samedi 26 février 2011

400.000 Français à Londres

400.000 Français vivent à Londres. Ils y viennent chercher la fortune (La City apprécie la formation de nos grandes écoles) ou l’aventure. Mais ils vivent beaucoup entre eux et font élever leurs enfants par l’école française. (Paris-on-Thames.)

The Economist parle d’une tradition qui remonte aux Huguenots. Je ne suis pas sûr qu’il ne faille pas aller plus loin. Depuis Guillaume le conquérant, l’Anglais considère la France comme les Juifs la Palestine, et le Français prend l’Angleterre pour le Far West. (Histoire de l’Angleterre.)

De l’irrationalité populaire

Le peuple (au moins américain) veut réduire les émissions de CO2, et de bien d'autres produits nocifs, mais par la loi et non par des mécanismes de marché. Or, ils sont plus efficaces et moins coûteux. En particulier, il semble allergique au mot « impôt », or le Parti républicain a habilement associé l’échange de droits à émettre du CO2 à un impôt…

Irrationalité du peuple semble conclure The irony of the tragedy of the commons.

Je me demande s’il ne devrait pas conclure à sa propre irrationalité. Car la supériorité des dits mécanismes a été établie, avec beaucoup d’efforts, par des gens très intelligents. Pourquoi devrait-elle être évidente à quelqu’un qui n’y a jamais réfléchi ? D’ailleurs comment faire confiance à des économistes alors qu’ils nous mènent en bateau depuis aussi longtemps ? 

Aristote et la démocratie

L’idée fondamentale d’Aristote est celle de constitution. Il ne s’agit pas de lois en vrac mais d’un petit nombre de principes directeurs. Cette idée à une conséquence contre-intuitive: 

On pense généralement que la démocratie c’est la voix du peuple. Or, lorsque le peuple s’exprime contre les principes de la constitution, il détruit la démocratie (et ce qui faisait qu’il était autre chose qu’une masse bestiale). Exemples :
  • Le peuple anglais s’est récemment prononcé contre le jugement de la Cour européenne des droits de l’homme.
  • Bruno Palier, dans son ouvrage sur les systèmes de santé, montre que le nôtre, sans le dire, a sacrifié l’égalité à la liberté de choix.

Ceci ne signifie pas que la voix du peuple est illégitime, mais qu’elle doit s’exprimer par rapport aux principes fondateurs et non en fonction de l’indignation du moment. La voix du peuple doit modifier la constitution, rejeter l’égalité ou les droits de l’homme, en connaissance de cause.

Compléments :
  • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.

vendredi 25 février 2011

Brainwashing

Le cerveau des sénateurs américains a été lavé par leur armée. Elle a étudié les techniques utilisées par ses ennemis lors des guerres du Vietnam et de Corée, et en fait maintenant un emploi systématique. D’abord sur ses prisonniers, ensuite sur ses élus.

Trait culturel américain ? Le juste a Dieu pour lui et la fin justifie les moyens ? (Sur ce sujet, voir la fin de ce billet.)

Avenir de l’Irlande

L’Irlande est dans un bien triste état. Je découvre qu’il y a encore peu, le pays était extrêmement pauvre ; qu’il avait cru se tirer définitivement d’affaire ; qu’il en était fier. Et qu’aujourd’hui il se voit remis à zéro.

Comment va-t-il s’en sortir ?  Encore plus de libéralisme ? Renégocier ses emprunts ; des gens pas chers et bien formés ; des taxes réduites au maximum (12,5% pour les entreprises). L’Irlande fournit une tête de pont idéale dans la zone euro aux multinationales étrangères ? (After the race.)

Et si le problème de l’Irlande c’était, justement, le libéralisme ? Un pays peut-il n’être qu’un marché ? Ne doit-il pas développer ses propres savoir-faire ? Mais peut-il y parvenir sans investir ? 

Incendies

Film de Denis Villeneuve, 2010.

De jeunes Libanais à l’accent québécois enquêtent sur le passé de leur mère, et de son pays.

Où l’on voit à quel point la raison humaine est fragile, et combien il en faut peu pour que l’individu le plus respectable et la société la plus civilisée (le Liban était la « Suisse du Moyen-Orient ») sombrent dans la haine et le chaos. 

jeudi 24 février 2011

Libye

Un ancien diplomate américain explique que la Libye est un assemblage de provinces de cultures différentes.

