lundi 26 décembre 2011

Sciences du management

Les sciences du management appartiennent au domaine de l’hagiographie. On y cherche les recettes de ceux qui réussissent (cf. les « meilleures pratiques »). Suite des billets précédents.

Mais la copie est-elle possible ? efficace ? La caractéristique de la science n’est-elle pas de nous dire ce qui, au contraire, nous semble contrintuitif ? Et de baser son raisonnement sur un modèle mathématique ?

Illustration : le film Le stratège. L’usage des probabilités montre un biais dans la sélection des joueurs de baseball.

Harvard Business Review change ?

J’ai longtemps pensé que le « biais du résultat » était la caractéristique de Harvard Business Review : la réussite était la marque du génie, qu’il fallait copier.

Mais il y a changement. Si HBR étudie le succès de l’entrepreneur indien (billet précédent), une  place est laissée au doute : et si ce succès était dû à des circonstances exceptionnelles ?

Peut-être ai-je tort ? Et si ce qu’HBR nous donnait en exemple était, avant tout, un homme fidèle aux valeurs anglo-saxonnes et récompensé par la réussite ? « Ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour General Motors ». Conclusion : imitez-le, adoptez nos valeurs ?

Entreprises indiennes et américaines

Harvard Business Review essaie de comprendre le succès de la multinationale indienne. (Leadership Lessons from India)

L’étonnement manifesté par l’article devant le dirigeant indien, qui croit « qu’en dernière analyse tout est une question de capital humain », montre, peut-être, à quel point le système économique américain s’est déshumanisé.
Les entreprises américaines ont largement abandonné l’investissement dans l’homme, en particulier la formation des cadres, de peur qu’il soit perdu quand il part. Des statistiques suggèrent qu’environ un quart des nouveaux embauchés ne reçoivent aucune formation, de quelque forme que ce soit, dans leurs deux premières années de travail.

dimanche 25 décembre 2011

Comment bien frôler les catastrophes ?

Curieusement, frôler à répétition la catastrophe convaincrait l’homme de son invulnérabilité. Cela expliquerait bien des désastres récents (cf. BP par exemple).

Deux biais de l’esprit humain seraient à l’œuvre :
  1. « normalisation de la déviation » : si l'anomalie est fréquente, elle devient la règle.
  2. « biais du résultat » : le succès justifie tous les comportements.
Au contraire, il faut utiliser les succès chanceux pour apprendre de et corriger ce qui aurait pu mal tourner. Voilà ce que dit : How to Avoid Catastrophe.

Compléments :
  • Ce phénomène aurait-il joué un rôle dans la crise actuelle : elle a été précédée d’une dizaine de crises locales qui ont pu être circonscrites ? (Consensus de Washington)

Tableaux de mots de Jeanne Bordeau

Comme chaque année, Jeanne Bordeau expose ses « tableaux de mots » de l’année. (Galerie Verneuil Saints-Pères, 13 rue des Saint Pères, à Paris.)

J’ai beau me tenir à l’écart de l’actualité, que je trouve agressive, je constate que les mots de l’année ne me surprennent pas (à quelques formulations branchées, et au nom de la fille du couple présidentiel, près). Difficile d’échapper à la rumeur du monde ?

Ces tableaux ont trois dimensions. Les mots, leur mise en image, et l’histoire qu’ils racontent dite par Jeanne Bordeau : Making of tableaux - Vidéo Dailymotion

Exercice du club

J’ai toujours animé des clubs, et toujours trouvé que l’exercice un peu éprouvant.

Pourquoi ? Parce que celui qui sert de pivot au groupe doit subir les petits aléas de la vie de ses membres. Non seulement, ils sont multipliés par leur nombre, mais encore, pour lui, ils n’ont aucune rationalité.

D’une certaine manière l’animation d’un club sert de loupe aux caractéristiques de notre société.

Que montre cette loupe ? Que le Français a besoin d’une maman. Même vieux, il est peu rigoureux, et très susceptible à l’enfantillage. Son milieu d’origine (à commencer par sa famille) aurait-il cherché à le maintenir dans sa dépendance ?

samedi 24 décembre 2011

Système éducatif coréen

La vie du Coréen se jouerait sur un seul examen. Du coup la famille coréenne, pour utiliser au mieux sa capacité d’investissement, ne produit qu’un héritier, qu’elle soumet aux travaux forcés.

D’où un déficit démographique qui pourrait être fatal au pays. (The one-shot society)

Football chinois

Le football chinois serait une caricature de la corruption du pays. Non seulement les matchs sont truqués, mais on peut acheter sa place dans l’équipe nationale… (Little red card)

Ce qui m’a fait penser à notre Ancien régime, durant lequel les charges étaient à vendre.

La corruption serait-elle un usage culturel qui n’est plus adapté aux règles du jeu du moment ?

Années mémorables

Les souvenirs associés à la fin de l’adolescence seraient les plus vifs.

Exercice d’application : choisir celui que l'on pense le meilleur footballer, ou le meilleur groupe de rock.

Explication : âge de mémoire efficace et de formation de l’identité d’adulte (Pelé and Maradona Help Us Understand How Memory Works | Observations, Scientific American Blog Network).

vendredi 23 décembre 2011

La BCE biaise

Cela se confirme, la BCE annonce qu’elle suit la position allemande, mais elle la contourne. (The Subtle ECB - NYTimes.com)

Ce qui pourrait éviter une crise de la zone euro, sans faire perdre la face à Mme Merkel.

La rigoureuse Allemagne découvrirait-elle que, après tout, M.Draghi et son pays l’Italie ont des qualités qui lui manquent ?

Désarkozyfication ?

Instituts du langage, coachs en gentillesse (dont un client est Nathalie Kosciusko-Morizet !) et écoles de courtoisie se multiplieraient.

L’échange est devenu agression et incorrection. Le Français ne sait plus parler, écrire ou se tenir à table. L’exemple vient d’en haut, du dirigeant, et, surtout, de l’être suprême, le Président de la République (qui « manie l’insulte mieux que la langue de Molière »).

Voyant que cette attitude porte en elle une agressivité « dangereuse pour le collectif de travail », la France redécouvre les bienfaits de l’éducation.

Voici ce je lis dans Liaisons sociales de décembre 2011 (Emmanuelle Souffi, Et la politesse, bordel !).

Si Versailles m’était compté

Film de Sacha Guitry, 1954.

Que le château de Versailles a été d'une richesse extraordinaire, que la France a compté de gens célèbres, et qu’il y avait de comédiens fameux pour les jouer dans les années 50…

On oublie de plus en plus que notre pays a été une grande nation, et ce que cela signifiait.

D’ailleurs, faut-il la sorte de folie qui l’a jeté à la poursuite de grandeurs chimériques pour engendrer des génies ?

jeudi 22 décembre 2011

Test : êtes-vous un dictateur ?

Apparemment, le dictateur serait à la fois sadique, antisocial, paranoïaque, narcissique, schizoïde et schizotypique. (The Psychology of Dictatorship: Kim Jong-Il | The Thoughtful Animal, Scientific American Blog Network)

Il faut probablement toutes ces caractéristiques, à dose exceptionnelle, pour qu’un homme parvienne à terroriser une population, sans, lui-même, être paralysé par le danger qu’il court. 

Aéroports en grève

Les personnels de sécurité des aéroports font grève. (Aéroports : le gouvernement sommé d'agir - Economie - TF1 News)

Ils paralysent les aéroports, alors qu’ils sont une poignée (si je comprends bien, il suffit de 400 personnes pour les remplacer). Et ce à Noël et en ayant une visibilité mondiale. Est-ce bon pour notre image de république bananière ?

D’ailleurs, une grève aussi agressive est-elle judicieuse en période de crise ? Souvenir des usines d’armement en grève d’avant guerre, dont parle Marc Bloch dans L’étrange défaite ?

Et si, dans les deux cas, ce comportement apparemment irrationnel était une conséquence de la crise ?

Les psychologues disent que lorsque l'homme est paralysé par l'incertitude, il tend au ritualisme, à s’agripper à ce qu'il juge être le fondement de son identité : l’Allemagne s’accroche à la lettre de ses lois, le religieux devient fondamentaliste, les syndicats font grève, et le blogger écrit ? 

Parlez-vous vidéo ?

Suite et fin de ma série sur le rapport "Future Work Skills 2020". On le sait, le volume de données vidéo explose sur l'Internet, encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un mobile (et même encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un iPad).

L'étude affirme que le travailleur du futur devra être "fluent" en langage vidéo. Autrement dit, qu'il devra être capable de lire et appréhender la vidéo de la même manière qu'une présentation Powerpoint aujourd'hui.

