samedi 30 octobre 2010

De l’importance de ne pas être français

On a enfin trouvé une qualité à l’OVNI Tea Party : il n’est pas français.

Ses membres sont bien élevés, ils ne cassent rien, ne salissent rien, ne font pas de bruit, et ce ne sont pas des paresseux, irresponsables, qui croient au père Noël, mais, au contraire, des personnes qui réclament de la mesure et de l’économie.

Blog de Bondy

Blog rédigé par les (jeunes ?) habitants de Bondy. Curieux, il est follement inconvenant :
  • Ceux qui y écrivent n’ont rien de la racaille de M.Sarkozy, ils sont dynamiques, sympathiques, plein d’humour, ça change du cafard du Français de souche.
  • Et ils disent ce qu’il n’est pas bien de dire : par exemple qu’une famille africaine fait du bruit, mais qu’on ne peut rien y faire de peur de représailles.
Toute notre information n’est que manipulation ? Tout est transformé, rendu méconnaissable, par l’idéologie ?

Compléments :

  • Avant hier, je me suis trouvé au milieu de manifestants. Ils étaient tellement éparpillés, tristes et déprimés que je n'ai pas tout de suite compris qui ils étaient. Ceux qui étaient autour de moi semblaient des militants de toute les causes, dont certains étaient à la retraite. Est-ce cela la grande indignation populaire dont me parle la radio publique depuis des mois ? Ce qui me rappelle une histoire que l'on m'a racontée aux Antilles : un cyclone n'est pas passé où il devait, pourtant les destructions ont été grandes. Les habitants avaient démoli leurs maisons pour être certains d'être dédommagés par leurs assurances. J'ai l'impression que nos dernières grèves, aussi, nous ont montré que nos mouvements d'humeur nationaux ne sont pas totalement spontanés...

L’énigme de Bouygues

Un paradoxe qui intriguait un ami, médecin du travail au siège de Bouygues : les ouvriers du bâtiment peuvent avoir les pires maux et handicaps, ils veulent travailler ; les bureaucrates sont des malades imaginaires.

Plus de 20 ans après qu’il m’ait raconté cette histoire, je lui ai peut-être trouvé une explication. Et elle se trouve dans le billet précédent.  

Le travail des ouvriers a un sens, pas celui des bureaucrates. Une même tâche peut être vue comme une punition ou comme une récompense, selon qu’on lui ait donné l’un ou l’autre sens. On peut conduire une personne au suicide en lui faisant faire ce qui enchanterait quelqu’un d’autre !

