mardi 18 janvier 2011

Réforme de la santé anglaise

Bribes d’une émission entendue par hasard hier (You and yours BBC 4). Une des réformes de M.Cameron consiste à supprimer, si j’ai bien compris, certaines unités parapubliques qui s’occupent des services de soin, et de confier leur travail à des groupements de médecins, qui mettraient hôpitaux et autres fournisseurs en concurrence (plus efficace ?).
  • Les médecins estimeraient que leur travail est de soigner, pas d’acheter.
  • La compétence nécessaire à l’achat des services de soin se trouve chez les unités actuelles. Elles pourraient donc se reconstituer, mais sous un autre nom.
  • Sera-ce la qualité ou le prix qui va dominer les décisions ?
  • Chaque zone géographique mettant au point une solution qui lui est propre, ne va-t-on pas avoir une médecine à une infinité de vitesses ? (Le gouvernement, ultralibéral !, répond qu’il va durement réglementer pour éviter les divergences.)
  • Certains groupes de médecins pourraient échouer, qu’arriverait-il alors aux communautés dont ils sont responsables ?...
Le succès est dans l’exécution aurait dit Napoléon…

Kinect et Xbox

Apparemment pas mal d’Anglais se plaignent d’un dysfonctionnement lié à l’ajout d’un composant à la Xbox. (Émission hier de la BBC.) Le centre d’appel de Microsoft répondrait que le client est en faute.

Qui n’a pas eu ce problème avec un centre d’appel ? D’ailleurs, peut-il faire autrement ? Nous sommes dans l’ère de la taylorisation des services. L’employé est payé pour dépanner aussi vite que possible. Si le matériel n’est pas dépannable, il est échec et mat. Peut-il dénoncer son employeur ou mener une enquête ?

Une entreprise conçoit-elle ses services de « relation client » en fonction de l’estime qu’elle a pour son marché ? 

Armes et USA

The Economist incrimine l’amour des armes américain. C’est la raison du carnage de Tucson. Citation :
Plus d’Américains ont été tués par des armes à feu en 18 ans, de 1979 à 1997, que durant les guerres étrangères, depuis l’indépendance.
30.000 personnes périssent chaque année. Ce qui est finalement peu en comparaison des 300 millions d’armes du pays.

Et si le carnage à l’arme à feu était un fait social (au sens de Durkheim). Un rite qui permet aux exclus d’attirer l’attention publique ? Un moyen de régulation, nécessaire à la survie de l’individualisme d’une société contre nature ? D’ailleurs que feraient les forcenés sans arme à feu, des attentats-suicides ? 

lundi 17 janvier 2011

Marine présidente ?

J’ai eu la surprise de trouver dans un journal une idée qui m’est venue il y a fort longtemps : la droite pourrait être éliminée au premier tour des présidentielles par le FN. Hypothèse improbable, mais certains hommes de droite la formulent.

Depuis sa création il semble à ce blog que nos partis politiques s’enferment dans un cercle vicieux. Le président mène une politique qui le fait exécrer. La gauche en déduit qu’elle n’a pas besoin de formuler un programme puisque la France va éjecter Sarkozy. (Peut-être d’ailleurs que l’écriture d’un programme est impossible ? Les divergences sont trop fortes chez les socialistes ? Ce qui les rapproche est inacceptable pour l’électeur ?...)  

Mme Le Pen pourrait résoudre la question. N’est-il pas mieux de voter pour l’original que pour la copie ? Avantage sur Sarkozy ? Et si la gauche est à nouveau divisée, les mêmes causes produiront les mêmes effets ? Mme Le Pen en tête au premier tour ? Un des partis traditionnels recevra-t-il à nouveau 80% des voix, au second, étouffant ainsi la voix de la protestation ? Pas sûr que certains n’aient pas envie de leur donner de nouveau une leçon qu’ils ne veulent pas entendre. Excellent score final du FN ?

Compléments :

Crise automobile

L’industrie automobile serait toujours en surcapacité. Or, non seulement les pays émergents vont réduire brutalement la croissance de leurs achats, mais ils vont surtout chercher à exporter massivement (y compris la production des marques occidentales installées chez eux). Danger ahead.

L’industrie automobile occidentale va-t-elle être balayée ? Où iront les personnels licenciés ?

Phénomène isolé, ou notre industrie doit-elle se préparer à un tsunami ? Qui, d’ailleurs, est le fait de ses oligarques ? (Exemple américain.)

Marché et libéral

Dans la pensée libérale, le marché est l’outil ultime de « destruction créatrice ». Le simple fait d’installer un marché garantit l’innovation, et le bonheur.

C’est ce qui permet de vider les entreprises de leurs réserves : si seul le marché crée, tout ce qu’entasse l’entreprise est volé. C’est pour cela que jamais l’entreprise occidentale n’a aussi peu investi.

Retour à une caractéristique fascinante de la pensée libérale : elle n’a pour seul objet que de  pousser les intérêts de ceux qui l’ont créée. Et ce sont des intérêts de parasites ?

Compléments :

dimanche 16 janvier 2011

Wikipedia a 10 ans

Wikipedia aurait pris un coup de vieux. La ritualisation l’aurait gagné. Elle exclurait, par une forme de censure, les nouveaux contributeurs au profit des vieilles barbes au jargon incompréhensible. (Wiki birthday to you.)

Est-ce un exemple du « déplacement de but » dont parle Robert Merton ? Dans une bureaucratie, l’individu n’a pas d’influence sur la direction des événements. Alors il invente un sens autre à sa vie. Plus exactement il voue un culte aux processus de l’organisation. (Exemples : une direction technique fait de la technique pour la technique, une direction de la communication, des campagnes de pub pour faire des campagnes de pub…).

Par ailleurs le fait que ces rites éjectent les nouveaux n'est pas inattendu : tout groupe définit ses « frontières ».

Les fondateurs de Wikipedia devraient-ils redonner du sens à leur projet ? En commençant par demander à leur 30.000 bénévoles leurs suggestions quant au moyen de faciliter l’entrée de néophytes ?

Compléments :
  • Merton, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968.
  • Sur la physiologie des groupes : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Zone euro en faillite

The Economist suggère à la zone euro de mettre en faillite les pays de sa périphérie. Ils sont incapables de payer les dettes qu’ils entassent. En toute logique, il vaut mieux liquider maintenant que lorsque la situation aura empiré.

Je vois mal la technique de conduite du changement à adopter...

Même si le système bancaire européen est plus solide qu’il y a quelques temps (d'après The Economist), il est probable qu’il passera un mauvais quart d'heure (sans compter qu'il n'y a pas que les banques, il y a aussi les assurances vies et autres fonds de pension, ainsi que quelques nations !). Il demandera certainement un coup de main des pays encore solvables, qui s’enfonceront un peu plus dans le rouge. D’ailleurs comment éviter que certains ne refusent de payer l’addition et demandent à ceux qui ont voulu la faillite (ce ne peut être que la France et l’Allemagne) de les rembourser ? La zone euro c’est le dilemme du prisonnier fait continent.

L’anxiété de survie des nations n’est pas suffisante pour qu’il y ait un mouvement collectif, me semble-t-il. D’ailleurs la défaillance n’est pas la seule solution possible. Nous pourrions nous demander comment relancer notre croissance collective, notamment par le commerce interne à l’UE. Et il existe aussi la solution anglo-saxonne : une dévaluation massive, accompagnée d’une inflation forte. 

Mogambo

Film de John Ford, 1953.

Chasse au gorille (joué par Clark Gable). C’est Ava Gardner qui le capturera.

Répétition d’un thème central du cinéma hollywoodien. L’Américaine au passé que la morale réprouve décroche le gros lot à la barbe de l’européenne perfide et cultivée (Grace Kelly). Dans un film européen la fille perdue aurait trouvé la rédemption dans le sacrifice… En Amérique la fin justifie les moyens, et le passé. 

samedi 15 janvier 2011

Mots tristes

Jeanne Bordeau expose ses tableaux de mots (à la galerie Verneuil Saint Pères, 13 rue des Saints Pères à Paris). C’est le résultat de sa lecture de la presse française. Comme l’année dernière ce n’est pas gai.

