samedi 4 juin 2011

Responsabilité et Entreprise

Une association professionnelle travaille sur le sujet de la RSE. Un dirigeant d’une entreprise adhérente se demande si elle ne devrait pas faire appel à un cabinet spécialisé.

Surprenant. Le sujet de la RSE c’est son nom, c'est-à-dire la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de la société. Comment peut-on imaginer de sous-traiter sa responsabilité ?

Ce qu’il y d’extraordinaire dans la question de la RSE est que l’on nous a convaincus qu’il s’agissait d’un sujet pour consultants ! « C’est compliqué, débarrassez m’en ».

Et si l’affaire du concombre meurtrier était une manifestation de ce même phénomène ? D’où vient l’E. Coli tueur ? Aucune idée, on en a perdu la trace. La grande innovation de ces dernières décennies a été la supply chain, chercher le moins disant mondial. Avec une telle supply chain on peut employer des enfants, tuer des mineurs ou brûler du charbon, personne ne le sait. La véritable économie que permet de faire une telle supply chain est de s’affranchir de ses responsabilités. Adam Smith n’a-t-il pas dit qu’en suivant son intérêt on fait l’intérêt collectif ?

Compléments : 
  • Mise en oeuvre de la RSE
  • LE changement que nous devons réussir : amener chacun (être physique ou moral) à se pénétrer de sa responsabilité vis-à-vis de la société ? 

Alliance d’opposés

Il y a quelque temps j’ai observé une situation, dans le service public, qui m’a rappelé cette citation d’un ancien billet :
Une déclaration d’un professeur de médecine, sur la réforme des hôpitaux : Ceux qui défendent cette réforme estiment que le statut public est une aberration, parce qu’il empêche les « plans sociaux » ou le dépôt de bilan des hôpitaux. L’idéal pour eux serait de passer à l’entreprise à mission de service public. De ce fait, leur ennemi, c’est « l’alliance objective » des « vieux mandarins réactionnaires » et des syndicats (sic).
J’ai aussi constaté l’alliance objective de mandarins (d’ailleurs haïs de tous) et des syndicats.Surprenant. Hasard ou logique ?

Au fond, est-ce que les syndicats et les mandarins n’auraient pas pas pour principe le statu quo absolu ? Ils ne refusent pas un changement qui menacerait l'intérêt général (car il faut changer pour ne pas changer), mais tout changement ?

Vous ne l’emporterez pas avec vous

Film de Frank Capra, 1938.

Grande dépression. Un affameur du peuple découvre qu’il perd son âme à empiler de l’argent.

Je pensais que la morale anglo-saxonne voulait que l’individu qui avait reçu un don de Dieu (le bonheur en affaires) le pousse à son extrême. Ce film prône-t-il l’anarchie ?

D’ailleurs comment a-t-il pu être produit ? Les magnats d’Hollywood se sentent-ils différents des autres riches ? Ou produisent-ils ce qui plaît au peuple ? 

vendredi 3 juin 2011

Concombre tueur, avatar de la vache folle ?

Le concombre tueur serait-il le résultat d’une nouvelle entourloupe d’un capitalisme sans foi ni loi ?

Ce qui semble certain est que ce concombre est organique. Qui dit organique dit engrais biologique, et risque de contamination par une bactérie intestinale d'un mammifère.

En fait, ce que la bactérie a d’inquiétant est qu’elle résiste aux antibiotiques. (Why This E. Coli Outbreak Has Me Scared).

Et là, notre version actuelle du capitalisme pourrait effectivement avoir des choses à se reprocher : Résistance aux antibiotiques et économie de marché.

Compléments :

Pouvoir de l’homosexualité

À l’époque des premiers essais de traduction par ordinateur « more homosexuality than thought » illustrait la difficulté du projet : les ordinateurs comprenaient « plus d’homosexualité que de pensée ».