Risques psychosociaux et entreprise

LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010. Les entreprises désirent « faire quelque chose » pour éliminer les risques psychosociaux (« ne serait-ce que pour se prémunir contre le risque de sanctions juridiques »), mais ne savent pas quoi. (Elles ne sont pas aidées : la « vision classique de la prévention » est « à dépasser ». Elle oublie la « dimension sociale » de la question.)
  • Le « manque de reconnaissance » du travail effectué favorise le « trouble psychique ». Si ce que l’on fait semble absurde, le moindre imprévu – qui n’a peut-être rien d’anormal ! - provoque une souffrance. (Paradoxe : ce qui ferait souffrir ne serait pas le travail en lui-même, mais la perception que l’on en a !) Il faut « donner du sens au travail ».
  • On retrouve du sens, de la « fierté », un « sentiment d’appartenance », quand on prend conscience de « l’importance sociale » de son travail. Il est aussi utile de permettre aux « salariés de définir collectivement ce qu’est le travail « bien fait » et de donner un sens positif aux différentes activités réalisées. » 
  • La « reconnaissance » vient d'abord de ses pairs. Aussi, posséder un « métier », un corpus de règles qui expliquent comment résoudre les problèmes que pose sa tâche, et le sentiment d'avoir une mission reconnue, rend imperméable à l'aléa. Mais il n'y a pas de « métier » si tout le monde ne lui appartient pas.
  • La rupture du contrat moral implicite qui récompensait l’engagement personnel exceptionnel par une « carrière » a lui aussi créé un sentiment d’injustice, qui a fragilisé l’employé. La carrière doit renaître.
  • Si le management n’a pas le même point de vue que l’employé sur ce que signifie bien faire son travail, il y a sentiment d’injustice. Il faut « associer les agents à la définition des projets de changement ». 
  • Il faut « réfléchir aux asymétries de pouvoir », les dysfonctionnements s’accumulent chez certains, qui en sont accusés alors qu’ils n’en sont pas responsables et qu’ils ne peuvent rien y faire. Ce qui passe par une reconception collective des processus de travail, afin d’éliminer de tels dysfonctionnements, et la « recherche d’autonomie collective ». 
  • Dans le même esprit, l’entreprise doit collectivement chercher une différenciation de son offre qui l’éloigne du stress d’une concurrence débilitante ; et des « solutions collectives » aux « difficultés dans le travail », notamment par des « espaces de régulation et de discussion », qui permettent apprentissage du métier, « performance collective » et règlement à l’amiable de conflits.
  • Par où démarrer la réforme de l’entreprise ? « Une évaluation quantitative à l’aide d’échelles de mesure validées et intégrant les aspects organisationnels permet de dresser une première cartographie ; d’effectuer des comparaisons dans le temps et entre services afin de mieux détecter les facteurs de stress ou de protection et de convaincre les différents partenaires sociaux d’agir. Un comité de pilotage associant direction, médecin du travail, salariés et représentants syndicaux est alors chargée de poser un diagnostic et de proposer des réponses. » Mais surtout il faut « initier une démarche de détection et de résolution de problèmes « par le bas », au plus près du terrain et donc de la connaissance pratique des difficultés rencontrées ».
Commentaires :

Ce que dit cet article aurait paru évident à nos parents. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » s’est demandé l’ami avocat qui m’a transmis l’article.

« Trained incompetence » aurait répondu Veblen ? Dans ma jeunesse on m’affirmait que la direction des entreprises était promise aux esprits mathématiques. En MBA on m’a présenté des modélisations simplistes et ridicules qui sont aujourd’hui accusées d'avoir créé notre crise. Les modes de management nous expliquent que pour diriger une entreprise il faut acheter des logiciels et appeler des consultants… Lavage de cerveau qui nous a fait perdre le contact avec la réalité ?

Compléments : 
  • Ce qui est décrit ici correspond quasiment point pour point au propos de mes livres. Or, je ne parle pas de santé mais de changements. Et ils sont vus de la perspective du patron. Ma rationalité est exclusivement économique. L’optimum économique serait-il un optimum humain, comme le disaient mes anciens, et vénérables, associés ?

vendredi 29 octobre 2010

Angleterre en piqué ?

L’économiste Brad DeLong divise le monde. La Chine a procédé à une relance keynésienne et s’en porte bien. Ensuite, il y a le reste du monde qui ne sait à quel saint économique se vouer et qui en souffre. On y trouve la sous-catégorie de ceux qui manquent de crédibilité et qui ont dû restructurer leur économie dans la douleur.

Et puis il y a l’Angleterre. Personne ne lui demandait rien, elle pouvait emprunter à pas cher, y compris à son peuple. Pourquoi s’est-elle jointe au dernier camp ? Alors que rien ne se dessine pour mettre au travail le million de chômeurs qui en résultera ?

Ces derniers temps, il semble qu’il n’y ait plus que des économistes keynésiens. Sélection naturelle ? Les économistes monétaristes ont été dévastés par la crise qui a démontré l’erreur des hypothèses dont dépendait leur art ?

Air Sarko

Minute d’humour des informations de BBC4 consacrée au luxueux avion présidentiel français.

C’est un symbole. Celui d’une époque, révolue ?, où les dirigeants salariés se sont pris pour des super-stars, et où les gouvernants se sont cru de grands patrons. (Pour un autre exemple, frappant : Blair l'américain.)

Homme marionnette sociale ?

Ancien débat : l’homme agit-il sur les événements ou en est-il la marionnette ?