J’en retire l’image d’une nation passive, sans idée, sans projet, sans rien. Elle fait le dos rond en espérant que les éclairs tomberont ailleurs. Elle ne désire pas. Sinon de ne pas choir un peu plus. « Learned helplessness » disent les psychologues anglo-saxons. Les nations aussi peuvent être déprimées.

Quel changement nous faudrait-il ? Et si nous redevenions le foyer révolutionnaire du monde ? Et si nos idées faisaient à nouveau trembler la planète ?

Indicateur de succès ? Que la presse anglo-saxonne parle à nouveau de nous avec stupeur et tremblement !

Renversante Tunisie

Un gouvernement qui a tous les pouvoirs, et, pourtant, qui est renversé par des manifestants pacifiques. Le jeu des forces sociales n’obéit pas à la rationalité des modèles d’économie…

Qu’est-ce qui rend inquiétant un peuple désarmé ? La démonstration qu’il est désespéré ? C’est celui qui fait preuve de la plus ferme détermination qui gagne ?

Compléments :
  • La famille dirigeante tunisienne semble avoir mis le pays en coupe réglée. Coutume tunisienne ou l’oligarchie est elle tendance ?

Ronald Reagan

Curieusement l’Américain a gardé un souvenir ému de Ronald Reagan. « Comment se fait-il qu’on se souvienne de si peu de ses échecs ? ». Surtout qu’ils ont été étonnamment nombreux. (Avoir été là pour voir s'effondrer l'URSS serait-il sa seule réussite ?)

La réponse pourrait être sa confiance absolue dans les vertus de l’Amérique.

Quant à B.Obama, il aurait le tort de tendre un miroir à la société américaine. Et elle n’aimerait pas ce qu’elle y voit. 

Exemple même de la question du « déchet toxique » ?

vendredi 14 janvier 2011

Comportement néoclassique

Histoire qui m’est racontée. Travail d’une commission. Suivi par quelques uns de ses membres seulement. Conclusion unanime d’une réunion de travail : chacun doit contribuer à un document commun. Après un dernier rendez-vous de mise au point, le document sera diffusé à toute l’organisation. Les dates du projet sont arrêtées.

Rien ne se passe. Seul le leader du groupe fait le travail prévu. Au moment de se rendre à la réunion finale. Il découvre, à la dernière minute, que personne ne peut être présent. Il transmet ce qu’il a fait en demandant à ses collègues de l’annoter afin que le processus parvienne à son terme, malgré tout. Surprise. Tout le monde veut maintenant une réunion. Y compris ceux qui n’ont jamais assisté à aucune. Ce qui est étrange est que personne n’a tenu parole, or, c’est le seul à avoir respecté ses engagements (en fait les idées des autres !) qui se sent en position d’accusé !

Une interprétation possible. Modèle de l’optimisation de l’utilité (cf. théorie économique néoclassique).

Nous cherchons en permanence à exploiter les événements à notre bénéfice. C’est pour cela que nous avons avantage à ce que les autres prennent l’initiative. De ce fait, ils dégagent notre responsabilité. Et, en leur opposant notre inertie, nous pouvons leur imposer nos conditions. (C’est la stratégie qu’ont opposée les banques américaines à leur gouvernement.)

La subtilité de cette tactique est qu’elle ne peut pas nous être reprochée. De même que l’on ne peut pas signaler à un cycliste qu’il passe au rouge, sans se faire insulter. De même, il n’est pas possible de faire remarquer à quelqu’un qu’il a trahi sa parole, ce serait un manque d’éducation grossier.

Quant à la situation du leader, on peut la comprendre ainsi. Si chacun pense l’autre calculateur, il évaluera ses actes comme manifestation de son intérêt personnel. Que le leader du groupe ait fait un travail aussi rigoureux signifie certainement qu’il prépare un mauvais coup. D’ailleurs ne profite-t-il pas de l’annulation de la réunion pour passer en force ? Il est temps de l’annihiler. 

Irrationalité des marchés

Il semblerait que plus le prix d’une action augmente plus il ait de chances d’augmenter (« inertie »).

Ce qui est contradictoire avec l’hypothèse des marchés efficaces – au centre de la politique de déréglementation des dernières années (cf. les idées de M.Summers). En effet celle-ci part du principe que l’avenir est imprévisible.

L’effet ne serait pas expliqué. Mais serait corrigé, à long terme, par une seconde irrationalité. « Les investisseurs tendent à être trop pessimistes en ce qui concerne les entreprises en difficulté ». Une entreprise en mauvaise forme serait anormalement pénalisée. 

jeudi 13 janvier 2011

Le libéral et le marché

Voici ce que disaient deux anciens éminents membres du plus prestigieux cabinet de conseil mondial, McKinsey, il y a quelques années :
les marchés n’ayant pas de culture, de leadership et d’émotion ne subissent pas les explosions de désespoir, de dépression, de refus et d’espoir auxquelles les entreprises doivent faire face (…) les entreprises ont été conçues pour (produire) plutôt que pour évoluer (…) nous pensons que l’entreprise doit être reconçue de haut en bas sur l’hypothèse de la discontinuité (…) l’idée est de donner les commandes au marché partout où c’est possible (…) notre prescription est d’élever le taux de destruction créatrice (de l’entreprise) au niveau de celui du marché sans perdre le contrôle des opérations. (FOSTER, Richard N., KAPLAN, Sarah, Creative destruction, McKinsey Quaterly, 2001, n°3.)
Je me demande s’il n’y a pas dans cette phrase la théorie libérale du marché. Il faut transformer la planète en marché, tout en en gardant le contrôle. De cette façon on en tire les bénéfices, sans en subir les inconvénients – i.e. être transformé en chose.

Compléments :
  • Cette théorie est probablement toujours celle de l’élite mondiale.
  • Une histoire de la « guerre contre la terreur » américaine montre qu’elle a été motivée par le « préjugé » et des « pulsions stratégiques », non par la raison. Serait-ce cela le libéralisme : la pulsion de l’intérêt à l’état brut, qui manipule la science pour se justifier ? 

Épigénétique

Comment se fait-il que l’on parle tant d’épigénétique, la capacité de transmettre des caractéristiques acquises (billet précédent) ? Logique du libéralisme en donnerait-il une explication ?

La science libérale nous explique que le monde est réglé par des lois de la nature avec lesquelles il ne faut pas interférer. En particulier sa théorie de la sélection naturelle affirme qu’elle ne choisit que les meilleurs. Pourquoi remettre en cause leur règne, et celui de leurs enfants ?

La nouvelle (en fait plus ancienne) théorie répond que notre génome possède un moyen d'apprendre des événements. Pire, il pourrait y avoir une dose de hasard dans la production de notre descendance.

Cette théorie aurait-elle été censurée jusqu’ici ?

Compléments :

Héritage génétique

Il semblerait que les conditions que nous rencontrons dans notre environnement (par exemple une disette) soient capables d’allumer ou d’éteindre un gène, et que nous passions le gène et son état à nos enfants.

Ce qui nous ramène à la théorie discréditée de la transmission de caractère acquis (Lamarck) ?

mercredi 12 janvier 2011

Élite de surhommes

Un spécialiste de la recherche d’entreprises pour cadre voulant s’en offrir une me raconte une rencontre avec un extra-terrestre.

Celui-ci vient d’un fonds d’investissement. Il désire acheter n’importe quelle entreprise. Sans préciser le secteur. Ni d’ailleurs la compétence qu’il peut lui apporter. Il recrutera ce dont il a besoin.

Et si cette attitude était significative de celle ne notre élite internationale ? Elle se croit supérieure pour la seule raison qu’elle est ? Ce qu’elle pense est génial, pour la seule raison que nous sommes tous des demeurés ?

Ce qui m’a ramené à une enquête sur la faillite d’Enron (EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005). Les employés d’Enron correspondaient complètement à ce portrait. Ils se croyaient des génies et ils ont agi comme des idiots.

