samedi 19 mars 2011

Le nucléaire a-t-il un avenir ?

Nous avons besoin du nucléaire, il est peu dangereux (il tue moins que les mines de charbon), mais seuls les régimes non démocratiques vont continuer à y investir, alors que seule la démocratie présente la transparence qu’exige la gestion d’une centrale nucléaire. Voici ce que, en substance, dit The Economist.

Bref, quitte à sauter avec les Chinois, autant profiter du nucléaire en attendant.

En fait, je ne crois pas que notre démocratie soit aussi transparente que nous le pensons. Article après article les économistes ne se lamentent-ils pas de ce que leur science a été kidnappée par la finance, et a produit 30 ans de débilités sans nom ? Ne nous dit-on pas que c’est l’industrie pharmaceutique qui contrôle l’État ? Le néoconservatisme, le mouvement qui a le plus marqué l’Occident ces dernières décennies, ne prône-t-il pas le lavage de cerveau ?... 

We want sex equality

Film de Nigel Cole, 2010. Film sur le changement. Et clin d’œil à notre époque de syndicalisme et de solidarités moribonds… ?

Au fond, comme le dit un des personnages, c’est un film sur ceux qui font l’histoire. 68. Une ouvrière, humble et ordinaire, se rebelle contre l’injustice ambiante. Elle entraîne avec elle son atelier. Or, leur grève met au chômage une énorme usine Ford. Ford plie et leur accorde leur revendication. Le précédent force, partout dans le monde, les entreprises à payer le même salaire pour un même travail.

Seul problème : la grève a existé, mais pas le personnage principal.

D’ailleurs, je ne pense pas qu’une personne fasse l’histoire. Nos idées évoluent plus vite que nos comportements, jusqu’à ce que l’écart devienne insupportable. La révolte peut alors partir de n’importe où. Et quand elle démarre, elle tend à avoir un leader, comme beaucoup de mouvements de groupe. Il semblera, plus tard, avoir fait l’histoire.

Ma théorie n’enlève rien au mérite de cette poignée de révoltées (ou à celui de ceux qui se font massacrer au Moyen-Orient). Peu de gens ont le cran de défendre nos idées.

Compléments :
  • L’idée de l’égalité homme femme n’est pas récente. Mais au 19ème on avait tourné la difficulté en disant qu’ils étaient égaux du fait de leurs différences, qui les rendaient complémentaires. Une égalité plus poussée était-elle impossible à l’époque ? (Voir Histoire du mariage.)
  • Il devient habituel de transformer un titre anglais en un autre. (Titre original : made in Dagenham.) Évolution des temps.

vendredi 18 mars 2011

Disparition des classes moyennes ?

On parle beaucoup de la mise au chômage des « qualifications intermédiaires » aux USA.

Paradoxalement elle est beaucoup plus forte en France qu’en Amérique. Par contre, les basses qualifications semblent peu touchées.

Si les qualifications intermédiaires sont liées aux classes moyennes, qu’en conclure ? Lien avec la popularité de Marine Le Pen ? 

Mediator et dangers de la médecine

Le drame du Mediator suscite un rapport sur les dysfonctionnements de la médecine.

Il semble confirmer qu’il y a un lien entre le coût de notre médecine et le danger qu’elle présente. « il faut en revenir à une médecine humaine, personnalisée, sobre et la moins chère possible ».

Il y aurait une quantité de « molécules inutiles » (1500 !), « 12% des molécules sur le marché français sont potentiellement dangereuses ». « Il faut être extrêmement prudent avec cette masse de médicaments et les risques d’interactions ».

Quant aux mécanismes de contrôle supposés nous protéger, ils sont ridicules et inquiétants.  « Ces experts doivent être des experts (…) aujourd’hui, ils sont 3500 ; il en faut 40, mais hyper compétents et responsables de leurs prises de décisions ». Qu’est-ce qui peut bloquer une réforme ? « les pressions de la haute administration, qui a fait son jardin de toutes ces agences sanitaires ».

Sport : l’avantage à domicile expliqué

Pourquoi les équipes sportives tendent-elles à gagner à domicile ? Des scientifiques semblent avoir trouvé une explication : l’arbitre.

À jugement équivalent (coup franc, carton rouge, prolongation…) l’arbitre tend à être plus favorable à l’équipe qui reçoit qu’aux visiteurs. L’arbitre serait (inconsciemment) à l’unisson de la foule.

Et l’hypothèse se vérifie (en partie) : si l’on vide le stade des supporters de l’équipe locale, le phénomène s’estompe. (The referee's an anchor)

jeudi 17 mars 2011

Nucléaire : logique erronée ?

J’entends dire que les ingénieurs japonais sont innovants dans leur lutte contre le réchauffement de leur centrale. Ils sont sortis des sentiers battus.

Je me demande si notre erreur dans la gestion du nucléaire n’a pas été de concentrer toutes notre attention sur la prévention des accidents. Car, l’accident est toujours possible.

Du coup, il se peut que l’on n’ait pas développé deux compétences importantes en cas d’accident : la capacité d’adaptation (disposer de moyens surdimensionnés d’où l’on peut tirer des solutions de secours) et l’entraînement (de ceux qui doivent résoudre le problème). 

Libye ou l’indécision

Après avoir hésité, l’Amérique opte pour une intervention militaire musclée en Libye.

Je me demande si les hésitations de B.Obama ne sont pas du même type que celles de Mme Merkel. Il n’a pas d’idéologie bien définie, et doit construire sa décision, et sa réflexion, à partir d’éléments contradictoires.

Ces éléments sont, en particulier, la bonne volonté d’autres nations.

Le syndrome européen a gagné le monde : rien ne s’y décide plus sans les autres - et ça prend du temps ?

Peut-être faudrait-il penser à inventer une méthode de négociation qui accélère l’émergence d’un consensus mondial ? 

Heureux comme un dictateur en Angleterre

Si vous êtes un riche (impératif catégorique) dictateur ou oligarque en quête de respectabilité, venez en Angleterre, dit The Economist.
  • Il existe des techniques imparables qui feront de vous un membre admiré et fêté de son élite. Par exemple, mettre vos enfants dans les meilleures écoles, et fréquenter les parents d’élèves, ou financer un Think tank, ou acheter quelques membres la famille royale (leur présence attirera la bonne société)…
  • Cependant, vous devez éviter le peuple ou certaines universités : ils ne pardonnent pas le passé. (Glitzkrieg.)

Étrange article et bien curieux phénomène. L’argent a-t-il une telle importance pour la classe supérieure anglo-saxonne qu’il étouffe toute morale ?

Logique du libéralisme

Le libéralisme, dans son acception moderne, semble une forme de conservatisme. Il cherche à faire que ceux qui profitent le plus de la société ne soient pas dérangés. Pour justifier ce statu quo, il a utilisé une série d’arguments, qui ont pour objet de démontrer que l’organisation sociale est optimale, voire naturelle :
  • Les droits de l’homme et la démocratie (dans la logique grecque où l’homme libre – comme l’esclave - l’est par nature).
  • La science. Darwinisme social et génétique. (Ceux qui dominent la société sont les meilleurs.)
  • La théorie du marché. Le marché s’autorégule, y toucher produit un résultat sous-optimal. (Idée fixe de l’économie depuis sa fondation par Adam Smith.)
Chacun de ces arguments a été retourné. Le peuple a exigé que les droits de l’homme et la démocratie soient appliqués à tous. La science nie les conclusions individualistes (l’homme est un animal politique oui social, pas un loup solitaire). L’expérience montre, à répétition, que le marché ne produit pas le meilleur des mondes, mais la crise, ou le monopole, une forme de régulation totalitaire.

Je me demande si le néoconservatisme ne représente pas le chant du signe du mouvement. Il a deux idées fortes. Le droit naturel (il est « évident » que certaines règles doivent diriger la société) et la bataille des idées (il faut convaincre le peuple de son infériorité naturelle par lavage de cerveau). Autrement dit, après avoir pensé que la raison était son alliée, le libéral voit maintenant son salut dans la manipulation.

Compléments :
  • L’idée générale de ce billet a été développée par les solidaristes au 19ème siècle.
  • Sur les droits de l’homme : Michel Villey.
  • Sur le néoconservatisme français : Pensée anti 68. Sur les fondations du néoconservatisme anglo-saxon : Ayn Rand.
  • Sur le droit naturel : Leo Strauss.
  • Certaines branches du protestantisme affirment que celui qui réussit sur terre est un élu de Dieu. Maintenant que la raison est défaite, cette idée va-t-elle être ressuscitée ? (TAWNEY, R. H., Religion and the Rise of Capitalism, Transaction Publishers, 1998.)

mercredi 16 mars 2011

Quel est notre avenir ?