Mon idée actuelle est que les hommes « remarquables » ne sont remarquables qu’en ce qu’ils ont réussi à synthétiser les idées de leur temps. Et que s’ils n’avaient pas été là d’autres l’auraient fait (seuls ou à plusieurs).

Ce n’est pas pour autant un encouragement à la passivité. Il est avantageux d’être « remarquable », et, plus généralement, de jouer le rôle pour lequel l’inné et l’acquis nous ont préparés. Comme le disent Montesquieu et Adam Smith, c’est en voulant faire notre intérêt personnel que nous faisons l’intérêt collectif.

Cette idée n’est pas non plus positiviste. Le monde ne va pas dans une direction bien définie. Sa nature chaotique fait qu’il est soumis à des ruptures imprévisibles.

Compléments :
  • Robert Merton a fait une étude des grandes découvertes qui justifie ce que je dis des hommes remarquables. MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • Un exemple de chaos possible, à l’occasion du hasard d’événements européens récents (auquel il aurait fallu ajouter la disparition d’une grande partie du gouvernement polonais dans un accident d’avion).

jeudi 28 octobre 2010

ISO 26000

Brève présentation par un expert des principes d’ISO 26000. C’est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.  ISO 26000 serait une question de choix, et non un labyrinthe de recommandations incompréhensibles.

Il demande d’identifier les enjeux capitaux pour l’entreprise, ainsi que les « parties prenantes » liées, sachant que celles-ci sont à entendre dans un sens très large (il peut y avoir des enjeux sans parties prenantes et des parties prenantes non humaines ou non existantes – nature, descendants…).

Ensuite, il faut trouver les sujets qui concernent le plus l’entreprise, soit parce qu’ils touchent à sa nature (entreprise humaniste), soit parce qu’elle tend à les oublier (entreprise technologique et homme). À ce point ISO 26000 pose des questions importantes et guide la recherche de celui qui veut y répondre.

Effectivement, si c’est cela ISO 26000, ce peut être un moyen de transformer les comportements collectifs (changement). Ce n’est pas une simple justification du statu quo.

Compléments :
  • Une question de l’assistance : qu’est-ce qu’ISO 26000 fait gagner à l’entreprise ? Je soupçonne que si la démarche est efficace, elle doit conduire l’entreprise à se sentir mieux, tout simplement. Or, les problèmes extrêmement coûteux de la santé au travail viendraient en grande partie d’une perte de sens du travail. Du coup, les aléas ordinaires (!) d’un emploi ont des effets dévastateurs sur l’homme. (LORIOL, Marc, Agir contre le stress et les risques psychosociaux au travail, La documentation française, Août – Septembre 2010.)
  • RSE.

Anglais : boutiquier numérique

Enquête de Google en Angleterre : 7% du PIB anglais viendrait du commerce sur Internet. Record mondial.

Conclusion du dirigeant de Google, qui présente l’enquête à la BBC, ce matin : l’Angleterre est une nation de boutiquiers numériques. Sa culture du commerce, sa langue… se prêtaient à ce succès.

(Google aurait emprunté l'expression à Napoléon : il aurait dit que l’Angleterre était une nation de boutiquiers.)

Religion de l’Homme


Durkheim estime que la religion moderne est celle de l’Homme. L’Homme s’entendant comme ce que nous avons tous en commun – à ne pas confondre avec l’utilitarisme égoïste anglo-saxon. Cette religion est née avec les Lumières, elle a été théorisée par Kant et Rousseau, et sa patrie est la France. Elle est le seul moyen d’apporter un peu de cohésion à une humanité dont les éléments sont éloignés par « le progrès incessant de la division des tâches » inhérent à notre mode de développement. Elle est une continuation de la religion chrétienne qui a « érigé (l’individu) en juge souverain de sa propre conduite ». C’est la religion de la raison. Nous devons l’utiliser pour prendre des décisions qui sont bonnes pour l’Homme.

