samedi 29 janvier 2011

Scandale en Angleterre

Depuis pas mal de temps j’entends parler d’un scandale anglais.

Le parti conservateur doit sa récente renaissance à ce qu’il a appris à parler au peuple. L’artisan de cette transformation est le rédacteur en chef de News of the World, Andy Coulson, que D.Cameron a appelé à ses côtés.

Or, News of the World s’était spécialisé dans l'espionnage des téléphones des gens importants. Le soupçon que M.Coulson ait pu être au courant de cette pratique lui a coûté sa carrière de journaliste et, récemment, sa position de conseiller de M.Cameron.

Curieusement, Scotland Yard a été jusqu’ici peu intéressé par la question. On commence à se demander si ce peu de diligence ne viendrait pas de ce que le titre appartient à M.Murdoch, grand magnat de la presse, et ultralibéral. (The old man and the Met.)

En marge de l’aspect crapuleux de l’affaire (un effet secondaire inévitable de la gestion d’un empire économique ?), faut-il en déduire que les idées de M.Murdoch tirent les ficelles du gouvernement et veulent assurer son succès en manipulant les esprits ?

Que penser d’Obama ?

Un anonyme proche d’Obama a écrit un livre sur le début de son mandat. Jugement sur l’ouvrage :
Pas si bon qu’on aurait pu l’espérer, pas si mauvais qu’on aurait pu le craindre. Plutôt comme M.Obama lui-même. 

Potiche

Film de François Ozon, 2010.

Fable sur la France ? Un néoconservateur ascendant Sarkozy met l’entreprise en faillite, le consultant délocalise sa production en Tunisie, le tout est, presque, sauvé par l’innovation de l’artiste et, peut-être, par l’amour maternel ? Le seul salut pour notre pays et son économie : le maternalisme ?

J’ai trouvé que nos grands acteurs étaient excellents dans la comédie de boulevard et le décalé. Cela leur ferait-il du bien de ne pas se prendre au sérieux ?

vendredi 28 janvier 2011

Changement en Égypte

Les manifestations égyptiennes posent d’intéressantes questions :

L’Égypte est le principal allié de l’Occident au Moyen-Orient, en dehors d’Israël. Imaginons que le pays s’effondre, que pourrait-il arriver ? Moyen-Orient islamiste ? La contagion s’arrêterait-elle là ? (Pakistan... ?) Les pays émergents qui cherchent à imiter l’Occident auraient-ils encore cette tentation ?

Curieux comme la physionomie du monde peut vite changer. Du jour au lendemain l’Occident peut se réveiller petite minorité encerclée.

Le problème est complexe car les gouvernements alliés de l’Occident sont haïs, et vieillissants dans le cas de l’Égypte. Et ils bafouent toutes les valeurs occidentales… 

RSE et activisme

Novethic s’inquiète d’une trahison de Grenelle 2.
Aux entreprises de quelle taille doit-on demander de publier des informations pour rendre compte des impacts sociaux et environnementaux de leurs activités ? Cette question, loin d’être anodine, en recouvre une autre : doit-on réserver cette obligation à quelques très grandes entreprises (plus de 5000 salariés) déjà organisées pour répondre aux interrogations des investisseurs ou des ONG sur leur stratégie RSE ce qui inclut, par exemple, la mesure de leurs émission de CO2 ou leurs politiques de lutte contre la discrimination, ou doit-on étendre cette obligation à des entités plus petites (plus de 500 salariés seulement) ce qui permet de déployer à une plus grande échelle l’intégration de critères dits de développement durable dans les stratégies et la communication des entreprises ?
La RSE est-ce simplement une « réponse aux investisseurs et aux ONG » ? Est-ce, avant tout, une question d’émission de CO2, de lutte contre les discriminations ?

S’engager dans une telle démarche est complexe, loin de la culture de la PME, coûteux, et a clairement un impact négatif sur la rentabilité d’entreprises - qui souffrent beaucoup aujourd’hui. Contradiction ? La première responsabilité de l’entreprise n’est-elle pas de jouer son rôle social, c’est-à-dire de vivre ?

Si la RSE est portée par des activistes qui veulent appliquer une réforme idéologique et irréaliste à des gens qu’ils condamnent sans même les connaître, elle a peu d’avenir. 