Serait-ce ce que produit notre système de sélection ? Des gens qui n’ont rien appris mais qui se pensent surhommes ?  

Palin et Zhuge Liang

Les difficultés de Sarah Palin (billet précédent) illustrent peut-être une tactique de Zhuge Liang le stratège du Roman des trois royaumes.

Il place ses adversaires dans un environnement dans lequel l’atout qui fait leur supériorité devient un handicap.

Sarah Palin représente un concept très américain. Une personne qui porte une idée simplissime qu’elle croit devoir à Dieu. De telles dispositions donnent parfois un avantage décisif sur les doutes d’un intellect supérieur. Mais elle a une faille : elle n’est pas adaptable ; sa logique inflexible peut l’enfoncer dans l’auto-destruction lorsqu’elle rencontre un terrain hostile. 

Palin et l’irresponsabilité

Débat dans la presse américaine : Mme Palin est elle responsable de la boucherie de Tucson ?

Probablement pas. Les accusations contre elles sont injustes. Mais la leçon qu’elle reçoit, elle, ne l'est pas. « all they that take the sword shall perish with the sword. » Comme dit l’Anglo-saxon.

Les Républicains ont laissé entendre que M.Obama était un musulman né à l’étranger, un socialiste, qu’il voulait organiser « des tribunaux de la mort »... Et ils ont magnifiquement profité de ces calomnies. Maintenant elles se retournent contre eux.

Cela pourrait être fatal à Mme Palin : son fonds de commerce est un discours guerrier, macho, et irresponsable. Elle aura désormais du mal à le tenir.

Compléments :
  • Décidément l’assassinat de l’homme politique est, depuis toujours, un sport national aux USA. Un nouvel exemple

Changement permanent

Situation régulièrement embarrassante : on affirme qu’il faut changer en permanence, et on s’attend à ce que j’approuve. Ne suis-je pas un spécialiste du changement ? 

Nous confondons changement et mouvement brownien. Le vrai changement est une transformation structurelle majeure qui donne un avantage tel qu’il n’y a plus ensuite besoin de changement, mais plutôt d’une forme d’apprentissage.

Mais pourquoi alors nous parle-t-on tant de changement ? Parce que nos entreprises et notre pays sont incapables d’une vision à long terme, encore moins de la mettre en œuvre. Alors nous subissons les événements. Comme la girouette, nous devons nous ajuster à chaque coup de vent.

« Nous » est d’ailleurs incorrect. Nos dirigeants, eux, ne changent pas. Ils suivent le vent, et configurent leur organisation en fonction. C'est pourquoi ils aiment le changement. 

mardi 11 janvier 2011

Goldman Sachs et Facebook

Facebook a de bonnes chances d’être une bulle. Mais Goldman peut avoir bien fait d’y investir : elle a gagnée une lucrative entrée en bourse. (Is Facebook really worth $50 billion?)

C’est un retour aux origines pour Goldman Sachs dont la fortune a commencé avec la bulle Internet, durant laquelle cette banque a réussi à nous faire croire que les start up Internet étaient d’une valeur énorme.   

Deepwater Horizon

Rapport d’enquête sur l’explosion de la plateforme pétrolière de BP. Il confirme ce qui semblait évident depuis longtemps : BP a une culture d’entreprise abjecte.

Ce qui est plus surprenant est que BP semble la partager avec ses sous-traitants. Toute la profession serait-elle dans le même état ?

Réputation et Internet

La réputation des dirigeants et des entreprises semble désormais se jouer sur Internet. Et les agences de relation publique semblent croire qu’il y a là un marché pour elle. (Ego goes solo.)

lundi 10 janvier 2011

Taxi driver

Le massacre de Tucson me rappelle Taxi driver. J’ai enquêté. Ce film est basé sur des faits réels. Il aurait aussi servi de modèle à un attentat contre Ronald Reagan.

Dans tous les cas, le coupable est un solitaire qui n’arrive pas à trouver sa place dans la société. Sans pour autant être sans moyens.

Cela disculperait Sarah Palin et la crise. Mais pas la société américaine. Il semble qu’il y soit naturel, quand on s’y trouve mal, de faire une grande hécatombe, à l’arme à feu, d’écoliers ou de politiciens.

Michael Moore avait-il vu juste, dans Bowling for Columbine ? La culture américaine serait une culture de la peur, qui verrait la violence armée comme rédemptrice ?

Le rapport entre le nombre de morts par arme à feu, et pour 100.000 habitants, aux USA et au Japon  (plus de 120), me fait me demander s’il ne faut pas ajouter à tout cela une faiblesse de lien social qui favorise la mal adaptation

Somalie divisée

La division somalienne soulève une question existentielle.

L’Afrique est constituée d’États artificiels, issus de la colonisation. Les ethnies, tribus… s’y agitent. Problème. Il serait peu judicieux d’empêcher des peuples qui se reconnaissent comme tels, et qui ne s’entendent pas, de se séparer. Mais si certains font sécession, les autres suivront et l’Afrique se disloquera. (A necessary secession.)

Instable Pakistan

Les fondateurs du Pakistan voulaient un pays de tolérance. Aujourd’hui les tolérants sont assassinés.

Curieusement ce sont les militaires qui ont favorisé le sectarisme religieux. Au moins en partie pour des raisons de guerre avec l’Inde. Les hommes politiques actuels, par ailleurs corrompus, semblent s’accommoder fort bien des forces obscures de la nation. (A good man who did something.)

Malédiction du pays en développement ? Quel fut le rôle de l’Occident ? Y a-t-il un lien entre la situation du Pakistan et le réveil du fondamentalisme musulman par l’Amérique, à des fins de guerre froide ? 

Éthique de l’économiste

Les économistes ont vendu leur âme aux financiers. Ils se demandent maintenant comment la racheter. Peut-être un code d’éthique ?

Comment ont-ils pu prêcher que l’homme suivait son intérêt sans réaliser qu’ils étaient des hommes ? Comment n’ont-ils pas compris l’étendue de leur responsabilité, alors que leurs idées affectent la planète entière, faisant des gagnants et surtout des perdants ? D’autant plus qu’ils n’avaient pas compris que le monde était infiniment plus complexe que leurs équations, pavant ainsi l’enfer de leurs bonnes intentions ?...  Voici quelques remords qui les rongent.

Truman désirait des économistes manchots. Il n’en pouvait plus de leur indécision : « d’un côté… de l’autre » (on one hand, on the other). L’économiste moderne est effectivement manchot. Sa quête d'éthique n'est-elle pas celle du bras manquant ?

Compléments :
  • Par ailleurs je vois là la formulation d’un problème de RS(E). Une question pour ISO 26000 ?

dimanche 9 janvier 2011

Fragile Brésil ?

Le Brésil serait essentiellement un pays de matières premières et de bas salaires. Les Chinois feraient le bonheur des premières et le malheur des seconds.

C’est du moins ce que semblait dire la BBC, hier.

Le miracle économique est-il solide ?

Inflation en Angleterre

Le prix des vêtements et de la nourriture augmente énormément en Angleterre. 

Si j’en crois la BBC, hier matin, le pays serait touché par un triple (au moins) phénomène : la forte dévaluation de la livre, la croissance de la population mondiale et une offre de nourriture insuffisante, l’augmentation des salaires de Chinois las de se faire exploiter (ils fabriquent les vêtements anglais).

Le chiffre global de l’inflation (un peu plus de trois pourcents) ne refléterait-il pas ce que subit le pauvre (le prix de certaines denrées alimentaires aurait augmenté de 4% en un mois, 20% pour les vêtements sur un an) ?

Combiné aux réformes des services publics de M.Cameron cela signifie-t-il que le dit pauvre est démesurément affecté par la réformes du gouvernement anglais ?

Tucson, Arizona

Tentative d’assassinat d’une élue démocrate. Une balle lui a traversé la tête, mais elle serait encore en vie. Par contre 6 personnes, dont un enfant, sont mortes. Le tueur serait un marginal de 22 ans, un complice serait en fuite.