Vu l’état de l’humanité, il semble que nous ayons encore beaucoup de travail à faire dans l’art du bon usage de la raison… 

mercredi 27 octobre 2010

Le test d'intelligence final

Il paraît qu'on a enfin compris ce qu'était l'intelligence, et qu'on sait la mesurer :

Click here to go straight to the ultimate intelligence test

(L'article d'où vient le test.)

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l'équivalent du statu quo.

C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)

Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.

L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.

Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?

Compléments :

Réformes en France et en Angleterre

L’Angleterre plonge dans un inconnu qui effraie même les plus libéraux, personne ne bouge. Les « réformettes » françaises (expression d’un journaliste de l’Expansion qui a fait s’étrangler son interviewer de France Culture, avant-hier) soulèvent la révolte. Curieux.

J’ai appris dans une de mes lectures récentes que le premier à avoir délocalisé était un patron de gauche (ancien du CERES), Alain Gomez. Notre gauche a été fort libérale lorsqu’elle était au pouvoir. L’arrivée de Martine Aubry marque une forme de retour à la pureté idéologique, qui a été éliminée en Angleterre par Margaret Thatcher.

L’Angleterre ne proteste pas parce qu’elle n’a plus les structures sociales nécessaires à l’organisation d’une manifestation ? La France proteste parce qu’elle a des organismes dont c’est, en quelque sorte, la raison d’être ?

Rosemary’s baby

Film de Roman Polanski, 1968.

Je me demande si, dans l’œuvre de Polanski, il n’y a pas une tendance à placer un petit personnage innocent dans un univers kafkaïen. Le Mal gagne. Et le petit personnage s’en trouve finalement bien. (cf. Le bal des vampires.) 

mardi 26 octobre 2010

Réformes anglaises

Mon métier me fait dire que tout le succès du changement est dans sa mise en œuvre. Or on ne sait rien de clair de la mise en œuvre des brutales réformes anglaises. Ce matin j’entendais un interviewé de la BBC dire qu’elles allaient relancer le pays parce qu’avec un État moins coûteux, il y aurait moins d’impôts, et des entreprises plus compétitives. Ça semble court.
  • Les 500.000 licenciés du secteur public vont devoir trouver un emploi. Le temps qu’ils cherchent, ils seront au chômage (payés par l’État). En outre, ils risquent de moins consommer.
  • Le privé est un gros fournisseur de l’État, comme en France. Beaucoup d’entreprises ne vont-elles pas capoter ? (PWC estime les pertes à 500.000 personnes supplémentaires.)
  • Une des idées de D.Cameron est que le privé va prendre le relais du public. Il va s’occuper des pauvres, des écoliers… Oui, mais s’il le fait cela va mobiliser des ressources, qui n’iront pas à l’économie… Même si elles sont plus efficaces que le public (l’idée n’est pas neuve, a-t-elle fonctionné un jour ?), le gain n’est que marginal. Et l’on peut se demander si le talent nécessaire ne serait pas mieux utilisé ailleurs.
  • Ce chômage devrait peser sur les salaires (concurrence), et augmenter la rentabilité des entreprises qui gagneront donc sur deux tableaux. Mais, où est l’explosion créatrice ? Où sont les innovateurs qui n’attendent qu’une baisse de leurs impôts pour créer des produits enthousiasmants que l’on s’arrache ? D’ailleurs, qui aura envie de leur acheter leur production, si le chômage augmente ?
  • Ne risque-t-on pas d’éliminer ou de dégrader des services de l’État qui avaient une importance pour l’économie que l’on ne soupçonne pas ?
Ultralibéralisme touchant de naïveté ?

Facs en grèves

Amusant prolongement de ma réflexion sur le trotskisme. Une nouvelle vague de résistance à la réforme des retraites se fait jour. Et il s’agit, curieusement, des étudiants, UNEF et SUD en tête. Les bastions du trotskisme.

Question : le mouvement de résistance est-il planifié méthodiquement, ou correspond-il à une suite d’improvisations ?

Initialement, je penchais pour la seconde solution, mais maintenant je serais plutôt en faveur de la première. En effet, si mon hypothèse trotskiste est juste, pourquoi les étudiants se révolteraient-ils aussi tardivement, alors que ce sont les plus faciles à agiter ? 