En fait, il semblerait qu’il y ait « less homosexuality than thought ». Aux USA, les homosexuels seraient 3,5% de la population. Or, alors que notre expérience s’accorde avec ce chiffre, nous tendons à penser qu’il est bien supérieur (52% des Américains le placent au-delà de 20%). (Gay rights: Gay by the numbers | The Economist)

Il y a longtemps j’ai noté qu’une revendication de l’égalité homme / femme était celle des carrières, quand la notion de carrière n’a de signification que pour une infime partie de la population. Revendication de classe ?

Ne serait-ce pas la même chose pour les homosexuels ? Leur influence viendrait de leur forte représentation dans les classes dominantes de la société ? Notamment dans le milieu artistique, qui forme notre opinion.

Compléments :
  • Ce qui irait dans le sens des théories de Mancur Olson : dans une société individualiste, les minorités liées par un intérêt commun ont un poids démesuré ? L’individualisme porte au communautarisme ? (Et au corporatisme)

Les sources culturelles de la confiance.

Sans confiance, il n’y a pas d’économie performante. Voici ce que disent des économistes (The Habsburg Empire and the long half-life of economic institutions | vox)
Nos résultats suggèrent que l’empire des Habsbourg est toujours visible dans les normes culturelles et les interactions entre les humains et leurs institutions étatiques, aujourd’hui. En comparant les individus à la gauche et à la droite de la frontière, disparue depuis longtemps des Habsbourg, les gens qui vivent dans des lieux qui ont été le territoire de l’empire Habsbourg ont une plus grande confiance en leurs courts et leur police. Cette différence de confiance se transforme aussi en une réelle différence dans la mesure dans laquelle des pots de vin doivent être payés à ces services publics locaux.  
Où les Habsbourg ont régné vivent des peuples qui ont confiance en leurs institutions.

La crise grecque semble venir d’un État totalement dysfonctionnel (La démocratie grecque en crise - Coulisses de Bruxelles, UE). Les fondateurs de la zone euro voulaient-ils nous rendre tous allemands, c'est-à-dire de nous faire absorber la culture de confiance des Habsbourg ?

Compléments :
  • Cette étude s'applique-t-elle à l'Espagne de Philippe II, et au sud de l'Italie ?

Pépé le moko

Film de Julien Duvivier, 1936.

Deux pauvres qui ont voulu faire fortune découvrent qu’ils sont passés à côté de l’essentiel.
D’ailleurs les riches sont moches.

Film à la gloire de la stabilité sociale ?

Toujours est-il que l’image de la colonisation n’est pas celle que nous avons aujourd’hui : c’est une symbiose heureuse de toutes les nations. Et celui qui représente la justice, impartiale mais humaine, est un Algérien.

jeudi 2 juin 2011

Microsoft achète Nokia ?

Rumeur selon laquelle Microsoft achèterait Nokia.

Probablement sans fondement, mais pas illogique. Steve Balmer, le patron de Microsoft, est menacé de liquidation. Tenter un coup d’éclat à risque maximum est un moyen rationnel de sauver sa place dans un monde d’individualistes optimisant leur utilité. C’est ce que semble avoir fait, avec succès, Carly Fiorina, chez HP.

Quant aux politiques, dans ces situations, ils préfèrent généralement déclencher des guerres.  

Angela Merkel bluffe-t-elle ? (II)

« La transformation énergétique n’est ni aussi révolutionnaire que le suggère Mme Merkel ni aussi risquée que le craint l’industrie. »

Pourtant Mme Merkel semble promettre le miracle : pas d’importation des pays nucléarisés, pas d’augmentation de l’émission de gaz à effet de serre.

En fait, la part du nucléaire dans l’énergie allemande a reculé de 30 à 23% depuis 2000, celle de l’énergie renouvelable augmentant de 6,6 à 16,5%. L’Allemagne aurait un surplus d’énergie bon marché.

Une des principales difficultés de l’affaire ne serait pas tant la production que le transport, l’énergie renouvelable étant produite au nord de l’Allemagne. « Des 4500km de lignes nécessaires pour transporter l’énergie renouvelable des (majoritairement septentrionales) sources d’énergie vers les consommateurs du sud, seulement 90 ont été construites. » (Mais les écologistes ne voudraient pas des mâts des lignes à haute tension...) Et il faudra multiplier par 500 les capacités de stockage.

