samedi 1 janvier 2011

Syndrome du pays en développement ?

La Biélorussie a connu des élections trafiquées. Et semble partie pour devenir un régime peu fréquentable. Son exemple pourrait contaminer les pays de la région. (A nasty surprise in Belarus.)

Curieusement cela m’a rappelé l’histoire des pays en développement. Eux aussi ont été séduits par l’idéologie libérale. Eux aussi ont vu ce qui leur faisait office d’État détruit, et des dictateurs peu reluisants prendre leur direction.

Peut-être devrions-nous essayer d’éviter que cela arrive près de chez-nous ? Ce faisant nous serions peut-être capables de trouver une recette qui s’applique ailleurs ? 

L’économie dupe l’homme

Les économistes du billet précédent disaient que les financiers avaient dupé le marché, en concevant des produits exotiques qui lui faisaient prendre des vessies pour des lanternes.
Mais sont-ils les seuls à nous duper ?

Les coupe-faims sont des coupe-vies. L’agro-alimentaire vend de l’obésité. Les assureurs américains n’assurent que le bien-portant. Depuis ses origines l’industrie de la communication s’est spécialisée dans la manipulation

Et si le fonds de commerce de l’industrie était devenu la duperie ?

De l’économie au changement

Réunion d’économistes ce matin chez France Culture. L’économiste, si possible formé aux USA, est devenu notre maître à penser.

Ça n’a pas été toujours comme cela. Pendant longtemps l’économie a été une spécialité, obscure, du droit ! Et lorsque Raymond Barre a été présenté comme « meilleur économiste de France », cela n’a pas suscité d’admiration. Alors nous admirions les technocrates.

Le règne de l’économiste montre que nous sommes devenus une économie de marché.

C'est pour cela que nous vivons un mouvement brownien. Le marché c'est cela. Nous ne savons plus ou nous allons, nous changeons pour changer – comme une girouette, nous ne créons plus, nous confondons manipulation et action… Diagnostic de Laurent Habib et de Jeanne Bordeau.

Comment se tirer de ce tourbillon vain ? Rêver. Quelle société voulons-nous ? Si le rêve ne viole pas les lois de la nature, le réaliser n’est qu’une question de technique ! De « conduite du changement » !

Nouvel an

Ce blog vient de traverser sa troisième année.

Il paraît que Napoléon choisissait ses généraux parmi les personnes qui avaient de la chance. Eh bien, ce blog a eu de la chance. Il a démarré sa vie avec une crise majeure, sociale bien plus qu’économique. Et la crise c’est le changement à son plus fondamental.

Quel enseignement tirer de ses premières années ? Encore et toujours que Kurt Lewin avait raison. Le changement est le dégel des certitudes. Il montre que ce que l’on croyait, inconsciemment, est faux. Ce blog est la chronique de mes a priori erronés. 

C’est peut-être aussi un réveil. Non seulement nous croyions des balivernes, mais, surtout, nous avions arrêté de penser. N’étions-nous pas en possession de la connaissance ultime ? Je prédis un réveil de la philosophie.

Compléments :
  • Un calcul approximatif me montre que ce blog représente de l'ordre de 2200 pages, si je prends pour référence la taille moyenne de la page de mon dernier livre.

vendredi 31 décembre 2010

Thèmes du mois

Innovation. Au lieu de faire un point à chaque centaine de billets, je le fais maintenant en fin de  mois (ce qui revient à peu près au même, mais est plus simple pour moi).

Une idée surnage du résumé ci-dessous. Le monde s’éveille doucement. Progressivement, il découvre que ce qu’il croyait, l’idéologie libérale pour faire simple, était une illusion. Ou plutôt une anesthésie. Un à un, les démons que l’on pensait ensevelis ressurgissent. Plus grave, on ne sait plus si ce sont de vrais démons, ou s'ils ont été diabolisés. 

Isabelle Caro

J’aperçois le nom d’Isabelle Caro dans une une étrangère.

Qui est-ce ? Un article de Wikipedia explique que c’est un mannequin qui a parlé de son anorexie.

Un bandeau, au début de l'article, dit que quelqu’un a proposé de le supprimer. Ce qui me surprend : il a des équivalents dans un grand nombre de langues, l’article anglais étant d’ailleurs bien plus long et mieux fait que le français. Qu’est-ce qui justifie cette différence de traitement ?

