dimanche 27 février 2011

Des amitiés entre démocraties occidentales et dictatures orientales

Pourquoi les démocraties occidentales ont-elles soutenu les dictatures orientales ? The Economist répond que nous avons fait passer nos intérêts avant nos valeurs.

Et si ceux qui se rassemblaient s’étaient assemblés ? Les néoconservateurs occidentaux revendiquent la nécessité d’utiliser les techniques de lavage de cerveau qu’ils prêtent à leurs adversaires de gauche ; l’opinion publique n’est pas représentée par ses politiques ; la crise actuelle est attribuée aux menées d’une « oligarchie » internationale… Et si, partout dans le monde, quelques hommes avaient pris le pouvoir et asservi leurs contemporains ? Et si la dictature avait de multiples formes ?

Contre les quotas de femmes administrateurs

Il y a peu j’entendais un journaliste de la BBC se demander si ce n’était pas parce que l’Islande avait imposé des quotas de femmes administrateurs d’entreprise (comme la France), qu’elle avait failli sombrer.

En tout cas, ces quotas ne sont plus à l’ordre du jour en Angleterre. Les risques qu’ils présentent, donner la direction de l’économie à des personnels non expérimentés, sont trop élevés. L’Angleterre compte maintenant combattre à sa source la cause du mal, le fait que les femmes n’ont pas les carrières qui conduisent aux conseils d’administration. Il est demandé aux entreprises d’expliquer ce qu’elles font pour alimenter en femmes les bons « tuyaux ».

Deux questions :
  • L’imposition de quotas ailleurs qu’à la tête des entreprises suscite-t-il un tel émoi (victorieux par KO au premier round, d’ailleurs) ?
  • Nouvel épisode d’une contre-attaque de la doctrine des droits de l’homme, vue comme une idéologie gauchiste perverse, dont l’Angleterre serait l’élément avancé ?

Compléments :
  • Une analyse détaillée du point de vue anglais : Quotas are no silver bullet for women on the board.
  • Les administrateurs masculins du secteur financier américain n’ont pas mieux évité que les administratrices islandaises sa crise de folie. Quelle que soit leur composition les conseils d’administration sont incapables de contrôler quoi que ce soit ? 

La solitude tue

Vivre en solitaire serait aussi dangereux pour la santé qu’être accro au tabac ou à l’alcool.

Être seul ferait que l’on serait peu soumis aux agressions des virus, portés par la société. Ce qui conduit le corps à développer son activité antibactérienne (parce qu’il doit répartir ses ressources entre ces deux formes de lutte ?). Cette suractivité produirait des inflammations associées à des maladies cardiaques et à certains cancers.

Mal social : notre forme de société permet la solitude alors que nous ne sommes pas faits pour ? (Mind and body.)

Compléments :
  • L’article ne précise pas ce qu’il considère comme un « solitaire ».
  • Les médias sociaux qui remplacent le lieu social par du virtuel seraient-ils mauvais pour la santé ?
  • Sur le même thème : La société contre l’homme.

Irak, 2011

Les difficultés actuelles des régimes autoritaires moyen-orientaux donnent envie de réécrire l’histoire. Que se serait-il passé en Irak si les Américains ne l’avaient pas envahi ?

Saddam Hussein aurait 74 ans, sans une succession solide, selon ce que l’on sait de ses enfants.

Le premier problème des dictatures, c’est la succession du tyran. Ce qui fit la force de la France fut que ses rois eurent des enfants. Leur second problème est qu’un tel régime repose trop lourdement sur les capacités d’une seule personne et emploie insuffisamment celles du reste de la population. C’est intenable dès que la concurrence adopte un modèle qui utilise plus intelligemment la ressource humaine (comme l’a fait l’Angleterre dès le 17ème siècle) ?

samedi 26 février 2011

400.000 Français à Londres

400.000 Français vivent à Londres. Ils y viennent chercher la fortune (La City apprécie la formation de nos grandes écoles) ou l’aventure. Mais ils vivent beaucoup entre eux et font élever leurs enfants par l’école française. (Paris-on-Thames.)

The Economist parle d’une tradition qui remonte aux Huguenots. Je ne suis pas sûr qu’il ne faille pas aller plus loin. Depuis Guillaume le conquérant, l’Anglais considère la France comme les Juifs la Palestine, et le Français prend l’Angleterre pour le Far West. (Histoire de l’Angleterre.)

De l’irrationalité populaire

Le peuple (au moins américain) veut réduire les émissions de CO2, et de bien d'autres produits nocifs, mais par la loi et non par des mécanismes de marché. Or, ils sont plus efficaces et moins coûteux. En particulier, il semble allergique au mot « impôt », or le Parti républicain a habilement associé l’échange de droits à émettre du CO2 à un impôt…

Irrationalité du peuple semble conclure The irony of the tragedy of the commons.

Je me demande s’il ne devrait pas conclure à sa propre irrationalité. Car la supériorité des dits mécanismes a été établie, avec beaucoup d’efforts, par des gens très intelligents. Pourquoi devrait-elle être évidente à quelqu’un qui n’y a jamais réfléchi ? D’ailleurs comment faire confiance à des économistes alors qu’ils nous mènent en bateau depuis aussi longtemps ? 

Aristote et la démocratie

L’idée fondamentale d’Aristote est celle de constitution. Il ne s’agit pas de lois en vrac mais d’un petit nombre de principes directeurs. Cette idée à une conséquence contre-intuitive: 

On pense généralement que la démocratie c’est la voix du peuple. Or, lorsque le peuple s’exprime contre les principes de la constitution, il détruit la démocratie (et ce qui faisait qu’il était autre chose qu’une masse bestiale). Exemples :
  • Le peuple anglais s’est récemment prononcé contre le jugement de la Cour européenne des droits de l’homme.
  • Bruno Palier, dans son ouvrage sur les systèmes de santé, montre que le nôtre, sans le dire, a sacrifié l’égalité à la liberté de choix.

Ceci ne signifie pas que la voix du peuple est illégitime, mais qu’elle doit s’exprimer par rapport aux principes fondateurs et non en fonction de l’indignation du moment. La voix du peuple doit modifier la constitution, rejeter l’égalité ou les droits de l’homme, en connaissance de cause.

Compléments :
  • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

vendredi 25 février 2011

Brainwashing

Le cerveau des sénateurs américains a été lavé par leur armée. Elle a étudié les techniques utilisées par ses ennemis lors des guerres du Vietnam et de Corée, et en fait maintenant un emploi systématique. D’abord sur ses prisonniers, ensuite sur ses élus.

Trait culturel américain ? Le juste a Dieu pour lui et la fin justifie les moyens ? (Sur ce sujet, voir la fin de ce billet.)

Avenir de l’Irlande

L’Irlande est dans un bien triste état. Je découvre qu’il y a encore peu, le pays était extrêmement pauvre ; qu’il avait cru se tirer définitivement d’affaire ; qu’il en était fier. Et qu’aujourd’hui il se voit remis à zéro.

Comment va-t-il s’en sortir ?  Encore plus de libéralisme ? Renégocier ses emprunts ; des gens pas chers et bien formés ; des taxes réduites au maximum (12,5% pour les entreprises). L’Irlande fournit une tête de pont idéale dans la zone euro aux multinationales étrangères ? (After the race.)

Et si le problème de l’Irlande c’était, justement, le libéralisme ? Un pays peut-il n’être qu’un marché ? Ne doit-il pas développer ses propres savoir-faire ? Mais peut-il y parvenir sans investir ? 

Incendies

Film de Denis Villeneuve, 2010.

De jeunes Libanais à l’accent québécois enquêtent sur le passé de leur mère, et de son pays.

Où l’on voit à quel point la raison humaine est fragile, et combien il en faut peu pour que l’individu le plus respectable et la société la plus civilisée (le Liban était la « Suisse du Moyen-Orient ») sombrent dans la haine et le chaos. 

jeudi 24 février 2011

Libye

Un ancien diplomate américain explique que la Libye est un assemblage de provinces de cultures différentes.

Problème : une fois Kadhafi parti, il ne semble pas qu’il y ait de mécanisme social capable d'éviter le chaos...

Cloud spot

Ouverture d’une bourse de la capacité informatique à louer. (A market for computing power.)

La durabilité de la ressource (puissance de traitement informatique libre) n’étant pas garantie, cette bourse serait utile à des usages sans lendemain (tests…). 

Déchet toxique individuel

Dans mon précédent billet sur le déchet toxique, j’ai laissé entendre qu’il ressortissait à un problème organisationnel, et qu’il fallait le traiter comme tel. Mais la vie n’est pas aussi simple que cela. Il est rare que l’on vous laisse mettre le schéma de l’organisation sur la table, pour le modifier. Un changement démarre souvent par un « problème périphérique ». Une question secondaire et innocente. En menant l’enquête on peut se trouver face à un « déchet toxique » que l’on ne soupçonnait pas, à savoir une personne qui n’est pas à sa place.

