mardi 24 janvier 2012

Pourquoi Apple n’emploie-t-il pas d’Américains ?

En ces temps de chômage, l’Amérique se demande ce qui lui est arrivé. Exemple caractéristique : Apple est monstrueusement rentable, n’ayant pas réellement de concurrents. Pourquoi emploie-t-elle aussi peu d’Américains ?

Apparemment pas uniquement pour une question d’argent. Les actionnaires de la société gagneraient juste un peu moins, mais ses profits n’en seraient qu’à peine affectés.

Ce serait pour des raisons de main d’œuvre. L’Amérique manque de qualifications intermédiaires. (Apple, America and a Squeezed Middle Class - NYTimes.com)

L’offre et la demande ne s’adapteraient-elles pas mécaniquement l’une à l’autre ? Ou est-ce parce que l’Amérique ne fabrique plus chez elle que sa main d’œuvre ne peut s’adapter à ses besoins ? 

Génocide arménien et esprit des lois

Un parlement ne peut décréter qu’il y a eu génocide en Turquie sans aller contre l’esprit des Lumières, dit L’Esprit des Lumières de Tzvetan Todorov.
Les députés français n’en étaient pas à leur coup d’essai. Quelques années plus tôt, ils avaient décidé que la Turquie était bien coupable du génocide Arménien (…) La puissance publique n’a pas le droit de décider où réside la vérité, disait Condorcet.
Les Lumières distinguent en effet le bien du vrai. Le rôle du politique est de dire le premier, celui de la science le second. Aucun ne peut contraindre l’autre.

Quand le parlement décrète qu’il y a eu génocide n’agit-il pas comme l’Église condamnant Galilée ? De simples êtres humains s’arrogent le droit de définir une fois pour toute ce qui est vrai, et de mettre un terme à la marche de la science ? Le sujet est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît. C’est la liberté de l’homme qui est en jeu. Comment justifier, en effet, qu’un homme puisse être empêché de poursuivre le vrai ?  Si l'Etat décide du vrai, et condamne les contrevenants, c'est la dictature !

Certes. Mais les Lumières, comme l’explique T.Todorov, ont aussi dénoncé le scientisme : la science comme valeur absolue. Peut-on laisser une science folle faire n’importe quoi ? D’ailleurs, les Lumières n’étaient-elles pas un moralisme ? Ce qu’elles mettent au dessus de tout, y compris probablement de la science, c’est la « volonté générale », celle du peuple.

Qu’est-ce que cela donne dans notre cas ? Que pense la volonté générale du génocide arménien ? Probablement pas grand-chose.

Et si ce que révélait ce débat était une faille de notre 5ème République ? L’exécutif peut y faire ce qu’il veut, sans consulter grand monde. Et si la première victime en était M.Sarkozy ? Et si un président impulsif avait besoin de contre-pouvoirs pour le forcer à donner le meilleur de lui-même ?

Parasitisme et principes du capitalisme

Une histoire vraie :

Pratiques d'un métier : pour savoir concevoir un produit il faut le fabriquer ; l’effort nécessité par l’acquisition du savoir-faire de conception est rémunéré par une prime sur la production du dit produit. Un donneur d’ordre a l'idée de confier la conception à des fournisseurs qui en ont le savoir-faire mais la production à des fabricants sans valeur ajoutée. Il a donc les bénéfices du savoir-faire des premiers, sans le payer. Ce qui n’est, bien sûr, pas durable.

Je me demande s’il n’y a pas ici un procédé qui est au cœur de ce que les financiers appellent « l’arbitrage » et qui est supposé conduire à un marché parfaitement efficace.

La société humaine suit des règles, qu’elle a établies au cours des ans, et qui assurent sa survie. Par exemple, un café-restaurant répartit ses coûts sur les prix qu’il pratique en fonction de ce qu’il connaît du comportement du marché (produit d’appel – le café, le menu – pas cher, suppléments – alcool – à grosse marge). Mais, en les exploitant habilement (rester des heures dans un café pour le prix d'un café), il est possible d’en tirer un bénéfice immédiat.

Pour éviter d’être victime de ce phénomène d’autodestruction, la société humaine doit donc changer ses règles en permanence. L’arbitrage ne serait donc pas un phénomène qui la rend efficace, comme l'affirment certains économistes, mais, au contraire, un jeu du gendarme et du voleur qui lui coûte cher. Les bénéfices de l’arbitrage ne seraient rien d’autre que ceux d’être asocial en société.  

Compléments :
  • Et si l'on était ici en face du problème de confiance - et de son coût - soulevé par Dominique Delmas ? Une société qui ne repose que sur la loi est une société qui perd son temps et son âme à chercher à la détourner ?
  • Depuis longtemps, je suis intrigué par la capacité qu'ont les Anglo-saxons, qu'il s'agisse de rugby ou de guerre de cent ans, pour trahir l'esprit des jeux auxquelles ils jouent. Je me demande si ce n'est pas un des principes du (ou de leur) capitalisme : Perfide Albion
  • Des économistes extrêmement prestigieux semblent penser que le LBO « redistribue » la valeur, plutôt qu’il ne l’a crée. Curieusement, ils reprennent exactement l’argument de ce billet (que j'avais écrit bien avant de découvrir ces idées...). Pour eux le fonds de LBO s'enrichit en dissolvant l'organisation sociale qu'est l'entreprise. Il y parvient en
    Rompant un contrat implicite entre employés, fournisseurs et autres parties prenantes de l’entreprise. (Breach of Trust - NYTimes.com)

lundi 23 janvier 2012

François Hollande parle

Le dernier discours de M.Hollande va-t-il dissiper le mystère de sa personnalité ?

Surprise. Les extraits qu’en donne la radio ce matin font entendre un ténor des temps héroïques de l’internationale socialiste. Il part en croisade contre la finance mondiale, et va défendre la veuve et l’orphelin. Inattendu, à un moment où on ne parle que d’économie(s), et encore à mots feutrés de peur de réveiller le marché.

Mais ce qu’en disent le Monde et la Tribune est tout différent. En dehors de quelques messages à son électorat, forts mais sans grande conséquence, on y trouve une certaine retenue dans la dépense et quelques idées qui ne surprendraient pas les économistes libéraux, comme la séparation des activités des banques (une réforme anglaise), ou l’élimination des niches fiscales (ce que The Economist encourage M.Obama à faire).
En outre, l’idée de contenir les effectifs de la fonction publique, sans suivre une « règle aveugle », ressortit aux bonnes pratiques de la conduite du changement. Dans ce domaine, M.Sarkozy a de grosses faiblesses, qui ne demandent qu’à être exploitées.

Conclusion ? M.Hollande semble exceptionnellement habile à concilier l’apparemment inconciliable.

Avenue Q

Hier, j’entendais présenter une comédie musicale par France Musique, Avenue Q. Politiquement incorrecte !

On y chante que nos petits défauts ne sont pas des vices. Nous n’irons pas en enfer pour être un peu racistes,  par exemple. Acceptons la nature humaine et laissons l’hypocrisie au vestiaire ?

Lenny serait-il ressuscité ? Ou vivrions-nous la mort des grandes idéologies moralisatrices et de leurs principes universels ?

La confiance catalyseur du développement durable ?

Un article de la TRIBUNE que m’adresse Christophe, nous dit qu’un chercheur économiste américain, John W. Henke, évalue le coût des conflits inter entreprises en France, à 50 milliards d’euros, soit 2% du PIB.

Il s’est basé sur une enquête annuelle présentée lors du quatrième comité de pilotage de la charte de la médiation inter-entreprises et de la Compagnie des dirigeants et acheteurs de France (CDAF), et qui établit que
14 % du chiffre d'affaires et 33 % des profits des constructeurs automobiles étaient liés à des relations de confiance avec leurs fournisseurs.
Par ailleurs Jean Claude VOLOT, le médiateur des relations inter-entreprises, je découvre son existence, considère que "La mise en œuvre d'écosystèmes, collaboratifs et de bonnes pratiques, est économiquement rentable et représente aussi un avantage concurrentiel indéniable". Il ajoute :
Il est grand temps que les donneurs d'ordres français comprennent qu'il est dans leur intérêt d'instaurer des relations collaboratives avec leurs fournisseurs, à tous les niveaux, afin que chacun gagne davantage en productivité, rentabilité, compétitivité et innovation
Cet article vient conforter nos travaux sur la RSE, Responsabilité Sociétale des Entreprises, menés avec Christophe depuis plus d’un an pour le compte de la FSE (Fédération des sociétés d’Expertise) et qui vont faire l’objet d’un séminaire le 26 janvier prochain. Que disent ces travaux ? des choses simples et de bon sens !
  • Il est important de savoir qui nous sommes, quel est notre rôle sociétal et comment le jouer avec nos parties prenantes.
  • Ils montrent que c’est une relation tendue vers un objectif commun, et donc de confiance, qui est soutenable et durable. Mon expérience personnelle, avec deux assureurs qui s’opposent dans les méthodes, me confirme chaque jour l’efficacité des relations scellées par la confiance.
Finalement, je m’interroge sur l’omniprésence du droit, qui serait un bon marqueur de la perte de confiance.
  • Plus j’encadre par le droit, plus je marque ma méfiance vis-à-vis de mon partenaire et le risque que je perçois.
  • Plus je me méfie et moins je construis.
  • Moins je prends de risque et plus je prends de risque ?