L’Allemagne fermant définitivement 7 centrales, dès maintenant, l’approvisionnement d’énergie allemande devrait connaître quelques moments difficiles. Les objectifs environnementaux pourraient ne pas être tenus. « Mais si quelqu’un peut réussir, c’est bien les Allemands ».

Pourquoi changer d’entreprise est-il dangereux ?

Discussion avec le coach Catherine Fulda. Pourquoi le changement d'entreprise est-il cause d'échec, frustration ou dépression pour un nombre grandissant de cadres brillants ? Pour comprendre ce phénomène curieux, il faut en revenir aux origines :

Les entreprises ont prévu des processus d’acclimatation des jeunes diplômés. Ils passent par des stages, des périodes d’essai, des séminaires d’intégration, on leur confie des missions simples, initialement, puis de plus en plus complexes. En fait, ce sont des processus de socialisation :

Nos comportements sont « programmés » par notre environnement social. Nous n’avons pas besoin de réfléchir pour agir. C’est pour cela que nous sommes extrêmement efficaces, et nous le sommes d’autant plus que nous sommes âgés.

C'est là que l'affaire se complique. Les entreprises françaises ont été conçues pour y faire carrière, pas pour recevoir des personnels expérimentés. Et les dits personnels, qui quittent souvent une société qui n'a pas su reconnaître leur génie, ne s'attendent pas à devoir s'adapter.

Bref, ils arrivent chargés des règles de comportement de leur précédent employeur. Ils constatent alors que « rien ne va plus », ce qui jusque-là avait fait leur succès ne leur vaut que des désagréments. Les conséquences peuvent en être graves : maladies et crises familiales.

Une solution à ces difficultés est le « coaching d’intégration » : aider le nouvel embauché à identifier les hypothèses inconscientes qui risquent de lui jouer de mauvais tour, et surtout à trouver de nouveaux repères.   

Laisser-faire et corporatisme

De tous temps la pensée économique classique a combattu les corporatismes. Or, curieusement, comme on le voit à nouveau aujourd’hui, la déréglementation conduit à leur renaissance.

Les services achats pourraient avoir accéléré le phénomène :
  • En mettant leurs sous-traitants en « concurrence parfaite », ils les ont soumis à une sorte de dilemme du prisonnier. Ceux-ci se sont mis à vendre à perte. En outre les acheteurs ont voulu réduire massivement le nombre de sous-traitants. Résultat : pour ne pas crever, les survivants ont eu intérêt à s’entendre ; comme ils ne sont plus très nombreux, c’est facile. Et, s’ils ne s’entendent pas, il n’en restera bientôt plus qu’un, en situation de monopole. (cf. la sous-traitance automobile.)
  • Les acheteurs jugent les offres qu’ils reçoivent sur des critères quantitatifs (typiquement un prix et un délai). Le sous-traitant réagit en dégradant les critères qui ne sont pas pris en compte (le bœuf aux hormones atteint d’encéphalopathie spongiforme est toujours un bœuf, le spécialiste est remplacé par un stagiaire...). Mais ce n’est pas durable. Le sous-traitant est alors amené, dans la logique des achats, à définir ses propres normes (bœuf bio, auditeur diplômé…). De telles normes tuent l’innovation et l’investissement qu’elles imposent bloque l’entrée de nouveaux concurrents, et, peut-être aussi, amène ceux qui l’on consenti à demander qu'il soit fortement rémunéré, i.e. à vendre cher leurs services (cf. les médecins).

Compléments :
  • Les achats pousseraient soit à tricher, soit au ritualisme, non à une saine innovation ? (cf. modèle de Robert Merton.)
  • Je cite ailleurs Mancur Olson : un monde non réglementé tend à former des oligopoles contrôlant la production d’un bien commun (voitures ou coiffure affro). 

mercredi 1 juin 2011

Nucléaire : Angela Merkel bluffe-t-elle ?