Le danger qu'il présente est grand. Il s’appelle « l’effet Tartuffe ». La personne est consciente qu’elle abuse la société. Mais si cela est révélé tout ce qui faisait sa vie, c'est-à-dire l’estime que son cercle social avait pour elle, et surtout son amour propre, s’effondrent. Elle n’est plus rien, elle est virtuellement morte. Tuer le changement et son porteur est alors une question de légitime défense.

Que faire ? La situation de Tartuffe n’est pas agréable. Il sait que les esprits forts le critiquent dans son dos. Si seulement il pouvait faire autrement… Par conséquent, s’il vous trouve utile, il peut être amené, petit-à petit, à vous parler des désagréments qu’il vit. Alors, la technique du feedback du billet précédent s’applique. Montrez lui que ses difficultés viennent d’un dysfonctionnement organisationnel, non de lui ou des autres. Placé différemment, avec une autre vision de son rôle, il serait efficace, apprécié et heureux.

mercredi 23 février 2011

Big Facebook is watching you

Facebook serait utilisé pour sélectionner (éliminer) des jurés, lors des procès américains.
Quelle est la corrélation entre ce que l’on peut interpréter de Facebook et l’aptitude d’une personne à en juger une autre ?

Surtout, le modèle économique de Facebook semble devoir être celui de l’exploitation des données personnelles. Ne se prête-t-il pas naturellement à des applications contraires aux intérêts des membres de Facebook ? Contradiction fatale ? (La seule rumeur n'est-elle pas suffisante, d'ailleurs, pour causer des dommages irréparables à la réputation de Facebook ?)
Interrogé par Le Monde, M. Appelbaum met en garde les jeunes étrangers qui racontent leur vie avec insouciance sur les réseaux sociaux: "Si vous êtes sur Facebook, bienvenue dans le monde de l'hégémonie américaine!" Il rappelle que le business model de ces entreprises est fondé sur le stockage et l'analyse des données personnelles de leurs utilisateurs, puis il raconte une anecdote : un jour, il se rendit dans les locaux de Facebook en Californie pour un entretien d'embauche (qui n'aboutit pas). Là, il bavarda par hasard avec un homme disant travailler pour une agence fédérale qui était en train d'installer un système d'inspection des serveurs de Facebook. (Article.)

Hollywood überalles

Les films d’Hollywood gagneraient plus à l’étranger que sur leur territoire. Ce qui orienterait leurs choix de sujets. « Ce sont les gros spectacles bruyants qui voyagent le mieux ». (Bigger abroad.)

Les productions locales doivent-elles choisir ce que ne font pas les Américains ? Par exemple la comédie ?

Déchet toxique : les causes

Suite de mon billet sur le déchet toxique. En fait je ne l'approuve pas. Non, les organisations ne génèrent pas naturellement du stress. Dès mon premier stage (dans le BTP), il y a 30 ans, j’ai remarqué que sa cause était le dysfonctionnement organisationnel. Les procédures de l’entreprise n’étant pas correctement conçues, l’homme s’épuise pour compenser leur inadaptation.

Or, il est étonnamment fragile et peu adaptable. Je suis frappé, par exemple, de l’épreuve que constitue très souvent un simple changement d’employeur (surtout si c’est le premier), ou de poste. Mécontentement, perte de repères, sentiment d’injustice, de piège… rien ne va plus. Les conséquences peuvent être terribles et brutales : amaigrissement, maladie, vie privée détruite…

Si c’est un problème d’organisation pourquoi ne le résout-on pas ? Parce qu’on ne le perçoit pas. Nous pensons que « l’enfer c’est les autres ». Cette explication nous satisfait  et nous attendons que la statue du commandeur vienne nous débarrasser de l’axe du mal, que les prochaines élections remplacent notre président de la République, qu’une délocalisation bien menée nous libère de nos ouvriers français, ou que l’on nous donne le pouvoir qui nous permettra de faire un nettoyage ethnique salutaire.

Pour traiter le déchet toxique il faut sortir de l’obsession du règlement de compte. La cause de nos malheurs n’est pas un individu, mais l’organisation de notre travail. Alors, on peut utiliser le « feedback de groupe » : on fait un diagnostic des dysfonctionnements de l’entreprise et on le présente à une « task force », sorte de résumé de l’entreprise, en lui demandant de trouver des mesures organisationnelles qui les éliminent. Une fois un plan d’action détaillé conçu, il suffit de l’appliquer.

Compléments :
  • Dans Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, j’explique le feedback de groupe plus en détails, et montre son application dans le cadre d’un exemple qui forme la partie centrale du livre.

mardi 22 février 2011

La Chine exploite la bulle ?

Consensus, au moins chez certains, selon lequel une petite bulle Internet se regonflerait. Facebook, en particulier, serait massivement surévalué.

Cela explique-t-il pourquoi les Chinois veulent introduire à la bourse américaine leur version de Facebook ? (article.)

Êtes-vous un entrepreneur ?

Comment pense l’entrepreneur ? à l’opposé du dirigeant professionnel.

Le second définit une direction puis la suit méthodiquement. Le premier est un champion du hasard. Il est mû par lui, même. Il exploite au mieux, en fonction de ses compétences et de ce qu’il a accumulé, tout ce qui passe à proximité. Ce n’est qu’a posteriori que l’on comprend la logique de ce qu’il a fait.

Les écoles de management (MBA…) apprennent à ne pas être un entrepreneur.

Médecine allemande, la victoire de la raison ?

Modèle de régulation négociée allemande :
Les représentants des médecins participent à la négociation du budget consacré aux dépenses de santé, le montant des honoraires est ajusté en fonction de l’activité totale des médecins au sein du budget limité.
(…) Le bon fonctionnement de l’ensemble repose sur un système de représentation des professions médicales légitime, unifié et responsable (autant de qualités qui manquent en France). (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
Dans la foulée du billet précédent, doit-on voir le triomphe de la raison dans le fonctionnement du système de santé allemand, qui s’autorégule ?  (Ce qui n’est peut-être pas surprenant, au pays de Kant ?)

Le système allemand semble un peu plus efficace que le nôtre, il coûte un peu moins cher pour des résultats, peut-être, un peu meilleurs (en termes « d’années potentielles de vie perdues en 2006 »). Mais le système de santé japonais coûte bien moins cher que tous les autres (la moitié de l’américain), et les Japonais ont l’air de bien se porter, longtemps… L’individualisme serait-il mauvais pour la santé ?

Médecine américaine, notre modèle

Les États-Unis présentent une situation paradoxale qui illustre la notion de choix dans le système de santé. Le système a progressivement exclu un nombre croissant d’individus du fait des augmentations des primes d’assurance, mais ceux qui sont assurés préfèrent payer plus de primes et garder le choix de leur assurance plutôt que de devoir payer plus d’impôts pour un système public universel. Les médecins américains ont longtemps préféré s’allier aux assureurs privés plutôt que de passer sous la coupe de l’État au nom de la liberté de leurs pratiques, et ils se retrouvent aujourd’hui contrôlés dans le moindre détail de leurs agissements par des assureurs soucieux de rentabilité financière. Le second paradoxe tient à la situation d’exemplarité que semblent avoir certaines expériences américaines au niveau international. (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
C’est effectivement curieux. Une volonté farouche de liberté conduit à l’esclavage et à l’exclusion. Et nous admirons et copions un système qui ne fonctionne pas.

C’est la défaite de la raison.

D’ailleurs, qu’est-ce que la raison ? Comprendre qu’il est dans notre intérêt que notre comportement suive des règles qui maximisent l’intérêt collectif, et adhérer volontairement à ces règles ?

lundi 21 février 2011

En attendant la crise ?

« La gestion de l’économie par l’attaque cardiaque fiscale n’est pas un remède très prudent. » dit The latest cop-out.

Les hommes politiques américains évitent avec soin les mesures impopulaires. Du coup, pas de réduction de déficit possible, avant une crise à la Grecque.

Sans crise un changement est difficile, effectivement. Mais la crise ne résout pas tout. Encore faut-il être prêt pour y répondre. Et alors, il y a peu de temps pour une réflexion démocratique (cf. la façon dont fut exploité l’attentat du 11 septembre). 

En tout cas, l’affaire révèle qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes d’État parmi les élus américains.

Changement en Angleterre (suite)

Il y a quelque chose de surréaliste dans les réformes du gouvernement anglais. On baigne dans un idéalisme d’un autre monde. Mais je semble le seul de mon point de vue (avec Michel Rocard). La population anglaise ne fait que résister au coup par coup, sans remettre en cause la philosophie générale des menées de ses dirigeants. Comment tout ceci va-t-il finir ?

Dernier épisode : réforme du découpage électoral. Application d’une idée que j’avais lue chez John Stuart Mill (mais qui remonterait à Burke) : attacher un élu à un nombre fixe de représentés.

