mardi 16 novembre 2010

Capture pharmaceutique

Les économistes ont expliqué l’inefficacité des organismes de contrôle américains lors de notre dernière crise par le fait qu’ils avaient été « capturés » par les banques.

En France, ce serait les laboratoires pharmaceutiques qui auraient capturé leur organisme de contrôle. Comme semble le montrer l’affaire d’un coupe-faim fatal, interdit partout sauf chez nous, et remboursé par l’euphémistiquement nommée « assurance maladie ».

Compléments :
  • Le contrôleur a des circonstances atténuantes : il est extrêmement « coûteux » de penser différemment de ses collègues. 

Fragile Europe

Pourquoi l’Irlande, la Grèce et le Portugal sont-ils à nouveau en situation difficile ?

Outre la dégradation de leurs comptes, Mme Merkel a laissé entendre que le futur système de contrôle de gestion des États européens ne rembourserait pas totalement les créditeurs d’un pays en difficulté. Ce qui a fait peur aux dits créditeurs…

Dilemme du prisonnier ? Mme Merkel est probablement plus préoccupée de l’opinion et de la cour suprême allemandes que des intérêts européens. Mais en cherchant à plaire aux siens, elle affaiblit les pays les plus fragiles de l’union, ce qui pourrait amener les Allemands (et quelques autres) à devoir les renflouer.

Compléments :

Développement en Afrique

La performance économique des États africains serait probablement plus liée aux structures tribales qui préexistaient à la colonisation qu’à celle-ci.

De l’importance des structures sociales… 

Nettoyage à sec

HABIB, Laurent, La communication transformative, puf, 2010. Apparemment, un livre pour publicitaire sur la communication. En fait, étonnant bilan de l’évolution de notre société.

Le basculement d’un capitalisme entrepreneurial à un capitalisme financier a coïncidé avec une destruction de valeur systématique. Un nettoyage à sec, version solution finale. Tout y est passé. La valeur boursière, le travail – remplacé par le chômage, la légitimité de l’entreprise et de ses produits… Symbole le plus frappant de cette destruction : la fonction présidentielle.

Résultat : cynisme et méfiance.

La communication a été l’agent des basses œuvres du changement. Après guerre, elle faisait découvrir de nouveaux produits, montrait comment les utiliser. Puis elle a mis en relief ce qu’ils avaient d’unique ou de rare. Mais, progressivement, elle est devenue manipulation. Elle a parlé à l’émotion. Elle a exploité les mécanismes d’influence sociaux pour modifier nos comportements. Elle nous a dit ce qui était le bien et le mal. Elle a si bien réussi que nos gouvernants et dirigeants confondent maintenant communication et action.

Comment rompre ce cercle vicieux ? Gouvernants et dirigeants doivent proposer à la société, dans leur domaine de légitimité, un projet de transformation, à long terme. Répondre aux bouleversements sociaux au moyen de ce que le patrimoine de l’organisation a d’unique. Effet vertueux : notre adhésion à ce projet le fera profiter de notre enthousiasme de consommateur, d’électeur, mais aussi de contributeur.

Commentaire 

Démonstration courte, simple, impeccable, agréablement écrite.

Retour aux livres de cours de la stratégie (la communication transformative c’est « strategy as stretch » d'Hamel et Prahalad), du marketing et de la gestion de marque (Kapferer). Pas de conduite du changement. Le changement des comportements organisationnels va-t-il se faire par miracle ?

D’ailleurs je ne crois pas que la communication transformationnelle soit bonne pour le publicitaire, comme le dit L.Habib. Si l’entreprise apporte quelque chose d’unique et d’important à la société, elle n’aura plus besoin d’une communication sophistiquée.

Surtout, la transformation qu’exige L.Habib n’est-elle que communication ? Ne demande-t-elle pas un changement d’attitude de nos dirigeants ? L.Habib les enjoint de nous dire où ils veulent nous emmener. Mais est-ce dans leur intérêt ? La destruction de valeur dont il parle tant n'a pas fait que des victimes…

lundi 15 novembre 2010

Comment se répandent les idées

Un algorithme serait capable de repérer comment naissent et se répandent les nouveaux concepts, d’un document (d’un article scientifique, d’un blog…) à un autre.

Premier résultat : ce ne serait pas systématiquement les articles les plus cités qui seraient les plus influents – contrairement à ce que pensent les méthodes d’évaluation des chercheurs.  

Le plus cité peut avoir exploité une idée qui n’est pas la sienne, mais qui n’a pas su se faire connaître. Il est possible qu’en science comme ailleurs, ceux qui aient les idées ne soient pas les meilleurs pour les vulgariser.

Accorderie

La MACIF a importé de Quebec l’entraide. Des populations pauvres peuvent ainsi échanger heure pour heure leurs compétences respectives.

Ce qui me rappelle la récente crise russe. Les Russes, eux-aussi, ont eu recours au troc pour survivre.

Une telle situation, la pauvreté en France, était-elle seulement concevable dans les années 60 ? Le progrès dont nous étions si fiers n’a-t-il pas depuis longtemps arrêté sa marche ?

Compléments :

Discrimination

J’ai cru comprendre que Bruxelles avait expliqué aux assureurs anglais qu’ils n’avaient pas le droit à la discrimination : c'est-à-dire de faire payer les automobilistes mâles plus cher que les femelles.

N’est-ce pas idiot, puisqu’il est statistiquement démontré qu’il y a une très nette différence de risques entre ces deux populations ?

L’argument est en fait tendancieux : hommes et femmes ne sont pas des espèces différentes qui auraient des caractéristiques homogènes. Il y a des hommes qui conduisent prudemment et des femmes qui sont dangereuses. Vue de ces populations, la discrimination fonctionne à l’envers, en amplifié

C’est pour la même raison que l’on trouve gênant que la police interpelle au faciès.

Compléments :
  • Le système de bonus porte sur le comportement avéré de l’individu. 

dimanche 14 novembre 2010

Beauté moderne

Jeanne Bordeau analyse l’idéal moderne de la beauté. (Du moins ce qu’en dit l’industrie de la cosmétique.)

Résultat : une peau lisse et sans ride.

La beauté a inspiré leurs plus grandes œuvres aux plus grands génies. Elle a produit ce que l’art et la littérature ont connu de plus extraordinaire. Et voilà ce que nous en avons fait ?

C’est cela le paradis qu’a créé le triomphe de l’économie de marché ?

Acheté par des Chinois

The Economist se demande ce que cela fait d’appartenir à une entreprise achetée par des Chinois.

La Chine achète pour des objectifs stratégiques nationaux, et sans vraiment compter. Culture compliquée, qui semble tuer les meilleures volontés et provoquer le départ rapide des équipes acquises (« à plus long terme l’ADN des entreprises chinoises – un certain sens d’une mission, consensus, déférence, et opacité – peut poser des problèmes ». « Les décisions prenaient des moins même pour les choses les plus simples. »). Résultat : des acquisitions qui doivent lui coûter excessivement cher.

Curieusement, ce que dit l’article ressemble beaucoup à ce que l’Amérique percevait de la France il  a quelques décennies. La France aussi achetait pour des motifs stratégiques, et avec peu de succès. Elle aussi était représentée par des nuées de grands commis de l’État non décisionnaires, peu familiers des affaires et obéissant à des rituels déroutants. 

Psychopathes

Il y aurait deux destinations pour le psychopathe. La prison et la direction d’entreprise.

Le psychopathe souffre d’une insensibilité au risque et à la morale. Morale et risque seraient gérés par des « modules cognitifs » du cerveau. Ils ne fonctionneraient pas chez les psychopathes.

Il se pourrait que ce défaut ait été maintenu par la sélection naturelle, pour son utilité (aux conseils d’administration ?). (Socially challenging.)

Crise de la représentation politique

Il est bizarre que la France ne puisse être représentée que par des hommes politiques qui partagent si peu ses valeurs. Ils sont individualistes alors qu’elle est à tendance collectiviste. Mes réflexions successives me font retrouver le thème d’une étude ancienne : Crise de la représentation politique. D’où quelques questions bizarres :
  • Serait-ce la grand peur de l’Union soviétique qui a fait les trente glorieuses ? L’élite individualiste craignant pour sa survie a dû faire quelques concessions sociales ? Et elles lui ont beaucoup rapporté, comme le dit Galbraith ?
  • La non représentation de cette sorte « d’intérêt général » fait-il le lit des extrémistes : Tea party, FN, National socialisme, Communisme soviétique ? De Gaulle ou le Parti communiste chinois seraient-ils l’exception à cette règle ? La démocratie serait-elle le régime d’une élite individualiste dominant une masse muselée ? Un régime qui exprime réellement les aspirations générales est-il fatalement dirigiste ?...
Compléments :

samedi 13 novembre 2010

Diffbot

Je suis tombé par hasard sur un système qui permet de suivre des sites web, sans donner leur lien RSS, juste leur adresse. www.diffbot.com.

