samedi 12 mars 2011

Libye divisée ?

Kadhafi pourrait reconquérir l’Ouest de la Libye. Mais Bengazi, trop déterminé et armé, serait  hors de portée. La Libye pourrait-elle se scinder en deux ?

Dans ce cas, Kadhafi y perdrait beaucoup de ses revenus pétroliers.

C’est du moins ce que disait la BBC ce matin. 

Japon, nucléaire et danger

Tremblement de terre au Japon, tsunami dévastateur, et centrales nucléaires dont les circuits de refroidissement n’arrivent pas à redémarrer et qui doivent relâcher des effluves radioactives pour éviter l’accident.

Le nucléaire est-il aussi sûr qu’on le dit ? Est-il suffisamment protégé ?...

Quid de notre cas ? Nos centrales sont vieilles, mal entretenues ?, et ce n’est plus le service public qui intéresse EDF, et encore moins la France, mais son expansion internationale (et la fortune de ses actionnaires ?).

Compléments :

Êtes-vous un vrai leader ?

Synthèse d’un article de la Harvard Business Review (Are you a Zoom-In or Zoom-Out Leader ?). Le « bon leader » est celui qui, dans la même foulée, enchaîne mise en contexte large et visionnaire et évocations de problèmes concrets, précis, frappants, qui interpellent l’expérience de l’auditeur.

Compléments :
  • Ça me semble rejoindre les thèses de Jeanne Bordeau : le leader (dirigeant) est à la fois celui qui sait donner du sens, et qui utilise le « storytelling » pour véhiculer son message.  Aujourd’hui, c’est le sens qui manque le plus…
  • L’article est accessible.  

L’ordinateur soigne les anxiétés

Nos actes sont dirigés par des modèles inconscients. Quand ceux-ci ont un défaut, ils nous font voir la vie en noir. L’ordinateur peut recoder nos impressions en nous faisant envisager ce qui nous déprime sous un jour nouveau. (Paradises on earth)

Application des théories de Martin Seligman sur l’optimisme ? Testez votre optimisme.

vendredi 11 mars 2011

Alliance Rolls Royce Areva

Areva s’allie à Rolls Royce. Malin ?
  • La capacité de production d’énergie anglaise est à reconstruire. Rolls Royce est probablement influent sur ce marché.
  • Rolls Royce produit les moteurs nucléaires des sous-marins anglais, savoir-faire capital pour saisir le marché, très prometteur ?, des petites centrales nucléaires. (Areva devient concurrent de DCNS.)
  • Rolls Royce paraît, vu de loin, plutôt être innovant (moteurs d’avion), et probablement commercialement un acteur habile de la globalisation (ce qui ne paraît pas être le cas d’Areva).
  • Comment vont s’entendre Anglais et Français ?
Y aurait-il une tendance de fond à un basculement de la France vers des alliances avec l’Angleterre, plutôt qu’avec l’Allemagne ? 

Le banquier se transporte mal

Les banquiers nous disent généralement que si nous attaquons leurs bonus ils demanderont l’asile ailleurs.

Mais le peuvent-ils ? Les banquiers anglais exilés en Suisse auraient le mal du pays.

Et si l’homme, contrairement aux marchandises, ne voyageait pas bien ? Et si, après tout, il était attaché à sa culture ? Y aurait-il un bug dans la théorie du libre échange ? 

Maîtrise des émotions, recette du succès social

Comment savoir si un enfant va connaître un brillant avenir ? Lui présenter un marshmallow (guimauve en français) et lui dire que s’il ne le mange pas, il en aura deux. Celui qui a la force morale de résister sera grand un jour.

Ayant horreur des marshmallows, j’aurais sûrement réussi ce test.

Toujours est-il qu’il signifie que le succès social est donné à celui dont la raison contrôle l’inconscient. Et que c’est une habitude que nous acquérons de nos proches. (Getting inside the mind.) Autrement dit, si vous avez des proches à l’émotion disciplinée, votre avenir est garanti. La réussite sociale s’hérite. 

Mais cette loi est-elle bien solide ? Notre président ne semble pas pouvoir contrôler grand-chose de son inconscient, pourtant il a fait une grande carrière. Peut-il se contrôler dans les moments décisifs ? Ou un monde qui se prive de marshmallows est il favorable à celui qui ne peut s'empêcher de les consommer ?...

D’ailleurs, est-ce bon de se priver de marshmallows ? Ne risque-t-on pas d’en crever ? La société n’a-t-elle pas besoin, pour prospérer, d’hommes heureux de vivre et bien dans leur peau ? Il faut apprendre à consommer le marshmallow avec modération ?

jeudi 10 mars 2011

Secrets de la réussite allemande

D’après des économistes, la réussite allemande aurait pour cause la réduction des salaires locaux par le chancelier Schröder. Ce dont il ne serait pas fier.

Je constate tout de même que ce n’est pas à de bas prix que l’on pense en premier lorsque l’on parle de produit allemand… En outre, les PME allemandes tendent à être en quasi monopole. 

Peut-être est-ce une partie moins glorieuse de l’économie qui a profité de la baisse des salaires, et qui est parvenue à gagner des parts de marché ? (Et, peut-être aussi que l’Allemand appauvri réduit ses achats, ce qui nuit aux intérêts des exportateurs étrangers ?)

En tout cas, cela signifie probablement que les pays européens sont étroitement liés les uns aux autres, et qu’ils ne peuvent pas laisser leurs voisins faire n’importe quoi sans s’en préoccuper. 

Du danger des employés de talent

Les errements de M.Galliano et de quelques autres font s’interroger certains sur la gestion du talent.

On découvrir, que contrairement à ce que l’on pensait ces derniers temps, nul n’est irremplaçable. Et surtout « que la célébrité peut être une drogue aussi puissante que la cocaïne ».

En ces temps où l’on parle de plus en plus d’inégalité, commencerions-nous à vouloir raboter les ailes, et les bonus, de nos élites ?

Compléments :
  • Le succès irait-il de pair avec une forme d’euphorie ? Inside job affirme que les top banquiers se vautrent dans la drogue (et la prostitution). Les hauteurs sociales seraient-elles mauvaises pour la santé mentale ? 

Déchet toxique (synthèse)

J’ai publié plusieurs billets sur les déchets toxiques. Un condensé :
  • Je suis parti d’un article de la HBR qui explique que les entreprises génèrent naturellement du stress.
  • Selon mon expérience, ce stress n’est pas naturel. Il est lié à un dysfonctionnement organisationnel. Mais nous ne cherchons jamais à le corriger, parce que nous sommes convaincus que nos maux ont un ou des coupables humains. Pour résoudre la question, il faut donc identifier ce qui ne va pas dans l’organisation de l’entreprise. Et ce par une approche « systémique », en groupe. Le principe de la technique est celui du « donneur d’aide ».
  • Finalement, un exemple où l’on voit que ce que nous enseigne la société peut nous conduire à des contradictions destructrices. Les dysfonctionnements « toxiques » viennent souvent des principes qui nous ont (dé)formés.

mercredi 9 mars 2011

Hedge funds menacés par le scandale ?

L’enquête qui est menée sur les malversations du fonds américain Galleon, depuis 2009, révèle qu’un certain nombre de fonds du même type profitaient de délits d’initiés. Et les dits initiés appartiennent à l’élite américaine. L’affaire pourrait faire beaucoup de dégâts à la réputation d’une profession pour laquelle la réputation est tout.

Question récurrente de ce blog. Le législateur veut réglementer ce type de fonds, mais le passage en force est-il efficace ? Ne faut-il pas, au contraire, exploiter la conséquence prévisible des vices de fabrique des entreprises que l’on veut réguler ? Car, « qui a vécu par le glaive, périra par le glaive » ?

Compléments :
  • Je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante à « hedge fund » (Wikipédia parle de « gestion alternative »…)

Les dangers de la propriété

L’aspiration à être propriétaire de sa maison est générale. Passion funeste. C’est le bien dans lequel on investit le plus d’argent. « Aussi, quand les choses vont mal les conséquences sont plus sérieuses que lorsque, par exemple, la bourse s’effondre. » Surtout, « Il n’y aucun autre moyen de s’endetter autant. »

Bref, l’accession à la propriété a plus besoin d’être découragée (en rendant le crédit rare) qu’encouragée. Home truths.