Problème. Cette vision purement individualiste nie la dimension culturelle (donc géographique) du besoin de représentation démocratique. C’est ainsi que le nouveau découpage électoral donnait, 1,5 élu à l’île de Wight (l’autre moitié représentant des habitants de l’île principale). (All Wight now.)

MEDEF et presse

Frédéric Chevalier « responsable du numérique au MEDEF » explique pourquoi le MEDEF invite des bloggers à son université d’été :
Toute une partie des journalistes présents sont à l’affût de la petite phrase (…) Et ils n’entrent pas dans le fond des sujets, ni dans le fond des thèmes que l’on aborde. Ils viennent avec leur agenda et leurs préoccupations politiques du moment.
(…) alors que les médias sociaux permettent d’ouvrir le débat.
Le journaliste n’est qu’idées préconçues ? Il est incapable de la moindre remise en cause, de la moindre enquête ? Dans ces conditions, doit-on s’étonner que la presse soit en crise ?

Compléments :
  • Tiré de KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann, Les médias sociaux expliqués à mon boss, Kawa, 2011.
  • Dans l’interview de Frédéric Chevalier on découvre, que, curieusement, les 80 premiers bloggeurs à s’être présentés à l’université du MEDEF, en 2007, étaient des fans de N.Sarkozy.
  • Ce que dit l’Ambassade des USA sur le journaliste français. 

dimanche 20 février 2011

Israël menacé

Israël encerclé ? Menacé par la démocratisation des régimes arabes ? Surtout, les Européens et les Démocrates américains (y compris juifs) lui seraient peu favorables. Il ne resterait de ferme que l’appui des conservateurs américains. (Encircled by enemies again?)

Israël serait-il victime d’une forme de fondamentalisme qui s’entendrait mal avec les démocraties et les libéraux ?

En tout cas, l’article conclut :
Certains médiateurs pensent qu’un environnement moins amical, à la fois dans la région et à l’étranger, est le seul moyen de pousser Israël à donner aux Palestiniens un État digne de ce nom.

Banquier menacé

Jusqu’ici le banquier d’affaires a défendu son salaire avec un remarquable succès. Mais voilà la conjoncture est difficile et le poids de son salaire sur le résultat des banques se voit comme le nez au milieu de la figure.

En fait, ce qui plombe leurs comptes est l’augmentation de leurs garanties, imposée par les régulations internationales anti risque systémique. (The big squeeze.)

Alors était-ce ce risque excessif qui, en créant une prospérité artificielle, permettait de masquer la démesure du salaire des banquiers ? Doit-on en déduire que la défense de leurs avantages acquis va conduire les banquiers à un baroud d’honneur de coups tordus ?

Philosophie modeste

Avec la disparition de la cité grecque « la philosophie perd sa mission de constitution pour devenir directeur des âmes ». Elle passe de Platon et Aristote à l’épicurisme et au stoïcisme. (JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989.)

La philosophie s’adapte au périmètre sur lequel l’homme a un pouvoir ? Lui-même, en désespoir de cause ?

samedi 19 février 2011

18 février

En regardant les prévisions à 15j de La chaîne météo, j’avais noté que le 18 devait être une date de refroidissement climatique. On annonçait 1°. Puis j’ai vu la prévision augmenter jour après jour, jusqu’à atteindre 13° le 16, le 17 elle reculait, finalement le 18 on annonçait 7°.

Je me demande si le problème de la météo à long terme n’est pas celui de la prévision des changements de masses d’air, qui doit être quasi impossible. Entre deux changements, demain aura le même ordre de températures qu’aujourd’hui. 

L’argent rend asocial

La conclusion (de ces expériences scientifiques) est que le simple fait de penser à l’argent – même inconsciemment - rend les gens plus auto-suffisants, moins soucieux de la société, et moins coopératifs.
L’auteur du billet constate que ce résultat s’applique à son cas. Parce qu’il parle d’économie, il tend à être un solitaire qui voit la société comme une perte de temps.

Je fournis peut-être un autre exemple, mais à l’envers, de ce phénomène. Me parler d’argent produit chez moi une forme de démotivation radicale et curieuse. Du type de celle que subit l’écolier ordinaire à qui on parle de devoirs. Or, je suis convaincu de l’efficacité ultime de la société en ce qui concerne la résolution de problèmes.

Question, laissée au lecteur à titre d’application : un homme bling-bling est-il prédisposé à servir l’intérêt collectif ? 

Impacts économiques de l’invention de l’imprimerie

L'imprimerie s’est répandue de ville en ville, au fur et à mesure que les apprentis de Gutenberg, et leurs apprentis, s’y installaient et leur apportaient les secrets de leur savoir-faire. Ces villes ont toutes connu une croissance de leur population très nettement supérieure à celle des villes sans imprimerie.

Miracle des technologies de l’information, la diffusion du savoir enrichissant la ville, comme le dit l’auteur de l'étude ?

Je ne suis pas convaincu. J’ai l’impression qu’avant tout ce fut une innovation comme les autres (cf. la révolution industrielle). Elle a créé une industrie et des biens (les livres sont difficilement transportables à l’époque) qui ont attiré du monde et rendu agréable la vie de la cité. Même si l’avantage était petit, il a peut-être été suffisant pour détourner les flux migratoires. Et même créer un cercle vertueux : les nouveaux arrivants favorisant le développement économique de la ville, ce qui les rendait encore plus séduisantes…

vendredi 18 février 2011

Banquiers de mieux en mieux payés

Les banques d’investissement européennes augmentent leurs salaires pour compenser la réduction des bonus qui leur est imposée (+2,4md£ pour 4 d’entre elles, tout de même).

Illustration d’un grand théorème du changement ? Confrontées à un changement passé en force, les organisations maintiennent le statu quo.

Les banquiers seraient-ils condamnés à s’enrichir ? Pas forcément, car leurs résultats se dégradent. Alors, pour s’accorder la rémunération due à leur mérite certains d’entre eux vont-ils être amenés à se défaire de leurs collègues ?

Ponzi redéfini

L’armée d’avocats et de consultants qui aide à récupérer les 19,6 md$ de la fraude de Bernard Madoff est en passe de gagner 1,3md en honoraires. (Financial Times)
À qui profite le crime ? N’y a-t-il pas un phénomène plus général à l’œuvre ici ? Certaines professions profitent de leur position pour rançonner la société, comme jadis les seigneurs du Rhin rançonnaient les voyageurs ?

Renaissance de l’histoire

Une organisation internationale peut disséminer les risques plutôt que les contenir, quand une usine importante est fermée. Chilling consequences.
On découvre le danger de traiter avec certains régimes peu reluisants. Les compromissions dans lesquelles ils entraînent les filiales des multinationales avec lesquelles ils traitent peuvent mettre en péril toute l’entreprise. Fin de l’ère de la globalisation béate ?

Compléments :

Sombre Afrique

Grosse demande de matières premières. L’Afrique s’enrichit. Mais l’effet serait pervers.

Les nouveaux riches auraient mis leurs nations en coupe réglée « Au premier regard des pays comme l’Angola paraissent avoir des secteurs privés prospères, mais ces entreprises sont en fait des cartels informels dirigés par l’élite du pétrole. »

Compléments :

The black swan

Film de Darren Aronofsky, 2010. Transmutation inverse, de l’or en plomb.

Il n’est pas possible de transformer des actrices en danseuses. Le film le révèle. Il faut des décennies pour sculpter un corps, et donner à un bras la grâce de l’aile du cygne (comme le montre une scène pendant laquelle une vraie danseuse montre le battement de l’aile à l’actrice principale). Du coup tout paraît lourd et faux. La magie du ballet s’est enfuie.

Mais, au fond, c’est un extraordinaire hommage aux danseurs. Et à tous ceux qui consacrent une vie de sacrifice à la recherche d’un instant de perfection. 

jeudi 17 février 2011

Formation du salarié

« Les employé doivent s’approprier leurs carrières (…) les chercheurs d’emploi doivent investir dans leur avenir en acquérant les compétences dont a besoin l’entreprise » dit une étude anglaise. Les entreprises ne forment plus leurs employés, elles ne pensent plus qu’à court terme, c’est à eux de se débrouiller.

Bref, les employeurs ont réussi à faire payer la formation de leurs personnels par la collectivité.

Mais est-ce durable ? Ce qui différencie une entreprise n’est-il pas une compétence très spécifique qu’elle seule peut apporter ? Combien de temps un employé doit-il consacrer à l’enquête qui lui permettra de trouver les compétences qui ont le vent en poupe (l’étude précise que l’entreprise n’a pas la moindre idée de ce qu’elles peuvent être !) ? Quel est le risque que tous les employés acquièrent, en trop grand nombre, les mêmes compétences ? Comment se font-ils rémunérer pour ce travail masqué ? en surfacturant leur employeur ? en profitant de leur temps de travail ?...