La présentation du résultat des recherches est bien plus agréable que celle de iGoogle. En outre, le lecteur élimine la publicité des articles, et semble tenter d’extraire une phrase clé du texte de l’article qu’il a repéré, une sorte de synthèse.

Mais il y a aussi un peu d’approximation : les titres n’apparaissent pas clairement (l’article est représenté par la phrase clé). Curieusement des articles d’un blog de The Economist ont l’air d’être attribués au mien. (Le robot est abusé par la liste de blogs qui figure sur mon blog ?)

Mystère : comment ce système – anti pub - compte-t-il générer les ressources financières qui lui sont nécessaires ? 

N.Sarkozy conquérant de l’impossible ?

Une discussion récente sur « l’entrepreneuriat au berceau » me fait remarquer que le Français se prend de plus en plus en main. Et puis il y a l’autoentrepreneur qui se multiplie. Et toutes les mesures en faveur de l’entreprise (crédit d’impôts…). Ces conditions ne vont-elles pas finir par créer une génération spontanée d’entreprises ? N.Sarkozy veut faire de nous des entrepreneurs, et il est peut-être en train de réussir, en suis-je arrivé à me dire.

Jusqu’à ce que j’écoute le colloque de l’ADDES. Si le Français prend son sort en main, ce n’est pas pour faire fortune mais pour échapper à la démence d’une entreprise déréglée.

L’intelligentsia française a accusé N.Sarkozy de tendances napoléoniennes. Ça me semble manquer la cible de quelques années lumières. Pour Napoléon, la France était le moyen (interchangeable) de son destin de nouvel Alexandre. N.Sarkozy est un conquérant infiniment plus extraordinaire : il veut transformer la nature d’un peuple. Y a-t-il eu un autre exemple d’un projet aussi démesuré dans l’histoire de l’humanité ?

Compléments :
  • Sur Napoléon, voir le deuxième tome des Mémoires d’outre tombe de Chateaubriand.
  • Curieusement Trotsky utilisait beaucoup la révolution française et Napoléon comme modèles d’analyse du monde de son époque. Notre intelligentsia serait-elle inspirée par le Trotskysme ? (Bensaïd, Daniel, Les Trotskysmes, Que sais-je ?, 2002.)
  • Sur les aspirations du Français : Crise de la représentation politique.

vendredi 12 novembre 2010

Assurances : c’est encore loin l’Amérique ?

Il y aurait une montée du refus d’assurance, en France.

Ça me fait penser aux USA. Les assurances y font de gros bénéfices en n’assurant que les bien-portants, et en refusant de payer lors d’un pépin. D’ailleurs ceci pose un énorme problème à la création d’entreprise (le créateur étant dans une situation par nature précaire, donc pas assurable).

L’Amérique, ce qu’elle a de pire, est-ce ce vers quoi nous nous dirigeons ?

Obamarketing

Explication des déboires actuels de B.Obama ? Voici ce que dit le publicitaire Laurent Habib (La communication transformative, PUF) de sa campagne :
Nouveau modèle de campagne autour d’une cause : ce n’est plus « Vote for Obama », c’est « Vote for Change ».
Pour encourager l’appropriation, le narratif de la campagne bascule de la représentation du candidat vers celle des électeurs comme agents du changement.
Il est d’ailleurs fascinant de constater que les militants, lorsqu’on les interroge sur la campagne, ne parlent pas de politique, peu d’Obama, beaucoup de changement et essentiellement d’eux-mêmes…
B.Obama a conquis le Graal du publicitaire : « la marque (…) est réinterprétée, réappropriée par chacun et, pour partie, réinventée. »

Obama aurait-il retrouvé un des plus anciens trucs de publicitaire, le « Grand soir » ? Ne rien promettre à l’électeur, sinon la réalisation de ses rêves ? Brillant : les rêves peuvent être différents, l’électeur est unanime. Pas étonnant qu’il soit maintenant mécontent (Tea Party) ou abattu (Démocrates).

Compléments :
  • Jusqu’ici, dit L.Habib, les entreprises pensaient que la communication remplaçait l’action (un bon produit). Étape ultime, la communication ne promet plus rien, n’est plus rien, le marché la charge de ses fantasmes ? Nous-nous autoconvaincons ? Réalisation du « non agir » chinois ?
  • Aussi bien le Chrétien que le Marxiste nous disent que le Grand soir n’arrivera qu’après un long et difficile chemin. Ils vendent de l’espoir. Ils donnent un sens à la vie. Et ça c’est increvable. Le publicitaire serait il passé à côté d’une des bonnes pratiques du métier ?

Maintenance de logiciel

Il semblerait qu’il y ait une possibilité que la maintenance des logiciels d’Oracle et de SAP puisse être prise en charge par d’autres sociétés. « Pour les deux sociétés, la maintenance génère deux fois plus de revenus que le logiciel et la totalité des bénéfices. » (Maintaining fees.)

Oracle et SAP seraient-ils victimes d’un vice de leur stratégie d’écrémage du marché ? 

jeudi 11 novembre 2010

Départ d’inflation

Hier, j’entendais un universitaire anglais s’inquiéter du décollage de l’inflation en Angleterre, très au dessus des normes européennes, et non suivie par les taux d’intérêts obligataires – toujours quasi nuls.

Pourquoi s'étonner ? Cela semble une conséquence naturelle des efforts gouvernementaux anglo-saxons : liquider leur crise par une politique monétariste. L’inflation est utile pour éliminer les dettes.

Quelles vont être les conséquences de ce succès ? L’inflation est une récompense du pêcheur et une punition du vertueux : est-ce acceptable ? Et puis, il y a tentative de contamination mondiale. Et l'UE peut-elle tolérer que l'inflation s'envole chez l'un de ses membres ?...

Barry Eichengreen explique justement que les crises du système monétaire international surviennent lorsque les intérêts de la démocratie s’écartent de ceux de l’économie… L’avenir est imprévisible. Mais il pourrait bien être mouvementé. 

Droits de l’homme

Hier, j’entendais que David Cameron avait bravement pris la défense des droits de l’homme, lors de son voyage en Chine.

Le droit au travail est un des droits de l’homme. Si le chômage occidental continue à croître, il se pourrait que la Chine vienne bientôt nous donner quelques leçons… 

Gouvernement et économie sociale

Un dirigeant d’association se demandait d’où venait l’intérêt du gouvernement pour l’économie sociale. Quel mauvais coup est-il en train de préparer ?

La réponse pourrait être simple : « Big society » de David Cameron.

Réduire l’État à presque rien et charger du service public une économie sociale dynamisée par l’arrivée « d’entrepreneurs ».  Explication de la vogue de l’Entrepreneuriat social ?

Capteurs et société

Mon billet sur la prise de contrôle de l’humanité par le capteur vient d’un dossier de The Economist. (Premier article : It's a smart world.) En tant qu’ancien informaticien, ancien étudiant de « contrôle des systèmes »… je me réjouis que mes passions passées aient un avenir aussi souriant. Je pensais que mes semblables seraient vite transformés en dinosaures par des champs économiques nouveaux (sciences de la vie…). Pour être honnête, le règne du capteur n’est pas pour demain : les résistances qu’il aura à affronter sont colossales. Mais il soulève des questions intrigantes :
  • L’économiste Elinor Ostrom aboutit à un modèle de gestion de « biens communs » par autocontrôle de la société par elle-même. L’invasion du capteur est elle le signe annonciateur de ce communisme final ?
  • Qui contrôle le capteur ? Si c’est un homme ou un groupe d’hommes, ou, encore, si la technique n’en fait qu’à sa tête, nous y avons perdu notre liberté. Les capteurs doivent donc être dirigés par « la démocratie ». Mais le concept n’est pas bien au point, puisque trop souvent des groupes d’hommes arrivent à rançonner une partie de la société.
  • Ceux qui nous imposent le changement ne le subissent pas. Les promoteurs du libre échange, par exemple, sont des commerçants, nous sommes leurs marchandises. Mais s’ils pâtissent de leurs changements, ils pourraient gagner en modération. L’inquiétude vis-à-vis du capteur de The Economist – Jeanne d’Arc du libre échange - me semble aller dans mon sens. 

mercredi 10 novembre 2010

Du nouveau dans l’économie sociale ?