Bonus = impôt ?

L’économiste américain s’interroge sur les facteurs explicatifs du bonus bancaire. « Ces bonus sont en fait des transferts des contribuables mais aussi des épargnants, en majorité âgés, qui ne peuvent pas trouver de placements sûrs alternatifs pour leurs fonds de pension ».

Le mécanisme : « La banque fédérale fournit aux banques des réserves à un taux presque nul. Peu résulte en des prêts à l’entreprise, mais les banques peuvent acheter des bons du trésor à 3 ou 4%. »

Cette manœuvre, choisie parce qu’elle « échappait au radar de l’opinion publique », n’aurait pas restitué sa solidité à l’édifice financier. Une fois privé de la subvention public, il devrait s’effondrer. Elle pose aussi une intéressante question : « la doctrine de la banque centrale indépendante devient impossible à défendre dans une société démocratique ».

jeudi 27 janvier 2011

Répartition de revenus

Étude de la répartition des revenus aux USA.

Entre 1993 et 2008, le % le plus riche a récupéré 52% de la croissance globale des revenus des habitants du pays, et 65% sur la période 2002 – 2007 (George Bush). En moyenne ses revenus ont augmenté de 3,94% par an, contre 0,75% pour les 99 autres %.

En période de crise les revenus du dit % se contractent plus fortement que ceux des % restants. Mais les crises durent peu.

L’Amérique change d’idéologie ?

Le gouvernement américain semble espérer utiliser la menace chinoise pour faire changer de cap l’idéologie des USA.
Nous avons besoin de faire ce que l’Amérique a toujours été connue pour : construire, innover, éduquer, fabriquer des choses. (China in the mind of America.)
Hier encore l’avenir était aux services et aux « chaines d’approvisionnement mondiales »… 

Qui sont les riches ?

Il semblerait que le creusement des inégalités se soit fait par le haut. 1% de la population, voire 0,1% (« Pour le 0,1% supérieur le gain a cru de 20 fois les revenus des 90% du bas à presque 80 fois (entre 1980 et 2006) »), se serait massivement enrichi, pour le reste les écarts se sont sensiblement maintenus. (Unbottled Gini.) Répartition :
Au sommet de la pyramide il y a 81000 personne possédant plus de 50m$. Parmi ceux-ci 30.000 ont plus de 100m$ et 2800 plus de 500m$. (…) il y a environ 1000 milliardaires en $.
47% des millionnaires auraient créé leur entreprise, 23% seraient des salariés. La croissance des inégalités serait en grande partie due au secteur financier. Son salaire moyen qui, il y a quelques décennies, était comparable au salaire moyen d’autres secteurs, en est maintenant le double (l’étude ne dit pas si le nombre relatif de financiers a augmenté). (More millionaires than Australians.)

En fait, l'inégalité n'en serait qu'à ses débuts. Après le décollage du haut de la pyramide, le fond pourrait lâcher :
(particulièrement pour les pays riches) les perspectives pour les moins qualifiés sont stationnaires ou déclinantes. (The rich and the rest.)

mercredi 26 janvier 2011

Angleterre en piqué

Pire que ce que je croyais. L’Angleterre attaque la période des grandes coupes budgétaires en piqué. Son PIB a reculé de 0,5%. Cela devient franchement préoccupant.

Comment expliquer que le crime (cf. massive dévaluation de la livre) ne paie pas ? La situation anglaise serait-elle structurellement déplorable ? 

Retour de 29 ?