Le tigre du Bengale

Film de Fritz Lang, 1959.

Des danses et des temples bien peu indiens. Et des Indiens qui parlent allemand.

Peut-être le film répondait-il au besoin d’exotisme et d’aventure des années 50 ? Mais n'aurait-il pas été un chef d’œuvre, s’il avait été muet et en noir et blanc ?

mardi 8 mars 2011

Université et guerre des talents

Les universités et les grandes écoles françaises se mettent en ordre de marche pour remporter "la guerre des talents" : faire venir les meilleurs étudiants et enseignants de la planète. dit Le Monde.
L’Amérique de George Bush a usé et abusé de la guerre des talents. Celle d’Obama semble en revenir, très vite.

La France, décidément, aurait-elle toujours une guerre de retard ? 

La mode est à la diversification

Mes professeurs de l’Insead me disaient qu’il fallait se spécialiser (le marché étant idéal pour allouer les ressources). Maintenant, il semblerait qu’il faille se diversifier. Pourquoi ? Parce que ça a réussi aux multinationales émergentes.

La diversification a l’intérêt de donner à de petites filiales un grand capital de marque, et un financement de grande entreprise. Bien utilisée elle permet aussi des croisements de compétences, or la créativité vient de la différence. Aussi, l’entrepreneur est généralement bien mieux placé que le marché pour reconnaître et financer une belle innovation quand elle appartient à son secteur… Mais ceci est difficile à comprendre par un économiste. 

Littérature grecque

ROMILLY (de), Jacqueline, Précis de littérature grecque, Quadrige, 2010. Histoire de la littérature grecque, d’Homère au 4ème siècle après JC.

Curieusement, je ne retiens pas grand-chose de ces pages, sinon qu’elles sont particulièrement agréables à lire. On nous a habitués à penser que l’histoire est faite par des génies, ici il n’y en a pas. Aucune œuvre ne prend de relief particulier. Même l’analyse de style, un tour de force, n’accouche que de citations pâlottes, à mon goût.

Comme toutes les pensées, la pensée grecque a suivi les événements plutôt qu’elle ne les a précédés. Elle a été une forme de rationalisation. Ce qu’elle a de plus remarquable est qu’elle a tout inventé : épopée (Homère), poésie, rhétorique, tragédie, comédie, étude historique et biographie, philosophie, roman.

Point commun, la raison ? Très tôt elle abandonne le mythe. Mais sa marque de fabrique est aussi, surtout ?, la liberté (politique). « L’hellénisme ne vit que de liberté. » Or :
La liberté politique disparut au profit d’une autocratie. La liberté philosophique et religieuse disparut sous l’autorité de l’Église. Et les deux pouvoirs furent unis, puisque l’empereur fut le chef de cette Église : les rangs d’où étaient sortis les martyrs fournirent de grands administrateurs.
Au soleil, à la joie de vivre, à la liberté de penser, de débattre et de créer, vient se substituer le noir tunnel du moyen-âge, boueux, pluvieux et totalitaire ? L’homme devient un animal craintif et dangereux ? 

lundi 7 mars 2011

Solidarité patronale

Un commentateur américain observe un fait extrêmement curieux. Sur un grand nombre de sujets les entreprises américaines présentent un front commun. Ce qui est contraire à la logique économique, qui voudrait qu’elles défendent leurs intérêts et que ces intérêts soient souvent divergents.

Explication ? Conscience de classe. Les dirigeants défendent leurs intérêts personnels.

Forme de communisme prévue par Schumpeter ? Collectivisation de l’outil de production, pour éliminer la concurrence ? Mais collectivisation réduite à une seule classe.

Compléments :
  • Les oligopoles tendent à se coordonner (The logic of collective action), ce qui est suffisant pour couler toutes les théories sur l’efficacité du marché. Mais une coordination sur une échelle aussi large ne semble pas avoir été prévue. Pour la rompre, il faut probablement suivre l’exemple des armées de 14 : pour éviter la fraternisation, elles ont fait monter au front de nouvelles troupes (AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985). Devrions-nous renouveler nos dirigeants ? Par exemple faire venir des « low cost CEOs » indiens ? Ou faut-il prendre acte de la collectivisation de l’économie et remplacer les gros bonus par des commis de l’État peu payés ?
  • SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.

Europe en faillite ?

Le poids de la dette est insupportable : Grèce et Irlande n’en peuvent plus. Ce sera bientôt le tour du Portugal.
  • Le correspondant européen de la BBC pousse l’Irlande (Ireland: Time for the Celtic rebel) à jouer de son pouvoir de nuisance pour renégocier ses dettes avec la méchante Europe. Et avec bonne conscience : ne remettent-elles pas en cause une activité qui redémarre grâce aux conditions exceptionnelles faites aux entreprises étrangères (notamment taux d’imposition de 12,5%) ? Ces conditions, elles, ne peuvent être discutées, elles font partie de la culture irlandaise !
  • Pour The Economist, la faillite est inévitable. Mais il faut prendre un minimum d’assurance que le système bancaire européen ne va pas s’effondrer… (Sovereign remedies)
Tout ceci est-il réellement sérieux, ou est-ce une posture de négociation ?

Mais ne serait-il pas temps que l’on se demande comment relancer l’activité de l’Europe, plutôt que de chercher comment ne pas respecter ses engagements ? 

Vers une crise pétrolière ?

L’opinion de Dr Doom selon laquelle les évènements actuels sont favorables à une augmentation massive du prix du pétrole, du type de celle qui a conduit aux crises mondiales, paraît gagner du terrain.

La crise pourrait être grave, mais moins qu’hier. Parce que nous avons appris du passé. Surtout, cela pourrait nous forcer à nous sevrer du pétrole… (The 2011 oil shock.)

La crise et « l’anxiété de survie » qu’elle crée, encore et toujours, moteur du changement ?

L’invasion des profanateurs de sépultures

Film de Don Siegel, 1956.

Des germes extraterrestres transforment les humains en légumes. Film-programme de nos politiciens ?

dimanche 6 mars 2011

Rupert Murdoch

Hier, j’écoutais la BBC parler de Rupert Murdoch.

Il y a un peu de Citizen Kane dans cet homme ? 
  • A Oxford, Lénine trônait sur son bureau. Son père, qu'il perd alors qu'il est jeune, l'a peut-être marqué par son exemple : sa gloire vient d'avoir dénoncé la boucherie de Gallipoli.
  • Son empire est une sorte de triomphe d’une forme de libéralisme à la Margaret Thatcher. C’est un « dérégulateur ». Il s’en prend à des entreprises qui se sont endormies. Il leur injecte une saine dose de populisme, qui fait vendre, et ravive la concurrence dans le secteur où elles sommeillaient. Curieusement, aujourd’hui ses positions sont monopolistiques. Et Internet, auquel il ne comprend rien, le fait vaciller.

Ce qui transforme l'économie, ce n’est pas la concurrence libérale, mais la destruction créatrice de Schumpeter ? 

Guerre civile libyenne ?

Que va-t-il advenir de la Libye ? Pas clair. Ce qui le semble :
  • Kadhafi aurait prévu le cas d’une rébellion et posséderait des troupes efficaces et bien armées. Exit scénario tunisien.
  • Ses opposants paraissent prêts à en découdre : les pertes humaines ne leur font pas peur, ils arrivent à avoir le dessus sur des blindés. Il ne semble pas non plus qu’économiquement ils soient menacés d’un effondrement rapide. Il y aurait une certaine autonomie régionale.
  • C'est moins la révolte d’un peuple homogène, qu'un règlement de compte entre tribus ?
  • L’aide occidentale ne serait pas vue comme une ingérence inacceptable, sans pour autant être désirée unanimement. 
  • Que doit faire l’Occident ? Une idée proposée notamment par M.Cameron (qui ne semble pas réaliser qu’il a démantelé son armée, et sabordé son dernier porte avion) est d’installer une interdiction de survoler la Libye. Mais la mesure n'est pas assurée de réussite, et c’est risqué (il faut détruire l'aviation libyenne) et coûteux, et les Américains ont leur saoul de guerres…
Dans cette affaire ce qui est frappant est le silence occidental. Non seulement l’Occident n’a rien vu venir, mais, surtout, il ne semble plus avoir aucune idéologie fondatrice qui puisse guider son action. Il est perdu ?