D’ailleurs, quand mérite-t-on d’avoir une page dans Wikipedia ?

Je me suis demandé si de temps à autres l’homme de parvient pas à faire des choses qui le dépassent, comme représenter le combat contre l’anorexie ; alors ce qu’il est ne lui appartient plus. Il appartient à la société et à Wikipedia ?

Révolution industrielle

BBC 4 parlait des « conséquences de la Révolution industrielle », hier matin.

J’en retiens que la transformation s’est faite sans beaucoup de résistance. La campagne est allée à la ville.

Le changement a été radical, pourtant. La vie est devenue urbaine, les machines et les usines sont apparues partout. La population, qui vivait jusque là au gré des saisons, avec pas mal de loisirs, a subi la discipline des horaires industriels. La vie communautaire s’est transformée aussi. Les déplacés créent de nouveaux modes de vie sociale, mutuelles (friendly societies), syndicats, communautés religieuses. Ce qui évite, peut-être, une révolution, non industrielle.

En fait cette période fut effectivement une révolution pour l’espèce humaine. Pour la première fois elle a connu une croissance démographique forte sans qu'elle déclenche une « réaction malthusienne ».

Les conditions de vie de la classe ouvrière étaient-elles abjectes ? Le niveau de vie croit dans la seconde moitié du 19ème siècle. Mais avant ? Les optimistes semblent argumenter que l'abjection était encore plus grande lors des siècles précédents. La Révolution industrielle, d'ailleurs, n’a pas eu que des désagréments. Cependant, il y aurait eu stagnation du salaire des hommes alors que la taille de la famille augmente. L’épouse n’aurait pu apporter de revenu complémentaire, ses emplois traditionnels ayant disparu.

Finalement, d’où est venu le déclin de l’Angleterre, à partir de 1850 ? En partie du libre échange, qu’elle croyait la raison de sa prospérité. Ses concurrents ont acquis à bon compte sa technologie et l’ont développée à l’abri de barrières protectionnistes. L’éducation est surtout coupable. L’Angleterre n’a pas su passer du « bricolage » des temps héroïques à une démarche scientifique, comme l’Allemagne par exemple. Les héritiers des entrepreneurs ont reçu un enseignement classique traditionnel, inadapté au développement de leurs affaires.

Compléments :

Singe et changement

Un de mes collègues écrivains du changement décrit une expérience édifiante :

Collectivité de singes. On accroche une banane au plafond. Quand un singe veut la décrocher, il reçoit une décharge électrique. Rapidement plus personne n’osera toucher à la banane. Même si elle n’est plus électrifiée. La communauté en aura fait un fruit défendu, et empêchera son approche. Cette loi sera transmise aux générations suivantes.

Enseignement ? Nous sommes tous des singes rétrogrades et ridicules.

Je crois au contraire que nous avons été des singes innovants.

Mon billet sur les retraites américaines en donne un exemple. Aux USA, la faillite n’est plus une honte, mais une technique de management ; les retraites sont devenues des dettes secondaires. L’innovation a consisté à remettre en cause les règles de la morale. Et que s’est-il passé ? Rien.

Notre histoire récente n’a été que cela. On a découvert que le singe innovant loin d’être électrocuté était récompensé. Car, lorsque la communauté est occupée à faire tenir les piliers sociaux, il est aisé de lui faire les poches.

Mais, à long terme, elle peut réagir de 2 façons. 
  1. Le singe fait des émules, grande vague d’innovation, l’édifice s’effondre. 
  2. La communauté découvre la nécessité de ses principes fondateurs, réagit et déclenche le feu divin qui ramène l’innovateur dans le rang. Grâce à lui, on aura dépoussiéré les dits principes. Peut-être seront-ils devenus plus efficaces ?
Compléments :
  • Serait-ce comme cela que s’y prend le virus ? Loin d’attaquer une de nos faiblesses, il s’en prend au contraire à un de nos principes vitaux si fondamental que le corps a oublié qu’il existait ? Mais le virus serait un moteur de changement : ce qui ne tue pas renforce ?

jeudi 30 décembre 2010

Fêtes

Chaque année je me fais la même réflexion. Pendant les fêtes, il ne se passe rien.

Mais où sont les si terribles marchés financiers, devant la perfection desquels les nations et les hommes doivent se plier ? Leur logique serait elle, malgré tout, sensible à quelque force culturelle ?