Suite de mes souvenirs du colloque de l’ADDES :
  • Microcrédit. On réinventerait les crédits municipaux et les prêts sur gage d'antan. Mais la France ferait preuve d’originalité. Plutôt que de remédier à l’injustice sociale et à l’exclusion par l’économie seule (modèle de Muhammad Yunus), elle les préviendrait en combinant économie et accompagnement social. D’où des partenariats acteur social (Secours catholique…) et établissement bancaire (Crédits mutuels, Caisses d’épargne…), chacun apprenant de l’autre.
  • Une génération spontanée de petits entrepreneurs a posé un problème inattendu : monter une entreprise demande de « tout savoir faire », pas uniquement son métier. Des coopératives d’entrepreneurs se sont créées pour les aider. Mais, ils n’en sont pas partis une fois leur activité lancée. Car, ils voulaient la liberté, mais pas fonder une entreprise. S’est alors posée la question de la représentation d’un « personnel » à la fois employeur et employé. On a découvert qu’il avait besoin d’une triple protection (démonstration, en creux, de l’utilité des services publics ?) :
  1. contre lui-même - l’indépendant s’auto-exploite, il travaille trop ;
  2. contre la précarité – il n’a pas de protection sociale, de formation professionnelle (du coup son activité n’est pas pérenne)… ;
  3. contre les donneurs d’ordre qui profitent de l’atomisation de leur sous-traitance (« on est dans la lignée des luttes sociales du 19ème siècle »).
  • L’entrepreneuriat social. Les différences entre l’Europe et les USA seraient de l’ordre de la théorie. Quant à la pratique, elle se ressemblerait. La cause de ce mouvement serait la perte de ressources publiques par l’économie sociale, qui chercherait une compensation dans le secteur marchand. On parle aussi d'entrepreneurs motivés par l'intérêt de la société et cherchant un effet systémique. Mais quoi de neuf ici ? N'était-ce pas déjà le cas des fondateurs de la Croix Rouge ou des Restau du Coeur ? Les mêmes causes ont les mêmes effets ?
  • Une thésarde, s’en remettant à Marcel Mauss, semble dire que l’économie sociale n’est pas qu’échange marchand, mais aussi échange de dons, ainsi elle crée un lien non monétaire - fort. (Intéressant : la théorie de Marcel Mauss vient des observations de Bronislaw Malinowski, qui observait que le don était l’agent de cohésion de groupes mélanésiens distants – le troc n’ayant qu’un rôle négligeable.)
  • L’État désirerait définir ce qu’est l’Intérêt général et en charger l’économie sociale. Or, si les coopératives, par exemple, servent par nature les intérêts de leurs adhérents, elles véhiculent aussi les valeurs les plus profondes de la nation (un homme une voix, primat de l’éducation…). Elles contribuent donc à l’intérêt général. Les détourner de leur vocation pourrait-il les amener à ne plus remplir ce rôle et à appliquer une vision gouvernementale de l’intérêt général qui n’est pas dans notre intérêt ?
  • La santé au travail et le dialogue social seraient de moins bonne qualité dans l’économie sociale que dans l’économie normale. Ce serait surtout le problème des associations. Faute de moyens, leurs employés vivent dans des conditions difficiles. Quant aux mutuelles et aux coopératives, les conditions de travail y seraient globalement bien meilleures que dans le privé. (L’étude a été faite sur des données d’avant crise.)
Contrairement aux organisateurs du colloque, qui semblaient croire à de « nouvelles frontières », je me demande s’il n’y a pas retour aux origines. La dissolution de l’État ne serait-elle pas en train de recréer les conditions qui ont présidé à l’invention de l’économie sociale, au 19ème siècle ? 

Travailleurs riches et pauvres

Hier un intervenant parlait de « travailleurs pauvres ». Cela n’est pas une découverte nouvelle, mais elle m’a rappelé que les Américains parlent de « working rich » quand ils veulent décrire ceux qui dominent la société. Autrement dit de « travailleurs riches ».

Notre monde occidental serait-il devenu une sorte de grande bureaucratie dans laquelle ceux qui parviennent au sommet dépouillent ceux qui sont en bas ? Le tout étant trop occupé à se battre pour l'héritage de leurs parents pour créer quoi que ce soit ? 

Ces garçons qui venaient du Brésil

Film de Franklin J. Schaffner, 1978.

De grands acteurs anglo-saxons caricaturent de manière ridicule Nazis et chasseur de Nazis.

Le Nazi devait être à la mode à l’époque. Peu de temps avant était sorti Marathon Man, avec, toujours, Laurence Olivier.

Compléments :
  • On parle beaucoup de clonage dans ce film. Et le Dr Mengele est présenté comme un pionnier de la génétique. Intéressant saint patron.

mardi 9 novembre 2010

La Faute de M.Obama ?

Je pensais que l’idéologie avait coûté une élection à M.Obama. Il y a une meilleure explication à son revers :

La tragi-comédie de la réforme de la santé a détourné l’attention et les ressources du gouvernement américain de ce qui aurait dû être son obsession : remettre l’économie du pays sur pieds. Il a perdu une précieuse année. C’est probablement ce qu’on lui reproche.

Le peuple aurait-il une raison que la raison des esprits supérieurs ne comprend pas, mais qui est bien plus juste que cette dernière ?

Compléments :
  • M.Obama croirait-il qu’il suffit de prendre une décision pour résoudre un problème ? Il avait décidé d’un plan de relance, donc l’économie était sauvée, il pouvait s’attaquer à la réforme de la santé ? Idem pour l’Afghanistan ?

La France de Cameron

Fin d’un colloque de l’ADDES. Trois anciens délégués interministériels à l’économie sociale ont le micro.

Curieusement, ils semblent penser la même chose. (Ils ont pourtant siégé dans des gouvernements de gauche et de droite.) À savoir que notre gouvernement appliquerait les réformes Cameron de dissolution de l’État. « Opération de démantèlement de l’État ». Mais sans avoir le courage de le dire, en douce, à la française.

L’organisation cible de la reengineering national serait l’Angleterre victorienne. L’économie sociale remplacerait l’État. En particulier, pauvres pris en charge par des organisations charitables : « 13% de la population n’a aucun moyen de faire face à la marchandisation ».

L’initiative doit venir du terrain, « l’économie sociale doit se prendre en main elle-même », elle doit refuser le marché de dupes qu’on lui propose, « le gouvernement ne comprend que le rapport de forces ».

Le plus étrange ici est que l’opinion de ces éminentes personnes, ajoutée à beaucoup d’autres, semble signifier qu’il y a une opposition généralisée aux idées du gouvernement. Dans ces conditions, comment se fait-il qu’il les mette en œuvre avec autant de facilité ? Que les forces de résistance s'épuisent à défendre des causes d'importance secondaire ?

Compléments :
  • Rejoindrait une autre analyse selon laquelle le gouvernement aurait adopté la méthode Thatcher. 

Capteur über alles

Demain tout sera lié à un nuage de capteurs. (Living in a see-through world.)

D'ores et déjà certaines villes ont leur double virtuel, les vaches ont une électronique embarquée qui rappelle celle des voitures… Il n’y a pas de limite à ce que couvrira cet « Internet des choses ». Beaucoup d’entreprises devraient trouver dans ces applications d’énormes marchés. Nouvel âge de gloire pour l’informatique, l’électronique et leurs services.

Mais cela soulève aussi des problèmes curieux. 
  • Rolls Royce est désormais capable de mesurer l’usage que l’on fait de ses moteurs, et donc de les louer : va-t-on vers une société où il n’y aurait plus de droit de propriété ? 
  • Que donnera ce monde interconnecté lorsque s’y mettront des Stuxnet et des bugs ?
  • Quid de la liberté individuelle ?
Le libéralisme serait-il en train de fabriquer la corde pour se pendre ?

Répulsion

Film de Roman Polanski, 1965.