Tea Party et bataille d’élites

Le Tea Party a semblé un OVNI. Mouvement spontané et incontrôlé. Mais son aspect se précise :

Curieusement, son obsession serait une de mes anciennes observations. La prise du pouvoir par une élite intellectuelle héréditaire.

On explique que l’Amérique fonctionne comme la France républicaine : l’ascenseur social est désormais scolaire. Le non renouvellement de l’élite dès lors s’explique soit par une supériorité intellectuelle innée de la classe dirigeante soit par la mise à mal de l’ascenseur social par destruction de l’éducation primaire.

Mais est-ce là qu’il faut chercher la cause du malaise américain ? L’ascenseur social scolaire n’est pas un modèle culturel naturel aux USA ; ensuite, il ne fonctionne pas : le système actuel de sélection de l’élite ne produit pas un pays dynamique et riche.

Une autre caractéristique du Tea Party émerge : il est constitué de gens plus riches et mieux éduqués que la moyenne. Et, surtout, il n’est pas lui-même sans lien avec la dite élite.

Serait-on en face d’une manipulation ? L’élite intellectuelle riche et religieuse (dirigeants républicains) affronte l’élite intellectuelle riche et non religieuse (dirigeants démocrates). Ces deux élites lancent l’une contre l’autre leurs troupes de pauvres (démocrates) et de modestes (républicains). Troupes qui en veulent à l’autre camp des maux que leur fait subir la crise, alors qu'elles ont été victimes de l’élite en général ?

Compléments :

Histoire des Trotskistes

Charpier, Frédéric, Histoire de l’extrême gauche trotskiste, Edition n°1, 2002.

Le Trotskisme commence avec la NEP de Lénine. Trosky exècre ce retour du capitalisme pour des raisons de salut public. Surtout il hait la bureaucratie qui a pris le pouvoir en URSS. Elle détourne la révolution de son projet originel, la conquête du monde. Il est exilé. Wall Street sable le champagne. Les trotskistes français viennent à son aide.

Le mouvement trotskiste français date donc des origines. Il se définit avant tout comme un anti-stalinisme. Donc anti-PC (et anti CGT).

Jusque dans les années 60, il ne comptera que quelques centaines de personnes. En majorité des intellectuels, qui s’entre-déchirent, et sont incapables d’en appeler aux « masses », dont pourtant ils veulent faire le bonheur. De ce fait, ils pratiquent « l’entrisme », ils s’infiltrent dans tout ce qui a le pouvoir de mettre en mouvement le peuple. Les syndicats (FO, l’anti-CGT), le PS, le Grand Orient (dont ils fournissent de Grands maîtres), mais aussi le parti communiste, lorsqu’ils pensent que la révolution est imminente est que, seul, il a la puissance d’en tirer parti. (Ils ont une histoire quasiment parfaite de prévisions fausses - y compris celle de l'échec de la gauche en 81 !)

Raymond Marcellin va faire leur fortune. En s’acharnant sur eux, il les rend séduisants. Leurs rangs gonflent. C’est alors qu’ils acquièrent leur formidable capacité à manœuvrer les étudiants.

Ils semblent aussi jouir d’un énorme capital de sympathie au sein de l’élite intellectuelle, qui gouverne l’opinion. Elle est de toutes leurs causes. Et ils apportent un vivier de dirigeants jeunes et dynamiques au PS. Plus récemment, ils ont profité de la débâcle du PC, du tournant libéral du PS et de la grande peur de la mondialisation (présence dans ATTAC, Sud…).