Le capitalisme d’État règne sur le monde !

The Economist s’inquiète de l’avènement de monstrueuses entreprises étatiques dans les pays émergents. (The rise of state capitalism)

Cela ne peut pas être efficace selon lui, seule l’initiative individuelle peut faire le bonheur collectif.

Curieusement, The Economist ne semble pas remarquer que le monde a appliqué ses conseils pendant plusieurs décennies, sans beaucoup de succès. Pas plus qu’il n’évoque l’après guerre, qui fut un grand nomment technocratique, à l’est comme à l’ouest. Et qui a donné, chez nous, les « trente glorieuses ».

En tout cas, contrairement à ce que nous avons connu, le développement émergent semble bricolé et fragile. D’autant qu’il n’est pas sûr que, s’il ne peut en tirer profit, l’Occident ne lui mette quelque bâton dans les roues. 

Équilibre des marchés

Les cours d’économie disent que le marché conduit naturellement à un équilibre entre offre et demande qui se situe à l’intersection de deux belles droites. La chose ne semble pas si simple.

D’après une modélisation apparemment plus réaliste, tout dépend de la vitesse de réaction des offreurs et des demandeurs. Si les seconds sont les plus rapides, les prix s’effondrent. Si c’est l’inverse, il y a formation spontanée d’une sorte d’oligopole de gougnafiers. (Cartels Are an Emergent Phenomenon, Say Complexity Theorists - Technology Review) La sélection naturelle défavoriserait-elle le meilleur rapport qualité / prix ?

D’après l’article, cela correspondrait effectivement à des comportements réels. Mais, s’il est clair que tous les secteurs économiques sont dominés par des oligopoles, est-il vrai pour autant que leur production soit de basse qualité ? Peut-être la susdite modélisation est-elle un peu simpliste ?

Compléments :

Choisir un président (3)

Que donnerait l’impératif catégorique de Kant appliqué au choix du président ? : Kant, impératif

Une de ses versions dit qu’il faut décider comme on aimerait que tout le monde décide. « Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. »

Certes, mais quid du tsunami de 2006 ? Un élan de générosité international a produit des masses d’argent inutiles. Ne faut-il pas tenir compte du comportement du reste de la population dans notre choix, sachant qu'elle ne suit pas Kant ? C’est d’ailleurs probablement ainsi que nous votons.

D’ailleurs Kant, lui-même, est pragmatique : le monde ne se fera pas en un jour, le tout est d’aller dans la bonne direction.

Aboutirait-on à une sorte d’impératif « relativement » catégorique : chercher la direction dans laquelle doit aller le pays ; évaluer le comportement prévisible de ses concitoyens ; et agir en fonction ?

Compléments :

dimanche 22 janvier 2012

François Hollande ou l’esquive ?

J’ai voulu faire une psychanalyse existentielle de François Hollande, i.e. déduire la logique qui le guide de son histoire. Mais aucune de ses biographies ne paraît satisfaisante. Une recherche sur Internet n’a pas été plus heureuse. Je n’ai trouvé qu’un article intéressant (en fait la critique d’un livre qui ne me semblait pas passionnant…).

J’en tire ? rien. À part quelques qualificatifs inquiétants :
"Monsieur Petites blagues" (Fabius), "Flanby" (Montebourg), "Couilles molles"(Aubry) mais aussi, contradictoire, "le Chinois" (pour ses manières silencieuses de tuer le gêneur avec le sourire), ou "L’Entourloupeur"...
Le pire :
le propre fils de (François Hollande :) : on se demande toujours par quelle porte va fuir François Hollande.
Et si la caractéristique de François Hollande était l’impossibilité de le décrire ? Sa vertu, sa logique première, est d’être insaisissable ? Et cela remonte aux origines, peut-être. N’a-t-il pas vécu apparemment en bonne intelligence avec un père d’extrême droite et une mère mitterrandiste ?

Un homme de courants (au sens aqueux du terme), qui ne s’attache à rien ? Il sait vivre en environnement hostile, non le changer ?

Mais alors, quel changement parle-t-il? Il ne faudra plus compter sur notre président pour changer ? 

Le Français est bien élevé

Pourquoi les enfants français se comportent-ils aussi bien ? se demande un écrivain américain.

Apparemment parce qu’aux USA l’enfant a la première place dans la famille, alors qu’en France, il compte moins que ses parents. (Non, non and non)

Sarkozy et Schröder

Il semblerait, comme je le soupçonnais, que la TVA sociale soit une tentative de rendre la compétitivité à la France, à la manière Schröder. (Down a notch)

Depuis 2000, les salaires français ont crû d’environ 40% contre 10% seulement pour la productivité. Les chiffres allemands, eux, sont longtemps restés proches. (How to restore competitiveness in the EU | vox).

Intentions similaires, mises en œuvre du changement différentes. Il y avait une forme de consensus lorsque M.Schröder a décidé de ses réformes. Quant à M.Sarkozy, il agit dans la précipitation et il faut se casser la tête pour deviner ses intentions.

Décidément, il commet toujours les mêmes erreurs (cf. Les réformes ratées du président Sarkozy) ?

Qui sont les riches (américains) ?

Les riches sont au centre du débat électoral américain. Toute la croissance de ces dernières années semble être allée chez eux (le 0,1% le plus riche recevait 12,7% des revenus nationaux en 2007). Ne serait-il pas logique de leur faire rendre gorge ?

Mais qui sont-ils ? (Who exactly are the 1%?) Ou, du moins, qui sont les nouveaux riches ?

Il semblerait que ce soit surtout les financiers. (« En 2009, les investisseurs des 25 plus riches hedge funds ont gagné 25md$, approximativement 6 fois autant que l’ensemble des PDG du S&P 500, ensemble. »)

Curieusement, Mitt Romney est l’un d’entre-eux. N’y a-t-il pas meilleur qu’un de ses représentants pour réformer la finance ? Mitt Romney, Vidocq américain ?

Psychanalyse existentielle

Je dis souvent que j’écris ce blog pour savoir pourquoi je l’écris.

Je viens de découvrir que je pratiquais la « psychanalyse existentielle ».

Les existentialistes pensaient qu’en retraçant le cours de la vie d’une personne on peut y découvrir les choix fondamentaux qui l’expliquent. (FLYNN, Thomas R., Existentialism, a very short introduction, Oxford University Press, 2006).

samedi 21 janvier 2012

Qu’attendent les peuples en crise ?

« En Italie, il y avait une demande cachée pour un gouvernement ennuyeux qui essaie de dire la vérité sans jargon politique » dit Mario Monti. (Italy’s prime minister: A good professor in Rome | The Economist)

Cette attente n’est-elle pas commune à beaucoup de pays ? Avons-nous encore les moyens de nous payer ambitions personnelles et idéologies ?

Obama réorganise son armée

« Faire des trous dans la coque pour alléger le bateau », voici comment j’explique généralement la façon usuelle de mener le changement. Ce serait peut-être celle qu’utilise Obama pour réduire les coûts de son armée.

Il élimine les troupes stationnées en Europe, alors qu’elles ont un rôle décisif de coordination des armées amies – elles-mêmes critiques dans la réduction des coûts militaires américains. (The downgrading of Europe)

Ligne directrice de ce blog

Ce blog a-t-il une ligne directrice ?

On y trouve des gens qui parlent de ce qu’ils ne connaissent pas.