Forteresse euro

The Economist s’inquiète. La zone euro se fermerait sur elle-même. Les pays libéraux s’y trouveraient en minorité et seraient forcés à des réformes (notamment sociales) que la morale économique réprouve. Ce qui ne ferait pas non plus les affaires des libéraux extérieurs (Suédois et Polonais) qui pourraient être coupés d’une zone euro protégée. L’Angleterre, elle, est indifférente. 

Nous avons gagné ce soir

Film de Robert Wise, 1949.

Remarquable film de boxe. Le spectacle est plus dans la salle que sur le ring. Et les vies les plus misérables peuvent être des victoires. 

mercredi 16 février 2011

Éducation française

Notre système éducatif semble ne pas déborder de personnels – d’ailleurs mal payés, et les avoir mal disposés : creux pour l’enseignement initial, où l’adaptation sociale se joue, et pour l’enseignement supérieur, dont dépend la performance économique.

Dans ce contexte la politique du gouvernement est difficile à comprendre. On n’entend parler que de réductions d’effectifs à dispositif identique, alors qu’il semble qu’il faille reconcevoir le système - et qu’il ne soit pas anormalement coûteux. D’ailleurs, un système éducatif n’est qu’investissement, il est curieux de n’entendre parler que de coût, sans qu’il soit question de gains.

Mes informations sont-elles incomplètes ? Notre gouvernement est-il incompétent ? Poursuit-il des objectifs qui ne sont pas dans l’intérêt collectif ?... à creuser.

Compléments :

Amérique et Moyen-Orient

Le lien israélo-américain n’aurait pas pour raison l’intérêt. L’émergence d’un pouvoir populaire au Moyen-Orient (favorable à la cause palestinienne) pourrait faire payer cher cette amitié à l’Amérique. (A marriage of inconvenience.)

Lutter contre la rumeur

Démentir une rumeur l’amplifie. Il faut la noyer dans un flot d’informations flatteuses. (How firms should fight rumours). 

mardi 15 février 2011

Inégalité relative

On parle beaucoup d’inégalités aux USA. Mais l’affaire est peut-être exagérée.

Car les USA sont exceptionnellement peu inégalitaires si on les compare aux autres nations initialement esclavagistes. 

Inégalité de revenus

Graphe représentant l’évolution des revenus aux USA.
  • Le % le plus riche a vu son revenu moyen passer d'une tendance à long terme oscillant entre 200 et 400.000$ à 1,4m, en quelques décennies (avec une accélération brutale dans les années 90).
  • Les revenus des 90% les moins riches ont stagné.

Dysfonctionnement de la justice

J’entends parler de dysfonctionnements de la justice française dans l’affaire Laëtitia. Avant-hier la BBC enquêtait sur ceux de la police anglaise, qui avait mis dix ans pour éjecter un pervers sexuel de ses rangs, en dépit de signes annonciateurs.

Je me suis demandé si les techniques que j’appliquais jadis aux processus industriels ne sont pas pertinentes ici.

Tout processus présente, par nature, une proportion donnée de dysfonctionnements. Ces dysfonctionnements deviennent anormaux lorsqu’ils dépassent cette valeur. Alors, il y a eu dérèglement du processus. Si l’on veut réduire le taux naturel de dysfonctionnements, il faut modifier le processus, ce qui signifie un investissement.

Les dysfonctionnements de la justice française ou de la police anglaise sont-ils statistiquement anormaux ? Si non, et si on les trouve inacceptables, il faut consacrer des moyens publics à perfectionner le système. Dans tous les cas, il ne sera pas parfait. Et toute complexification est susceptible d’augmenter le risque de deuxième espèce (condamner des innocents).

Manipulateur de déchets toxiques

Le « manipulateur de déchets toxiques » surprend et intéresse ceux à qui j’en parle. D’où l’idée d’écrire quelques billets sur le sujet. Pour commencer, le concept. Il vient de FROST, Peter, ROBINSON, Sandra, The toxic handler : organisational hero and casualty, Harvard Business Review, juillet-août 1999.

Les causes de « toxicité » en entreprise sont multiples : changements et en particulier restructurations, mais aussi propension naturelle des organisations et de leurs dirigeants à générer du stress / de la souffrance. Les manipulateurs de déchets toxiques éliminent cette toxicité et permettent ainsi à l’entreprise de travailler dans de saines conditions.

Comment s’y prennent-ils ? Ils suscitent la confiance, écoutent avec empathie, suggèrent des solutions, travaillent en arrière plan pour soulager la pression, reformulent les messages susceptibles de heurter… Ce sont des employés d’une efficacité supérieure. Ce qui leur donne la protection qnécessaire pour jouer ce rôle de démineur. Cependant, du fait du stress qu’ils concentrent et qui finit par les atteindre, ils doivent être protégés :
  • Les dirigeants doivent comprendre le mécanisme qui est en œuvre, et que la gestion du stress (dont ils sont en partie responsables) améliore l’efficacité de l’entreprise.
  • Il faut encourager les manipulateurs de déchets toxiques à se rencontrer et à partager leur charge.
  • Il faut les éloigner périodiquement du front.
  • Il faut les aider à gérer de manière équilibrée les situations de stress qu’ils subissent quotidiennement.

Surtout, l'entreprise doit apprendre à gérer le stress :
  • Séances de « deuil » lors de grands changements.
  • Utilisation de manipulateurs de déchets toxiques externes (consultants qui ont les qualités requises).
  • Entraînement à la gestion du stress (par exemple : apprendre à reconnaître les situations génératrices de stress, faire une pause, renvoyer le problème posé à la personne qui l’a formulé, l’exprimer en d’autres termes).

lundi 14 février 2011

Anne Lauvergeon

La Tribune s’émerveille de la pugnacité d’Anne Lauvergeon. (Areva : les secrets de la longévité d'Anne Lauvergeon.)

Ce qui semble plus remarquable encore est la fragilité des amis de l’Elysée, proposés à son poste. Ils semblent tous avoir caché quelques cadavres dans des placards mal fermés.
Le nom de Marwan Lahoud, numéro deux d'EADS, est avancé ? En privé, Anne Lauvergeon rappelle qu'il est le frère d'Imad, impliqué dans l'affaire Clearstream, mais aussi de Walid, ex-salarié d'Areva, mis en examen pour tentative d'escroquerie en 2007.
Yazid Sabeg, patron de CS, proche de Sarkozy et de Proglio, est en bonne place sur la liste ? Libération consacre trois pages à Alexandre Djouhri, l'agent trouble du pouvoir, et à ses amis personnels Henri Proglio et Yazid Sabeg.

Médecine inefficace

L’assuré français consomme trois fois plus d’antibiotiques que son voisin allemand et plus de deux fois plus de médicaments anti cholestérol que son voisin anglais. Le nombre moyen de médicaments par ordonnance est de quatre alors qu’il est admis que les risques d’interaction médicamenteuse deviennent très importants à partir de trois spécialités… La France est au premier rang mondial en volume de consommation de médicaments par habitant. (Haute autorité 2004, cité dans PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
Complément au billet précédent. 

Dangereuse médecine

Le Professeur Philippe Even de l’Institut Necker (…) estime que, sur 5000 médicaments disponibles en France, « presque la moitié n’ont aucune efficacité », et beaucoup d’entre eux peuvent être dangereux. Pass the pills.
La médecine libérale a-t-elle pour objet de soigner ou d’enrichir ?

Mademoiselle et son bébé

Film de Garson Kanin, 1939.

Conte de Noël pour Grande dépression. Pour qu’une employée licenciée le jour de Noël n’ait pas à abandonner son bébé, le fils de son patron l’épouse.

Ce film était-il conçu comme une critique sociale, ou, simplement, parlait-il au spectateur de ce qu’il avait envie de rêver ? Les contes de fée sont-il des images en négatif de notre société ?...

Sinon, excellente comédie, à une époque où l’on savait faire court et enlevé.

dimanche 13 février 2011

Big society (fin ?)

The Economist enjoint D.Cameron d’abandonner ses idées de « Big society ». Leur principe était de remplacer l’État par l’initiative privée, les « charités ». Malheureusement les Anglais croient qu’il cherche à leur faire prendre des vessies pour des lanternes, i.e. faire faire gratuitement un travail qui mérite rémunération.

En outre, j’entendais hier un débat sur le sujet qui semblait dire que Tony Blair avait noyé les dites charities sous les subventions. Or, M.Cameron les leur retire. Comment se dire leur ami dans ces conditions ?

Compléments :
  • Le concept de big society est poussé en France, probablement pour les mêmes raisons qu’en Angleterre, sous le nom « d’entrepreneuriat social »
  • Pourquoi le libéral préfère la charité à la justice : La pensée solidariste.
  • Dans la série des mesures idéalistes sans attache avec la réalité pratique : Playground politics.

Victorieux Iran ?