Catherine Deneuve au début de sa carrière, dans le rôle d’un être fragile attiré par un monde effrayant et fascinant. Elle m’a semblé fort bien et j’ai pensé qu’il était dommage que la célébrité enferme les actrices dans des rôles stéréotypés.

Le film, quant à lui, m’a rappelé Shining de Stanley Kubrick. J’ai cru aussi y voir un appui à ma thèse selon laquelle les personnages de Polanski tendent à basculer dans le mal, avec délice. 

lundi 8 novembre 2010

Changement aux USA

Le résultat des récentes élections américaines crée une situation qui s’apparente au dilemme du prisonnier :
  • Les Républicains ont été élus pour en découdre avec Obama.
  • Par contre, ils ne peuvent rien faire sans lui. Et, s’ils ne s’entendent pas entre eux, plusieurs décisions critiques pourraient ne pas être prises, détériorant un peu plus les affaires du pays et de ses habitants :
Un accord sur le déficit sera impossible. Un blocage sur les réductions d’impôts de Bush fera qu’elles expireront, d’où brutale augmentation des impôts, par défaut. Sans nouvelles aides du gouvernement fédéral, les États en situation financière tendue vont licencier leurs employés et réduire leurs prestations l’année prochaine.  

Les USA ruinent le monde (suite)

QE2, la nouvelle vague, modeste, de « quantitaive easing » américaine fait l’unanimité contre elle. Y compris en Angleterre. Un interviewé de la BBC disait ce matin que l’Amérique exportait sa crise. Ce que pense ce blog depuis longtemps. (Bizarrement, c’était aussi la politique de l’Angleterre. Aurait-elle trouvé plus fort qu’elle ?)

Avec un tel comportement, comment l’Amérique peut-elle condamner la politique monétaire chinoise, qui n'est-autre que la sienne ?. N’est-elle pas raisonnable par les temps qui courent ? Le reste du monde ne serait-il pas tenté de l’adopter s’il le pouvait ?

Compléments :

Kaboom

Film de Gregg Araki, 2010.

Heureux mélange des codes des séries télé américaines pour adolescent. Fac, surf, fast-food, smart phones, paranormal. Le tout dans des couleurs à la Almodovar. 

dimanche 7 novembre 2010

Sortie de crise

Il y a quelques temps je lisais ce que disait un dirigeant de Google, qui encourageait son pays à développer les innovations américaines, plutôt que de défendre des secteurs économiques dépassés par la concurrence étrangère.

Je soupçonne effectivement que c’est comme cela que l’on sortira de la crise. Il faut regarder le savoir faire de chaque entreprise et nous demander ce qu’il a d’original et en quoi il pourrait être utile à l’homme, et, donc, que faire pour cela.

L’économie de marché, c’est l’échange. Plus je produis de choses originales, plus je peux échanger. Mais pour cela plus j’ai besoin que l’autre produise de choses que je ne sais pas produire – sinon il n’aura rien à échanger avec moi. Tout le monde y gagne. C'est magique. C’est ce qu’a découvert Jean-Baptiste Say il y a déjà fort longtemps.

Compléments :
  • Ce savoir-faire n’est pas forcément « l’innovation de rupture » à laquelle pense Google. Beaucoup de très grandes innovations ont été organisationnelles (comme la grande surface), et tout le succès allemand est basé sur une amélioration continue à petits incréments, qui finit par construire des avantages indestructibles.
  • SAY, Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.

The social network

Film de David Fincher, 2010.

Rencontre inattendue entre deux populations qui semblent appartenir à des ères différentes, mais ont en commun un intellect dont le développement s’est arrêté très tôt. D’un côté la faune des start ups. De l’autre la haute société anglo-saxonne et ses rites d’un autre âge. Chacun se croit distingué par les dieux et n’a que mépris pour le reste du monde.

Excellent reportage.

samedi 6 novembre 2010

Chine et christianisme

Reportage de la BBC : le protestantisme serait bienvenu en Chine. (Du moins tant qu’il accepte l’organisation actuelle du pays).

Il semblerait que les dirigeants chinois aient lu Max Weber et pensent que le protestantisme est bon pour le capitalisme. En particulier le Chrétien serait responsable. 

Electeur contre idéologue ?

USA. La défaite démocrate n’aurait rien d’exceptionnel. Ce serait le reflux d’un flux précédent. Lors de la précédente manche le peuple avait puni les républicains d’être partis (beaucoup) trop loin dans « hyperlibéralisme », cette fois ci il punit les démocrates d’être allés (beaucoup) trop loin dans un intellectualisme bienpensant dirigiste et arrogant.
Une restructuration massive du système de santé par le gouvernement. Une relance de plus de 800md$ qui n’a pas arrêté la croissance du chômage. Et un système de droits à émettre du carbone honni en dehors des enclaves libérales côtières qui se délectent de droiture écologique.
Enseignement de l’élection : le peuple renie les idéologues ? Il veut être gouverné par un bon sens mesuré ?

Compléments :
  • De l’avis général, B.Obama n’aurait rien compris à l’avertissement populaire et pense que l’histoire lui donnera raison.
  • La leçon pourrait être mal comprise : les idéologues d'un bord me semblent penser que la rossée qu'ont prise les idéologues adverses est un encouragement à l’extrémisme. 
  • Cet enseignement ne devrait-il pas être entendu par les idéologues français qui vont bientôt s’affronter pour notre vote ? 

ISO 26000 (suite)

Il y a beaucoup de choses curieuses au sujet d’ISO 26000 :
  • Son objet est d’aider l’entreprise à tenir sa place en société. Mais pourquoi l’entreprise aurait-elle besoin d’une norme pour cela ? Est-elle née irresponsable et découvre-t-elle qu’il existe un monde autour d’elle ?
  • Pourquoi, alors, parle-t-on autant du coût de l’application d’ISO 26000, alors qu’il s’agit de faire son devoir ? Proteste-t-on de ce que notre vie est bousillée par plusieurs décennies d’éducation nationale ?
  • En creux : et si la fortune des entreprises de ces dernières décennies avait été cette amnésie, et si « l’innovation » économique des Trente piteuses avait été là : ne pas tenir son rôle permet de gagner de l’argent facilement ?
  • Dans le même esprit : ISO explique à l’entreprise qu’en découvrant qu’il y a une société autour d’elle, elle pourrait y trouver quelques belles opportunités, qui la dédommageront de ses efforts. Mais n’est-ce pas la base même du fonctionnement d’une entreprise ? Un cours de stratégie appelle cela un « SWOT ».  On croirait la fable du laboureur de La Fontaine.
  • Pourquoi une norme ? Avant tout pour s’assurer que toutes les nations entendent la même chose par « responsabilité ».
Compléments :

Another day in paradise

Film de Larry Clark, 1998.

C’est extrêmement violent, on nage dans la drogue, dans une moindre mesure l’alcool et la cigarette, la caméra bouge n’importe comment. Je me suis demandé si cette plongée en enfer n’était pas un acte esthétique gratuit.

Il semblerait que non. C’est en partie l’histoire du réalisateur, et ça reflète peut-être une réalité américaine. 

vendredi 5 novembre 2010

Biocarburants

Beaucoup de rebondissements dans la vie des biocarburants. Ont-ils un avenir ?

Peut-être, mais pas sous la forme d’éthanol. D’un côté la biomasse pourrait être utilisée par des centrales qui alimenteraient en énergie de futures voitures électriques. D’un autre, le sucre tiré de la cellulose fournirait des carburants proches du diesel, donc employables par l’aviation. Cette énergie serait produite à partir de déchets (bois, paille, tiges de maïs…). Pas de concurrence avec l’alimentation humaine.

Meilleur des mondes ? Quand on réfléchit un peu, on trouve des solutions qui résolvent tous les problèmes ?

Compléments :
  • Intérêt de la biomasse ? Le « bilan carbone » pourrait être nul. Peut-être aussi un bon rendement : l’énergie solaire est directement utilisée par la plante. 

BBC en grève

Ce matin la BBC était en grève.

Depuis quelques temps, je sentais une certaine fébrilité. Ses informations relayaient beaucoup d’études pessimistes quant au succès des mesures gouvernementales.

Similarités avec la radio publique française ? La vertueuse Angleterre pourrait-elle être gagnée par le Mal français : des grèves sauvages ?