Problème : une fois Kadhafi parti, il ne semble pas qu’il y ait de mécanisme social capable d'éviter le chaos...

Cloud spot

Ouverture d’une bourse de la capacité informatique à louer. (A market for computing power.)

La durabilité de la ressource (puissance de traitement informatique libre) n’étant pas garantie, cette bourse serait utile à des usages sans lendemain (tests…). 

Déchet toxique individuel

Dans mon précédent billet sur le déchet toxique, j’ai laissé entendre qu’il ressortissait à un problème organisationnel, et qu’il fallait le traiter comme tel. Mais la vie n’est pas aussi simple que cela. Il est rare que l’on vous laisse mettre le schéma de l’organisation sur la table, pour le modifier. Un changement démarre souvent par un « problème périphérique ». Une question secondaire et innocente. En menant l’enquête on peut se trouver face à un « déchet toxique » que l’on ne soupçonnait pas, à savoir une personne qui n’est pas à sa place.

Le danger qu'il présente est grand. Il s’appelle « l’effet Tartuffe ». La personne est consciente qu’elle abuse la société. Mais si cela est révélé tout ce qui faisait sa vie, c'est-à-dire l’estime que son cercle social avait pour elle, et surtout son amour propre, s’effondrent. Elle n’est plus rien, elle est virtuellement morte. Tuer le changement et son porteur est alors une question de légitime défense.

Que faire ? La situation de Tartuffe n’est pas agréable. Il sait que les esprits forts le critiquent dans son dos. Si seulement il pouvait faire autrement… Par conséquent, s’il vous trouve utile, il peut être amené, petit-à petit, à vous parler des désagréments qu’il vit. Alors, la technique du feedback du billet précédent s’applique. Montrez lui que ses difficultés viennent d’un dysfonctionnement organisationnel, non de lui ou des autres. Placé différemment, avec une autre vision de son rôle, il serait efficace, apprécié et heureux.

mercredi 23 février 2011

Big Facebook is watching you

Facebook serait utilisé pour sélectionner (éliminer) des jurés, lors des procès américains.
Quelle est la corrélation entre ce que l’on peut interpréter de Facebook et l’aptitude d’une personne à en juger une autre ?

Surtout, le modèle économique de Facebook semble devoir être celui de l’exploitation des données personnelles. Ne se prête-t-il pas naturellement à des applications contraires aux intérêts des membres de Facebook ? Contradiction fatale ? (La seule rumeur n'est-elle pas suffisante, d'ailleurs, pour causer des dommages irréparables à la réputation de Facebook ?)
Interrogé par Le Monde, M. Appelbaum met en garde les jeunes étrangers qui racontent leur vie avec insouciance sur les réseaux sociaux: "Si vous êtes sur Facebook, bienvenue dans le monde de l'hégémonie américaine!" Il rappelle que le business model de ces entreprises est fondé sur le stockage et l'analyse des données personnelles de leurs utilisateurs, puis il raconte une anecdote : un jour, il se rendit dans les locaux de Facebook en Californie pour un entretien d'embauche (qui n'aboutit pas). Là, il bavarda par hasard avec un homme disant travailler pour une agence fédérale qui était en train d'installer un système d'inspection des serveurs de Facebook. (Article.)

Hollywood überalles

Les films d’Hollywood gagneraient plus à l’étranger que sur leur territoire. Ce qui orienterait leurs choix de sujets. « Ce sont les gros spectacles bruyants qui voyagent le mieux ». (Bigger abroad.)

Les productions locales doivent-elles choisir ce que ne font pas les Américains ? Par exemple la comédie ?

Déchet toxique : les causes

Suite de mon billet sur le déchet toxique. En fait je ne l'approuve pas. Non, les organisations ne génèrent pas naturellement du stress. Dès mon premier stage (dans le BTP), il y a 30 ans, j’ai remarqué que sa cause était le dysfonctionnement organisationnel. Les procédures de l’entreprise n’étant pas correctement conçues, l’homme s’épuise pour compenser leur inadaptation.