Inversement, il devra aussi maîtriser la création et la présentation vidéo. Cela exige de lui la connaissance  des concepts et du langage vidéo : cadrage, profondeur de champ, etc. Mais aussi des techniques lui permettant de convaincre son "audience" et de vendre via ce langage.

Cela me donne la sensation d'une mutation comparable à celle qui a vu le passage du cinéma muet au parlant, avec son lot de laissés pour compte et de stars déchues. Et vous, vous sentez-vous prêts ?

Canaliser le déluge de données

Le rapport "Future Work Skills 2020" de l'Institute for the Future (cité dans un post précédent) relève un défi intéressant pour les travailleurs du futur que nous sommes tous : savoir gérer intelligemment les données à notre disposition sur les réseaux, dont le volume croît à une vitesse exponentielle.

Le phénomène du Big Data a déjà fait l'objet de nombreux commentaires, par exemple par McKinsey qui estime que les données deviennent un troisième facteur de production à côté du capital et du travail.

Le défi se situe également au niveau individuel. Nous étions déjà débordés par l'email ; nous le sommes encore d'avantage par Facebook et tout cela n'est qu'un début.

Quelles compétences et nouveaux comportements devons-nous développer pour ne pas se laisser noyer mais, au contraire, canaliser ce déluge et en tirer profit au moment de prendre des décisions ?

  1. Donner du sens / interpréter les données ("Computational Thinking") :
    • utiliser des outils de simulation pour assister la prise décision (cf. la mode des "business games" ou des "serious games")
    • développer nos compétences d'analyse statistique et de raisonnement quantitatif
  2. Prioriser et filtrer les données ("Cognitive Load Management") :
    • réduire le "bruit" et identifier les données les plus importantes en utilisant, par exemple, des "interfaces adaptables" qui simplifient les données en fonction de l'activité cérébrale détectée
    • utiliser les techniques de "filtrage social" : classer les flux de données, ajouter des tags et d'autres méta-données
L'étude rappelle tout de même qu'il faudra toujours tenir compte des limites technologiques :
    • tout modèle n'étant qu'une approximation de la réalité, la gestion des données devra toujours s'appuyer sur l'intuition et le sens des réalités (ouf !)
    • ne pas devenir prisonnier de systèmes automatisés pour les situations où les données font défaut
A priori, les littéraires et les créatifs ont donc encore un avenir...

Il giovedi

Film de Dino Risi, 1963.

Le film commence comme beaucoup de films italiens de l’époque. Apologie du bon à rien, charmeur et poète. Mais une journée avec son fils, à l’éducation germanique, va transformer sa vie. Et décoincer le gamin.

Solution à la crise européenne ?

mercredi 21 décembre 2011

Caricature nord-coréenne

Comme caricature de résistante au changement, la Corée du Nord fait très fort. La succession dynastique sans précédent dans un pays communiste révèle au monde ce que produit un conservatisme idéologique de fer.

Soixante ans après la fin de la guerre civile, le contraste avec son voisin du Sud est tout simplement sidérant, abyssal et scandaleux :
- une armée 2 fois plus nombreuse pour une population 2 fois moindre (1,2 million d'hommes - hors réserve estimée à 4,7 millions - pour 24 millions d'habitants)
- un espérance de vie (64 ans) de presque 15 ans inférieure
- un revenu par habitant de 1.118 dollars contre 29.835 dollars au Sud
- au moins 200.000 prisonniers dans les camps de travail
- 7% de la population en état de malnutrition aigüe et près de 40% des enfants présentant des retards de croissance biologique (source onusienne, 2005)
- à peine 2.000 kilomètres de routes "pavées" et moins de 300.000 véhicules en circulation (presque tous utilisés par l'armée)

Je m'arrête là.

Tout cela pour quoi ? Pour maintenir une idéologie et une nomenklatura, certes. Mais aussi pour permettre à la Chine de maintenir un glacis anti-occidental à ses frontières, en rendant impossible l'inévitable réunification coréenne. Un changement politique en Corée du Nord aurait sans doute des répercussions importantes pour la Chine. Et là s'arrête la caricature.

France Amérique : piège de la globalisation ?

La France et les USA semblent avoir suivi le même schéma, opposé à celui de l’Allemagne, dont la stratégie a été de développer son tissu économique.

Leurs entreprises se sont étendues à l’étranger par acquisition et ont attiré des capitaux étrangers pour ce faire.

Résultat : baisse considérable de leur part dans les exportations mondiales, déficit commercial, et pertes d’emplois.

Etats-Unis, Allemagne, France – Regard sur les stratégies de mondialisation des entreprises - Friedland, le blog de la CCIP

Ce qui semble aller dans le sens du billet précédent... (Et de constatations d'un de mes livres, tirées de missions dans l'industrie automobile.)

Branlants pays émergents

La Chine présente des signes extrêmement inquiétants, à savoir les symptômes d’une bulle immobilière en train d’éclater, voila ce que dit Paul Krugman (Will China Break? - NYTimes.com).

Quant à l’Inde elle serait vacillante. Son économie s’essoufflerait et son gouvernement serait incertain (India’s economy: Slip-sliding away | The Economist).

Où cela va-t-il nous mener ?

Tout le développement économique de ces dernières décennies n’a été qu’une sorte d’illusion, qui serait en train de se révéler ? 

Europe de dupes ?

La mauvaise manœuvre faite par l’Angleterre la semaine dernière lui fait découvrir les intérêts que l’Europe présente pour elle. Que veut l’Angleterre ? Une grande zone de libre échange, et la city, sans entraves. (A comedy of euros)

Est-ce la vision qu’ont les continentaux de l’Europe ? Est-il possible de construire un groupe, si ses membres ne partagent pas une même idée de l’intérêt général ? 

Peut-on avoir confiance en un investisseur ?

Un investisseur, un peu abattu, se pose la question suivante : comment se fait-il que ses participations croient des gens comme moi, et pas des personnes comme lui, alors que nous disons la même chose ?

À mon avis, c’est une question de confiance. Ses participations ne pensent pas que ses intérêts sont les leurs.

Depuis 20 ans je rencontre régulièrement ce problème : je fais passer des décisions qu’un dirigeant poussait depuis longtemps, en vain. Pourquoi ? Je soupçonne une culture de « lutte des classes » en France. D’ailleurs dirigeants et gouvernants cultivent le secret, et le coup de Jarnac, ce qui encourage la méfiance.

Et il en est de même des investisseurs : la plupart d’entre eux n’hésitent pas une minute à licencier une équipe dirigeante dont le comportement ne leur convient pas… Et l’investi le leur rend bien : il espère récupérer leur argent tout en  continuant à en faire à sa tête…

Comment un couple peut-il être durable s’il se livre à un jeu de dupes ?

mardi 20 décembre 2011

Europe, Allemagne, crise et raison

Dans la crise de l’euro, l’Allemagne semble tenir tête au monde. Face aux arguments des économistes internationaux, elle répond (La zone euro espère vaincre la défiance des marchés malgré ses divisions - Coulisses de Bruxelles) :

Le patron de la Bundesbank :
selon moi, il est incroyable de penser que l'on peut gagner la confiance de quelqu'un en enfreignant les règles
Le chancelier :
Je suis convaincue que si nous avons la patience et l'endurance nécessaires, si nous ne laissons pas les revers nous abattre, si nous avançons systématiquement vers une union budgétaire et de stabilité, si nous parvenons réellement à réaliser l'union économique et monétaire (...), l'Europe ne surmontera pas seulement cette crise, l'Europe sortira de cette crise plus forte qu'elle n'y est entrée.
Acte de foi ? Le pays de Kant a renoncé à l’usage de la raison ? La presse internationale ne fait pas l’effort d’enquête nécessaire pour comprendre le fond de la pensée allemande ? 

Eva Joly et les grèves

Eva Joly voudrait que les syndicats renoncent à la grève préventive. (Aéroports: Eva Joly veut obliger à négocier avant d'avoir recours à la grève - 20minutes.fr)

Cette pratique pourrit la vie du citoyen, qui est de moins en moins syndiqué, et a donné de nous l’image d’un peuple de bons à rien (les fameux européens du sud paresseux, que haïssent les marchés financiers).

Mais elle tient aussi à une caractéristique culturelle. Le patronat est partie prenante de cette coutume de rapport de forces. Pour faire évoluer les usages syndicaux dans le sens de l’intérêt général, il faut, donc, en même temps, trouver un moyen de modifier les us du patronat.