Droit romain

VILLEY, Michel, Le droit romain, Que sais-je, 2005. Ce que nous appelons droit romain remonte à 150 avant JC. En quelques décennies les Romains sont à la tête d’un empire. Il leur faut un nouveau régime politique. Pragmatiques et utilitaristes, ils abandonnent leur droit archaïque et adoptent la pensée (philosophie) grecque. Ils lui donnent l’application pratique qui l’intéressait peu.

L’objet de la justice pour le Grec est d’établir une « égalité proportionnelle aux qualités et à l’importance de chacun ». « Comment bien répartir les choses entre les hommes (…) c’est là le problème du droit ».

Le droit est un « art », « né de l’expérience » et « soumis au contrôle de l’expérience ». C’est une « recherche », une « vie ». Une observation patiente et minutieuse, « une poursuite incessante du juste ». Son principe est que « naturellement se forment de justes rapports sociaux », il faut les « observer pour y découvrir les bonnes solutions juridiques. » (« Loi naturelle » selon la définition d’Aristote.)

En pratique, le droit est une « pyramide » de concepts structurés. L’objet du droit – la justice au sens grec - étant à son fait. En outre, comme le droit archaïque, il est tempéré par la morale. (Le droit étant « certitude » et « précision », la morale « nuance » et « complexité ».)

Notre droit est nourri de droit romain. En particulier, il fait de la propriété la « base de la liberté individuelle ». D’ailleurs dès la période archaïque le chef de famille y jouit d’une liberté au sens occidental du terme : « posséder une sphère d’activité indépendante ».

Mais, si nous nous sommes inspirés de ses concepts, nous avons trahi son esprit. Alors qu’il était un droit pragmatique du rapport social, le nôtre est un droit dogmatique de l’individu. La transformation s’est faite du XVIème au XIXème siècle. Elle a cherché à construire un « système » (au sens de Descartes), une « science », basée sur un édifice idéologique artificiel, en particulier la loi naturelle telle que réinterprétée par les Lumières. D’où des « formules absolutistes », pour le moins maladroites.

Commentaires :

Curieux livre. Une fois de plus on y voit les méfaits de la science qui a été utilisée pour justifier une idéologie. Avant le management scientifique de Taylor et le socialisme scientifique de Marx, c’était notre droit qui avait subi ce traitement ? Bizarrerie supplémentaire : le droit grec et romain était, au fond, beaucoup plus scientifique que notre droit moderne. 

jeudi 4 novembre 2010

Changement en Chine

Correspondant de la BBC, ce matin : qu’est-ce qui a changé en Chine ? Les vélos ont été remplacés par des voitures. On peut poser n’importe quelle question aux gens dans la rue. Mais il y a un parti unique.

Ce n’est peut-être pas à déplorer. Les changements d’adaptation, dont l’objectif est clair et ne fait pas débat, sont plus efficacement menés par le dirigisme que par la démocratie. Pendant les guerres, le processus démocratique est réduit au minimum. Plus exactement, la démocratie s’accorde à suivre les décisions d’un chef.

L’avantage de la démocratie sur le dirigisme se voit lors des périodes d’incertitudes dans lesquelles la société n’a pas d’objectif clair (comme actuellement). Il y a alors besoin d’impliquer le maximum d’esprits dans la recherche de la prochaine direction à suivre. 

Gouvernance des entreprises

Le scandale d’Enron a fait de la « gouvernance » des entreprises le sujet de toutes les attentions. Aujourd’hui, on découvre que les mesures prises n’ont pas d’effet sur la performance de l’entreprise.

En fait, il faut « mettre en place de meilleurs contrôles des risques ». « Une bonne gouvernance d’entreprise ne peut pas compenser une culture toxique ». Les réformes doivent maintenant porter sur des « choses intangibles telles que les valeurs et les traditions des entreprises ».

Découvririons-nous que la valeur de l’entreprise n’est pas exclusivement le fait de ses dirigeants ?

Compléments :

Hypersarkozysme

J’explique que nous interprétons les ordres d’un dirigeant en fonction d’un stéréotype simpliste que nous avons de lui. Un DG qui travaille avec l’administration me dit qu’elle fait de « l’hypersakozysme ». Elle perçoit notre président comme le diable et s’applique à reproduire ce qu’elle croit être son intention.

Hypersarkozysme fait réagir un universitaire. Son président est un « ancien Trotskyste », « qui se prend pour un patron d’entreprise », et qui dirige l’université en tyran, dans une joyeuse confusion (il est à la fois président de l’université et de sa fondation, les moyens de l’une et de l’autre n’étant plus très bien séparés). Son obsession est de trouver de l’argent (« tout le monde doit payer ») pour recruter des « stars ». Il s’était adjoint un spécialiste du talent universitaire, mais lorsque ce dernier a découvert que l’université en était riche, qu’il suffisait de le faire connaître, il fut « vidé ».

Le président divise pour régner. « il a monté les quadra contre les autres ». Mais il rencontre « une opposition systématique » d’une minorité qui conteste pour contester. Quant à la majorité, elle est silencieuse : « on ne peut pas être complètement contre », mais elle a peur d’un coup de Jarnac.

On se croirait en France. 

mercredi 3 novembre 2010

Politique économique américaine

Tentative de caractérisation de la politique économique américaine :

La Chine serait un épouvantail commode. Elle donne à l’Amérique une excuse pour ne pas remettre sa maison en ordre. Or, non seulement elle n’attaque pas ses problèmes structurels mais elle les maintient en vie, à l’image de ses banques et de ses foyers surendettés, qui ne peuvent pas vendre leur maison pour aller chercher un emploi. Elle fait marcher la planche à billets, qui, au lieu d’alimenter la nation, nourrit des spéculations dangereuses chez les pays, émergents notamment, qui ne peuvent pas se protéger.

Compléments :

Élection aux USA

Les élections de mi mandat aux USA ont donné ce qui était prévu. Défaite démocrate. L’électorat demande toujours le changement que lui avait promis B.Obama.

Comme N.Sarkozy, B.Obama pensait qu’on l’avait élu pour appliquer son programme, alors qu’on s’attendait à ce qu’il rompe avec le passé ? Réforme de la santé, symbolique de cette maladresse : dogmatisme et manque d’écoute ? Le problème urgent des Américains n’était pas leur santé, mais la transformation d’un modèle de société qui n’est plus américain ? (Le raisonnement s'étend probablement à la France.)

Enseignement : ce n'est pas un programme que l'on élit, c'est un homme ?

Compléments : 
  • L’expérience du changement montre que le mieux est de laisser ceux que l’on veut aider suivre leurs envies, et de profiter de l’expérience qu’ils acquièrent ainsi. Ce n’est qu’alors qu’on peut les aider efficacement. Et, lorsque l’on n’a pas le pouvoir, on apprend à écouter et à observer. L'Amérique a rendu un service à son président ?

Financement privé de la recherche

L’économiste Barry Eichengreen se demande pourquoi « nous » avons pu croire que « la politique monétaire avait apprivoisé le cycle économique », alors que des légions de prix Nobel d’économie savaient que les hypothèses sur lesquelles reposait cette idée étaient fausses.

Réponse : parce que ce sont les banques qui paient les recherches des économistes, les enseignants de MBA, et embauchent leurs étudiants.

Plus subtile : l’économie (la vraie) a montré qu’il y avait un « coût psychologique » à ne pas suivre le troupeau. Dès qu’une mode s’installe dans la société, le scientifique ne peut que s'y conformer. Il est victime d’une « capture cognitive ». 

mardi 2 novembre 2010

L’énigme du paysan

A chaque vacance, je me demande pourquoi les paysans n’en ont pas besoin. Et si c’était, comme le dit un précédent billet, une question de sens.

Leur travail avait du sens, il ne les fatiguait pas, autrement que physiquement. Le travail moderne a perdu ce sens, il est usant.

Cela explique aussi peut-être pourquoi je n’ai pas besoin de vacances. Et pourquoi, j’ai choisi mon curieux mode de vie.

Compléments :

Coup de Trafalgar pour Nelson

La BBC commentait ce matin la fusion entre armées française et anglaise. Elle citait Nelson : « we should hate the French as the Devil ». Nelson torpillé par les siens ?

Les mêmes informations parlaient d'une étude, qui porte  l’augmentation du chômage anglais, pour cause de rigueur, à 1,5m de personnes. Et si M.Cameron voulait réaliser la société de loisirs dont rêve Mme Aubry ? 

