samedi 19 mars 2011

Le nucléaire a-t-il un avenir ?

Nous avons besoin du nucléaire, il est peu dangereux (il tue moins que les mines de charbon), mais seuls les régimes non démocratiques vont continuer à y investir, alors que seule la démocratie présente la transparence qu’exige la gestion d’une centrale nucléaire. Voici ce que, en substance, dit The Economist.

Bref, quitte à sauter avec les Chinois, autant profiter du nucléaire en attendant.

En fait, je ne crois pas que notre démocratie soit aussi transparente que nous le pensons. Article après article les économistes ne se lamentent-ils pas de ce que leur science a été kidnappée par la finance, et a produit 30 ans de débilités sans nom ? Ne nous dit-on pas que c’est l’industrie pharmaceutique qui contrôle l’État ? Le néoconservatisme, le mouvement qui a le plus marqué l’Occident ces dernières décennies, ne prône-t-il pas le lavage de cerveau ?... 

We want sex equality

Film de Nigel Cole, 2010. Film sur le changement. Et clin d’œil à notre époque de syndicalisme et de solidarités moribonds… ?

Au fond, comme le dit un des personnages, c’est un film sur ceux qui font l’histoire. 68. Une ouvrière, humble et ordinaire, se rebelle contre l’injustice ambiante. Elle entraîne avec elle son atelier. Or, leur grève met au chômage une énorme usine Ford. Ford plie et leur accorde leur revendication. Le précédent force, partout dans le monde, les entreprises à payer le même salaire pour un même travail.

Seul problème : la grève a existé, mais pas le personnage principal.

D’ailleurs, je ne pense pas qu’une personne fasse l’histoire. Nos idées évoluent plus vite que nos comportements, jusqu’à ce que l’écart devienne insupportable. La révolte peut alors partir de n’importe où. Et quand elle démarre, elle tend à avoir un leader, comme beaucoup de mouvements de groupe. Il semblera, plus tard, avoir fait l’histoire.

Ma théorie n’enlève rien au mérite de cette poignée de révoltées (ou à celui de ceux qui se font massacrer au Moyen-Orient). Peu de gens ont le cran de défendre nos idées.

Compléments :
  • L’idée de l’égalité homme femme n’est pas récente. Mais au 19ème on avait tourné la difficulté en disant qu’ils étaient égaux du fait de leurs différences, qui les rendaient complémentaires. Une égalité plus poussée était-elle impossible à l’époque ? (Voir Histoire du mariage.)
  • Il devient habituel de transformer un titre anglais en un autre. (Titre original : made in Dagenham.) Évolution des temps.

vendredi 18 mars 2011

Disparition des classes moyennes ?

On parle beaucoup de la mise au chômage des « qualifications intermédiaires » aux USA.

Paradoxalement elle est beaucoup plus forte en France qu’en Amérique. Par contre, les basses qualifications semblent peu touchées.

Si les qualifications intermédiaires sont liées aux classes moyennes, qu’en conclure ? Lien avec la popularité de Marine Le Pen ? 

Mediator et dangers de la médecine

Le drame du Mediator suscite un rapport sur les dysfonctionnements de la médecine.

Il semble confirmer qu’il y a un lien entre le coût de notre médecine et le danger qu’elle présente. « il faut en revenir à une médecine humaine, personnalisée, sobre et la moins chère possible ».

Il y aurait une quantité de « molécules inutiles » (1500 !), « 12% des molécules sur le marché français sont potentiellement dangereuses ». « Il faut être extrêmement prudent avec cette masse de médicaments et les risques d’interactions ».

Quant aux mécanismes de contrôle supposés nous protéger, ils sont ridicules et inquiétants.  « Ces experts doivent être des experts (…) aujourd’hui, ils sont 3500 ; il en faut 40, mais hyper compétents et responsables de leurs prises de décisions ». Qu’est-ce qui peut bloquer une réforme ? « les pressions de la haute administration, qui a fait son jardin de toutes ces agences sanitaires ».

Sport : l’avantage à domicile expliqué

Pourquoi les équipes sportives tendent-elles à gagner à domicile ? Des scientifiques semblent avoir trouvé une explication : l’arbitre.