Compléments :

Croissance impossible ou société dévastée ?

Pourquoi les salaires stagnent-ils depuis les années 70 ? Une question que se posent les économistes américains, et que d’autres devraient examiner. Il y aurait deux thèses. Stagnation or inequality.
  1. L’automatisation a liquidé les qualifications intermédiaires, et les pays émergents les sans qualification. Résultat : lutte des classes.
  2. Il n’y a plus rien à inventer. La croissance c’est fini. Et ce qui croît (Internet) ne crée que peu d’emplois. Pas de croissance signifie moins d’État : la société n’en a plus les moyens.
Ces deux thèses rejoignent certaines de mes observations. En particulier, il me semble qu’il y a panne d’innovation.

Mais je ne suis pas sûr que ce soit la fin de la croissance. 
  1. Dans toutes les entreprises que je rencontre, je constate partout un énorme potentiel inexploité. Comme disait John Kotter elles sont « over managed and underled », elles sont dirigées par des gestionnaires non par des entrepreneurs.
  2. Le moteur de la croissance, c’est la « division des tâches », selon Adam Smith. C'est-à-dire la spécialisation. Ne pourrions-nous pas être (beaucoup) plus spécialisés ?
Bref, entre les deux thèses je penche pour l’âge des ténèbres victorien.

Maintenant, il est aussi possible que l’on veuille une société qui ne se spécialise pas. Mais alors, je ne comprends pas bien la nécessité d’un État maigre. L’État représente la dimension sociale de l’existence, et celle-ci est par nature importante, au moins si l’on en juge par le temps que lui consacraient les sociétés qui nous ont précédés (y compris la récente société paysanne). 

Réforme des systèmes de santé

PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010. Un petit livre dense, qui a le mérite de poser clairement les éléments du problème que constitue la réforme d’un système de santé. Les thèmes que j’ai retenus :

Les types de systèmes de gestion de la santé
  • Systèmes nationaux de santé (Angleterre et pays nordiques). Soins gratuits. Égalité d’accès aux soins, faible coût, mais files d’attente et progrès technique freiné.
  • Systèmes d’assurance maladie (France). Obligatoire. Financement par cotisation. Confort, mais coût élevé et possible inégalité.
  • Systèmes libéraux de santé (USA). « Très performants technologiquement ». Mais très coûteux et très inégalitaires.

Les types de régulation
  • Régulation négociée (allemande). Une enveloppe est donnée aux professions médicales. Cette méthode demande une discipline et un sens des responsabilités inconnus en France.
  • Régulation étatique. « organisation de la pénurie ».
  • Régulation par les marchés. « Du fait de la capacité de l’offre médicale à induire la demande, les prix sont restés élevés, et les actes très nombreux ».

Évolution des missions
  • Principe fondateur. Remplacement des systèmes de solidarité sociale traditionnels (du « village »).
  • Origine. Le système de santé apporte des revenus au malade et à ses ayants-droit.
  • Aujourd’hui. Le système de santé sert massivement à payer les frais de santé (salaire : 5% des coûts). D'où problème de logique : la couverture sociale concerne toute la population. L’impôt est mieux adapté qu’un prélèvement sur les salaires.
  • Confort. Le système de santé obéissait à la logique de l’assurance. Il aidait l’homme face à un coup dur. Aujourd’hui on ne tolère plus le coup dur. On demande le confort. (Logique du marché ?)
  • Vieillissement. Contrairement à ce que l’on nous dit, « nous vieillissons en bonne santé ». Le vieillissement n’a pas de coût médical excessif. Le problème qu’il pose est la gestion de la dépendance. Jusqu’ici elle était assurée par les familles. Actuellement les vieux sont pris en charge par l’hôpital. Il faudrait des structures adaptées.

La psychologie du patient
  • Les systèmes nordiques semblent les plus efficaces en termes de santé et de coût, mais ils conduisent à une forme de rationnement. Ce que ne peut supporter le patient, implicitement, il choisit la liberté d’accès de préférence à la qualité et au coût des soins.
  • L’individu ne veut pas payer d’impôts mais est prêt à toutes les augmentations de cotisation (entre 2001 et 2007 les primes d’assurance auraient augmenté de 78% aux USA). Ce qui le conduit à payer plus que nécessaire, mais aussi à exclure les plus pauvres du système de santé.

Les dysfonctionnements du système français
  • Principe libéral et concurrence. La concurrence, paradoxalement, conduit à un excès de prescription. Pour garder son client le médecin lui donne le plus possible de médicaments (ce qui est dangereux !).
  • Inhomogénéité du territoire. Il y a trop de médecins et d’hôpitaux à certains endroits, pas assez à d’autres. Du coup, certains sont mal soignés, d’autres trop soignés !
  • « Cloisonnement » entraînant une « redondance » de soins. Mélange de généralistes et de spécialistes, beaucoup de lits d’hôpitaux. Le patient peut ainsi emprunter un parcours médical inefficace et contradictoire (personne ne sachant ce que l’autre a prescrit).
  • Faiblesse de la médecine ambulatoire. Les soins fondamentaux (prévention) ne sont pas bien pris en charge. Les maladies graves, si. Effet pervers : le système paie au centuple en interventions lourdes ce qu’il a économisé en prévention.

Réformes des systèmes de santé en France.
  • Le gouvernement agit sur le prix des médicaments et sur les actes médicaux. La profession médicale réagit en augmentant la quantité de prescriptions (nous consommons deux ou trois fois plus de médicaments que nos voisins), et le nombre d’actes.
  • Le gouvernement menace de sanction le médecin s’il prescrit trop (méthode allemande). Grève, le gouvernement Juppé recule.
  • Méthode anglaise. Encadrement ferme de la médecine de base, de façon à éliminer les effets pervers. Le reste part dans le privé.

Hypothèses sous-jacentes aux réformes françaises :
  • Le patient est irresponsable. Il doit payer pour devenir responsable (ticket modérateur). Faux : les systèmes de santé nationaux (soins sont gratuits) sont les moins coûteux. C’est le lobby médical qui a refusé toute réglementation. Or c’est le médecin qui prescrit, et prescrire beaucoup lui permet de fidéliser le client. Or, c’est la mutuelle qui prend en charge le ticket modérateur, il n’y a pas de « responsabilisation », sinon du pauvre, qui n’a pas accès aux soins. Et les tarifs des professions médicales n’arrêtent pas d’être revalorisés…
  • Logique d’équilibre budgétaire pour les États, de réglementation par les marchés (qui conduit à une inflation des coûts, avec dégradation de qualité). Cette mode ne semble pas amenée par une réflexion rationnelle mais par un changement idéologique qui coïncide avec le « marché unique » et l’introduction de l’euro. Tout ceci aboutit à un transfert de la charge publique vers le privé, afin de créer un nouveau marché (pour les assurances). Les pauvres sont exclus des systèmes de santé « ambulatoires » ; les riches paient de grosses primes d’assurance, mais ne paient pas d’impôts (ils y perdent, mais sont heureux).
  • Les malades paient pour les malades. La logique de l’assurance est que les bien portants paient pour ceux qui ne le sont pas. Or, les dernières réformes de R.Bachelot visent à utiliser les revenus du « ticket modérateur » (payé par le malade) pour financer le traitement de certaines maladies.
  • Évolution vers un système double. Un système étatique dirigiste (ancien système anglais) pour les pauvres, un système libéral pour les riches.
  • Liberté contre égalité. La logique des transformations récentes sacrifie l’égalité (et la qualité des soins) à la liberté de faire ce que l’on veut avec le système de santé.