On demande aux enseignants anglais de détecter les ferments subversifs dans les dissertations de leurs élèves, disait la BBC. Inattendu de la part d’un pays qui vend les tickets des Jeux Olympiques aux plus offrants (la loi de l’offre et de la demande, vous savez).

Depuis ses origines ce blog pense que notre monde oscille entre deux extrêmes. L’un dit que l’individu est tout, l’autre qu’il n’est rien sans la société. L’après guerre a été la victoire du second, l’après 68 celle du premier. L'après 2008 me semble être un nouveau retour de balancier. Je pense même qu’il est bien engagé.

Ce qui m’étonne depuis longtemps est que 68 fut un mouvement de beatniks dénudés, et qu’il a fait triompher le marché, l’argent, et une classe ultra-riche et ultra-matérialiste. Est-ce fatalement cela l’individualisme ?

J’ai fini par ne pas le penser. Il me semble, comme je l’observe dans l’entreprise, que le changement « sourit à l’esprit éclairé ». La dislocation sociale de 68 a profité aux puissances économiques, parce qu’elles étaient fortes, déterminées et concentrées sur un objectif simpliste. De même l’après 45 a été technocratique, parce que la science avait gagné la guerre. Elle a donc imposé sa marque à la réaction « collectiviste » du monde aux affres de l’individualisme post 18.

À quoi ressembleront les 30 prochaines années ? Quelle est la force qui leur imposera sa forme ? Pas évident.
  • Les pays émergents ? Ils ne semblent pas avoir de philosophies propres (sinon se replier sur eux, pour l’Asie ?).
  • Les fondamentalistes ? Les exemples de MM.Ben Laden, Bush, Cameron ou Sarkozy semblent nous dire que le fondamentalisme ne donne au mieux que le Jihad ou le chaos.
  • Il est possible que notre collectivisme, répondant à des excès moindres que ceux d’avant guerre, soit modéré. Il sera probablement inspiré, comme les précédents, par des idées (et des individus) simplistes. Ce sont celles qui passent le mieux. 

Incompétent gouvernement irlandais ?

L’Irlande pense que le prêt européen l’asphyxie. Son nouveau premier ministre était venu demander, au dernier sommet de la zone euro, un adoucissement des conditions qui lui sont faites. Il est parti bredouille, contrairement à la Grèce.

Ses électeurs vont certainement accuser une Europe jalouse de la liberté irlandaise. En fait, il semblerait plutôt que le dit premier ministre n’ait qu’à s’en prendre à lui-même : l’Europe ne lui aurait demandé que de faire le bon bruit, il n’aurait su que jouer les matamores. (Un de mes amis appelle cela une « crash stratégie ».)

Conséquence d’une alternance trop rare ? En 80 ans l’opposition irlandaise n’a quasiment jamais régné, pas étonnant qu’elle soit mal préparée. Il reste à espérer qu’elle sera capable d’apprendre…

Dell, HP, et les changements du secteur des technologies de l’information

Le PC est attaqué par les terminaux portables et le cloud computing. Les entreprises du secteur des technologies de l’information se « verticalisent », elles multiplient les métiers. Logiciel, matériel, services… (Rebooting their systems)

On achète et on vend. Mais crée-t-on ? 

Nous sommes tous des entrepreneurs ?

Discussion avec un ami. Nous nous lamentons sur la dureté de notre sort. Mais nous devons reconnaître que notre environnement ne nous est pas hostile. Il faut se battre.

Je réalise que notre vie est celle d’entrepreneurs. Nous ne sommes pas maudits. Mais nous ne l’avons pas voulu. Nous avons été élevés dans la France administrative de l’après guerre qui a fait de nous des fonctionnaires par nature. Maintenant que l’État se dissout, il faut en assumer les conséquences.

Nous sommes représentatifs de la France. Nous voulons le libéralisme quand il concerne les autres, tout en nous plaignant de ses effets quand il nous touche. Ce que nous pensons le bien et le mal est inculqué par la société de notre enfance. Nous croyons que ce sont des lois naturelles que rien ne peut altérer. Or, la poursuite de notre intérêt immédiat, qui nous semble aussi un droit, les contredit.

Compléments :
  • Autre illustration. Les entreprises désirent une réduction de leurs charges sociales, tout en exigeant d’être protégées de la concurrence internationale, ou qu’on leur réserve des marchés – « small business act à la française », etc.

mardi 15 mars 2011

Nouvelles énergies ou nouveaux comportements ?

L’accident nucléaire japonais, en espérant qu’il ne devienne pas Tchernobyl II, pose un problème difficile.

Ce type d’accident tend à refroidir les ardeurs nucléaires des gouvernements pour vingt ans. Le monde, et en particulier le Japon, et les pays émergents (et la France ?) vont donc devoir trouver en urgence d’autres idées pour générer de l’énergie.

D’autant plus que l’on découvre que le nucléaire n’a pas que la radiation comme inconvénient, mais aussi qu’il a besoin d’énormément d’eau. Pas commode à une époque de pénurie.

Alors, énergies renouvelables ? Pas sûr qu’elles soient à la hauteur des besoins.

Je me demande s’il ne faudra pas plutôt chercher à consommer moins, grâce à l’innovation technologique, mais principalement en changeant nos comportements collectifs.

Changement difficile, certainement. Beaucoup de monstres multinationaux s’enrichissent de notre gaspillage et ne se laisseront pas faire sans combattre. Ce sont les discrets inconvénients du laisser faire de l’économie de marché.

Compléments :
  • Parmi ces comportements collectifs, il y a la « supply chain », invention de génie de notre élite économique. Il s’agit d’un circuit d’approvisionnement qui cherche le moins disant partout où il peut le trouver (grâce à lui on a délocalisé en masse, et les poulets parcourent le monde).

Bataille d’Angleterre

Suite de la chronique de la réforme de l’Angleterre par M.Cameron.

Dans cet épisode, il s’emporte contre son administration, qui vide ses réformes de leur sens. D’ailleurs il a décidé de la détruire. Bizarrement, il veut imposer du centre la décentralisation, et l’initiative individuelle, en force.

Son opposition aurait choisi d’attaquer son incompétence, plutôt que de montrer l’effet dévastateur de ses idées.

Compléments :
  • Doit-on voir dans la réaction de l’administration anglaise une illustration des théories de M.Crozier, selon lesquelles les organisations résistent au changement (à leur destruction ?) par une forme de grève du zèle ? (Michel CROZIER, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.)

Chasse à l’homme

Film de Fritz Lang, 1941.

Curieuse fin, qui s’explique par les temps qui couraient alors. Le film semble un bizarre mélange de genres : Londres noire, pavée, et pluvieuse à la Dickens, tribunal de malfrats issu de M.Le maudit… En tout cas, les méchants sont infiniment plus réussis que les bons.

Je me suis demandé si ce n’était pas une critique, féroce, de l’Angleterre. On la voit demeurée à l’ère victorienne, avec, notamment, une invraisemblable division de classes.  La classe dirigeante est faite de sportsmen vains, poursuivant l’art pour l’art, et prisonniers d’un univers intellectuel qui les aveugle. Ils ont été incapables de comprendre la montée d’une Allemagne froide, efficace et résolue. Mais, peut-être est-ce cette irrationalité d’un autre siècle, et la brutalité du réveil, qui fera de la Grande Bretagne un ennemi redoutable ?

lundi 14 mars 2011

Tremblement de terre japonais et libéralisme

Le plus grand drame connu par le Japon depuis la seconde guerre mondiale, dit le premier ministre japonais du tremblement de terre vécu par son pays (qui était pourtant exceptionnellement bien préparé).

Nous avions oublié que nous n’étions pas grand-chose face à la nature. Comme le rappelle Pierre Manent, l’obsession du libéralisme est que l’homme n’asservisse pas l’homme. C’est pourquoi le libéralisme financier lui cherche des maîtres qui ne sont pas humains (les marchés).

Ce que cette catastrophe nous rappelle est que l’homme doit compter avec la nature, et pour cela, qu’il doit faire preuve de solidarité pour sauver sa peau, et son espèce. Et que la main invisible du marché ne le sauvera pas par miracle.

Accident nucléaire au Japon

Pourquoi les centrales nucléaires japonaises explosent-elles ?

Les systèmes de refroidissement ne fonctionnent pas.

