samedi 7 mai 2011

Optimisme paradoxal

Le Nouvel économiste (La vie en rose) a rassemblé des auteurs optimistes quant à notre avenir.

On y entend une polytechnicienne, Karine Berger, dire que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, si l’on se ramène au mode de gestion de l’économie des 30 glorieuses (i.e. par des polytechniciens), on produira la croissance des 30 glorieuses, et Michel Godet expliquer que « la France d’en haut nous a fait tomber bien bas, mais celle d’en bas peut nous sortir par le haut ».

Optimisme ou cacophonie ?

Entreprise virtuelle

Nathalie Ravidat, de l’Université Descartes, a analysé le concept d’entreprise virtuelle, tel qu’il est défini par les universitaires. Elle a beau le retourner dans tous les sens, elle ne voit pas comment il peut fonctionner. D’ailleurs, tout ce qu’elle trouve d’un peu virtuel est tiré / a été conçu par un « leader », ce qui n’est pas prévu par le concept.

En l’écoutant, j’ai pensé aux cours que j’avais eus à l’Insead, qui me disaient que l’avenir était à « l’adhocratie », que la grande entreprise traditionnelle était condamnée. Et je me suis demandé si tout cela n’avait pas pour origine l’idéologie libérale.

Pendant des décennies les chercheurs ont essayé de prévoir l’avenir et de nous montrer qu’il n’appartenait pas à la grande entreprise bureaucratique mais au marché (à une nuée d’individus coordonnés par la main invisible du marché) ?

Compléments :

Histoire de l’Arabie Saoudite

VASSILIEV, Alexei, The History of Saudi Arabia, New York University Press, 2000.

Première expansion

Au début, il y a des tribus bédouines dans un désert. Le Bédouin ne mange pas à sa faim. Le désert n’intéresse aucune grande puissance. Seuls les Ottomans prétendent défendre les lieux de culte, Médine et la Mecque.

Arrive alors un événement étrange. Un peu comme le monolithe de 2001 Odyssée de l’espace, le Wahhabisme est donné à la tribu des Al Saud, et transforme l’histoire arabe. (Le Wahhabisme est un Islam intolérant qui nie toutes les évolutions de cette religion depuis le 9ème siècle – avant le 18ème siècle, les religions bédouines n’étaient pas islamiques.)

Les razzias s’appellent dorénavant Jihad. Et ce Jihad fédère les tribus, qui peuvent s’enrichir grâce à lui pour une noble cause. Elles s’agglomèrent autour des Al Saud.

Mais la géographie et les dommages commerciaux de l’intolérance religieuse mettent un terme à l’expansion continue que demandait leur enrichissement, la coalition se dissout. L’Égypte, qui est alors dans une période faste, envahit la péninsule.

Seconde expansion

La puissance égyptienne connaît un déclin. Les Al Saud reprennent de la vigueur. Poussés par une résurgence islamiste (Ikhwan), encouragés par le protectorat britannique, ils s’emparent, après de multiples rebondissements dont une seconde dissolution de leur émirat, de la quasi-totalité de la péninsule arabique. Le terme de leur conquête, c’est la Mecque.

Le pétrole

Des champs pétrolifères sont découverts à la veille de la guerre de 40 par les Américains. La production pétrolière ne devient significative qu’après guerre. La part que les Saoudiens reçoivent des bénéfices réalisés est initialement faible, elle croîtra ensuite. Cette soudaine richesse cause chez eux une folie du luxe, qui noie le royaume sous les dettes. Mais, une fois l’argent du pétrole réparti à son avantage, la prospérité s’installe.

La Guerre froide fait de l’Arabie Saoudite un allié dont l’Amérique prend soin. D’autant plus que contrairement à ce que voulait (le sage ?) Eisenhower, les USA deviennent dépendants du pétrole saoudien. Ce qu’ils paient très cher en 1973, lors de la guerre du Kippour. En revanche, l’Arabie Saoudite fera tout ce qui est en son pouvoir pour amener les alliés des Soviétiques dans le camp occidental.