Compléments :

L'avantage compétitif de l'homme

Comme dans Matrix, les machines vont-elles nous remplacer ? Ce qui est un fantasme récurrent des films fantastiques transparaît de manière plus sérieuse dans une étude prospective commise par l'Institute for the Future, "Future Work Skills 2020". Les auteurs identifient les 10 compétences des travailleurs du futur à partir de 6 "drivers" de changement (mêlant des aspects démographiques, technologiques, organisationnels...).

Une question renversante : quel est l'avantage compétitif de l'homme ? Ça par exemple ! J'aurais eu tendance à remettre cette question à l'endroit mais les avancées dans la robotique ou encore dans l'informatique nous forcent à accepter cette formulation. Ce qui est rassurant, c'est que les auteurs trouvent à l'homme plusieurs avantages sur la machine :
  • capacité à faire preuve de sens / à saisir le sens, donc à générer des intuitions qui sont critiques pour la prise de décision
  • capacité à ressentir et évaluer des émotions et, par là, à créer des relations personnalisées
  • aptitude à vivre en groupe (héritage de milliers d'années de socialisation) et à collaborer dans des environnements variés
  • maîtrise des contextes culturels multiples grâce à l'identification de "points de connexion" (objectifs partagés, priorités, valeurs) qui transcendent les différences culturelles
  • capacité d'adaptation aux circonstances inattendues, aux situations
Ces différents avantages compétitifs me semblent intimement liés entre eux. Ils font écho aux notions d'intelligence émotionnelle, au "QI social", voire à l'ethnologie, à la sociologie et à la psychologie. Les machines sont limitées par l'obligation qu'elles ont de suivre des règles. L'homme, lui, peut saisir l'esprit des règles au-delà des aspects sémantiques ou autre logique flottante de l'intelligence artificielle.

Démocratie et crise

Paul Krugman se désespère, à longueur de blog, de ce qu'on ne le comprend pas.

Mais, n’est-ce pas normal ? Pourquoi devrions-nous comprendre un prix Nobel d’économie qui occupe sa vie à étudier un sujet compliqué. Pouvons-nous lui faire confiance, alors que  les économistes, de leur propre aveu, ont été de grands coupables de la crise actuelle ?

Les crises posent à l’individu des problèmes complexes qu’il n’est pas préparé à résoudre. La psychologie dit que, dans ce cas, il prend de mauvaises décisions. (Pire : dans les périodes prospères, la société semble avoir l’obsession de transformer l’homme en consommateur décervelé, en un légume.)

La démocratie ne peut-elle que transformer les crises en désastres ?

Faut-il en revenir au projet des Lumières et de la troisième République : « émanciper » l’esprit du citoyen pour qu’il puisse décider judicieusement ?

Je doute de cette solution. La capacité de traitement de l’information d’un homme n’est rien par rapport à celle de la société. Il me semble donc plutôt qu'il faut reconstruire un édifice social digne de confiance, dans lequel les économistes, par exemple, se comportent comme des scientifiques. 

lundi 19 décembre 2011

Le numérique pousse la presse dans ses retranchements

Je rebondis sur l'article de Christophe "Liquidation de la presse ?"
En tant qu'ancien journaliste, je reste sensible au sujet. La presse française est encore malade de la radicalisation des idéaux fondateurs de la Résistance, selon lesquels l'information n'est pas un produit comme les autres. Or, nous avons devant nos yeux le fait qu'il s'agit bien d'un produit et que ce terme n'est pas un gros mot. Non, le marketing n'est pas mauvais ! Non, faire de l'argent avec la presse n'est pas un renoncement ! Ou, pour faire plus court : non, la capitalisme n'est pas le diable !
L'éthique, l'honnêteté, l'exhaustivité et toutes les autres valeurs attachées à l'information des lecteurs sont autant d'attributs de ce produit. C'est-à-dire que les clients n'achèteraient pas l'information sans voir ces attributs (vous le feriez, vous ?).
La presse française est aussi victime de ses archaïsmes, notamment dans le domaine de l'impression et de la distribution. C'est l'un des derniers bastions des coopératives d'inspiration soviétique où le conservatisme et les intérêts particuliers l'ont emporté sur l'aptitude au changement et l'intérêt général - et c'est peu de le dire ! Ces derniers jours, le syndicat du livre a empêché manu militari la tenue d'un CE à l'Union de Reims, séquestrant le PDG (il s'appelle Hersant, mais est-ce une raison ?). Jolie démonstration de démocratie.
L'avenir de la presse consiste désormais - en partie - à vendre des applications, des abonnements et de la publicité (des produits) sur l'iPad et autres supports numériques (qui contournent ces archaïsmes dinosauriens). CQFD ?

Notre mal : manque de vision généreuse ?

Notre société cherche à tuer la cause de ses maux. Pour cela elle tente d’isoler une caractéristique d’une population, qu’elle puisse rattacher aux dits maux. Une fois qu’elle a des coupables, elle recourt à la violence en toute bonne conscience.

Ce qui n’amène nulle part. C’est la violence qui est le mal de la société. Il faut y mettre un terme. Et pour cela il faut, au contraire, rechercher chez l'homme ce qui est favorable à un projet visionnaire, pacifique, enthousiasmant pour tous.

Voilà ce que dit Armatya Sen (Violence and civil society, CAM n°64). Et il donne comme exemples l’Afrique du sud de Nelson Mandela et l’Europe d’après guerre. 

Causes du printemps arabe

Chaque peuple arabe aurait eu un thème de soulèvement spécifique. Égalité civique au Bahreïn, liberté de parole et d’association en Syrie, sécurité des personnes en Tunisie et en Égypte, niveau de vie au Yémen. Globalement la révolte n’aurait pas été spécialement une question de jeunes, de chômage et de revenus. Plutôt un mouvement de classes moyennes ?

En tout cas, il y a eu effet de contagion, chacun s’enhardissant avec les succès de l’autre.

Quant à l’issue du mouvement, elle semble être liée à la détermination des gouvernants en place. Ceux qui ont disparu avaient perdu le contact avec les réalités et la volonté de se battre.

Voilà ce que je comprends de The Arab Spring is not About Twitter, de Glen Rangwala, CAM, n°64.

En état de "flow"

James Slavet, associé du fonds de capital risque Greylock Partners, propose 5 indicateurs originaux de l'efficacité du management. Le premier, le "state flow percentage", me tape dans l'oeil : pendant quel pourcentage de notre temps au travail sommes-nous réellement concentrés sur un tâche ? A une époque où nous sommes en permanence distraits (pollués ?) par toutes sortes de sollicitations extérieures - au premiers chef desquelles on trouve l'email - cette mesure de l'efficacité au travail me semble vraiment pertinente !

Cette proposition s'appuie sur les travaux d'un professeur américain d'origine hongroise, Mihaly Csikszentmihalyi (n'essayez pas de prononcer, sauf si vous êtes hongrois). Ce spécialiste de psychologie positive a décrit le "flow" comme l'état mental dans le quel une personne est toute à sa tâche, concentrée sur - voire immergée dans - son travail, et avec le sentiment de réaliser celui-ci efficacement ou avec succès.

Pour tous ceux dont le travail demande de la concentration, peut-être faudrait-il aménager les open spaces ou réduire les réunions (demies journées ou journée entière sans réunion ?). James Slavet propose même des post-its "Laissez-moi, je bosse" pour décourager les empêcheurs de travailler concentré.

Cela risque de ne pas suffire. Je proposerais aussi : éteignez non seulement la notification d'emails mais carrément votre messagerie et ne l'utilisez que dans un créneau horaire défini. Arrêtez Skype ou MSN. Etc. Edictez des règles entre vous pour ne pas déranger ceux qui ont besoin de concentration. Pour ma part, c'est décidé : je vais me fabriquer un petit panneau "Lâchez-moi la grappe, je suis en état de flow !"

M. Butterfly

Film de David Cronenberg, 1993.

Un diplomate français se trompe, pendant 20 ans, sur le sexe de sa compagne chinoise.

L’homme a une capacité exceptionnelle à se bercer d’illusions ? D’ailleurs, l’acteur qui joue l’amante ne ressemble pas à une femme, et encore moins à une Chinoise ?

En tout cas, l’univers de David Cronenberg n’est pas le mien.

Compléments :

dimanche 18 décembre 2011

Le banquier est un psychopathe

Le psychopathe est un homme qui n’a pas d’empathie. Il est indifférent au mal qu’il cause à autrui.

N’est-ce pas le cas des banquiers ? Être à l’origine d’une crise effrayante ne trouble par leur conscience.