Problème habituel, me suis-je dit en me rappelant mon expérience du contrôle technique : les équipements de secours ne redémarrent jamais. D’ailleurs c’est pour cela qu’on ne les contrôle pas ! Eh bien non. Tout a remarquablement bien redémarré, si j’en crois Wikipedia. Ces Japonais avaient fort bien fait leur travail.

Mais ce qui a mis le système à plat, c’est le tsunami et ses conséquences (la centrale est en bord de mer - l'eau de mer sert au refroidissement).

Bien sûr, ne pas avoir prévu qu’il puisse y avoir tsunami au Japon est une erreur grossière. Mais, elle est humaine, elle montre à quel point l’entendement humain est extraordinairement limité.

Malheureusement cette loi de la nature n’a pas pénétré l’esprit de notre élite intellectuelle. Combien de temps faudra-t-il attendre pour qu’elle nous dise à nouveau que nos centrales ont une chance sur des milliards d’avoir un pépin ou que les marchés s’autorégulent, ou quelque nouvelle baliverne ?

Compléments :
  • Si on ne contrôle pas les installations de secours, c’est parce que, pour cela, il faut stopper les installations principales. Or, si le secours ne part pas, on se trouve dans une situation périlleuse (penser à une usine chimique). En fait, il existe une solution : 1) se convaincre qu’il est impératif de contrôler les installations de secours ; 2) se préparer à un incident (quand on y met les moyens adéquats on sait effectuer le contrôle sans difficulté). 

Gouvernement européen

Le dernier sommet de la zone euro semble annoncer un mécanisme de régulation des politiques de ses membres.

Mécanisme économique. Stratégie globale, mise en œuvre locale. Mutualisation des dettes en échange de rigueur. L’Irlande résiste. (Billet.)

La zone euro s’éloignerait-elle du chaos d’une zone de libre échange pour se rapprocher de l’organisation d’une société ? Va-t-elle entraîner le reste de l'UE (billet précédent) ?

L’Angleterre prisonnière de l’Europe

The Economist est extrêmement inquiet. L’Allemagne est passée à l’ennemi, plus rien n’empêche la zone euro de se solidifier en un bloc hostile au libéralisme débridé.

La crainte n’est pas nouvelle, mais The Economist développe un argument inattendu. Même si elle s’extrait de ce bloc, l’Angleterre en sera prisonnière. Car elle doit vivre avec et sera obligée d’appliquer ses lois. (C’est effectivement le cas pour la Suisse, et, semble-t-il, aussi pour la Norvège). (Can Angela Merkel hold Europe together?)

L’Angleterre doit-elle renouer avec une stratégie vieille de 5 siècles : susciter la zizanie sur le continent ?

Mais le plus intéressant n’est pas là. Pendant des décennies on nous a dit qu’il fallait déréglementer sous peine d’être détruits par la concurrence mondiale. Or, en fait, réglementer avec une détermination suffisante a l’effet inverse. Dans ce domaine, la prédiction est auto-réalisatrice.

Censure et journalisme

Dans une conversation avec une journaliste du Figaro, il  y a quelques mois. J’ai abordé, par hasard, la question de l’élimination des qualifications intermédiaires par les systèmes d’information. Brutalement, j’ai eu l’impression de sentir le soufre. J’ai argué qu’il n’y avait là rien de révolutionnaire, que toute la presse anglo-saxonne en débattait, et que The Economist, par exemple, n’avait rien d’un journal trotskyste… Heureusement, un de ses amis, qui vit aux USA et qui se trouvait être arrivé entre temps, a confirmé mes dires. En tout cas une telle nouvelle ne pourrait jamais être imprimée par le Figaro.

J’ai eu le même type d’aventure avec Le Monde. Avant que les suicides de France Télécom aient les conséquences qu’on leur connaît, j’avais fait remarquer à une autre journaliste que les techniques qui semblaient y avoir été utilisées ressemblaient à celles des cabinets de conseil en stratégie anglo-saxons. (Elles ont fait l’objet de nombreuses publications.) Et que ces techniques ayant pour conséquence la dislocation du lien social – cause de la résistance au changement, c’était un facteur favorable au suicide de gens fragiles. J’ai vite compris que celui qui écrirait ce type de choses se retrouverait au fond de la Seine avec du béton aux pieds. J’ai prudemment remballé mes idées subversives.

Je trouve plusieurs paradoxes fascinants dans ces observations. 1) Ne s’attendrait-on pas à ce que les journalistes lisent les journaux étrangers ? 2) pourquoi ai-je eu l’impression d’être dangereux, alors que je ne faisais que citer des sources anciennes que n’importe qui peut vérifier ?

En fait, je crois que le problème est général. Nous jugeons en fonction d’un ensemble d’idées reçues qui définissent ce qui est bien ou pas. Nous ne pensons pas. Et la presse ne fait que diffuser ces idées reçues. C’est une forme de censure.

Mais elle n’interdit pas le changement. Elle impose simplement qu’il soit exprimé d’une façon qui ne heurte pas ce qu’Edgar Schein a appelé les « valeurs officielles ». D’ailleurs, il existe dans la société des personnes dont le rôle est d’être écoutées. Un leader d’opinion patenté (cf. l’ami de la première journaliste) fait évoluer les idées reçues. 

dimanche 13 mars 2011

Changement en Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite serait le principal barrage à la démocratisation du Moyen Orient. S’il craque, les régimes environnants seront emportés par les forces démocratiques, en premier lieu l’Iran et la Palestine. Et l’Amérique n’aura plus de raison d’avoir une politique pour la région.

Qu’est-ce qui empêche une transformation du pays en une monarchie constitutionnelle ? L’anxiété d’apprentissage des 7000 princes qui vivent à ses dépens. (Article.)

Deux réflexions :
  • L’Arabie Saoudite paraît avoir la mission d’étendre ses valeurs au monde (billet précédent). Sa résistance au changement pourrait être très supérieure à ce qu’envisage l’auteur de l’article.
  • Dominos de George Bush ? La démocratie gagne le monde. S’il avait, peut-être, vu juste, il a mal joué. Ses initiatives ont freiné le mouvement, et les USA sont à tel point enlisés qu’ils ne peuvent plus mettre leur armée au service de quelque cause que ce soit.

L’Arabie Saoudite, axe du mal ?

Un invité algérien de France culture, il y a quelques jours, fait remarquer que c’est de l’Arabie Saoudite que partent tous les mouvements fondamentalistes islamistes. Or cette dictature est le meilleur allié des USA !

J’ai dit, par ailleurs, que l’Arabie Saoudite est la justification de l’Iran (une démocratie…). L’Iran est vu par beaucoup de peuples arabes comme un rempart contre la tentation de leurs gouvernements à adopter le modèle obscurantiste saoudien.

Faudrait-il envisager d’aider l’Arabie Saoudite à changer ?

Christine Lagarde et Cynthia Fleury

  • « Serre les dents et souris » dit Christine Lagarde. Elle n’est pas française cette femme ! Le Français, qu’il soit ouvrier ou grand patron, ne sait que geindre, se plaindre, demander de l’aide. Elle persiste : « (le) courage (…) revient parfois à changer de regard, à inverser la façon dont on aborde les choses. »
  • Pour Cynthia Fleury, le courage c’est surtout se faire des alliés et se construire des réseaux. Sinon on crève en martyr.

Nous disent-elles le changement que nous avons subi ? Nous avons appelé de nos désirs un monde où s’épanouirait notre personnalité, sans contrainte sociale. Nous avons récolté une société dans laquelle le mot d’ordre est « courage » (le thème de l’entretien) et la règle du jeu est de serrer les dents et de se faire des amis puissants. 

Jane Russel

Le décès de l’actrice Jane Russel, dont la poitrine fit la carrière, est l’occasion du rappel d’un paradoxe américain.

Elle a dû son succès au scandale, elle a vécu la vie dissolue de la star hollywoodienne, et pourtant c’était une ultra-fondamentaliste religieuse de tous les combats conservateurs.

Je continue à penser que beaucoup d’Américains savent qu’ils sont élus et que tout ce qu’ils font ne peut qu’être le bien, puisque désiré par Dieu. C’est en cela que N.Sarkozy pourrait être américain

samedi 12 mars 2011

Libye divisée ?

Kadhafi pourrait reconquérir l’Ouest de la Libye. Mais Bengazi, trop déterminé et armé, serait  hors de portée. La Libye pourrait-elle se scinder en deux ?

Dans ce cas, Kadhafi y perdrait beaucoup de ses revenus pétroliers.

C’est du moins ce que disait la BBC ce matin. 

