samedi 25 décembre 2010

Berlusconi l’insubmersible ?

Les entreprises télévisuelles de M.Berlusconi affrontent le plus terrible des fléaux inventés par le capitalisme libéral : Ruppert Murdoch.

Or, elles se défendraient bien  mieux que l’élite économique fréquentable. Cela ne serait pas dû uniquement à des manipulations des lois de la République. Elles sauraient séduire le marché.

L’Angleterre juge la France

Les siècles n’ont pas changé l’opinion de l’Anglais sur le Français. Voici ce que dit John Stuart Mill (Representative Government) :
(Les Anglais) ont le plus grand dégoût pour la lutte des partis politiques ou des individus pour une charge ; et il y a peu de choses pour lesquelles ils aient plus d’aversion que pour la multiplication des emplois publics ; quelque chose qui est, au contraire, toujours fort populaire chez les membres des nations criblées de bureaucratie du continent, qui préféreraient payer plus d’impôts que de réduire par la plus infime fraction leur chance d’obtenir une charge pour eux-mêmes ou leurs proches, et parmi lesquels une demande d’économie ne signifie jamais l’abolition des charges, mais la réduction des salaires de celles qui sont trop considérables pour que le citoyen ordinaire ait la moindre chance d’y être nommé.
Je crois que la classe supérieure anglaise se trouve toutes les qualités, et estime que sa position est due à son mérite. En outre ses rangs sont ouverts à ceux qui parviennent à s’y hisser. Celui qui l’envie et veut l’éliminer, en conséquence, n’est qu’un paresseux.

Le Français, du fait de son histoire, voit les choses différemment. Pour lui la classe supérieure doit sa position à l’hérédité, et non au mérite. Et quand on y pénètre de son vivant, c’est par quelque magouille que la morale réprouve. (Dans les deux cas, effectivement, il n’y a pas d’intrigue indécente pour obtenir une charge : l’un la reçoit du fait de ses relations, et l’autre la dérobe par son « esprit d’entreprise ».)

Compléments :
  • Cette admiration de la classe supérieure anglaise pour elle-même s’exprime peut-être dans ses sports nationaux, qui la donnent en spectacle à la nation : Sport et identité nationale.

vendredi 24 décembre 2010

Recherchons terroristes, Bac+5

« Le terrorisme est une activité complexe ». Les terroristes recrutent leurs suicidaires sur diplômes. Décidément nous appartenons bien à une économie de la connaissance.

Et l’intellectuel est beaucoup plus sensible à la séduction du terrorisme que le peuple. (Exploding misconceptions.)

(Les premiers terroristes, ceux de 89, et les trotskystes étaient tous des intellectuels, d’ailleurs !) 

Triste Amérique

L’Amérique n’est pas faite pour connaître le chômage. Or il est devenu très élevé (9,8%), et il semble parti pour s’éterniser.

L’Américain moyen commence à être terriblement touché. Il se retrouve bien vite sans chômage et sans sécurité sociale. Triste spectacle. 

Esprit d’ISO 26000

Ma lecture de la norme ISO 26000. À l’origine, je vois une double idée :
  1. Disparition du service public. Il faut que quelqu’un récupère les responsabilités abandonnées par l’État. La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise accompagne la déresponsabilisation de l’État.
  2. Globalisation et interdépendance (conséquence de la fameuse mode de la « supply chain » ?) conduisent à un impact mondial de décisions locales. La responsabilité de l’entreprise s’est massivement amplifiée.
À tout ceci vient s’ajouter des « groupes vulnérables » particulièrement susceptibles aux crises économiques et dont il faut d’autant plus prendre soin que l’État n’assure plus son rôle. Mais la norme l’avertit qu’il doit se ressaisir et assumer ses responsabilités. Le rôle des services publics est « primordial », notamment en ce qui concerne les susdits « groupes vulnérables ». (Attention : que l’entreprise devienne responsable ne signifie pas que l’Etat ne doit plus l’être : leurs rôles et responsabilités sont différents, non substituables.)