En un sens, ce sont des psychopathes sociaux. Parce qu'ils sont isolés de la société, le regard de leur prochain ne pèse pas sur eux. Ils ne souffrent pas des erreurs qu’ils commettent.

La solution à la crise n’est peut-être pas de jeter le bankster en prison, avec les autres psychopathes, mais de le faire vivre en société.

Soldat Manning

Aux USA, on juge le soldat Manning, qui a transmis des informations diplomatiques à Wikileaks.

Ce qui est curieux dans cette histoire est que le personnage de Manning est le héros type d’Hollywood. C’est le « whistleblower », celui qui se bat, seul contre tous, pour faire triompher la vérité.

Alors, procès de l’armée américaine et de son incapacité à s’accommoder des valeurs de sa nation, sinon par l'hypocrisie ?

Organisation spatiale de notre esprit

Pourquoi perdons-nous la mémoire lorsque nous franchissons une porte ? (Why Walking through a Doorway Makes You Forget: Scientific American)

Parce que notre cerveau, pour des raisons d’efficacité, doit se vider régulièrement pour dégager de la capacité pour de nouvelles tâches. Et qu’il a fini par associer son contenu avec le lieu dans lequel nous sommes. Si nous sortons d’une pièce, c’est probablement que ce que nous y faisions n’a plus d’importance. 

samedi 17 décembre 2011

Liquidation de la presse ?

Faillites en série de la presse. Le journaliste est maintenant soumis aux lois d’Internet. C’est la jungle. Ce changement aurait été voulu pour liquider le statut des journalistes. Voilà ce que disait une journaliste, ce matin.

Je ne crois pas que qui que ce soit puisse être aussi intelligent pour organiser une telle manipulation. Par contre, je soupçonne que l’analyse est fondamentalement juste.

Journalistes et employés du livre se sont enfermés dans un rapport de forces conflictuel avec leurs employeurs, mais aussi avec leur lectorat à qui ils imposaient leur manière de voir. Ils n'ont pas (uniquement) perdu par un coup de Jarnac du grand patronat, mais parce qu’ils écrivaient des journaux dont personne ne veut.

Enseignements ?
  • La « défense des avantages acquis », la résistance obtuse au changement ne gagne pas. Les syndicats vont devoir apprendre à changer pour ne pas changer.
  • Quant à la presse, elle est sûrement à recréer. Se peut-il que le malheur de certains serve d’exemple aux survivants, qui se réforment à temps ?

La conviction de François Hollande

Que reproche-t-on à François Hollande ?

Ses partisans attendent un tribun du peuple, il est inaudible. (Avec des militants socialistes : "Hollande, on a envie de lui dire : Vas-y, pépère !" - LeMonde.fr)

Deux hypothèses. Pas de conviction, peur de s’aliéner certains électeurs. Mauvais dans les deux cas. En particulier dans le second : si la France veut un changement c’est probablement avant tout pour ne plus être gouverné par la dissimulation.

Alors, comment se forger des convictions que l’on peut clamer sans arrière pensée ? Il y a une technique pour cela.
  • Il faut faire une psychanalyse de ses doutes. En leur trouvant une solution on découvre la cause pour laquelle on est prêt à mourir, au moins à perdre les élections. Alors, on est indestructible.
  • Quant aux réactions du peuple et des sectes de gauche, elles sont prévisibles. Par conséquent, avec un peu de travail, il est possible de leur répondre de manière satisfaisante sans déroger à sa cause.
Mais cette technique demande beaucoup de travail et d’être prêt à perdre les élections. Incompatible avec la nature d’un politique ?

Compléments :
  • Exemple à méditer : Jean Jaurès. Il était prêt à mourir pour ses convictions, et il en est mort…

Émancipation des esprits

Sortir l’esprit humain du poids des coutumes, « thinking out of the box », semble avoir été au cœur de la pensée des Lumières, des combats de nos instituteurs d’avant 14, et de Jaurès, parmi beaucoup d’autres.

Apprendre l’individu à penser semble avoir deux intérêts, pour eux. Tout d’abord, lui éviter de se faire manipuler. Ensuite, le libre arbitre est gage d’efficacité : plus efficace est la raison de l’individu, plus la population est globalement efficace.

Mais qu’est-ce que bien utiliser sa raison ? Il me semble que c’est pouvoir décider vite et bien. Pour cela je crois qu’il faut 0) avoir un minimum de pratique de la prise de décision, 1) un minimum de connaissances sur beaucoup de sujets différents, 2) être au cœur d’un réseau de plus spécialistes que soi. 1) et 2) ont la même justification : pouvoir vite acquérir les informations nécessaires à une décision.

Grandes écoles contre nature ?

Situation apparemment difficile à vivre : enfant incapable de suivre les traces d’un père polytechnicien, qui, pour des raisons de carrière, n’est jamais présent.

J’en suis venu à me demander si cette situation ne reflétait pas un dysfonctionnement de notre société. Et si l’on donnait comme modèle à un enfant normal, un père qui ne l’est pas ?

Après tout, ne mettons-nous pas à la tête de la société des êtres privés de lien social durant les années formatrices de leur vie ? Ne nous sommes nous pas donnés une élite d’autistes ?

Mon sujet d’intérêt n’en est-il pas une preuve ? Je me casse la tête à expliquer, par des théories scientifiques compliquées, le changement, qui est le propre de l’homme !

Suis-je une manifestation d’une pathologie sociale comme la psychanalyse a été le signe de la répression sexuelle du 19ème siècle ? La cause en serait-elle une raison délirante qui nous fait apparaître comme désirable ce qui est contre nature ? (La répression sexuelle, ou le gouvernement par autistes.)

vendredi 16 décembre 2011

Hollande cherche ses marques ?

D’après les experts du sujet, le dispositif qui a été trouvé pour traiter la crise européenne n’est pas satisfaisant. Les dettes européennes ne sont pas protégées des paniques des marchés, et le problème de fond, la croissance, n’est pas abordé.

Probablement, le gouvernement le sait, mais ne croit pas pouvoir mieux faire.

Il est d’ailleurs confronté à un problème compliqué : comment tenir un discours compréhensible par le peuple et qui n’effraie pas les marchés ?

François Hollande (Une autre voie pour l'Europe - LeMonde.fr) semble désireux d’employer une tactique aussi vieille que le conseil en stratégie : déstabiliser le prospect, en lui montrant ce qu’il ne veut pas voir, puis lui présenter un « business model » qui peut le sauver.

Mais, pour que ça marche, M. Hollande va devoir travailler dur à renforcer la deuxième partie de son argumentaire. 

Média social et influence

Que nous réservent en 2012 les médias sociaux ? se demande un expert américain.

Les médias sociaux y apparaissent totalement instrumentalisés. Leur rôle est de nous faire consommer le plus possible, de coca et de pizzas, par une forme sophistiquée de manipulation. Exemple :
Le culte de l’influence. De la même manière que Google a créé un système qui récompense ceux qui produisent un contenu que l’on a envie de chercher, il y a actuellement une course au développement du système qui va récompenser ceux qui ont le plus d’influence sociale. 

L’Amérique se replie

La politique américaine semble confirmer ce que disait ce blog à ses débuts : elle suit un cycle éternel. (Et l’Amérique créa le monde à son image…)

Enthousiasmée par des idées simplistes, elle part à la réforme du monde. Mais elle découvre que tout est beaucoup plus compliqué que ce qu’elle pensait. Maudissant la stupidité de ceux auxquels elle apportait le bonheur, elle veut alors se replier sur son territoire et en revenir à une activité saine (le commerce avec des gens bien).

Barack Obama, dans cette tradition, veut rapatrier l’Amérique du Moyen-Orient et d’Europe, vers les pays du sud est asiatique inquiétés par la Chine. (Lexington: The wretched Middle East | The Economist)

Mais peut-il réellement couper les ponts ? Deux observations tirées de mon expérience :
  1. Considérer les peuples comme des irresponsables (ce qu’a longtemps fait l’Amérique) conduit à ce qu’ils se comportent en irresponsables. Un peu d’éloignement ne peut être qu’un bénéfice.
  2. Mais le changement, incontrôlé, ne prend jamais une direction favorable. Les USA doivent conserver un minimum de présence agissante : ils doivent chercher à « animer le changement ». 

Tu ne tueras point

Film de Krzysztof Kieslowski, 1988.

Le film qui a fait connaître Kieslowski (jamais approché par aucun de ses suivants ?).

Ce que ce film a d'exceptionnel ? Miroir de la vie telle qu’elle est, sans plus ? Un enfer pavé de méchancetés médiocres. Nous sommes moches.

