mardi 15 février 2011

Inégalité relative

On parle beaucoup d’inégalités aux USA. Mais l’affaire est peut-être exagérée.

Car les USA sont exceptionnellement peu inégalitaires si on les compare aux autres nations initialement esclavagistes. 

Inégalité de revenus

Graphe représentant l’évolution des revenus aux USA.
  • Le % le plus riche a vu son revenu moyen passer d'une tendance à long terme oscillant entre 200 et 400.000$ à 1,4m, en quelques décennies (avec une accélération brutale dans les années 90).
  • Les revenus des 90% les moins riches ont stagné.

Dysfonctionnement de la justice

J’entends parler de dysfonctionnements de la justice française dans l’affaire Laëtitia. Avant-hier la BBC enquêtait sur ceux de la police anglaise, qui avait mis dix ans pour éjecter un pervers sexuel de ses rangs, en dépit de signes annonciateurs.

Je me suis demandé si les techniques que j’appliquais jadis aux processus industriels ne sont pas pertinentes ici.

Tout processus présente, par nature, une proportion donnée de dysfonctionnements. Ces dysfonctionnements deviennent anormaux lorsqu’ils dépassent cette valeur. Alors, il y a eu dérèglement du processus. Si l’on veut réduire le taux naturel de dysfonctionnements, il faut modifier le processus, ce qui signifie un investissement.

Les dysfonctionnements de la justice française ou de la police anglaise sont-ils statistiquement anormaux ? Si non, et si on les trouve inacceptables, il faut consacrer des moyens publics à perfectionner le système. Dans tous les cas, il ne sera pas parfait. Et toute complexification est susceptible d’augmenter le risque de deuxième espèce (condamner des innocents).

Manipulateur de déchets toxiques

Le « manipulateur de déchets toxiques » surprend et intéresse ceux à qui j’en parle. D’où l’idée d’écrire quelques billets sur le sujet. Pour commencer, le concept. Il vient de FROST, Peter, ROBINSON, Sandra, The toxic handler : organisational hero and casualty, Harvard Business Review, juillet-août 1999.

Les causes de « toxicité » en entreprise sont multiples : changements et en particulier restructurations, mais aussi propension naturelle des organisations et de leurs dirigeants à générer du stress / de la souffrance. Les manipulateurs de déchets toxiques éliminent cette toxicité et permettent ainsi à l’entreprise de travailler dans de saines conditions.

Comment s’y prennent-ils ? Ils suscitent la confiance, écoutent avec empathie, suggèrent des solutions, travaillent en arrière plan pour soulager la pression, reformulent les messages susceptibles de heurter… Ce sont des employés d’une efficacité supérieure. Ce qui leur donne la protection qnécessaire pour jouer ce rôle de démineur. Cependant, du fait du stress qu’ils concentrent et qui finit par les atteindre, ils doivent être protégés :
  • Les dirigeants doivent comprendre le mécanisme qui est en œuvre, et que la gestion du stress (dont ils sont en partie responsables) améliore l’efficacité de l’entreprise.
  • Il faut encourager les manipulateurs de déchets toxiques à se rencontrer et à partager leur charge.
  • Il faut les éloigner périodiquement du front.
  • Il faut les aider à gérer de manière équilibrée les situations de stress qu’ils subissent quotidiennement.

Surtout, l'entreprise doit apprendre à gérer le stress :
  • Séances de « deuil » lors de grands changements.
  • Utilisation de manipulateurs de déchets toxiques externes (consultants qui ont les qualités requises).
  • Entraînement à la gestion du stress (par exemple : apprendre à reconnaître les situations génératrices de stress, faire une pause, renvoyer le problème posé à la personne qui l’a formulé, l’exprimer en d’autres termes).

lundi 14 février 2011

Anne Lauvergeon

La Tribune s’émerveille de la pugnacité d’Anne Lauvergeon. (Areva : les secrets de la longévité d'Anne Lauvergeon.)

Ce qui semble plus remarquable encore est la fragilité des amis de l’Elysée, proposés à son poste. Ils semblent tous avoir caché quelques cadavres dans des placards mal fermés.
Le nom de Marwan Lahoud, numéro deux d'EADS, est avancé ? En privé, Anne Lauvergeon rappelle qu'il est le frère d'Imad, impliqué dans l'affaire Clearstream, mais aussi de Walid, ex-salarié d'Areva, mis en examen pour tentative d'escroquerie en 2007.
Yazid Sabeg, patron de CS, proche de Sarkozy et de Proglio, est en bonne place sur la liste ? Libération consacre trois pages à Alexandre Djouhri, l'agent trouble du pouvoir, et à ses amis personnels Henri Proglio et Yazid Sabeg.

Médecine inefficace

L’assuré français consomme trois fois plus d’antibiotiques que son voisin allemand et plus de deux fois plus de médicaments anti cholestérol que son voisin anglais. Le nombre moyen de médicaments par ordonnance est de quatre alors qu’il est admis que les risques d’interaction médicamenteuse deviennent très importants à partir de trois spécialités… La France est au premier rang mondial en volume de consommation de médicaments par habitant. (Haute autorité 2004, cité dans PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
Complément au billet précédent. 

Dangereuse médecine

Le Professeur Philippe Even de l’Institut Necker (…) estime que, sur 5000 médicaments disponibles en France, « presque la moitié n’ont aucune efficacité », et beaucoup d’entre eux peuvent être dangereux. Pass the pills.
La médecine libérale a-t-elle pour objet de soigner ou d’enrichir ?

Mademoiselle et son bébé

Film de Garson Kanin, 1939.

Conte de Noël pour Grande dépression. Pour qu’une employée licenciée le jour de Noël n’ait pas à abandonner son bébé, le fils de son patron l’épouse.

Ce film était-il conçu comme une critique sociale, ou, simplement, parlait-il au spectateur de ce qu’il avait envie de rêver ? Les contes de fée sont-il des images en négatif de notre société ?...

Sinon, excellente comédie, à une époque où l’on savait faire court et enlevé.

dimanche 13 février 2011

Big society (fin ?)

The Economist enjoint D.Cameron d’abandonner ses idées de « Big society ». Leur principe était de remplacer l’État par l’initiative privée, les « charités ». Malheureusement les Anglais croient qu’il cherche à leur faire prendre des vessies pour des lanternes, i.e. faire faire gratuitement un travail qui mérite rémunération.

En outre, j’entendais hier un débat sur le sujet qui semblait dire que Tony Blair avait noyé les dites charities sous les subventions. Or, M.Cameron les leur retire. Comment se dire leur ami dans ces conditions ?

Compléments :
  • Le concept de big society est poussé en France, probablement pour les mêmes raisons qu’en Angleterre, sous le nom « d’entrepreneuriat social »
  • Pourquoi le libéral préfère la charité à la justice : La pensée solidariste.
  • Dans la série des mesures idéalistes sans attache avec la réalité pratique : Playground politics.

Victorieux Iran ?

Les évènements du Moyen Orient peuvent libérer des forces sociales favorables aux thèses iraniennes. Mais ils montrent surtout que les régimes autoritaires sont fragiles… (Opportunity and envy).

Occident contre démocratie ?

L’Occident aurait-il volé au secours de la victoire ? Les révoltes tunisiennes et égyptiennes l’ont laissé perplexe. Jusqu’à ce qu’elles triomphent. Il s’en est alors réjoui.

Égoïsme ? La démocratie ne sourit-elle, selon nous, qu’à certains ? Peur du risque extrémiste ?

Mais qui avait, y compris parmi ceux qui le visitaient, la moindre idée de ce qui se passait au Moyen-Orient ? D’ailleurs, les régimes qui s’y étaient installés étaient-ils, à l’échelle de l’histoire, férocement dictatoriaux ? Que le mécontentement populaire ait été suffisant pour les déplacer, n’est-ce pas déjà une preuve que le Moyen-Orient devient relativement démocratique ?