La question que pose ISO 26000 est simplement : quelles sont mes responsabilités d’homme ? La norme en elle-même est là pour aider cette réflexion en proposant une liste (minimale ?) de questions à se poser. Mais rien ne peut dégager l'homme de sa responsabilité, surtout pas une norme.

On découvre qu’être responsable c’est répondre de l’impact de ses décisions, ne rien cacher, connaître et respecter les lois (« primauté du droit », un point sur lequel la norme insiste lourdement), avoir un comportement éthique, respecter les normes de comportement international (coutumes, si possibles universelles…), respecter les intérêts de ses « parties prenantes », respecter les droits de l’homme.

Cela demande aussi (de manière un peu redondante ?) de connaître et de s’interroger sur les droits de l’homme, les droits des travailleurs (une partie des précédents), les droits des clients, les bonnes pratiques du métier, l’environnement et la société. Et de se donner la « gouvernance » qui permet de respecter ses engagements.

Technique centrale. Le dialogue avec les parties prenantes. Leur rôle : aider à trouver une solution aux questions ci-dessus. Mais attention. Elles ne dégagent pas la responsabilité de celui qu’elles aident. Elles peuvent ne pas penser à tout. Et surtout elles ne représentent pas tous les intérêts en cause. Il ne faut pas oublier ceux qui ne peuvent pas faire entendre leur voix (comme les générations futures ou la nature, ou encore les chômeurs, ou toute communauté mal organisée).

Le but de ce dialogue est aussi (essentiellement ?) d’éliminer les conflits entre intérêts. Entre parties prenantes, entre parties prenantes et sujet de la RSE, entre parties prenantes et société.

Commentaires

ISO 26000 c'est le monde à l'envers :
  • L’individualisme triomphant jusqu’ici (les droits de l’homme) est mâtiné d’une forte couche d'influence sociale. (Importance de « comprendre les attentes générales de la société » ; normes de comportement international, en particulier les coutumes qui dirigent les peuples – une pierre dans le jardin des Lumières.)
  • Le rappel permanent à la légalité contraste bizarrement avec le Far West que nous avons vécu. 
  • L’Etat est sommé de reprendre son rôle d'Etat. 
Le plus curieux, c'est le dialogue avec les parties prenantes. C’est la dialectique grecque qui cherche à établir une solution juste entre intérêts apparemment contradictoires (la norme parle de « conflits »). Mais contrairement au modèle grec (et anglo-saxon), les parties prenantes ne se limitent pas à celles qui ont un pouvoir de nuisance. La responsabilité de l’entreprise concerne aussi, surtout, ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. D’ailleurs, même vis-à-vis des parties prenantes, son rôle n’est pas tant de les écouter que de les remettre, le cas échéant, sur le chemin de la vertu.
Les parties prenantes peuvent avoir des intérêts qui ne sont pas compatibles avec ceux de la société. 
En fait ce dialogue me semble l'opposé du diviser pour régner créateur d'un individualisme généralisé, c'est l'exercice central à la constitution et à la maintenance d'une société :
  • Le travail d’analyse préliminaire à ce dialogue montre que l’intermédiaire est pris dans une sorte d’injonction paradoxale. Son donneur d’ordre tend à le forcer (s’il ne veut pas perdre ses contrats) à mal faire son travail, c'est-à-dire à exploiter les faiblesses du marché. J’en suis arrivé à me demander si ce n’est pas comme cela qu’a fonctionné l’économie ces derniers temps. Elle a détroussé les faibles. Et si c’était cela qui rendait notre développement non durable ?
  • En mettant en lumière les conflits entre parties prenantes, le dialogue permet de sauver l’intermédiaire d’une situation non durable (l’injonction paradoxale n’est plus possible). Surtout, en confiant la résolution du problème à la société (non plus à quelques individus isolés, qui voient midi à leur porte), il permet de trouver des solutions honnêtes aux intérêts des uns et des autres.
ISO 26000, reconstitution du lien social ? Contrepied des décennies post 68 ?