Comme chez Tarkovski, la qualité pisseuse de la pellicule soviétique est un constituant à part entière de l’œuvre. 

jeudi 15 décembre 2011

Euro : la crise est devant nous ?

La situation actuelle de la zone euro serait un miroir des années 30. (Lessons of the 1930s: There could be trouble ahead | The Economist). Curieusement, l’Allemagne ferait reproduire à d’autres ses erreurs de l’époque.

Alors, elle est à la place de la Grèce moderne. À la fin des années 20, elle est submergée par des capitaux français et américains. Bulle spéculative, les salaires augmentent et l’Allemagne n’est plus concurrentielle. Puis, ces capitaux se retirent. La monnaie allemande étant contrainte par l’étalon or, ne peut se dévaluer (même problème que la Grèce avec l’euro). Il faut imposer une baisse des salaires par la force. Politique de rigueur. Les banques s’effondrent. Les Anglais proposent l’équivalent du Fonds de solidarité actuel. Il est refusé par Américains et Français (qui ne veulent pas, en outre, d’une réduction de dette allemande).

Le cercle vicieux de la dépression aurait été causé par une fuite des capitaux, combattue par des politiques de rigueur, qui asphyxient l’économie et créent le chômage. L’argent revient et le cercle vicieux s’achève lorsque l’Allemagne décroche de l’étalon or.

Ce qu’il y a de différent aujourd’hui ? Les USA qui pourraient coordonner une politique de sauvetage internationale ; les systèmes de protection sociale qui atténuent le choc d’une crise (tiens, je croyais que c'était le mal absolu...) – le chômeur continuant à pouvoir dépenser ; la BCE, qui pourrait regonfler la masse monétaire. Seul problème : elle ne semble pas vouloir le faire. 

Le paradoxe du libre arbitre

L’homme doit croire au libre arbitre, surtout si c’est une illusion. Je retrouve ce paradoxe, sujet d’un billet récent, dans un texte de Kant, dont c’est une idée centrale.

Comment le résoudre ? Faut-il mentir à l’homme en lui disant qu’il est libre ?

Ce que dit Kant - « le fataliste le plus convaincu (…) doit agir, à chaque fois qu’il est question pour lui de sagesse et de devoir, comme s’il était libre » (Vers la paix perpétuelle et autres textes, Garnier Flammarion 2006) – semble répondre à la question : expliquons à l’individu que le comportement qui est déterminé par l’idée du libre arbitre est optimal. 

Mythes et paradoxes de l’histoire économique

Livre de Paul Bairoch, La Découverte, 1999. En examinant l’histoire économique du monde, Paul Bairoch trouve que beaucoup de ce que l’on croit vrai est faux. Les deux mythes principaux qu’il démasque sont :
  • Le mythe, de droite, du libéralisme : non le libéralisme n’a jamais été associé à la croissance, au contraire.
  • Le mythe, de gauche, du colonialisme : non les pays occidentaux n’ont pas construit leur modèle sur le rançonnage de leurs colonies. Au contraire. Non seulement les colonies ont peu compté dans l’économie des colonisateurs, mais plus un pays possédait de colonies moins il était économiquement dynamique. (Un marché protégé ne stimule pas l’innovation.) En outre, jusque dans les années 50, l’Occident vivait des matières premières de son sol (cf. l’Angleterre et le charbon). Par contre, il est vrai, les colonies ont été ravagées. 
La science, première victime de l'idéologie ?

Autres réflexions inspirées par ce livre :

mercredi 14 décembre 2011

Irréprochables allemands

Des dirigeants de Siemens sont accusés d’avoir voulu corrompre des officiels argentins, pour s’assurer un contrat.

Assurément Siemens doit appartenir à une de ces républiques bananières du sud de l’Europe.

Baisse de l’euro

La BBC ce matin se demandait pourquoi l’euro était aussi bas, par rapport au dollar et à la livre.

Une explication qui, curieusement n’a pas été évoquée, est la baisse des taux directeurs de la BCE.

Cette baisse pourrait signifier une augmentation des exportations européennes (bonne nouvelle, après tout ?) et de l’inflation.

Par ailleurs, j’entendais la BBC, toujours mais hier, dire que l’inflation anglaise était autour de 5%. Le pouvoir d’achat local est rapidement raboté. 

Grande distribution en Inde

L’Inde refuse l’entrée des grandes surfaces occidentales. (Off their trolleys)

The Economist en est désolé. Elles auraient rationalisé les circuits de distribution des produits de grande consommation et amélioré leur qualité. Et cela aurait relancé la croissance indienne à un moment où elle faiblit.

Certes, mais cela aurait aussi mis à la poubelle une nuée de petits distributeurs. Or, leur nombre leur donne un pouvoir politique important. C’est étrange que, pour une fois, The Economist ne se réjouisse pas que l’Inde soit une démocratie.

Compléments :

Conseil gratuit

On me reproche de donner beaucoup de « conseils gratuits ». Je pense avoir trouvé une justification rationnelle à mes actes.

Si je donne, c’est que cela me prendrait trop de temps de vendre. Je passerais l’essentiel de ma vie à palabrer, alors que j’ai besoin de pratique pour apprendre et m’améliorer.

Ce qui est peut être plus curieux est que les techniques que j’emploie, certaines au moins, étaient d’un usage courant il y a quelques années. D’ailleurs on les trouve dans les livres de cours. Alors, bien que très efficaces, elles sont passées de mode ?

Cette histoire dirait-elle quelque chose des caractéristiques de nos mécanismes de décision ?

À de rares exceptions près, l’homme est incapable de mesurer la valeur de ce qui lui est offert, la société choisit pour lui ?

Ce n’est pas totalement optimal puisque cet effet de mode amène certains à consommer ce qui ne leur est pas utile, mais cela représente une formidable économie, puisque l’innovation peut pénétrer une masse énorme sans avoir besoin d’être analysée par chaque individu. 

Wittgenstein

Livre de A.C.Grayling, 2001.

Wittgenstein semble avoir estimé que les problèmes que rencontrait la philosophie se dissiperaient si l’on clarifiait le langage. Elle serait victime de ses pièges. Malheureusement le langage de Wittgenstein ne paraît pas avoir été très clair, et on ne sait pas bien ce qu’il a voulu dire.

En fait, son objectif initial aurait été de démontrer que ce qu’il y avait d’important dans la vie n’était pas accessible par l’entendement. Pour cela, il supposait que ce qui peut être dit est l’équivalent de ce qui peut être pensé ; et que ce qui peut être dit est l’image du monde. Donc, ce qui n’appartient pas au monde ne peut être pensé.

Puis, il a vu que sa théorie du langage ne fonctionnait pas.

Ce qui semble plus intrigant, pour moi, est qu’il aurait repéré un biais individualiste dans la philosophie de Descartes, pour qui « je pense donc je suis ». Ce qui est indubitable est l’expérience individuelle. Pour Wittgenstein, je ne peux pas penser si la société ne me l’a pas appris. La société est donc première, pas l’individu. Et c’est elle qui nous transmet son expérience, pas l’inverse. De ce fait l’individu n’a pas de moteur intérieur mystérieux, il est aisément décryptable. 

mardi 13 décembre 2011

Attention à la Chine !

Les futures difficultés des Chinois pourraient faire passer celles des Européens pour une plaisanterie. La Chine tente de chercher à se réinventer, et cela pourrait mal se passer.

Voilà en substance ce que j’ai compris de l’interview de l’inventeur du terme BRICS par la BBC, ce matin. 

Areva se restructure

Areva et Veolia changent de direction. Cela s’accompagne d’une restructuration brutale.Que faut-il en penser ?
  • Argumentation rationnelle : dans les deux cas, on dénonce une stratégie financièrement non durable (Areva dévoile son plan de réduction des coûts - LeMonde.fr) ; 
  • ou réitération de l’éternelle tactique du nouveau dirigeant : se faciliter la tâche en chargeant la mémoire de son prédécesseur ?
Compléments :

Publicis

On ne change pas une équipe qui gagne : la crise actuelle pousse Publicis à conserver la direction de Maurice Lévy.