Lutte du bien et du mal, ou remplacement, naturel, de régimes qui ne convenaient plus à des sociétés qui évoluent et se renouvellent ?

Nokia en panne

La disparition du marché de Nokia, et l’effondrement de la dominance par l’Europe de la téléphonie mobile, viendrait de ce que ce qui fait les champions n’est plus la capacité à fabriquer, mais le logiciel. (Blazing platforms)

Pour sauver Nokia faudra-t-il l’amener dans la Silicon Valley ?

Illustration que le libre échange, et sa « destruction créatrice » ne fait pas l’innovation ? C’est (toujours ?) une question « d’écosystème » et de compétences construites par l’histoire ?  

samedi 12 février 2011

À bas les analystes financiers !

« trouver le moyen de réduire leur influence nuisible est dans l’intérêt général » (The corrosive influence of an analyst's lunch break.) L’opinion des analystes financiers décide de la valeur d’une entreprise. Or, ceux-ci ont non seulement des idées préconçues, mais surtout des spécialités. Ce qui contraint les entreprises à se transformer, contre la logique économique, pour s’adapter à ce que l’analyste peut comprendre et à ses fantasmes.

Cas particulier de l’innovation. L’entrepreneur est l’homme qui découvre un moyen nouveau de combiner des ressources existantes disait Schumpeter. En crispant l’économie dans un schéma abstrait, les analystes empêchent son développement naturel.

Curieux comme le marché a des difficultés à inventer des mécanismes d’autocontrôle. Sa nature c’est l’autocorruption ? 

Pirate somalien

Il y a longtemps j’ai écrit un billet sur le pirate somalien. Depuis rien ne semble avoir changé, sinon que la piraterie augmente et coûte de plus en plus cher (entre 5 et 7md$ ?)

Pour réparer la situation il suffirait de faire sortir de l’anarchie l’État qui fournit les pirates. Ce qui coûterait relativement peu par rapport aux dommages qu’ils infligent à l’économie mondiale.

Mais personne d’important n’y a intérêt. C’est une grosse source de revenus pour les assurances, les clients de leurs clients paient les primes supplémentaires, les marines militaires y trouvent un terrain de démonstration de leur utilité, et les Russes et les Chinois un terrain d’exercice… (No stopping them.)

Le paradis des mauvais garçons

Film de Josef von Sternberg, 1952.

Schéma classique du film américain de l’époque. Deux chercheurs de fortune américains, sympathiquement malhonnêtes, se retrouvent dans un pays inquiétant. Un mélange de cultures incompréhensibles et perfides, asiatiques et méditerranéennes. 

vendredi 11 février 2011

Waterloo des droits de l’homme

Le parlement anglais a voté de manière écrasante pour ne pas appliquer un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme.

La croisade anti-droits de l’homme est un des traits marquants du néo-conservatisme. Aurait-il gagné une bataille décisive ?

En refusant d’obtempérer à un jugement d’une Cour, « illégitime car non élue », et qui ne représente pas ce que pense la majorité du peuple anglais (comme si seul ce que pense l’Angleterre pouvait être européen !), l’Angleterre rejette non seulement la dite Cour, mais l’Europe et surtout les droits de l’homme dont elle se sert abondamment pour dénoncer les agissements qui lui déplaisent.

Les droits de l’homme seraient-ils uniquement acceptables quand ils permettent de défendre ses intérêts ?

Que va faire l’Europe ? Munich des droits de l’homme ?

Compléments :

Suicide et responsabilité de l’entreprise

Risque suicidaire : enjeux et responsabilité. Article écrit par 4 avocats.

Une entreprise dont un salarié se suicide a peu de chances de ne pas être jugée coupable. La justice tendant surtout « à se montrer peu exigeante en ce qui concerne les éléments à fournir par les ayants droit. Ainsi la Cour admet-elle au rang de preuve du lien de causalité des attestations de proches ou de collègues, ainsi qu’un certificat médical »

Le décès peut-être reconnu comme accident du travail, ce qui peut entraîner ensuite une action en faute inexcusable. Par ailleurs, des poursuites pénales peuvent être engagées « contre l’entreprise personne morale, mais aussi contre le représentant légal de celle-ci ou son délégataire, l’encadrement en général, voire les collègues de travail. »
le Code pénal prévoit un arsenal répressif important pour sanctionner ceux qui, par leur comportement, pourraient conduire un salarié, collègue ou subordonné, à mettre fin à ses jours.
Quant à la prévention :
la nécessité de développer une vraie politique de reconnaissance au travail. A cela, les DRH ajoutent aussi la nécessité de mieux anticiper les changements en y associant davantage les salariés, et celle de développer un climat de confiance et d’appartenance plutôt que de compétition et d’individualisation.
Cet arsenal législatif ne s’applique pas qu’au suicide mais défend l’individu contre le harcèlement. Il devrait devenir difficile (et dangereux). Mais un employé qui poursuit son employeur ne risque-t-il pas de devenir un paria ? Comme pour la bombe H, ces lois me semblent ressortir à la dissuasion. Il faudrait en informer les employés (harceleurs et harcelés potentiels) et leur apprendre à les utiliser (ou plutôt à signaler qu’ils vont le faire). 

Stabilité du mariage

La disparition de la solidarité organique explique-t-elle l’instabilité du mariage moderne ?

Durkheim disait que la division des tâches créait une solidarité organique. Nous étions, par construction, dépendants les uns des autres. Le couple ancien était un exemple de cette division des tâches, qui crée une interdépendance. Le couple moderne ressemble à un assemblage de deux célibataires, autonomes. De ce fait son équilibre exige un travail permanent.

Est-ce une structure sociale qui a l’avenir pour elle ? 

jeudi 10 février 2011

Inégalité et crise

Des économistes disent que la crise serait due au creusement des inégalités.

Le mécanisme serait subtil : pour combler le décalage de ses revenus, le gros (95%) de la population américaine se serait massivement endetté (taux d’endettement passant de 60 à 140% des revenus de 83 à 07 – curieusement l’endettement du top5 a fait l’inverse : de 95 à 65%). Ce qui a fait la fortune du système financier, dont le poids est passé de 4 à 8% du PIB. Jusqu'à ce que l'endettement devienne insupportable. 

Là où l’affaire se corse est que les dits économistes pensent que pour sortir le système américain de ses difficultés, il faut que le peuple retrouve son pouvoir de négociation afin qu’il puisse s’enrichir et payer ses dettes. Or, les plans de rigueur qui ont le vent en poupe font payer au peuple le prix de la crise. 

De l’association

J’ai longtemps participé à plusieurs associations. Jusqu’à que j’y aperçoive un vice.

Ce type d’organisation repose sur un travail de bénévoles. Des bénévoles recrutés dans une population d’adhérents souvent extrêmement occupés (cf. les « anciens élèves »). N’est-il pas naturel qu’ils cherchent une forme de rémunération ? Cette rémunération n’a-t-elle pas de fortes chances de contredire l’intérêt général ? Mais alors, quid des autres adhérents ? L’association n’est-elle pas condamnée à la désertification ?... D’ailleurs, même si ce n’est pas le cas, le seul fait qu’il puisse y avoir doute peut amener au même résultat.

Alors qu’une affaire, qui affecte l’une des associations que j’ai fréquentées, semble me donner raison, je me demande maintenant s’il n’y a pas une solution à ce conflit d’intérêts.

Écrire une « constitution » qui donne une mission, simple mais efficace, à l’association. Elle ne demande que des moyens limités (permanents), et ramène le bénévolat au travail de « bureau » qui est son rôle ailleurs dans l’économie sociale (c'est-à-dire contrôle de ce qui est fait par des employés salariés, et définition de grandes orientations de temps à autres). Ce serait compatible avec l’emploi de gens très occupés.