Il se trouve que la dite élue avait soutenu la réforme de la santé de B.Obama. Elle avait été désignée comme personne à abattre par Sarah Palin.

Le maire de Tucson, interrogé par la BBC, évoquait la férocité de la crise, qui affecte, terriblement, beaucoup d’Américains. Conditions favorables à des actes irrationnels.

Il aurait pu aussi parler de fusils d’assaut quasiment en vente libre et d’hommes politiques qui préfèrent en appeler à la haine plutôt que d’essayer de réparer les maux d’un pays. Et peut-être aussi d’un individualisme qui a fini par liquider tout instinct de solidarité. 

Logique du libéralisme

Ce que dit Georges Kurnatowski en 1907 :
Le principe moral du libéralisme, c’est la liberté. L’homme ne dépend pas d’un autre homme, mais il dépend des lois sociales qui sont aussi inéluctables que les lois physiques. Si nous réservons le mot esclavage à la seule dépendance d’un homme par rapport à un autre, alors l’homme délivré de cette dépendance est libre.
Donc, toute l’argumentation du libéral est de dire que rien ne peut aller contre ces lois (le contrat et la concurrence). Or, bien loin d’être naturelles, elles sont sociales, et l’avantagent.

Compléments :
  • Texte trouvé dans : AUDIER, Serge, La pensée solidariste, PUF, 2010.
  • Voir aussi, pour une version plus large du libéralisme : MANENT, Pierre : Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.

samedi 8 janvier 2011

Avantage concurrentiel du fanatisme

Pourquoi un intellect sévèrement limité est-il devenu un avantage concurrentiel ? (Cf. hommes politiques, « nerd » américain…) Le billet précédent me ramène à cette question.

Eh bien, il y a un intérêt imparable à avoir un QI négatif. Surtout si l’on se croit élu de Dieu et si l’on en veut à l’intérêt collectif :

Notre monde n’est pas conçu pour des comportements idiots, ils le prennent par surprise. (« Plus le mensonge est gros, plus il passe. » aurait dit Joseph Goebbels.) Mieux, si ce comportement fait des dégâts humains (cf. la crise financière), le principe de solidarité de la société les répare. Que coûte-t-il de licencier ? L’État paiera la note ! Encore mieux : le système immunitaire social peut repousser autant de fois qu’il veut le forcené, de toute manière il le remettra à chaque fois sur pieds. Et il attaquera de plus belle. L’illuminé est increvable. Nouvel avantage !

Imaginons maintenant qu’il n’y ait pas un seul fanatique mais un essaim, partant dans tous les sens, tous convaincus d’avoir raison. L’un ne finira-t-il pas fatalement par traverser les mécanismes de protection de la société ?

Compléments :
  • Dans l’essaim on retrouvera toute la cohorte des scientifiques hyperspécialisés, tels que les forment les USA. Ils ont tout pour avoir des œillères, la conviction d’avoir raison, et un formidable pouvoir destructeur.
  • Plus curieusement, cette description sied parfaitement au héros hollywoodien (et à Sarah Palin). 

Les causes du succès

Dans l’article cité par le billet précédent l’oligarque Khodorkovsky explique ainsi qu’il mérite son argent : les conditions de départ étaient identiques pour tous. Deux autres possibilités :
  1. Soit une population qui subit une succession d’épreuves. À chaque fois la moitié de l’échantillon est éliminé, de manière aléatoire. Au bout de 20 épisodes, la population à été divisée par un million. Ceux qui survivent en déduisent, logiquement, qu’ils ont été désignés par Dieu.
  2. Les Jeux Olympiques. Chaque sport est égalitaire. Mais les caractéristiques du vainqueur diffèrent colossalement entre le sprint, l’escrime, le judo, le basket… Autrement dit, ce sont les circonstances sociales qui font le champion.
M.Khodorkovsky a probablement un intellect limité. Le fait qu’il joue les martyrs aujourd’hui montre, aussi, qu’il pense certainement avoir une mission divine. Le fondamentaliste à œillère, produit de l'économie de marché ?

Compléments :
  • Khodorkosvsky a fait fortune à une époque dramatique pour la Russie. Selon lui, ceux qui y ont perdu la vie n’ont eu que ce qu’ils méritaient ? Ce ne serait pas surprenant qu'il le pense : les ultra-riches accusent le comportement irresponsable du peuple d’avoir causé la crise actuelle.
  • Une étude scientifique sur les raisons de la réussite en entreprise.

Qui sont les ultra-riches ?

Les ultrariches sont des diplômés qui ont réussi dit une enquête de The Atlantic.

Comme Khodorkovsky, avant son emprisonnement, ils pensent que leur succès est dû à leur intelligence supérieure. Pour eux la valeur de l’homme est représentée par son salaire, tel que déterminé par le marché. Le salarié américain, par exemple, vole le monde, puisqu’il est mieux payé que l’indien.

Ils passent beaucoup de temps à leur travail et dans les avions ; leurs loisirs sont studieux : ils côtoient les grands esprits ; ils possèdent des fondations dont la mission est d’appliquer leur génie aux problèmes planétaires.

Ils forment une classe apatride et voient l’humanité comme une masse d’êtres indiscernables (sinon par leurs salaires, qui doivent être le plus bas possible). Que leur chaut que l’Américain s’appauvrisse puisque la Chine et l’Inde se développent : globalement le marché grossit.

vendredi 7 janvier 2011

La France résiste au changement ?

La revue de la DFCG (« échanges »), d’août-septembre cite une étude de l’Ifop pour BcomBest (portant sur CAC 40 et SBF 120), qui parle de changement.

Je suis surpris d’y voir que les interviewés sont massivement bien disposés vis-à-vis du changement.

Par contre « 89 % des salariés avouent ne pas avoir adhéré entièrement à la dernière évolution de leur entreprise » ! Surtout, « De nombreux salariés estiment que la conjoncture difficile a servi de prétexte à la mise en place très rapide d’un changement plus porteur de tension que de progrès. »

Le problème du changement en France est-il une question d’attitude de la population ou de technique de mise en œuvre ? 

Bon et mauvais marché ?

En poursuivant ma réflexion sur notre société-marché, j’arrive à une nouvelle curieuse idée.

Que désirons-nous ? Une économie prospère, c'est-à-dire qui crée et qui produise. Nous en avons besoin pour faire vivre notre modèle de solidarité sociale.

Une telle société, qui crée et qui produit, est une société de l’innovation. Or, l’innovation, c’est une idée unique qui donne un avantage unique, donc durable (cf. Apple). Du fait de cette différenciation, l’entreprise, le secteur industriel, ou la nation ne subissent plus les contraintes de marchés irrationnels. Ils travaillent au long terme. (Ce qui n’exclut pas les crises structurelles.)

Mais, c’est là où arrive l’idée curieuse, si tout le monde innove, il n’y a plus de marchés irrationnels, mais des marchés pacifiés, nécessaires à l’échange de produits. Et si l’irrationalité des marchés résultait de l’incapacité de l’entreprise à faire son métier ? Si le vice du système ne venait pas du marché mais d'un libre échange qui veut balayer toutes les différences (commoditization des Anglo-saxons) ?

jeudi 6 janvier 2011

Que produit le libéralisme ?

Une surprenante métaphore de Charles Gide (lors d’un cours au Collège de France en 1927-28) :
Quant à croire que la concurrence assurera par la voie naturelle la sélection des meilleurs c’est faire (...) comme un jardinier qui dans son jardin laisserait pousser tout, pensant que les bonnes espèces sauront bien prendre le dessus. Qu’arriverait-il ? il aurait son jardin rempli de ronces et de chiendent.
Compléments :
  • AUDIER, Serge, La pensée solidariste, PUF, 2010.