À jugement équivalent (coup franc, carton rouge, prolongation…) l’arbitre tend à être plus favorable à l’équipe qui reçoit qu’aux visiteurs. L’arbitre serait (inconsciemment) à l’unisson de la foule.

Et l’hypothèse se vérifie (en partie) : si l’on vide le stade des supporters de l’équipe locale, le phénomène s’estompe. (The referee's an anchor)

jeudi 17 mars 2011

Nucléaire : logique erronée ?

J’entends dire que les ingénieurs japonais sont innovants dans leur lutte contre le réchauffement de leur centrale. Ils sont sortis des sentiers battus.

Je me demande si notre erreur dans la gestion du nucléaire n’a pas été de concentrer toutes notre attention sur la prévention des accidents. Car, l’accident est toujours possible.

Du coup, il se peut que l’on n’ait pas développé deux compétences importantes en cas d’accident : la capacité d’adaptation (disposer de moyens surdimensionnés d’où l’on peut tirer des solutions de secours) et l’entraînement (de ceux qui doivent résoudre le problème). 

Libye ou l’indécision

Après avoir hésité, l’Amérique opte pour une intervention militaire musclée en Libye.

Je me demande si les hésitations de B.Obama ne sont pas du même type que celles de Mme Merkel. Il n’a pas d’idéologie bien définie, et doit construire sa décision, et sa réflexion, à partir d’éléments contradictoires.

Ces éléments sont, en particulier, la bonne volonté d’autres nations.

Le syndrome européen a gagné le monde : rien ne s’y décide plus sans les autres - et ça prend du temps ?

Peut-être faudrait-il penser à inventer une méthode de négociation qui accélère l’émergence d’un consensus mondial ? 

Heureux comme un dictateur en Angleterre

Si vous êtes un riche (impératif catégorique) dictateur ou oligarque en quête de respectabilité, venez en Angleterre, dit The Economist.
  • Il existe des techniques imparables qui feront de vous un membre admiré et fêté de son élite. Par exemple, mettre vos enfants dans les meilleures écoles, et fréquenter les parents d’élèves, ou financer un Think tank, ou acheter quelques membres la famille royale (leur présence attirera la bonne société)…
  • Cependant, vous devez éviter le peuple ou certaines universités : ils ne pardonnent pas le passé. (Glitzkrieg.)

Étrange article et bien curieux phénomène. L’argent a-t-il une telle importance pour la classe supérieure anglo-saxonne qu’il étouffe toute morale ?

Logique du libéralisme

Le libéralisme, dans son acception moderne, semble une forme de conservatisme. Il cherche à faire que ceux qui profitent le plus de la société ne soient pas dérangés. Pour justifier ce statu quo, il a utilisé une série d’arguments, qui ont pour objet de démontrer que l’organisation sociale est optimale, voire naturelle :
  • Les droits de l’homme et la démocratie (dans la logique grecque où l’homme libre – comme l’esclave - l’est par nature).
  • La science. Darwinisme social et génétique. (Ceux qui dominent la société sont les meilleurs.)
  • La théorie du marché. Le marché s’autorégule, y toucher produit un résultat sous-optimal. (Idée fixe de l’économie depuis sa fondation par Adam Smith.)
Chacun de ces arguments a été retourné. Le peuple a exigé que les droits de l’homme et la démocratie soient appliqués à tous. La science nie les conclusions individualistes (l’homme est un animal politique oui social, pas un loup solitaire). L’expérience montre, à répétition, que le marché ne produit pas le meilleur des mondes, mais la crise, ou le monopole, une forme de régulation totalitaire.

Je me demande si le néoconservatisme ne représente pas le chant du signe du mouvement. Il a deux idées fortes. Le droit naturel (il est « évident » que certaines règles doivent diriger la société) et la bataille des idées (il faut convaincre le peuple de son infériorité naturelle par lavage de cerveau). Autrement dit, après avoir pensé que la raison était son alliée, le libéral voit maintenant son salut dans la manipulation.

Compléments :
  • L’idée générale de ce billet a été développée par les solidaristes au 19ème siècle.
  • Sur les droits de l’homme : Michel Villey.
  • Sur le néoconservatisme français : Pensée anti 68. Sur les fondations du néoconservatisme anglo-saxon : Ayn Rand.
  • Sur le droit naturel : Leo Strauss.
  • Certaines branches du protestantisme affirment que celui qui réussit sur terre est un élu de Dieu. Maintenant que la raison est défaite, cette idée va-t-elle être ressuscitée ? (TAWNEY, R. H., Religion and the Rise of Capitalism, Transaction Publishers, 1998.)

mercredi 16 mars 2011

Quel est notre avenir ?