Compléments :
  • Début de réflexion sur la question.
  • Au fond n’est-ce pas le seul moyen de réaliser une économie sociale ? Transformer des adhérents en permanents, comme semble avoir été l’idée de Proudhon, ne peut pas fonctionner : des permanents n'ont rien de commun avec les autres adhérents (cf. les instituteurs de la MAIF ou de la CAMIF).

Secret de la réussite allemande

Les entreprises allemandes ont excellé à trouver des niches peu attirantes mais rentables, puis à consacrer tout leur effort, sans repos, à être les meilleurs. (Angela in Wunderland)

mercredi 9 février 2011

Process consultation (exemple)

Le directeur d’une agence n’est pas satisfait de sa situation. Il travaille beaucoup et, en plus, passe un temps fou dans les transports en commun. Pourquoi ne prend-il pas sa voiture ? Contre ses principes. Un vélo ? Dangereux. Mais n’avait-il pas choisi son appartement en fonction de son lieu de travail ? Oui, mais les horaires de bus ont été modifiés. Alors, pourquoi ne pas appeler la mairie ? Il n’y avait pas pensé.

Et s’il adoptait des horaires différents ? Le bus va vite à certaines heures, mais ça le fait rentrer trop tôt chez lui. En fait, sa présence n’est pas nécessaire à l’agence. Il pourrait travailler à la maison, mais sa compagne ne le tolère pas. Ne pourrait-il pas s’arrêter dans un café, pour finir son travail ? Excellente idée !

Plus inattendu, peut-être, à la fin de l’échange, le directeur d’agence avoue que la durée de son trajet ne lui paraît plus aussi insupportable…

Cet exemple, que je viens de retrouver dans mes papiers, est une illustration de Process consultation. C’est le résultat d’un travail de groupe qui consiste à amener celui que l’on veut aider à analyser ce qui l’ennuie, et ses critères de satisfaction ; puis à trouver des alternatives aux solutions qu’il a envisagées. Cet exemple conduit aussi à quelques observations curieuses :
  • A posteriori le problème est trivial, et pourtant il constituait peut-être une grosse source de frustration pour le directeur d’agence (conflit entre vie professionnelle et vie privée ?). Et si ce qui pourrissait notre vie était aussi ridicule ?
  • Avec un peu d’aide nos tracas accouchent de souris.
  • Lorsqu’on les exprime, nos inquiétudes perdent de leur virulence. Comment l'expliquer ? Ce que l'on sait formuler ne peut être menaçant ?...

Daniel Costantini

DVD de Daniel Costantini, fameux entraîneur de handball, parlant à des managers. Dialogue de sourds ?

Alors que l’on nous dit que c’est le dirigeant qui fait l’entreprise et que ses emplois doivent aller au moins disant, dans une équipe sportive l’homme est tout. On passe un temps fou à le préparer, de façon à ce qu’il développe des automatismes et puisse « libérer sa créativité aux moments importants ». On est attentif à ses humeurs, à sa motivation surtout. En particulier à celle du membre le plus insignifiant de l’équipe, car il peut la faire perdre. On s’assure que chacun a parfaitement compris ce qu’il doit faire, et qu'il sait le faire…

Intéressant : pour qu’une personne se transcende face au « challenge », il faut qu’elle soit « en progrès personnel permanent », i.e. qu’elle veuille en permanence se dépasser.

L'inquiétude de D.Costantini, c’est « l’handicapé de la performance » : le joueur qui a si peu confiance en lui que ses efforts sont employés à chercher à ne pas être accusé de l’échec de l’équipe. Eh bien, je me demande si le « handicapé de la performance » de la grande entreprise, ce n’est pas son dirigeant.

D’ailleurs, l’expérience de D.Costantini ne s’applique pas mieux à la PME. Il fut un entraîneur dictatorial. Jusqu'en 2000. Il essuie un échec incompréhensible (JO), immédiatement après ce sont les championnats du monde. Comment parvenir en finale avec une équipe qui perd ?  Il a l’idée d’écouter ses joueurs... Ils connaissent leurs faiblesses, ils sont prêts à les corriger pour peu que le reste de l’équipe veuille bien leur donner un coup de main ! C’est le miracle. Imagine-t-on le petit patron français faire de même ? C'est pour cela qu'il reste petit.

Process consultation

Une note sur Process consultation, technique fondamentale de conduite du changement. Principes :

Un homme ou une organisation n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs (sentiment d’échec = (petite) dépression) parce que le « moyen » qu’ils associaient à la « fin » désirée n’est plus opérant. Seulement le « moyen » en question est enseveli dans leur inconscient et ils ne savent pas de quoi il s’agit, et où chercher.

Process consultation est un processus qui permet de sortir de ce mauvais pas. De devenir « heureux ». Le bonheur, ou optimisme, est le sentiment que l’on ressent lorsque l’on sait obtenir ce que l’on désire (c’est l’opposé de dépression).

Le process consultant est un « donneur d’aide ». Le donneur d’aide n’est pas un donneur de leçons. Il ne dit pas quoi faire, parce qu’il n’y a pas de bonne solution, identifiable de l’extérieur. En effet, chacun est unique et a des capacités sans équivalent. C’est donc à lui de trouver la solution qui lui convient (= qu’il sait mettre en œuvre). Le donneur d’aide facilite ce processus de recherche et de remise en cause (ce que Kurt Lewin appelle « dégel »), jusqu’à ce qu’il aboutisse. C'est-à-dire jusqu’à ce que l’aidé se sente « heureux », parce qu’il a trouvé un moyen d’atteindre la fin qu’il poursuivait. Le donneur d’aide procède en aiguillonnant « l’anxiété de survie » et en abaissant « l’anxiété d’apprentissage » (ces deux termes sont aussi dus à Edgar Schein). 

Le « donneurs d’aide » aide l’aidé à explorer les fins qu’il poursuit, et les moyens qu’il emploie pour cela. Il lui suggère des solutions (provocantes ?), histoire de le faire réagir, mais aussi en espérant qu’il y trouve quelques idées qu’il saurait appliquer…

Finalement, qu’est-ce qu’un bon donneur d’aide ? C’est quelqu’un dont l’aide vous semble utile ! Par ailleurs, il n’a pas d’intérêt égoïste dans l’aide qu’il donne, mais est intéressé par le succès du processus en lui-même. Il a beaucoup d’idées, de techniques efficaces… à proposer. Il sait aussi aider à trouver des solutions « conformes », c'est-à-dire qui ne sont pas des expédients, qui sont « durables ».

Un groupe peut être un meilleur donneur d'aide qu’un homme. Un groupe génère plus rapidement des idées, a une plus grande expérience… qu’une personne seule. Surtout, l’homme a tendance à vouloir imposer ce qu’il pense bon à celui qu’il prétend aider, ce qui est la définition du totalitarisme… (Cependant le groupe doit avoir un processus d’animation qui garantisse un fonctionnement sain.)

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H. , Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

mardi 8 février 2011

Bibliothèques municipales anglaises

La rigueur budgétaire conduit à la fermeture des bibliothèques municipales anglaises.

Le maire de Doncaster dit que, devant choisir entre le soin aux personnes âgées et les bibliothèques, il a fermé les dernières (14 sur 26). Ce qui ne semblait pas beaucoup plaire aux auditeurs de l’émission de la BBC auquel il participait à distance. Elle avait aussi invité un défenseur de la mesure qui a expliqué que la bibliothèque c’était ringard, que les grands-mères devaient être équipées de Kindle et que la BBC avait une audience de classe moyenne dont l’avis n’était pas représentatif !

Amusant comme ce changement me semble familier. On se croirait dans une entreprise. On liquide ce qui se défend le moins, c'est-à-dire l’investissement à long terme.

Compléments :
  • Par ailleurs, les bénévoles se plaignent de ce que le gouvernement élimine les crédits qu’il leur accordait, alors qu’il compte sur eux pour sauver le pays.
  • Le Financial Times pense que l’économie anglaise pourrait mal vivre l’année prochaine et que la Livre devrait s’effondrer.