La crise est, à l’échelle de la planète, ce qu’est la dépression pour l’homme : la preuve que ce à quoi elle croyait dur comme fer ne fonctionne pas. Pour l’en sortir, il faut plonger dans le moteur, dans l’inconscient collectif, pour y trouver l’hypothèse implicite qui fait disjoncter l’équipe.

C’est ce que fait ce blog. Il essaie de tirer la ficelle de ses croyances et de leur appliquer sa raison d’autodidacte. Avec tout ce que cela signifie d’efforts patauds.

Compléments :
  • Un de mes patrons disait : « je ne le sais pas, je vais l’enseigner ». Au fond ça pourrait être la devise de ce blog. 

vendredi 20 janvier 2012

Kodak fait faillite

Grand classique de la littérature du management : un monstre américain est incapable de s’adapter au changement. Kodak est en faillite, à 133 ans. Une victime de plus de la téléphonie mobile et du numérique.

Il avait, pourtant, vu arriver le danger. Et même étonnamment tôt.

En tout cas, FujiFilm, lui, s’est sauvé. Curieusement, son comportement a été beaucoup plus américain que celui d’un Kodak paralysé : licenciements massifs et colossaux investissements de diversification. (Technological change: The last Kodak moment? | The Economist)

N’y aurait-il tout de même pas un rien de culpabilité culturelle ?  Face à un PDG japonais qui applique ses idées depuis 2000, sans être dérangé, Kodak a changé à répétition de dirigeant, chacun essayant une nouvelle recette… 

Concordia-Germania ?

En déglinguant le couple Merkozy, Standards and Poor's aurait-il, involontairement, encouragé l’Allemagne, seul maître de l’Europe après Dieu, dans son entêtement à s'approcher des récifs ? (Charlemagne: And then there was one | The Economist)

La ville abandonnée

Sympathique western oublié de William Wellman, 1948.

Un gang de voleurs patibulaires s’abat sur un grand père et sa petite fille, chercheurs d’or.

D’autres auraient eu peur. Pas eux. La belle, d’ailleurs, ne résiste pas au fumet de SDF d’un des malfrats. Et l’amour provoque la rédemption de ceux qui survivront au règlement de compte final. Les valeurs de l’Amérique éternelle leur reviennent en mémoire. D’ailleurs, ils ont des circonstances atténuantes : la guerre (de sécession) a tourné la tête à bien des jeunes.

Le cas du méchant est peut-être le plus instructif. Son mal, c’est la « fièvre de l’or ». Vouloir s’enrichir par le vol n’est pas un pêché capital, ce qui l’est c’est de ne voir plus de la vie que la soif du lucre ? Une leçon pour les banquiers modernes ?

jeudi 19 janvier 2012

Le Danemark dans l’euro ?

Le Danemark est présenté par To opt in or not to opt in à la fois comme un appendice de l’économie allemande et comme le meilleur ami du libéralisme économique anglais. Jusqu’ici il est prudemment resté en marge de la zone euro.

Pourtant, contrairement à l’Angleterre, et peut-être à cause d’elle, il pense que cette zone est trop importante pour ses intérêts pour qu’il ne puisse pas l’influencer. Le Danemark pourrait même rejoindre l’euro, s’il survit à la crise actuelle.

Malheurs de Carrefour (suite)

Carrefour est pris entre le Charybde d’investisseurs activistes qui veulent retrouver rapidement leur mise, et le Scylla d’un modèle économique qui n’a pas suivi l’évolution de la société et de la technologie. (Bread, cheese, new boss?)

Compléments :

L’homme est-il responsable de son sort ?

Une forme de libéralisme estime que le riche est responsable de son succès et le pauvre de son malheur. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le libéralisme est un conservatisme.

Pour ma part, je pense que le succès est le fait de la société. Mais que l’homme est responsable de ses échecs. C’est-à-dire de ne pas avoir su bien utiliser les ressources sociales.

Cela n’entraîne pas une condamnation de celui qui a failli (sinon par lui-même). En effet, l’environnement dans lequel on se trouve conditionne massivement le type de succès auquel on peut prétendre ; dans certaines situations, les chances de faire mieux que SDF sont quasi nulles ; d’ailleurs qui peut prétendre, a priori, qu’il aurait réussi dans ces circonstances et jeter une première pierre ?

Par conséquent la société doit chercher à égaliser ces conditions de départ, ou, au moins, à s’assurer que sortir, simplement, la tête de l’eau ne demande pas d’être un héros.

Qu’est-ce qui sous-tend cette opinion ? Il est possible que je fasse l’hypothèse fondamentale que notre sort est déterminé, mais qu’il n’est pas efficace de le croire. (Voir Kant, et la science moderne, sur le sujet.)

mercredi 18 janvier 2012

Pénurie de main d'oeuvre... en France ! (si, si)

Par ces temps de crise, il existe au moins un secteur qui ne cesse de progresser, y compris en France : le monde numérique. A tel point qu'une pénurie de main d'oeuvre se fait jour.

Selon Arnaud Cantet de Lincoln & Associés, "la pénurie actuelle pouvait pourtant s’anticiper à la lecture des démarches qu’ont eues l’immense majorité des entreprises :
  • Tous les acteurs recherchent des compétences dans le digital, avec des parcours proches ou similaires.
  • Les systèmes managériaux traditionnels et les organisations ne se sont pas adaptés au monde digital.
  • La demande est croissante auprès de profils qui justifient souvent de peu de réalisations concrètes."
On ne forme pas assez de spécialistes du marketing en ligne, de développeurs, etc. Trois entrepreneurs célèbres ont même créé leur propre école, l'EEMI (voir ci-dessous).

Compléments :

Mitt Romney, technocratie et crise

Qui est Mitt Romney, plus probable prochain président des USA ? Wikipedia lui consacre un très long article.
  • M. Romney vient du conseil en stratégie prestigieux (Bain). Il s’est enrichi en appliquant ses talents à un fonds d’investissement (Bain Capital).
  • Sa spécialité est la transformation du modèle économique d’une entreprise. C’est essentiellement un travail en chambre, avec une forte préoccupation de court terme. On lui reproche ainsi d’avoir revendu avec un gros bénéfice des participations qui ont subséquemment fait faillite. Il en est désolé. Mais peu de gens auraient agi différemment à sa place.
  • Il a appliqué ces talents partout où il est passé. Jeux Olympiques de Salt Lake City, État du Massachusetts…  il a redressé les comptes et remis l’affaire sur les rails, à la satisfaction générale. Il est aussi fort pragmatique : le pionnier des réformes de santé de M.Obama, dont le Tea Party aimerait faire un autodafé, c’est lui.
  • C’est un sympathique mormon : il a remarquablement bien concilié les valeurs de sa foi et sa vie, sans tomber dans le fondamentalisme ou l’hypocrisie. C'est aussi un sympathique fils de famille, qui a vraisemblablement considéré le fortune des siens comme une récompense qui se mérite par une vie consacrée à un travail acharné et au service de la communauté. Un George Bush Jr qui aurait bien tourné ?
Mitt Romney ou l’idéal américain ?

Au fond, c’est un technocrate. Mais les périodes de crise sont favorables aux gens de son espèce. Car ils ont deux qualités : ils savent parer efficacement au plus pressé et leur manque d’idéologie ne peut susciter d’affrontement suicidaire. Ce sont des gens à qui l’on peut faire confiance. Par contraste, M.Obama est trop marqué idéologiquement, ce qui est, actuellement, un handicap difficile à supporter par sa nation. 

Il reste à voir si Mitt Romney saura résister à la machine de guerre politique Barack Obama, qui, au fond, est un tueur.

Justification des gros salaires

Les gros salaires anglais sont attaqués de tous côtés. The Economist a trouvé un argument imparable pour les défendre. La globalisation. Il y a alignement des responsabilités et des rémunérations des patrons mondiaux.

En 12 ans, le salaire des patrons a triplé, mais est resté stable pour le reste de la population. (Bosses under fire) Pour elle, la croissance, c’est fini. Autre conséquence de la globalisation ?

Avec des défenseurs comme The Economist, le capitalisme n’a plus besoin d’ennemis. 

Nouvelles des banques européennes

Une étape critique de la remise à flots de l’économie européenne passe par la reconstitution des réserves des banques, sans pour autant assécher l’économie. Réussissent-elles ?