Japon, nucléaire et danger

Tremblement de terre au Japon, tsunami dévastateur, et centrales nucléaires dont les circuits de refroidissement n’arrivent pas à redémarrer et qui doivent relâcher des effluves radioactives pour éviter l’accident.

Le nucléaire est-il aussi sûr qu’on le dit ? Est-il suffisamment protégé ?...

Quid de notre cas ? Nos centrales sont vieilles, mal entretenues ?, et ce n’est plus le service public qui intéresse EDF, et encore moins la France, mais son expansion internationale (et la fortune de ses actionnaires ?).

Compléments :

Êtes-vous un vrai leader ?

Synthèse d’un article de la Harvard Business Review (Are you a Zoom-In or Zoom-Out Leader ?). Le « bon leader » est celui qui, dans la même foulée, enchaîne mise en contexte large et visionnaire et évocations de problèmes concrets, précis, frappants, qui interpellent l’expérience de l’auditeur.

Compléments :
  • Ça me semble rejoindre les thèses de Jeanne Bordeau : le leader (dirigeant) est à la fois celui qui sait donner du sens, et qui utilise le « storytelling » pour véhiculer son message.  Aujourd’hui, c’est le sens qui manque le plus…
  • L’article est accessible.  

L’ordinateur soigne les anxiétés

Nos actes sont dirigés par des modèles inconscients. Quand ceux-ci ont un défaut, ils nous font voir la vie en noir. L’ordinateur peut recoder nos impressions en nous faisant envisager ce qui nous déprime sous un jour nouveau. (Paradises on earth)

Application des théories de Martin Seligman sur l’optimisme ? Testez votre optimisme.

vendredi 11 mars 2011

Alliance Rolls Royce Areva

Areva s’allie à Rolls Royce. Malin ?
  • La capacité de production d’énergie anglaise est à reconstruire. Rolls Royce est probablement influent sur ce marché.
  • Rolls Royce produit les moteurs nucléaires des sous-marins anglais, savoir-faire capital pour saisir le marché, très prometteur ?, des petites centrales nucléaires. (Areva devient concurrent de DCNS.)
  • Rolls Royce paraît, vu de loin, plutôt être innovant (moteurs d’avion), et probablement commercialement un acteur habile de la globalisation (ce qui ne paraît pas être le cas d’Areva).
  • Comment vont s’entendre Anglais et Français ?
Y aurait-il une tendance de fond à un basculement de la France vers des alliances avec l’Angleterre, plutôt qu’avec l’Allemagne ? 

Le banquier se transporte mal

Les banquiers nous disent généralement que si nous attaquons leurs bonus ils demanderont l’asile ailleurs.

Mais le peuvent-ils ? Les banquiers anglais exilés en Suisse auraient le mal du pays.

Et si l’homme, contrairement aux marchandises, ne voyageait pas bien ? Et si, après tout, il était attaché à sa culture ? Y aurait-il un bug dans la théorie du libre échange ? 

Maîtrise des émotions, recette du succès social

Comment savoir si un enfant va connaître un brillant avenir ? Lui présenter un marshmallow (guimauve en français) et lui dire que s’il ne le mange pas, il en aura deux. Celui qui a la force morale de résister sera grand un jour.

Ayant horreur des marshmallows, j’aurais sûrement réussi ce test.

Toujours est-il qu’il signifie que le succès social est donné à celui dont la raison contrôle l’inconscient. Et que c’est une habitude que nous acquérons de nos proches. (Getting inside the mind.) Autrement dit, si vous avez des proches à l’émotion disciplinée, votre avenir est garanti. La réussite sociale s’hérite. 

Mais cette loi est-elle bien solide ? Notre président ne semble pas pouvoir contrôler grand-chose de son inconscient, pourtant il a fait une grande carrière. Peut-il se contrôler dans les moments décisifs ? Ou un monde qui se prive de marshmallows est il favorable à celui qui ne peut s'empêcher de les consommer ?...

D’ailleurs, est-ce bon de se priver de marshmallows ? Ne risque-t-on pas d’en crever ? La société n’a-t-elle pas besoin, pour prospérer, d’hommes heureux de vivre et bien dans leur peau ? Il faut apprendre à consommer le marshmallow avec modération ?

jeudi 10 mars 2011

Secrets de la réussite allemande

D’après des économistes, la réussite allemande aurait pour cause la réduction des salaires locaux par le chancelier Schröder. Ce dont il ne serait pas fier.

Je constate tout de même que ce n’est pas à de bas prix que l’on pense en premier lorsque l’on parle de produit allemand… En outre, les PME allemandes tendent à être en quasi monopole. 

Peut-être est-ce une partie moins glorieuse de l’économie qui a profité de la baisse des salaires, et qui est parvenue à gagner des parts de marché ? (Et, peut-être aussi que l’Allemand appauvri réduit ses achats, ce qui nuit aux intérêts des exportateurs étrangers ?)

En tout cas, cela signifie probablement que les pays européens sont étroitement liés les uns aux autres, et qu’ils ne peuvent pas laisser leurs voisins faire n’importe quoi sans s’en préoccuper. 

Du danger des employés de talent

Les errements de M.Galliano et de quelques autres font s’interroger certains sur la gestion du talent.

On découvrir, que contrairement à ce que l’on pensait ces derniers temps, nul n’est irremplaçable. Et surtout « que la célébrité peut être une drogue aussi puissante que la cocaïne ».

En ces temps où l’on parle de plus en plus d’inégalité, commencerions-nous à vouloir raboter les ailes, et les bonus, de nos élites ?

Compléments :
  • Le succès irait-il de pair avec une forme d’euphorie ? Inside job affirme que les top banquiers se vautrent dans la drogue (et la prostitution). Les hauteurs sociales seraient-elles mauvaises pour la santé mentale ? 

Déchet toxique (synthèse)

J’ai publié plusieurs billets sur les déchets toxiques. Un condensé :
  • Je suis parti d’un article de la HBR qui explique que les entreprises génèrent naturellement du stress.
  • Selon mon expérience, ce stress n’est pas naturel. Il est lié à un dysfonctionnement organisationnel. Mais nous ne cherchons jamais à le corriger, parce que nous sommes convaincus que nos maux ont un ou des coupables humains. Pour résoudre la question, il faut donc identifier ce qui ne va pas dans l’organisation de l’entreprise. Et ce par une approche « systémique », en groupe. Le principe de la technique est celui du « donneur d’aide ».
  • Finalement, un exemple où l’on voit que ce que nous enseigne la société peut nous conduire à des contradictions destructrices. Les dysfonctionnements « toxiques » viennent souvent des principes qui nous ont (dé)formés.

mercredi 9 mars 2011

Hedge funds menacés par le scandale ?

L’enquête qui est menée sur les malversations du fonds américain Galleon, depuis 2009, révèle qu’un certain nombre de fonds du même type profitaient de délits d’initiés. Et les dits initiés appartiennent à l’élite américaine. L’affaire pourrait faire beaucoup de dégâts à la réputation d’une profession pour laquelle la réputation est tout.

Question récurrente de ce blog. Le législateur veut réglementer ce type de fonds, mais le passage en force est-il efficace ? Ne faut-il pas, au contraire, exploiter la conséquence prévisible des vices de fabrique des entreprises que l’on veut réguler ? Car, « qui a vécu par le glaive, périra par le glaive » ?

Compléments :
  • Je n’ai pas trouvé de traduction satisfaisante à « hedge fund » (Wikipédia parle de « gestion alternative »…)

Les dangers de la propriété

L’aspiration à être propriétaire de sa maison est générale. Passion funeste. C’est le bien dans lequel on investit le plus d’argent. « Aussi, quand les choses vont mal les conséquences sont plus sérieuses que lorsque, par exemple, la bourse s’effondre. » Surtout, « Il n’y aucun autre moyen de s’endetter autant. »

Bref, l’accession à la propriété a plus besoin d’être découragée (en rendant le crédit rare) qu’encouragée. Home truths.

Le tigre du Bengale

Film de Fritz Lang, 1959.

Des danses et des temples bien peu indiens. Et des Indiens qui parlent allemand.

Peut-être le film répondait-il au besoin d’exotisme et d’aventure des années 50 ? Mais n'aurait-il pas été un chef d’œuvre, s’il avait été muet et en noir et blanc ?

mardi 8 mars 2011

Université et guerre des talents

Les universités et les grandes écoles françaises se mettent en ordre de marche pour remporter "la guerre des talents" : faire venir les meilleurs étudiants et enseignants de la planète. dit Le Monde.
L’Amérique de George Bush a usé et abusé de la guerre des talents. Celle d’Obama semble en revenir, très vite.