Indépendance de la justice

Certains juges américains ont condamné la réforme de la santé de B.Obama, d’autres pas.

Les premiers ont été élus avec l’appui des Républicains, les seconds des Démocrates. Indépendance de la justice ? (Dead or alive?)

Dérive des droits de l’homme ?

Je lis ici et là qu’il y a une attaque contre les droits de l’homme. Mais est-ce une attaque contre leur principe, ou contre la façon dont ils sont employés ?

Les droits de l’homme sont devenus un moyen de promouvoir des intérêts individualistes, dans une logique de rapport de forces. (On parle de « combat pour les droits de ».) Logique perverse : elle donne des droits au plus fort.

Il me semble que les droits de l’Homme tels qu’envisagés par la Révolution étaient des droits « pour les autres ». Après tout la Nuit du 4 août n’a-t-elle pas vu des nobles supprimer leurs propres droits ?

Le discours des droits de l’homme doit-il retrouver un sens des responsabilités ? Autrement dit se préoccuper des conséquences de ses désirs ?

Compléments :
  • Je me demande aussi si les droits de l’homme ne sont pas des droits négatifs, au sens où ils interdisent tout système qui les nierait par principe (par exemple, qui revendiquerait une supériorité absolue de certains êtres humains). Par contre, ils ne donnent pas de droit absolu à qui que ce soit. S’ils sont revendiqués, ces droits ne peuvent être accordés qu’après jugement (cf. droit de propriété).
  • Contre les droits de l’homme, et un exemple d’application (?)

lundi 7 février 2011

Angleterre contre droits de l’homme

La BBC relayait ce matin l’avis d’un Think tank influent. Il désire que l’Angleterre se sépare de la cour européenne des droits de l’homme.

Il semblerait que l’Angleterre ait été émue par un jugement de la dite cour, qui a considéré illégale la coutume locale qui veut que les prisonniers perdent leur droit de vote.

Je me suis demandé si ce n’était pas plus les droits de l’homme que la cour qui gênent l’Anglo-saxon. En particulier l’égalité entre humains. En effet, l’histoire anglaise est celle d’une société de classes. D’un côté une élite assez égalitaire, de l’autre « the rabble »  (que le premier d’entre-nous traduirait probablement par « la racaille »). 

Big Society vs The People

M.Cameron veut faire de l’Angleterre une « Big Society » où l’État serait remplacé par l’initiative individuelle (entreprises et charités).

Action symbolique : il compte privatiser la forêt anglaise.

Curieusement cette initiative rencontre la désapprobation de la « Big Society », elle-même, c'est-à-dire des volontaires des charités qui prennent soin des sous-bois. D’accord pour collaborer avec un organisme d’État, pas d’accord pour servir la passion du lucre. (Lost in the woods.)

M.Cameron serait-il un idéaliste coupé des aspirations de sa nation ?

Instabilité italienne

Pourquoi M.Berlusconi n’a-t-il aucun remplaçant crédible, notamment du fait d’une opposition incapable de s’unir ? Une partie de la raison pourrait-être :
Le parti socialiste italien a été en grande partie détruit par les affaires de corruption du début des années 90, si bien que le centre-gauche est aujourd’hui représenté par une coalition fondamentalement contre nature d’anciens Chrétiens démocrates progressistes et d’anciens Communistes, qui, ce n’est pas surprenant, trouvent difficile de s’accorder sur une politique commune.

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :

Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c'est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.

Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).

Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.

Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.

D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.

Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

dimanche 6 février 2011

Changement en Égypte (suite)

Spécialiste de l’Égypte interviewé par RFI. Les USA ont une forte influence sur l’armée Égyptienne, force de stabilisation de l’Égypte. Dans ces conditions, il est vraisemblable que pourrait se réaliser une transition vers un régime peu différent du précédent (du moins de notre point de vue).

Si c’est le cas (ce que pourrait confirmer le retour au calme en Tunisie), l’affaire ne devrait-elle pas être un coup de semonce pour l’Occident ? Une société pauvre est un terrain favorable à tous les extrémismes. Ne faut-il pas que l’Occident en revienne à une politique « d’aide au développement » ?

Compléments :
  • Suite de mon premier billet de la journée. 
  • L'objectif du changement oriental ne pourrait-il pas être la société turque ? Elle semble avoir trouvé une forme d'identité propre, tout en étant relativement stable et démocratique... Un bon compromis entre sa culture éternelle et les règles d'organisation vers lesquelles les  nations mondiales semblent tendre ?

Compétitivité française

La France doit-elle imiter l’Allemagne comme le dit un rapport récent ? The Economist semble penser comme ce blog, qu’il vaut mieux se différencier que copier, et que le dit rapport serait une manœuvre idéologique contre les 35h, symbole d’une culture honnie. Citation :
« C’est une culture d’assistanat », dit Dan Sarfaty, fondateur de Viadeo (…) qui a déménagé la moitié de ses activités en Californie, il y a quatre mois.
C’est clair : ce qui fait échouer le patron français, c’est le Français ! Les USA sauront lui donner les moyens que mérite son génie ! Jean-Marie Messier, qui y a obtenu l’asile culturel, ne l’a-t-il pas démontré ?

Compléments :
  • Discussion avec un dirigeant d’une société de production de films. Dans son monde, pourtant français !, les gens sont passionnés et ne comptent pas leurs heures. Le secret du succès ? Un dirigeant visionnaire.

Gagner plus en travaillant autant

Impact économique de la réforme de l’heure supplémentaire par N.Sarkozy ?
Le niveau des heures supplémentaires payées a augmenté en 2007 et est resté relativement haut depuis, alors que l’économie entrait dans une sévère récession.
(...) Ces résultats suggèrent que la conséquence de la détaxation des heures supplémentaires a essentiellement été une optimisation d’impôt, sans réel impact sur la durée de travail.
(...) Alors que les salariés concernés ont réellement bénéficié d’un coup d’accélérateur à leur rémunération grâce à la détaxation, cela n’est pas survenu, en moyenne, du fait de plus de travail.
Encore une réforme qui plombe les comptes de la nation ? Nouvel exemple de ce qu’un changement mal mené (non contrôlé) ne conduit qu’au statu quo ? 

Changement en Égypte

L’Égypte fait la mode au Moyen-Orient. Les régimes de la région sont modelés sur le sien, et se renouvellent avec lui.

Or, son gouvernement est à bout de souffle. Vieux dictateur, population jeune, qui, en partie, a gagné en éducation et (donc ?) en aspiration à la citoyenneté. Et une crise, comme catalyseur. 

Quelle va être la suite ? S’il s’agit de trouver un régime qui convienne à toute la région, il est peu vraisemblable que ce soit la démocratie. Alors quelque chose du type iranien ? Un pouvoir fort plus ou moins sourcilleusement musulman avec des intellectuels en force de contestation ? Ou encore une phase de transition plus ou moins chaotique ? Et une guerre avec Israël de surcroit ?...

L’avenir est imprévisible, le hasard y joue les premiers rôles. Bien qu’il y ait certainement de grands mouvements directeurs. Par exemple, éloignement des valeurs de l’Occident, retour à des valeurs dans lesquels le peuple se reconnaît ?

Quant à l’Occident, il doit probablement faire le deuil de l’organisation mondiale actuelle, qui était si confortable, et qui lui pardonnait toutes ses faiblesses. Y aurait-il là une incitation au changement bien plus brutale que toutes les pressions du marché ? (Y compris crise économique choc ?)

Compléments :

samedi 5 février 2011

Néoconservateur Cameron ?

J’entends dire que M.Cameron a déclaré que le multiculuralisme avait échoué et qu’il fallait en revenir à une identité nationale vigoureuse.

Serge Audier aurait-il raison ? L’Europe serait-elle en proie à un néo-conservatisme (une forme de fondamentalisme occidental) galopant ?

Compléments :
  • AUDIER, Serge, La pensée anti 68, La Découverte, 2009. 