Contrairement à ce que dit ce blog, les fusions acquisitions marchent parfois. Elles auraient fait le succès de Publicis. Leur dernière vague a porté sur Internet et les pays émergents. Elles sont aujourd'hui ralenties : il ne fait pas bon être endetté par les temps qui courent. (Four more years)

Libéralisme et protectionnisme

Moment libéral français, sous Napoléon III :
Un groupe de théoriciens avait donc réussi à introduire le libre-échange en France, et indirectement sur le reste du continent, contre la volonté de la plupart des dirigeants des divers secteurs de l’économie.
Puis tournant protectionniste européen :
En même temps que le Royaume-uni prenait conscience de son avance dans le domaine industriel et en tirait les conclusions logiques en adoptant une politique de libre échange, le reste de l’Europe s’apercevait de son retard et cherchait à le rattraper par une nouvelle forme de mercantilisme, plus défensif qu’offensif – en bref par ce qui devait s’appeler, à partir des années 1840, le protectionnisme. Il faut noter que c’est la première fois dans l’histoire que les hommes commencèrent à raisonner en termes de niveau de développement à atteindre plus ou moins rapidement plutôt qu’en termes d’appropriation d’une plus grande part des richesses ; autrement dit, d’un gâteau plus gros et non plus d’une plus grosse proportion de celui-ci.
BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.

lundi 12 décembre 2011

Moteur électrique en panne ?

L’histoire tend à se répéter : les technologies installées sont stimulées par la menace de l’innovation. (cf. UTTERBACK, James M., Mastering the Dynamics of Innovation, Harvard Business School Press, 1994.)

Le moteur à pétrole deviendrait de plus en plus performant, ce qui rendrait de plus en plus inacceptable le surcoût de l’électrique. Les constructeurs automobiles utiliseraient leurs véhicules électriques comme une forme de « greenwashing » : on en parle beaucoup, mais on ne les vend pas ? (Revenge of the petrolheads)

Imprimer des produits

Ce qu’on appelait la stéréolithographie il y a 20 ans semble connaître une nouvelle jeunesse. (On parle maintenant « fabrication additive ».)

Elle permet « d’imprimer » un produit à partir de son modèle numérique (robe, chaussure, avion…). Bénéfice inattendu : on serait capable ainsi de fabriquer des pièces ayant des capacités inconnues jusque-là.

Curieusement, lorsque l’on conçoit un produit à partir de ses fonctionnalités, sans se préoccuper des moyens de production classiques, on retrouve les solutions inventées par la nature (par exemple, l’échangeur de chaleur optimal ressemble à des branchies).

Sous-développement

Qu’est-ce qui fait que le sous-développement ? Ce que je retiens d’une étude de Paul Bairoch :
  • Une industrie dévastée par un libéralisme qui lui a été imposé par ses colonisateurs.
  • Une fois les colonies indépendantes, les multinationales qui y étaient installées se sont mises à les rançonner.
  • Une spécialisation dans l’exportation d’une production exotique, abandonnant les cultures vivrières. Pour le coup, ce serait un bien : les cultures de céréales occidentales ont énormément gagné en productivité. Par contre, le tiers monde est extrêmement susceptible aux prix des matières premières.
  • Une erreur de calcul. Le monde occidental actuel est le résultat d’une très longue transformation. À tort, il a cru qu’elle pourrait être quasiment instantanée chez ceux qui adoptaient son modèle.
  • Une urbanisation excessive, et une démographie qui a explosé avec la conquête occidentale. Le développement économique est incapable de la suivre. C'est là le mal principal. La faute en serait à « à l’Église catholique et aux Marxistes ». Tous deux ayant refusé le planning familial. 
BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.

dimanche 11 décembre 2011

FMI et Europe

La BCE et les banques centrales européennes cherchent à prêter au FMI pour qu’il puisse prêter aux pays européens, ce qu’elles ne peuvent pas. Goldman Sachs serait fier de nous.

D’après The Economist, ça ne marchera pas : si le FMI prête, ce sont les Européens qui restructurent, et comme le prouvent la Grèce, le Portugal et l’Irlande, ils ne sont pas compétents. (Cash for credibility)

Avenir décidément noir ? Et si, sachant que leurs prédictions sont auto-réalisatrices et que rien ne va bien, nulle part, les marchés financiers, fatigués de tant d’incertitudes, décidaient de croire au père Noël (c'est-à-dire l’Europe) ? 

Libre arbitre

Curieusement (?) si l’on convainc une personne qu’elle ne dispose pas du libre arbitre, que son sort est déterminé par la main de fer de la nature, elle a plus tendance à tricher que si elle ne le croit pas. (Scientists say free will probably doesn’t exist, but urge: “Don’t stop believing!” | Bering in Mind, Scientific American Blog Network)

La bandera

Film de Julien Duvivier, 1935.

Film qui ressemble beaucoup à Pépé Le Moko. Mauvais garçon ayant de nobles principes, et un brin suicidaire. Exotisme des colonies, et charme sauvage et mystérieux de ses beautés.

À l’époque, on trouvait la rédemption de ses péchés en mourant avec honneur dans les guerres coloniales des légions étrangères. 

samedi 10 décembre 2011

L’université américaine innove

Au moment où l’université française imite l’université américaine, celle-ci découvre qu’elle est en crise, et qu’elle doit se réformer ou crever. Les coûts de formation ont triplé en trente ans. Les élèves sont surendettés.

Une nouvelle fois l’admirable pragmatisme américain se déchaine. Partout on restructure, quitte à liquider la recherche ou les cours qui n’ont rien d’essentiel, et on pousse la technologie à ses limites : gros succès pour l’enseignement sur Internet, et tous les moyens d’automatisation. (Schumpeter: University challenge | The Economist)

Crise bancaire

Actuellement, ce qui est mis à mal, ce ne sont pas les États, mais le système financier.

L’argent n’y circule plus. En parti parce qu’il doit reconstituer ses réserves, en partie parce que la peur est de mise, et qu’on ne se prête plus. (The dash for cash)

S’il s’effondre, c’est toute l’économie qui le suit. Comment le sauver ?

Difficile de voir une autre solution que des prêts des banques centrales. Création monétaire.

Curieusement, ceci ne semble pas devoir créer d’inflation. Parce qu’il y beaucoup de ressources oisives, et qu’une injection d’argent ne peut que les remettre en marche ?

Valeur du temps

J’ai la chance d’avoir une vie extrêmement libre (même si j’ai la réputation de la passer à travailler !) et je ne serais pas prêt à en changer même pour une somme colossale. Lorsque Nicolas Sarkozy nous menace d’augmenter le temps de travail, soupçonne-t-il le coût qu’a pour l’individu cette contrainte supplémentaire ?

Je crois surtout qu'il commet une erreur : la croissance n'est pas une question de quantité de travail, mais d'organisation de celui-ci. Les pays du nord travaillent peu.

vendredi 9 décembre 2011

Désunion européenne

Dans les mouvements européens en cours, l’Angleterre semble plus isolée que prévu.

Peut-elle rester en Europe : son peuple et contre, et peu d’Européens sont pour ? L’union était-elle contre nature ? J’entendais un interviewé allemand de la BBC dire ce matin que l’Angleterre allait devenir une autre Islande.

Mon intuition me laisse penser que l’Angleterre a tout à perdre à une sécession. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a plus les moyens de ce qui a fait son succès. La perfide Albion a longtemps divisé le continent pour régner, mais ne semble plus le pouvoir. Et je soupçonne qu’elle a tiré le meilleur de stratégies parasitaires, qui ne seront plus possibles, une fois hors de l’Europe. Pire, peut-être, ses hommes politiques n’auront plus personne à blâmer pour leurs erreurs. 

Taxer les riches à 80%

Aux USA, en 40 ans, le 1% le plus riche a doublé sa part des revenus de la nation. Cela a un inconvénient imprévu : en cette période de crise et de dette, son magot aiguise les appétits.

Quel serait le taux d’imposition marginal qui maximiserait les intérêts des USA ? se demandent des économistes fameux. Plus de 80%.

Raisonnement : les vigoureuses baisses d’impôts qu’ont connues de nombreux pays n’ont eu aucun impact notable sur leur croissance. Une baisse d’impôts encouragerait le top management à un comportement parasitaire, plutôt qu’à la « création de richesse ». Taxing the 1%: Why the top tax rate could be over 80% | vox

Alors, contrairement à ce que prétend Adam Smith, et bien d'autres avec lui, l'appétit du gain ne ferait pas le bonheur collectif ?


L’Angleterre perd à tous les coups

J’entendais un interviewé de la BBC, hier, s’inquiéter du sort de son île.

Soit la zone euro coule, soit elle dresse des remparts. Dans les deux cas, c’est mauvais pour le commerce de l’Angleterre. (Or, elle est en très piteux état.)

Malheureusement, David Cameron est paralysé par une opinion qui veut faire sécession et par des milieux d’affaires qui aimeraient profiter de la crise de l’euro pour se libérer des contraintes européennes, tout en gardant l’accès à un marché ouvert à tous les vents.