J’entendais hier la radio dire que la volonté de Mme Merkel de se débarrasser du nucléaire était « politique » (i.e. démagogique). C’est aussi ce que pense Mme Lauvergeon.

Effectivement, la fin de vie des centrales commence en 2022, il peut se passer beaucoup de choses entre-temps. Mme Merkel sera partie d’ici là.

Mais, la sortie du nucléaire peut être une formidable chance pour l’Allemagne. Il ne s’agit pas que de rendre rentable une production d’énergie renouvelable qui ne l’est pas, ou d'absorber le coût colossal du démantèlement des centrales,  mais surtout de réduire la consommation du pays. Si l’Allemagne résout les problèmes que cela pose, elle aura un marché énorme. Or, contrairement à beaucoup, son État n’est pas endetté et a les moyens d’investir…

Compléments :
  • Quant à Areva, pourrait-il jouer à la très rentable stratégie de Monsanto (Le triomphe des OGM) : détenir un monopole sur un marché dont personne ne veut ? Pour cela, contrairement, à Siemens, il ne faut probablement pas avoir d’autres métiers, qui pourraient souffrir de la fréquentation. 

Capitalisme et création de valeur

À la campagne on se plaint, depuis longtemps, que les propriétés sont barricadées, et qu’il n’est plus possible de se promener dans les bois ou d’y chercher des champignons. C’est un peu pareil à Paris : tous les points d’arrêt sont devenus payants. Même les trottoirs sont rognés par les boutiques. Faudra-t-il acquitter un péage pour marcher dans les rues ?

En fait, c’est comme cela que fonctionne le capitalisme. En nous appropriant la nature nous lui donnons une valeur et nous faisons grimper notre PIB.

Mais si la terre est entourée de clôture, si l’eau est en bouteille… que reste-t-il à celui qui n’a pas d’argent ? La propriété, c’est le vol ?

Changement de Paul Watzlawick

Watzlawick, Paul, Weakland, John H., Fisch, Richard, Change: Principles of Problem Formulation and Problem Resolution, WW Norton &Co, 2011. Pourquoi n’arrivons nous pas à changer, d’où dépressions et maladies ?

La formulation que nous faisons d’une situation nous enferme dans un cercle vicieux. Et nos efforts pour changer ne changent rien (changement de premier ordre). Le « bon sens » nous trompe. Pour nous en tirer il faut reformuler la situation, changement de deuxième ordre.

Il ne faut donc pas demander « pourquoi » (d’où vient mon mal ?), comme le fait la psychologie moderne, mais « quoi » : dans quelle interprétation dangereuse me suis-je fourré ? Exemples :
  • Changement de premier ordre : j'appuie sur la pédale d'accélérateur ; changement de deuxième ordre : je change de vitesse.
  • Solution erronée : insomnie, se forcer à dormir. (Le sommeil est un acte inconscient qui ne peut être imposé par la raison.) Changement de deuxième ordre : chercher à ne pas dormir.
Il existe trois grands types d’interprétations fausses. Le déni, l’utopie (se donner un objectif inaccessible – par exemple, une vision du bonheur conjugal impossible), et le paradoxe (un objectif contradictoire, tel que « sois spontané »). Pour s’en tirer, il faut :
Une définition concrète du problème en des termes concrets ;
Une analyse de la solution tentée jusqu’à maintenant ;
Une définition claire du changement concret à réaliser ;
La formulation et la mise en œuvre d’un plan qui doit produire le changement.
Parmi les techniques utiles :
  • Parler à celui que l’on veut aider dans son langage et dans sa logique. En particulier, dans celle du résistant au changement : en ne résistant pas à sa résistance, on amène sa logique à sa conclusion, irrationnelle. Le changement est une forme de judo.
  • La confusion. En donnant une formulation inattendue et confuse à une question, on déstabilise la personne, et on la force à sortir de sa logique vicieuse.
  • Un cadre de temps bref.
Commentaires. Ce blog serait-il à la recherche de changements de deuxième ordre ?  Mais n'ont-ils pas quelques effets pervers ?
  • Si, à la moindre difficulté, on modifie ses ambitions, on risque le surplace.
  • S’il est possible de trouver le « pourquoi » d’une situation, pourquoi s’en priver ?
  • Il me semble que ces techniques ont été utilisées, à l’envers, pour enfermer l’individu dans des formulations de problèmes nocives (par exemple, lorsqu’on parle de « gauche de progrès » on sous-entend que les autres partis sont des arriérés, idem pour la droite « pro life » américaine). 