On demande aux enseignants anglais de détecter les ferments subversifs dans les dissertations de leurs élèves, disait la BBC. Inattendu de la part d’un pays qui vend les tickets des Jeux Olympiques aux plus offrants (la loi de l’offre et de la demande, vous savez).

Depuis ses origines ce blog pense que notre monde oscille entre deux extrêmes. L’un dit que l’individu est tout, l’autre qu’il n’est rien sans la société. L’après guerre a été la victoire du second, l’après 68 celle du premier. L'après 2008 me semble être un nouveau retour de balancier. Je pense même qu’il est bien engagé.

Ce qui m’étonne depuis longtemps est que 68 fut un mouvement de beatniks dénudés, et qu’il a fait triompher le marché, l’argent, et une classe ultra-riche et ultra-matérialiste. Est-ce fatalement cela l’individualisme ?

J’ai fini par ne pas le penser. Il me semble, comme je l’observe dans l’entreprise, que le changement « sourit à l’esprit éclairé ». La dislocation sociale de 68 a profité aux puissances économiques, parce qu’elles étaient fortes, déterminées et concentrées sur un objectif simpliste. De même l’après 45 a été technocratique, parce que la science avait gagné la guerre. Elle a donc imposé sa marque à la réaction « collectiviste » du monde aux affres de l’individualisme post 18.

À quoi ressembleront les 30 prochaines années ? Quelle est la force qui leur imposera sa forme ? Pas évident.
  • Les pays émergents ? Ils ne semblent pas avoir de philosophies propres (sinon se replier sur eux, pour l’Asie ?).
  • Les fondamentalistes ? Les exemples de MM.Ben Laden, Bush, Cameron ou Sarkozy semblent nous dire que le fondamentalisme ne donne au mieux que le Jihad ou le chaos.
  • Il est possible que notre collectivisme, répondant à des excès moindres que ceux d’avant guerre, soit modéré. Il sera probablement inspiré, comme les précédents, par des idées (et des individus) simplistes. Ce sont celles qui passent le mieux. 

Incompétent gouvernement irlandais ?

L’Irlande pense que le prêt européen l’asphyxie. Son nouveau premier ministre était venu demander, au dernier sommet de la zone euro, un adoucissement des conditions qui lui sont faites. Il est parti bredouille, contrairement à la Grèce.

Ses électeurs vont certainement accuser une Europe jalouse de la liberté irlandaise. En fait, il semblerait plutôt que le dit premier ministre n’ait qu’à s’en prendre à lui-même : l’Europe ne lui aurait demandé que de faire le bon bruit, il n’aurait su que jouer les matamores. (Un de mes amis appelle cela une « crash stratégie ».)

Conséquence d’une alternance trop rare ? En 80 ans l’opposition irlandaise n’a quasiment jamais régné, pas étonnant qu’elle soit mal préparée. Il reste à espérer qu’elle sera capable d’apprendre…

Dell, HP, et les changements du secteur des technologies de l’information

Le PC est attaqué par les terminaux portables et le cloud computing. Les entreprises du secteur des technologies de l’information se « verticalisent », elles multiplient les métiers. Logiciel, matériel, services… (Rebooting their systems)

On achète et on vend. Mais crée-t-on ? 

Nous sommes tous des entrepreneurs ?

Discussion avec un ami. Nous nous lamentons sur la dureté de notre sort. Mais nous devons reconnaître que notre environnement ne nous est pas hostile. Il faut se battre.

Je réalise que notre vie est celle d’entrepreneurs. Nous ne sommes pas maudits. Mais nous ne l’avons pas voulu. Nous avons été élevés dans la France administrative de l’après guerre qui a fait de nous des fonctionnaires par nature. Maintenant que l’État se dissout, il faut en assumer les conséquences.