Et si le meilleur moyen de les calmer était, finalement, de supprimer toutes les vacances ? 

Retour aux retraites

Quand la réforme des retraites était contestée, je pensais que M.Sarkozy avait son moment Thatchérien. Les faits semblaient m’avoir donné raison jusqu’à ce que j’y réfléchisse à nouveau.

Car le ministre Woerth a été démis. La tradition n'a pas été démentie. La victoire gouvernementale n’a pas été complète.

Quelqu’un a-t-il gagné quelque chose dans ces événements ? La famille Bettencourt s’est réconciliée. Quant à Maître Metzner, a-t-il mieux démontré son talent que dans l’affaire Kerviel ?

Les politiques, Aristote

Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993.

Pour Aristote, ce qui rend l’homme humain, c’est la cité. C'est-à-dire un groupe suffisamment important pour vivre en autarcie, mais relativement restreint, et encadré par la loi, ou plutôt une juste constitution.

Le rôle de la cité est de rendre l’homme « heureux », ce qui exige une vie de loisirs. Pour cela il doit apprendre la « vertu ». Ceux dont la « nature » est favorable doivent être conduits à la vertu par des lois et par l’éducation (la première préoccupation du législateur). L’éducation forme les habitudes et la raison.

Le législateur, l’auteur de la constitution, a donc un rôle décisif dans le sain développement de la cité. Il doit veiller à l’avantage commun (pas à celui d’un groupe privilégié). Pour cela il lui faut adapter la forme constitutionnelle (royauté, aristocratie ou gouvernement constitutionnel) au nombre d’hommes de bien de la cité (un, un petit nombre, ou un grand nombre), et prendre garde d’éviter les dérives qui guettent chacun de ces régimes (respectivement tyrannie, oligarchie et démocratie). Par ailleurs, la cité et son environnement évoluent, le législateur doit veiller à faire évoluer sa constitution en fonction.

Point curieux : la terre est une imitation imparfaite du cosmos. C’est de cette imperfection que viennent nos malheurs, en particulier les vices et la non permanence de la cité. Mais c’est à elle que nous devons notre liberté. Sans elle nous serions des pantins !

Commentaires

Initialement j’ai considéré Aristote avec condescendance. N’était-il pas ridicule de dire que la femme, l’esclave ou l’artisan étaient inférieurs « par nature » ? Mais pas longtemps.

J’ai vite compris que s’il y avait des ridicules dans la pièce, c’étaient nous. Où avons-nous pu pécher que notre démocratie était le but ultime du monde ? Que le régime chinois, par exemple, incarnait le mal ? Chez Aristote, un régime politique doit être adapté aux caractéristiques d'une population. Et surtout il évolue sans cesse. D’ailleurs, qui dit que la démocratie est idéale ? Celle d’Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. Les bénéfices de la nôtre ne sont-ils pas aussi destinés à une classe de privilégiés ? Pire, vivons-nous dans une « démocratie » (Aristote aurait dit un régime constitutionnel), ou dans une oligarchie de « travailleurs riches » et d’intellectuels ? En déréglementant à tour de bras, en légiférant au fait divers, ne risquons nous pas de basculer dans un régime démagogique, dans lequel la société devient une « masse » animale ?  

En outre, ce qu’Aristote dit de la cité, de l’homme heureux… rejoint quasiment mot pour mot les travaux de sociologie moderne. En fait, Les politiques est un traité de conduite du changement.

Reste une question. Pourquoi, lui qui était le précepteur d’Alexandre, a-t-il écrit sur la cité, alors qu’Alexandre et son père, Philippe, l’ont éliminée de l’histoire ? Comme Gorbatchev, il n’a pas vu les conséquences du changement auquel il donnait la main ? A-t-il été victime de l’habitude : le philosophe grec réfléchissait par tradition à la cité idéale, peut-être justement parce qu’elle avait du plomb dans l’aile ? 

En tout cas, une fois de plus, il me semble que sans crise il n’y a pas de philosophie digne de ce nom.

Compléments :

mercredi 29 décembre 2010

Internet et innovation

L’histoire récente d’Internet est celle de toute découverte de l'humanité, du feu jusqu'à l'énergie nucléaire : que peut-on en faire de bien, en en évitant les dangers ? L’apprentissage se faisant à tâtons.