Les évènements du Moyen Orient peuvent libérer des forces sociales favorables aux thèses iraniennes. Mais ils montrent surtout que les régimes autoritaires sont fragiles… (Opportunity and envy).

Occident contre démocratie ?

L’Occident aurait-il volé au secours de la victoire ? Les révoltes tunisiennes et égyptiennes l’ont laissé perplexe. Jusqu’à ce qu’elles triomphent. Il s’en est alors réjoui.

Égoïsme ? La démocratie ne sourit-elle, selon nous, qu’à certains ? Peur du risque extrémiste ?

Mais qui avait, y compris parmi ceux qui le visitaient, la moindre idée de ce qui se passait au Moyen-Orient ? D’ailleurs, les régimes qui s’y étaient installés étaient-ils, à l’échelle de l’histoire, férocement dictatoriaux ? Que le mécontentement populaire ait été suffisant pour les déplacer, n’est-ce pas déjà une preuve que le Moyen-Orient devient relativement démocratique ?

Lutte du bien et du mal, ou remplacement, naturel, de régimes qui ne convenaient plus à des sociétés qui évoluent et se renouvellent ?

Nokia en panne

La disparition du marché de Nokia, et l’effondrement de la dominance par l’Europe de la téléphonie mobile, viendrait de ce que ce qui fait les champions n’est plus la capacité à fabriquer, mais le logiciel. (Blazing platforms)

Pour sauver Nokia faudra-t-il l’amener dans la Silicon Valley ?

Illustration que le libre échange, et sa « destruction créatrice » ne fait pas l’innovation ? C’est (toujours ?) une question « d’écosystème » et de compétences construites par l’histoire ?  

samedi 12 février 2011

À bas les analystes financiers !

« trouver le moyen de réduire leur influence nuisible est dans l’intérêt général » (The corrosive influence of an analyst's lunch break.) L’opinion des analystes financiers décide de la valeur d’une entreprise. Or, ceux-ci ont non seulement des idées préconçues, mais surtout des spécialités. Ce qui contraint les entreprises à se transformer, contre la logique économique, pour s’adapter à ce que l’analyste peut comprendre et à ses fantasmes.

Cas particulier de l’innovation. L’entrepreneur est l’homme qui découvre un moyen nouveau de combiner des ressources existantes disait Schumpeter. En crispant l’économie dans un schéma abstrait, les analystes empêchent son développement naturel.

Curieux comme le marché a des difficultés à inventer des mécanismes d’autocontrôle. Sa nature c’est l’autocorruption ? 

Pirate somalien

Il y a longtemps j’ai écrit un billet sur le pirate somalien. Depuis rien ne semble avoir changé, sinon que la piraterie augmente et coûte de plus en plus cher (entre 5 et 7md$ ?)

Pour réparer la situation il suffirait de faire sortir de l’anarchie l’État qui fournit les pirates. Ce qui coûterait relativement peu par rapport aux dommages qu’ils infligent à l’économie mondiale.

Mais personne d’important n’y a intérêt. C’est une grosse source de revenus pour les assurances, les clients de leurs clients paient les primes supplémentaires, les marines militaires y trouvent un terrain de démonstration de leur utilité, et les Russes et les Chinois un terrain d’exercice… (No stopping them.)

Le paradis des mauvais garçons

Film de Josef von Sternberg, 1952.

Schéma classique du film américain de l’époque. Deux chercheurs de fortune américains, sympathiquement malhonnêtes, se retrouvent dans un pays inquiétant. Un mélange de cultures incompréhensibles et perfides, asiatiques et méditerranéennes. 

vendredi 11 février 2011

Waterloo des droits de l’homme

Le parlement anglais a voté de manière écrasante pour ne pas appliquer un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme.

La croisade anti-droits de l’homme est un des traits marquants du néo-conservatisme. Aurait-il gagné une bataille décisive ?

En refusant d’obtempérer à un jugement d’une Cour, « illégitime car non élue », et qui ne représente pas ce que pense la majorité du peuple anglais (comme si seul ce que pense l’Angleterre pouvait être européen !), l’Angleterre rejette non seulement la dite Cour, mais l’Europe et surtout les droits de l’homme dont elle se sert abondamment pour dénoncer les agissements qui lui déplaisent.

Les droits de l’homme seraient-ils uniquement acceptables quand ils permettent de défendre ses intérêts ?

Que va faire l’Europe ? Munich des droits de l’homme ?

Compléments :

Suicide et responsabilité de l’entreprise

Risque suicidaire : enjeux et responsabilité. Article écrit par 4 avocats.

Une entreprise dont un salarié se suicide a peu de chances de ne pas être jugée coupable. La justice tendant surtout « à se montrer peu exigeante en ce qui concerne les éléments à fournir par les ayants droit. Ainsi la Cour admet-elle au rang de preuve du lien de causalité des attestations de proches ou de collègues, ainsi qu’un certificat médical »

Le décès peut-être reconnu comme accident du travail, ce qui peut entraîner ensuite une action en faute inexcusable. Par ailleurs, des poursuites pénales peuvent être engagées « contre l’entreprise personne morale, mais aussi contre le représentant légal de celle-ci ou son délégataire, l’encadrement en général, voire les collègues de travail. »
le Code pénal prévoit un arsenal répressif important pour sanctionner ceux qui, par leur comportement, pourraient conduire un salarié, collègue ou subordonné, à mettre fin à ses jours.
Quant à la prévention :
la nécessité de développer une vraie politique de reconnaissance au travail. A cela, les DRH ajoutent aussi la nécessité de mieux anticiper les changements en y associant davantage les salariés, et celle de développer un climat de confiance et d’appartenance plutôt que de compétition et d’individualisation.
Cet arsenal législatif ne s’applique pas qu’au suicide mais défend l’individu contre le harcèlement. Il devrait devenir difficile (et dangereux). Mais un employé qui poursuit son employeur ne risque-t-il pas de devenir un paria ? Comme pour la bombe H, ces lois me semblent ressortir à la dissuasion. Il faudrait en informer les employés (harceleurs et harcelés potentiels) et leur apprendre à les utiliser (ou plutôt à signaler qu’ils vont le faire). 

Stabilité du mariage

La disparition de la solidarité organique explique-t-elle l’instabilité du mariage moderne ?

Durkheim disait que la division des tâches créait une solidarité organique. Nous étions, par construction, dépendants les uns des autres. Le couple ancien était un exemple de cette division des tâches, qui crée une interdépendance. Le couple moderne ressemble à un assemblage de deux célibataires, autonomes. De ce fait son équilibre exige un travail permanent.

Est-ce une structure sociale qui a l’avenir pour elle ? 

jeudi 10 février 2011

Inégalité et crise

Des économistes disent que la crise serait due au creusement des inégalités.

Le mécanisme serait subtil : pour combler le décalage de ses revenus, le gros (95%) de la population américaine se serait massivement endetté (taux d’endettement passant de 60 à 140% des revenus de 83 à 07 – curieusement l’endettement du top5 a fait l’inverse : de 95 à 65%). Ce qui a fait la fortune du système financier, dont le poids est passé de 4 à 8% du PIB. Jusqu'à ce que l'endettement devienne insupportable. 

Là où l’affaire se corse est que les dits économistes pensent que pour sortir le système américain de ses difficultés, il faut que le peuple retrouve son pouvoir de négociation afin qu’il puisse s’enrichir et payer ses dettes. Or, les plans de rigueur qui ont le vent en poupe font payer au peuple le prix de la crise. 

De l’association

J’ai longtemps participé à plusieurs associations. Jusqu’à que j’y aperçoive un vice.

Ce type d’organisation repose sur un travail de bénévoles. Des bénévoles recrutés dans une population d’adhérents souvent extrêmement occupés (cf. les « anciens élèves »). N’est-il pas naturel qu’ils cherchent une forme de rémunération ? Cette rémunération n’a-t-elle pas de fortes chances de contredire l’intérêt général ? Mais alors, quid des autres adhérents ? L’association n’est-elle pas condamnée à la désertification ?... D’ailleurs, même si ce n’est pas le cas, le seul fait qu’il puisse y avoir doute peut amener au même résultat.

Alors qu’une affaire, qui affecte l’une des associations que j’ai fréquentées, semble me donner raison, je me demande maintenant s’il n’y a pas une solution à ce conflit d’intérêts.

Écrire une « constitution » qui donne une mission, simple mais efficace, à l’association. Elle ne demande que des moyens limités (permanents), et ramène le bénévolat au travail de « bureau » qui est son rôle ailleurs dans l’économie sociale (c'est-à-dire contrôle de ce qui est fait par des employés salariés, et définition de grandes orientations de temps à autres). Ce serait compatible avec l’emploi de gens très occupés.

Compléments :
  • Début de réflexion sur la question.
  • Au fond n’est-ce pas le seul moyen de réaliser une économie sociale ? Transformer des adhérents en permanents, comme semble avoir été l’idée de Proudhon, ne peut pas fonctionner : des permanents n'ont rien de commun avec les autres adhérents (cf. les instituteurs de la MAIF ou de la CAMIF).