Stratégie d’Obama

Le changement est une forme de judo, il est avantageux d’être en position basse. Il est possible que M.Obama ait découvert ce principe et qu’il profite de la furia républicaine pour se faire réélire. Exemples de tactiques :
  • Les Républicains veulent voter des politiques irresponsables qui plaisent au peuple, dans l’espoir que M.Obama les bloque et donc s’attire le mécontentement populaire. M.Obama a intérêt, au contraire, à les laisser passer, en arguant d’un intérêt supérieur et du pragmatisme : en contrepartie il a obtenu une réforme de justice sociale (il vient justement d’appliquer cette tactique). Ainsi le pays sera en faillite, du fait des Républicains, et M.Obama sera parvenu à mener une politique démocrate. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
  • Obamacare pourrait devenir le Vietnam des Républicains. Ils se sont engagés à s’en débarrasser. M.Obama peut les contraindre à une guerre d’attrition qui épuisera leurs efforts loin de ce qui compte réellement pour l’électeur : le chômage. Ils feront, à l’envers, l’erreur commise par B.Obama. La sanction sera identique. 

Tensions aux USA ?

La démographie rendrait, à moyen terme, les USA plus républicains que par le passé.
  • Mise à la retraite du baby boom, des retraité dont l’opinion s’est formée à l’époque de Reagan. Ils auraient un fort pouvoir de lobbying qu'ils utiliseraient essentiellement pour faire augmenter les dépenses qui les concernent et éviter celles destinées aux autres classes de la population (d’où leur hostilité aux réformes d’Obama).
  • Les États républicains ayant vu leur population croître vont avoir un pouvoir électoral accru.
Quelle conséquence cela aura-t-il ? La seule stratégie des Républicains actuels semble être de liquider M.Obama. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, il est possible que le système législatif ne soit pas paralysé : il y a accord unanime sur ce qui est nuisible pour le pays. (Variante du dilemme du prisonnier ?)

La situation sera-t-elle longtemps tenable ? Les marchés vont-ils longtemps tolérer que le pays ne réduise pas son déficit ? « L’état déplorable des finances des Etats et des municipalités pourrait être le déclencheur d’une perte de confiance. »

Compléments :

mercredi 5 janvier 2011

Goldman Sachs innove

Goldman Sachs apporte 1,5md€ à Facebook. En fait, ce montant est rassemblé par 500 investisseurs représentés par Goldman Sachs. Ce qui permet à Facebook de dépasser le nombre d’actionnaires qui exigerait une entrée en bourse, sans avoir à entrer en bourse.

Décidément la compétence clé de Goldman Sachs est bien « l’innovation », c’est-à-dire trahir l’esprit des lois en respectant leur lettre. 

Facebook connect

Si je comprends bien, Facebook désire proposer une carte d’identité aux utilisateurs d’Internet.

Facebook connect est un bouton que n’importe quel site web peut afficher et qui permet à quelqu’un qui veut l’utiliser de se faire connaître comme s’il arrivait chez Facebook.

Est-ce un moyen pour Facebook de conjurer « la malédiction de la dérivée seconde », dont parle Hervé Kabla ? Ainsi, le nombre de comptes Facebook ne serait plus limité que par le nombre d’utilisateurs d’Internet ?

En tout cas, protéger autant de comptes est une énorme responsabilité (de l’ordre d’un pourcent des utilisateurs de Facebook auraient déjà rencontré des problèmes de sécurité).

L’Amérique quitte le Moyen-Orient

Je retiens d’un long article sur le Moyen-Orient, que si les lois de l’économie s’appliquent à la politique américaine, l’engagement de l’Amérique au Moyen-Orient ne devrait pas durer.

En effet, il lui rapporte moins qu’il lui coûte. Le pétrole Irakien ne représente que 10% de son approvisionnement, ce qui va chuter. Pas de quoi couvrir les frais militaires qu’elle a engagés (1100md$ jusqu’ici). Pour le reste la présence américaine profite aux intérêts de ses concurrents (Chine) et nourrit l’anti-américanisme local (une autre forme de protection d’intérêt).

Réflexion personnelle : n’est-ce pas parce que l’Amérique a agi en tuteur de la région que cette dernière se comporte de manière irresponsable ?

Compléments :

Les mystères de Lisbonne

Film de Raul Ruiz, 2010.

C’est très très long, surtout dans une salle où il fait froid et avec un projecteur qui a des absences. C’est une reconstitution étonnante de fidélité d’un roman du 19ème siècle.  Une époque où l’on s’apitoyait sur les malheurs des nobles et où les romans étaient faits d’histoires (ici de drames) qui s’emboitaient les unes dans les autres, sans fin.

Problème posé par la retranscription d’une œuvre ancienne. Peut-on ressentir la passion qu’elle a suscitée lorsque l’on n’appartient plus à sa culture ? Et, le plus beau d’un roman, n’est-ce pas ce qu’imagine le lecteur ? Le film ne doit-il pas trahir la lettre pour retrouver l’esprit ? 

mardi 4 janvier 2011

Réforme du système électoral anglais

Les Libdem anglais sont face à un curieux problème.

Pour montrer que leur participation au gouvernement anglais n’est pas vaine, ils doivent faire adopter une réforme du système électoral, qui les défavorise. Mais la trahison de leurs idéaux qu’a entraînée cette participation risque de transformer le référendum en l’occasion d’une sanction…


Compléments :
  • La réforme consiste à donner à l’électeur la possibilité de voter pour plusieurs candidats, si le premier choix n’est pas élu, les choix suivants sont pris en compte. 

Transports anglais

La déréglementation des transports anglais ne semble pas avoir été un succès.

La route est saturée et « les trains sont maintenant de l’ordre de 50% plus chers, en valeur réelle, qu’en 1980 ». Mais leurs tarifs continuent à exploser  (+ 6,2%, en moyenne, en janvier).

Facteurs culturels du développement israélien

L'adversité serait le moteur du développement économique d’Israël.
  • Des voisins hostiles, qui auraient créé son armée. Elle forme ses élites techniques et leur donne des idées qu’elles transforment en start up. 
  • Des conditions de vie difficiles, qui lui apprennent à faire beaucoup avec peu (eau, agriculture, énergie…), conditions idéales pour profiter de l’économie du développement durable.
Ce qui lui est moins favorable est une armée qui s’intéresse plus au contenant d’Internet qu’à son contenu, une culture propre au commerce plutôt qu’à la construction d’empires économiques, des liens naturels avec l’Occident plutôt qu’avec l’Orient, et une grosse partie de sa population qui ne participe pas à son économie (Arabes israéliens ou Juifs orthodoxes).

lundi 3 janvier 2011

Homo Oeconomicus ?

Une idée curieuse vient de me traverser l’esprit. Les journaux relèvent les contradictions permanentes du discours de Nicolas Sarkozy. On en déduit que c’est un malfaisant qui cherche à nous tromper, en bafouant les règles les plus sacrées de la morale. Et si ce comportement avait sa dignité ?

Dans un précédent billet, j’expliquais que notre société se comportait comme un marché. Or, comme le disent les Anglo-saxons, le marché, c’est le chaos. Il oscille entre « greed » et « fear », entre la cupidité et la peur.

Si c’est le vent qui détient la vérité, alors la girouette a raison de changer. Et si l’Homo Oeconomicus, pur et dur, était une honnête girouette ? Et si notre président en était l’idéal-type ?

Mauvais euro

L’Estonie entre dans la zone euro disent les informations. Ses voisins ne trouvent pas que c’est une bonne idée.

Curieux, à lire la presse étrangère on a l’impression que rejoindre la zone euro est un cadeau qu’on lui fait.

Les seules personnes auxquelles on ne demande pas leur avis sont les membres de la dite zone. Et pourtant ce sont elles qui, depuis 20 ans, essuient crise sur crise pour parvenir à la réaliser. Étonnant qu’elles ne trouvent aucun défenseur, pas plus à l’extérieur que, surtout, chez leurs gouvernants.

Régulation américaine

L’économiste nous dit que nous devons déréglementer pour vivre heureux, et nous montre l’exemple américain.

Or, j’apprends que l’Amérique est un pays ou la grande entreprise a une capacité innée à capturer l’Etat afin de tuer la concurrence et l’innovation. (Résultat, par exemple : « c’est le pays développé avec le marché de l’accès Internet le moins concurrentiel ».)