Commentaires :
  • Le livre trouve condamnable, et je l’approuve, que ces décisions, qui entrent en contradiction avec les principes actuels de notre société, aient été prises sans débat démocratique.
  • Il n’est pas impossible que le gouvernement français soit enfin sorti des cercles vicieux précédents. Mais ce qui en résulte, un système étatique pour les pauvres, un système privé pour les riches est-il dans l’intérêt collectif ? Je ne le crois pas. Le cas des riches. En consommant trop de médecine ils détournent des ressources d’usages plus importants pour la collectivité, et ils ruinent leur santé.
  • Ce qui est peut-être plus regrettable est que l’idéologie du gouvernement lui masque la nature réelle du problème qu’il a à régler. La société connaît des transformations structurelles, il faut repenser le système de santé en fonction, non s’acharner sur l’ancien, qui n’est plus adapté.

Compléments :

samedi 5 mars 2011

Marine en tête

Marine Le Pen dominerait ses concurrents au premier tour des élections présidentielles.

Elle obtiendrait 23% des votes, ce qui paraît élevé. D’ordinaire les sondages tendent à sous-estimer les voix du FN. Mais peut-être est-il devenu un parti convenable pour lequel on peut afficher son intention de vote ?

Comment les partis traditionnels vont-ils réagir ? Ça ne paraît pas très clair. Curieusement, la gauche, ordinairement le parti de la division, semble seule capable d’un minimum d’union.

Compléments :

N.Sarkozy le croisé ?

J’entendais, hier, dire que N.Sarkozy faisait référence au christianisme comme à un des piliers culturels de la France.

Je me suis demandé pourquoi il ne disait pas que notre histoire récente s’était aussi faite contre le christianisme et contre l’Église. D’ordinaire il est fier de notre école laïque. Ne vient-elle pas d’un mouvement, fondateur de notre République, qui a conduit à la « séparation de l’Église et de l’État » ?

D’ailleurs, nous n’avons pas encore renié les Lumières. Or, s’il y a « lumière » c’est qu’avant il y avait obscurité. Et si les philosophes des Lumières se sont appelés philosophes c’est en hommage à la Grèce antique. Ils voulaient fermer la triste et détestable parenthèse du très chrétien âge des ténèbres.

J'en étais là lorsqu'un sociologue interviewé par France Culture m'a montré que je m'égarais. N.Sarkozy voulait seulement susciter une réaction réflexe de la gauche, susceptible de lui aliéner une partie de l’électorat.

Mais, si cette tactique est éventée, ne peut-elle pas se retourner contre lui ? Par exemple, 
  • n’est-il pas dangereux, pour un homme au comportement de nouveau riche, et dont la vie privée est dissolue, d’évoquer la morale catholique ?
  • ne s’expose-t-il pas à un risque de licenciement pour faute grave ? Le rôle d’un président est-il de nous parler du passé, ou de nous proposer un avenir ?

Prévoir mathématiquement les révolutions ?

Les scientifiques caresseraient l’espoir de prévoir les changements sociaux. Deux possibilités :
  1. Identifier l’équivalent de la température pour l’eau, un indicateur qui avertisse du risque d’une transition de phase.
  2. Repérer des signaux annonciateurs. Par exemple « des réponses ralenties aux petits changements, une tendance des acteurs à adopter le même comportement ».
L’article se préoccupe des changements de régime, mais ces travaux semblent aussi s’appliquer aux crises économiques.

Les noces rebelles

Film de Sam Mendes, 2008.

Décidément, Leonardo DiCaprio et Kate Winslet sont les spécialistes du naufrage.

Cette fois-ci c’est celui du couple des années 50. Illustration d'Histoire du mariage ? Le désir montant de réalisation féminine entre en conflit avec les règles sociales de l’idéal familial ?

Illustration, aussi, de la « dialectique » des philosophes ? La société nous fixe des idéaux contradictoires, ce qui nous pousse à la transformer, ce faisant créant de nouveaux idéaux contradictoires ?...

vendredi 4 mars 2011

Les vices de l’évolution à la performance

Nous vivons une mode de l’évaluation de la performance. Une mode sans fondements.

L’évaluation faite par un manager tendrait à mesurer s’il s’entend bien avec son subordonné. Est-ce dans l’intérêt général ?

Que faire ? Des objectifs collectifs choisis collectivement. La collectivité est la seule à même de déterminer ce qui est bon pour l’organisation – système, et d’éviter les effets pervers d'une évaluation individuelle. Si le groupe a des objectifs collectifs il tendra à aider ses collègues à réussir, ce qui sera bon pour eux et pour lui. (Why your boss is wrong about you.)

Ce qu’il y a de curieux dans cette analyse est qu’elle rejoint les très lointains fondements du contrôle de gestion. Une fois de plus il est surprenant de constater à quel point notre intelligence sociale a régressé ces dernières années. 

Publicité : le crime paie

Pour une entreprise inconnue toute publicité est bonne. Cela crée sa notoriété. Rien d’autre ne reste (en particulier l’éventuel aspect négatif de la nouvelle).

L’affaire Kerviel, illustration de la robustesse de ce théorème ? J.Kerviel est sorti de l’anonymat. C’est une star, et toute star peut trouver une rémunération de star ?

Dans notre société, le crime paierait-il ?

Compléments :
  • Chez les Vikings la peine la plus terrible n’était pas la mort, mais l’exclusion de la communauté. Ainsi, la mauvaise pub ne rapportait pas. BOYER, Régis, Les Vikings : Histoire et civilisation, Librairie Académique Perrin, 2004

Les médias sociaux expliqués à mon boss

KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann (sous la direction de), Les médias sociaux expliqués à mon boss - Par ceux qui en font et pour ceux qui aimeraient (mieux) en faire, Éditions KAWA, 2011. Ce qu’il faut savoir sur les médias sociaux, quand on veut les mettre en œuvre dans l’entreprise. Livre d’entretiens avec des phares du domaine, en France et aux USA.

Ce que j’en retiens est qu’il y a de « bonnes pratiques ». Par exemple, une grande entreprise technologique doit faire discuter ses techniciens star avec son marché (au moins) par le biais de blogs, elle doit faire appel aux bloggers quand elle organise un événement avec ses clients… à chaque fois, il existe une autre série de « bonnes pratiques » pour régler la chose. Mais, finalement, tout est une question de mise au point par essais et erreurs, d’expérience accumulée.

Par exemple, un blogger d’une grande entreprise explique qu’il blogue en dehors des heures de travail, de façon à pouvoir le faire en toute indépendance d’opinion. Mais cela ne revient-il pas à travailler gratuitement ? Comment l’entreprise peut-elle s’assurer qu’il ne nuit pas à son image ?... L'art est difficile !

Commentaire :

Le livre parle beaucoup de retour sur investissement. Les directeurs de la communication ne comprennent pas les médias sociaux et aimeraient une démonstration mathématique de leur rentabilité ?

Il leur suffit de regarder la Chine, l’Iran et quelques autres pour comprendre que les médias sociaux font les révolutions. Les contrôler est une question de vie ou de mort. B A BA de l’écriture du « plan média » : quand un média est utilisé par des leaders d’opinion du marché, il faut le maîtriser. Alors seulement entre en ligne de compte le coût de l’investissement : il faut disposer d’une maîtrise « satisfaisante » pour un coût aussi faible que possible.

En fait, comme pour toute nouveauté, ce n’est pas la raison qui fera entrer les médias sociaux dans l’entreprise, mais le panurgisme. On en est à la phase « early adopters ». La masse moutonnière des suiveurs se prépare. Non seulement, lorsqu’ils arriveront, il ne sera plus question de ROI, mais beaucoup d’entre eux investiront alors qu’ils n’auraient pas dû.