À la fin du livre (99) trois mouvements survivent :
  • Lutte Ouvrière. Un parti qui cultive les pures valeurs du bolchevisme, et à qui Arlette Laguiller, « femme de paille » d’un certain Robert Barcia, attire la sympathie de la France.
  • Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine. (J’ai appris qu’il avait deux frères, tout aussi militants que lui.)
  • Le parti des travailleurs, de Pierre Lambert, un dirigeant historique qui tient alors son mouvement d’une main de fer.
Commentaires :

Je me suis intéressé au trotskisme parce que je soupçonne qu’il a un lien avec la résistance à / la cause de la réforme des retraites. Ce livre appuie-t-il ou infirme-t-il ma thèse ? En fait il ne dit pas grand chose de ce que croient les Trotskistes. Réflexions :
  • Edwy Plenel est un ex trotskiste. Il se trouve qu’il a porté un des coups les plus terribles à la réforme des retraites (affaire Woerth). Les Trotskistes semblent implantés, aussi,  partout où ça bouge, aujourd’hui. Y compris et surtout chez les étudiants, et ils ont l’art de mobiliser les intellectuels.
  • Ils sont anti-bureaucratie. Ce qui m’a rappelé les cours de MBA que j’ai suivis, où la bureaucratisation de l’entreprise était le mal absolu. Et aussi au néo-libéralisme, que la bureaucratie fait se pâmer.
  • Intellos incapables de s’entendre entre eux. Peut-être sont-ils des leaders naturels, qui cherchent l’indépendance ? D’ailleurs n’est-ce pas pourquoi ils font de « l’entrisme » ? Pour se trouver un pouvoir sans partage, et pour s’éloigner de leurs frères qui consomment un peu trop de leur oxygène ?
  • Comment peuvent-ils prétendre faire le bien de masses avec lesquelles ils n’ont aucun atome crochu ?
Fascinant à quel point cela ressemble au néo-libéralisme. Trotskisme = individualisme de gauche ?

lundi 25 octobre 2010

Abeille et voyageur de commerce

L’informatique se casse les dents sur le problème du voyageur de commerce : trouver le chemin le plus court pour faire le tour d’un certain nombre de villes.

Il semblerait (d’après la BBC) que si l’on transforme les villes en fleurs, une abeille soit vite capable de résoudre le problème. Si on arrivait à comprendre comprendre ça aiderait nos ordinateurs.

Mais je ne suis pas sûr qu’il n’y ait que les abeilles qui soient intelligentes. Il y a longtemps, un ami travaillait sur une variante de ce problème pour le compte d’une entreprise. Au début son programme a donné de bien meilleurs résultats que ce que savaient faire les planificateurs humains. Mais, curieusement, ils se sont brutalement améliorés, et jamais ils n’ont pu être rattrapés. Nous possédons des mécanismes de calculs bien plus puissants que la raison…

Compléments :

Sure BNP ?

La BNP aurait-elle une culture plus saine que la Société Générale ?

Elle a su conserver un portefeuille d’activités « équilibré ». La banque, « qui est dirigée par un groupe soudé de vétérans de la fusion originale » a résisté aux tentations qui se sont révélées fatales ailleurs. « L’histoire récente de BNP-Paribas (…) est l’histoire d’une expansion et d’une prise de risque consistante, et étroitement contrôlée. » Stop. Think. Act.

IPCRESS

Film de Sidney J.Furie, 1965.

Anti-James Bond où le héro est un repris de justice de basse condition. Personnage décalé, et gentil.

Je me suis demandé si ce n’était pas une fable sur la société anglaise. Les chefs sont du meilleur monde, des originaux, raffinés et perfides. Le subordonné est leur opposé, il possède une sorte de talent inné, irrationnel, lié à son « insubordination » même, qui, au fond, les fascine. D’ailleurs sous le vernis du rapport de classe, il y a de brefs gestes d’estime réciproque. 

dimanche 24 octobre 2010

Grèves vues de l’étranger

Ce que je lis de la presse étrangère semble étonné des mouvements de protestation qui accompagnent la réforme des retraites chez nous.  

Qu’est-ce qui justifie une telle violence ? Pourquoi refuser une réforme qui ne pose aucun problème à aucun peuple étranger ? Les journalistes font un effort méritoire pour modéliser un comportement qui échappe à la raison. On convoque l’ethnologie. « Les Français » seraient, religion ?, attachés à une forme très précise d’État providence, voire à une vie de loisirs (comme le disaient hier les informations de France Culture).