Les derniers épisodes sont marqués par le problème de la confidentialité de l’information, qui est depuis toujours lié au modèle économique d’Internet. Lors de la bulle Internet on appelait cela la question de « l’infomédiaire ». Celui qui possédait des données sur une personne possédait une partie de son patrimoine. En effet, cette information trahissait certainement les goûts de la personne et permettait donc de savoir quoi lui vendre. Il semblerait que l’intérêt de Facebook pour le mail vienne de là : le mail serait porteur de plus d’informations commercialement utiles que ce qu’il possède déjà.

Compléments :
  • Sur les infomédiaires : voir les travaux de John Hagel. Mon expérience avec Amazon USA montre que l’idée d’infomédiaire peut être qualitativement pertinente : les suggestions de livres qu’il fait sont judicieuses. (Malheureusement, j’achète chez Amazon France, qui visiblement possède peu de lecteurs qui me ressemblent.)
  • J’ai découvert que Facebook permettait de suivre ce que font ses proches distants, sans les bombarder de mails. Un publicitaire m’expliquait que c’était la raison pour laquelle les grands parents s’intéressaient à Internet : rester en contact avec leurs petits-enfants. Mais est-ce que ceux-ci sont d’accord ? Dans la vie hors ligne on peut tenir des conversations différentes, voire contradictoires, à différents types de personnes. Ne plus pouvoir le faire ne risque-t-il pas de limiter Facebook, par exemple, à des échanges aseptisés ? Mais peut-être y aura-t-il application du « paradoxe du décolleté » dont me parlait un conducteur de taxi, lors d’une discussion philosophique. La femme qui le porte ne conçoit que la séduction qu’elle exerce sur sa cible, non le regard concupiscent du libidineux. Le membre de Facebook ne concevra-t-il toujours que des conséquences favorables à ses écrits ?

Sens de la vie

En ces temps où l’efficacité semble se suffire à elle-même, je suis frappé par ce qu’Aristote définit comme étant l’objectif, la fin, de l’existence : « le loisir ». « La guerre doit être choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables en vue de celles qui sont belles. »

Cependant, cette vie se gagne. « Il faut posséder beaucoup de choses indispensables pour pouvoir se permettre une vie de loisir. » Et se mérite. « il faut du courage et de l’endurance pour le temps de la besogne, de la philosophie pour celui du loisir, et de la tempérance et de la justice pour ces deux temps, mais surtout pour ceux qui vivent en paix et dans le loisir. »

Ce point de vue s’oppose à la spécialisation anglo-saxonne, qui doit conduire à produire toujours plus (Adam Smith). Pour Aristote, en confondant fin et moyen, on finit par dribbler les poteaux du but. « La plupart des cités (qui) assurent leur salut par la guerre (…) une fois qu’elles ont acquis la domination elles périssent. » Surtout on aliène sa liberté. Comme aliènent leur liberté l’esclave, la femme ou l’artisan, qui ne sont que des moyens, et non des fins. « on doit considérer comme digne d’un artisan toute tâche, tout art, toute connaissance qui aboutissent à rendre impropres à l’usage et la pratique de la vertu, le corps, l’âme ou l’intelligence des hommes libres. »

Mais la contradiction n’est peut-être qu’apparente. Pour que l’homme libre puisse l’être, Aristote a besoin d’esclaves, de femmes et d’artisans. (C’est leur juste destin : ce sont des êtres inférieurs « par nature ».) De son côté, la classe dirigeante anglo-saxonne mène essentiellement une vie de loisirs, comme l’écrivent Veblen et Galbraith. D’ailleurs Adam Smith était un philosophe qui a vécu aux crochets des puissants. La spécialisation serait-elle pour le petit peuple, et les loisirs pour le grand ?

Compléments :
  • Aristote, Les politiques, traduction Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 1993

Démagogie

Ce qu’Aristote (Les politiques) dit de la démagogie m’a frappé.
  • La démagogie est une forme corrompue de la démocratie. 
  • Comment cela survient-il ? L’explication d’Aristote est inattendue. Remplacement de la loi par le décret, expression du caprice populaire.
  • Sans guides, le peuple devient une « masse », une sorte d’animal collectif, mu par des désirs primaires. Le démagogue le mène par le bout du nez. Mieux, au nom du peuple, il asservit les institutions.
Cela m’a rappelé le début du quinquennat, et sa législation au fait divers. La destruction des codes de lois peut-il faire de nous une « masse » facilement manipulable ?

mardi 28 décembre 2010

Dissonance cognitive

La dissonance cognitive est une différence entre ce à quoi l’on croit, et ce que l’on fait vraiment. (cf. le Bobo.)