EADS

Changements chez EADS (Peace on the Rhine) :
  • Sa gouvernance aurait évolué, lui permettant d’éviter désormais un affrontement franco-allemand.
  • La société chercherait à diversifier ses revenus, essentiellement liés à une aéronautique civile cyclique. La défense (pourtant mal en point) serait son nouveau marché, plus généralement la « sécurité » (y compris web), et les services « à marge élevée ». Elle devrait installer ses usines aux USA, histoire de s’y faire des amis dans la politique. 

dimanche 2 janvier 2011

Dettes de Dubaï

Les prêteurs de Dubaï ont accepté une « restructuration » radicale de ses dettes. Ils estiment que le pays a l’avenir pour lui et qu’il est bon pour leurs prochaines affaires qu’il soit un ami.

Si l’Europe n’a pas utilisé de tels arguments, est-ce parce qu’elle doute de son avenir ?

Compléments :
  • L’Islande a procédé comme Doubaï, et s’en porte bien. En tout cas mieux que l’Irlande ou la Grèce. Ce qui va finir par poser un problème d’équilibre entre l’intérêt du financier et celui du citoyen ? 

Ernst et Young et Lehman Brothers (suite)

Affaire Lehman Brothers. Finalement « personne ne veut être la cause de la disparition d’un autre grand cabinet d’audit » (puisqu’il n’en reste que 4). 

Le procès que le gouvernement américain intente à Ernst et Young aurait pour objectif de l’amener à balancer ses complices, les dirigeants de Lehman Brothers.

Compléments :

Guerre au Moyen-Orient ?

Israël et ses opposants désireraient « une deuxième manche décisive ».
  • Les Palestiniens seraient bien mieux armés que lors de la première et pourraient infliger de très sérieux dommages à la population israélienne.
  • Les extrémistes de chaque bord seraient trop forts pour qu’une guerre puisse être évitée sans intervention pacificatrice extérieure.

Les guerriers de la nuit

Film de Walter Hill de 1979.

La trame du film reprendrait L’Anabase de Xénophon. Une bande de voyous new-yorkais, pour revenir sur son territoire, doit traverser celui de tribus hostiles. Le plus grand danger qu’ils courent ne vient d’ailleurs ni des battes de baseball des loubards, ni des matraques de la police, mais des sirènes et Circée qu’ils croisent en fin de parcours.

Il n’y a qu’aux USA que l’on puisse appeler Cyrus ou Cléon des personnages, sans que cela paraisse curieux. Par contre ce qui l’est est à quel point les « voyous » sont peu inquiétants. Ce sont des romantiques désespérés, bien élevés et au physique agréable. Leur modèle est à chercher chez West side story, ou chez James Dean plutôt que parmi les bandes modernes. Et ils n’ont pas inventé l’arme à feu.  

Compléments :
  • Ce film, ou Xénophon, semble avoir aussi servi de modèle à Wassup Rockers, dans lequel un groupe de Latinos de Los Angeles devait rejoindre ses terres en partant de Berverly Hills (l’un d’entre eux, d’ailleurs, était exécuté d’une balle dans le dos par Clint Eastwood). Ce type de voyage initiatique est aussi le principe de l’Odyssée. 

samedi 1 janvier 2011

Syndrome du pays en développement ?

La Biélorussie a connu des élections trafiquées. Et semble partie pour devenir un régime peu fréquentable. Son exemple pourrait contaminer les pays de la région. (A nasty surprise in Belarus.)

Curieusement cela m’a rappelé l’histoire des pays en développement. Eux aussi ont été séduits par l’idéologie libérale. Eux aussi ont vu ce qui leur faisait office d’État détruit, et des dictateurs peu reluisants prendre leur direction.

Peut-être devrions-nous essayer d’éviter que cela arrive près de chez-nous ? Ce faisant nous serions peut-être capables de trouver une recette qui s’applique ailleurs ? 

L’économie dupe l’homme

Les économistes du billet précédent disaient que les financiers avaient dupé le marché, en concevant des produits exotiques qui lui faisaient prendre des vessies pour des lanternes.
Mais sont-ils les seuls à nous duper ?

Les coupe-faims sont des coupe-vies. L’agro-alimentaire vend de l’obésité. Les assureurs américains n’assurent que le bien-portant. Depuis ses origines l’industrie de la communication s’est spécialisée dans la manipulation

Et si le fonds de commerce de l’industrie était devenu la duperie ?

De l’économie au changement

Réunion d’économistes ce matin chez France Culture. L’économiste, si possible formé aux USA, est devenu notre maître à penser.

Ça n’a pas été toujours comme cela. Pendant longtemps l’économie a été une spécialité, obscure, du droit ! Et lorsque Raymond Barre a été présenté comme « meilleur économiste de France », cela n’a pas suscité d’admiration. Alors nous admirions les technocrates.

Le règne de l’économiste montre que nous sommes devenus une économie de marché.

C'est pour cela que nous vivons un mouvement brownien. Le marché c'est cela. Nous ne savons plus ou nous allons, nous changeons pour changer – comme une girouette, nous ne créons plus, nous confondons manipulation et action… Diagnostic de Laurent Habib et de Jeanne Bordeau.

Comment se tirer de ce tourbillon vain ? Rêver. Quelle société voulons-nous ? Si le rêve ne viole pas les lois de la nature, le réaliser n’est qu’une question de technique ! De « conduite du changement » !

Nouvel an

Ce blog vient de traverser sa troisième année.

Il paraît que Napoléon choisissait ses généraux parmi les personnes qui avaient de la chance. Eh bien, ce blog a eu de la chance. Il a démarré sa vie avec une crise majeure, sociale bien plus qu’économique. Et la crise c’est le changement à son plus fondamental.

Quel enseignement tirer de ses premières années ? Encore et toujours que Kurt Lewin avait raison. Le changement est le dégel des certitudes. Il montre que ce que l’on croyait, inconsciemment, est faux. Ce blog est la chronique de mes a priori erronés. 

C’est peut-être aussi un réveil. Non seulement nous croyions des balivernes, mais, surtout, nous avions arrêté de penser. N’étions-nous pas en possession de la connaissance ultime ? Je prédis un réveil de la philosophie.

Compléments :
  • Un calcul approximatif me montre que ce blog représente de l'ordre de 2200 pages, si je prends pour référence la taille moyenne de la page de mon dernier livre.

vendredi 31 décembre 2010

Thèmes du mois

Innovation. Au lieu de faire un point à chaque centaine de billets, je le fais maintenant en fin de  mois (ce qui revient à peu près au même, mais est plus simple pour moi).

Une idée surnage du résumé ci-dessous. Le monde s’éveille doucement. Progressivement, il découvre que ce qu’il croyait, l’idéologie libérale pour faire simple, était une illusion. Ou plutôt une anesthésie. Un à un, les démons que l’on pensait ensevelis ressurgissent. Plus grave, on ne sait plus si ce sont de vrais démons, ou s'ils ont été diabolisés. 

Isabelle Caro

J’aperçois le nom d’Isabelle Caro dans une une étrangère.

Qui est-ce ? Un article de Wikipedia explique que c’est un mannequin qui a parlé de son anorexie.

Un bandeau, au début de l'article, dit que quelqu’un a proposé de le supprimer. Ce qui me surprend : il a des équivalents dans un grand nombre de langues, l’article anglais étant d’ailleurs bien plus long et mieux fait que le français. Qu’est-ce qui justifie cette différence de traitement ?

D’ailleurs, quand mérite-t-on d’avoir une page dans Wikipedia ?

Je me suis demandé si de temps à autres l’homme de parvient pas à faire des choses qui le dépassent, comme représenter le combat contre l’anorexie ; alors ce qu’il est ne lui appartient plus. Il appartient à la société et à Wikipedia ?

Révolution industrielle

BBC 4 parlait des « conséquences de la Révolution industrielle », hier matin.

J’en retiens que la transformation s’est faite sans beaucoup de résistance. La campagne est allée à la ville.