Ce qui me frappe est que, sans les journaux, je ne saurais rien de ce mécontentement. Aucun lycée n’est barricadé autour de chez moi, pas plus que ceux, d’élite, du Quartier latin. Curieusement, j’ai eu le même sentiment, à l’époque où je vivais à Cambridge et que Madame Thatcher s’en prenait à ses mineurs.

Dans les deux cas les privilégiés ont été protégés ? C’est la France d’en bas qui trinque ?
J’entendais des leaders du PS s’indigner que pour une fois on n’écoute pas « la rue ». (La France des beaux quartiers se croit-elle revenue au temps des Misérables ?) On n’écoute peut-être plus les grèves parce qu’elles ne pénalisent que les faibles.

Je me demande si nous ne traversons pas la même transition que les Anglais de Madame Thatcher. Fin d’un monde ? Celui de l’État tuteur et du citoyen assisté ? Et nos manifestations ne sont qu’une manifestation du refus de ce changement ? Nous vivons un deuil ?

Compléments :
  • Are the French different?
  • Where the streets have no shame.
  • Struck off.
  • Madame Thatcher, comme Monsieur Sarkozy, aurait-elle été la main visible d’un changement implacable, d’un des grands mouvements sociaux dont parle Tolstoï ? (Dans Guerre et Paix il montre les conquêtes napoléoniennes comme un mouvement général de l’humanité d’ouest en est, accompagné d’un reflux. Napoléon et ses adversaires ne sont que des mouches du coche.)

Traité en Europe

Depuis quelques temps j’entends parler d’une modification des traités européens. Je nous croyais guéris de l’aventure. (D’ailleurs les Anglais menacent de se saisir de toute nouvelle évolution pour organiser un référendum, donc sortir de l’UE.)

Si je comprends bien, il s’agit de prévenir la mise en péril de l’économie européenne du fait d’une mauvaise gestion par l'un de ses membres.
  • Il subirait des sanctions, mais pas automatiques comme on l’avait envisagé. Au préalable on débattra de savoir s’il a correctement mené ses affaires. Si non, il y aura sanctions (non discutables), notamment possible suspension de son droit de vote.
  • Pour éviter que les investisseurs ne puissent penser que le fonds européen de stabilisation financière les dédommagera systématiquement en cas de faillite d’un pays auquel ils ont prêté (de ce fait encourageant des comportements irresponsables), un mécanisme de restructuration de la dette est prévu.  
Compléments :

Changement en Chine

La Chine se donne un nouveau dirigeant, Xi Jinping. Comme son prédécesseur il descend d’un proche de Mao, et est un ingénieur. (The next emperor.)

Faut-il voir dans cette succession deux orientations de l’histoire chinoise ? L’ingénierie est la particularité de l’Occident, ce qui manquait à la culture chinoise ? Cependant la Chine est dirigée, comme elle l’a toujours été, par une sorte de dynastie, garante d’une continuité de vision ?

Changer pour ne pas changer ?

Compléments :
  • Par ailleurs, contrairement aux Anglais, les dirigeants chinois semblent extrêmement prudents quant aux changements qu’ils doivent appliquer à leur pays. Peut-être qu’ils savent qu’ils vivent sur une poudrière ? Ou peut-être qu’ils sont conscients  de leur responsabilité ?  

Je ne peux pas vivre sans toi

Il est mieux de parler d’un film que l’on a vu. Contrairement à ce que je croyais, il n’y est pas question des méfaits d’une bureaucratie kafkaïenne. Il montre comment cette bureaucratie, en dépit des lourdeurs de ses procédures et de ses bonnes intentions maladroites, parvient à reconnaître le point de vue d’un marginal. Malgré leurs défauts, nos sociétés sont fondamentalement bienveillantes ?

Je me demandais si le héros était un exclu du système (aussi riche que la France), ou s'il appartient à une communauté minoritaire, qui ne partage pas le mode de vie dominant. Pas clair. C'est un Hakka, mais ça ne semble pas de manière évidente une minorité désorientée.