Croissance illusoire

Les trois secteurs qui ont cru le plus vite aux USA sont la santé, l’éducation et les services financiers.

Or, dans ces trois cas, la qualité des services rendus a stagné, voir régressé ! L’investissement s’est fait à perte !

Phénomène de « destruction de valeur » dont parle L.Habib ? Un exemple de fausse croissance ?

Compléments :
  • Il n’y a pas de raison de penser que la France ait suivi un chemin très différent. En particulier, en ce qui concerne la santé, l’augmentation de son coût ne s’accompagne pas de son amélioration (voir PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)

Pension d’artistes

Film de Gregory La Cava, 1937.

Pendant la Grande dépression, une héritière décide d’imiter son grand père, conquérant de l’Ouest, et faire fortune en partant de rien. C'est-à-dire devenir une vedette de théâtre.

À son insu, son père lui obtient la place d’une prolétaire aux abois. La peine que lui inspire le suicide de cette dernière révèle le talent de l’héritière. Hautement moral. 

vendredi 4 février 2011

Stagflation

L’économiste Nouriel « doom » Roubini pense que nous pourrions affronter des temps difficiles.

Les biens de consommation sont en forte croissance. Inflation partout. L’économiste se réjouit : le chômage fait que les salaires n’ont pas la capacité de suivre et de provoquer une inflation durable. Mais voilà, une révolution en Égypte pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier. Cette fois-ci ce serait la plongée. Comme en 74 : dépression et inflation.

(Ce qui serait curieux serait que les révolutions du Moyen-Orient viennent, au moins en partie, de l’augmentation du prix des biens de consommation…)

Pauvreté aux USA

Curieux phénomène. Les États ensoleillés d’Amérique dont la population s’était beaucoup accrue ces dernières années connaissent un chômage explosif. Ils n’ont pas les moyens financiers de s’occuper de ceux qui ont tout perdu.
Une des raisons pour lesquelles ils ont crû si vite pendant les années fastes était leurs faibles taxes, qui laissent peu d’argent pour les programmes sociaux. Les sans domicile fixe sont souvent vus comme une menace à la migration et au tourisme. 

Inside job

Film de Charles H. Ferguson, 2010.

Un documentaire dans lequel on retrouve de mêmes sources et thèmes que dans ce blog.

On y voit la capture par les financiers de l’État américain et de tout ce qui aurait dû les contrôler (y compris les économistes). Conclusion : ils sont coupables de la crise. Pourquoi sont-ils toujours en liberté ?

Je ne suis pas sûr d’être d’accord. Il est extrêmement difficile pour un individu pris dans un mouvement aussi général de s’en dégager, ou même de pouvoir avoir la liberté de pensée nécessaire pour envisager une rébellion. Les cadres supérieurs d’une entreprise passent beaucoup de temps ensemble, et leur vie privée se déroule loin du monde, dans un luxe difficilement imaginable, ou chez les prostituées (frais professionnel si l’on en croit le film). Ils habitent un univers à part.

La capture de l’État par les financiers me semble s’expliquer par un effondrement des contre-pouvoirs qui s’opposaient à leur poussée. Inside Job participe à la reconstitution de ces contre-pouvoirs.

jeudi 3 février 2011

État et pauvreté

La rigueur budgétaire anglaise pourrait entraîner la suppression de lignes de bus non rentables. Ce qui aurait un impact décisif sur l’existence des pauvres (notamment de leurs écoliers) et des vieux. (Info de la BBC du précédent billet.)

Curieux comme l’existence d’une partie de la population tient à peu de choses, et à quel point les services publics sont importants pour elle.

Alors, le libéral a-t-il raison de dire que le pauvre vit aux crochets de l’État ? Peut-être pas. Grâce à l’État le pauvre ne se rend pas compte qu’il est pauvre. S’il le savait il serait peut-être autrement exigeant avec les riches ?

Ambulance et consommation

Les ambulances anglaises doivent être reconçues, et renforcées, pour pouvoir s’accommoder de l’obésité nationale. Voilà ce que disaient les informations de BBC 4 ce matin.

Triomphe de la société de consommation ? 

Réforme aux USA

Les Démocrates restent mariés aux dépenses, et les Républicains allergiques aux taxes, si bien que rien ne se passe. À la fin, il faudra peut-être un choc externe pour rendre la raison à des politiciens dans l’impasse. (Crunch time)
Est-il possible de se réformer en dehors des crises ? Si oui est-ce un avantage d’être un pays aussi privilégié que les USA ? Plus le privilège est grand plus la crise doit l’être ?

Big Mac et inflation

Pourquoi ne pas mesurer l’inflation en suivant le prix du Big Mac ?
Consistant de nourriture, de matériels, de salaires et de location, le Big Mac de McDonald offre un panier de prix à la consommation pratique, dont la composition change peu au cours du temps.

mercredi 2 février 2011

Changement en Orient

Il y a quelques temps, Michel Rocard disait que la révolution tunisienne était une révolution bourgeoise. Les manifestations égyptiennes pourraient être avant tout une question de droit à la parole. (« souffrance mal définie d’avoir été longtemps humilié par un régime sourd, refusant tout contrôle et cyniquement manipulateur »)

Et si les agitateurs étaient toujours des intellectuels bourgeois, probablement partisans de la démocratie ? Et si celui qui gagnait finalement était un quasi dictateur porteur d’une idéologie simpliste et soutenu par un peuple agissant comme une « masse » ? Et si la révolution russe de 17 était une meilleure modélisation des événements actuels que la révolution française de 89 ?

Et si le premier changement à opérer était en Occident non en Orient ? Ne va-t-il pas falloir que les USA comprennent que la real politik à courte vue finit toujours par retomber sur le nez du monde ? Ne va-t-il pas falloir que nos élites intellectuelles découvrent que la démocratie ne s’installe pas par miracle, parce qu'elle est une aspiration naturelle de l'homme, mais se construit sur une culture préparée ? 

Internet, défaite du marché ?

L’économiste juge que Google est un monopole dont on ferait bien de s’occuper.

Ce qui est curieux dans cette affaire est qu’à l’époque de la « Nouvelle économie », Internet était vu comme le don de Dieu à l’Humanité, annonce de la Victoire Finale, et imminente, du Marché. Or, la particularité d’Internet est d’installer des monopoles quasiment absolus.

Et si c’était cela le marché ? Des effets-réseaux tellement forts qu’ils donnent des vainqueurs absolus ?

Compléments :
  • Internet et ses effets vus par deux économistes : SHAPIRO, Carl, VARIAN, Hal R.,Information Rules: A Strategic Guide to the Network Economy, Harvard Business School Press, 1999.

Aide aux pays pauvres

Depuis lors la fondation (de Bill Gates) a donné 1,4md$ de subvention aux fermiers du tiers monde, son programme est maintenant comparable à celui de l’Amérique.
Mais ce n’est pas suffisant. La charité ne peut pas guérir les maux du monde, les États sont nécessaires. Il faut les réinventer ?

Retard islamique

Pourquoi le développement économique des pays islamiques a il décroché de celui de l’Occident ?

Peut-être parce que ce dernier a su inventer un type d’entreprises, et de gestion, adapté à (générant ?) un mode d’échanges complexe (et risqué ?). (The crescent and the company.)

mardi 1 février 2011

Changement en Europe ?

L’Allemagne proposerait une réduction des dettes des pays de la zone euro en difficulté, en échange de l’adoption par tous ses membres du modèle allemand.

Solution imprévue aux problèmes du moment ?

Retraite et capitalisation

« la moitié des fonds des fonds de pension d’Europe continentale sont investis en obligations d’État ». Le phénomène est général. Il pose plusieurs intéressantes questions.