Compléments :

Pâtes du 7ème

Triste patron d’un restaurant italien, qui vient de s’installer dans le 7ème. Ses clients lui reprochent ses familiarités, et lui expliquent qu’on ne se comporte pas ainsi ici.

Pourtant, c’était justement ces manières qui avaient fait son succès dans le 16ème, où son établissement était fréquenté par les hot shots des médias et de l’économie, qui garaient leurs Ferrari à sa porte.

Image des changements en France ? Enrichissement d’une classe d’oligarques sans culture qui voit sa relation au peuple comme un encanaillement, selon l’expression de notre président ?

jeudi 8 décembre 2011

Harvard innove

Harvard Business School vient de découvrir que l’homme apprenait par la pratique.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. En tout cas, sa méthode des cas en est toute chamboulée. (Field of dreams)

Et cela fera plaisir aux élèves que j’ai depuis plus d’une décennie de savoir qu’ils ont été en avance sur Harvard.

Émancipation et injonction paradoxale

Le stress au travail a un lien étroit avec l’injonction paradoxale. Celle-ci consiste à demander l’injuste, sachant qu’il ne peut-être refusé et ce pour des raisons qui ne sont pas totalement conscientes (par exemple par peur de perdre son travail).

Dans une société fondée sur l’individualisme, utiliser cette technique va de soi, puisqu’elle permet d’obtenir un bénéfice immédiat.

Comment s’en tirer ? En n’étant attaché à rien. Plus exactement, ses attachements doivent être conscients.

Curieusement, ce faisant on réalise l’idéal des Lumières : l’émancipation de l’esprit humain. L’homme n’adhère qu’à ce qu’il comprend. Ainsi, il ne peut être manipulé contre sa volonté. 

Le stratège

Film de Bennett Miller, 2011.

Le baseball est encore plus incompréhensible du cricket.

En tout cas c’est une histoire de changement. Je me suis cru dans mon métier.

Comme dans l’entreprise le « changement » est un changement de modèle. Ici, il n’est pas économique, mais de recrutement des joueurs. Et, comme dans l’entreprise, la formule n’est pas suffisante, le succès est dans la mise en œuvre, qui demande le talent d’un « leader ».

On y rencontre aussi la résistance au changement, et ses arguments usuels : ne venez pas nous ennuyer, le baseball est un art et pas une question de science.

Le film est peut-être surtout une métaphore du capitalisme, qui avance par « arbitrage », selon l’expression des financiers, en tirant parti de, et ce faisant en éliminant, ce qui n’est pas optimal. Et en liquidant les vieux crabes qui se protègent derrière des coutumes irrationnelles. (On notera au passage la violence des relations humaines, les licenciements se faisant ad nutum, et les joueurs valsant comme des pions.)

Question : est-ce que l’idéal de l’Américain est le changement, c'est-à-dire d’être à l’origine d’une transformation de la société ? 

mercredi 7 décembre 2011

La Grande école innove

Il semblerait que nos grandes écoles aient décidé de rattraper leurs retards sur les universités anglo-saxonnes. Pour cela, une solution originale : construire des campus.

J’ai entendu parler de deux projets, celui de Polytechnique, et celui de Centrale, son parent pauvre.

Dans les deux cas, on bâtit dans les steppes battues par les vents du sud de la région parisienne, et on regroupe des scientifiques.

Je me demande si les esprits supérieurs qui ont conçu ces projets innovants n’ont pas raté quelque chose du modèle anglo-saxon qu’ils cherchent à imiter.

Le campus anglo-saxon est une ville, où il fait extraordinairement bon vivre pour un intellectuel. Tout y est facile et stimulant (y compris les salaires).

Si la règle du jeu est désormais la concurrence internationale, et si j’étais un élève ou un chercheur brillant, je n’hésiterais pas un moment : j’irais à Boston, à Cambridge ou en Californie, pas dans le désert de Saclay. 

Anglais égoïste ?

Les Anglais seraient beaucoup moins solidaires que dans les années 90. Ils pensent de plus en plus que les chômeurs sont trop payés, et que les pauvres n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Conséquence de la crise ? Formatage culturel ?... BBC News - Today - Social attitudes not reflecting 'Big Society'

En  tout cas, cela arrive à un moment où de plus en plus de gens doivent s’endetter à des taux usuraires (jusqu’à 4000%) pour tenir jusqu’au versement de leur salaire. BBC News - R3 insolvency group says millions turn to payday loans

Épigénétique

Un schéma  (Epigenetics Explained [Animation]: Scientific American) explique comment certaines caractéristiques acquises par une personne peuvent être transmises à ses descendants.

L’ADN est associé à des marques épigénétiques « qui peuvent être ajoutées ou retirées en réponse à l’influence de l’environnement ou de l’expérience ». Ces marques peuvent enlever à un gène la capacité de s’exprimer (ou la lui rendre). 

Dropbox (2)

De l’usage de Dropbox après quelques temps de pratique.

En fait, cela synchronise les contenus de plusieurs PC, smart phone… L’intérêt, pour moi, est que mes fichiers sont accessibles hors Internet. En fait, ils sont présents à la fois sur les PC et sur les serveurs de Dropbox (pas uniquement sur ces derniers, comme on aurait pu le croire). Dropbox est avant tout un système de synchronisation de contenus.

Un fichier est modifié « physiquement » sur un terminal et transféré, lorsqu’ils sont connectés, aux autres terminaux  de l’utilisateur. Les fichiers peuvent aussi être modifiés sur le site web de Dropbox.

Autre intérêt : sauvegarde des données. 

mardi 6 décembre 2011

Europe réparée ?

Que faut-il penser des négociations en cours au sommet de l’Europe ?
  • Personne ne semble avoir une opinion très scientifique sur le sujet. Ça semble vaguement rassurant, mais c’est incroyablement compliqué.
  • Cette complexité est-elle voulue ? On a essayé de faire ce que l’on dit ne pas vouloir faire, sans le dire ?
Compléments :
C’est une tragédie, qu’en Europe comme au Japon il y a 20 ans, le lobby bancaire ait pris en otage les gouvernements. Lors de la crise des subprimes il a réussi à éviter toute réforme sérieuse, et à cacher ses pertes. Au démarrage de la crise souveraine, il a convaincu les gouvernements de donner de l’argent aux pays défaillants, dans des conditions effroyables, afin d’éviter une faillite. Quand cette stratégie a échoué, comme prévu, il a négocié l’arrangement PSI qui lui a permis de réduire sérieusement ses pertes, sans pour autant fournir aux pays le moyen d’avoir à nouveau accès aux marchés financiers. Il pousse les eurobligations pour protéger une grosse partie de ses actifs au détriment du contribuable. Maintenant, il menace les gouvernements d’une grève du crédit, en expliquant que la diminution de l’effet de levier bancaire va amener une diminution du crédit. Il est temps que les gouvernements disent qu’ils ne sont pas dupes, et conçoivent des plans de nationalisation, si les banques ne sont pas capables de fonctionner comme des banques.

Le déclin de l’empire russe

La Russie serait un empire en voie de disparition… The collapse of the Soviet Union: Russia’s imperial agony | The Economist

Si c’est le cas, qui va remplir son vide ?

L’Express

Je reçois un exemplaire publicitaire de l’Express.

Première impression : mauvais papier. De la publicité partout. Mais elle gêne peu, parce qu’elle n’attire pas l’attention (elle n’est pas efficace). Et, pourquoi fait-on des journaux aussi gros ?

Pourtant je me suis laissé prendre au jeu. Article après article, parfois en commençant par la fin, j’ai quasiment tout lu en peu de temps. Les textes sont intéressants et bien faits. Profondes analyses ? En tout cas, une façon d’aborder l’actualité que je trouve optimiste et sympathique. Elle a un œil, me semble-t-il, pour le bon côté du monde et de ses interviewés. Ce n’est pas une presse qui cherche la faille, pour détruire « l’ennemi ». Elle tient de l’ethnologie, plutôt que de l’économie.

lundi 5 décembre 2011

Crise de l’État providence ?

Crise de l’État providence ? N’est-il pas trop endetté ?

En fait, il n’y a pas corrélation entre les difficultés d’un pays et le poids de son État. (No, It's Not The Welfare State - NYTimes.com)

Pas plus qu’il n’y a corrélation avec son endettement. (Profligate Zombies - NYTimes.com)

Téléthon et crise

En dépit de la crise, le Téléthon aurait fait une collecte record.

Explication ? D’après un scientifique entendu hier, lorsque le petit peuple a peur, il recherche l’entraide, ce qu’il exprime en étant généreux.