Compléments :
  • Quelques observations pratiques résultant d’une première mise en œuvre. 

jeudi 23 décembre 2010

Ernst et Young et Lehman Brothers

Depuis quelques temps la presse parle d’Ernst et Young, accusé d’avoir contribué à tromper le marché sur la solidité de Lehman Brothers.

La BBC ce matin s’inquiétait de ce que 99 sur 100 des grandes entreprises anglaises sont auditées par des « big four » qui ne semblent rien avoir appris de l’histoire d’Enron et d’Arthur Andersen. Un interviewé expliquait qu'il ne leur est pas possible de mécontenter leurs clients, ils pèsent trop lourds dans leurs comptes, et que leurs employés peuplent leur organisme de contrôle.

Bulle financière américaine, Mediator français, recherche en économie financée par l’entreprise… Le secteur privé peut-il s’auto-contrôler ? Au fond il est curieux à quel point les intérêts du secteur privé tendent rapidement à s’aligner pour exploiter le « marché », qui, lui, est divisé et sans force. 

Réseau électrique français

Notre réseau électrique n’aurait pas été entretenu.

Effet inattendu de la transformation d’un service public en une entreprise en situation de monopole ?

Pourtant le livre d’économie pour débutant explique que le monopole n’innove pas, il exploite son marché.

Est-ce la raison qui a poussé à la déréglementation des services publics, et, surtout, à la façon dont elle a été menée ? « On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le ciel » ?

Heureux les vieux

Bonne nouvelle : les très vieux seraient très heureux. Après une chute continue, le bonheur repartirait à la hausse à partir de 46 ans.

Plusieurs explications s’affrontent. Pour ma part, j’y vois l’écho d’une de mes vieilles théories. Et si l’âge de 46 ans marquait le passage de la phase « jeune con », qui se tape la tête contre les murs, à celle de « vieux con », qui n’a plus que des certitudes ?

Achats et sous-traitance

Nouvel enseignement de l’année. J’ai eu la surprise de retrouver la situation que j’avais rencontrée dans l’automobile. À savoir des entreprises qui massacrent leur sous-traitance par une politique d’achats irréfléchie.

L’Automobile (essentiellement américaine et française) a poursuivi une politique qui l’a conduite à concentrer sa sous-traitance. Parallèlement elle l’a soumise à des appels d’offres extrêmement rigoureux. Résultat : la crise a balayé la plupart des équipementiers, ceux qui demeurent (secourus par l’État, pour la plupart), sont maintenant en situation de quasi monopole.

Cette politique d’achat s’est accompagnée d’un abandon de compétences. Les constructeurs ont éliminé les personnels qui savaient concevoir les équipements (jusqu’ici les sous-traitants ne faisaient que les fabriquer). Si bien qu’ils sont maintenant incapables de contrôler leurs fournisseurs.

J’ai donc été étonné de retrouver ce même phénomène dans d’autres industries. Concentration des fournisseurs, baisse des prix par un système d’injonction paradoxale, abandon des compétences du donneur d’ordre. Il est étonnant à quel point les entreprises sont incapables d’apprendre les unes des autres.

En fait, je crois que le phénomène est plus subtil que ce que je pensais. J’ai observé, du côté du marketing, une stratégie de recherche d’avantage par le prix et par l’inflation de fonctionnalités. (Au fond, c’était aussi vrai dans l’automobile. Les voitures sont maintenant pleines d’un bric-à-brac électronique inutile.) Ce qui conduit à en demander beaucoup plus au sous-traitant pour beaucoup moins cher. Le sous-traitant ne pouvant pas perdre un client qui assure l’essentiel de son chiffre d’affaires, il fait mal son métier.