Est-il possible, dans ces conditions, à un pays de faire faillite (comme on le recommande à la Grèce, l’Irlande ou au Portugal) ? Le système par capitalisation en est venu à ressembler au système par répartition : une génération prête à la suivante, qui nourrit la première par l’intérêt qu’elle paie. (In debt to Grandpa)

La pensée anti 68

Pourquoi autant de gens en veulent-ils à la « pensée » de mai 68 ? AUDIER, Serge, La pensée anti 68, La Découverte, 2009. 

Parce qu’ils estiment qu’elle a torpillé un paradis auquel il convient de revenir.

En fait, 68 fut une révolte contre un carcan technocratique étouffant. Si cette révolte a eu des conséquences déplorables (individualisme et libéralisme débridés, bien pensance…), ses aspirations sont fondamentales et doivent être prises en compte dans une réflexion sur l’avenir de notre modèle social.

Le livre montre que la France est parcourue d’un puissant courant néoconservateur. Il ne dit pas son nom mais il est authentique. Il n’est pas copié sur l’américain, mais a les mêmes racines, et partage les mêmes penseurs. C’est un mouvement venu de gauche. Sa vision du monde est celle d’une bataille idéologique pour l’esprit du peuple. Il s’agit de remplacer dans sa tête des valeurs perverses par une juste morale. L’arme, qu’il revendique, est la propagande, le lavage de cerveau.

En conséquence le procès qui est fait à 68 est (délibérément ?) truqué. L’ouvrage s’applique à le démontrer en analysant ses arguments et en montrant qu’ils ne sont pas fondés. D’où 400 pages d’une enquête minutieuse. Cet homme a tout lu ! Tour de force : la lecture n'est pas un calvaire. C'est une exploration des travaux des philosophes qui ont fait la pensée française du dernier demi-siècle, et de ceux qui les ont influencés. Cette pensée évolue par des sortes de modes, en bloc. Ainsi, par exemple, l’ère technocratique a eu sa philosophie d’un homme marionnette des forces sociales.

lundi 31 janvier 2011

Thèmes du mois

Fragile Angleterre ?

File on Four de BBC4, hier soir. La rigueur anglaise pourrait-elle déclencher une crise immobilière ?

Les banques semblent faire des profits exceptionnels (3% contre nettement moins de 1% en temps normal) sur leurs prêts à l’accession à la propriété – histoire de reconstituer leurs réserves. Du coup, les maisons ne se vendent plus. Il est aussi étonnant à quel point ceux qui rencontrent un pépin (maladie, chômage...) peuvent se retrouver, instantanément, dans une situation désespérée  par la moindre réduction du budget de l’État. Qu’arrivera-t-il lorsque les premières vagues de licenciements surviendront ?

L’émission remarque aussi que la partie supérieure de la population est totalement isolée du phénomène. 

Impérialisme

Lors de la dernière guerre, Trotski encourageait les colonisés à secouer le joug de l’impérialisme, plutôt qu’à l’aider à affronter le nazisme. Pour Trotski l’impérialisme c’était le mal absolu :
Hailé Sélassié était sans aucun doute un tyran semi-féodal qui soutenait les résidus non négligeables de l’esclavage dans son pays. Néanmoins la guerre d’Éthiopie contre l’impérialisme italien était une guerre juste d’indépendance nationale.
Curieuse chose que l’impérialisme. N'est-ce pas une nation en asservissant une autre ? Or le concept de nation est occidental. L’Inde, par exemple, ne s’est considérée comme une nation que récemment. Et le « colonialisme » anglais s’est inscrit dans les mouvements naturels – internes ou externes - qui avaient fait l’histoire du pays. D’ailleurs, de tous temps, les peuples se sont envahis, les uns et les autres se mélangeant plus ou moins.

Nos colonies se sont constituées et libérées au nom de nos principes. J’espère que c’est parce qu’elles les ont trouvés utiles. Sinon elles auraient été victimes de la pire forme d’impérialisme : le lavage de cerveau du totalitarisme.

Réflexion qui vient de MANDEL, Ernest, La pensée politique de Léon Trotsky, La Découverte, 2003.

dimanche 30 janvier 2011

L’avenir est au charbon

« Nous vivons un nouvel âge du charbon ». C’est l’énergie préférée des pays émergents, 

Ils devraient développer colossalement leur consommation (peut-être 500GW de plus, en Chine, dès 2015). Ce qui ouvre un énorme marché aux pays qui détiennent des ressources facilement exploitables, notamment les USA, la Russie et l’Australie, et au transport maritime.

Cela devrait faire beaucoup d’heureux. Quid de l’environnement ? (Burning ambitions)

Wikipedia

À la réflexion, je pense que Wikipedia n’est pas parfait.
  • D’une certaine façon il est excellent pour tout ce qui concerne les « people ». C'est-à-dire des gens plus ou moins connus. Ces people sont d’ailleurs de tous temps. On trouve chez Wikipedia de très bonnes biographies de seconds couteaux de l’histoire, fille illégitime du dernier des Stuart, brigands du Far West ou généraux américains de la guerre de sécession.
  • Wikipedia est aussi très bien pour renseigner sur ce qui fait notre vie, mais n’entre pas, du moins avec un tel détail, dans un dictionnaire. Par exemple sur une rue de paris, une demeure ancienne anglaise, une mode passagère.
  • Mais il n’est pas bon pour traiter de sujets de fond, qui demandent un travail de compréhension en profondeur. On trouve dans les articles en question des affirmations souvent discutables, anecdotiques ou idéologiques.
Wikipedia, travail d’amateur (au sens noble du terme) ? Les professionnels consacrent leur temps aux dictionnaires ou aux livres ?

Sarkozy profil bas ?

N.Sarkozy désirait utiliser ses présidences internationales comme campagne de communication vis-à-vis de nous. Mais la montagne de ses intentions initiales pourrait accoucher d’une souris : il en aurait beaucoup rabattu sur ses ambitions de réformer le monde.

Plus curieux, il chercherait à manipuler les Chinois (notamment), en utilisant une technique bien connue des livres de management :
Il en est même arrivé à l’idée de sous-traiter des sujets épineux à d’autres, afin d’essayer de les faire « s’approprier » un éventuel changement.
Pathétique ?

Compléments :
  • Ce que découvre M.Sarkozy est probablement qu’il est plus facile de manœuvrer le monde quand il est en crise que quand il est en paix. 

samedi 29 janvier 2011

Scandale en Angleterre

Depuis pas mal de temps j’entends parler d’un scandale anglais.

Le parti conservateur doit sa récente renaissance à ce qu’il a appris à parler au peuple. L’artisan de cette transformation est le rédacteur en chef de News of the World, Andy Coulson, que D.Cameron a appelé à ses côtés.

Or, News of the World s’était spécialisé dans l'espionnage des téléphones des gens importants. Le soupçon que M.Coulson ait pu être au courant de cette pratique lui a coûté sa carrière de journaliste et, récemment, sa position de conseiller de M.Cameron.

Curieusement, Scotland Yard a été jusqu’ici peu intéressé par la question. On commence à se demander si ce peu de diligence ne viendrait pas de ce que le titre appartient à M.Murdoch, grand magnat de la presse, et ultralibéral. (The old man and the Met.)

En marge de l’aspect crapuleux de l’affaire (un effet secondaire inévitable de la gestion d’un empire économique ?), faut-il en déduire que les idées de M.Murdoch tirent les ficelles du gouvernement et veulent assurer son succès en manipulant les esprits ?

Que penser d’Obama ?

Un anonyme proche d’Obama a écrit un livre sur le début de son mandat. Jugement sur l’ouvrage :
Pas si bon qu’on aurait pu l’espérer, pas si mauvais qu’on aurait pu le craindre. Plutôt comme M.Obama lui-même. 

Potiche

Film de François Ozon, 2010.

Fable sur la France ? Un néoconservateur ascendant Sarkozy met l’entreprise en faillite, le consultant délocalise sa production en Tunisie, le tout est, presque, sauvé par l’innovation de l’artiste et, peut-être, par l’amour maternel ? Le seul salut pour notre pays et son économie : le maternalisme ?