Secret de la réussite allemande

Les entreprises allemandes ont excellé à trouver des niches peu attirantes mais rentables, puis à consacrer tout leur effort, sans repos, à être les meilleurs. (Angela in Wunderland)

mercredi 9 février 2011

Process consultation (exemple)

Le directeur d’une agence n’est pas satisfait de sa situation. Il travaille beaucoup et, en plus, passe un temps fou dans les transports en commun. Pourquoi ne prend-il pas sa voiture ? Contre ses principes. Un vélo ? Dangereux. Mais n’avait-il pas choisi son appartement en fonction de son lieu de travail ? Oui, mais les horaires de bus ont été modifiés. Alors, pourquoi ne pas appeler la mairie ? Il n’y avait pas pensé.

Et s’il adoptait des horaires différents ? Le bus va vite à certaines heures, mais ça le fait rentrer trop tôt chez lui. En fait, sa présence n’est pas nécessaire à l’agence. Il pourrait travailler à la maison, mais sa compagne ne le tolère pas. Ne pourrait-il pas s’arrêter dans un café, pour finir son travail ? Excellente idée !

Plus inattendu, peut-être, à la fin de l’échange, le directeur d’agence avoue que la durée de son trajet ne lui paraît plus aussi insupportable…

Cet exemple, que je viens de retrouver dans mes papiers, est une illustration de Process consultation. C’est le résultat d’un travail de groupe qui consiste à amener celui que l’on veut aider à analyser ce qui l’ennuie, et ses critères de satisfaction ; puis à trouver des alternatives aux solutions qu’il a envisagées. Cet exemple conduit aussi à quelques observations curieuses :
  • A posteriori le problème est trivial, et pourtant il constituait peut-être une grosse source de frustration pour le directeur d’agence (conflit entre vie professionnelle et vie privée ?). Et si ce qui pourrissait notre vie était aussi ridicule ?
  • Avec un peu d’aide nos tracas accouchent de souris.
  • Lorsqu’on les exprime, nos inquiétudes perdent de leur virulence. Comment l'expliquer ? Ce que l'on sait formuler ne peut être menaçant ?...

Daniel Costantini

DVD de Daniel Costantini, fameux entraîneur de handball, parlant à des managers. Dialogue de sourds ?

Alors que l’on nous dit que c’est le dirigeant qui fait l’entreprise et que ses emplois doivent aller au moins disant, dans une équipe sportive l’homme est tout. On passe un temps fou à le préparer, de façon à ce qu’il développe des automatismes et puisse « libérer sa créativité aux moments importants ». On est attentif à ses humeurs, à sa motivation surtout. En particulier à celle du membre le plus insignifiant de l’équipe, car il peut la faire perdre. On s’assure que chacun a parfaitement compris ce qu’il doit faire, et qu'il sait le faire…

Intéressant : pour qu’une personne se transcende face au « challenge », il faut qu’elle soit « en progrès personnel permanent », i.e. qu’elle veuille en permanence se dépasser.

L'inquiétude de D.Costantini, c’est « l’handicapé de la performance » : le joueur qui a si peu confiance en lui que ses efforts sont employés à chercher à ne pas être accusé de l’échec de l’équipe. Eh bien, je me demande si le « handicapé de la performance » de la grande entreprise, ce n’est pas son dirigeant.

D’ailleurs, l’expérience de D.Costantini ne s’applique pas mieux à la PME. Il fut un entraîneur dictatorial. Jusqu'en 2000. Il essuie un échec incompréhensible (JO), immédiatement après ce sont les championnats du monde. Comment parvenir en finale avec une équipe qui perd ?  Il a l’idée d’écouter ses joueurs... Ils connaissent leurs faiblesses, ils sont prêts à les corriger pour peu que le reste de l’équipe veuille bien leur donner un coup de main ! C’est le miracle. Imagine-t-on le petit patron français faire de même ? C'est pour cela qu'il reste petit.

Process consultation

Une note sur Process consultation, technique fondamentale de conduite du changement. Principes :

Un homme ou une organisation n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs (sentiment d’échec = (petite) dépression) parce que le « moyen » qu’ils associaient à la « fin » désirée n’est plus opérant. Seulement le « moyen » en question est enseveli dans leur inconscient et ils ne savent pas de quoi il s’agit, et où chercher.

Process consultation est un processus qui permet de sortir de ce mauvais pas. De devenir « heureux ». Le bonheur, ou optimisme, est le sentiment que l’on ressent lorsque l’on sait obtenir ce que l’on désire (c’est l’opposé de dépression).

Le process consultant est un « donneur d’aide ». Le donneur d’aide n’est pas un donneur de leçons. Il ne dit pas quoi faire, parce qu’il n’y a pas de bonne solution, identifiable de l’extérieur. En effet, chacun est unique et a des capacités sans équivalent. C’est donc à lui de trouver la solution qui lui convient (= qu’il sait mettre en œuvre). Le donneur d’aide facilite ce processus de recherche et de remise en cause (ce que Kurt Lewin appelle « dégel »), jusqu’à ce qu’il aboutisse. C'est-à-dire jusqu’à ce que l’aidé se sente « heureux », parce qu’il a trouvé un moyen d’atteindre la fin qu’il poursuivait. Le donneur d’aide procède en aiguillonnant « l’anxiété de survie » et en abaissant « l’anxiété d’apprentissage » (ces deux termes sont aussi dus à Edgar Schein). 

Le « donneurs d’aide » aide l’aidé à explorer les fins qu’il poursuit, et les moyens qu’il emploie pour cela. Il lui suggère des solutions (provocantes ?), histoire de le faire réagir, mais aussi en espérant qu’il y trouve quelques idées qu’il saurait appliquer…

Finalement, qu’est-ce qu’un bon donneur d’aide ? C’est quelqu’un dont l’aide vous semble utile ! Par ailleurs, il n’a pas d’intérêt égoïste dans l’aide qu’il donne, mais est intéressé par le succès du processus en lui-même. Il a beaucoup d’idées, de techniques efficaces… à proposer. Il sait aussi aider à trouver des solutions « conformes », c'est-à-dire qui ne sont pas des expédients, qui sont « durables ».

Un groupe peut être un meilleur donneur d'aide qu’un homme. Un groupe génère plus rapidement des idées, a une plus grande expérience… qu’une personne seule. Surtout, l’homme a tendance à vouloir imposer ce qu’il pense bon à celui qu’il prétend aider, ce qui est la définition du totalitarisme… (Cependant le groupe doit avoir un processus d’animation qui garantisse un fonctionnement sain.)

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H. , Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

mardi 8 février 2011

Bibliothèques municipales anglaises

La rigueur budgétaire conduit à la fermeture des bibliothèques municipales anglaises.

Le maire de Doncaster dit que, devant choisir entre le soin aux personnes âgées et les bibliothèques, il a fermé les dernières (14 sur 26). Ce qui ne semblait pas beaucoup plaire aux auditeurs de l’émission de la BBC auquel il participait à distance. Elle avait aussi invité un défenseur de la mesure qui a expliqué que la bibliothèque c’était ringard, que les grands-mères devaient être équipées de Kindle et que la BBC avait une audience de classe moyenne dont l’avis n’était pas représentatif !

Amusant comme ce changement me semble familier. On se croirait dans une entreprise. On liquide ce qui se défend le moins, c'est-à-dire l’investissement à long terme.

Compléments :
  • Par ailleurs, les bénévoles se plaignent de ce que le gouvernement élimine les crédits qu’il leur accordait, alors qu’il compte sur eux pour sauver le pays.
  • Le Financial Times pense que l’économie anglaise pourrait mal vivre l’année prochaine et que la Livre devrait s’effondrer.

Indépendance de la justice

Certains juges américains ont condamné la réforme de la santé de B.Obama, d’autres pas.

Les premiers ont été élus avec l’appui des Républicains, les seconds des Démocrates. Indépendance de la justice ? (Dead or alive?)

Dérive des droits de l’homme ?

Je lis ici et là qu’il y a une attaque contre les droits de l’homme. Mais est-ce une attaque contre leur principe, ou contre la façon dont ils sont employés ?

Les droits de l’homme sont devenus un moyen de promouvoir des intérêts individualistes, dans une logique de rapport de forces. (On parle de « combat pour les droits de ».) Logique perverse : elle donne des droits au plus fort.

Il me semble que les droits de l’Homme tels qu’envisagés par la Révolution étaient des droits « pour les autres ». Après tout la Nuit du 4 août n’a-t-elle pas vu des nobles supprimer leurs propres droits ?

Le discours des droits de l’homme doit-il retrouver un sens des responsabilités ? Autrement dit se préoccuper des conséquences de ses désirs ?