La France, décidément, aurait-elle toujours une guerre de retard ? 

La mode est à la diversification

Mes professeurs de l’Insead me disaient qu’il fallait se spécialiser (le marché étant idéal pour allouer les ressources). Maintenant, il semblerait qu’il faille se diversifier. Pourquoi ? Parce que ça a réussi aux multinationales émergentes.

La diversification a l’intérêt de donner à de petites filiales un grand capital de marque, et un financement de grande entreprise. Bien utilisée elle permet aussi des croisements de compétences, or la créativité vient de la différence. Aussi, l’entrepreneur est généralement bien mieux placé que le marché pour reconnaître et financer une belle innovation quand elle appartient à son secteur… Mais ceci est difficile à comprendre par un économiste. 

Littérature grecque

ROMILLY (de), Jacqueline, Précis de littérature grecque, Quadrige, 2010. Histoire de la littérature grecque, d’Homère au 4ème siècle après JC.

Curieusement, je ne retiens pas grand-chose de ces pages, sinon qu’elles sont particulièrement agréables à lire. On nous a habitués à penser que l’histoire est faite par des génies, ici il n’y en a pas. Aucune œuvre ne prend de relief particulier. Même l’analyse de style, un tour de force, n’accouche que de citations pâlottes, à mon goût.

Comme toutes les pensées, la pensée grecque a suivi les événements plutôt qu’elle ne les a précédés. Elle a été une forme de rationalisation. Ce qu’elle a de plus remarquable est qu’elle a tout inventé : épopée (Homère), poésie, rhétorique, tragédie, comédie, étude historique et biographie, philosophie, roman.

Point commun, la raison ? Très tôt elle abandonne le mythe. Mais sa marque de fabrique est aussi, surtout ?, la liberté (politique). « L’hellénisme ne vit que de liberté. » Or :
La liberté politique disparut au profit d’une autocratie. La liberté philosophique et religieuse disparut sous l’autorité de l’Église. Et les deux pouvoirs furent unis, puisque l’empereur fut le chef de cette Église : les rangs d’où étaient sortis les martyrs fournirent de grands administrateurs.
Au soleil, à la joie de vivre, à la liberté de penser, de débattre et de créer, vient se substituer le noir tunnel du moyen-âge, boueux, pluvieux et totalitaire ? L’homme devient un animal craintif et dangereux ? 

lundi 7 mars 2011

Solidarité patronale

Un commentateur américain observe un fait extrêmement curieux. Sur un grand nombre de sujets les entreprises américaines présentent un front commun. Ce qui est contraire à la logique économique, qui voudrait qu’elles défendent leurs intérêts et que ces intérêts soient souvent divergents.

Explication ? Conscience de classe. Les dirigeants défendent leurs intérêts personnels.

Forme de communisme prévue par Schumpeter ? Collectivisation de l’outil de production, pour éliminer la concurrence ? Mais collectivisation réduite à une seule classe.

Compléments :
  • Les oligopoles tendent à se coordonner (The logic of collective action), ce qui est suffisant pour couler toutes les théories sur l’efficacité du marché. Mais une coordination sur une échelle aussi large ne semble pas avoir été prévue. Pour la rompre, il faut probablement suivre l’exemple des armées de 14 : pour éviter la fraternisation, elles ont fait monter au front de nouvelles troupes (AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985). Devrions-nous renouveler nos dirigeants ? Par exemple faire venir des « low cost CEOs » indiens ? Ou faut-il prendre acte de la collectivisation de l’économie et remplacer les gros bonus par des commis de l’État peu payés ?
  • SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.

Europe en faillite ?

Le poids de la dette est insupportable : Grèce et Irlande n’en peuvent plus. Ce sera bientôt le tour du Portugal.
  • Le correspondant européen de la BBC pousse l’Irlande (Ireland: Time for the Celtic rebel) à jouer de son pouvoir de nuisance pour renégocier ses dettes avec la méchante Europe. Et avec bonne conscience : ne remettent-elles pas en cause une activité qui redémarre grâce aux conditions exceptionnelles faites aux entreprises étrangères (notamment taux d’imposition de 12,5%) ? Ces conditions, elles, ne peuvent être discutées, elles font partie de la culture irlandaise !
  • Pour The Economist, la faillite est inévitable. Mais il faut prendre un minimum d’assurance que le système bancaire européen ne va pas s’effondrer… (Sovereign remedies)
Tout ceci est-il réellement sérieux, ou est-ce une posture de négociation ?

Mais ne serait-il pas temps que l’on se demande comment relancer l’activité de l’Europe, plutôt que de chercher comment ne pas respecter ses engagements ? 

Vers une crise pétrolière ?

L’opinion de Dr Doom selon laquelle les évènements actuels sont favorables à une augmentation massive du prix du pétrole, du type de celle qui a conduit aux crises mondiales, paraît gagner du terrain.

La crise pourrait être grave, mais moins qu’hier. Parce que nous avons appris du passé. Surtout, cela pourrait nous forcer à nous sevrer du pétrole… (The 2011 oil shock.)

La crise et « l’anxiété de survie » qu’elle crée, encore et toujours, moteur du changement ?

L’invasion des profanateurs de sépultures

Film de Don Siegel, 1956.

Des germes extraterrestres transforment les humains en légumes. Film-programme de nos politiciens ?

dimanche 6 mars 2011

Rupert Murdoch

Hier, j’écoutais la BBC parler de Rupert Murdoch.

Il y a un peu de Citizen Kane dans cet homme ? 
  • A Oxford, Lénine trônait sur son bureau. Son père, qu'il perd alors qu'il est jeune, l'a peut-être marqué par son exemple : sa gloire vient d'avoir dénoncé la boucherie de Gallipoli.
  • Son empire est une sorte de triomphe d’une forme de libéralisme à la Margaret Thatcher. C’est un « dérégulateur ». Il s’en prend à des entreprises qui se sont endormies. Il leur injecte une saine dose de populisme, qui fait vendre, et ravive la concurrence dans le secteur où elles sommeillaient. Curieusement, aujourd’hui ses positions sont monopolistiques. Et Internet, auquel il ne comprend rien, le fait vaciller.

Ce qui transforme l'économie, ce n’est pas la concurrence libérale, mais la destruction créatrice de Schumpeter ? 

Guerre civile libyenne ?

Que va-t-il advenir de la Libye ? Pas clair. Ce qui le semble :
  • Kadhafi aurait prévu le cas d’une rébellion et posséderait des troupes efficaces et bien armées. Exit scénario tunisien.
  • Ses opposants paraissent prêts à en découdre : les pertes humaines ne leur font pas peur, ils arrivent à avoir le dessus sur des blindés. Il ne semble pas non plus qu’économiquement ils soient menacés d’un effondrement rapide. Il y aurait une certaine autonomie régionale.
  • C'est moins la révolte d’un peuple homogène, qu'un règlement de compte entre tribus ?
  • L’aide occidentale ne serait pas vue comme une ingérence inacceptable, sans pour autant être désirée unanimement. 
  • Que doit faire l’Occident ? Une idée proposée notamment par M.Cameron (qui ne semble pas réaliser qu’il a démantelé son armée, et sabordé son dernier porte avion) est d’installer une interdiction de survoler la Libye. Mais la mesure n'est pas assurée de réussite, et c’est risqué (il faut détruire l'aviation libyenne) et coûteux, et les Américains ont leur saoul de guerres…
Dans cette affaire ce qui est frappant est le silence occidental. Non seulement l’Occident n’a rien vu venir, mais, surtout, il ne semble plus avoir aucune idéologie fondatrice qui puisse guider son action. Il est perdu ?

Compléments :

Croissance impossible ou société dévastée ?

Pourquoi les salaires stagnent-ils depuis les années 70 ? Une question que se posent les économistes américains, et que d’autres devraient examiner. Il y aurait deux thèses. Stagnation or inequality.
  1. L’automatisation a liquidé les qualifications intermédiaires, et les pays émergents les sans qualification. Résultat : lutte des classes.
  2. Il n’y a plus rien à inventer. La croissance c’est fini. Et ce qui croît (Internet) ne crée que peu d’emplois. Pas de croissance signifie moins d’État : la société n’en a plus les moyens.
Ces deux thèses rejoignent certaines de mes observations. En particulier, il me semble qu’il y a panne d’innovation.