Peut-être. Grâce à l’innovation comptable… (By hook or by crook)

mardi 17 janvier 2012

Conditions de réussite des changements gouvernementaux

Pour être honnête, tous les changements de nos gouvernements n’échouent pas. (Suite du billet précédent.)
  • Abolition de la peine de mort, établissement de l’euro (même si nous devons nous débattre avec ses conséquences), concurrence dans la téléphonie mobile = succès. 
  • Les changements d’après-guerre ont transformé radicalement le pays. Cependant, comme le disent Hayek (The road to serfdom) ou Galbraith (L'ère de la planification), ils ne furent pas la particularité de la France. Ils sont le résultat d’un mouvement technocratique mondial.
Enseignements ? Les gouvernements ont des zones de pouvoir et de légitimité, dont ils savent jouer. Mais surtout, le changement ne rencontre pas de résistance s’il répond à une aspiration du peuple… L'exécutif est là pour exécuter la volonté générale, disaient les Lumières...

Le changement comme discours politique

J’entendais la radio dire ce matin que parler de changement en politique était une banalité. (M.Hollande serait-il banal ?) La mode aurait été lancée par M.Giscard d’Estaing, en 1974.

Faut-il s’en réjouir ?
  • Édouard Balladur. Il veut créer une économie sur le modèle allemand. C'est-à-dire avec des interrelations capitalistiques entre entreprises, qui empêchent toute prise de participation inamicale (étrangère). Malheureusement l’entreprise française manque de fonds, et ce système de « noyaux durs » l’assèche un peu plus. Elle saisira la première occasion pour se libérer de ses liens et s’ouvrir en grand aux capitaux étrangers, sur le modèle américain. (Transformation de l'entreprise française)
  • Martine Aubry. Pour éliminer le chômage, elle veut faire travailler le Français 35h, 10% de moins qu’auparavant. Pour la mise au point du dispositif, elle compte sur une négociation entre acteurs locaux. Malheureusement, ils n’y sont pas préparés. Les acteurs les plus puissants impriment leur marque à la mise en œuvre de la loi. (Le changement de l'économie française)
  • Nicolas Sarkozy. 18 premiers mois de réformes. Nicolas Sarkozy attaque des « intérêts spéciaux » (grandes surfaces, taxis, syndicats, universités…). Tactique : les prendre de vitesse, et lâcher, en dernière minute, une concession qui leur permette de sauver la face. Résultat ? Ils résistent. Les délais donnés par notre président deviennent un piège. Les services de l’État, pour les tenir, cèdent aux exigences de ceux qu’ils devaient réformer. Mais ils leur demandent une concession, afin de sauver la face. (Les réformes ratées du président Sarkozy)

Nouvelles de Grèce

Le Grec supporterait ses malheurs avec stoïcisme. Mais de prochaines élections menacent cet équilibre précaire. (The Mediterranean blues)

Une si jolie petite plage

Film d’Yves Allégret, 1949.

La pluie est le héros du film. Anti brochure touristique pour plages du nord.
Il pleut, donc, à sauts, sur des misérables, dignes de Victor Hugo, et quasiment nus. La France d’après guerre devait être une grande machine d’exploitation de l’homme par l’homme.

Mais il y a un rayon de soleil dans ce liquide et cette gadoue, un enseignement édifiant : il vaut mieux encore l’esclavage que le vice. Non pour des raisons morales, mais parce que le second finit par être plus insupportable que la première.

Compléments :
  • Comme chez Clint Eastwood, il y a rédemption par la mort, et sauvetage d’une âme, au passage.
  • Parabole ? La France occupée vue par l’intellectuel ? Des innocents, victimes d’un peuple rural, calculateur, médiocre et laid ?

lundi 16 janvier 2012

De plus en plus de catastrophes naturelles ?

Une pierre dans le jardin de Dominique Delmas. Dominique est un expert des « Catnat » (« catastrophes naturelles », pour les initiés), et ce billet parle de leur coût.

Celui-ci augmente, non parce que la nature s’affole, mais en conséquence de l’évolution de la société : la logique de l’économie nous amène là où frappent les catnat, mais sans nous donner les moyens de nous défendre.

Recommandations aux gouvernements : prévoir des moyens de prévenir les conséquences des désastres ; ne pas laisser construire n’importe où ; ne pas subventionner les primes d’assurance, qui doivent refléter le coût réel du risque. L’entreprise (et l’individu ?) doit aussi faire entrer la Catnat dans son vocabulaire, et dans ses plans.

Compléments :

La science économique sauvée par le blog ?

Réunion annuelle de l’American Economic Association. On semble y découvrir que les recommandations de l’économiste ne se préoccupent pas de la faisabilité des changements qu’elles sous-entendent (pour parler comme ce blog). La vie n’est pas une équation. De surcroît, « l’économie a internalisé les opinions de ses riches bienfaiteurs ».

Possible rédemption ? « La technologie, au moins, aide la profession à être plus honnête ». Le blog permet à des opinions discordantes de se faire entendre. (The Beltway constraint)

Choisir un président (2) : Kant et la République

Maintenant, au tour de Kant et de la République. Pour Kant, le régime politique idéal est celui de la République. C'est-à-dire un exécutif qui met en œuvre la volonté générale, représentée par le législatif. Les deux doivent évidemment être séparés. Ça commence mal pour la France.

On peut en déduire quelques critères de sélection curieux :
  • Un exécutif qui exécute sa propre volonté est une dictature. Par conséquent le candidat qui est porté par une idéologie et qui a la capacité de la mettre en oeuvre doit être écarté.
  • L’intérêt général sous-entend la recherche de ce qui unit la nation. Un candidat qui « divise pour régner », ou qui utilise la démagogie (voir ce qu’en pense Aristote) pour disloquer les principes fondateurs du pays, devrait donc être hors jeu.
  • Mais l’exécutif doit aussi avoir la capacité à exécuter. Un exécutif qui ne sait pas se décider est aussi un mauvais choix (on retrouve les idées du billet précédent). 

dimanche 15 janvier 2012

Génération BSP et RSE

Par Dominique Delmas.

Vendredi, dans le cadre de mes expertises, je suis allé consulter le dossier public «environnement» d’un industriel important. La DRIEE avait mis à ma disposition une dizaine de documents, récents, de 50 à 400 pages chacun, qui matérialisent le suivi du respect des obligations dudit industriel en matière d’environnement… En 1990 lorsque je rédigeais ces mêmes documents, ils ne comportaient qu’un seul volume de 30 à 40 pages! Et lorsque je frappais à la porte des dirigeants d’entreprise pour vendre ces études d’impact avec des contrôles de pollution, le contact était condescendant, ironique, amusé, agacé, rarement curieux et jamais aucun volontarisme ou motivation n’alimentait l’échange.

C’est donc sans doute la foi inébranlable et la fougue de la jeunesse qui me poussaient. L’écologie, l’environnement étaient alors encore, l’apanage des doux rêveurs idéalistes. 20 ans plus tard, lorsque je regarde la génération des dirigeants en place, je m’amuse de voir leur intérêt appuyé et leur connaissance sérieuse lorsque l’on parle « d’environnement ».

Ce long cheminement a été bien sûr porté par l’émergence du code de l’environnement et la pression de son volet pénal (aujourd’hui plus épais que le code civil), et par l’évolution de la société civile.Quelle entreprise n’a pas son  « responsable environnement » ? La génération actuelle, qui pétille d’initiatives, est née avec les concepts du développement durable dans les cartables et les cartoons.

Elle sera probablement le maillon entre son arrivée à maturité et le développement en marche de son prolongement : la RSE/RSO – Responsabilité Sociétale des Entreprises ou Organisations. Les réalités douloureuses comme la raréfaction de certaines ressources, la pression de la démographie, la mondialisation, la faiblesse des Etats, les technologies de l’information, l’évolution de la société civile en tant de crise seront probablement ses moteurs.

Mais si la prise en compte de « l’environnement » dans l’entreprise a été poussée par la réglementation, la RSE semble poussée par le BSP (le bon sens paysan). ISO 26000, basé sur le volontariat et conçu par plusieurs centaines d’experts du monde entier, en est l’illustration parfaite. Sans doute la RSE arrivera-t-elle à faire ce que le développement durable à loupé, convaincre les actionnaires et investisseurs.