Le changement a été radical, pourtant. La vie est devenue urbaine, les machines et les usines sont apparues partout. La population, qui vivait jusque là au gré des saisons, avec pas mal de loisirs, a subi la discipline des horaires industriels. La vie communautaire s’est transformée aussi. Les déplacés créent de nouveaux modes de vie sociale, mutuelles (friendly societies), syndicats, communautés religieuses. Ce qui évite, peut-être, une révolution, non industrielle.

En fait cette période fut effectivement une révolution pour l’espèce humaine. Pour la première fois elle a connu une croissance démographique forte sans qu'elle déclenche une « réaction malthusienne ».

Les conditions de vie de la classe ouvrière étaient-elles abjectes ? Le niveau de vie croit dans la seconde moitié du 19ème siècle. Mais avant ? Les optimistes semblent argumenter que l'abjection était encore plus grande lors des siècles précédents. La Révolution industrielle, d'ailleurs, n’a pas eu que des désagréments. Cependant, il y aurait eu stagnation du salaire des hommes alors que la taille de la famille augmente. L’épouse n’aurait pu apporter de revenu complémentaire, ses emplois traditionnels ayant disparu.

Finalement, d’où est venu le déclin de l’Angleterre, à partir de 1850 ? En partie du libre échange, qu’elle croyait la raison de sa prospérité. Ses concurrents ont acquis à bon compte sa technologie et l’ont développée à l’abri de barrières protectionnistes. L’éducation est surtout coupable. L’Angleterre n’a pas su passer du « bricolage » des temps héroïques à une démarche scientifique, comme l’Allemagne par exemple. Les héritiers des entrepreneurs ont reçu un enseignement classique traditionnel, inadapté au développement de leurs affaires.

Compléments :

Singe et changement

Un de mes collègues écrivains du changement décrit une expérience édifiante :

Collectivité de singes. On accroche une banane au plafond. Quand un singe veut la décrocher, il reçoit une décharge électrique. Rapidement plus personne n’osera toucher à la banane. Même si elle n’est plus électrifiée. La communauté en aura fait un fruit défendu, et empêchera son approche. Cette loi sera transmise aux générations suivantes.

Enseignement ? Nous sommes tous des singes rétrogrades et ridicules.

Je crois au contraire que nous avons été des singes innovants.

Mon billet sur les retraites américaines en donne un exemple. Aux USA, la faillite n’est plus une honte, mais une technique de management ; les retraites sont devenues des dettes secondaires. L’innovation a consisté à remettre en cause les règles de la morale. Et que s’est-il passé ? Rien.

Notre histoire récente n’a été que cela. On a découvert que le singe innovant loin d’être électrocuté était récompensé. Car, lorsque la communauté est occupée à faire tenir les piliers sociaux, il est aisé de lui faire les poches.

Mais, à long terme, elle peut réagir de 2 façons. 
  1. Le singe fait des émules, grande vague d’innovation, l’édifice s’effondre. 
  2. La communauté découvre la nécessité de ses principes fondateurs, réagit et déclenche le feu divin qui ramène l’innovateur dans le rang. Grâce à lui, on aura dépoussiéré les dits principes. Peut-être seront-ils devenus plus efficaces ?
Compléments :
  • Serait-ce comme cela que s’y prend le virus ? Loin d’attaquer une de nos faiblesses, il s’en prend au contraire à un de nos principes vitaux si fondamental que le corps a oublié qu’il existait ? Mais le virus serait un moteur de changement : ce qui ne tue pas renforce ?

jeudi 30 décembre 2010

Fêtes

Chaque année je me fais la même réflexion. Pendant les fêtes, il ne se passe rien.

Mais où sont les si terribles marchés financiers, devant la perfection desquels les nations et les hommes doivent se plier ? Leur logique serait elle, malgré tout, sensible à quelque force culturelle ?

Et si le meilleur moyen de les calmer était, finalement, de supprimer toutes les vacances ? 

Retour aux retraites

Quand la réforme des retraites était contestée, je pensais que M.Sarkozy avait son moment Thatchérien. Les faits semblaient m’avoir donné raison jusqu’à ce que j’y réfléchisse à nouveau.

Car le ministre Woerth a été démis. La tradition n'a pas été démentie. La victoire gouvernementale n’a pas été complète.

Quelqu’un a-t-il gagné quelque chose dans ces événements ? La famille Bettencourt s’est réconciliée. Quant à Maître Metzner, a-t-il mieux démontré son talent que dans l’affaire Kerviel ?

Les politiques, Aristote

Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993.

Pour Aristote, ce qui rend l’homme humain, c’est la cité. C'est-à-dire un groupe suffisamment important pour vivre en autarcie, mais relativement restreint, et encadré par la loi, ou plutôt une juste constitution.

Le rôle de la cité est de rendre l’homme « heureux », ce qui exige une vie de loisirs. Pour cela il doit apprendre la « vertu ». Ceux dont la « nature » est favorable doivent être conduits à la vertu par des lois et par l’éducation (la première préoccupation du législateur). L’éducation forme les habitudes et la raison.

Le législateur, l’auteur de la constitution, a donc un rôle décisif dans le sain développement de la cité. Il doit veiller à l’avantage commun (pas à celui d’un groupe privilégié). Pour cela il lui faut adapter la forme constitutionnelle (royauté, aristocratie ou gouvernement constitutionnel) au nombre d’hommes de bien de la cité (un, un petit nombre, ou un grand nombre), et prendre garde d’éviter les dérives qui guettent chacun de ces régimes (respectivement tyrannie, oligarchie et démocratie). Par ailleurs, la cité et son environnement évoluent, le législateur doit veiller à faire évoluer sa constitution en fonction.

Point curieux : la terre est une imitation imparfaite du cosmos. C’est de cette imperfection que viennent nos malheurs, en particulier les vices et la non permanence de la cité. Mais c’est à elle que nous devons notre liberté. Sans elle nous serions des pantins !

Commentaires

Initialement j’ai considéré Aristote avec condescendance. N’était-il pas ridicule de dire que la femme, l’esclave ou l’artisan étaient inférieurs « par nature » ? Mais pas longtemps.

J’ai vite compris que s’il y avait des ridicules dans la pièce, c’étaient nous. Où avons-nous pu pécher que notre démocratie était le but ultime du monde ? Que le régime chinois, par exemple, incarnait le mal ? Chez Aristote, un régime politique doit être adapté aux caractéristiques d'une population. Et surtout il évolue sans cesse. D’ailleurs, qui dit que la démocratie est idéale ? Celle d’Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. Les bénéfices de la nôtre ne sont-ils pas aussi destinés à une classe de privilégiés ? Pire, vivons-nous dans une « démocratie » (Aristote aurait dit un régime constitutionnel), ou dans une oligarchie de « travailleurs riches » et d’intellectuels ? En déréglementant à tour de bras, en légiférant au fait divers, ne risquons nous pas de basculer dans un régime démagogique, dans lequel la société devient une « masse » animale ?  

En outre, ce qu’Aristote dit de la cité, de l’homme heureux… rejoint quasiment mot pour mot les travaux de sociologie moderne. En fait, Les politiques est un traité de conduite du changement.

Reste une question. Pourquoi, lui qui était le précepteur d’Alexandre, a-t-il écrit sur la cité, alors qu’Alexandre et son père, Philippe, l’ont éliminée de l’histoire ? Comme Gorbatchev, il n’a pas vu les conséquences du changement auquel il donnait la main ? A-t-il été victime de l’habitude : le philosophe grec réfléchissait par tradition à la cité idéale, peut-être justement parce qu’elle avait du plomb dans l’aile ? 

En tout cas, une fois de plus, il me semble que sans crise il n’y a pas de philosophie digne de ce nom.

Compléments :

mercredi 29 décembre 2010

Internet et innovation

L’histoire récente d’Internet est celle de toute découverte de l'humanité, du feu jusqu'à l'énergie nucléaire : que peut-on en faire de bien, en en évitant les dangers ? L’apprentissage se faisant à tâtons.