À la réflexion, je ne pense pas que ce soit délibéré. Marketing et achats n’agissent pas de concert. Il y a perte de vision globale.

Le changement que doit subir la grande entreprise est sans doute ici. C’est ce que le marketing appelle l’exercice du « positionnement » : développer un avantage unique et durable pour lequel le marché est prêt à payer cher. Ce qui demande de comprendre ce qu’il veut, ce que peut faire l’entreprise et de la reprendre en main pour qu’elle coordonne ses efforts pour concevoir le produit ad hoc. Apple me semble illustrer cette idée. 

mercredi 22 décembre 2010

Soviétisation de l’Europe de l’est

Comme la Russie, l’Europe de l’Est retourne au modèle soviétique d’un pouvoir central fort, protecteur et peu démocratique.

Logique. Quelle séduction pourrait-elle trouver au modèle occidental ? 

Changement en Angleterre

Le gouvernement anglais renverserait la centralisation de Margaret Thatcher. Il donnerait aux collectivités locales la conduite de la réforme qu’il a entreprise. C’est logique : son projet de « Big society » signifie que c’est au peuple de prendre son sort en main. Et qui est plus près du peuple qu’une collectivité locale ? En tout cas pas l’État.

Mais les raisons de la centralisation (donner des conditions identiques à tous) n’ont pas disparu, et les moyens financiers des collectivités locales seront sérieusement réduits. (Careful what you wish for.)

Vont-elles se trouver en position d’injonction paradoxale : on leur demande d’en faire plus avec moins ? Si elles ne veulent pas sombrer dans une forme de folie, elles doivent définir un plan d’action qu’elles savent réaliser, avec les moyens dont elles disposent ? Et le faire signer à M.Cameron ?

Compléments :
  • Que va faire le gouvernement français, qui semble appliquer le modèle de centralisation Thatchérienne ? 

Sophisme de l’actionnaire

Un dirigeant fondateur de société me dit du mal de ses actionnaires. Pourquoi auraient-ils droit aux revenus de l’entreprise alors qu’ils n’y travaillent pas ?

Une histoire similaire serait arrivée chez Facebook. Son fondateur avait donné 30% de la société en échange de 1000$ à un ami. Mais, qu’était cet argent en comparaison des nuits et des jours que consacraient au projet Mark Zuckerberg et ses premiers collaborateurs, et surtout de son potentiel (si j’en crois The social network) ?

Pendant des années on nous a dit que l’entreprise devait maximiser les gains de l’actionnaire. Ça nous est apparu comme évident. Mais, au fond, ça ne l’est pas du tout. L’intuition commune est que l’entreprise appartient à celui qui « crée de la valeur », qui lui apporte son génie, les plus belles années de sa vie, pas son argent.

Ce doit être cela un sophisme : il parle à la raison, et la raison est aisément manipulable si elle n’est pas appuyée sur l’expérience.

Compléments :
  • Marx disait que le capitaliste était un exploiteur. Les beaux esprits l’approuvaient. Puis l’université américaine a présenté la thèse inverse. Ils ont gobé sans broncher.
  • Ma solution au divorce entre membre de la société et actionnaire est de démontrer l’utilité de l’actionnaire. Un actionnaire (de petite entreprise) doit être un conseiller et un vendeur, avec un gros carnet d’adresses. C’est d’ailleurs comme ceci que se présentent les fonds d’investissement américains.  L’investisseur doit s’investir dans l’entreprise. 

mardi 21 décembre 2010

Fin du microcrédit ?

Le microcrédit, comme tous les crédits, serait victime de bulles spéculatives. D’où surendettement et suicide. Et les taux demeurent très élevés (plus de 30%). Les gouvernements s’en émeuvent. (Under water.)