mardi 31 mai 2011

Thèmes du mois

Stéphane Hessel et la résistance

L’indigné Stéphane Hessel a-t-il lancé un mouvement européen, de résistance ? (Indignez-vous vient de paraître en Chine)

Curieusement, je viens de réaliser que ce blog avait appelé à la résistance, dès ses origines.

Mais la résistance ce n’est pas un blocage butté, c’est la volonté de donner à la société un projet qu’elle mérite. C’était aussi l’ambition des résistants. 

Anthropocène

The Economist pense que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, l’Anthropocène. L’homme est devenu le régulateur de la planète. (Welcome to the Anthropocene)

Ce faisant The Economist liquide deux mythes anglo-saxons (opposés). Celui de la nature vierge, qui a resurgi dans le discours écologiste ; et celui qui veut que l’homme fasse le bien (Dieu lui ayant donné la nature). Dorénavant, il faudra qu’il trouve « les moyens d’appliquer la force humaine conformément à la texture de la nature plutôt que contre elle ».

Curieusement c’est le message de tous mes livres. Et j’ai appris que les Chinois avaient anticipé cette découverte de 2500 ans, au moins…

Compléments :
Un seul projet d’ingénierie, la mine Syncrude de sables bitumineux d’Athabasca, entraine le déplacement de 30md de tonnes de terre, deux fois la quantité de sédiments que charrient l’ensemble des fleuves du monde en une année.

Leadership et changement

On m’interpelle souvent en me disant qu’il n’y a pas de changement sans volonté ferme du dirigeant. Je réponds que toute mon expérience est la preuve du contraire.

À la réflexion, je pense que les universitaires ont tout de même raison. Que disent-ils ?
Il n’y a pas changement sans « feeling of urgency » comme l’affirment les Anglo-saxons. Edgar Schein parle « d’anxiété de survie ». Et John Kotter pense que le « leader », sous entendu dirigeant, la crée.

En fait, je ne suis pas certain qu’il ne puisse pas y avoir changement sans leader (printemps arable ?). Avoir un leader est un avantage, certes, mais pas besoin qu'il soit à la tête de l’organisation. Un DRH, par exemple, peut faire des miracles. (Ou même un stagiaire.)

Par contre, on ne peut rien changer s’il n’y a pas une motivation, quelque part, qui n’est pas susceptible de fléchir. D’où l’utilité des crises (la « burning platform » chère aux consultants).

Compléments :
  • KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.
  • SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.

lundi 30 mai 2011

Quel avenir pour DSK ?

Hervé Kabla pense que DSK renaîtra. (Et si DSK revenait dans la course avant la fin de l’année? | Kablages) J’ai aussi tendance à croire que les hommes politiques sont insubmersibles.

Mais DSK est-il un homme politique comme N.Sarkozy, F.Mitterrand ou J.Chirac ? Est-il animé de la même envie de pouvoir qu’eux ? Est-il un aussi subtil manœuvrier ? (En tout cas, moins que S.Royal.)

Et puis, l’affaire dont il est accusé n’est-elle pas de celles qui ruinent définitivement les images de marque ? Beaucoup d’hommes politiques, français ou non, sont de grands séducteurs, ce que l’on peut comprendre comme une forme d’affection professionnelle. Ce que l’on dit de DSK, chimpanzé en rut, ressortit à une maladie honteuse.  