Nous sommes représentatifs de la France. Nous voulons le libéralisme quand il concerne les autres, tout en nous plaignant de ses effets quand il nous touche. Ce que nous pensons le bien et le mal est inculqué par la société de notre enfance. Nous croyons que ce sont des lois naturelles que rien ne peut altérer. Or, la poursuite de notre intérêt immédiat, qui nous semble aussi un droit, les contredit.

Compléments :
  • Autre illustration. Les entreprises désirent une réduction de leurs charges sociales, tout en exigeant d’être protégées de la concurrence internationale, ou qu’on leur réserve des marchés – « small business act à la française », etc.

mardi 15 mars 2011

Nouvelles énergies ou nouveaux comportements ?

L’accident nucléaire japonais, en espérant qu’il ne devienne pas Tchernobyl II, pose un problème difficile.

Ce type d’accident tend à refroidir les ardeurs nucléaires des gouvernements pour vingt ans. Le monde, et en particulier le Japon, et les pays émergents (et la France ?) vont donc devoir trouver en urgence d’autres idées pour générer de l’énergie.

D’autant plus que l’on découvre que le nucléaire n’a pas que la radiation comme inconvénient, mais aussi qu’il a besoin d’énormément d’eau. Pas commode à une époque de pénurie.

Alors, énergies renouvelables ? Pas sûr qu’elles soient à la hauteur des besoins.

Je me demande s’il ne faudra pas plutôt chercher à consommer moins, grâce à l’innovation technologique, mais principalement en changeant nos comportements collectifs.

Changement difficile, certainement. Beaucoup de monstres multinationaux s’enrichissent de notre gaspillage et ne se laisseront pas faire sans combattre. Ce sont les discrets inconvénients du laisser faire de l’économie de marché.

Compléments :
  • Parmi ces comportements collectifs, il y a la « supply chain », invention de génie de notre élite économique. Il s’agit d’un circuit d’approvisionnement qui cherche le moins disant partout où il peut le trouver (grâce à lui on a délocalisé en masse, et les poulets parcourent le monde).

Bataille d’Angleterre

Suite de la chronique de la réforme de l’Angleterre par M.Cameron.

Dans cet épisode, il s’emporte contre son administration, qui vide ses réformes de leur sens. D’ailleurs il a décidé de la détruire. Bizarrement, il veut imposer du centre la décentralisation, et l’initiative individuelle, en force.

Son opposition aurait choisi d’attaquer son incompétence, plutôt que de montrer l’effet dévastateur de ses idées.

Compléments :
  • Doit-on voir dans la réaction de l’administration anglaise une illustration des théories de M.Crozier, selon lesquelles les organisations résistent au changement (à leur destruction ?) par une forme de grève du zèle ? (Michel CROZIER, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.)

Chasse à l’homme

Film de Fritz Lang, 1941.

Curieuse fin, qui s’explique par les temps qui couraient alors. Le film semble un bizarre mélange de genres : Londres noire, pavée, et pluvieuse à la Dickens, tribunal de malfrats issu de M.Le maudit… En tout cas, les méchants sont infiniment plus réussis que les bons.

Je me suis demandé si ce n’était pas une critique, féroce, de l’Angleterre. On la voit demeurée à l’ère victorienne, avec, notamment, une invraisemblable division de classes.  La classe dirigeante est faite de sportsmen vains, poursuivant l’art pour l’art, et prisonniers d’un univers intellectuel qui les aveugle. Ils ont été incapables de comprendre la montée d’une Allemagne froide, efficace et résolue. Mais, peut-être est-ce cette irrationalité d’un autre siècle, et la brutalité du réveil, qui fera de la Grande Bretagne un ennemi redoutable ?

lundi 14 mars 2011

Tremblement de terre japonais et libéralisme

Le plus grand drame connu par le Japon depuis la seconde guerre mondiale, dit le premier ministre japonais du tremblement de terre vécu par son pays (qui était pourtant exceptionnellement bien préparé).

Nous avions oublié que nous n’étions pas grand-chose face à la nature. Comme le rappelle Pierre Manent, l’obsession du libéralisme est que l’homme n’asservisse pas l’homme. C’est pourquoi le libéralisme financier lui cherche des maîtres qui ne sont pas humains (les marchés).

Ce que cette catastrophe nous rappelle est que l’homme doit compter avec la nature, et pour cela, qu’il doit faire preuve de solidarité pour sauver sa peau, et son espèce. Et que la main invisible du marché ne le sauvera pas par miracle.