Aujourd’hui : un équilibre de contradictions

Le régime saoudien est un étrange tissu de contradictions. Il est dominé par la famille royale, très étendue (2 à 5000 membres mâles), qui possède la fortune nationale et a un pouvoir absolu. Ce pouvoir repose sur deux piliers antinomiques :
  1. l’allié américain, 
  2. un islam féodal qui n’a pas évolué depuis les origines, et qui prône le dénuement et exècre l’Occident.  
La contradiction est partout. L’Arabie Saoudite se veut le champion de l’Islamisme et du monde arabe, et donc l’ennemie d’Israël. Mais elle craint plus que tout ses frères arabes ou islamistes, soit qu’ils aient adopté des valeurs laïques comme l’Égypte de Nasser ou l’Iraq de Saddam Hussein, soit qu’ils prônent un Islam non corrompu par l’argent, comme l’Iran, soit encore qu’ils appartiennent à la famille royale ennemie des Hachémite, qui a régné à la Mecque, en Iraq, et qui gouverne la Jordanie. Et que dire du danger que représentent les sectes fondamentalistes saoudiennes pour le luxe royal, ou l’élite intellectuelle éduquée en Occident, pour ses valeurs féodales ?

Mais les avantages compensent les inconvénients, et cet écosystème de contraires trouve son intérêt (essentiellement économique en ce qui concerne les citoyens saoudiens) dans l’équilibre. 

Commentaires :

Le principe du régime saoudien semble être le maintien d'une famille royale riche. Pour cela elle joue de sa formidable fortune. Qu'elle demeure aussi durablement au pouvoir prouve qu'elle a su apprendre de son histoire, et, peut-être, aussi, que ce que peut l'argent est immense... Finalement, faut-il y voir un appui à ma théorie sur la RSE et l'écosystème : la famille royale saoudienne est particulièrement habile à satisfaire ses parties prenantes ?

vendredi 6 mai 2011

Tour d’honneur de B.Obama

Après l’élimination de Ben Laden, B.Obama fait un « tour d’honneur ».

On a organisé pour lui des évènements qui lui permettent d’exploiter ce succès. Il doit en profiter pour renforcer son image de « leader » (d’Américain digne de ce nom ?).

B.Obama est un homme qui sait tirer le maximum de la chance ? Et pour cela il faut être ce que les Américains appellent un « grand professionnel » ? 

Mise en œuvre de la RSE

Écriture d’un article sur la mise en œuvre d’une politique de RSE. J’en retire 2 idées :
  • Ce qui doit être premier : prise de conscience que l’entreprise appartient à un écosystème (de « parties prenantes »), sans lequel elle ne peut pas vivre, et que cet écosystème va crever. Si l’idée de la RSE n’est pas suscitée par l’anxiété de survie de l’entreprise, elle n’a aucune chance d’être autre chose que la charte d’éthique d’ENRON.
  • La première durabilité qu’il faut assurer alors est celle de cet écosystème. Et cela passe par la reconstruction des « interrelations entre parties prenantes ». Principe central : coopérer et non exploiter le plus faible (pratique actuelle). Une fois que l’écosystème fonctionne correctement il peut s’occuper de régler les questions que l’on associe aujourd’hui au développement durable, par exemple « empreinte carbone » ou « discrimination ».
Compléments :
  • 2 erreurs sont commises : les entreprises utilisent la RSE comme de la poudre aux yeux ; les activistes veulent nous imposer d’être responsables par la force !
  • Iso 26000 : esprit, mise en œuvre.

Marine à voile

Je me demande depuis longtemps, si nous ne devons pas utiliser la nature plutôt que chercher à la plier à notre paresse intellectuelle. Pourquoi ne pas en revenir à la marine à voile, plutôt que de ne jurer que par des horaires fixes, par exemple ?

J’ai peut-être été entendu : les cargos pourraient être tirés par des cerfs-volants…

Compléments :
  • En revoyant cet article, je me demande si l'on ne peut lire son titre comme un mauvais jeu de mots sur les démêlés de Mme Le Pen avec l'Islam... 

jeudi 5 mai 2011

Croissance mondiale des inégalités

Le développement des inégalités est propre à quasiment tous les pays de l’OCDE (Income inequality: Rich and poor, growing apart | The Economist).

Ce qui peut signifier qu’il y aurait eu des « tendances sous-jacentes » à l’œuvre (« globalisation, changement technologique »).

Je me demande si, plus fondamentalement, on n’est pas passé d’une phase solidaire, après guerre, à une phase individualiste, maintenant. Jadis, on pensait que c’était la société qui faisait le gros du travail de création de richesses, aujourd’hui nous croyons plutôt que c’est l’individu, et qu’il doit garder ce qu’il a gagné. 

