samedi 11 décembre 2010

L’Angleterre manifeste

Le gouvernement anglais porte les frais de scolarité pour une licence à 9000£ (niveau supérieur), par an. Violentes manifestations, dont le prince de Galles a failli être un dommage collatéral.

The Economist pense que de telles expressions de mécontentement vont se multiplier. Les pauvres ne vont pas accepter de faire les frais de la rigueur, alors que les riches continuent à s’enrichir. (When things turn ugly.)

Résultat du changement de ces dernières décennies ? Une partie de la population s’est enrichie aux dépens de l’autre. Seulement, c’est maintenant qu’il faut payer l’addition... Chomsky trouve à l’Amérique un air d’Allemagne d’avant guerre.

Alors, aussi, la population était mécontente de changements qui l’avaient ruinée. Que s’est-il passé ? Les bénéficiaires de ces changements ayant le pouvoir, il n’était pas question de toucher à leurs intérêts. L’Allemagne a donc trouvé un expédient qui a fait croire à la majorité qu’elle avait résolu ses problèmes (le coupable était juif).

Les événements qui en ont résulté ont convaincu les puissants de rééquilibrer la situation en faveur des plus faibles (Le développement durable contre les pauvres). Ce qui a profité à tous. The Economist a tort de s'inquiéter !

Cercle vicieux des retraites

Il semblerait que le travailleur attende de sa retraite 70% de son salaire. Il n’en obtiendra vraisemblablement que de 35 à 55%.

De ce fait, il peut être incité à investir dans un fonds de pension, pour combler l’écart. Cette épargne excessive pénaliserait l’économie. L’État serait donc amené à prélever sur les dits fonds son manque à gagner… (Hands off our pensions.)

The lodger

Film d’Hitchcock, 1927.

Intrigue habile, mais personnages pas très attachants. Il y a des foules comme dans le cinéma allemand de l’époque. Mais ce n’est pas Fritz Lang, ni Murnau.

Que faut-il pour être un bon cinéaste du muet ? Être capable de transmettre un sentiment par sa seule apparence ? Hitchcock cinéaste d’histoire et pas de sentiment ?

vendredi 10 décembre 2010

Chaos neigeux

Un peu de neige. La France est paralysée. Cause ? 
  • Un interviewé par la radio, hier. RGPP, les services de l’État n’ont plus de moyens.
  • Ce matin, on me dit que les services de l’État voulaient montrer qu’ils n’avaient plus de moyens.
Cela illustrerait-il ma version du dilemme du prisonnier, résultat d’un changement mal mené ? Non seulement le changement démolit l’organisation collective, mais, surtout, il donne le signal de la destruction à ceux qui en sont membres ?

Compléments :
  • Hervé Kabla observe des comportements anarchiques, chaos immédiat. Ce matin une personne m’expliquait comment elle avait organisé la sortie en bon ordre d’une autoroute bloquée. Le secret du succès du changement : l’entraide. 

Wikileaks et l’hypocrisie

L’Occident est offusqué. Le prix Nobel de la paix est bouclé par la Chine. Quelle honte.

Mais comment l’Occident peut-il donner la moindre leçon à la Chine quand lui-même veut clore, par des moyens totalement illégaux, le site de Wikileaks ? 

Au passage, on découvre qu’Internet rend les services pour lesquels il a été conçu : il est indestructible. Tout comme l’hypocrisie des USA ?

Compléments :
  • Mieux : les USA protestent contre la censure d’Internet par la Chine ! Et c’est Mme Clinton qui, dans les deux cas, est l'exécuteur de leurs basses oeuvres ! Les Indiens anciens auraient dit qu'elle avait une langue fourchue. Comme tous les Blancs d'ailleurs.

Économie américaine

Au début de la crise Mme Lagarde disait que l’Amérique, si admirable et si dynamique, se relèverait évidemment avant l’Europe.

Pas évident pour le moment. Elle produit autant qu’en 2007, avec 7,5m de travailleurs en moins. Les entreprises nagent dans le cash, mais n’investissent pas et ne recrutent pas, ou recrutent à l’étranger. (Gimme a “V”.) Et l’innovation qui va faire jaillir un nouveau secteur économique est toujours invisible.

L’odeur de tout ce cash aurait requinqué les fonds « activistes ». Ils s’introduisent dans les entreprises, les découpent en morceaux et s’enrichissent ainsi. Ils se seraient alliés aux fonds de pension, histoire de redorer leur image. Ils s’en prendraient maintenant aux salaires des dirigeants. (Ready, set, dough.)