C’est peut-être une mauvaise nouvelle pour l’idéologie libérale. Je soupçonne que l’Inde et les pays de sa région, avec leurs légions d’économistes, offraient au monde un capitalisme nouveau qui aurait trouvé un antidote à sa malédiction : la pauvreté. 

Eh bien la pauvreté ne semble pas prête à disparaître par miracle. 

La France innove ?

Au détour d’un article, je découvre que le Rafale, partant d’un porte-avion, pourrait lancer ou détruire des satellites. (Endangered birds.)

Ce serait une première.

La France de l’armement aurait-elle encore des choses à dire au monde ?

Le nom des gens

Film de Michel Leclerc, 2010.

Enfin un film optimiste, où il n’y a pas de bons et de mauvais. On y découvre même un Lionel Jospin fort sympathique. Et que les vrais drames sont muets. 

lundi 20 décembre 2010

L’État et l’Anglo-saxon

Et si l’État était une excuse à l’irresponsabilité ? me fait penser mon billet sur le systèmes de retraite américain.

L’Américain a remarqué que lorsqu’il commettait un acte que la morale réprouve, l’État se charge de redresser le tort. Dès lors le plan de marche est simple : je détruis, l’État répare et s’endette, je l’attaque pour son incompétence. En effet, si je ne le faisais pas, je plaiderais coupable.

Quand l’État est trop endetté, personne ne voulant, bien entendu, le renflouer, il ne peut que faire défaut. (Explication de Amérique éternelle ?)

Et si cela justifiait aussi l’euroscepticisme anglais : la bureaucratie européenne a un double intérêt, c’est un État et il n’est même pas anglais. Bouc émissaire idéal ! 

Miracle irlandais

Paul Krugman a déniché une interview de George Osborne, datant de 2006. L’actuel ministre des finances anglais y explique le succès irlandais. Démonstration scientifique : l’Irlande est un miracle de l’économie de marché. Ses fondamentaux (recherche et développement, enseignement, etc.) résultent de lourds investissements et lui garantissent une prospérité durable. Il faut l’imiter.

Cet homme a-t-il tiré du même type de raisonnement imparable la réforme qu’il applique à son pays ?

Chine économique

L’évolution économique de la Chine se ferait par phases. À partir de 79, capitalisme financier avec acquisition de tous les composants nécessaires (bourses, banques, etc.) Reflux dès 2006. Le système financier chinois se referme sur lui-même.

Par ailleurs, « Le gouvernement chinois est en train de retirer les subventions à l’industrie et d’assouplir le contrôle du prix de l’énergie. Les employés demandent des hausses de salaire. Les normes environnementales, aussi, sont renforcées. Toutes ces tendances affectent les profits, mais le gouvernement est heureux de les laisser se développer ». (Where are the profits?)

Ferait-il meilleur vivre en Chine ? A-t-il fallu, pour cela, se protéger de l’irrationalité du « marché » ? Avec la disparition de ceux qui avaient voulu le capitalisme financier chinois s’est enfui « le désir de la direction du pays de supporter la brutale volatilité des systèmes basés sur le marché ».

Avenir du nucléaire

L’avenir du nucléaire ne semble pas aussi prometteur qu’il y a quelques temps. (Thinking small.)

Le marché américain se serait fermé. Et les petits réacteurs, ressemblant à ceux qui propulsent les bateaux, pourraient être préférés aux grands.

La chance sourirait-elle à DCNS plutôt qu’à AREVA ? En tout cas, sur le marché du petit réacteur, la concurrence s’annonce féroce.

Compléments :
  • En voyant les difficultés d’AREVA à construire ses centrales, je me demande si elle n’a pas perdu son métier. Après tout elle n’avait plus de pratique depuis longtemps. Et puis le nucléaire n’attire plus les ingénieurs. 

Retraites américaines

Une discussion avec un dirigeant de mutuelle m’a fait comprendre que notre système de protection sociale était sérieusement menacé (ce qui est bon pour ses affaires). Où allons-nous ? Début d’enquête sur les USA. HAWTHORNE, Fran, Pension dumping, Bloomberg, 2008.