Marché du nucléaire

Résultats de Fukushima. Le marché du nucléaire se réduit aux pays émergents, à des centrales sûres, EPR peut-être, mais à condition d’en comprimer le prix, « peut-être construites par des Chinois ». Et A. Lauvergeon conserverait son poste, faute de candidats. (Gauging the pressure)

Les Anglais atteints du Mal français

Alors que l’Anglais a toujours préféré « le bon sens »,  leurs partis politiques sombreraient dans un intellectualisme de type continental. (The thinking capital)

mercredi 4 mai 2011

En finir avec la crise Libyenne

Objectifs de la stratégie actuelle de l’OTAN (Pressure points)
Le premier est de couper Tripoli des forces qui se battent ; la seconde est de déplacer la perception du risque des gens qui entourent Kadhafi, y compris sa famille, dans le sens de la fuite.

Les penseurs sont des suiveurs

N.Sarkozy semble penser que l’opinion publique est faite par quelques philosophes ayant une influence pernicieuse sur les masses, crédules par nature.

Le billet précédent est un contre exemple. Ses héros y vivent dans l’instant et illustrent, sans l’avoir lu, Le mythe de Sisyphe de Camus. L’existentialisme n’a pas été une invention d’intellectuel mais une aspiration populaire. Les intellectuels en ont été les scribes.

Compléments :

Macadam à deux voies

Film de Monte Hellman, 1971.

Où l’on voit la place centrale que la voiture occupe dans la civilisation américaine et que la fin des années 60 fut une période existentialiste où l’on a vécu dans l’instant.

Proche d’Easy rider, avec plus d’humour. Bizarre que le réalisateur n’ait pas eu un plus grand destin. 

mardi 3 mai 2011

Obama, général en chef

B.Obama, « quelqu’un qui décide et qui ne délègue pas » serait l’architecte en chef de la politique étrangère (militaire) américaine. (Bob Gates leaves the Pentagon)

La guerre est trop importante pour être laissée aux militaires ?

Compléments :
  • En tout cas, M.Obama semble avoir torpillé les Républicains qui ont cru pouvoir l'attaquer sur son manque d'agressivité militaire. Finalement, la pensée à long terme aurait-elle un avantage sur le raisonnement tactique ? Une leçon pour M.Sarkozy ?

Changement en Angleterre (suite)

Décidément, l’Angleterre est en plein bouleversements.

Non seulement le mode d’élection des députés est remis en cause, mais leurs juridictions sont retaillées (elles auront toutes le même nombre d’électeurs), le nombre de députés diminue, les Lords seraient remplacés par un Sénat, et un début de constitution écrite apparaîtrait.

Ça ne semble résulter d’aucun mouvement de fond démocratique, mais plutôt de désirs (un peu théoriques ?) des partenaires de la coalition au gouvernement. (All change)

Qu’en penser, sinon que le peuple anglais à confiance en son gouvernement bien plus que nous en le nôtre ? 

Manager son manager (suite)

On me parle d’un directeur d’une grande école : c’est un gestionnaire, il ne comprend rien aux projets pédagogiques de ses enseignants. Désespérant.

Certes. Mais l’école va mal, pour des raisons financières. N’y a-t-il pas une logique à la nomination d’un gestionnaire à sa tête ? Et le génie pédagogique, qui lui préexistait, n’a-t-il pas fait la preuve de ses limites ? Cas général, me semble-t-il :

Nous ne voyons que les faiblesses de nos contemporains. Or, elles ne sont pas rédhibitoires, elles sont le revers de la compétence qui était recherchée pour le poste occupé. Je crois que notre rôle social n’est pas de prendre excuse de ces faiblesses pour justifier notre immobilisme, mais de chercher comment nos forces permettent d’y remédier.

Compléments :

lundi 2 mai 2011

Histoire du déficit américain

L’unité de déficit américain est maintenant le millier de milliard.

Un grand coupable de cette situation semble être George Bush. Quant il est arrivé au pouvoir l’État connaissait un surplus. Il a décidé de le rendre au peuple par des réductions d’impôts. Mais il s’est aussi engagé dans de grandes dépenses (à commencer par deux guerres). Lorsque la crise est survenue, le trou était sans fond. D’autant qu’il n’avait pas non plus pensé que les baby boomers partiraient à la retraite.

Question : et si le système électoral américain avait fonctionné correctement, et si M.Bush n’avait pas été élu ? 

Chômage structurel aux USA

Les USA sont aux prises avec un très fort chômage structurel, de type européen. Il toucherait particulièrement les faibles et intermédiaires qualifications, les hommes et les noirs.