Géographie et histoire


Dans les mêmes conditions les communautés humaines ont trouvé de mêmes solutions. Les sociétés agricoles se sont constituées partout où les conditions étaient favorables. La complexification de ces sociétés a été à l'origine de tous les grands courants de pensée. Les Moyens-âges ont été partout suivis par des renaissances et leurs intellectuels. L’avantage géographique a migré avec le temps d’une contrée à une autre. Aujourd’hui, il pourrait avoir disparu : les problèmes sont désormais globaux.

L’humanité a opéré sa jonction, et est un tout ?

Compléments :
  • Un détail curieux : pourquoi les fermiers ont-ils liquidé les chasseurs cueilleurs ? Les conditions de vie des premiers étaient bien moins bonnes que celles des seconds, mais elles leur permettaient d’entretenir de grandes communautés. Et ces communautés ont développé un armement sophistiqué du fait de leurs tiraillements internes incessants. Surtout, ils ont généré de nouveaux types de maladies contre lesquelles leurs confrères sauvages n’étaient pas immunisés. Et si nos pestes étaient nos meilleures alliées ?
  • La société contre l’homme.

lundi 1 novembre 2010

Changement et lois

Aristote (Les politiques) pensait que ce qui comptait le plus dans une loi, c’est qu’elle soit appliquée, non qu’elle soit le plus juste possible. Par conséquent, il fallait se garder de la faire évoluer trop souvent.

Le législateur français n’a pas lu Aristote. Il ne se préoccupe pas le moins du monde de la mise en œuvre de ses textes. Si bien que nous ne connaissons pas nos lois, qui non seulement sont inefficaces, mais aussi souvent invraisemblablement répressives (tentative désespérée de secouer l’indifférence de la nation ?).

Wikileaks


Cela semble fonctionner comme le Canard Enchaîné. Ou, plus exactement être un Canard Enchaîné de gros qui livre des détaillants, les journaux, qui ont les moyens de trier et d’analyser les masses d’informations qu’il reçoit.

Sinon, Wikileaks est financé comme Wikipédia, par des donations.

Bref, pas grand-chose de nouveau, ou de condamnable, au fond. 

2409

Thèmes du mois dernier :

Les transformations de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique expliquées par leurs structures sociales.
Dans la veine inépuisable des errements de l'esprit occidental :
Enquête sur le développement durable (suite).
Parmi les changements divers. 
Pour conclure, quelques notes pratiques (Comment reconnaître une spéculation ?Négociation patronat syndicat) et un retour à mon métier d’origine : Prix du logiciel. Et aussi : Google investit dans le vent, ses dirigeants font ce qui leur chantent ; ceux de Microsoft auraient perdu le nord (Microsoft et smartphone).

dimanche 31 octobre 2010

L'économie patine ?

Il y a quelques jours le gouvernement britannique pavoisait : la croissance était plus forte que prévue, sa rigueur ne créerait pas une nouvelle récession.

Certes, mais, d’après ce que j’ai compris de l’explication de la BBC, la dite croissance serait en partie due aux mesures keynésiennes du précédent gouvernement… Qu’arrivera-t-il quand elles se seront dissipées ?

D’ailleurs, le phénomène serait général, en Europe : l’économie est anémique… 

Le Sénat en avance sur son temps

Hier, je traverse le jardin du Luxembourg. L’horloge du Sénat a une heure de retard.

Souci d’économie ? Il était moins cher de faire travailler l'horloger le samedi, voire le vendredi, que le dimanche ? Souci du bien être du travailleur, que l’on ne veut pas arracher à son foyer le dimanche ?…

Intéressant précédent. Le Sénat n’est-il pas notre modèle à tous, en termes de respect des lois ? Alors, si nul n’est sensé ignorer les lois, leur respect n’est nullement impératif ?

Compléments :

  • Ayant confondu avance et retard, et passage à l'heure d'hiver en avance..., dans la première version du billet, je l'ai modifié. (D'où commentaire - que je remercie !).

Injustice

Aurais-je trouvé une définition pour « injustice » ?

Ce serait ne voir que ses qualités et les défauts des autres. Du coup le monde est insupportable : le pouvoir et la richesse sont à l’incapable. Le génie est brimé.

Celui qui a le défaut inverse est béni des dieux : il remercie le ciel qu’un monde aussi merveilleux tolère son insondable médiocrité. 

samedi 30 octobre 2010

De l’importance de ne pas être français

On a enfin trouvé une qualité à l’OVNI Tea Party : il n’est pas français.

Ses membres sont bien élevés, ils ne cassent rien, ne salissent rien, ne font pas de bruit, et ce ne sont pas des paresseux, irresponsables, qui croient au père Noël, mais, au contraire, des personnes qui réclament de la mesure et de l’économie.

Blog de Bondy

Blog rédigé par les (jeunes ?) habitants de Bondy. Curieux, il est follement inconvenant :
  • Ceux qui y écrivent n’ont rien de la racaille de M.Sarkozy, ils sont dynamiques, sympathiques, plein d’humour, ça change du cafard du Français de souche.
  • Et ils disent ce qu’il n’est pas bien de dire : par exemple qu’une famille africaine fait du bruit, mais qu’on ne peut rien y faire de peur de représailles.
Toute notre information n’est que manipulation ? Tout est transformé, rendu méconnaissable, par l’idéologie ?

Compléments :

  • Avant hier, je me suis trouvé au milieu de manifestants. Ils étaient tellement éparpillés, tristes et déprimés que je n'ai pas tout de suite compris qui ils étaient. Ceux qui étaient autour de moi semblaient des militants de toute les causes, dont certains étaient à la retraite. Est-ce cela la grande indignation populaire dont me parle la radio publique depuis des mois ? Ce qui me rappelle une histoire que l'on m'a racontée aux Antilles : un cyclone n'est pas passé où il devait, pourtant les destructions ont été grandes. Les habitants avaient démoli leurs maisons pour être certains d'être dédommagés par leurs assurances. J'ai l'impression que nos dernières grèves, aussi, nous ont montré que nos mouvements d'humeur nationaux ne sont pas totalement spontanés...

L’énigme de Bouygues

Un paradoxe qui intriguait un ami, médecin du travail au siège de Bouygues : les ouvriers du bâtiment peuvent avoir les pires maux et handicaps, ils veulent travailler ; les bureaucrates sont des malades imaginaires.

Plus de 20 ans après qu’il m’ait raconté cette histoire, je lui ai peut-être trouvé une explication. Et elle se trouve dans le billet précédent.  

Le travail des ouvriers a un sens, pas celui des bureaucrates. Une même tâche peut être vue comme une punition ou comme une récompense, selon qu’on lui ait donné l’un ou l’autre sens. On peut conduire une personne au suicide en lui faisant faire ce qui enchanterait quelqu’un d’autre !