Vont-ils aller jusqu’à les recruter dans les pays émergents ?

Xoogle

Google se serait bureaucratisé et perdrait, en conséquence, ses employés. (Xoogle = ex Google.)

Cela expliquerait ses curieux projets (énergie éolienne, voiture sans pilote…) : ils cherchent à dérider ses cadres à haut potentiel. (How long will Google's magic last?)

Compléments :
  • Soutien à une de mes vieilles théories : l’entreprise américaine devient bureaucratique en vieillissant ? Incapacité à créer une culture d’entreprise autre que taylorienne ? Malédiction de l’individualisme ?

Unicité de l’homme

Si l’homme a quelque chose d’unique, qu’est-ce ?

Pas ses gènes, ni le fait que son ADN a été en partie apportée par des virus (auraient-ils une utilité ?).

Peut-être son « épigénome ». Nos gènes peuvent être activés ou non. Un état qui est culturellement acquis et qui est transmissible par l’hérédité. Autrement dit, l’homme est culturellement malléable.

Mais l’effet de la société ne s’arrête pas là. Globalement, elle accumule et transmet des connaissances collectives (la culture), dont nous sommes le support inconscient.

Ce qui rend l’homme unique, c’est sa capacité à créer des sociétés, un tout différend de ses parties ?

(What a peace of work is a man, revue de l’université de Cambridge.)

jeudi 9 décembre 2010

Keynes

Analyse lumineuse de la théorie de Keynes :
  • Pour les monétaristes, l’individu a une vision parfaite de l’avenir, et investit toujours de manière optimale.
  • Pour Keynes l’avenir est imprévisible. L’individu amasse de l’argent pour se protéger. C’est cela le rôle de l’argent : protection contre l’incertitude. Plus elle grandit, plus il empile, et plus l’économie se rétrécit. D’où la relance keynésienne : en dépensant, l’État rend à nouveau le monde prévisible.
Je m’interroge : n’y a-t-il pas d’autres moyens que l’argent de ce faire ? 

Inde corrompue

Décidément, la corruption indienne semble plus inquiétante tous les jours. L’économie souterraine représenterait 50% de l’économie officielle. Bien entendu on fraude le fisc, et l’argent illégal part à l’étranger. (Dynamic but dirty)

Hier soir un industriel me disait à quel point il était agréable de travailler en Chine, en comparaison. 

Montrer sa reconnaissance

Problème culturel français. Le salarié se sent considéré comme une chose par son patron. Jamais aucun signe de reconnaissance. Son interprétation ? Hostilité. Avec un tel état d’esprit, peu de chances qu’il se donne à son travail.

En fait, il y a méprise. Je constate que le dirigeant français connaît ses collaborateurs extraordinairement bien. (Serions-nous culturellement empathiques ?) Seulement il y a quelque chose d’indécent à exprimer son estime. Le dirigeant cache sa timidité sous des manières brusques et désagréables.

Comment transformer le dirigeant sans bouleverser sa nature ? Quelques idées :
  • « Perdre du temps ». Simplement, suivre les règles de la politesse. Demander comment ça va quand on rencontre quelqu’un, et s’intéresser à la réponse (pas plus). Se débrouiller pour entrapercevoir ses collaborateurs, et, mieux, échanger quelques banalités avec eux. Communiquer en face à face, en évitant le mail comme la peste…
  • C’est ainsi que son équipe découvre qu’il n’est pas un ennemi dont il convient de faire échouer les décisions. Et qu’en recollant ensemble toutes les banalités que l’on a échangées, il comprendra la nature réelle de ceux qui l’entourent, leur logique, leur mode de fonctionnement, et qu’il saura leur dire ce qui les motive quand viendra l’heure du changement… 
Et si la politesse avait une fonction économique capitale ? 

mercredi 8 décembre 2010

Humanités et art

J’entendais la BBC dire que son gouvernement, qui réduit sévèrement ses dépenses éducatives, aidera, au mieux, les pauvres faisant des études scientifiques. Rien pour les humanités et l’art.

En Angleterre, j'ai été frappé de voir que l’élite intellectuelle étudiait l’art et les humanités. N’est-ce pas supposé ouvrir l’esprit, aider à penser ? (David Cameron, lui même, aurait été intéressé par l’art avant d’étudier la philosophie, la politique et l’économie à Oxford.)

Chacun à sa place : le pauvre méritant ne sera jamais qu’un sous fifrelin ? 

Wikileaks revu

J’ai tort de comparer Wikileaks au Canard enchaîné et de le trouver décevant, parce qu’il ne dénonce pas de grande malversation.