Si je comprends bien, aux USA, ce sont les entreprises qui paient les retraites. Soit elles constituent des plans permettant au retraité de recevoir un montant prédéfini (comme chez nous), soit, de plus en plus, elles aident l’employé à constituer un pécule qu’il gère lui-même (401(k)). Cette dernière formule serait plus économique que la première pour l’entreprise, mais moins susceptible de retenir ses personnels qualifiés (et moins favorable au retraité, dont le montant de la retraite est incertain). C’est de la première que parle le livre. Elle concerne environ 13% de la population américaine. (28% en 1979.)

En fait, elle a été l’objet d’une sorte de nettoyage ethnique. Les entreprises et les fonds « charognards » (spécialisés dans la récupération des entreprises en faillite) ont découvert qu’il n’y avait dans cet engagement rien de sacré. En fait, c’était une dette ! Et la dette la moins bien protégée de toutes puisqu’elle appartient à des retraités qui n’ont plus aucun pouvoir de nuisance. Ils l’ont donc liquidée à la moindre faillite. Et, aux USA, la faillite n’est plus une honte depuis longtemps, mais une technique de management. (Le livre a été écrit avant la crise.) 

Bien sûr le retraité n’est pas laissé sans rien. À la suite de l'indignation produite par les premières liquidations, l’État fédéral a constitué une assurance qui prend en charge une partie des retraites non versées. On peut donc liquider la conscience tranquille.

En réalité, tout le monde a prêté la main à la liquidation des fonds de pension. Les entreprises ont utilisé des astuces comptables pour ne pas mettre l’argent nécessaire dans leurs fonds de pension, maintenant très déficitaires ; les syndicats défendent les actifs – non les retraités ; ils ont peut-être aidé à constituer des systèmes généreux parce qu’il était plus facile de promettre deux tu l’auras qu’un tien ; les tribunaux pour faillite font ce qu’ils peuvent pour reconstruire des entreprises les plus saines possibles ; si une société liquide son fonds de pension, ses concurrents ont intérêt à le faire ;  le management et les fonds charognards voient là une mesure d’économie rapide qui leur permet des gains de rentabilité immédiats ; les fonds de pension, eux-mêmes, sont clients de ces charognards. Et le phénomène n'est pas propre à l'entreprise : les fonds de pension des États de l’Union sont en sous-financement massif (381md$ en 2006) !

Le livre est aussi l’occasion d’une réflexion sur la retraite. En promettre une est nécessaire pour attirer un personnel qualifié et le conserver. Sans ces fonds de pension les entreprises qui en ont constitué n’auraient pu recruter. Par ailleurs, l’actif achète sa retraite : il accepte de réduire son salaire en échange d’elle.  (Bref, dans cette affaire, les retraités sont les dindons de la farce, on leur a promis quelque-chose qu’on ne voulait peut-être pas leur donner. Et en plus, ils ont payé pour !) La retraite permet aussi de se débarrasser des personnels âgés.

Commentaire

La rigueur intellectuelle, et morale, n’est décidément pas la caractéristique des USA. On y promet ce qu’on ne peut pas tenir. L’hypocrisie y va jusqu’à se décharger sur l’État de ses responsabilités, puis à l’accuser d’être trop gros, du fait d'une coupable mauvaise gestion !

Le plus curieux, grave ?, est peut-être notre propre attitude. Car depuis des décennies on nous donne l’Amérique comme modèle. Il est concevable que la culture Américaine trouve sain ce que décrit ce livre, mais est-ce compatible avec la nôtre ? Ne serait-il pas normal que l’on soit informé d’où on veut nous amener ?