Compléments :
  • Plans médias, leaders, early adopters et suiveurs voir KOTTER, Philip, Marketing management, dernière édition.
  • L’exemple d’Orange Business Services, donné dans le livre, forme d’optimum ? Emploi important des ressources internes et de ressources gratuites (bloggers), en jouant au maximum sur leur motivation, mise à leur disposition de moyens peu coûteux (plates-formes de blog, réseaux…), etc.
  • Que l’octogénaire Bill Marriott ait été un pionnier des médias sociaux et que les directeurs de la communication surdiplômés soient incapables de comprendre de quoi il s’agit en dit long sur ce qu’est un entrepreneur (voir aussi ceci) et sur l’incapacité de l’enseignement à apporter autre chose que des complexes de supériorité ?

jeudi 3 mars 2011

États américains en faillite

« Collectivement, les 50 États américains font face à 125md$ de manque à gagner (…) Pire, les États, les comtés, les municipalités et les districts scolaires ont un passif de 700 à 3000md$ de retraites pour lesquels ils n’ont pas d'argent. »

Les gouverneurs américains veulent comprimer les salaires et les effectifs des fonctionnaires. Les Républicains, suivant l’exemple de Mme Thatcher, ont annoncé qu'ils vont détruire les syndicats, l’axe du mal. (Wisconsin and wider

Art Neandertal de la conduite du changement ?

Compléments :
  • Il semblerait que, par le passé, dans les mêmes circonstances, d’autres gouverneurs aient convaincu leurs fonctionnaires non seulement de réduire leurs salaires, mais aussi d’investir l’argent de leurs retraites dans les dettes de l’État. (Meanwhile, in New York...)
  • Bizarre. Alors que les malheurs des États européens suscitent les commentaires affligés des meilleurs économistes mondiaux, et de la presse internationale, pas plus eux que nos journalistes ne s’intéressent aux USA. 

Ministère de la culture postructuraliste ?

J’écoutais un homme de culture parler du ministère du même nom. D’après ce que j’ai compris (mais attention, je connais mal le sujet) :

Ce qu’il en disait ressemblait beaucoup à la description de notre diplomatie par nos diplomates : il n’en reste rien. Il n’y a plus de ligne directrice. D’où bourde sur bourde.

L’homme de culture pensait, bien dans la ligne de mes techniques, qu’il fallait faire émerger une stratégie en consultant le petit personnel du ministère, qui, lui, doit encore avoir quelques idées sur ce que signifie sa mission pratique.

Mais est-ce jouable ? me suis-je demandé. Jadis les profondeurs du classement, où se fait le travail des ministères, était occupé par de « jeunes camarades » qui se savaient promis à une belle carrière. Est-ce toujours le cas ? Si non, pourquoi le prolétariat ministériel fournirait-il un doublage à une classe sociale qu’il ne rejoindra jamais ? Et, un ministère peut-il se payer les services d’un cabinet de conseil ayant des juniors d’un talent suffisant pour extraire le savoir collectif, en faire une vision, en prétendant tout devoir à une méthodologie « en ing » que le client a eu le génie de choisir ?

Compléments :
  • En particulier, le ministère aurait été dépassé par la régionalisation. La « culture » régionale se serait affranchie de lui.
  • N.Sarkozy poststructuraliste?

Déchet toxique, exemples

J'ai consacré plusieurs billets au déchet toxique. Trop théorique ? Exemple.

Un directeur d’établissement supérieur voit ainsi le malaise de ses enseignants. Ils sont repliés sur leur discipline, sur eux-mêmes, incapables de s’adapter aux évolutions de la société. Alors qu’ils préparent leurs élèves à travailler pour l’entreprise, ils sont convaincus qu’elle est le mal. Ils sont consensuels, bien pensants, ils se veulent les amis de leurs élèves. Or ceux-ci arrivent mal structurés. Ils ne parviennent pas à trouver leur place dans l’établissement, et sont expulsés en grand nombre.

Incapable de proposer des formations utiles à l’économie, l’établissement est un échec. Pire : il est devenu un mécanisme d’exclusion, à l’exact opposé de sa mission d'éducation.

Qu’est-ce que le déchet toxique dans ce cas ? Les principes sur lesquels les enseignants sont construits sont en défaut. Ils sont le véhicule de ce qu’ils dénoncent. L’exclusion, c’est eux. Mais ils ne regardent pas la vérité en face. D’ailleurs, ils laissent à l’administration de l’établissement le soin des basses œuvres (sanctionner l’élève). Tous leurs efforts visent à se donner l’illusion d’une conscience vierge.

Pourquoi le déchet toxique concerne-t-il le changement ? C’est lui qui empêche l’établissement de remplir sa mission. En fait, le changement consiste à l’éliminer.

Cet exemple révèle aussi que les changements que nous vivons ne sont pas que locaux, propres à telle ou telle organisation. Ils sont sociétaux. La morale que nous a enseignée la société a un vice de fabrication. 

mercredi 2 mars 2011

Arnaque à l’emballage

Marketing jivaro ? Il semblerait qu’il soit devenu une pratique courante aux USA de réduire la taille des emballages, afin d’augmenter ses bénéfices sans changer de prix.

J’ai cru repérer quelque chose du même type, sur une échelle plus timide, en France. Des changements de packaging (bec verseur…) accompagnés de rétrécissement de contenu.

Une industrie qui prend son marché pour une collection de retardés mentaux est-elle durable ?

Amitié et réussite

L’amitié présente un « effet multiplicateur » sur la réussite de l’homme.

Vos amitiés adolescentes (vers 15 ans) sont des conditions de votre réussite. Si vous avez des amis et qu’ils réussissent, vous avez de fortes chances de réussir, vos études et votre vie. Et votre succès stimulera le leur…

Que les économistes s’intéressent désormais à l’influence de la société sur l’homme est un résultat imprévu de la crise. Hier, on pensait qu’il existait une poignée de surhommes et que la société leur devait tout, à commencer par des bonus monstrueux.

N.Sarkozy poststructuraliste?

N.Sarkozy serait-il un poststructuraliste ? Le billet précédent me pousse à m'interroger.

En éliminant les moyens de ce qu’il glorifie (l’école, la police, la justice…), en légiférant de manière aléatoire, il liquide toute possibilité d’organisation de la société selon un principe directeur. (Dernier exemple en date : la diplomatie.)

Dans ces conditions, il ne peut y avoir « d’autorité ».

Poststructuralisme

BELSEY, Catherine, Poststructuralism, A very short introduction, Oxford University Press, 2002. Introduction, pour les nuls, aux travaux de Derrida, Foucault, Lacan, Althusser, Barthes, Kristeva, Lyotard, Zizek.

Point commun, parmi ces travaux peu cohérents, le linguiste Saussure. Pour lui, nous interprétons un mot par rapport à son contexte, par différence.

Ainsi, pour le poststructuraliste, chaque société est semblable à un langage : elle a sa propre cohérence, qui n’est donc pas universelle. Si l’individu est sous la coupe, la marionnette, de cette culture aléatoire et de ses contradictions, il n’a aucune raison objective de lui obéir. Il n’y a aucune autorité absolue, aucun principe organisateur qui ait un droit sur l’individu. Il n’y a plus d’auteur (d’autorité), plus que des lecteurs (des interprètes).

Partant de cette idée les poststructuralistes ont réécrit l'oeuvre des auteurs qui leur semblaient importants, Marx, Freud…

    mardi 1 mars 2011

    L’UE redécouvre le marché unique

    Hier j’assistais à une conférence organisée par la CCIP et traitant d’Europe. Michel Barnier y est apparu.

    Une confirmation : l’UE n’a jamais bougé aussi vite que ces derniers temps. Il n’y a que la crise qui la fasse avancer. Par ailleurs, son discours serait passé de libéral à social. Mais on ne saurait toujours pas comment faire pour mener autre chose qu’une politique libérale.

    En fait, l’UE semble découvrir qu’elle a été victime des belles théories qu’elle prêchait et auxquelles elle était la seule à croire. Bref, elle a cru au père Noël et se réveille en calbute.

    Ainsi, elle parle maintenant de « réciprocité ». Le marché européen est parfaitement ouvert, alors que les marchés américains, japonais, indiens, brésiliens et chinois ne le sont vraiment pas. Il va falloir faire quelque chose… D’autant que les Chinois ont de fort méchantes politiques de subvention massive et de dumping qui balaient des pans entiers d’une industrie européenne crédule et incapable de s’unir.