Un article de la newsletter de Mc Kinsey Quarterly (merci Christophe) pose la question : comment avec la RSE créer de la valeur pour l’entreprise et pour la société ? L'étude montre que les managers restent frileux à l’idée de transmettre des projets étiquetés RSE qui seraient vus comme en décalage avec le cœur de métier par les parties prenantes au business. Ses trois auteurs proposent que l’entreprise s’appuie sur quatre principes simples pour mettre en cohérence pur business et RSE :
  1. garder comme objectif la satisfaction des besoins des parties prenantes et de leur marché,
  2. communiquer sur des actions solides et des objectifs de l’entreprise qui sont dans l’intérêt des parties prenantes,
  3. travailler sur le volet RSE avec des parties prenantes déjà partenaires
  4. évaluer et contrôler régulièrement que les objectifs et initiatives de l’entreprise sont en cohérence avec ceux des parties prenantes
Cette démarche correspond à un calibrage permanent de l’étude de marché de l’entreprise. Ce processus donne la capacité d’anticiper le marché, d’innover de créer de la valeur chère aux actionnaires, ce qui rassure les parties prenantes et augmente leur écoute !

Ne serait ce pas là un cercle vertueux ?

La campagne de Hollande

Ai-je compris ce que disait M.Hollande tout à l’heure ? M.Sarkozy vous a beaucoup promis, ça n’a pas marché, moi je ne vous promets rien ?
  • Si oui, le changement de M.Hollande est un retour aux origines. Nous demande-t-il un acte de foi ?
  • Mais je me suis probablement trompé. Ramener M.Sarkozy à ses promesses est un sophisme peu compatible avec la rigueur morale intransigeante de M.Hollande. Car, qu’il le dise ou non, M.Sarkozy a une conviction (favoriser l’entreprise pour tirer l’économie). Pat ailleurs, s’il a une langue fourchue, il a un comportement, qui, sur le long terme, est prévisible. C’est un pragmatique qui croit au rapport de forces. Tous les candidats jusqu’ici ont été comme lui - et dans tous les pays. Ils ont beaucoup promis et peu tenu, mais, leur parti avait une ligne. Nous savions à quoi nous attendre en les élisant.
Qu’en est-il de M.Hollande ? A-t-il seulement un programme ? Une fois au pouvoir, va-t-il faire une grande improvisation ? Ou nous cache-t-il des choses qui pourraient nous froisser ? 

Panne d’Honda ?

Honda se serait-elle laissé aller ? Sa force aurait été ses moteurs, or ils sont dépassés, sa ligne haut de gamme, autre force n’est plus dans le coup, et la Honda Civic est un échec cuisant. (Honda's troubles: Running out of time | The Economist)

Cas isolé, ou le Japon perdrait-il le contact avec le reste du monde, et du marché ?

Compléments :
  • Le cas de Toyota.

La face cachée du miracle indien

Où sera l’Inde en 2025 ? (What will India look like in 2025? | vox) Nulle part, peut-être.

Elle a connu une croissance astronomique, certes. Certains sont devenus fabuleusement riches, mais, pour le reste, c’est le tiers monde, ou pire. Elle manque cruellement d’entrepreneurs, 90% des emplois sont dans le secteur informel, la pauvreté se maintient à un niveau exceptionnel (en Asie du sud, « la mortalité infantile et les niveaux de malnutrition sont parmi les plus élevés au monde »), et le conflit social y est endémique.

On ne peut pas compter sur le marché seul pour tirer un peuple de la famine ?

Perte du AAA : il va falloir sortir les tripes !

D'accord, on peut désavouer les méthodes, voire nier la légitimité des agences de notation. Elles ne sont pas neutres, ni par leur nationalité, ni par leurs propres intérêts. Cela dit, ne parlons pas du juge mais plutôt de ceux qui sont au banc des accusés, avec la France au premier rang.

Depuis combien d'années sait-on que la France est trop endettée ? que les déficits s'empilent dans toutes les strates de la comptabilité nationale ? que ses administrations dépensent trop et trop mal ? que ses systèmes sociaux sont trop généreux ou mal gérées (ou les deux) ? que son déficit commercial est malsain ? que le coût du travail est trop élevé ? que l'on gaspille du précieux capital dans les dépenses courantes ? que les écarts de compétitivité avec l'Allemagne et d'autres perdurent ? Depuis combien de temps se voile-t-on la face ?

Et depuis combien de temps nos hommes politiques insistent sur la paille dans l'oeil bruxellois en oubliant les poutres qu'ils trimballent dans les deux yeux ? A combien de réformes de fond a-t-on renoncé au lieu de corriger nos déséquilibres ? Combien de démissions, de renoncements au fil des années devant l'inévitable train de la catastrophe que l'on voyait poindre à l'horizon et qui nous roule dessus aujourd'hui ? Combien de fois la grève et l'occupation de la rue par les intérêts particuliers ont supplanté le suffrage universel ? Combien de fois le courage de dire la vérité et d'affronter la réalité nous a manqué ? Combien de fois a-t-on parlé aux Français comme s'ils étaient des enfants gâtés impossibles à éduquer ? Combien de fois, de tous bords, a-t-on préféré l'affrontement à la négociation collective ? la passion à la raison ? l'idéologie au pragmatisme ?

Maintenant on s'agite, on crie au scandale, on décide de réformes des traités européens en quelques jours ou mois, là où on mettait auparavant des années. Tout à coup, nous devenons farouchement européens ! Et les promesses de vertus budgétaires sont trompettées de toutes parts ! On racle les fond de tiroirs, on s'agenouille devant les BRIC et les fonds souverains sans même en boire la honte. C'est tout juste si on ne cherche pas des boucs émissaires - espérons ne pas en arriver là, cela rappellerait de trop mauvais souvenirs.

Nous sommes aux abois parce que pendant des décennies nous n'avons pas fait notre travail, ni de politicien, ni de responsable économique ou social, ni de citoyen.

Est-ce politiquement incorrect de dire que cette dégradation, nous la méritons ? Est-ce impensable de croire que les Français, chacun dans leur responsabilité, vont enfin se sortir les tripes pour changer et s'adapter au nouveau monde qui se dessine déjà ? Quand allons-nous accepter d'affronter notre destin la tête droite et les yeux ouverts ? et oser tous les courages ?

samedi 14 janvier 2012

France, triple A et agences de notation

Une des grandes lois du changement, est que la crise est bonne pour lui. La perte du triple A français, surtout si elle a des conséquences dramatiques pour l’Europe et le monde, peut être un bien. Elle peut forcer les gouvernants et les peuples à regarder en face leurs problèmes. Ce qui ne tue pas renforce, disait Nietzsche. (Cela peut aussi tuer, bien sûr.)

Par contre, le plus surprenant est qu’aucune réflexion n’ait été lancée sur un système de contrôle de l’économie par agences de notation vénales :
  • L’impact de leur notation n’est pas linéaire, mais crée des ruptures brutales et destructrices.
  • On a quelques raisons de penser qu’elles ont plusieurs poids et plusieurs mesures. L’Europe, en particulier, est actuellement considérée comme la lie de l’humanité.  À juste titre ? (Voir le début de Charlemagne: How much closer a union? | The Economist) Ou est-elle victime de son incapacité à manipuler les médias ? Et quid du rôle des agences dans la bulle des subprimes ?
  • Surtout, elles semblent en permanence inventer de nouvelles règles de jugement. D’ailleurs quels jugements reflètent-elles ? Ceux d’une science quelconque ou les a priori de la culture qui leur fournit leurs employés ?
Compléments :

Hongrie et Europe disloquée

Ce qui arrive à l’Europe ressemble étrangement à ce que disent mes cours sur ce qui est fatal au changement.

La zone euro est attaquée de toutes parts ; les Anglo-saxons la regardent avec une inquiétude navrée pour sa stupidité, comme s’ils n’étaient pas un tout petit peu pour quelque chose dans ses malheurs ; la situation étant favorable à l’Allemagne (ECB policy: Not favouritism, just error | The Economist), elle n’est pas prêteuse ; en France, il en faudrait bien peu pour que l’opposition, suivant l’exemple grec, ne jette à la face du monde l’incompétence du gouvernement, et que celui-ci ne cède à quelque tentation du coup médiatique suicidaire. Et voilà que l’on découvre (Somewhere In Europe - NYTimes.com) que la Hongrie veut en revenir au régime qui a fait son succès de 1920 à 1944 (Miklós Horthy - Wikipédia)… Il est vrai que sa situation ne doit être guère enviable.

Le mal du changement, c’est qu’il déclenche le chacun pour soi. Or, l’homme n’est rien sans la société. Notre sort individuel dépend massivement de notre volonté de rendre des sortes de petits services collectifs, désintéressés. Sans cette volonté l’édifice social s’effondre.