Car, au fond, il est intéressant de connaître ce que le diplomate bien informé pense des grands. Que David Cameron « manque de profondeur » et que Silvio Berlusconi soit épuisé par sa vie nocturne n’est pas sans intérêt quand on veut comprendre leurs politiques.

Compléments :

Langage d’entreprise

BORDEAU, Jeanne, Entreprises et marques, les nouveaux langages d’entreprise. Eyrolles, 2010.

Il y a « perte de sens » dans l’entreprise. Avec, corrélativement, « perte de confiance généralisée ».

Redonner du sens c’est apprendre à « argumenter », c'est-à-dire « organiser sa pensée pour amener quelqu’un où l’on veut l’amener ». C’est nécessairement donner des preuves et des garanties. C’est l’art de la rhétorique d’Aristote. 

Cette idée se décline à chaque niveau de l’entreprise. En premier dans la nécessaire « vision » à long terme du dirigeant. Elle permet à « chacun de se situer» et d'orienter son comportement. Comment concevoir cette vision ? Il y a un « lien étroit entre stratégie et identité » ; « la créativité revient lorsque l’on essaie de repenser le geste premier qui était à l’origine de la création de l’entreprise ».

Le point critique de l’affaire est la « cohérence ». Il faut que ceux qui communiquent le fassent de manière homogène. Pour ce faire, il faut une « planification stratégique en langage ». Un audit de la communication de l’entreprise donne une charte sémantique (« les idées, mots, structures d’argumentation et images qui forment le code de comportement linguistique de l’entreprise »). D’où « socle commun » à partir duquel chacun construit sa communication. 

Dans l’argumentation le storytelling joue un rôle clé. (Là aussi Aristote est un guide.) C’est le meilleur outil pour transmettre l’émotion, composante fondamentale du langage : « comme si l’émotion libérait l’intelligence », « en suivant les étapes d’une métaphore on réussit à évoluer sans traumatisme ». (Curieuse idée qui m’est aussi venue en travaillant avec Decommedia : la raison aurait-elle besoin d’émotion pour avancer ? Et si c’était l’art le meilleur véhicule de cette émotion nécessaire à la raison ?)

Attention, la communication doit tenir compte de celui à qui elle est destinée. Le client : « s’appuyer sur le fil conducteur d’arguments rationnels (…) fiables », « choisir dans le lexique que possède la marque les mots qui seront les mieux perçus par le client ». Le journaliste « saturé d’informations », à qui l’on envoie trop souvent une information marketing, qui n’est pas son besoin : « donner une vision, pour composer un regard sur les étapes fondatrices de l’entreprise ». Les employés, « qui doutent », « redoutent la langue de bois », « demandent à être convaincus par des faits, des preuves concrètes, des mesures utiles mais équitables » : les dirigeants doivent « réapprendre à partager leur stratégie avec leurs cadres ». Les protagonistes d’une crise qui affecte l’entreprise : « matrice argumentaire pour lister vos arguments et faire face aux arguments des opposants », « codes sémantiques par thème de crise ». 

mardi 7 décembre 2010

Pauvre école

« la France est le pays du grand écart scolaire et d'un "élitisme républicain", selon la formule consacrée, qui profite à l'élite plus qu'à la République » dit le Monde.

La dislocation de notre système scolaire s’accélère. Mais la gauche et la droite n’ont jamais été aussi vissées dans leurs certitudes : si cela va aussi mal c’est que l’école n’a pas reçu suffisamment de leurs excellentes méthodes.

Curieusement, les systèmes scolaires qui fonctionnent, ne semblent pas les suivre… D’ailleurs ils ont fait de l’éducation un secteur prioritaire d’investissement, contrairement à la France et à l’Angleterre qui la jugent source de coûts.  

Côte d’Ivoire

Affrontement culturel en Côte d’Ivoire :

Le nord (Ouattara) est essentiellement constitué par les descendants d’immigrés venus y chercher du travail le siècle dernier. Le sud (Gbagbo) représente la population traditionnelle.

MBA intelligent

Le MBA de Cambridge semble avoir mis en œuvre une de mes vieilles idées : utiliser de vrais scientifiques pour former ses étudiants.

Lorsque j’étudiais en MBA, j’ai été frappé par la médiocrité des enseignants et la totale absence de rigueur scientifique de leurs cours. Depuis j’ai compris que la science était réinventée par l’idéologie anglo-saxonne. Un optimiste dirait que j’ai été aux avant postes de l’émergence des idées qui dévastent la planète depuis quelques décennies.