Les derniers épisodes sont marqués par le problème de la confidentialité de l’information, qui est depuis toujours lié au modèle économique d’Internet. Lors de la bulle Internet on appelait cela la question de « l’infomédiaire ». Celui qui possédait des données sur une personne possédait une partie de son patrimoine. En effet, cette information trahissait certainement les goûts de la personne et permettait donc de savoir quoi lui vendre. Il semblerait que l’intérêt de Facebook pour le mail vienne de là : le mail serait porteur de plus d’informations commercialement utiles que ce qu’il possède déjà.

Compléments :
  • Sur les infomédiaires : voir les travaux de John Hagel. Mon expérience avec Amazon USA montre que l’idée d’infomédiaire peut être qualitativement pertinente : les suggestions de livres qu’il fait sont judicieuses. (Malheureusement, j’achète chez Amazon France, qui visiblement possède peu de lecteurs qui me ressemblent.)
  • J’ai découvert que Facebook permettait de suivre ce que font ses proches distants, sans les bombarder de mails. Un publicitaire m’expliquait que c’était la raison pour laquelle les grands parents s’intéressaient à Internet : rester en contact avec leurs petits-enfants. Mais est-ce que ceux-ci sont d’accord ? Dans la vie hors ligne on peut tenir des conversations différentes, voire contradictoires, à différents types de personnes. Ne plus pouvoir le faire ne risque-t-il pas de limiter Facebook, par exemple, à des échanges aseptisés ? Mais peut-être y aura-t-il application du « paradoxe du décolleté » dont me parlait un conducteur de taxi, lors d’une discussion philosophique. La femme qui le porte ne conçoit que la séduction qu’elle exerce sur sa cible, non le regard concupiscent du libidineux. Le membre de Facebook ne concevra-t-il toujours que des conséquences favorables à ses écrits ?

Sens de la vie

En ces temps où l’efficacité semble se suffire à elle-même, je suis frappé par ce qu’Aristote définit comme étant l’objectif, la fin, de l’existence : « le loisir ». « La guerre doit être choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables en vue de celles qui sont belles. »

Cependant, cette vie se gagne. « Il faut posséder beaucoup de choses indispensables pour pouvoir se permettre une vie de loisir. » Et se mérite. « il faut du courage et de l’endurance pour le temps de la besogne, de la philosophie pour celui du loisir, et de la tempérance et de la justice pour ces deux temps, mais surtout pour ceux qui vivent en paix et dans le loisir. »

Ce point de vue s’oppose à la spécialisation anglo-saxonne, qui doit conduire à produire toujours plus (Adam Smith). Pour Aristote, en confondant fin et moyen, on finit par dribbler les poteaux du but. « La plupart des cités (qui) assurent leur salut par la guerre (…) une fois qu’elles ont acquis la domination elles périssent. » Surtout on aliène sa liberté. Comme aliènent leur liberté l’esclave, la femme ou l’artisan, qui ne sont que des moyens, et non des fins. « on doit considérer comme digne d’un artisan toute tâche, tout art, toute connaissance qui aboutissent à rendre impropres à l’usage et la pratique de la vertu, le corps, l’âme ou l’intelligence des hommes libres. »

Mais la contradiction n’est peut-être qu’apparente. Pour que l’homme libre puisse l’être, Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. (C’est leur juste destin : ce sont des êtres inférieurs « par nature ».) De son côté, la classe dirigeante anglo-saxonne mène essentiellement une vie de loisirs, comme l’écrivent Veblen et Galbraith. D’ailleurs Adam Smith était un philosophe qui a vécu aux crochets des puissants. La spécialisation serait-elle pour le petit peuple, et les loisirs pour le grand ?

Compléments :
  • Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993

Démagogie

Ce qu’Aristote (Les politiques) dit de la démagogie m’a frappé.
  • La démagogie est une forme corrompue de la démocratie. 
  • Comment cela survient-il ? L’explication d’Aristote est inattendue. Remplacement de la loi par le décret, expression du caprice populaire.
  • Sans guides, le peuple devient une « masse », une sorte d’animal collectif, mu par des désirs primaires. Le démagogue le mène par le bout du nez. Mieux, au nom du peuple, il asservit les institutions.
Cela m’a rappelé le début du quinquennat, et sa législation au fait divers. La destruction des codes de lois peut-il faire de nous une « masse » facilement manipulable ?

mardi 28 décembre 2010

Dissonance cognitive

La dissonance cognitive est une différence entre ce à quoi l’on croit, et ce que l’on fait vraiment. (cf. le Bobo.)

C’est un phénomène lié à l’hypocrisie. Il est au cœur du changement, puisque le changement est très souvent dû à une difficulté à réaliser ce que l’on pense bien (et que l’on disait faire jusque-là – cf. la charte d’éthique d’Enron).

Les universitaires anglo-saxons ont cherché à utiliser ce mécanisme comme moyen d’influence d’un comportement. Par exemple, un ami m’a envoyé une bande dessinée dans laquelle un consultant demande à un employé pourquoi il travaille dans des conditions abjectes, alors qu’il est deux fois plus intelligent que son patron. Devant cette situation absurde, l’employé rationalise la contradiction : ce travail est passionnant.

On peut aussi utiliser la dissonance comme un moyen de motivation. Il s’agit alors d’amener l’homme à la hauteur de sa légende. Si elle réussit, la transformation conduit à une énorme vague d’optimisme. Mais il faut procéder avec prudence. Car la dissonance met l’homme en face d’une image qu’il hait. Son réflexe naturel est de détruire le miroir. Comme Tartuffe.  

Angleterre en croissance

Les mâles anglais auraient pris en moyenne 7,7kg en 14 ans.

Ils mangent trop et ne font pas assez d’exercice. Ce qui est excellent pour l’économie : cette surconsommation alimentaire s’accompagnera d’une surconsommation de produits pharmaceutiques.

Compléments :
  • L’obésité française est inquiétante (14,6%), mais un peu moins que l'anglaise (25%, seulement 7% en 86-87). L’explication de notre relative meilleure santé serait culturelle. Le repas a conservé chez nous un rôle social, alors que c’est un geste technique dans les pays anglo-saxons. Du coup, cela nous force à manger de manière relativement équilibrée.

Journalisme

Quelques observations venues de mes rencontres avec les journalistes :
  • Trompé peut-être par ce que me disent mes amis ex-journalistes, je pensais que les bons journalistes avaient quitté le métier. C’est faux. La profession compte de grands professionnels. Bizarrement plutôt en position un peu subalterne et menacée.
  • J’ai fini par voir ce qui bloquait le journaliste vis-à-vis de mon sujet. Implicitement, il connaît mieux la question que moi. Mais, dès qu'il comprend que ce dont je lui parle, c’est ce qu’il vit tous les jours, son attitude change. Malheureusement, je ne suis plus capable de répondre à ses questions sans parler longuement. Erreur à corriger.
  • Plus surprenant, dans son domaine de spécialité il arrive que j’en sache plus que lui. Ma lecture de The Economist me donne une avance inattendue. Mais ce que dit The Economist, et la presse anglo-saxonne, semble impubliable, subversif !, à la fois au journaliste de gauche et de droite. Même des théories économiques qui ont reçu depuis longtemps le prix Nobel sentent le soufre. Personne ne paraît avoir la moindre idée de ce qui se passe en Angleterre ou aux USA et des leçons que la France pourrait en tirer…
Le journaliste français penserait-il qu’il sait parce qu’il est journaliste, et donc qu’il n’a rien à apprendre ? Ce qu’il sait serait-il défini par une sorte de pensée commune à son milieu ? Serait-ce ce que dit l’ambassade des USA en France ?
les grands journalistes français sont souvent issus des mêmes écoles élitistes que beaucoup de responsables gouvernementaux. Ces journalistes ne considèrent pas forcément que leur premier devoir est de surveiller le pouvoir en place. Nombre d'entre eux se voient plutôt comme des intellectuels, préférant analyser les événements et influencer les lecteurs plutôt que de reporter des faits.
le secteur privé des médias en France – en presse écrite et audiovisuelle – continue d'être dominé par un petit nombre de conglomérats, et les médias français sont plus régulés et soumis aux pressions politiques et commerciales que leurs équivalents américains.