Antipoison ? L’entraide. Il faut reconstruire le « lien social ». Cela se fait en deux temps, et cela nous concerne tous :
  • Il faut repérer ceux qui coulent et leur donner un coup de pouce pour réussir. C’est un travail compliqué et ingrat, irrationnel, où la crise succède à la crise.
  • Une fois que l’on a obtenu quelques succès, un phénomène mystérieux se produit, une dynamique collective s’enclenche qui fait que le groupe se réorganise et prend son sort en main. Peut-être a-t-il su tirer un enseignement de la résolution des problèmes des naufragés précédents ?  
Compléments :

    Show me the money

    On parle beaucoup de l'ascension d'Android en termes de parts de marché des smartphones (plus de la moitié des ventes de smartphones aux Etats-Unis fin 2011, soit deux fois plus que l'iOS d'Apple). Mais il semble -pour le moment- que Google en tire peu de profit.

    Au sens propre : en termes de chiffre d'affaires issu des ventes d'applications, l'App Store d'Apple récupère de 85 à 90% de l'argent dépensé par les utilisateurs sur les plateformes mobiles.

    Alors que 13,5% des applications pour iPhone sont payantes, seulement 1,3% des applications Android le sont. Et les utilisateurs d'iPhone sont moins nombreux mais dépensent beaucoup plus. Les développeurs ont donc plus intérêt à produire des applications pour iPhone et iPad.

    Par un phénomène de myopie, pourrait croire que Google est parti pour devenir le Microsoft du mobile. Mais il devra encore livrer la bataille pour les utilisateurs à forte valeur ajoutée ! Et les développeurs. Pas simple d'enrayer un écosystème, visiblement vertueux, mis en place par l'innovateur (Apple en l'occurrence).

    Refonder notre société sur la pensée des Lumières ?

    Notre société redécouvrirait-elle la pensée des Lumières ? Le philosophe Dany-Robert Dufour, par exemple, pense que nous devons repartir de ses idéaux, dévoyés par la suite. Curieusement, ce blog, lui aussi, explore cette période de notre histoire.

    Au fond, rien que de très normal. Toute crise démontre l’inefficacité des dogmes dominants. En les mettant en cause on revient naturellement à leurs fondations. Or, pour la partie laïque de notre société, ces fondations sont les Lumières, l’affirmation que l’homme ne doit remettre son sort qu’à la seule raison.

    La question qui se pose, d’ailleurs, n’est peut-être pas tant : avons-nous correctement exploité ce principe ?, que, qu’entend-on par raison ?

    Une tentative de réponse minimale :
    • Ce que désiraient les Lumières est que l’humanité cesse de s’entr’égorger et adopte le principe « universel » selon lequel l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Or, ce qui a justifié, et justifie encore, tous les drames humains, c’est l’idéologie, un principe transcendant auquel l’individu s’abandonne aveuglément. Et cette idéologie peut aussi bien être une religion figée dans ses certitudes que des dogmes tels que le marxisme, la main invisible du marché ou le Consensus de Washington.
    • Quant à la raison, elle me semble avoir une définition modeste. Une définition qui était peut être celle des Grecs. À savoir que lorsqu’un groupe de personnes est en conflit, en discutant avec les uns et les autres, il est possible de trouver une solution qui les satisfait tous. Une solution « raisonnable ». La seule condition nécessaire et suffisante étant qu’ils soient d’accord pour chercher cette solution.
    Compléments :
    • De la pensée grecque et de son application, le droit romain : un billet.
    • Une clé de lecture des travaux d’Elminor Ostrom ? 

    vendredi 13 janvier 2012

    BBVA : Outlook au clou, vive Gmail !

    La banque espagnole BBVA a annoncé qu'elle déploierait (uniquement en interne) les applications Google (http://www.bbc.co.uk/news/business-16486796). Le coût n'est visiblement pas la motivation. BBVA espère accroître la productivité mais surtout accomplir une "mutation culturelle", notamment mieux faire collaborer les employés (élaboration de documents, vidéo conférences, etc.).

    BBVA a opté pour une approche en "big bang" : les employés auront accès à leurs courriels Outlook s'ils l'estiment nécessaire mais ils passeront du jour au lendemain aux nouveaux outils. Commentaire de la directrice de l'Innovation de BBVA : "Nous ne voulons pas maintenir les anciens comportements.  Pour aller vers l'avenir, il faut mettre le passé de côté." Et pan ! (ou bang ?) ;-)

    Cette adoption emblématique est la conséquence de deux tendances :
    1. Les employés, ne seraient-ce qu'à titre individuel, travaillent de plus en plus à partir de leurs smartphones, voire de tablettes. Comment collaborer si les applications ne permettent pas de travailler à partir des terminaux mobiles ?
    2. Les Microsoft et autres essaient bien de se mettre au Cloud. Mais les clients penchent d'abord pour ceux -dont Google- qui ont le nuage "dans le sang".
    Ma réflexion :
    • Les smartphones jouent le rôle de cheval de Troie d'une nouvelle informatique fondée sur le nuage.
    • Les PC apparaissent comme des dinosaures, mais aussi tout leur écosystème avec. Muter ne semble pas suffisant. La menace est celle d'une extinction pure et simple.
    • Il est très difficile d'être le leader dans une ère et de le rester dans la nouvelle.

    Free et l'art de la stratégie

    Free pourrait illustrer quelques théories de l’art du management et de la stratégie, à commencer par l’attaque d’un concurrent installé.
    • Reengineering : la société est construite avec une offre bon marché en tête. Par conséquent, les structures de coût de ses concurrents, résultat des méandres de l’histoire et d’un bien confortable monopole, sont certainement beaucoup plus lourdes que les siennes.
    • Modèle économique : Free ne propose pas de terminal, alors que c’est le principe de l’offre concurrente. Faire d’une force de son ennemi une faiblesse est le sommet de l’art chinois de la guerre.
    • Analyse de la valeur : l’offre de Free est bâtie sur ce qui compte le plus pour les segments de marché visés.
    • Par ailleurs, comme le note Hervé Kabla, Free réussit un coup de pub habile, qui profitera certainement à toute sa gamme. (FreeMobile, la révolution du 10 janvier 2012)
    Quant à ses concurrents, leurs lourdes organisations leur permettront-elles de réagir et de ne pas se faire dépecer ? En fait, il est possible que le mal que va leur faire Free n'est pas tant sa concurrence directe que le changement qu'il a opéré dans la perception de leurs prix et de leurs services par le marché (« Non, vous n’êtes pas des pigeons », la réponse de Bouygues à Free).

    Finalement, si la téléphonie mobile pouvait devenir moins coûteuse, cela ferait du bien à beaucoup de familles modestes, et peut-être aussi au reste de l’économie. Des mérites du libéralisme ? 

    Europe et danger islamique

    « L’Islam militant » serait un problème en Angleterre et en Allemagne, mais pas en France, qui « en réprimant sévèrement l’Islam militant a en grande partie contenu le phénomène ».

    Par ailleurs, l’Europe, en ayant créé des « conseils islamiques », pourrait avoir favorisé le développement « d’un leadership musulman pragmatique qui semble de plus en plus désireux de réaliser un avenir commun en Europe, plutôt qu’un conflit entre civilisations ». (Managing the future)

    Faire vivre un blog : question de technique

    Combien de temps me faut-il de l’idée à la publication d’un billet ? 15 minutes, pour un billet ordinaire.

    Processus taylorien : j’écris une série d’articles dans Word que je copie ensuite dans l’éditeur de Blogger. Le plus difficile est la recherche de liens dans mon propre blog : il compte près de 4000 billets et retrouver celui dans lequel est l’idée ou la référence nécessaires n’est pas simple.

    Bien sûr ceci ne tient pas compte du temps passé à lire. Là aussi la démarche est optimisée. Je prends des notes systématiquement, qui me donnent les éléments nécessaires à une rédaction rapide. En outre, il y a assez peu de ce que je lis ou entends qui ne m’apporte des idées. (Exercice du blog = faire fonctionner sa raison sur les événements de la vie ?)