J’ai trouvé que nos grands acteurs étaient excellents dans la comédie de boulevard et le décalé. Cela leur ferait-il du bien de ne pas se prendre au sérieux ?

vendredi 28 janvier 2011

Changement en Égypte

Les manifestations égyptiennes posent d’intéressantes questions :

L’Égypte est le principal allié de l’Occident au Moyen-Orient, en dehors d’Israël. Imaginons que le pays s’effondre, que pourrait-il arriver ? Moyen-Orient islamiste ? La contagion s’arrêterait-elle là ? (Pakistan... ?) Les pays émergents qui cherchent à imiter l’Occident auraient-ils encore cette tentation ?

Curieux comme la physionomie du monde peut vite changer. Du jour au lendemain l’Occident peut se réveiller petite minorité encerclée.

Le problème est complexe car les gouvernements alliés de l’Occident sont haïs, et vieillissants dans le cas de l’Égypte. Et ils bafouent toutes les valeurs occidentales… 

RSE et activisme

Novethic s’inquiète d’une trahison de Grenelle 2.
Aux entreprises de quelle taille doit-on demander de publier des informations pour rendre compte des impacts sociaux et environnementaux de leurs activités ? Cette question, loin d’être anodine, en recouvre une autre : doit-on réserver cette obligation à quelques très grandes entreprises (plus de 5000 salariés) déjà organisées pour répondre aux interrogations des investisseurs ou des ONG sur leur stratégie RSE ce qui inclut, par exemple, la mesure de leurs émission de CO2 ou leurs politiques de lutte contre la discrimination, ou doit-on étendre cette obligation à des entités plus petites (plus de 500 salariés seulement) ce qui permet de déployer à une plus grande échelle l’intégration de critères dits de développement durable dans les stratégies et la communication des entreprises ?
La RSE est-ce simplement une « réponse aux investisseurs et aux ONG » ? Est-ce, avant tout, une question d’émission de CO2, de lutte contre les discriminations ?

S’engager dans une telle démarche est complexe, loin de la culture de la PME, coûteux, et a clairement un impact négatif sur la rentabilité d’entreprises - qui souffrent beaucoup aujourd’hui. Contradiction ? La première responsabilité de l’entreprise n’est-elle pas de jouer son rôle social, c’est-à-dire de vivre ?

Si la RSE est portée par des activistes qui veulent appliquer une réforme idéologique et irréaliste à des gens qu’ils condamnent sans même les connaître, elle a peu d’avenir. 

Bonus = impôt ?

L’économiste américain s’interroge sur les facteurs explicatifs du bonus bancaire. « Ces bonus sont en fait des transferts des contribuables mais aussi des épargnants, en majorité âgés, qui ne peuvent pas trouver de placements sûrs alternatifs pour leurs fonds de pension ».

Le mécanisme : « La banque fédérale fournit aux banques des réserves à un taux presque nul. Peu résulte en des prêts à l’entreprise, mais les banques peuvent acheter des bons du trésor à 3 ou 4%. »

Cette manœuvre, choisie parce qu’elle « échappait au radar de l’opinion publique », n’aurait pas restitué sa solidité à l’édifice financier. Une fois privé de la subvention public, il devrait s’effondrer. Elle pose aussi une intéressante question : « la doctrine de la banque centrale indépendante devient impossible à défendre dans une société démocratique ».

jeudi 27 janvier 2011

Répartition de revenus

Étude de la répartition des revenus aux USA.

Entre 1993 et 2008, le % le plus riche a récupéré 52% de la croissance globale des revenus des habitants du pays, et 65% sur la période 2002 – 2007 (George Bush). En moyenne ses revenus ont augmenté de 3,94% par an, contre 0,75% pour les 99 autres %.

En période de crise les revenus du dit % se contractent plus fortement que ceux des % restants. Mais les crises durent peu.

L’Amérique change d’idéologie ?

Le gouvernement américain semble espérer utiliser la menace chinoise pour faire changer de cap l’idéologie des USA.
Nous avons besoin de faire ce que l’Amérique a toujours été connue pour : construire, innover, éduquer, fabriquer des choses. (China in the mind of America.)
Hier encore l’avenir était aux services et aux « chaines d’approvisionnement mondiales »… 

Qui sont les riches ?

Il semblerait que le creusement des inégalités se soit fait par le haut. 1% de la population, voire 0,1% (« Pour le 0,1% supérieur le gain a cru de 20 fois les revenus des 90% du bas à presque 80 fois (entre 1980 et 2006) »), se serait massivement enrichi, pour le reste les écarts se sont sensiblement maintenus. (Unbottled Gini.) Répartition :
Au sommet de la pyramide il y a 81000 personne possédant plus de 50m$. Parmi ceux-ci 30.000 ont plus de 100m$ et 2800 plus de 500m$. (…) il y a environ 1000 milliardaires en $.
47% des millionnaires auraient créé leur entreprise, 23% seraient des salariés. La croissance des inégalités serait en grande partie due au secteur financier. Son salaire moyen qui, il y a quelques décennies, était comparable au salaire moyen d’autres secteurs, en est maintenant le double (l’étude ne dit pas si le nombre relatif de financiers a augmenté). (More millionaires than Australians.)

En fait, l'inégalité n'en serait qu'à ses débuts. Après le décollage du haut de la pyramide, le fond pourrait lâcher :
(particulièrement pour les pays riches) les perspectives pour les moins qualifiés sont stationnaires ou déclinantes. (The rich and the rest.)

mercredi 26 janvier 2011

Angleterre en piqué

Pire que ce que je croyais. L’Angleterre attaque la période des grandes coupes budgétaires en piqué. Son PIB a reculé de 0,5%. Cela devient franchement préoccupant.

Comment expliquer que le crime (cf. massive dévaluation de la livre) ne paie pas ? La situation anglaise serait-elle structurellement déplorable ? 

Retour de 29 ?

Discussion avec un dirigeant de cabinet d’expertise. Curieuse transformation du monde. L’État se déchargerait de ses responsabilités sur les assurances. Son nouveau rôle ? La garantie des contrats. Mais c’est la doctrine libérale même ! Aurions-nous vécu un changement libéral sans avoir été consulté ? Le plus curieux n’est pas là.
  • L’assurance est devenue un moyen de se décharger de ses responsabilités. Les assureurs sont « réassurés ». Du coup, non seulement ils ne se préoccupent plus des dommages qu’ils versent (les réassureurs commenceraient à s’en émouvoir), mais ils n’ont plus besoin de faire leur métier, ils peuvent se débarrasser de leurs personnels expérimentés, et chers.
  • Plus généralement, un vent d’irresponsabilité aurait gagné la planète. Exemple. Pour réduire le coût de pièces, elles sont fabriquées en Chine. Le Chinois refait le coup du lait frelaté : par facilité d’usinage il n’utilise pas le mélange de métaux prévu. La pièce casse au bout d’un mois. Mais le donneur d’ordre est assuré !
  • Chaque profession serait dans le même bain. Liquidation des coûteuses procédures liées au métier, et des personnels compétents, assurance de procédés devenus hyper risqués, et non durables. 
  • Dans l’entreprise même la règle du jeu serait de prendre des risques démesurés pour en tirer des bénéfices maximaux, et d’en faire payer les conséquences à ses collègues.  
Jamais il n’y a eu autant d’accidents, et jamais les experts ne se sont aussi bien portés !

Comment tout ceci va-t-il se terminer ? Vague de défaillances de compagnies d’assurance ? Les entreprises, qui n'entretiennent plus leurs atouts, vont-elles être balayées par leurs concurrents étrangers ? L’État étant déjà surendetté ne peut plus être assureur : crise radicale nettoyant l’ardoise ? 1929 ?

Compléments :
  • Ce mécanisme est celui qui est à l’origine de la crise. Les organismes financiers ont inventé des mécanismes « à la Enron » pour masquer leurs risques, développer leurs chiffre d'affaires et leurs bonus. Cet entretien laisse penser qu’ils ne seraient pas propres à la banque, mais caractéristiques de toute l’économie...  

