dans des « systèmes de contrôle » ?

Brutalité du changement : causes

Depuis que je suis sorti de l’ennui de l’éducation nationale, on m’a toujours reproché de trop travailler. C’était vrai quand j’étudiais en Angleterre, quand j’étais manager, et même maintenant. Mes clients me trouvent, semble t’il, sympathique et aimeraient que je perde du temps avec eux. Mais je ne peux supporter de gaspiller leur argent.

J’en viens à penser, comme Galbraith (après Veblen), qu’une vie de dirigeant, ou de membre de la classe supérieure anglo-saxonne, est une vie de loisirs. Ce qui m’amène à la thèse de Tocqueville selon laquelle lorsque l’on n’a aucune expérience pratique, on est inapte à la conduite du changement. On croit que le monde est guidé par la (notre) raison pure. On pense que l’individu inférieur doit suivre le diktat de cette raison et faire ses quatre volontés.

Le récalcitrant est alors justiciable de la troupe. Ce qui est effectivement l’acception la plus répandue de « conduite du changement ». 

dimanche 10 octobre 2010

Allocation familiale anglaise

Le gouvernement anglais enlève leur allocation familiale aux foyers les plus riches. Bizarrement, pour un Français, l’Anglais se rebiffe.

La droite dit que l’on s’en prend aux « classes moyennes » (en Anglais, cela signifie les 15% les plus riches). La gauche y voit un pas vers la remise en cause des services universels.

The Economist est pour : l’État doit aider les gens en difficulté, pas plus. Et maintenant, il faut arrêter de subventionner l’éducation supérieure. Suivons l’exemple américain. (Biting the hand that feeds him.)

Oui, mais il y a très peu d’emplois qui permettent à un étudiant de rembourser une éducation américaine. De ce fait, on a mécaniquement une limitation du nombre de diplômés et un accaparement des diplômes par les plus riches. Dans un monde dominé par le diplôme et la grande entreprise, on a là un moyen de rendre la richesse héréditaire.

Le système que propose The Economist me fait d'ailleurs penser à l’Angleterre victorienne, qui elle aussi aidait ses pauvres. En les secourant, en leur donnant le RSA… le reste de la population n’a plus à avoir de responsabilité sociale ?

RSE

CAPRON, Michel, QUAIREL-LANOIZELEE, Françoise, La responsabilité sociale de l’entreprise, La Découverte, 2010.

Aux origines de la RSE se trouve l’Amérique et le déclin de l’État, qui portait sur ses épaules toutes les responsabilités. Sans cette protection, l’entreprise est apparue peu respectable. La RSE est une tentative à la fois de restaurer son image et d’affirmer sa légitimité à prendre en charge les affaires du monde, sans réglementation. C’est une forme de paternalisme. Son idée fondatrice est celle de « partie prenante », le « stake holder » des livres de management. Autrement dit, dans la tradition individualiste anglo-saxonne, l’entreprise est responsable vis-à-vis de ceux qui ont les moyens de lui nuire. Ni les faibles, ni les générations futures, ni la nature n’a son mot à dire.

Et l’Anglo-saxon n’entend pas la responsabilité comme nous. L’individu est responsable de sa personne, pas de ses actes. (Ce qui dégage sa responsabilité au sens européen : si nous avons acheté ce qu’il nous a vendu, nous l’avons fait en connaissance de cause. Ce qui explique aussi que le marché soit un juge suprême du bien et du mal.)

Bref, les fondements de la RSE ne sont guère durables.

Bien sûr, le concept a évolué sous la pression d’une culture européenne moins individualiste. Mais il débouche sur des normes tellement complexes (orientées par les intérêts des professions qui les portent – consultants ou auditeurs) qu’aucune entreprise ne sait conduire le changement qu’elles signifient. Au mieux, elles servent à repeindre l’image de l’entreprise en vert.

Alors, américaine ou européenne, la RSE est une justification du statu quo ? L'entreprise l'utilise pour démontrer qu'il n'y a aucune raison qu'elle change ? Faut-il regarder avec méfiance celle qui s'y engage ? N'aurait-elle pas un secret honteux à cacher ?

10 octobre 2010

BBC hier. Référence à une autorité de la prévision qui affirme que le dixième jour du dixième mois de la dixième année ne peut qu’être faste. Effectivement, d’après le journaliste qui la cite, cela pourrait être le dernier beau jour de l’année.