Or, il est étonnamment fragile et peu adaptable. Je suis frappé, par exemple, de l’épreuve que constitue très souvent un simple changement d’employeur (surtout si c’est le premier), ou de poste. Mécontentement, perte de repères, sentiment d’injustice, de piège… rien ne va plus. Les conséquences peuvent être terribles et brutales : amaigrissement, maladie, vie privée détruite…

Si c’est un problème d’organisation pourquoi ne le résout-on pas ? Parce qu’on ne le perçoit pas. Nous pensons que « l’enfer c’est les autres ». Cette explication nous satisfait  et nous attendons que la statue du commandeur vienne nous débarrasser de l’axe du mal, que les prochaines élections remplacent notre président de la République, qu’une délocalisation bien menée nous libère de nos ouvriers français, ou que l’on nous donne le pouvoir qui nous permettra de faire un nettoyage ethnique salutaire.

Pour traiter le déchet toxique il faut sortir de l’obsession du règlement de compte. La cause de nos malheurs n’est pas un individu, mais l’organisation de notre travail. Alors, on peut utiliser le « feedback de groupe » : on fait un diagnostic des dysfonctionnements de l’entreprise et on le présente à une « task force », sorte de résumé de l’entreprise, en lui demandant de trouver des mesures organisationnelles qui les éliminent. Une fois un plan d’action détaillé conçu, il suffit de l’appliquer.

Compléments :
  • Dans Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, j’explique le feedback de groupe plus en détails, et montre son application dans le cadre d’un exemple qui forme la partie centrale du livre.

mardi 22 février 2011

La Chine exploite la bulle ?

Consensus, au moins chez certains, selon lequel une petite bulle Internet se regonflerait. Facebook, en particulier, serait massivement surévalué.

Cela explique-t-il pourquoi les Chinois veulent introduire à la bourse américaine leur version de Facebook ? (article.)

Êtes-vous un entrepreneur ?

Comment pense l’entrepreneur ? à l’opposé du dirigeant professionnel.

Le second définit une direction puis la suit méthodiquement. Le premier est un champion du hasard. Il est mû par lui, même. Il exploite au mieux, en fonction de ses compétences et de ce qu’il a accumulé, tout ce qui passe à proximité. Ce n’est qu’a posteriori que l’on comprend la logique de ce qu’il a fait.

Les écoles de management (MBA…) apprennent à ne pas être un entrepreneur.

Médecine allemande, la victoire de la raison ?

Modèle de régulation négociée allemande :
Les représentants des médecins participent à la négociation du budget consacré aux dépenses de santé, le montant des honoraires est ajusté en fonction de l’activité totale des médecins au sein du budget limité.
(…) Le bon fonctionnement de l’ensemble repose sur un système de représentation des professions médicales légitime, unifié et responsable (autant de qualités qui manquent en France). (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
Dans la foulée du billet précédent, doit-on voir le triomphe de la raison dans le fonctionnement du système de santé allemand, qui s’autorégule ?  (Ce qui n’est peut-être pas surprenant, au pays de Kant ?)

Le système allemand semble un peu plus efficace que le nôtre, il coûte un peu moins cher pour des résultats, peut-être, un peu meilleurs (en termes « d’années potentielles de vie perdues en 2006 »). Mais le système de santé japonais coûte bien moins cher que tous les autres (la moitié de l’américain), et les Japonais ont l’air de bien se porter, longtemps… L’individualisme serait-il mauvais pour la santé ?

Médecine américaine, notre modèle

Les États-Unis présentent une situation paradoxale qui illustre la notion de choix dans le système de santé. Le système a progressivement exclu un nombre croissant d’individus du fait des augmentations des primes d’assurance, mais ceux qui sont assurés préfèrent payer plus de primes et garder le choix de leur assurance plutôt que de devoir payer plus d’impôts pour un système public universel. Les médecins américains ont longtemps préféré s’allier aux assureurs privés plutôt que de passer sous la coupe de l’État au nom de la liberté de leurs pratiques, et ils se retrouvent aujourd’hui contrôlés dans le moindre détail de leurs agissements par des assureurs soucieux de rentabilité financière. Le second paradoxe tient à la situation d’exemplarité que semblent avoir certaines expériences américaines au niveau international. (PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.)
C’est effectivement curieux. Une volonté farouche de liberté conduit à l’esclavage et à l’exclusion. Et nous admirons et copions un système qui ne fonctionne pas.

C’est la défaite de la raison.

D’ailleurs, qu’est-ce que la raison ? Comprendre qu’il est dans notre intérêt que notre comportement suive des règles qui maximisent l’intérêt collectif, et adhérer volontairement à ces règles ?

lundi 21 février 2011

En attendant la crise ?