Culture de notre élite

Au fond, ce qu’il y a de curieux dans l’affaire DSK n’est pas tant le comportement qu’on lui prête que celui de son entourage, politiques, intellectuels et journalistes.

Ces gens semblent se prêter à des pratiques abjectes tout en nous donnant de grandes leçons de morale (cf. toutes ces histoires de discrimination). (Hypocrite élite ?) Comment expliquer cette tartufferie ?

Et si notre élite pensait que le monde est abject, et se comportait en conséquence ?

Peut-être que si elle se convainquait que l’homme était bon, serait-elle plus heureuse, et nous éviterait-elle les leçons de morale ?

Haine française

Paradoxe (billet précédent). Comment se fait-il que la politique française ait été dominée par un radicalisme qui prônait la concorde nationale, alors qu’aujourd’hui nos partis semblent chercher à nous monter les uns contre les autres ?

Nous ont-ils trahis ?

Ce n’est pas ce qui ressort de L’étrange défaite de Marc Bloch : on y voit qu’en 40, comme maintenant, le Français haïssait le Français. Avons-nous (enfin ?) les politiciens que nous méritons ? 

La France radicale

Nordmann, Jean-Thomas, La France radicale, Gallimard, 1977.

Pendant très longtemps le parti radical a dirigé et s’est identifié à la France. Quelques-uns des thèmes qui marquaient sa pensée :
  • Individu. Le radicalisme veut « le libre essor de l’individu », son épanouissement.
  • Peuple. Le radicalisme idéalise le peuple, la « souveraineté populaire ». La manifestation de la volonté du peuple est le suffrage universel.
  • Nation. Le radical est amoureux de la nation, émanation du peuple. Chaque nation a un génie propre. Celui de la France est à l’image de sa géographie, diverse et équilibrée, et de sa ruralité constitutive. Il a la caractéristique particulière de « clarifier la pensée des autres nations ».
  • Association. Les hommes choisissent librement de constituer une société. L’association est l’organisation sociale par excellence (pas l’entreprise, qui repose sur un contrat déséquilibré, imposé).
  • Éducation. L’éducation tient une « place centrale » dans le programme radical. Dont un des grands combats sera sa démocratisation. C’est le « premier devoir de l’État ». C’est elle qui doit réaliser « l’épanouissement de l’individu », surtout, « son ascension proportionnée à ses mérites ».
  • Révolution. Le radicalisme est l’héritier de la révolution de 89 et des Lumières.
  • Raison, science et progrès. Le radicalisme se veut « l’extension à la politique de la philosophie rationaliste ». Il pense que la science et la raison montrent à l’homme la voie du progrès de l’humanité. La science est le fondement d’une morale qui n’a plus besoin de la religion.
  • État. Le radicalisme veut le gouvernement du peuple par le peuple. L’État doit faire régner la volonté générale contre l’intérêt privé. Il doit assurer la justice contre le laisser faire, en particulier nationaliser les monopoles (notamment les chemins de fer et les assurances). Mais le radicalisme se méfie des excès de l’autorité. Il se veut un contre-pouvoir, « institutionnaliser la révolte ».
  • Propriété privée. Le radicalisme défend la propriété privée « garante de l’autonomie individuelle ». Mais il la voit comme une étape de l’histoire humaine.
  • Assurance. L’homme doit être assuré contre les aléas de la vie, la nature même de la société est de lui fournir cette assurance.
  • Salariat. Le radical veut supprimer le salariat, résultat d’un contrat déséquilibré, il veut le remplacer par l’association.
  • Impôt progressif. Pour pouvoir financer le système d’assurances dont a besoin l’homme, et l’État, il faut un impôt. Cet impôt doit être progressif pour « corriger les inégalités ».
  • Église. Le parti radical s’est longtemps défini par rapport à son hostilité à l’Église, dont les valeurs sont « diamétralement opposées » aux siennes.
  • Colonialisme. Les radicaux conçoivent le colonialisme comme un messianisme, selon un thème central à leur pensée, celui qui sait doit enseigner à celui qui ne sait pas.
  • Haine. « Parti qui s’oppose à la haine », en particulier, il ne peut comprendre la lutte des classes socialiste. Il pense que les luttes entre partis sont fécondes. Il croit à la « franchise et à la liberté d’expression ».
  • Harmonie, paix et conservatisme. Le radicalisme est un mouvement pacifiste, qui cherche une amélioration continue et progressive, qui ne veut ni guerre ni révolution, et qui craint plus que tout les guerres fratricides.
  • Parti. Le parti radical s’identifie à la démocratie républicaine, et à la nation. C’est à la fois un parti assez lâche et qui « encadre la nation » par ses organisations locales solidement enracinées dans les « intérêts locaux ». 
Commentaires :