Risques psychosociaux et entreprise

LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010. Les entreprises désirent « faire quelque chose » pour éliminer les risques psychosociaux (« ne serait-ce que pour se prémunir contre le risque de sanctions juridiques »), mais ne savent pas quoi. (Elles ne sont pas aidées : la « vision classique de la prévention » est « à dépasser ». Elle oublie la « dimension sociale » de la question.)
  • Le « manque de reconnaissance » du travail effectué favorise le « trouble psychique ». Si ce que l’on fait semble absurde, le moindre imprévu – qui n’a peut-être rien d’anormal ! - provoque une souffrance. (Paradoxe : ce qui ferait souffrir ne serait pas le travail en lui-même, mais la perception que l’on en a !) Il faut « donner du sens au travail ».
  • On retrouve du sens, de la « fierté », un « sentiment d’appartenance », quand on prend conscience de « l’importance sociale » de son travail. Il est aussi utile de permettre aux « salariés de définir collectivement ce qu’est le travail « bien fait » et de donner un sens positif aux différentes activités réalisées. » 
  • La « reconnaissance » vient d'abord de ses pairs. Aussi, posséder un « métier », un corpus de règles qui expliquent comment résoudre les problèmes que pose sa tâche, et le sentiment d'avoir une mission reconnue, rend imperméable à l'aléa. Mais il n'y a pas de « métier » si tout le monde ne lui appartient pas.
  • La rupture du contrat moral implicite qui récompensait l’engagement personnel exceptionnel par une « carrière » a lui aussi créé un sentiment d’injustice, qui a fragilisé l’employé. La carrière doit renaître.
  • Si le management n’a pas le même point de vue que l’employé sur ce que signifie bien faire son travail, il y a sentiment d’injustice. Il faut « associer les agents à la définition des projets de changement ». 
  • Il faut « réfléchir aux asymétries de pouvoir », les dysfonctionnements s’accumulent chez certains, qui en sont accusés alors qu’ils n’en sont pas responsables et qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce qui passe par une reconception collective des processus de travail, afin d’éliminer de tels dysfonctionnements, et la « recherche d’autonomie collective ». 
  • Dans le même esprit, l’entreprise doit collectivement chercher une différenciation de son offre qui l’éloigne du stress d’une concurrence débilitante ; et des « solutions collectives » aux « difficultés dans le travail », notamment par des « espaces de régulation et de discussion », qui permettent apprentissage du métier, « performance collective » et règlement à l’amiable de conflits.
  • Par où démarrer la réforme de l’entreprise ? « Une évaluation quantitative à l’aide d’échelles de mesure validées et intégrant les aspects organisationnels permet de dresser une première cartographie ; d’effectuer des comparaisons dans le temps et entre services afin de mieux détecter les facteurs de stress ou de protection et de convaincre les différents partenaires sociaux d’agir. Un comité de pilotage associant direction, médecin du travail, salariés et représentants syndicaux est alors chargée de poser un diagnostic et de proposer des réponses. » Mais surtout il faut « initier une démarche de détection et de résolution de problèmes « par le bas », au plus près du terrain et donc de la connaissance pratique des difficultés rencontrées ».
Commentaires :

Ce que dit cet article aurait paru évident à nos parents. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » s’est demandé l’ami avocat qui m’a transmis l’article.

« Trained incompetence » aurait répondu Veblen ? Dans ma jeunesse on m’affirmait que la direction des entreprises était promise aux esprits mathématiques. En MBA on m’a présenté des modélisations simplistes et ridicules qui sont aujourd’hui accusées d'avoir créé notre crise. Les modes de management nous expliquent que pour diriger une entreprise il faut acheter des logiciels et appeler des consultants… Lavage de cerveau qui nous a fait perdre le contact avec la réalité ?

Compléments : 
  • Ce qui est décrit ici correspond quasiment point pour point au propos de mes livres. Or, je ne parle pas de santé mais de changements. Et ils sont vus de la perspective du patron. Ma rationalité est exclusivement économique. L’optimum économique serait-il un optimum humain, comme le disaient mes anciens, et vénérables, associés ?

vendredi 29 octobre 2010

Angleterre en piqué ?

L’économiste Brad DeLong divise le monde. La Chine a procédé à une relance keynésienne et s’en porte bien. Ensuite, il y a le reste du monde qui ne sait à quel saint économique se vouer et qui en souffre. On y trouve la sous-catégorie de ceux qui manquent de crédibilité et qui ont dû restructurer leur économie dans la douleur.

Et puis il y a l’Angleterre. Personne ne lui demandait rien, elle pouvait emprunter à pas cher, y compris à son peuple. Pourquoi s’est-elle jointe au dernier camp ? Alors que rien ne se dessine pour mettre au travail le million de chômeurs qui en résultera ?

Ces derniers temps, il semble qu’il n’y ait plus que des économistes keynésiens. Sélection naturelle ? Les économistes monétaristes ont été dévastés par la crise qui a démontré l’erreur des hypothèses dont dépendait leur art ?

Air Sarko

Minute d’humour des informations de BBC4 consacrée au luxueux avion présidentiel français.

C’est un symbole. Celui d’une époque, révolue ?, où les dirigeants salariés se sont pris pour des super-stars, et où les gouvernants se sont cru de grands patrons. (Pour un autre exemple, frappant : Blair l'américain.)

Homme marionnette sociale ?

Ancien débat : l’homme agit-il sur les événements ou en est-il la marionnette ?

Mon idée actuelle est que les hommes « remarquables » ne sont remarquables qu’en ce qu’ils ont réussi à synthétiser les idées de leur temps. Et que s’ils n’avaient pas été là d’autres l’auraient fait (seuls ou à plusieurs).

Ce n’est pas pour autant un encouragement à la passivité. Il est avantageux d’être « remarquable », et, plus généralement, de jouer le rôle pour lequel l’inné et l’acquis nous ont préparés. Comme le disent Montesquieu et Adam Smith, c’est en voulant faire notre intérêt personnel que nous faisons l’intérêt collectif.

Cette idée n’est pas non plus positiviste. Le monde ne va pas dans une direction bien définie. Sa nature chaotique fait qu’il est soumis à des ruptures imprévisibles.

Compléments :
  • Robert Merton a fait une étude des grandes découvertes qui justifie ce que je dis des hommes remarquables. MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • Un exemple de chaos possible, à l’occasion du hasard d’événements européens récents (auquel il aurait fallu ajouter la disparition d’une grande partie du gouvernement polonais dans un accident d’avion).

jeudi 28 octobre 2010

ISO 26000

Brève présentation par un expert des principes d’ISO 26000. C’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.  ISO 26000 serait une question de choix, et non un labyrinthe de recommandations incompréhensibles.

Il demande d’identifier les enjeux capitaux pour l’entreprise, ainsi que les « parties prenantes » liées, sachant que celles-ci sont à entendre dans un sens très large (il peut y avoir des enjeux sans parties prenantes et des parties prenantes non humaines ou non existantes – nature, descendants…).

Ensuite, il faut trouver les sujets qui concernent le plus l’entreprise, soit parce qu’ils touchent à sa nature (entreprise humaniste), soit parce qu’elle tend à les oublier (entreprise technologique et homme). À ce point ISO 26000 pose des questions importantes et guide la recherche de celui qui veut y répondre.

Effectivement, si c’est cela ISO 26000, ce peut être un moyen de transformer les comportements collectifs (changement). Ce n’est pas une simple justification du statu quo.

Compléments :
  • Une question de l’assistance : qu’est-ce qu’ISO 26000 fait gagner à l’entreprise ? Je soupçonne que si la démarche est efficace, elle doit conduire l’entreprise à se sentir mieux, tout simplement. Or, les problèmes extrêmement coûteux de la santé au travail viendraient en grande partie d’une perte de sens du travail. Du coup, les aléas ordinaires (!) d’un emploi ont des effets dévastateurs sur l’homme. (LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010.)
  • RSE.

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.

Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.

(Google aurait emprunté l'expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Religion de l’Homme


Durkheim estime que la religion moderne est celle de l’Homme. L’Homme s’entendant comme ce que nous avons tous en commun – à ne pas confondre avec l’utilitarisme égoïste anglo-saxon. Cette religion est née avec les Lumières, elle a été théorisée par Kant et Rousseau, et sa patrie est la France. Elle est le seul moyen d’apporter un peu de cohésion à une humanité dont les éléments sont éloignés par « le progrès incessant de la division des tâches » inhérent à notre mode de développement. Elle est une continuation de la religion chrétienne qui a « érigé (l’individu) en juge souverain de sa propre conduite ». C’est la religion de la raison. Nous devons l’utiliser pour prendre des décisions qui sont bonnes pour l’Homme.

Vu l’état de l’humanité, il semble que nous ayons encore beaucoup de travail à faire dans l’art du bon usage de la raison… 

mercredi 27 octobre 2010

Le test d'intelligence final

Il paraît qu'on a enfin compris ce qu'était l'intelligence, et qu'on sait la mesurer :

Click here to go straight to the ultimate intelligence test

(L'article d'où vient le test.)

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l'équivalent du statu quo.

C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)

Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.

L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.

Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?

Compléments :

Réformes en France et en Angleterre

L’Angleterre plonge dans un inconnu qui effraie même les plus libéraux, personne ne bouge. Les « réformettes » françaises (expression d’un journaliste de l’Expansion qui a fait s’étrangler son interviewer de France Culture, avant-hier) soulèvent la révolte. Curieux.

J’ai appris dans une de mes lectures récentes que le premier à avoir délocalisé était un patron de gauche (ancien du CERES), Alain Gomez. Notre gauche a été fort libérale lorsqu’elle était au pouvoir. L’arrivée de Martine Aubry marque une forme de retour à la pureté idéologique, qui a été éliminée en Angleterre par Margaret Thatcher.