Compléments :

dimanche 19 décembre 2010

Euro pas réparé

Les observateurs de désolent du manque de courage des dirigeants européens. Ils ont incapables trouver une solution durable aux défauts de fabrique de la zone euro. Ce serait même l’eurosceptique Angleterre qui tirerait les marrons du feu ! Les « marchés » vont-ils faire de la chair à pâté de l’euro ?

Et si c’était le marché qui faisait l’euro ? S’il fallait une crise pour stimuler le courage des politiques ? S’ils avaient besoin que l’Europe soit au bord du gouffre ? Et, si, entre-temps les insultes qu’ils reçoivent leur permettaient de juger de la motivation du peuple ? Et s’ils avaient besoin des idées qu’on leur jette à la figure pour construire les leurs ?

Compléments :

Amérique éternelle

« L’histoire financière de l’Amérique a été celle d’une succession de batailles perdues contre la dette et l’inflation » dit une revue de livre.

Et cela s’est fait par une série d’innovations qui ont permis de contourner l’esprit de la morale que l’Amérique s’était donnée. « La ruée vers l’or a créé une alternative à la notion puritaine de travail et d'épargne, qui avait caractérisé les débuts de la nation ». « La loi sur le cours légal, sous Abraham Lincoln, a pavé la voie à l’acceptation du déficit. Les mœurs monétaires se sont encore plus relâchées dans les années 20 avec l’explosion du crédit à la consommation (lié au développement de l’automobile) et de l’investissement spéculatif, alimenté par la dette ».
Un certain nombre de thèmes reviennent. Exubérance irrationnelle des marchés financiers, amenant à intervalle régulier le développement puis l’éclatement de bulles spéculatives de crédit. L’instabilité (et le pouvoir politique) des banques, et l’inconscience fiscale des États. La répugnance à la fois du gouvernement fédéral et de celui des États de collecter suffisamment d’impôts pour financer leurs engagements. La tentation de recourir à l’inflation comme solution des déficits publics et de laisser la dette croître plus vite que l’économie. (…) La faillite était utilisée pour favoriser les affaires des aventuriers de la fin du 19ème siècle, de la même façon qu'elle a été employée au profit d'objectifs politiques, avec General Motors et Chrysler. (…) le Fed a servi la Maison blanche et les grandes banques avant de servir le peuple – par exemple en fournissant régulièrement des liquidités pour stabiliser les marchés financiers sous couvert de sauver l’économie réelle. (…) Dès la fin des années 70, le logement a commencé à remplacer la défense comme moteur de croissance. Bien vite, le mythe que l’on n’a jamais suffisamment de quoi que ce soit s’était enraciné. Progressivement, la politique visant à rendre le logement plus accessible est devenue une entreprise géante englobant 1500 organisations publiques et privées. (L’auteur) n’est pas le seul à se demander comment l’économie américaine va faire sans un marché du logement florissant.
Peut-être a-t-on là une application d'une théorie de Durkheim ? Quand on est innovant on l'est pour le bien et pour le mal. Quand l'Amérique ne trouve pas de moyens honnêtes de se développer elle en cherche d'autres ?

Premier geste du changement

Le changement présente un risque majeur. Le cancer.

Le changement peut être pris pour un signal, par chacun, qu’il doit attaquer l’intérêt collectif. La maladie n’est pas volontaire. Chacun se protège en se débarrassant de ce qui le gène chez les autres. Or, ceux-ci son moins bien équipés que l’expéditeur pour les traiter. Et ils représentent des organes vitaux de l’organisation. S’ils crèvent, la société les suit.

Le geste qui sauve ? Montrer (plutôt que dire) que la règle du jeu est l’entraide. Identifier les problèmes majeurs, et aider à construire le processus collectif qui permettra de les résoudre. Surtout, être vigilant.

En cas de restructuration ? Si sa survie le demande, le groupe peut aider certains de ses membres à jouer leur rôle d’individu responsable et solidaire, qui les amènera à retrouver un emploi ailleurs. Il aura ainsi évité le cancer.