J’avais proposé à Dauphine de suivre les traces d’Herbert Simon, qui, à son arrivée à Carnegie, avait créé un programme de recherche scientifique qu’il a poursuivi toute sa vie (voir Models of my life). Ayant abandonné la voie de l'enseignement, l’idée est tombée à l’eau.

J’espère qu’elle sera reprise ailleurs. Et peut-être aussi qu’elle conduira à la liquidation des nombreuses formations en management qui se sont développées spontanément un peu partout, loin de toute influence scientifique.

(An education in complexity, revue de l’université de Cambridge.)

lundi 6 décembre 2010

Las Obama

B.Obama ne serait pas dans son assiette. Président un peu zombie. Penserait-il que l’Amérique ne le mérite pas ?

Que N.Sarkozy, du billet précédent, conviendrait mieux à une nation de morons ? 

Sarkozy l’Américain

Les fuites de Wikileaks parlent de « Sarkozy l’Américain ». À un diplomate : N.Sarkozy « a dit combien il se reconnaissait dans les valeurs américaines ». Ce qui n’empêche pas les Américains de le trouver insupportable. « Un roi nu ».

Curieuse contradiction tout de même. Un président qui ne partage pas les valeurs de sa nation. Beaucoup de pays accepteraient-ils un tel paradoxe ? La France a perdu son identité ?

Compléments :
  • S’il est tel que le présentent les dites fuites (« le simple fait d’être dans la même pièce que Sarkozy est suffisant pour faire augmenter le niveau de stress de n’importe qui ». « Il est décrit comme autocratique, hyper susceptible à la critique, il s’entoure de béni-oui-oui. »), cela en dit long sur les politiciens. 

Wikileaks (suite)

Au fond ce qui nuit le plus à Wikileaks est que ce qu’il dit n’est pas nouveau. Il sera inattaquable le jour où ce sera un Canard enchaîné mondial.

Sinon, Wikileaks, comme la presse en général, répond à un besoin fondamental. À savoir qu’aucun individu, ou groupe d’individus, ne peut être laissé s’occuper de l’intérêt général sans contrôle. L’intérêt général n’est pas dans l’intérêt individuel. Et l’intelligence humaine est faible.

L’alimentation de Wikileaks se fait d’ailleurs par un mécanisme propre à la culture anglo-saxonne : celui du « wistle blower ». Un individu révolté par une mesure injuste la dénonce. 

2516

Nouvelles du mois :

dimanche 5 décembre 2010

Du progrès

Dans les années 40, l’économiste Schumpeter (Capitalisme, socialisme et démocratie) expliquait que la croissance allait se poursuivre. Ce à quoi personne ne croyait. Et cet enrichissement allait donc nous permettre de liquider la pauvreté ! De tous être heureux. Mon enfance a été marquée par cette idée. C’était le progrès. Nous étions riches et nous le serions encore plus demain. Notre gloire collective était d’apporter le confort à chacun.

Or, la croissance s’est poursuivie, mais il y a maintenant chômage énorme et durable. Et les économistes nous démontrent : « vous ne pouvez plus vous offrir votre protection sociale ». Curieusement, l’homme s’est effacé. Le bien c’est désormais l’efficacité d’une économie, qui ne croît presque plus depuis qu’on lui sacrifie tout. Et, N.Sarkozy de nous dire « travaillez, ne vous posez pas de questions ». Arbeit macht frei ?

Compléments :

Wikileaks et démocratie

The Economist déplore que Wikileaks complexifie le travail des diplomates, remarque qu’il échappe à toutes les lois (il n’appartient à aucun pays), et note que, de toute manière, c’est un résultat de l’évolution sociale et technologique contre laquelle nous sommes impuissants. Les gouvernements devront apprendre à garder leurs secrets. (Read cables and red faces.)

Je suis surpris que ce journal libéral ne voie pas là une « innovation », forcément bien, en dehors de quelques aspects négatifs à court terme. Je suis certain que son opinion aurait été moins nuancée si l’application avait été commerciale (cf. les OGM). 

Justice statistique

Proposition d’un scientifique américain : identifier le risque social présenté par un criminel, et le condamner en fonction.

Plus précisément : si l’histoire a montré que ses caractéristiques sont associées, chez d’autres, à des actes violents, il prendra perpète. Sinon peu. Résultat : réduction des coûts d’incarcération.

Curieuse approche : elle semble dire que l’on peut distinguer des sous-espèces humaines. En outre, elle nie le rôle de la société. Seul un individualiste anglo-saxon pouvait avoir une telle idée ?