Accident nucléaire au Japon

Pourquoi les centrales nucléaires japonaises explosent-elles ?

Les systèmes de refroidissement ne fonctionnent pas.

Problème habituel, me suis-je dit en me rappelant mon expérience du contrôle technique : les équipements de secours ne redémarrent jamais. D’ailleurs c’est pour cela qu’on ne les contrôle pas ! Eh bien non. Tout a remarquablement bien redémarré, si j’en crois Wikipedia. Ces Japonais avaient fort bien fait leur travail.

Mais ce qui a mis le système à plat, c’est le tsunami et ses conséquences (la centrale est en bord de mer - l'eau de mer sert au refroidissement).

Bien sûr, ne pas avoir prévu qu’il puisse y avoir tsunami au Japon est une erreur grossière. Mais, elle est humaine, elle montre à quel point l’entendement humain est extraordinairement limité.

Malheureusement cette loi de la nature n’a pas pénétré l’esprit de notre élite intellectuelle. Combien de temps faudra-t-il attendre pour qu’elle nous dise à nouveau que nos centrales ont une chance sur des milliards d’avoir un pépin ou que les marchés s’autorégulent, ou quelque nouvelle baliverne ?

Compléments :
  • Si on ne contrôle pas les installations de secours, c’est parce que, pour cela, il faut stopper les installations principales. Or, si le secours ne part pas, on se trouve dans une situation périlleuse (penser à une usine chimique). En fait, il existe une solution : 1) se convaincre qu’il est impératif de contrôler les installations de secours ; 2) se préparer à un incident (quand on y met les moyens adéquats on sait effectuer le contrôle sans difficulté). 

Gouvernement européen

Le dernier sommet de la zone euro semble annoncer un mécanisme de régulation des politiques de ses membres.

Mécanisme économique. Stratégie globale, mise en œuvre locale. Mutualisation des dettes en échange de rigueur. L’Irlande résiste. (Billet.)

La zone euro s’éloignerait-elle du chaos d’une zone de libre échange pour se rapprocher de l’organisation d’une société ? Va-t-elle entraîner le reste de l'UE (billet précédent) ?

L’Angleterre prisonnière de l’Europe

The Economist est extrêmement inquiet. L’Allemagne est passée à l’ennemi, plus rien n’empêche la zone euro de se solidifier en un bloc hostile au libéralisme débridé.

La crainte n’est pas nouvelle, mais The Economist développe un argument inattendu. Même si elle s’extrait de ce bloc, l’Angleterre en sera prisonnière. Car elle doit vivre avec et sera obligée d’appliquer ses lois. (C’est effectivement le cas pour la Suisse, et, semble-t-il, aussi pour la Norvège). (Can Angela Merkel hold Europe together?)

L’Angleterre doit-elle renouer avec une stratégie vieille de 5 siècles : susciter la zizanie sur le continent ?

Mais le plus intéressant n’est pas là. Pendant des décennies on nous a dit qu’il fallait déréglementer sous peine d’être détruits par la concurrence mondiale. Or, en fait, réglementer avec une détermination suffisante a l’effet inverse. Dans ce domaine, la prédiction est auto-réalisatrice.

Censure et journalisme

Dans une conversation avec une journaliste du Figaro, il  y a quelques mois. J’ai abordé, par hasard, la question de l’élimination des qualifications intermédiaires par les systèmes d’information. Brutalement, j’ai eu l’impression de sentir le soufre. J’ai argué qu’il n’y avait là rien de révolutionnaire, que toute la presse anglo-saxonne en débattait, et que The Economist, par exemple, n’avait rien d’un journal trotskyste… Heureusement, un de ses amis, qui vit aux USA et qui se trouvait être arrivé entre temps, a confirmé mes dires. En tout cas une telle nouvelle ne pourrait jamais être imprimée par le Figaro.

J’ai eu le même type d’aventure avec Le Monde. Avant que les suicides de France Télécom aient les conséquences qu’on leur connaît, j’avais fait remarquer à une autre journaliste que les techniques qui semblaient y avoir été utilisées ressemblaient à celles des cabinets de conseil en stratégie anglo-saxons. (Elles ont fait l’objet de nombreuses publications.) Et que ces techniques ayant pour conséquence la dislocation du lien social – cause de la résistance au changement, c’était un facteur favorable au suicide de gens fragiles. J’ai vite compris que celui qui écrirait ce type de choses se retrouverait au fond de la Seine avec du béton aux pieds. J’ai prudemment remballé mes idées subversives.