C’est un phénomène lié à l’hypocrisie. Il est au cœur du changement, puisque le changement est très souvent dû à une difficulté à réaliser ce que l’on pense bien (et que l’on disait faire jusque-là – cf. la charte d’éthique d’Enron).

Les universitaires anglo-saxons ont cherché à utiliser ce mécanisme comme moyen d’influence d’un comportement. Par exemple, un ami m’a envoyé une bande dessinée dans laquelle un consultant demande à un employé pourquoi il travaille dans des conditions abjectes, alors qu’il est deux fois plus intelligent que son patron. Devant cette situation absurde, l’employé rationalise la contradiction : ce travail est passionnant.

On peut aussi utiliser la dissonance comme un moyen de motivation. Il s’agit alors d’amener l’homme à la hauteur de sa légende. Si elle réussit, la transformation conduit à une énorme vague d’optimisme. Mais il faut procéder avec prudence. Car la dissonance met l’homme en face d’une image qu’il hait. Son réflexe naturel est de détruire le miroir. Comme Tartuffe.  

Angleterre en croissance

Les mâles anglais auraient pris en moyenne 7,7kg en 14 ans.

Ils mangent trop et ne font pas assez d’exercice. Ce qui est excellent pour l’économie : cette surconsommation alimentaire s’accompagnera d’une surconsommation de produits pharmaceutiques.

Compléments :
  • L’obésité française est inquiétante (14,6%), mais un peu moins que l'anglaise (25%, seulement 7% en 86-87). L’explication de notre relative meilleure santé serait culturelle. Le repas a conservé chez nous un rôle social, alors que c’est un geste technique dans les pays anglo-saxons. Du coup, cela nous force à manger de manière relativement équilibrée.

Journalisme

Quelques observations venues de mes rencontres avec les journalistes :
  • Trompé peut-être par ce que me disent mes amis ex-journalistes, je pensais que les bons journalistes avaient quitté le métier. C’est faux. La profession compte de grands professionnels. Bizarrement plutôt en position un peu subalterne et menacée.
  • J’ai fini par voir ce qui bloquait le journaliste vis-à-vis de mon sujet. Implicitement, il connaît mieux la question que moi. Mais, dès qu'il comprend que ce dont je lui parle, c’est ce qu’il vit tous les jours, son attitude change. Malheureusement, je ne suis plus capable de répondre à ses questions sans parler longuement. Erreur à corriger.
  • Plus surprenant, dans son domaine de spécialité il arrive que j’en sache plus que lui. Ma lecture de The Economist me donne une avance inattendue. Mais ce que dit The Economist, et la presse anglo-saxonne, semble impubliable, subversif !, à la fois au journaliste de gauche et de droite. Même des théories économiques qui ont reçu depuis longtemps le prix Nobel sentent le soufre. Personne ne paraît avoir la moindre idée de ce qui se passe en Angleterre ou aux USA et des leçons que la France pourrait en tirer…
Le journaliste français penserait-il qu’il sait parce qu’il est journaliste, et donc qu’il n’a rien à apprendre ? Ce qu’il sait serait-il défini par une sorte de pensée commune à son milieu ? Serait-ce ce que dit l’ambassade des USA en France ?
les grands journalistes français sont souvent issus des mêmes écoles élitistes que beaucoup de responsables gouvernementaux. Ces journalistes ne considèrent pas forcément que leur premier devoir est de surveiller le pouvoir en place. Nombre d'entre eux se voient plutôt comme des intellectuels, préférant analyser les événements et influencer les lecteurs plutôt que de reporter des faits.
le secteur privé des médias en France – en presse écrite et audiovisuelle – continue d'être dominé par un petit nombre de conglomérats, et les médias français sont plus régulés et soumis aux pressions politiques et commerciales que leurs équivalents américains.

lundi 27 décembre 2010

Facebook

Parmi les révisions de fin d’année, il a celle de l’histoire de Facebook telle que racontée par The social network.

Si je comprends bien le film, le fondateur de Facebook vole l’idée à d’autres étudiants de Harvard. Or, cette idée est principalement d’utiliser la notoriété de Harvard. Ce qui me semble déjà un vol.