Discussion avec un dirigeant de cabinet d’expertise. Curieuse transformation du monde. L’État se déchargerait de ses responsabilités sur les assurances. Son nouveau rôle ? La garantie des contrats. Mais c’est la doctrine libérale même ! Aurions-nous vécu un changement libéral sans avoir été consulté ? Le plus curieux n’est pas là.
  • L’assurance est devenue un moyen de se décharger de ses responsabilités. Les assureurs sont « réassurés ». Du coup, non seulement ils ne se préoccupent plus des dommages qu’ils versent (les réassureurs commenceraient à s’en émouvoir), mais ils n’ont plus besoin de faire leur métier, ils peuvent se débarrasser de leurs personnels expérimentés, et chers.
  • Plus généralement, un vent d’irresponsabilité aurait gagné la planète. Exemple. Pour réduire le coût de pièces, elles sont fabriquées en Chine. Le Chinois refait le coup du lait frelaté : par facilité d’usinage il n’utilise pas le mélange de métaux prévu. La pièce casse au bout d’un mois. Mais le donneur d’ordre est assuré !
  • Chaque profession serait dans le même bain. Liquidation des coûteuses procédures liées au métier, et des personnels compétents, assurance de procédés devenus hyper risqués, et non durables. 
  • Dans l’entreprise même la règle du jeu serait de prendre des risques démesurés pour en tirer des bénéfices maximaux, et d’en faire payer les conséquences à ses collègues.  
Jamais il n’y a eu autant d’accidents, et jamais les experts ne se sont aussi bien portés !

Comment tout ceci va-t-il se terminer ? Vague de défaillances de compagnies d’assurance ? Les entreprises, qui n'entretiennent plus leurs atouts, vont-elles être balayées par leurs concurrents étrangers ? L’État étant déjà surendetté ne peut plus être assureur : crise radicale nettoyant l’ardoise ? 1929 ?

Compléments :
  • Ce mécanisme est celui qui est à l’origine de la crise. Les organismes financiers ont inventé des mécanismes « à la Enron » pour masquer leurs risques, développer leurs chiffre d'affaires et leurs bonus. Cet entretien laisse penser qu’ils ne seraient pas propres à la banque, mais caractéristiques de toute l’économie...  

Réduire les coûts médicaux

Aux USA « la dépense médicale par personne a triplé depuis 1990, mais la plupart des indicateurs de santé ont à peine bougé ».

The Economist propose d’injecter dans le système de santé occidental les techniques indiennes et chinoises, qui, par un « reengineering », produisent un équipement médical dix fois moins cher que le nôtre et au moins aussi bon. (Life should be cheap)

Cela parait une bonne idée. Mais il me semble qu’il faudrait surtout analyser les comportements des patients et des médecins, et voir comment les faire évoluer vers plus de vertu.

Compléments :
  • Effectivement à égalité de soin il peut y avoir des écarts de 1 à 3 entre les coûts médicaux.

mardi 25 janvier 2011

Dangers de la médecine

Avant-hier j’entendais l’histoire suivante de la BBC :

Une femme souffrant de crises d’épilepsie prend un médicament pour ne pas faire courir de risque à son enfant pendant sa grossesse. Il naît intellectuellement handicapé. La mère attaque le fabricant du médicament.

Je me suis demandé s’il ne serait pas temps de comprendre que la médecine est, avant tout, dangereuse. Elle traite le mal par le mal. Il ne faut y avoir recours qu’en dernière urgence.

Ceci exige peut-être une réévaluation de notre attitude vis-à-vis de la science et du progrès. Nous avons cru qu’ils n’avaient que des bénéfices. Nous faisions une confiance aveugle aux « experts ». Nous étions devenus des irresponsables.

Mais la science a des effets secondaires, parfois redoutables. Dorénavant il faudra apprendre à peser avantages et inconvénients. Nous entrons dans une ère de responsabilité ?

Françafrique

Il semblerait que la stratégie de la France vis-à-vis de l’Afrique soit en plein changement.

Après des décennies de paternalisme le pays aurait choisi d’affronter le terrorisme islamiste en plaçant sur le terrain des unités d’intervention. (Ties across the Mediterranean.)

Alignement sur les intérêts des USA ? Mais, alors, pourquoi ne nous aiment-ils pas ?

Le canardeur

Film de Michael Cimino, 1974.

Un des personnages achève le film en déclarant qu’il est très fier d’avoir réussi un vol particulièrement innovant. Effectivement on y voit l’esprit d’entreprise et le professionnalisme américains à leur meilleur. (Comme c’est le cas généralement dans ce type de film.)

L’art comme apprentissage des valeurs fondamentales d’une culture ? Mais n'est-il pas triste que  des gens bien n'aient d'autre ressource pour manifester leur talent que de dévaliser leur société ?