Mais je ne suis pas sûr que ce soit la fin de la croissance. 
  1. Dans toutes les entreprises que je rencontre, je constate partout un énorme potentiel inexploité. Comme disait John Kotter elles sont « over managed and underled », elles sont dirigées par des gestionnaires non par des entrepreneurs.
  2. Le moteur de la croissance, c’est la « division des tâches », selon Adam Smith. C'est-à-dire la spécialisation. Ne pourrions-nous pas être (beaucoup) plus spécialisés ?
Bref, entre les deux thèses je penche pour l’âge des ténèbres victorien.

Maintenant, il est aussi possible que l’on veuille une société qui ne se spécialise pas. Mais alors, je ne comprends pas bien la nécessité d’un État maigre. L’État représente la dimension sociale de l’existence, et celle-ci est par nature importante, au moins si l’on en juge par le temps que lui consacraient les sociétés qui nous ont précédés (y compris la récente société paysanne). 

Réforme des systèmes de santé

PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010. Un petit livre dense, qui a le mérite de poser clairement les éléments du problème que constitue la réforme d’un système de santé. Les thèmes que j’ai retenus :

Les types de systèmes de gestion de la santé
  • Systèmes nationaux de santé (Angleterre et pays nordiques). Soins gratuits. Égalité d’accès aux soins, faible coût, mais files d’attente et progrès technique freiné.
  • Systèmes d’assurance maladie (France). Obligatoire. Financement par cotisation. Confort, mais coût élevé et possible inégalité.
  • Systèmes libéraux de santé (USA). « Très performants technologiquement ». Mais très coûteux et très inégalitaires.

Les types de régulation
  • Régulation négociée (allemande). Une enveloppe est donnée aux professions médicales. Cette méthode demande une discipline et un sens des responsabilités inconnus en France.
  • Régulation étatique. « organisation de la pénurie ».
  • Régulation par les marchés. « Du fait de la capacité de l’offre médicale à induire la demande, les prix sont restés élevés, et les actes très nombreux ».

Évolution des missions
  • Principe fondateur. Remplacement des systèmes de solidarité sociale traditionnels (du « village »).
  • Origine. Le système de santé apporte des revenus au malade et à ses ayants-droit.
  • Aujourd’hui. Le système de santé sert massivement à payer les frais de santé (salaire : 5% des coûts). D'où problème de logique : la couverture sociale concerne toute la population. L’impôt est mieux adapté qu’un prélèvement sur les salaires.
  • Confort. Le système de santé obéissait à la logique de l’assurance. Il aidait l’homme face à un coup dur. Aujourd’hui on ne tolère plus le coup dur. On demande le confort. (Logique du marché ?)
  • Vieillissement. Contrairement à ce que l’on nous dit, « nous vieillissons en bonne santé ». Le vieillissement n’a pas de coût médical excessif. Le problème qu’il pose est la gestion de la dépendance. Jusqu’ici elle était assurée par les familles. Actuellement les vieux sont pris en charge par l’hôpital. Il faudrait des structures adaptées.

La psychologie du patient
  • Les systèmes nordiques semblent les plus efficaces en termes de santé et de coût, mais ils conduisent à une forme de rationnement. Ce que ne peut supporter le patient, implicitement, il choisit la liberté d’accès de préférence à la qualité et au coût des soins.
  • L’individu ne veut pas payer d’impôts mais est prêt à toutes les augmentations de cotisation (entre 2001 et 2007 les primes d’assurance auraient augmenté de 78% aux USA). Ce qui le conduit à payer plus que nécessaire, mais aussi à exclure les plus pauvres du système de santé.

Les dysfonctionnements du système français
  • Principe libéral et concurrence. La concurrence, paradoxalement, conduit à un excès de prescription. Pour garder son client le médecin lui donne le plus possible de médicaments (ce qui est dangereux !).
  • Inhomogénéité du territoire. Il y a trop de médecins et d’hôpitaux à certains endroits, pas assez à d’autres. Du coup, certains sont mal soignés, d’autres trop soignés !
  • « Cloisonnement » entraînant une « redondance » de soins. Mélange de généralistes et de spécialistes, beaucoup de lits d’hôpitaux. Le patient peut ainsi emprunter un parcours médical inefficace et contradictoire (personne ne sachant ce que l’autre a prescrit).
  • Faiblesse de la médecine ambulatoire. Les soins fondamentaux (prévention) ne sont pas bien pris en charge. Les maladies graves, si. Effet pervers : le système paie au centuple en interventions lourdes ce qu’il a économisé en prévention.

Réformes des systèmes de santé en France.
  • Le gouvernement agit sur le prix des médicaments et sur les actes médicaux. La profession médicale réagit en augmentant la quantité de prescriptions (nous consommons deux ou trois fois plus de médicaments que nos voisins), et le nombre d’actes.
  • Le gouvernement menace de sanction le médecin s’il prescrit trop (méthode allemande). Grève, le gouvernement Juppé recule.
  • Méthode anglaise. Encadrement ferme de la médecine de base, de façon à éliminer les effets pervers. Le reste part dans le privé.

Hypothèses sous-jacentes aux réformes françaises :
  • Le patient est irresponsable. Il doit payer pour devenir responsable (ticket modérateur). Faux : les systèmes de santé nationaux (soins sont gratuits) sont les moins coûteux. C’est le lobby médical qui a refusé toute réglementation. Or c’est le médecin qui prescrit, et prescrire beaucoup lui permet de fidéliser le client. Or, c’est la mutuelle qui prend en charge le ticket modérateur, il n’y a pas de « responsabilisation », sinon du pauvre, qui n’a pas accès aux soins. Et les tarifs des professions médicales n’arrêtent pas d’être revalorisés…
  • Logique d’équilibre budgétaire pour les États, de réglementation par les marchés (qui conduit à une inflation des coûts, avec dégradation de qualité). Cette mode ne semble pas amenée par une réflexion rationnelle mais par un changement idéologique qui coïncide avec le « marché unique » et l’introduction de l’euro. Tout ceci aboutit à un transfert de la charge publique vers le privé, afin de créer un nouveau marché (pour les assurances). Les pauvres sont exclus des systèmes de santé « ambulatoires » ; les riches paient de grosses primes d’assurance, mais ne paient pas d’impôts (ils y perdent, mais sont heureux).
  • Les malades paient pour les malades. La logique de l’assurance est que les bien portants paient pour ceux qui ne le sont pas. Or, les dernières réformes de R.Bachelot visent à utiliser les revenus du « ticket modérateur » (payé par le malade) pour financer le traitement de certaines maladies.
  • Évolution vers un système double. Un système étatique dirigiste (ancien système anglais) pour les pauvres, un système libéral pour les riches.
  • Liberté contre égalité. La logique des transformations récentes sacrifie l’égalité (et la qualité des soins) à la liberté de faire ce que l’on veut avec le système de santé.

Commentaires :
  • Le livre trouve condamnable, et je l’approuve, que ces décisions, qui entrent en contradiction avec les principes actuels de notre société, aient été prises sans débat démocratique.
  • Il n’est pas impossible que le gouvernement français soit enfin sorti des cercles vicieux précédents. Mais ce qui en résulte, un système étatique pour les pauvres, un système privé pour les riches est-il dans l’intérêt collectif ? Je ne le crois pas. Le cas des riches. En consommant trop de médecine ils détournent des ressources d’usages plus importants pour la collectivité, et ils ruinent leur santé.
  • Ce qui est peut-être plus regrettable est que l’idéologie du gouvernement lui masque la nature réelle du problème qu’il a à régler. La société connaît des transformations structurelles, il faut repenser le système de santé en fonction, non s’acharner sur l’ancien, qui n’est plus adapté.

Compléments :

samedi 5 mars 2011

Marine en tête

Marine Le Pen dominerait ses concurrents au premier tour des élections présidentielles.

Elle obtiendrait 23% des votes, ce qui paraît élevé. D’ordinaire les sondages tendent à sous-estimer les voix du FN. Mais peut-être est-il devenu un parti convenable pour lequel on peut afficher son intention de vote ?

Comment les partis traditionnels vont-ils réagir ? Ça ne paraît pas très clair. Curieusement, la gauche, ordinairement le parti de la division, semble seule capable d’un minimum d’union.

Compléments :

N.Sarkozy le croisé ?

J’entendais, hier, dire que N.Sarkozy faisait référence au christianisme comme à un des piliers culturels de la France.

Je me suis demandé pourquoi il ne disait pas que notre histoire récente s’était aussi faite contre le christianisme et contre l’Église. D’ordinaire il est fier de notre école laïque. Ne vient-elle pas d’un mouvement, fondateur de notre République, qui a conduit à la « séparation de l’Église et de l’État » ?