    Une recette pour conclure. Le mieux est l’ennemi du bien. Si l’on ne se donne pas de règle, notamment concernant le temps consacré à ce travail, on se perd dans la quête d’une perfection inaccessible. Impuissance et frustration. 

    jeudi 12 janvier 2012

    Sin City

    Mes billets précédents sur la City me posent quelques questions :
    • La City est-elle aussi inoffensive qu’elle le paraît ? Pourquoi les Anglais s’en méfient-ils ? Comment parvient-elle à gagner autant d’argent ? Et si, isolée sur son rocher battu par les vents et la mer, la City pratiquait le métier de pirate sous un autre nom ?
    • Alors que la France possède des vaccins pour combattre les maladies, elle semble particulièrement inculte en termes d’outils financiers, de leur emploi, de leurs risques et des conséquences qu’ils peuvent avoir. Est-ce sain ?

    La City contre l’Europe ?

    Il semblerait que les hedge funds de Londres aient acheté de la dette grecque en pariant que le contribuable européen viendrait au secours du pays, et leur ferait réaliser de gros bénéfices. (Awaiting a Greek Payout - NYTimes.com)

    Si je comprends bien, ils pourraient bloquer le processus de restructuration des comptes grecs, ce qui déclencherait la crise que nos gouvernants cherchent à éviter. 

    Habile publicité pour les bienfaits de la City et d'une industrie financière qui échappe à tout contrôle ?

    La City en danger ?

    The Economist s’inquiète de l’avenir de la City. Elle est attaquée de l’intérieur : l’Anglais la trouve d’une fréquentation dangereuse, et veut la réglementer ; et de l’extérieur, de cette perfide Europe. Grosse déprime :
    Par le passé, la Grande Bretagne a joué un rôle important dans l’amélioration d’une grande partie du système financier européen, principalement parce que la taille de ses marchés domestiques entraîne qu’elle a quelques-uns des régulateurs les plus expérimentés de la région. Cependant, de nombreux banquiers anglais s’inquiètent de ce qu’une dispute en décembre 2011, quand David Cameron, le premier ministre, a menacé d'opposer son veto au changement des traités de l’UE, a réduit son influence à Bruxelles.
    L’enjeu est important : le secteur financier apporterait un excédent de 2,6% de PIB à la balance commerciale du pays.
     
    Le coeur du métier de la city serait, si je comprends bien, le marché des devises. Elle a construit sa fortune sur le dollar, dans les années 60, et la dislocation de l'étalon or. Aujourd’hui, devenir le centre financier du Yuan lui plairait. Mais les places asiatiques ne seront-elles pas plus hospitalières qu’elle ? Par ailleurs, « 251 banques étrangères ont des succursales ou des filiales à Londres » : la City doit sa prospérité beaucoup plus à l’étranger qu’à la finance locale. Risque de délocalisation ?

    Compléments :

    L’immigration, élément constitutif du modèle français

    NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil 2006. Histoire, écrite en 1986, de l’immigration en France.

    La notion d’immigration est apparue assez tard, vers 1880, à une époque où être citoyen a commencé à signifier des avantages. (Jusque-là, on était assez indifférent à l’étranger.) Apparaît alors la notion d’identité, les papiers et le processus administratif (kafkaïen) qui va avec.

    En fait, la France est, avec les USA, une nation construite sur l’immigration. Cela est, en ce qui nous concerne, une question de résistance au changement. La France a refusé l’industrialisation, et ses emplois ingrats. Elle a voulu demeurer rurale. L’arme de la résistance ? le malthusianisme. La France a concentré ses moyens sur une progéniture volontairement réduite, afin de lui garantir une situation privilégiée. À cela s’est ajouté le pouvoir que lui a donné le droit de vote.

    Depuis, l’immigration suit des cycles. En période de croissance, l’entreprise va chercher l’immigré pour remplir l’emploi dont personne ne veut, mais que requiert le changement technologique du moment. Puis c’est la crise. Apparaît alors un discours xénophobe, dont le rite s’est mis au point durant la crise de 1930, et dont la tradition se perpétue depuis sans qu’il corresponde forcément à une préoccupation majeure de la population. L’immigration s’arrête, la dernière vague se stabilise. A son tour, elle va diriger ses enfants vers les meilleurs emplois, créant un nouveau besoin d'immigration.

    La France doit à son immigration, qui concerne aussi bien l’agriculture que l’industrie, une grande souplesse, un certain dynamisme, et une main d’œuvre peu coûteuse. En contrepartie elle y a peut-être perdu un stimulant à l’innovation.

    Quant au processus d’assimilation, il semble un parcours du combattant. D’ailleurs, beaucoup d’immigrés n’ont fait qu’un passage chez nous. Les immigrés sont amenés par les entreprises et vivent initialement dans des ghettos. Choc culturel : ils traversent brutalement une transition qui nous a demandé des siècles : d’une vie communautaire à une société impersonnelle organisée par une administration bureaucratique. Ce sont les institutions (école, entreprise…) qui assurent leur intégration. Comme aux USA, elle est achevée à la troisième génération. 

    mercredi 11 janvier 2012

    De l’effet des crises sur le dirigeant

    La crise transforme, en quelque sorte, le génome du dirigeant. Les générations qui ont connu une crise tendent à :
    • Prendre peu de risques (peu d’endettement, mais aussi investissement moindre).
    • Arriver à la tête des entreprises de l’intérieur, plutôt que par parachutage.

    Intel contre ARM

    Le marché des microprocesseurs est divisé entre le géant Intel et le nain ARM.

    On ne peut pas imaginer deux modèles économiques plus dissemblables. Intel, qui emploie 100000 personnes, est totalement intégré. ARM, 2000 personnes, est au cœur d’une fédération d’entreprises. ARM conçoit les microprocesseurs et collecte de faibles droits sur la vente des produits qui utilisent ses plans.

    Le plus intéressant n’est pas là. C’est à quel point imprévisible est l’avenir et idiots ceux qui croient tirer des bonnes pratiques de l’exemple de ceux qui réussissent (le fonds de commerce d’Harvard Business Review).

    En effet, ARM a eu des débuts de looser. À son origine est Apple. Apple va mal, il joue sa vie sur le Newton, qui a besoin d’un processeur simplifié et qui consomme peu (architecture Risc). Le Newton fait flop. ARM poursuit sa vie peu glorieusement. Jusqu’au boom des smartphones. ARM domine maintenant ce marché. Et on découvre que son type d’architecture économe est bien adapté aux serveurs du cloud, mais aussi au colossal marché de « l’Internet des choses » (équiper de processeurs tout ce qui nous entoure et le relier par Internet).

    À quoi servent donc les hedge funds ?

    Madoff aurait-il été un nigaud? Il y avait plus rentable et moins dangereux que Ponzi ? Les honnêtes hedge funds auraient rapporté, en moyenne, 2% par an (moitié moins qu’un placement en obligations) à leurs investisseurs. Cependant, ils auraient spectaculairement enrichi leurs dirigeants, qui ont reçu « presque 100md$ de commissions entre 2008 et 2010 ».
    Investir dans des hedge funds donnera à quelques dirigeants chanceux l’occasion de profiter d’une retraite précoce sur leur yacht. Cela ne permettra pas aux fonds de pension [les investisseurs qui leur ont apporté leur argent] de réduire leur déficit. (Rich managers, poor clients)

    mardi 10 janvier 2012

    Changement en Espagne (suite)

    Décidément, les impôts sont de retour. Après l’Angleterre qui a rétabli une tranche à 50%, l’Espagne devient « un des pays d’Europe les plus imposés ».

    Pour le reste « L’Espagne risque d’entrer dans une spirale dans laquelle le serrage de vis fiscal affaiblit la croissance, et augmente la pression sur les finances publiques ». (Happy new year)

    De l’existence de l’intérêt général

    Le modèle de gouvernement des Lumières repose sur la notion « d’intérêt général ». Cet intérêt existe-t-il ? (Suite du billet précédent)

    L’extrapolation de mon expérience de l’entreprise me le fait croire.

    Lorsque l’on demande aux employés d’une entreprise ce qui ne va pas, on obtient une liste hétéroclite et un peu désespérée. D’où malaise. Mais si l’on arrive à formuler un projet (la solution n’est pas unique), qui semble répondre de manière satisfaisante aux problèmes de survie posés, il y a une sorte de « masse critique » d’adhésion. Ce projet me semble représenter, de manière indirecte, l'intérêt général, ou l'intérêt souverain de l'entreprise.

    Attention cependant : cette solution ne doit pas paraître injuste, elle ne doit être ressentie comme privilégiant certains au détriment d’autres.

    Ce raisonnement me semble pouvoir s'appliquer à une nation.

    Pour une 6ème République ?

    Si l’on confronte notre 5ème République avec les idées des Lumières, on obtient quelque chose de ridicule : un exécutif, qui donne des ordres au législatif.