Compléments :
  • Je me demande aussi si les droits de l’homme ne sont pas des droits négatifs, au sens où ils interdisent tout système qui les nierait par principe (par exemple, qui revendiquerait une supériorité absolue de certains êtres humains). Par contre, ils ne donnent pas de droit absolu à qui que ce soit. S’ils sont revendiqués, ces droits ne peuvent être accordés qu’après jugement (cf. droit de propriété).
  • Contre les droits de l’homme, et un exemple d’application (?)

lundi 7 février 2011

Angleterre contre droits de l’homme

La BBC relayait ce matin l’avis d’un Think tank influent. Il désire que l’Angleterre se sépare de la cour européenne des droits de l’homme.

Il semblerait que l’Angleterre ait été émue par un jugement de la dite cour, qui a considéré illégale la coutume locale qui veut que les prisonniers perdent leur droit de vote.

Je me suis demandé si ce n’était pas plus les droits de l’homme que la cour qui gênent l’Anglo-saxon. En particulier l’égalité entre humains. En effet, l’histoire anglaise est celle d’une société de classes. D’un côté une élite assez égalitaire, de l’autre « the rabble »  (que le premier d’entre-nous traduirait probablement par « la racaille »). 

Big Society vs The People

M.Cameron veut faire de l’Angleterre une « Big Society » où l’État serait remplacé par l’initiative individuelle (entreprises et charités).

Action symbolique : il compte privatiser la forêt anglaise.

Curieusement cette initiative rencontre la désapprobation de la « Big Society », elle-même, c'est-à-dire des volontaires des charités qui prennent soin des sous-bois. D’accord pour collaborer avec un organisme d’État, pas d’accord pour servir la passion du lucre. (Lost in the woods.)

M.Cameron serait-il un idéaliste coupé des aspirations de sa nation ?

Instabilité italienne

Pourquoi M.Berlusconi n’a-t-il aucun remplaçant crédible, notamment du fait d’une opposition incapable de s’unir ? Une partie de la raison pourrait-être :
Le parti socialiste italien a été en grande partie détruit par les affaires de corruption du début des années 90, si bien que le centre-gauche est aujourd’hui représenté par une coalition fondamentalement contre nature d’anciens Chrétiens démocrates progressistes et d’anciens Communistes, qui, ce n’est pas surprenant, trouvent difficile de s’accorder sur une politique commune.

Réforme, éternel recommencement

La réforme de la santé anglaise (à laquelle je m’intéresse parce qu’elle semble menée par des apprentis sorciers) serait un copier / coller exact d’une réforme de Madame Thatcher :

Avant Mme Thatcher, le NHS est un « système national de santé ». Contrairement au système libéral français, c'est un service public. D’où, semble-t-il, une population globalement en meilleure santé que chez nous et des frais moindres. Mais il y a des files d’attente.

Pour régler la question, Mme Thatcher crée un marché avec d’un côté des groupes de médecins (demande) et de l’autre des groupes d’hôpitaux en concurrence (offre).

Cette politique ne réduit pas beaucoup les files, mais augmente rapidement le coût du système (les médecins, occupés par la gestion des appels d’offres, n’ayant plus de temps pour pratiquer leur métier) et creuse de grosses inégalités de soin entre zones riches et pauvres en hôpitaux.

Pensant que le problème du NHS initial était son manque d’argent, Tony Blair a décidé de lui donner les moyens de ses équivalents européens (d’où augmentation du parc hospitalier anglais). Il a aussi retiré aux médecins leur travail de gestion d’appels d’offres et l’a confié à des organismes spécialisés.

D.Cameron revient donc au modèle de Madame Thatcher, en démantelant les dits organismes.

Compléments :
  • Mes informations viennent de PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

dimanche 6 février 2011

Changement en Égypte (suite)

Spécialiste de l’Égypte interviewé par RFI. Les USA ont une forte influence sur l’armée Égyptienne, force de stabilisation de l’Égypte. Dans ces conditions, il est vraisemblable que pourrait se réaliser une transition vers un régime peu différent du précédent (du moins de notre point de vue).

Si c’est le cas (ce que pourrait confirmer le retour au calme en Tunisie), l’affaire ne devrait-elle pas être un coup de semonce pour l’Occident ? Une société pauvre est un terrain favorable à tous les extrémismes. Ne faut-il pas que l’Occident en revienne à une politique « d’aide au développement » ?

Compléments :
  • Suite de mon premier billet de la journée. 
  • L'objectif du changement oriental ne pourrait-il pas être la société turque ? Elle semble avoir trouvé une forme d'identité propre, tout en étant relativement stable et démocratique... Un bon compromis entre sa culture éternelle et les règles d'organisation vers lesquelles les  nations mondiales semblent tendre ?

Compétitivité française

La France doit-elle imiter l’Allemagne comme le dit un rapport récent ? The Economist semble penser comme ce blog, qu’il vaut mieux se différencier que copier, et que le dit rapport serait une manœuvre idéologique contre les 35h, symbole d’une culture honnie. Citation :
« C’est une culture d’assistanat », dit Dan Sarfaty, fondateur de Viadeo (…) qui a déménagé la moitié de ses activités en Californie, il y a quatre mois.
C’est clair : ce qui fait échouer le patron français, c’est le Français ! Les USA sauront lui donner les moyens que mérite son génie ! Jean-Marie Messier, qui y a obtenu l’asile culturel, ne l’a-t-il pas démontré ?

Compléments :
  • Discussion avec un dirigeant d’une société de production de films. Dans son monde, pourtant français !, les gens sont passionnés et ne comptent pas leurs heures. Le secret du succès ? Un dirigeant visionnaire.

Gagner plus en travaillant autant

Impact économique de la réforme de l’heure supplémentaire par N.Sarkozy ?
Le niveau des heures supplémentaires payées a augmenté en 2007 et est resté relativement haut depuis, alors que l’économie entrait dans une sévère récession.
(...) Ces résultats suggèrent que la conséquence de la détaxation des heures supplémentaires a essentiellement été une optimisation d’impôt, sans réel impact sur la durée de travail.
(...) Alors que les salariés concernés ont réellement bénéficié d’un coup d’accélérateur à leur rémunération grâce à la détaxation, cela n’est pas survenu, en moyenne, du fait de plus de travail.
Encore une réforme qui plombe les comptes de la nation ? Nouvel exemple de ce qu’un changement mal mené (non contrôlé) ne conduit qu’au statu quo ? 

Changement en Égypte

L’Égypte fait la mode au Moyen-Orient. Les régimes de la région sont modelés sur le sien, et se renouvellent avec lui.

Or, son gouvernement est à bout de souffle. Vieux dictateur, population jeune, qui, en partie, a gagné en éducation et (donc ?) en aspiration à la citoyenneté. Et une crise, comme catalyseur. 

Quelle va être la suite ? S’il s’agit de trouver un régime qui convienne à toute la région, il est peu vraisemblable que ce soit la démocratie. Alors quelque chose du type iranien ? Un pouvoir fort plus ou moins sourcilleusement musulman avec des intellectuels en force de contestation ? Ou encore une phase de transition plus ou moins chaotique ? Et une guerre avec Israël de surcroit ?...

L’avenir est imprévisible, le hasard y joue les premiers rôles. Bien qu’il y ait certainement de grands mouvements directeurs. Par exemple, éloignement des valeurs de l’Occident, retour à des valeurs dans lesquels le peuple se reconnaît ?

Quant à l’Occident, il doit probablement faire le deuil de l’organisation mondiale actuelle, qui était si confortable, et qui lui pardonnait toutes ses faiblesses. Y aurait-il là une incitation au changement bien plus brutale que toutes les pressions du marché ? (Y compris crise économique choc ?)

Compléments :

samedi 5 février 2011

Néoconservateur Cameron ?

J’entends dire que M.Cameron a déclaré que le multiculuralisme avait échoué et qu’il fallait en revenir à une identité nationale vigoureuse.

Serge Audier aurait-il raison ? L’Europe serait-elle en proie à un néo-conservatisme (une forme de fondamentalisme occidental) galopant ?

Compléments :
  • AUDIER, Serge, La pensée anti 68, La Découverte, 2009. 

Croissance illusoire

Les trois secteurs qui ont cru le plus vite aux USA sont la santé, l’éducation et les services financiers.

Or, dans ces trois cas, la qualité des services rendus a stagné, voir régressé ! L’investissement s’est fait à perte !

Phénomène de « destruction de valeur » dont parle L.Habib ? Un exemple de fausse croissance ?

Compléments :
  • Il n’y a pas de raison de penser que la France ait suivi un chemin très différent. En particulier, en ce qui concerne la santé, l’augmentation de son coût ne s’accompagne pas de son amélioration (voir PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)

Pension d’artistes

Film de Gregory La Cava, 1937.

Pendant la Grande dépression, une héritière décide d’imiter son grand père, conquérant de l’Ouest, et faire fortune en partant de rien. C'est-à-dire devenir une vedette de théâtre.