Réduire les coûts médicaux

Aux USA « la dépense médicale par personne a triplé depuis 1990, mais la plupart des indicateurs de santé ont à peine bougé ».

The Economist propose d’injecter dans le système de santé occidental les techniques indiennes et chinoises, qui, par un « reengineering », produisent un équipement médical dix fois moins cher que le nôtre et au moins aussi bon. (Life should be cheap)

Cela parait une bonne idée. Mais il me semble qu’il faudrait surtout analyser les comportements des patients et des médecins, et voir comment les faire évoluer vers plus de vertu.

Compléments :
  • Effectivement à égalité de soin il peut y avoir des écarts de 1 à 3 entre les coûts médicaux.

mardi 25 janvier 2011

Dangers de la médecine

Avant-hier j’entendais l’histoire suivante de la BBC :

Une femme souffrant de crises d’épilepsie prend un médicament pour ne pas faire courir de risque à son enfant pendant sa grossesse. Il naît intellectuellement handicapé. La mère attaque le fabricant du médicament.

Je me suis demandé s’il ne serait pas temps de comprendre que la médecine est, avant tout, dangereuse. Elle traite le mal par le mal. Il ne faut y avoir recours qu’en dernière urgence.

Ceci exige peut-être une réévaluation de notre attitude vis-à-vis de la science et du progrès. Nous avons cru qu’ils n’avaient que des bénéfices. Nous faisions une confiance aveugle aux « experts ». Nous étions devenus des irresponsables.

Mais la science a des effets secondaires, parfois redoutables. Dorénavant il faudra apprendre à peser avantages et inconvénients. Nous entrons dans une ère de responsabilité ?

Françafrique

Il semblerait que la stratégie de la France vis-à-vis de l’Afrique soit en plein changement.

Après des décennies de paternalisme le pays aurait choisi d’affronter le terrorisme islamiste en plaçant sur le terrain des unités d’intervention. (Ties across the Mediterranean.)

Alignement sur les intérêts des USA ? Mais, alors, pourquoi ne nous aiment-ils pas ?

Le canardeur

Film de Michael Cimino, 1974.

Un des personnages achève le film en déclarant qu’il est très fier d’avoir réussi un vol particulièrement innovant. Effectivement on y voit l’esprit d’entreprise et le professionnalisme américains à leur meilleur. (Comme c’est le cas généralement dans ce type de film.)

L’art comme apprentissage des valeurs fondamentales d’une culture ? Mais n'est-il pas triste que  des gens bien n'aient d'autre ressource pour manifester leur talent que de dévaliser leur société ?

Quant à Clint Eastwood, il est effacé par les autres acteurs. Il lui faut un one man show pour exister à l'écran ?

lundi 24 janvier 2011

NHS (suite)

L’histoire à venir des réformes anglaises s’annonce passionnante, pour l'observateur :

Le plan de transformation que propose M.Cameron est bien plus radical que celui de Mme Thatcher. Contrairement à elle il n’y a pas préparé le pays (qui attendait un plan de rigueur, mais pas une transformation libérale). En admettant que sur le long terme elle soit bénéfique, comment va-t-il réagir aux mises au point intermédiaires ? En particulier que dira-t-il s’il est privé de soin par la défaillance d’un des groupements de médecins que crée la réforme, ou si un fournisseur de soins décide de les supprimer pour cause de non rentabilité… ? (Where Thatcher feared to tread.)

Comment va tenir le composant libdem de la coalition qui a un électorat à sensibilité travailliste ?

Que fera le chômage, pas très bon en dépit d’un plan de relance et d’une dévaluation forte de la livre, lorsque commenceront les licenciements massifs ? (Voir billet précédent.)

Pauvres Anglais

L’inflation anglaise décolle mais ce pourrait être sans lendemain. Les salaires ne la suivent pas.
Avec des centaines de milliers de suppressions d’emplois dans le secteur public et leur contrecoup privé, la tendance semble à la déflation. (The long blip.)

Pauvres pauvres Anglais ? 

Monnaie chinoise

Comme d’habitude les Chinois critiquent l’avantage que les USA tirent de leur dollar, monnaie de réserve.

Il voudrait aussi avoir une monnaie dans laquelle il peut prêter (à pas cher). Mais, pour cela, il faut que sa monnaie puisse fluctuer… (The rise of the redback.)

dimanche 23 janvier 2011

BP pactise avec le diable

BP fait un partenariat avec une entreprise d’État russe. Bénéfice attendu : exploiter de vastes champs pétrolifères, glacés.

L’affaire est risquée. Le comportement du gouvernement russe est imprévisible. Et surtout cela semble un mauvais coup pour la démocratie russe. La fameuse société a été prise à l’oligarque Khodorkovsky, qui est maintenant embastillé, et un héros du libéralisme mondial. L’opération valide l’expropriation et montre que pour l’Occident la démocratie pèse peu à côté des intérêts économiques. (Dancing with Mr Putin.)

Mais The Economist ne désapprouve pas BP : « Le rôle d’une entreprise est de gagner de l’argent pour ses actionnaires, légalement. La moralité est la province de l’individu privé et des gouvernements. » (How bad is BP?)

Ce qui me semble fort peu RSE.

En fait, je tends à penser comme The Economist. Pour qu’une entreprise soit efficace elle doit probablement être concentrée sur sa tâche, elle ne doit pas s’occuper excessivement de morale. Mais cela demande un État fort. 

Tunisie

Où va la Tunisie ? Peu de gens semblent le savoir. Les forces en présence sont mal connues. A priori, il n’y a pas d’homme fort en vue, le courant islamiste paraît impréparé à une offensive, les mouvements démocratiques sont faibles, d’ailleurs le terrain leur est-il favorable ? Une intervention de l’armée serait-elle possible ?

Le mouvement va-t-il s’étendre ailleurs ? Notamment à l’Égypte ? Et faire basculer dans le chaos tout le Moyen-Orient ? Mais là le pouvoir ne se laissera probablement pas facilement faire.

En tout cas, je ne crois pas qu’il faille penser qu’un mouvement démocratique débouche fatalement sur une démocratie. Comme l’ont montré les révolutions russe et iranienne, le démocrate est un être fragile, il est facilement évincé par des mouvements beaucoup plus robustes, représentant des intérêts profonds du peuple, pas des élites.

Compléments :

Inégalité et crise

La société américaine a atteint un niveau d’inégalité qui n’a qu’un seul précédent : 1929. Les économistes s’interrogent : est-ce la cause de la crise ? 

Si ça ne l’est pas, au moins ce serait corrélé. Autrement dit, il y a des chances pour qu’une économie saine et prospère soit relativement égalitaire.

Il est curieux que ce débat n’ait pas touché notre pays. Pourtant, dans une conférence à laquelle je participais il y a quelques temps, un intervenant remarquait que la France avait plus de milliardaires par habitant que les USA…

samedi 22 janvier 2011

Le luxe rend asocial ?

« Le simple fait d’exposer quelqu’un au luxe fait qu’il pense plus à lui-même qu’aux autres. » Dit un chercheur.

Concrètement, lui montrer des chaussures de luxe lui fait prendre des décisions socialement irresponsables !

Mais, il suffit d’une mauvaise passe pour que ressurgissent des réflexes de solidarité.

De l’effet des bonus et de comment bien rémunérer les dirigeants ? 

Avocat et création d’entreprise

Conférence sur les statuts d’entreprises. J’en retiens que s’il n’est pas compliqué de monter une société lorsque l’on est seul (comme moi), les difficultés commencent :
  • Si l’on a plusieurs associés.
  • Quand, une fois la société montée, on veut la faire évoluer.
  • Quand on veut ouvrir une représentation à l’étranger.
Alors, il faut probablement le secours d’un avocat.