D’ailleurs, nous n’avons pas encore renié les Lumières. Or, s’il y a « lumière » c’est qu’avant il y avait obscurité. Et si les philosophes des Lumières se sont appelés philosophes c’est en hommage à la Grèce antique. Ils voulaient fermer la triste et détestable parenthèse du très chrétien âge des ténèbres.

J'en étais là lorsqu'un sociologue interviewé par France Culture m'a montré que je m'égarais. N.Sarkozy voulait seulement susciter une réaction réflexe de la gauche, susceptible de lui aliéner une partie de l’électorat.

Mais, si cette tactique est éventée, ne peut-elle pas se retourner contre lui ? Par exemple, 
  • n’est-il pas dangereux, pour un homme au comportement de nouveau riche, et dont la vie privée est dissolue, d’évoquer la morale catholique ?
  • ne s’expose-t-il pas à un risque de licenciement pour faute grave ? Le rôle d’un président est-il de nous parler du passé, ou de nous proposer un avenir ?

Prévoir mathématiquement les révolutions ?

Les scientifiques caresseraient l’espoir de prévoir les changements sociaux. Deux possibilités :
  1. Identifier l’équivalent de la température pour l’eau, un indicateur qui avertisse du risque d’une transition de phase.
  2. Repérer des signaux annonciateurs. Par exemple « des réponses ralenties aux petits changements, une tendance des acteurs à adopter le même comportement ».
L’article se préoccupe des changements de régime, mais ces travaux semblent aussi s’appliquer aux crises économiques.

Les noces rebelles

Film de Sam Mendes, 2008.

Décidément, Leonardo DiCaprio et Kate Winslet sont les spécialistes du naufrage.

Cette fois-ci c’est celui du couple des années 50. Illustration d'Histoire du mariage ? Le désir montant de réalisation féminine entre en conflit avec les règles sociales de l’idéal familial ?

Illustration, aussi, de la « dialectique » des philosophes ? La société nous fixe des idéaux contradictoires, ce qui nous pousse à la transformer, ce faisant créant de nouveaux idéaux contradictoires ?...

vendredi 4 mars 2011

Les vices de l’évolution à la performance

Nous vivons une mode de l’évaluation de la performance. Une mode sans fondements.

L’évaluation faite par un manager tendrait à mesurer s’il s’entend bien avec son subordonné. Est-ce dans l’intérêt général ?

Que faire ? Des objectifs collectifs choisis collectivement. La collectivité est la seule à même de déterminer ce qui est bon pour l’organisation – système, et d’éviter les effets pervers d'une évaluation individuelle. Si le groupe a des objectifs collectifs il tendra à aider ses collègues à réussir, ce qui sera bon pour eux et pour lui. (Why your boss is wrong about you.)

Ce qu’il y a de curieux dans cette analyse est qu’elle rejoint les très lointains fondements du contrôle de gestion. Une fois de plus il est surprenant de constater à quel point notre intelligence sociale a régressé ces dernières années. 

Publicité : le crime paie

Pour une entreprise inconnue toute publicité est bonne. Cela crée sa notoriété. Rien d’autre ne reste (en particulier l’éventuel aspect négatif de la nouvelle).

L’affaire Kerviel, illustration de la robustesse de ce théorème ? J.Kerviel est sorti de l’anonymat. C’est une star, et toute star peut trouver une rémunération de star ?

Dans notre société, le crime paierait-il ?

Compléments :
  • Chez les Vikings la peine la plus terrible n’était pas la mort, mais l’exclusion de la communauté. Ainsi, la mauvaise pub ne rapportait pas. BOYER, Régis, Les Vikings : Histoire et civilisation, Librairie Académique Perrin, 2004

Les médias sociaux expliqués à mon boss

KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann (sous la direction de), Les médias sociaux expliqués à mon boss - Par ceux qui en font et pour ceux qui aimeraient (mieux) en faire, Éditions KAWA, 2011. Ce qu’il faut savoir sur les médias sociaux, quand on veut les mettre en œuvre dans l’entreprise. Livre d’entretiens avec des phares du domaine, en France et aux USA.

Ce que j’en retiens est qu’il y a de « bonnes pratiques ». Par exemple, une grande entreprise technologique doit faire discuter ses techniciens star avec son marché (au moins) par le biais de blogs, elle doit faire appel aux bloggers quand elle organise un événement avec ses clients… à chaque fois, il existe une autre série de « bonnes pratiques » pour régler la chose. Mais, finalement, tout est une question de mise au point par essais et erreurs, d’expérience accumulée.

Par exemple, un blogger d’une grande entreprise explique qu’il blogue en dehors des heures de travail, de façon à pouvoir le faire en toute indépendance d’opinion. Mais cela ne revient-il pas à travailler gratuitement ? Comment l’entreprise peut-elle s’assurer qu’il ne nuit pas à son image ?... L'art est difficile !

Commentaire :

Le livre parle beaucoup de retour sur investissement. Les directeurs de la communication ne comprennent pas les médias sociaux et aimeraient une démonstration mathématique de leur rentabilité ?

Il leur suffit de regarder la Chine, l’Iran et quelques autres pour comprendre que les médias sociaux font les révolutions. Les contrôler est une question de vie ou de mort. B A BA de l’écriture du « plan média » : quand un média est utilisé par des leaders d’opinion du marché, il faut le maîtriser. Alors seulement entre en ligne de compte le coût de l’investissement : il faut disposer d’une maîtrise « satisfaisante » pour un coût aussi faible que possible.

En fait, comme pour toute nouveauté, ce n’est pas la raison qui fera entrer les médias sociaux dans l’entreprise, mais le panurgisme. On en est à la phase « early adopters ». La masse moutonnière des suiveurs se prépare. Non seulement, lorsqu’ils arriveront, il ne sera plus question de ROI, mais beaucoup d’entre eux investiront alors qu’ils n’auraient pas dû.

Compléments :
  • Plans médias, leaders, early adopters et suiveurs voir KOTTER, Philip, Marketing management, dernière édition.
  • L’exemple d’Orange Business Services, donné dans le livre, forme d’optimum ? Emploi important des ressources internes et de ressources gratuites (bloggers), en jouant au maximum sur leur motivation, mise à leur disposition de moyens peu coûteux (plates-formes de blog, réseaux…), etc.
  • Que l’octogénaire Bill Marriott ait été un pionnier des médias sociaux et que les directeurs de la communication surdiplômés soient incapables de comprendre de quoi il s’agit en dit long sur ce qu’est un entrepreneur (voir aussi ceci) et sur l’incapacité de l’enseignement à apporter autre chose que des complexes de supériorité ?

jeudi 3 mars 2011

États américains en faillite

« Collectivement, les 50 États américains font face à 125md$ de manque à gagner (…) Pire, les États, les comtés, les municipalités et les districts scolaires ont un passif de 700 à 3000md$ de retraites pour lesquels ils n’ont pas d'argent. »

Les gouverneurs américains veulent comprimer les salaires et les effectifs des fonctionnaires. Les Républicains, suivant l’exemple de Mme Thatcher, ont annoncé qu'ils vont détruire les syndicats, l’axe du mal. (Wisconsin and wider

Art Neandertal de la conduite du changement ?

Compléments :
  • Il semblerait que, par le passé, dans les mêmes circonstances, d’autres gouverneurs aient convaincu leurs fonctionnaires non seulement de réduire leurs salaires, mais aussi d’investir l’argent de leurs retraites dans les dettes de l’État. (Meanwhile, in New York...)
  • Bizarre. Alors que les malheurs des États européens suscitent les commentaires affligés des meilleurs économistes mondiaux, et de la presse internationale, pas plus eux que nos journalistes ne s’intéressent aux USA. 

Ministère de la culture postructuraliste ?

J’écoutais un homme de culture parler du ministère du même nom. D’après ce que j’ai compris (mais attention, je connais mal le sujet) :

Ce qu’il en disait ressemblait beaucoup à la description de notre diplomatie par nos diplomates : il n’en reste rien. Il n’y a plus de ligne directrice. D’où bourde sur bourde.

L’homme de culture pensait, bien dans la ligne de mes techniques, qu’il fallait faire émerger une stratégie en consultant le petit personnel du ministère, qui, lui, doit encore avoir quelques idées sur ce que signifie sa mission pratique.

Mais est-ce jouable ? me suis-je demandé. Jadis les profondeurs du classement, où se fait le travail des ministères, était occupé par de « jeunes camarades » qui se savaient promis à une belle carrière. Est-ce toujours le cas ? Si non, pourquoi le prolétariat ministériel fournirait-il un doublage à une classe sociale qu’il ne rejoindra jamais ? Et, un ministère peut-il se payer les services d’un cabinet de conseil ayant des juniors d’un talent suffisant pour extraire le savoir collectif, en faire une vision, en prétendant tout devoir à une méthodologie « en ing » que le client a eu le génie de choisir ?