Je trouve plusieurs paradoxes fascinants dans ces observations. 1) Ne s’attendrait-on pas à ce que les journalistes lisent les journaux étrangers ? 2) pourquoi ai-je eu l’impression d’être dangereux, alors que je ne faisais que citer des sources anciennes que n’importe qui peut vérifier ?

En fait, je crois que le problème est général. Nous jugeons en fonction d’un ensemble d’idées reçues qui définissent ce qui est bien ou pas. Nous ne pensons pas. Et la presse ne fait que diffuser ces idées reçues. C’est une forme de censure.

Mais elle n’interdit pas le changement. Elle impose simplement qu’il soit exprimé d’une façon qui ne heurte pas ce qu’Edgar Schein a appelé les « valeurs officielles ». D’ailleurs, il existe dans la société des personnes dont le rôle est d’être écoutées. Un leader d’opinion patenté (cf. l’ami de la première journaliste) fait évoluer les idées reçues. 

dimanche 13 mars 2011

Changement en Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite serait le principal barrage à la démocratisation du Moyen Orient. S’il craque, les régimes environnants seront emportés par les forces démocratiques, en premier lieu l’Iran et la Palestine. Et l’Amérique n’aura plus de raison d’avoir une politique pour la région.

Qu’est-ce qui empêche une transformation du pays en une monarchie constitutionnelle ? L’anxiété d’apprentissage des 7000 princes qui vivent à ses dépens. (Article.)

Deux réflexions :
  • L’Arabie Saoudite paraît avoir la mission d’étendre ses valeurs au monde (billet précédent). Sa résistance au changement pourrait être très supérieure à ce qu’envisage l’auteur de l’article.
  • Dominos de George Bush ? La démocratie gagne le monde. S’il avait, peut-être, vu juste, il a mal joué. Ses initiatives ont freiné le mouvement, et les USA sont à tel point enlisés qu’ils ne peuvent plus mettre leur armée au service de quelque cause que ce soit.

L’Arabie Saoudite, axe du mal ?

Un invité algérien de France culture, il y a quelques jours, fait remarquer que c’est de l’Arabie Saoudite que partent tous les mouvements fondamentalistes islamistes. Or cette dictature est le meilleur allié des USA !

J’ai dit, par ailleurs, que l’Arabie Saoudite est la justification de l’Iran (une démocratie…). L’Iran est vu par beaucoup de peuples arabes comme un rempart contre la tentation de leurs gouvernements à adopter le modèle obscurantiste saoudien.

Faudrait-il envisager d’aider l’Arabie Saoudite à changer ?

Christine Lagarde et Cynthia Fleury

  • « Serre les dents et souris » dit Christine Lagarde. Elle n’est pas française cette femme ! Le Français, qu’il soit ouvrier ou grand patron, ne sait que geindre, se plaindre, demander de l’aide. Elle persiste : « (le) courage (…) revient parfois à changer de regard, à inverser la façon dont on aborde les choses. »
  • Pour Cynthia Fleury, le courage c’est surtout se faire des alliés et se construire des réseaux. Sinon on crève en martyr.

Nous disent-elles le changement que nous avons subi ? Nous avons appelé de nos désirs un monde où s’épanouirait notre personnalité, sans contrainte sociale. Nous avons récolté une société dans laquelle le mot d’ordre est « courage » (le thème de l’entretien) et la règle du jeu est de serrer les dents et de se faire des amis puissants. 

Jane Russel

Le décès de l’actrice Jane Russel, dont la poitrine fit la carrière, est l’occasion du rappel d’un paradoxe américain.

Elle a dû son succès au scandale, elle a vécu la vie dissolue de la star hollywoodienne, et pourtant c’était une ultra-fondamentaliste religieuse de tous les combats conservateurs.

Je continue à penser que beaucoup d’Américains savent qu’ils sont élus et que tout ce qu’ils font ne peut qu’être le bien, puisque désiré par Dieu. C’est en cela que N.Sarkozy pourrait être américain