Mécontents, ils rencontrent le président de Harvard, Larry Summers (le grand déréglementeur), en lui demandant de faire appliquer le code de bonne conduite de Harvard. En gros, il leur répond que Facebook n’a aucun avenir, d’aller chercher d’autres innovations ailleurs : Harvard en est plein.

Drôle d’image d’une certaine société américaine : la science ne sert plus qu’à gagner de l’argent, et tous les coups sont permis, il n’y a plus de règles et de morale.

Trotskysme et révolution

Dans mon enquête sur le Trotskysme, j’ai manqué quelque-chose.

Je me suis montré étonné de trouver les Trotskystes partout au sein des mouvements anti-gouvernementaux. Mais c’est normal. Le principe fondamental du Trotskysme est la révolution mondiale. Il est donc logique qu’il soit devenu l’animateur de l’agitation populaire.

Compléments :

Le tombeau des lucioles

Film de Isao Takahata, 1988.

Un film fort triste. Mais très honnête. Il n’y a pas de bons et de méchants. La population est unanime dans son partage du projet patriotique. Le jeune héros-victime aurait dû devenir en toute bonne conscience un militaire fanatique. Le Japon n’est pas non plus un pays d’entraide. Comme ailleurs beaucoup y sont mesquins, jaloux et ont le cœur froid.

Dans ce film, on subit de très impressionnants bombardements. Ce qui était inattendu d’un dessin animé. Vue du sol, au milieu d’une population civile, il est bien difficile de croire que l’aviation américaine a la justice de son côté.

Le tombeau des lucioles est certainement la plus terrible des plaidoiries contre la guerre.

Compléments :
  • Au Japon, n’y a-t-il de lien humain qu’au sein d’une communauté ? Ce qui expliquerait qu’il y ait des exclus ?
  • Ce que je retiens de ce film, curieusement du Nom des gens, et aussi de l’expérience de ceux qui ont été les victimes d’une guerre, c’est qu’elle détruit les survivants, les ampute d’une partie de leur être. Il faut être bien stupide pour penser qu’elle fait des héros. 

dimanche 26 décembre 2010

Union soviétique

L’Union européenne deviendrait-elle soviétique ? Le pouvoir hongrois semble avoir décidé que son expérience démocratique était finie.

Curieusement, l’Europe ne réagit pas à cette violation de ses principes fondateurs. Et l’Angleterre, qui avait cru que les ex-soviétiques l’aideraient à rénover la vieille Europe, s’en désintéresse maintenant.

Les nations européennes se sont engourdies dans un individualisme mesquin, parviendront-elles à réveiller leur projet commun ?

RP et manipulation

Ce qu’il y a de curieux dans l’histoire des relations publiques, c’est qu’on y parle immédiatement de manipulation. Un de ses pères fondateurs aurait même été un neveu de Freud, un certain Edward Bernays.

Comment la science peut-elle amener les masses où entreprises et gouvernements veulent qu’elles aillent ? se demande-t-on. Déjà, on repère la sensibilité de l’esprit humain aux émotions, aux images, à l’influence des leaders d’opinion.

Pourquoi l’entreprise n’a-t-elle pas cherché à s’adresser à la rationalité humaine ?

Parce que le capitalisme n’a pas attendu la révolution russe pour avoir mauvaise presse. Ses origines sont marquées par un affrontement avec syndicats et salariés. Inquiète pour sa situation, son élite dirigeante était prête à tous les coups. 

Que signifie que la publicité ressortisse toujours à de la manipulation ? Plus qu’un marché, le dirigeant nous voit comme une populace révolutionnaire qui en veut à ses richesses ?

Hamlet

Film de Laurence Olivier, 1948.

Quelques jours après avoir vu ce film, j’ai entendu la BBC dire qu’il était 100% inspiré par Freud. (Je me demandais aussi pourquoi il y avait autant de plans lourdement insistants sur le lit de la mère d’Hamlet…)

Dommage, je l’avais trouvé fort bon (en dehors d’une Ophélie grasse et mièvre). Shakespeare serait-il insubmersible ?

Toujours est-il que ses ratés lâches et incertains nous parlent bien plus que les héros du drame français de la même époque. Serions-nous tous anglais maintenant ? Greed and fear ?