L’Angleterre ne proteste pas parce qu’elle n’a plus les structures sociales nécessaires à l’organisation d’une manifestation ? La France proteste parce qu’elle a des organismes dont c’est, en quelque sorte, la raison d’être ?

Rosemary’s baby

Film de Roman Polanski, 1968.

Je me demande si, dans l’œuvre de Polanski, il n’y a pas une tendance à placer un petit personnage innocent dans un univers kafkaïen. Le Mal gagne. Et le petit personnage s’en trouve finalement bien. (cf. Le bal des vampires.) 

mardi 26 octobre 2010

Réformes anglaises

Mon métier me fait dire que tout le succès du changement est dans sa mise en œuvre. Or on ne sait rien de clair de la mise en œuvre des brutales réformes anglaises. Ce matin j’entendais un interviewé de la BBC dire qu’elles allaient relancer le pays parce qu’avec un État moins coûteux, il y aurait moins d’impôts, et des entreprises plus compétitives. Ça semble court.
  • Les 500.000 licenciés du secteur public vont devoir trouver un emploi. Le temps qu’ils cherchent, ils seront au chômage (payés par l’État). En outre, ils risquent de moins consommer.
  • Le privé est un gros fournisseur de l’État, comme en France. Beaucoup d’entreprises ne vont-elles pas capoter ? (PWC estime les pertes à 500.000 personnes supplémentaires.)
  • Une des idées de D.Cameron est que le privé va prendre le relais du public. Il va s’occuper des pauvres, des écoliers… Oui, mais s’il le fait cela va mobiliser des ressources, qui n’iront pas à l’économie… Même si elles sont plus efficaces que le public (l’idée n’est pas neuve, a-t-elle fonctionné un jour ?), le gain n’est que marginal. Et l’on peut se demander si le talent nécessaire ne serait pas mieux utilisé ailleurs.
  • Ce chômage devrait peser sur les salaires (concurrence), et augmenter la rentabilité des entreprises qui gagneront donc sur deux tableaux. Mais, où est l’explosion créatrice ? Où sont les innovateurs qui n’attendent qu’une baisse de leurs impôts pour créer des produits enthousiasmants que l’on s’arrache ? D’ailleurs, qui aura envie de leur acheter leur production, si le chômage augmente ?
  • Ne risque-t-on pas d’éliminer ou de dégrader des services de l’État qui avaient une importance pour l’économie que l’on ne soupçonne pas ?
Ultralibéralisme touchant de naïveté ?

Facs en grèves

Amusant prolongement de ma réflexion sur le trotskisme. Une nouvelle vague de résistance à la réforme des retraites se fait jour. Et il s’agit, curieusement, des étudiants, UNEF et SUD en tête. Les bastions du trotskisme.

Question : le mouvement de résistance est-il planifié méthodiquement, ou correspond-il à une suite d’improvisations ?

Initialement, je penchais pour la seconde solution, mais maintenant je serais plutôt en faveur de la première. En effet, si mon hypothèse trotskiste est juste, pourquoi les étudiants se révolteraient-ils aussi tardivement, alors que ce sont les plus faciles à agiter ? 

Tea Party et bataille d’élites

Le Tea Party a semblé un OVNI. Mouvement spontané et incontrôlé. Mais son aspect se précise :

Curieusement, son obsession serait une de mes anciennes observations. La prise du pouvoir par une élite intellectuelle héréditaire.

On explique que l’Amérique fonctionne comme la France républicaine : l’ascenseur social est désormais scolaire. Le non renouvellement de l’élite dès lors s’explique soit par une supériorité intellectuelle innée de la classe dirigeante soit par la mise à mal de l’ascenseur social par destruction de l’éducation primaire.

Mais est-ce là qu’il faut chercher la cause du malaise américain ? L’ascenseur social scolaire n’est pas un modèle culturel naturel aux USA ; ensuite, il ne fonctionne pas : le système actuel de sélection de l’élite ne produit pas un pays dynamique et riche.

Une autre caractéristique du Tea Party émerge : il est constitué de gens plus riches et mieux éduqués que la moyenne. Et, surtout, il n’est pas lui-même sans lien avec la dite élite.

Serait-on en face d’une manipulation ? L’élite intellectuelle riche et religieuse (dirigeants républicains) affronte l’élite intellectuelle riche et non religieuse (dirigeants démocrates). Ces deux élites lancent l’une contre l’autre leurs troupes de pauvres (démocrates) et de modestes (républicains). Troupes qui en veulent à l’autre camp des maux que leur fait subir la crise, alors qu'elles ont été victimes de l’élite en général ?

Compléments :

Histoire des Trotskistes

Charpier, Frédéric, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Edition n°1, 2002.

Le Trotskisme commence avec la NEP de Lénine. Trosky exècre ce retour du capitalisme pour des raisons de salut public. Surtout il hait la bureaucratie qui a pris le pouvoir en URSS. Elle détourne la révolution de son projet originel, la conquête du monde. Il est exilé. Wall Street sable le champagne. Les trotskistes français viennent à son aide.

Le mouvement trotskiste français date donc des origines. Il se définit avant tout comme un anti-stalinisme. Donc anti-PC (et anti CGT).

Jusque dans les années 60, il ne comptera que quelques centaines de personnes. En majorité des intellectuels, qui s’entre-déchirent, et sont incapables d’en appeler aux « masses », dont pourtant ils veulent faire le bonheur. De ce fait, ils pratiquent « l’entrisme », ils s’infiltrent dans tout ce qui a le pouvoir de mettre en mouvement le peuple. Les syndicats (FO, l’anti-CGT), le PS, le Grand Orient (dont ils fournissent de Grands maîtres), mais aussi le parti communiste, lorsqu’ils pensent que la révolution est imminente est que, seul, il a la puissance d’en tirer parti. (Ils ont une histoire quasiment parfaite de prévisions fausses - y compris celle de l'échec de la gauche en 81 !)

Raymond Marcellin va faire leur fortune. En s’acharnant sur eux, il les rend séduisants. Leurs rangs gonflent. C’est alors qu’ils acquièrent leur formidable capacité à manœuvrer les étudiants.

Ils semblent aussi jouir d’un énorme capital de sympathie au sein de l’élite intellectuelle, qui gouverne l’opinion. Elle est de toutes leurs causes. Et ils apportent un vivier de dirigeants jeunes et dynamiques au PS. Plus récemment, ils ont profité de la débâcle du PC, du tournant libéral du PS et de la grande peur de la mondialisation (présence dans ATTAC, Sud…).

À la fin du livre (99) trois mouvements survivent :
  • Lutte Ouvrière. Un parti qui cultive les pures valeurs du bolchevisme, et à qui Arlette Laguiller, « femme de paille » d’un certain Robert Barcia, attire la sympathie de la France.
  • Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine. (J’ai appris qu’il avait deux frères, tout aussi militants que lui.)
  • Le parti des travailleurs, de Pierre Lambert, un dirigeant historique qui tient alors son mouvement d’une main de fer.
Commentaires :

Je me suis intéressé au trotskisme parce que je soupçonne qu’il a un lien avec la résistance à / la cause de la réforme des retraites. Ce livre appuie-t-il ou infirme-t-il ma thèse ? En fait il ne dit pas grand chose de ce que croient les Trotskistes. Réflexions :
  • Edwy Plenel est un ex trotskiste. Il se trouve qu’il a porté un des coups les plus terribles à la réforme des retraites (affaire Woerth). Les Trotskistes semblent implantés, aussi,  partout où ça bouge, aujourd’hui. Y compris et surtout chez les étudiants, et ils ont l’art de mobiliser les intellectuels.
  • Ils sont anti-bureaucratie. Ce qui m’a rappelé les cours de MBA que j’ai suivis, où la bureaucratisation de l’entreprise était le mal absolu. Et aussi au néo-libéralisme, que la bureaucratie fait se pâmer.
  • Intellos incapables de s’entendre entre eux. Peut-être sont-ils des leaders naturels, qui cherchent l’indépendance ? D’ailleurs n’est-ce pas pourquoi ils font de « l’entrisme » ? Pour se trouver un pouvoir sans partage, et pour s’éloigner de leurs frères qui consomment un peu trop de leur oxygène ?
  • Comment peuvent-ils prétendre faire le bien de masses avec lesquelles ils n’ont aucun atome crochu ?
Fascinant à quel point cela ressemble au néo-libéralisme. Trotskisme = individualisme de gauche ?