    On découvre aussi que le marché unique aurait un gros potentiel de développement. Peut-être pourrait-il même nous sortir de la crise ? Mais, pour cela, encore faudrait-il qu'il soit. L’histoire est curieuse. Si je comprends bien, sous l’impulsion de la délicieuse Madame Thatcher, les nations de l’UE ont à la fois voulu un grand marché et « their money back », i.e. ne pas donner un kopeck à l'Union. Or, pour que le dit marché vive, il faut des routes, un système de brevets uniforme, des dispositions qui favorisent la mobilité… L’énorme paradoxe serait que le libéralisme aurait tué son marché en lui refusant l'investissement qui aurait permis de le construire. Et, que nous haïrions ce marché, alors qu’il n’a jamais existé, et qu’il nous serait bénéfique ! 

    Malheureusement, l’UE n’a aucun moyen. Signe des temps, le libéral Barroso se casserait la tête pour chercher à lui en trouver.

    Compléments :

    • Ajout postérieur (9 mars) : le parlement vote une taxe sur les mouvements financiers. Cette taxe va-t-elle réellement être adoptée ? Si oui, à quoi va servir ce qu'elle rapporte (200md€) - à fournir des revenus à l'UE ?

    Porte conteneurs et économie de marché

    Le transport maritime de conteneurs se porte très bien, par contre celui de gros (charbon, acier, céréales…) est en crise. Pourquoi ? Le premier est dominé par quelques entreprises, le second en compte une multitude : incapables de se coordonner, elles ont augmenté leurs capacités en même temps. L'offre est excessive.

    Désagréments de l’économie de marché plus à l'aise avec des biens de consommation qu'avec des bateaux ? La « main invisible » d’Adam Smith requiert du sang et des larmes ?...

    Le testament du docteur Mabuse

    Film de Fritz Lang, 1932.

    Au sujet de ce film, on parle du génie prémonitoire de Fritz Lang. Génie qui n’aurait pas échappé à Goebbels, qui interdit le film.

    Certes, mais il a été écrit par la femme de Fritz Lang, qui a ensuite adhéré au parti nazi…

    Je ne suis pas sûr que la réussite du film tienne, donc, à une personne seule. Elle est plus probablement due à la rencontre de circonstances multiples : esprit et pensée artistique du temps, événements, transition entre muet et parlant… et du talent d’un artiste. L'artiste interprète d'une culture et de circonstances ?

    D'ailleurs, Lang américain n'a-t-il pas eu une inspiration d’un tout autre ordre que Lang autrichien : du drame social il en vient au drame individuel ? Et l'artiste doit aussi se conformer aux contraintes du moment, marché américain ou diktat de Goebbels ?

    lundi 28 février 2011

    Thèmes du mois


    Par ailleurs, j’ai parlé des systèmes de santé occidentaux et de leurs problèmes, ainsi que de « déchets toxiques », je clorai ces chapitres le mois prochain. 

    Rôle des banques centrales

    Les banques centrales ne devraient pas intervenir uniquement quand le prix des actifs s’effondre, mais aussi lorsqu'il grimpe excessivement. Voici ce qu’ont découvert deux éminents économistes, en faisant appel à des théories sophistiquées. (Killing off the monster.)

    Notre élite vivrait-elle dans un monde d’abstraction, dans lequel le bon sens ne peut entrer que s’il prend l’aspect de théories mathématiques complexes ?

    Profession libérale

    Ce qui coûte cher au système de santé français c’est la volonté des professions libérales (médecins, mais aussi commerçants, petits patrons et paysans) de faire comme bon il leur semble dit, en substance, Bruno Palier.

    Ces professions prédisposent à l’égoïsme ? Est-ce un hasard que Mmes Thatcher et Rand ou M.Sarkozy soient des rejetons de professions libérales ? Qu’Adam Smith, membre d’une « nation de boutiquiers », ait conçu l’idée d’un monde mû par l’égoïsme ?

    Compléments :
    • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

    dimanche 27 février 2011

    Des amitiés entre démocraties occidentales et dictatures orientales

    Pourquoi les démocraties occidentales ont-elles soutenu les dictatures orientales ? The Economist répond que nous avons fait passer nos intérêts avant nos valeurs.

    Et si ceux qui se rassemblaient s’étaient assemblés ? Les néoconservateurs occidentaux revendiquent la nécessité d’utiliser les techniques de lavage de cerveau qu’ils prêtent à leurs adversaires de gauche ; l’opinion publique n’est pas représentée par ses politiques ; la crise actuelle est attribuée aux menées d’une « oligarchie » internationale… Et si, partout dans le monde, quelques hommes avaient pris le pouvoir et asservi leurs contemporains ? Et si la dictature avait de multiples formes ?

    Contre les quotas de femmes administrateurs

    Il y a peu j’entendais un journaliste de la BBC se demander si ce n’était pas parce que l’Islande avait imposé des quotas de femmes administrateurs d’entreprise (comme la France), qu’elle avait failli sombrer.

    En tout cas, ces quotas ne sont plus à l’ordre du jour en Angleterre. Les risques qu’ils présentent, donner la direction de l’économie à des personnels non expérimentés, sont trop élevés. L’Angleterre compte maintenant combattre à sa source la cause du mal, le fait que les femmes n’ont pas les carrières qui conduisent aux conseils d’administration. Il est demandé aux entreprises d’expliquer ce qu’elles font pour alimenter en femmes les bons « tuyaux ».

    Deux questions :
    • L’imposition de quotas ailleurs qu’à la tête des entreprises suscite-t-il un tel émoi (victorieux par KO au premier round, d’ailleurs) ?
    • Nouvel épisode d’une contre-attaque de la doctrine des droits de l’homme, vue comme une idéologie gauchiste perverse, dont l’Angleterre serait l’élément avancé ?

    Compléments :
    • Une analyse détaillée du point de vue anglais : Quotas are no silver bullet for women on the board.
    • Les administrateurs masculins du secteur financier américain n’ont pas mieux évité que les administratrices islandaises sa crise de folie. Quelle que soit leur composition les conseils d’administration sont incapables de contrôler quoi que ce soit ? 

    La solitude tue

    Vivre en solitaire serait aussi dangereux pour la santé qu’être accro au tabac ou à l’alcool.

    Être seul ferait que l’on serait peu soumis aux agressions des virus, portés par la société. Ce qui conduit le corps à développer son activité antibactérienne (parce qu’il doit répartir ses ressources entre ces deux formes de lutte ?). Cette suractivité produirait des inflammations associées à des maladies cardiaques et à certains cancers.

    Mal social : notre forme de société permet la solitude alors que nous ne sommes pas faits pour ? (Mind and body.)

    Compléments :
    • L’article ne précise pas ce qu’il considère comme un « solitaire ».
    • Les médias sociaux qui remplacent le lieu social par du virtuel seraient-ils mauvais pour la santé ?
    • Sur le même thème : La société contre l’homme.

    Irak, 2011

    Les difficultés actuelles des régimes autoritaires moyen-orientaux donnent envie de réécrire l’histoire. Que se serait-il passé en Irak si les Américains ne l’avaient pas envahi ?

    Saddam Hussein aurait 74 ans, sans une succession solide, selon ce que l’on sait de ses enfants.

    Le premier problème des dictatures, c’est la succession du tyran. Ce qui fit la force de la France fut que ses rois eurent des enfants. Leur second problème est qu’un tel régime repose trop lourdement sur les capacités d’une seule personne et emploie insuffisamment celles du reste de la population. C’est intenable dès que la concurrence adopte un modèle qui utilise plus intelligemment la ressource humaine (comme l’a fait l’Angleterre dès le 17ème siècle) ?

    samedi 26 février 2011

    400.000 Français à Londres

    400.000 Français vivent à Londres. Ils y viennent chercher la fortune (La City apprécie la formation de nos grandes écoles) ou l’aventure. Mais ils vivent beaucoup entre eux et font élever leurs enfants par l’école française. (Paris-on-Thames.)

    The Economist parle d’une tradition qui remonte aux Huguenots. Je ne suis pas sûr qu’il ne faille pas aller plus loin. Depuis Guillaume le conquérant, l’Anglais considère la France comme les Juifs la Palestine, et le Français prend l’Angleterre pour le Far West. (Histoire de l’Angleterre.)