À ne pas confondre avec la charité du riche.

Compléments :

Élections américaines

Un précédent billet disait que Mitt Romney pouvait défaire Barack Obama.

Pas si sûr. Il a dirigé un fonds d’investissement. De ce fait, on peut lui reprocher le dépôt de bilan de sociétés dont la vente lui avait beaucoup rapporté et le régime fiscal qui lui a été exceptionnellement favorable. (Private equity and the election: Mitts off | The Economist)

La politique n’est que coups de théâtres. 

Intouchables

Film d'Olivier Nakache et Éric Toledano, 2011.

Le film qui aurait pu changer Nicolas Sarkozy ?

Le problème est dans la solution dit ce blog. Et si au lieu de nettoyer les banlieues au karcher, il avait fallu les amener à Neuilly ?

Et si les caractéristiques humaines qui, dans un milieu, font une racaille, étaient celles du surhomme, dans un autre ? Et si les valeurs du FN (par exemple le respect de la famille) étaient infiniment mieux respectées chez les immigrés que dans les beaux quartiers, ou même chez les classes moyennes ? Et s’il avait juste fallu un « recadrage » à Jean Sarkozy pour qu’il fasse de solides études et devienne un citoyen modeste, travailleur et méritant ?... 

dimanche 4 décembre 2011

Crise et asymétrie d’information

La finance et l’industrie de la santé ont pris une place disproportionnée dans notre société. D’où crise. Manœuvre ? Une complexification de leur discours qui a rendu inopérant le marché. Du coup, l’appétit du lucre a pu s’exprimer sans qu’il soit contrebalancé par la concurrence.

Il faut faire revenir la lumière par la loi.

De l’utilité du riche

Alors qu’effrayés par l’éminente arrivée de François le rouge, les riches français émigrent en Suisse, les Américains cherchent à attirer chez eux les riches mondiaux.

L’idée est qu’ils y paient des impôts sur (et qu’ils dépensent) ce qu’ils gagnent ailleurs. Habile, non ?

Compléments :

Saint Thomas allemand

Crise euro : si les Allemands sont aussi longs à la détente, c’est qu’ils n’ont pas été atteints par elle. Leur économie est prospère. (Gloom descends)

Hypothèse qui me rappelle le cas d’un de mes clients. Le centre de développement allemand de l’entreprise a nié une attaque de son marché européen, jusqu’à ce qu’elle touche son territoire.

L’aspect désagréable du parallèle, est que l’Allemand s’est révélé alors avoir très peu de réactivité… le marché a été perdu.

Caractéristique culturelle allemande ? Peu de capacité à l’abstraction ? Peu d’empathie ?...

Compléments :
  • Si l’Europe doit survivre à la crise, elle devra non seulement être fiscalement solidaire, mais aussi ne pas dépendre entièrement des intérêts d’un de ses membres.

Les révoltés de l’Ile du Diable

Film de Marius Holst, 2011.

Il ne faisait pas bon être pauvre au début du siècle dernier en Norvège. On risquait fort de s’y retrouver dans un camp de redressement.

Révolte de l’individu contre l’oppression sociale, qui libère quelques esprits de leurs entraves.

Je ne suis pas entré dans l’histoire. Mais ai eu froid. La Norvège n’est pas pour moi.

samedi 3 décembre 2011

Malaise enseignant

L’enseignant n’est pas bien dans sa peau dit l’Express de cette semaine. Curieusement, il est prêt à quitter son emploi à vie pour les risques du chômage privé. La souffrance au travail n’est pas où on le croit.

D’un autre côté, mes amis se plaignent de l’enseignement que l’on donne à leurs enfants. Beaucoup d’enseignants manquant de maturité, faibles et vacillants, incapables de donner le cadre dont a besoin l’enfant.

Contraste frappant avec les instituteurs de la troisième République. Ils devaient affronter des conditions autrement plus dures et hostiles, et pourtant ils ont considéré leur vie comme un succès complet. Ils avaient une vocation, une mission, et un solide cadre de valeurs, auxquels ils tenaient plus qu’à leur vie ? 

Amérique et euro

La zone euro n’est pas la seule à couler. Le commerce américain va à deux cinquième vers l’Europe et les banques européennes étant très implantées sur le territoire américains, et retirant leurs activités, les banques locales pourraient, elles aussi, avoir du mal à se financer, et à financer l’économie nationale.  (Finally, some good news)

Libéralisme pour les gogos ?

L’historien de l’économie Paul Bairoch montre que le monde a très peu connu le libéralisme (libre échange).

Deux cas lui ont été favorables :
  • L’Angleterre du 19ème siècle. Une industrie fortement exportatrice, et sans concurrence, et qui, pour maintenir des salaires de misère, a besoin d’importer à coût minimum de quoi nourrir cette misère.
  • Les pays faibles (tiers monde, un temps, la Chine, la Turquie…) que les forts rançonnent.
L’Amérique a été, quasiment sans désemparer, la patrie du protectionnisme.

BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.

vendredi 2 décembre 2011

Promesses de Sarko

J’entendais dire ce matin, que Nicolas Sarkozy avait promis que l’épargnant ne serait pas victime de la crise.

Le président reconnaît qu’il y a risque. Or, jusqu’ici, il a été systématiquement incapable de tenir ses promesses. Très inquiétant.

Gaz de schiste et développement durable

The Economist prédit que l’Europe ne pourra pas résister à l’appel du gaz de schiste. Pourtant ce qu’il dit de ses dégâts sur l’environnement est effrayant : « (il) exige des océans d’eau, apportés par des flottes de citernes bruyantes ». (Fracking here, fracking there)

La question du gaz de schiste rejoint celle des OGM et des pays émergents.

Le paradoxe du monde libéral, est que moins vous êtes contraint par les droits de l’homme ou les exigences du développement durable, plus vous êtes avantagé. Ce qui force les autres à vous suivre. 

Jim Collins

Jim Collins est un gourou des sciences du management.

Il conclut d’une vie de recherche sur les raisons du succès dans les affaires que « travailler dur et la persévérance comptent plus que le génie. Ses héros sont des gens modestes qui passent des années à construire patiemment leur organisation (…) Tout le monde peut réussir, explique-t-il, si l’on se tient à quelques règles exigeantes mais pas impossibles à appliquer. » (Built to last)

Prenant l’exemple de Steve Jobs, l’article doute que cette théorie n’ait pas d’exceptions.

En tout cas, je me demande s’il n’y a pas ici l’expression d’un des mythes de la société américaine : le travail rédempteur. 

jeudi 1 décembre 2011

Pouvoir souverain

J'ai vaguement entendu France Culture parler d’État souverain.

J'en retiens que le souverain est celui qui n’a pas de supérieur. Par conséquent, tout ce qui est susceptible de lui retirer son libre arbitre est contre sa nature. Ce qui justifie qu’il ne paie pas ses dettes si elles dépassent un certain niveau.

C’est probablement ce qu’avaient en tête les rois lorsqu’ils faisaient brûler leurs créditeurs. 

Relancer l’industrie

Pour avoir une industrie forte, le nerf de la guerre ne serait pas le Mittlestand, mais la grande entreprise (qui tire le Mittlestand).

N’ayant plus de grands industriels en propre, l’Angleterre a besoin que des étrangers y installent des têtes de pont. Malheureusement, ils ne le font que parce que ça leur permet de pénétrer le marché européen. Or, il va soit exploser, soit se protéger… (No land of giants)

Aéronautique prospère

L’aéronautique accumule les commandes gigantesques. Et ça devrait continuer : selon une logique imparable, la crise devrait imposer aux compagnies aériennes des réductions de coûts, c'est-à-dire de renouveler leur flotte avec les dernières générations d'avions. (Full throttle)

mercredi 30 novembre 2011

Nouvelles du mois

Quelques thèmes dont ce blog a parlé, ce mois-ci :

Bulle immobilière française

L’immobilier français serait surévalué d’au moins 40%.

C’est ce que calcule The Economist, en appliquant les techniques qui permettent d’évaluer les entreprises. C'est-à-dire en comparant les prix de l’immobilier avec les revenus des ménages et les loyers. (House of horrors, part 2)

PME et culture française

La PME française ne grandit pas. Constatation qui étonne les étrangers.

L’étranger nous reproche aussi de haïr le succès chez les autres (exemple classique de cette opinion, par John Stuart Mill). Et s’il y avait quelque chose de vrai là dedans ? Et si l’entrepreneur ne s’entourait que de personnes qu’il pense pouvoir contrôler parce qu’inférieures ? Et s’il avait peur de ce qui est nécessaire à la croissance de sa société ?