Quant à Clint Eastwood, il est effacé par les autres acteurs. Il lui faut un one man show pour exister à l'écran ?

lundi 24 janvier 2011

NHS (suite)

L’histoire à venir des réformes anglaises s’annonce passionnante, pour l'observateur :

Le plan de transformation que propose M.Cameron est bien plus radical que celui de Mme Thatcher. Contrairement à elle il n’y a pas préparé le pays (qui attendait un plan de rigueur, mais pas une transformation libérale). En admettant que sur le long terme elle soit bénéfique, comment va-t-il réagir aux mises au point intermédiaires ? En particulier que dira-t-il s’il est privé de soin par la défaillance d’un des groupements de médecins que crée la réforme, ou si un fournisseur de soins décide de les supprimer pour cause de non rentabilité… ? (Where Thatcher feared to tread.)

Comment va tenir le composant libdem de la coalition qui a un électorat à sensibilité travailliste ?

Que fera le chômage, pas très bon en dépit d’un plan de relance et d’une dévaluation forte de la livre, lorsque commenceront les licenciements massifs ? (Voir billet précédent.)

Pauvres Anglais

L’inflation anglaise décolle mais ce pourrait être sans lendemain. Les salaires ne la suivent pas.
Avec des centaines de milliers de suppressions d’emplois dans le secteur public et leur contrecoup privé, la tendance semble à la déflation. (The long blip.)

Pauvres pauvres Anglais ? 

Monnaie chinoise

Comme d’habitude les Chinois critiquent l’avantage que les USA tirent de leur dollar, monnaie de réserve.

Il voudrait aussi avoir une monnaie dans laquelle il peut prêter (à pas cher). Mais, pour cela, il faut que sa monnaie puisse fluctuer… (The rise of the redback.)

dimanche 23 janvier 2011

BP pactise avec le diable


BP fait un partenariat avec une entreprise d’État russe. Bénéfice attendu : exploiter de vastes champs pétrolifères, glacés.

L’affaire est risquée. Le comportement du gouvernement russe est imprévisible. Et surtout cela semble un mauvais coup pour la démocratie russe. La fameuse société a été prise à l’oligarque Khodorkovsky, qui est maintenant embastillé, et un héros du libéralisme mondial. L’opération valide l’expropriation et montre que pour l’Occident la démocratie pèse peu à côté des intérêts économiques. (Dancing with Mr Putin.)

Mais The Economist ne désapprouve pas BP : « Le rôle d’une entreprise est de gagner de l’argent pour ses actionnaires, légalement. La moralité est la province de l’individu privé et des gouvernements. » (How bad is BP?)

Ce qui me semble fort peu RSE.

En fait, je tends à penser comme The Economist. Pour qu’une entreprise soit efficace elle doit probablement être concentrée sur sa tâche, elle ne doit pas s’occuper excessivement de morale. Mais cela demande un État fort. 

Tunisie

Où va la Tunisie ? Peu de gens semblent le savoir. Les forces en présence sont mal connues. A priori, il n’y a pas d’homme fort en vue, le courant islamiste paraît impréparé à une offensive, les mouvements démocratiques sont faibles, d’ailleurs le terrain leur est-il favorable ? Une intervention de l’armée serait-elle possible ?

Le mouvement va-t-il s’étendre ailleurs ? Notamment à l’Égypte ? Et faire basculer dans le chaos tout le Moyen-Orient ? Mais là le pouvoir ne se laissera probablement pas facilement faire.

En tout cas, je ne crois pas qu’il faille penser qu’un mouvement démocratique débouche fatalement sur une démocratie. Comme l’ont montré les révolutions russe et iranienne, le démocrate est un être fragile, il est facilement évincé par des mouvements beaucoup plus robustes, représentant des intérêts profonds du peuple, pas des élites.

Compléments :

Inégalité et crise

La société américaine a atteint un niveau d’inégalité qui n’a qu’un seul précédent : 1929. Les économistes s’interrogent : est-ce la cause de la crise ? 

Si ça ne l’est pas, au moins ce serait corrélé. Autrement dit, il y a des chances pour qu’une économie saine et prospère soit relativement égalitaire.

Il est curieux que ce débat n’ait pas touché notre pays. Pourtant, dans une conférence à laquelle je participais il y a quelques temps, un intervenant remarquait que la France avait plus de milliardaires par habitant que les USA…