    De l’irrationalité populaire

    Le peuple (au moins américain) veut réduire les émissions de CO2, et de bien d'autres produits nocifs, mais par la loi et non par des mécanismes de marché. Or, ils sont plus efficaces et moins coûteux. En particulier, il semble allergique au mot « impôt », or le Parti républicain a habilement associé l’échange de droits à émettre du CO2 à un impôt…

    Irrationalité du peuple semble conclure The irony of the tragedy of the commons.

    Je me demande s’il ne devrait pas conclure à sa propre irrationalité. Car la supériorité des dits mécanismes a été établie, avec beaucoup d’efforts, par des gens très intelligents. Pourquoi devrait-elle être évidente à quelqu’un qui n’y a jamais réfléchi ? D’ailleurs comment faire confiance à des économistes alors qu’ils nous mènent en bateau depuis aussi longtemps ? 

    Aristote et la démocratie

    L’idée fondamentale d’Aristote est celle de constitution. Il ne s’agit pas de lois en vrac mais d’un petit nombre de principes directeurs. Cette idée à une conséquence contre-intuitive: 

    On pense généralement que la démocratie c’est la voix du peuple. Or, lorsque le peuple s’exprime contre les principes de la constitution, il détruit la démocratie (et ce qui faisait qu’il était autre chose qu’une masse bestiale). Exemples :
    • Le peuple anglais s’est récemment prononcé contre le jugement de la Cour européenne des droits de l’homme.
    • Bruno Palier, dans son ouvrage sur les systèmes de santé, montre que le nôtre, sans le dire, a sacrifié l’égalité à la liberté de choix.

    Ceci ne signifie pas que la voix du peuple est illégitime, mais qu’elle doit s’exprimer par rapport aux principes fondateurs et non en fonction de l’indignation du moment. La voix du peuple doit modifier la constitution, rejeter l’égalité ou les droits de l’homme, en connaissance de cause.

    Compléments :
    • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

    vendredi 25 février 2011

    Brainwashing

    Le cerveau des sénateurs américains a été lavé par leur armée. Elle a étudié les techniques utilisées par ses ennemis lors des guerres du Vietnam et de Corée, et en fait maintenant un emploi systématique. D’abord sur ses prisonniers, ensuite sur ses élus.

    Trait culturel américain ? Le juste a Dieu pour lui et la fin justifie les moyens ? (Sur ce sujet, voir la fin de ce billet.)

    Avenir de l’Irlande

    L’Irlande est dans un bien triste état. Je découvre qu’il y a encore peu, le pays était extrêmement pauvre ; qu’il avait cru se tirer définitivement d’affaire ; qu’il en était fier. Et qu’aujourd’hui il se voit remis à zéro.

    Comment va-t-il s’en sortir ?  Encore plus de libéralisme ? Renégocier ses emprunts ; des gens pas chers et bien formés ; des taxes réduites au maximum (12,5% pour les entreprises). L’Irlande fournit une tête de pont idéale dans la zone euro aux multinationales étrangères ? (After the race.)

    Et si le problème de l’Irlande c’était, justement, le libéralisme ? Un pays peut-il n’être qu’un marché ? Ne doit-il pas développer ses propres savoir-faire ? Mais peut-il y parvenir sans investir ? 

    Incendies

    Film de Denis Villeneuve, 2010.

    De jeunes Libanais à l’accent québécois enquêtent sur le passé de leur mère, et de son pays.

    Où l’on voit à quel point la raison humaine est fragile, et combien il en faut peu pour que l’individu le plus respectable et la société la plus civilisée (le Liban était la « Suisse du Moyen-Orient ») sombrent dans la haine et le chaos. 

    jeudi 24 février 2011

    Libye

    Un ancien diplomate américain explique que la Libye est un assemblage de provinces de cultures différentes.

    Problème : une fois Kadhafi parti, il ne semble pas qu’il y ait de mécanisme social capable d'éviter le chaos...

    Cloud spot

    Ouverture d’une bourse de la capacité informatique à louer. (A market for computing power.)

    La durabilité de la ressource (puissance de traitement informatique libre) n’étant pas garantie, cette bourse serait utile à des usages sans lendemain (tests…). 

    Déchet toxique individuel

    Dans mon précédent billet sur le déchet toxique, j’ai laissé entendre qu’il ressortissait à un problème organisationnel, et qu’il fallait le traiter comme tel. Mais la vie n’est pas aussi simple que cela. Il est rare que l’on vous laisse mettre le schéma de l’organisation sur la table, pour le modifier. Un changement démarre souvent par un « problème périphérique ». Une question secondaire et innocente. En menant l’enquête on peut se trouver face à un « déchet toxique » que l’on ne soupçonnait pas, à savoir une personne qui n’est pas à sa place.

    Le danger qu'il présente est grand. Il s’appelle « l’effet Tartuffe ». La personne est consciente qu’elle abuse la société. Mais si cela est révélé tout ce qui faisait sa vie, c'est-à-dire l’estime que son cercle social avait pour elle, et surtout son amour propre, s’effondrent. Elle n’est plus rien, elle est virtuellement morte. Tuer le changement et son porteur est alors une question de légitime défense.

    Que faire ? La situation de Tartuffe n’est pas agréable. Il sait que les esprits forts le critiquent dans son dos. Si seulement il pouvait faire autrement… Par conséquent, s’il vous trouve utile, il peut être amené, petit-à petit, à vous parler des désagréments qu’il vit. Alors, la technique du feedback du billet précédent s’applique. Montrez lui que ses difficultés viennent d’un dysfonctionnement organisationnel, non de lui ou des autres. Placé différemment, avec une autre vision de son rôle, il serait efficace, apprécié et heureux.

    mercredi 23 février 2011

    Big Facebook is watching you

    Facebook serait utilisé pour sélectionner (éliminer) des jurés, lors des procès américains.
    Quelle est la corrélation entre ce que l’on peut interpréter de Facebook et l’aptitude d’une personne à en juger une autre ?

    Surtout, le modèle économique de Facebook semble devoir être celui de l’exploitation des données personnelles. Ne se prête-t-il pas naturellement à des applications contraires aux intérêts des membres de Facebook ? Contradiction fatale ? (La seule rumeur n'est-elle pas suffisante, d'ailleurs, pour causer des dommages irréparables à la réputation de Facebook ?)
    Interrogé par Le Monde, M. Appelbaum met en garde les jeunes étrangers qui racontent leur vie avec insouciance sur les réseaux sociaux: "Si vous êtes sur Facebook, bienvenue dans le monde de l'hégémonie américaine!" Il rappelle que le business model de ces entreprises est fondé sur le stockage et l'analyse des données personnelles de leurs utilisateurs, puis il raconte une anecdote : un jour, il se rendit dans les locaux de Facebook en Californie pour un entretien d'embauche (qui n'aboutit pas). Là, il bavarda par hasard avec un homme disant travailler pour une agence fédérale qui était en train d'installer un système d'inspection des serveurs de Facebook. (Article.)

    Hollywood überalles

    Les films d’Hollywood gagneraient plus à l’étranger que sur leur territoire. Ce qui orienterait leurs choix de sujets. « Ce sont les gros spectacles bruyants qui voyagent le mieux ». (Bigger abroad.)

    Les productions locales doivent-elles choisir ce que ne font pas les Américains ? Par exemple la comédie ?

    Déchet toxique : les causes

    Suite de mon billet sur le déchet toxique. En fait je ne l'approuve pas. Non, les organisations ne génèrent pas naturellement du stress. Dès mon premier stage (dans le BTP), il y a 30 ans, j’ai remarqué que sa cause était le dysfonctionnement organisationnel. Les procédures de l’entreprise n’étant pas correctement conçues, l’homme s’épuise pour compenser leur inadaptation.

    Or, il est étonnamment fragile et peu adaptable. Je suis frappé, par exemple, de l’épreuve que constitue très souvent un simple changement d’employeur (surtout si c’est le premier), ou de poste. Mécontentement, perte de repères, sentiment d’injustice, de piège… rien ne va plus. Les conséquences peuvent être terribles et brutales : amaigrissement, maladie, vie privée détruite…

    Si c’est un problème d’organisation pourquoi ne le résout-on pas ? Parce qu’on ne le perçoit pas. Nous pensons que « l’enfer c’est les autres ». Cette explication nous satisfait  et nous attendons que la statue du commandeur vienne nous débarrasser de l’axe du mal, que les prochaines élections remplacent notre président de la République, qu’une délocalisation bien menée nous libère de nos ouvriers français, ou que l’on nous donne le pouvoir qui nous permettra de faire un nettoyage ethnique salutaire.