« La gestion de l’économie par l’attaque cardiaque fiscale n’est pas un remède très prudent. » dit The latest cop-out.

Les hommes politiques américains évitent avec soin les mesures impopulaires. Du coup, pas de réduction de déficit possible, avant une crise à la Grecque.

Sans crise un changement est difficile, effectivement. Mais la crise ne résout pas tout. Encore faut-il être prêt pour y répondre. Et alors, il y a peu de temps pour une réflexion démocratique (cf. la façon dont fut exploité l’attentat du 11 septembre). 

En tout cas, l’affaire révèle qu’il n’y a pas beaucoup d’hommes d’État parmi les élus américains.

Changement en Angleterre (suite)

Il y a quelque chose de surréaliste dans les réformes du gouvernement anglais. On baigne dans un idéalisme d’un autre monde. Mais je semble le seul de mon point de vue (avec Michel Rocard). La population anglaise ne fait que résister au coup par coup, sans remettre en cause la philosophie générale des menées de ses dirigeants. Comment tout ceci va-t-il finir ?

Dernier épisode : réforme du découpage électoral. Application d’une idée que j’avais lue chez John Stuart Mill (mais qui remonterait à Burke) : attacher un élu à un nombre fixe de représentés.

Problème. Cette vision purement individualiste nie la dimension culturelle (donc géographique) du besoin de représentation démocratique. C’est ainsi que le nouveau découpage électoral donnait, 1,5 élu à l’île de Wight (l’autre moitié représentant des habitants de l’île principale). (All Wight now.)

MEDEF et presse

Frédéric Chevalier « responsable du numérique au MEDEF » explique pourquoi le MEDEF invite des bloggers à son université d’été :
Toute une partie des journalistes présents sont à l’affût de la petite phrase (…) Et ils n’entrent pas dans le fond des sujets, ni dans le fond des thèmes que l’on aborde. Ils viennent avec leur agenda et leurs préoccupations politiques du moment.
(…) alors que les médias sociaux permettent d’ouvrir le débat.
Le journaliste n’est qu’idées préconçues ? Il est incapable de la moindre remise en cause, de la moindre enquête ? Dans ces conditions, doit-on s’étonner que la presse soit en crise ?

Compléments :
  • Tiré de KABLA, Hervé, GOURVENNEC, Yann, Les médias sociaux expliqués à mon boss, Kawa, 2011.
  • Dans l’interview de Frédéric Chevalier on découvre, que, curieusement, les 80 premiers bloggeurs à s’être présentés à l’université du MEDEF, en 2007, étaient des fans de N.Sarkozy.
  • Ce que dit l’Ambassade des USA sur le journaliste français. 

dimanche 20 février 2011

Israël menacé

Israël encerclé ? Menacé par la démocratisation des régimes arabes ? Surtout, les Européens et les Démocrates américains (y compris juifs) lui seraient peu favorables. Il ne resterait de ferme que l’appui des conservateurs américains. (Encircled by enemies again?)

Israël serait-il victime d’une forme de fondamentalisme qui s’entendrait mal avec les démocraties et les libéraux ?

En tout cas, l’article conclut :
Certains médiateurs pensent qu’un environnement moins amical, à la fois dans la région et à l’étranger, est le seul moyen de pousser Israël à donner aux Palestiniens un État digne de ce nom.

Banquier menacé

Jusqu’ici le banquier d’affaires a défendu son salaire avec un remarquable succès. Mais voilà la conjoncture est difficile et le poids de son salaire sur le résultat des banques se voit comme le nez au milieu de la figure.

En fait, ce qui plombe leurs comptes est l’augmentation de leurs garanties, imposée par les régulations internationales anti risque systémique. (The big squeeze.)

Alors était-ce ce risque excessif qui, en créant une prospérité artificielle, permettait de masquer la démesure du salaire des banquiers ? Doit-on en déduire que la défense de leurs avantages acquis va conduire les banquiers à un baroud d’honneur de coups tordus ?

Philosophie modeste

Avec la disparition de la cité grecque « la philosophie perd sa mission de constitution pour devenir directeur des âmes ». Elle passe de Platon et Aristote à l’épicurisme et au stoïcisme. (JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989.)

La philosophie s’adapte au périmètre sur lequel l’homme a un pouvoir ? Lui-même, en désespoir de cause ?