Ce qui est étonnant dans cette description c’est à quel point elle colle aux aspirations de la France d’aujourd’hui, et à quel point certaines idées radicales sont révolutionnaires (l’appel à la haine est le point commun de nos partis politiques).

Pourquoi le radicalisme a-t-il disparu ? La raison et le progrès ont fait long feu ? Le positivisme n’a été qu’une illusion ? La nation n’a pas donné ce que l’on en attendait ? Peut-être aussi que le radicalisme a été victime de ses succès : il a gagné tous ses combats, il ne pouvait plus être que conservateur, médiocre ? Ce que dit Camus des radicaux :
Ces hommes, petits dans leurs vertus comme dans leurs vices, graves dans leurs propos, mais légers dans leurs actions, satisfaits d’eux-mêmes mais mécontents des autres, non décidément nous ne voulons pas les revoir.

dimanche 29 mai 2011

Israël et les USA

La notion de lobby juif aux USA ne semble pas aussi implacable qu’on pourrait le penser. Les Juifs américains votent massivement démocrate, quoi qu’il arrive. (The kosherest nosh ever)

Mais, il n’y a pas besoin de lobby juif pour que l’Américain défende Israël : Israël serait la garantie de la bienveillance de Dieu. (Yglesias » The Growth And Success Of Post-Jewish Zionism)

Compléments :
  • J’ai aussi appris que beaucoup d’Américains faisaient circoncire leurs enfants, pour des raisons victoriennes (pour éviter la masturbation). Against the cut 

Du danger des dettes externes

Les pays en danger sont ceux qui ne maîtrisent pas leur monnaie et dont la dette est possédée par des étrangers. Ils font peur aux financiers.

Pourquoi ? Parce que, sinon, soit vous dévaluez votre monnaie, soit vous imposez massivement vos créanciers nationaux, et l’affaire est dans le sac. (External versus domestic debt in the euro crisis | vox)

Il y a quelque chose qui m’échappe dans cet argument. La dette d’un pays qui peut dévaluer sa monnaie (USA, Angleterre, par exemple) peut rapidement ne rien valoir. Pourquoi devrait-elle paraître plus sûre que celle de la zone euro ? 

Intelligence des élèves des grandes écoles

Déjeuner avec un consultant étranger. On lui a confié des cours dans une grande école d’ingénieurs prestigieuse. On lui a dit que ses élèves étaient brillants. Or, ils sont incapables de faire les choses les plus simples, qui ne posent aucune difficulté aux autres nations… Et, au lieu de chercher à s’améliorer, ils ne travaillent pas, et viennent même dormir en classe.

L’hypothèse suivante a surgi de la discussion :

En France l’école ne forme pas, mais sélectionne. Elle apporte un tampon qui permet de trouver un travail. Dans ce modèle, l’enseignant n’est pas porteur d’un savoir utile, mais un tortionnaire guidé par son seul bon plaisir. L’élève français n’attend rien d’utile de l’école, il pense qu’il sait.

Face à un tel public la pédagogie participative (celle des MBA américains) du consultant est en échec. Que doit-il faire pour susciter l’intérêt de ses élèves ? Si le Français croît son diplôme en jeu, il se mettra en quatre pour plaire au tortionnaire. Il se révélera excellent collaborateur. Mais est-ce l’objectif recherché ?