À son insu, son père lui obtient la place d’une prolétaire aux abois. La peine que lui inspire le suicide de cette dernière révèle le talent de l’héritière. Hautement moral. 

vendredi 4 février 2011

Stagflation

L’économiste Nouriel « doom » Roubini pense que nous pourrions affronter des temps difficiles.

Les biens de consommation sont en forte croissance. Inflation partout. L’économiste se réjouit : le chômage fait que les salaires n’ont pas la capacité de suivre et de provoquer une inflation durable. Mais voilà, une révolution en Égypte pourrait provoquer un nouveau choc pétrolier. Cette fois-ci ce serait la plongée. Comme en 74 : dépression et inflation.

(Ce qui serait curieux serait que les révolutions du Moyen-Orient viennent, au moins en partie, de l’augmentation du prix des biens de consommation…)

Pauvreté aux USA

Curieux phénomène. Les États ensoleillés d’Amérique dont la population s’était beaucoup accrue ces dernières années connaissent un chômage explosif. Ils n’ont pas les moyens financiers de s’occuper de ceux qui ont tout perdu.
Une des raisons pour lesquelles ils ont crû si vite pendant les années fastes était leurs faibles taxes, qui laissent peu d’argent pour les programmes sociaux. Les sans domicile fixe sont souvent vus comme une menace à la migration et au tourisme. 

Inside job

Film de Charles H. Ferguson, 2010.

Un documentaire dans lequel on retrouve de mêmes sources et thèmes que dans ce blog.

On y voit la capture par les financiers de l’État américain et de tout ce qui aurait dû les contrôler (y compris les économistes). Conclusion : ils sont coupables de la crise. Pourquoi sont-ils toujours en liberté ?

Je ne suis pas sûr d’être d’accord. Il est extrêmement difficile pour un individu pris dans un mouvement aussi général de s’en dégager, ou même de pouvoir avoir la liberté de pensée nécessaire pour envisager une rébellion. Les cadres supérieurs d’une entreprise passent beaucoup de temps ensemble, et leur vie privée se déroule loin du monde, dans un luxe difficilement imaginable, ou chez les prostituées (frais professionnel si l’on en croit le film). Ils habitent un univers à part.

La capture de l’État par les financiers me semble s’expliquer par un effondrement des contre-pouvoirs qui s’opposaient à leur poussée. Inside Job participe à la reconstitution de ces contre-pouvoirs.

jeudi 3 février 2011

État et pauvreté

La rigueur budgétaire anglaise pourrait entraîner la suppression de lignes de bus non rentables. Ce qui aurait un impact décisif sur l’existence des pauvres (notamment de leurs écoliers) et des vieux. (Info de la BBC du précédent billet.)

Curieux comme l’existence d’une partie de la population tient à peu de choses, et à quel point les services publics sont importants pour elle.

Alors, le libéral a-t-il raison de dire que le pauvre vit aux crochets de l’État ? Peut-être pas. Grâce à l’État le pauvre ne se rend pas compte qu’il est pauvre. S’il le savait il serait peut-être autrement exigeant avec les riches ?

Ambulance et consommation

Les ambulances anglaises doivent être reconçues, et renforcées, pour pouvoir s’accommoder de l’obésité nationale. Voilà ce que disaient les informations de BBC 4 ce matin.

Triomphe de la société de consommation ? 

Réforme aux USA

Les Démocrates restent mariés aux dépenses, et les Républicains allergiques aux taxes, si bien que rien ne se passe. À la fin, il faudra peut-être un choc externe pour rendre la raison à des politiciens dans l’impasse. (Crunch time)
Est-il possible de se réformer en dehors des crises ? Si oui est-ce un avantage d’être un pays aussi privilégié que les USA ? Plus le privilège est grand plus la crise doit l’être ?

Big Mac et inflation

Pourquoi ne pas mesurer l’inflation en suivant le prix du Big Mac ?
Consistant de nourriture, de matériels, de salaires et de location, le Big Mac de McDonald offre un panier de prix à la consommation pratique, dont la composition change peu au cours du temps.

mercredi 2 février 2011

Changement en Orient

Il y a quelques temps, Michel Rocard disait que la révolution tunisienne était une révolution bourgeoise. Les manifestations égyptiennes pourraient être avant tout une question de droit à la parole. (« souffrance mal définie d’avoir été longtemps humilié par un régime sourd, refusant tout contrôle et cyniquement manipulateur »)

Et si les agitateurs étaient toujours des intellectuels bourgeois, probablement partisans de la démocratie ? Et si celui qui gagnait finalement était un quasi dictateur porteur d’une idéologie simpliste et soutenu par un peuple agissant comme une « masse » ? Et si la révolution russe de 17 était une meilleure modélisation des événements actuels que la révolution française de 89 ?

Et si le premier changement à opérer était en Occident non en Orient ? Ne va-t-il pas falloir que les USA comprennent que la real politik à courte vue finit toujours par retomber sur le nez du monde ? Ne va-t-il pas falloir que nos élites intellectuelles découvrent que la démocratie ne s’installe pas par miracle, parce qu'elle est une aspiration naturelle de l'homme, mais se construit sur une culture préparée ? 

Internet, défaite du marché ?

L’économiste juge que Google est un monopole dont on ferait bien de s’occuper.

Ce qui est curieux dans cette affaire est qu’à l’époque de la « Nouvelle économie », Internet était vu comme le don de Dieu à l’Humanité, annonce de la Victoire Finale, et imminente, du Marché. Or, la particularité d’Internet est d’installer des monopoles quasiment absolus.

Et si c’était cela le marché ? Des effets-réseaux tellement forts qu’ils donnent des vainqueurs absolus ?

Compléments :
  • Internet et ses effets vus par deux économistes : SHAPIRO, Carl, VARIAN, Hal R.,Information Rules: A Strategic Guide to the Network Economy, Harvard Business School Press, 1999.

Aide aux pays pauvres

Depuis lors la fondation (de Bill Gates) a donné 1,4md$ de subvention aux fermiers du tiers monde, son programme est maintenant comparable à celui de l’Amérique.
Mais ce n’est pas suffisant. La charité ne peut pas guérir les maux du monde, les États sont nécessaires. Il faut les réinventer ?

Retard islamique

Pourquoi le développement économique des pays islamiques a il décroché de celui de l’Occident ?

Peut-être parce que ce dernier a su inventer un type d’entreprises, et de gestion, adapté à (générant ?) un mode d’échanges complexe (et risqué ?). (The crescent and the company.)

mardi 1 février 2011

Changement en Europe ?

L’Allemagne proposerait une réduction des dettes des pays de la zone euro en difficulté, en échange de l’adoption par tous ses membres du modèle allemand.

Solution imprévue aux problèmes du moment ?

Retraite et capitalisation

« la moitié des fonds des fonds de pension d’Europe continentale sont investis en obligations d’État ». Le phénomène est général. Il pose plusieurs intéressantes questions.

Est-il possible, dans ces conditions, à un pays de faire faillite (comme on le recommande à la Grèce, l’Irlande ou au Portugal) ? Le système par capitalisation en est venu à ressembler au système par répartition : une génération prête à la suivante, qui nourrit la première par l’intérêt qu’elle paie. (In debt to Grandpa)

La pensée anti 68

Pourquoi autant de gens en veulent-ils à la « pensée » de mai 68 ? AUDIER, Serge, La pensée anti 68, La Découverte, 2009. 

Parce qu’ils estiment qu’elle a torpillé un paradis auquel il convient de revenir.

En fait, 68 fut une révolte contre un carcan technocratique étouffant. Si cette révolte a eu des conséquences déplorables (individualisme et libéralisme débridés, bien pensance…), ses aspirations sont fondamentales et doivent être prises en compte dans une réflexion sur l’avenir de notre modèle social.

Le livre montre que la France est parcourue d’un puissant courant néoconservateur. Il ne dit pas son nom mais il est authentique. Il n’est pas copié sur l’américain, mais a les mêmes racines, et partage les mêmes penseurs. C’est un mouvement venu de gauche. Sa vision du monde est celle d’une bataille idéologique pour l’esprit du peuple. Il s’agit de remplacer dans sa tête des valeurs perverses par une juste morale. L’arme, qu’il revendique, est la propagande, le lavage de cerveau.

En conséquence le procès qui est fait à 68 est (délibérément ?) truqué. L’ouvrage s’applique à le démontrer en analysant ses arguments et en montrant qu’ils ne sont pas fondés. D’où 400 pages d’une enquête minutieuse. Cet homme a tout lu ! Tour de force : la lecture n'est pas un calvaire. C'est une exploration des travaux des philosophes qui ont fait la pensée française du dernier demi-siècle, et de ceux qui les ont influencés. Cette pensée évolue par des sortes de modes, en bloc. Ainsi, par exemple, l’ère technocratique a eu sa philosophie d’un homme marionnette des forces sociales.

lundi 31 janvier 2011

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