    Pour traiter le déchet toxique il faut sortir de l’obsession du règlement de compte. La cause de nos malheurs n’est pas un individu, mais l’organisation de notre travail. Alors, on peut utiliser le « feedback de groupe » : on fait un diagnostic des dysfonctionnements de l’entreprise et on le présente à une « task force », sorte de résumé de l’entreprise, en lui demandant de trouver des mesures organisationnelles qui les éliminent. Une fois un plan d’action détaillé conçu, il suffit de l’appliquer.

    Compléments :
    • Dans Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, j’explique le feedback de groupe plus en détails, et montre son application dans le cadre d’un exemple qui forme la partie centrale du livre.

    mardi 22 février 2011

    La Chine exploite la bulle ?

    Consensus, au moins chez certains, selon lequel une petite bulle Internet se regonflerait. Facebook, en particulier, serait massivement surévalué.

    Cela explique-t-il pourquoi les Chinois veulent introduire à la bourse américaine leur version de Facebook ? (article.)

    Êtes-vous un entrepreneur ?

    Comment pense l’entrepreneur ? à l’opposé du dirigeant professionnel.

    Le second définit une direction puis la suit méthodiquement. Le premier est un champion du hasard. Il est mû par lui, même. Il exploite au mieux, en fonction de ses compétences et de ce qu’il a accumulé, tout ce qui passe à proximité. Ce n’est qu’a posteriori que l’on comprend la logique de ce qu’il a fait.

    Les écoles de management (MBA…) apprennent à ne pas être un entrepreneur.

    Médecine allemande, la victoire de la raison ?

    Modèle de régulation négociée allemande :
    Les représentants des médecins participent à la négociation du budget consacré aux dépenses de santé, le montant des honoraires est ajusté en fonction de l’activité totale des médecins au sein du budget limité.
    (…) Le bon fonctionnement de l’ensemble repose sur un système de représentation des professions médicales légitime, unifié et responsable (autant de qualités qui manquent en France). (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
    Dans la foulée du billet précédent, doit-on voir le triomphe de la raison dans le fonctionnement du système de santé allemand, qui s’autorégule ?  (Ce qui n’est peut-être pas surprenant, au pays de Kant ?)

    Le système allemand semble un peu plus efficace que le nôtre, il coûte un peu moins cher pour des résultats, peut-être, un peu meilleurs (en termes « d’années potentielles de vie perdues en 2006 »). Mais le système de santé japonais coûte bien moins cher que tous les autres (la moitié de l’américain), et les Japonais ont l’air de bien se porter, longtemps… L’individualisme serait-il mauvais pour la santé ?

    Médecine américaine, notre modèle

    Les États-Unis présentent une situation paradoxale qui illustre la notion de choix dans le système de santé. Le système a progressivement exclu un nombre croissant d’individus du fait des augmentations des primes d’assurance, mais ceux qui sont assurés préfèrent payer plus de primes et garder le choix de leur assurance plutôt que de devoir payer plus d’impôts pour un système public universel. Les médecins américains ont longtemps préféré s’allier aux assureurs privés plutôt que de passer sous la coupe de l’État au nom de la liberté de leurs pratiques, et ils se retrouvent aujourd’hui contrôlés dans le moindre détail de leurs agissements par des assureurs soucieux de rentabilité financière. Le second paradoxe tient à la situation d’exemplarité que semblent avoir certaines expériences américaines au niveau international. (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
    C’est effectivement curieux. Une volonté farouche de liberté conduit à l’esclavage et à l’exclusion. Et nous admirons et copions un système qui ne fonctionne pas.

    C’est la défaite de la raison.

    D’ailleurs, qu’est-ce que la raison ? Comprendre qu’il est dans notre intérêt que notre comportement suive des règles qui maximisent l’intérêt collectif, et adhérer volontairement à ces règles ?

    lundi 21 février 2011

    En attendant la crise ?

    « La gestion de l’économie par l’attaque cardiaque fiscale n’est pas un remède très prudent. » dit The latest cop-out.

    Les hommes politiques américains évitent avec soin les mesures impopulaires. Du coup, pas de réduction de déficit possible, avant une crise à la Grecque.

    Sans crise un changement est difficile, effectivement. Mais la crise ne résout pas tout. Encore faut-il être prêt pour y répondre. Et alors, il y a peu de temps pour une réflexion démocratique (cf. la façon dont fut exploité l’attentat du 11 septembre). 

    En tout cas, l’affaire révèle qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes d’État parmi les élus américains.

    Changement en Angleterre (suite)

    Il y a quelque chose de surréaliste dans les réformes du gouvernement anglais. On baigne dans un idéalisme d’un autre monde. Mais je semble le seul de mon point de vue (avec Michel Rocard). La population anglaise ne fait que résister au coup par coup, sans remettre en cause la philosophie générale des menées de ses dirigeants. Comment tout ceci va-t-il finir ?

    Dernier épisode : réforme du découpage électoral. Application d’une idée que j’avais lue chez John Stuart Mill (mais qui remonterait à Burke) : attacher un élu à un nombre fixe de représentés.

    Problème. Cette vision purement individualiste nie la dimension culturelle (donc géographique) du besoin de représentation démocratique. C’est ainsi que le nouveau découpage électoral donnait, 1,5 élu à l’île de Wight (l’autre moitié représentant des habitants de l’île principale). (All Wight now.)

    MEDEF et presse

    Frédéric Chevalier « responsable du numérique au MEDEF » explique pourquoi le MEDEF invite des bloggers à son université d’été :
    Toute une partie des journalistes présents sont à l’affût de la petite phrase (…) Et ils n’entrent pas dans le fond des sujets, ni dans le fond des thèmes que l’on aborde. Ils viennent avec leur agenda et leurs préoccupations politiques du moment.
    (…) alors que les médias sociaux permettent d’ouvrir le débat.
    Le journaliste n’est qu’idées préconçues ? Il est incapable de la moindre remise en cause, de la moindre enquête ? Dans ces conditions, doit-on s’étonner que la presse soit en crise ?

    Compléments :
    • Tiré de KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann, Les médias sociaux expliqués à mon boss, Kawa, 2011.
    • Dans l’interview de Frédéric Chevalier on découvre, que, curieusement, les 80 premiers bloggeurs à s’être présentés à l’université du MEDEF, en 2007, étaient des fans de N.Sarkozy.
    • Ce que dit l’Ambassade des USA sur le journaliste français. 

    dimanche 20 février 2011

    Israël menacé

    Israël encerclé ? Menacé par la démocratisation des régimes arabes ? Surtout, les Européens et les Démocrates américains (y compris juifs) lui seraient peu favorables. Il ne resterait de ferme que l’appui des conservateurs américains. (Encircled by enemies again?)

    Israël serait-il victime d’une forme de fondamentalisme qui s’entendrait mal avec les démocraties et les libéraux ?

    En tout cas, l’article conclut :
    Certains médiateurs pensent qu’un environnement moins amical, à la fois dans la région et à l’étranger, est le seul moyen de pousser Israël à donner aux Palestiniens un État digne de ce nom.

    Banquier menacé

    Jusqu’ici le banquier d’affaires a défendu son salaire avec un remarquable succès. Mais voilà la conjoncture est difficile et le poids de son salaire sur le résultat des banques se voit comme le nez au milieu de la figure.

    En fait, ce qui plombe leurs comptes est l’augmentation de leurs garanties, imposée par les régulations internationales anti risque systémique. (The big squeeze.)

    Alors était-ce ce risque excessif qui, en créant une prospérité artificielle, permettait de masquer la démesure du salaire des banquiers ? Doit-on en déduire que la défense de leurs avantages acquis va conduire les banquiers à un baroud d’honneur de coups tordus ?