Compléments :
  • En particulier, le ministère aurait été dépassé par la régionalisation. La « culture » régionale se serait affranchie de lui.
  • N.Sarkozy poststructuraliste?

Déchet toxique, exemples

J'ai consacré plusieurs billets au déchet toxique. Trop théorique ? Exemple.

Un directeur d’établissement supérieur voit ainsi le malaise de ses enseignants. Ils sont repliés sur leur discipline, sur eux-mêmes, incapables de s’adapter aux évolutions de la société. Alors qu’ils préparent leurs élèves à travailler pour l’entreprise, ils sont convaincus qu’elle est le mal. Ils sont consensuels, bien pensants, ils se veulent les amis de leurs élèves. Or ceux-ci arrivent mal structurés. Ils ne parviennent pas à trouver leur place dans l’établissement, et sont expulsés en grand nombre.

Incapable de proposer des formations utiles à l’économie, l’établissement est un échec. Pire : il est devenu un mécanisme d’exclusion, à l’exact opposé de sa mission d'éducation.

Qu’est-ce que le déchet toxique dans ce cas ? Les principes sur lesquels les enseignants sont construits sont en défaut. Ils sont le véhicule de ce qu’ils dénoncent. L’exclusion, c’est eux. Mais ils ne regardent pas la vérité en face. D’ailleurs, ils laissent à l’administration de l’établissement le soin des basses œuvres (sanctionner l’élève). Tous leurs efforts visent à se donner l’illusion d’une conscience vierge.

Pourquoi le déchet toxique concerne-t-il le changement ? C’est lui qui empêche l’établissement de remplir sa mission. En fait, le changement consiste à l’éliminer.

Cet exemple révèle aussi que les changements que nous vivons ne sont pas que locaux, propres à telle ou telle organisation. Ils sont sociétaux. La morale que nous a enseignée la société a un vice de fabrication. 

mercredi 2 mars 2011

Arnaque à l’emballage

Marketing jivaro ? Il semblerait qu’il soit devenu une pratique courante aux USA de réduire la taille des emballages, afin d’augmenter ses bénéfices sans changer de prix.

J’ai cru repérer quelque chose du même type, sur une échelle plus timide, en France. Des changements de packaging (bec verseur…) accompagnés de rétrécissement de contenu.

Une industrie qui prend son marché pour une collection de retardés mentaux est-elle durable ?

Amitié et réussite

L’amitié présente un « effet multiplicateur » sur la réussite de l’homme.

Vos amitiés adolescentes (vers 15 ans) sont des conditions de votre réussite. Si vous avez des amis et qu’ils réussissent, vous avez de fortes chances de réussir, vos études et votre vie. Et votre succès stimulera le leur…

Que les économistes s’intéressent désormais à l’influence de la société sur l’homme est un résultat imprévu de la crise. Hier, on pensait qu’il existait une poignée de surhommes et que la société leur devait tout, à commencer par des bonus monstrueux.

N.Sarkozy poststructuraliste?

N.Sarkozy serait-il un poststructuraliste ? Le billet précédent me pousse à m'interroger.

En éliminant les moyens de ce qu’il glorifie (l’école, la police, la justice…), en légiférant de manière aléatoire, il liquide toute possibilité d’organisation de la société selon un principe directeur. (Dernier exemple en date : la diplomatie.)

Dans ces conditions, il ne peut y avoir « d’autorité ».

Poststructuralisme

BELSEY, Catherine, Poststructuralism, A very short introduction, Oxford University Press, 2002. Introduction, pour les nuls, aux travaux de Derrida, Foucault, Lacan, Althusser, Barthes, Kristeva, Lyotard, Zizek.

Point commun, parmi ces travaux peu cohérents, le linguiste Saussure. Pour lui, nous interprétons un mot par rapport à son contexte, par différence.

Ainsi, pour le poststructuraliste, chaque société est semblable à un langage : elle a sa propre cohérence, qui n’est donc pas universelle. Si l’individu est sous la coupe, la marionnette, de cette culture aléatoire et de ses contradictions, il n’a aucune raison objective de lui obéir. Il n’y a aucune autorité absolue, aucun principe organisateur qui ait un droit sur l’individu. Il n’y a plus d’auteur (d’autorité), plus que des lecteurs (des interprètes).

Partant de cette idée les poststructuralistes ont réécrit l'oeuvre des auteurs qui leur semblaient importants, Marx, Freud…

    mardi 1 mars 2011

    L’UE redécouvre le marché unique

    Hier j’assistais à une conférence organisée par la CCIP et traitant d’Europe. Michel Barnier y est apparu.

    Une confirmation : l’UE n’a jamais bougé aussi vite que ces derniers temps. Il n’y a que la crise qui la fasse avancer. Par ailleurs, son discours serait passé de libéral à social. Mais on ne saurait toujours pas comment faire pour mener autre chose qu’une politique libérale.

    En fait, l’UE semble découvrir qu’elle a été victime des belles théories qu’elle prêchait et auxquelles elle était la seule à croire. Bref, elle a cru au père Noël et se réveille en calbute.

    Ainsi, elle parle maintenant de « réciprocité ». Le marché européen est parfaitement ouvert, alors que les marchés américains, japonais, indiens, brésiliens et chinois ne le sont vraiment pas. Il va falloir faire quelque chose… D’autant que les Chinois ont de fort méchantes politiques de subvention massive et de dumping qui balaient des pans entiers d’une industrie européenne crédule et incapable de s’unir.

    On découvre aussi que le marché unique aurait un gros potentiel de développement. Peut-être pourrait-il même nous sortir de la crise ? Mais, pour cela, encore faudrait-il qu'il soit. L’histoire est curieuse. Si je comprends bien, sous l’impulsion de la délicieuse Madame Thatcher, les nations de l’UE ont à la fois voulu un grand marché et « their money back », i.e. ne pas donner un kopeck à l'Union. Or, pour que le dit marché vive, il faut des routes, un système de brevets uniforme, des dispositions qui favorisent la mobilité… L’énorme paradoxe serait que le libéralisme aurait tué son marché en lui refusant l'investissement qui aurait permis de le construire. Et, que nous haïrions ce marché, alors qu’il n’a jamais existé, et qu’il nous serait bénéfique ! 

    Malheureusement, l’UE n’a aucun moyen. Signe des temps, le libéral Barroso se casserait la tête pour chercher à lui en trouver.

    Compléments :

    • Ajout postérieur (9 mars) : le parlement vote une taxe sur les mouvements financiers. Cette taxe va-t-elle réellement être adoptée ? Si oui, à quoi va servir ce qu'elle rapporte (200md€) - à fournir des revenus à l'UE ?

    Porte conteneurs et économie de marché

    Le transport maritime de conteneurs se porte très bien, par contre celui de gros (charbon, acier, céréales…) est en crise. Pourquoi ? Le premier est dominé par quelques entreprises, le second en compte une multitude : incapables de se coordonner, elles ont augmenté leurs capacités en même temps. L'offre est excessive.

    Désagréments de l’économie de marché plus à l'aise avec des biens de consommation qu'avec des bateaux ? La « main invisible » d’Adam Smith requiert du sang et des larmes ?...

    Le testament du docteur Mabuse

    Film de Fritz Lang, 1932.

    Au sujet de ce film, on parle du génie prémonitoire de Fritz Lang. Génie qui n’aurait pas échappé à Goebbels, qui interdit le film.

    Certes, mais il a été écrit par la femme de Fritz Lang, qui a ensuite adhéré au parti nazi…

    Je ne suis pas sûr que la réussite du film tienne, donc, à une personne seule. Elle est plus probablement due à la rencontre de circonstances multiples : esprit et pensée artistique du temps, événements, transition entre muet et parlant… et du talent d’un artiste. L'artiste interprète d'une culture et de circonstances ?

    D'ailleurs, Lang américain n'a-t-il pas eu une inspiration d’un tout autre ordre que Lang autrichien : du drame social il en vient au drame individuel ? Et l'artiste doit aussi se conformer aux contraintes du moment, marché américain ou diktat de Goebbels ?

    lundi 28 février 2011

    Thèmes du mois


    Par ailleurs, j’ai parlé des systèmes de santé occidentaux et de leurs problèmes, ainsi que de « déchets toxiques », je clorai ces chapitres le mois prochain.