Parmi les raisons : éducation en recul et des entreprises très innovantes, mais qui ne conservent que les travaux à valeur ajoutée sur le territoire national et sous-traitent le reste à l’étranger. (Still full of ideas, but not making jobs)

Comment y remédier ? Intervention de l’État : subventionner les emplois à basse qualification, former les sous-qualifiés, fournir des emplois publics, éviter d’emprisonner à tour de bras. (Decline of the working man)

Le marché ne serait-il pas capable de produire le plein emploi ? Aurait-il besoin de la main visible de l’État pour ce faire ?

Compléments :
  • Non seulement les USA n’investissent plus pour aider leur population à trouver un emploi mais leur infrastructure de transport est dans un état pitoyable : embouteillages monstres, trains (ultra lents) et avions en retard (Life in the slow lane). Le pays aurait-il vécu à crédit pendant les dernières décennies ? 

Atomisation des partis politiques

« Sans une idéologie forte, les grands partis politiques ont peu de chances de se maintenir ». Les partis politiques européens pourraient se fragmenter, l’électeur se comportant dorénavant comme un consommateur exigeant plutôt que comme le fanatique crédule du passé. (The shrinking big tents)

Progrès démocratique ? Au lieu de devoir choisir entre la peste et le choléra, comme aujourd’hui, il pourrait devenir possible de constituer son gouvernement à partir d’une coalition idéale de nuances ? 

Alice n’habite plus ici

Film de Martin Scorsese, 1974.

Femme forte et gamin à grande gueule. M’a fait penser à Gloria.

Une fois de plus un film qui montre que la vie est précaire aux USA, et qu’il vaut mieux y être équipé d’un optimisme indestructible. 

dimanche 1 mai 2011

Changement en Syrie

Le gouvernement syrien massacre ses manifestants. S’il devenait démocratique, pourtant, l’effet serait bénéfique pour l’ensemble de ses voisins. Mais il n’est pas possible à l’Occident d’intervenir en Syrie comme en Libye, dont la situation géographique était favorable, et qui n’a pas d’amis. Un rôle pour la Turquie et pour l’Égypte ? (Not so easy)

Le capitalisme défile sur les Champs Élysées

The Economist observe que les Champs Élysées sont une galerie à la gloire de la globalisation. La France est un pays contradictoire : elle est ennemie du capitalisme, et pourtant elle consomme toutes les cochonneries qu’il produit.

Cela fait longtemps que je me fais cette remarque. Les Champs ont acquis l’esthétique du mafieux enrichi. Il suffit de jeter un coup d’œil à la boutique Louis Vuitton et au Fouquet’s pour s’en convaincre. 

Parader sur les Champs est le triomphe qu’offre l’argent à ceux qui n’ont pas eu d’éducation ? C’est l’Amérique. 

Les riches ne créent pas de richesse (suite)

Des statistiques portant sur la France semblent donner le même résultat que celles qui concernent les USA, mais de manière moins marquée. De 2004 à 2008 :
  • Les 90% les moins riches se sont légèrement appauvris.
  • Les 9% suivants sont restés stables.
  • Le dernier % s’est enrichi (la part des revenus du 0,1% le plus fortuné est passé de 1,72% des revenus totaux à 2,03%)
Il ne semble donc pas que l’enrichissement des riches bénéficie à l’ensemble de la population comme l’ont dit beaucoup de théoriciens. Est-il plus facile de s’enrichir au détriment de la société que par création économique ? La société serait-elle plus créative que l’individu laissé à ses appétits ?...

Compléments :
  • Aux USA, les 400 plus gros imposés paieraient, en moyenne, moins de 17% de leurs revenus en impôts, et auraient reçu plus de 10% des gains en capital des 10 dernières années... (D'après Paul Krugman.)

Un million clé en main

Film de Henry C. Potter, 1948.

Une famille veut s’éloigner des conditions de vie étouffantes de New York. Elle construit une maison à la campagne. Le cauchemar commence. Les pigeons se font escroquer par les natifs, se ruinent, et le père de famille, qui a découvert entre temps qu’il devait se lever à 5h pour prendre le train, perd son emploi. Heureusement, leur bonne noire a le trait de génie qui manquait à ce dernier et qui les sauve in extrémis du naufrage.

Vision à la fois effrayante et curieusement actuelle de l’Amérique, qui s’est ruinée pour s’acheter la maison de ses rêves.