    Comment fonctionnerait un système selon le goût des Lumières, au fait ?

    Le législatif (l’assemblée nationale) aurait pour mission de comprendre l’intérêt général, ou « bien souverain ». L’exécutif le mettrait ensuite en place.

    Cela demanderait un nouveau type de députés. Non seulement, ils ne devraient pas être à la botte du pouvoir ou d’un parti, comme aujourd’hui, mais ils ne devraient pas non plus être exclusivement des lobbyistes pour les intérêts particuliers de leurs électeurs. L’expression de l’intérêt général sortirait de leurs débats. Ce qui leur demanderait d’être des esprits supérieurs.
    L’intérêt commun, seule source de légitimité, s’exprime dans ce que Rousseau appelle la volonté générale. Celle-ci, à son tour, se traduit en lois.
    ( …) On accède aux lumières, non en se fiant à l’illumination d’un seul, mais en réunissant deux conditions : d’abord choisir des « hommes éclairés », c’est-à-dire des gens bien informés et capables de raisonner ; ensuite les conduire à chercher « la raison commune », en les mettant donc en situation de dialogue argumenté. (TODOROV, Tzvetan, L’esprit des Lumières, Le Livre de Poche, 2006)
    Compléments :
    • Le bug vient probablement de De Gaulle, qui estimait que seul le système monarchique, dans lequel le roi est susceptible de connaître l’intérêt général était adapté à la France. 

    lundi 9 janvier 2012

    Record pour Rolls Royce

    BBC ce matin. Rolls Royce a établi un record de ventes historique.

    Il y a la Chine, mais pas uniquement. Les ventes en Angleterre sont en hausse de 30%. Les riches auraient-ils une bonne crise ?  

    Curieusement, tout ceci est dit avec un fort accent allemand. Rolls appartient à BMW.

    Le journaliste de la BBC s’interroge : qu’est-ce qui fait que les entreprise anglaises (comme Jaguar et Rover) ne réussissent que lorsqu’elles appartiennent à des étrangers ? 

    Élections présidentielles : comment passer à l’offensive ?

    Drôles d’élections présidentielles. Les deux camps semblent enterrés dans leurs tranchées. On joue au mieux l’escarmouche.

    Pourquoi ne bougent-ils pas ? Peut-être parce que leurs idées ne sont pas les nôtres. D’un côté, il y a un libéralisme débridé, que nous croyons à l’origine de la crise ; de l’autre de nobles principes, effrayants d’irréalisme.

    Ce faisant, chacun court le risque d’être éliminé sans combattre, du fait d’un aléa malheureux. Comme M.Jospin en 2002. L’idéal du Viking, d’après le film de Kirk Douglas, était de mourir l’épée à la main. Peut-être est-ce mieux que de crever de remords ?

    Quelle forme pourrait prendre une offensive ? La logique de la politique est le Machiavélisme. Une tentative :
    • M.Hollande pourrait montrer que partout en Europe ceux qui pensent comme M.Sarkozy utilisent la crise pour faire plus de libéralisme, remède au manque de compétitivité de l’entreprise. Et si notre président n’attendait qu’une réélection pour laisser libre cours à ses passions ?
    • Quant à M.Sarkozy sa force est probablement son hyperactivité brownienne et la haine irrationnelle qu’il inspire au camp adverse. La danse de Saint Guy à laquelle il se livre naturellement rend fou. Or, la gauche n’est qu’individualisme et ses francs tireurs ne demandent qu’une occasion pour partir en Jihad.
    Compléments :
    • M.Sarkozy et sa taxe Tobin, probablement techniquement inapplicable, suivent-ils ces recommandations ? 

    Le changement vu par Bill GATES ou comment Microsoft micro sauve la planète!

    Après avoir proposé la révolution informatique, grâce à son système d’exploitation, et fait fortune, il semble que Bill GATES cherche à sauver le monde grâce à sa fondation, créée en 2000 (l’année du supposé grand bug !) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Bill-et-Melinda-Gates). Le projet est terriblement séduisant :
    Apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition des connaissances
    Bill GATES aurait doté sa fondation de 95 % de sa fortune personnelle (environ 35 milliards de dollars). Ses dons annuels seraient supérieurs aux dépenses de l’OMS ! Bigre !

    Consacrer sa fortune pour éduquer et soigner est sans aucun doute, la plus noble et la plus louable des missions. Cependant, en janvier 2007, le Los Angeles Times, dans un article sévère, écorne sérieusement cette belle image.

    Le quotidien s’interroge alors sur les investissements du fond de la fondation, confiés à des financiers sans instruction autre que la diversification et la rémunération. L’efficacité semble irréprochable car la fondation aurait distribué plus de 10 milliards de dollars.

    L’enquête du Los Angeles Times relayée dernièrement par un documentaire sur France 2, pose la question de la nature de ces investissements qui paraissent bien incompatibles, voir en contradiction avec le but des actions menées. Ainsi les effets d’une campagne de vaccination dans le delta du NIGER ne sont-ils pas balayés par les agissements des compagnies pétrolières présentes, dont la fondation est actionnaire, qui dégraderaient quotidiennement l’écosystème des populations autochtones ?

    L’amalgame entre un soutien des OGM par la fondation et ses partenariats et investissements dans une entreprise sulfureuse comme MONSANTO, n’est-il pas insoutenable ?

    Pourquoi la fondation n’utilise-t-elle pas sa puissance financière pour faire évoluer le comportement des sociétés dans lesquelles elle investit ?

    A quoi bon vacciner des bambins contre la polyo s’ils doivent être ensuite victimes de la détérioration de leur écosystème ?

    Le projet de ladite fondation, qui paraissait si louable à première vue, finit par provoquer un certain malaise. L’objectif de la fondation ne serait-il pas finalement diabolique ? Rendre la population dépendante des monstres de l’agroalimentaire tout en les « microsoftant » ?

    Le projet paraîtrait ainsi bien huilé car aucune autorité ne serait en mesure, en capacité ou en droit de réguler les choix et les actions de la fondation.

    Que confirme-t il ?

    Les Etats ont bien renoncé à leur rôle de protecteur et de garant de la justice sociale, englués dans le remboursement de leur célèbre dette, ils laissent libres les plus riches de la planète, tout puissants, de s’approprier la solidarité et décider, seuls et pour tout le monde, comment l’organiser, bien à l’abri dans leur belle fondation.

    Choisir un président (1) / application : Barack Obama et le système politique américain

    Pour John Stuart Mill, Barack Obama n’est-il pas idéal ?
    • Il semble porté par la volonté d’unir l’Amérique, apparemment le rêve des pères fondateurs du pays (Amérique : l'esprit des lois). Pour le reste il est relativement pragmatique.
    • C’est quelqu’un qui a une capacité exceptionnelle à la décision. Contrairement à ce que disent les Républicains, il a les caractéristiques mêmes du chef de guerre : il pense vite et froidement.
    Cependant, il a aussi des défauts. On lui reproche d’avoir imposé sa réforme de la santé à contre-courant ; il a souvent un peu trop confiance en son jugement ; surtout, critique majeure, il manque de leadership (le leadership sera l’objet d’un prochain billet).

    Mais, par les temps qui courent, qui a une idée claire d’où aller ? Ne sommes-nous pas dans une phase de « dégel » de nos certitudes, et de recherche de nouvelles idées ?

    Alors, pas facile d’atteindre l’idéal de Mill ? Mais peut-être que M.Obama a besoin d’encore un peu de « mise au point » ?

    Pour finir, une note sur le système américain. Lui aussi n’est pas loin de l’idéal de John Stuart Mill. 

    Contrairement à nos politiques, qui sont des hommes d’appareil, la légitimité du candidat américain vient de son succès dans la « société civile ». Il a fait fortune, c’est un guerrier héroïque, un artiste connu, un intellectuel exceptionnel... dans tous les cas, un homme célèbre, qui a pris une dimension nationale.

    Cela donne-t-il à l’Amérique un avantage qui crève les yeux ? Pas réellement. Alors, le choix des « leaders » d’une nation est-il déterminant pour son succès ? Ou la société tend elle à compenser ses faiblesses ? 

    Choisir un président (1) : JS. Mill

    Comment voter ? Début d’une série de billets sur des théories qui traitent du sujet.

    Sont-elles décisives ? Je soupçonne que ce qu’elles ont d’utile n’est pas les solutions qu’elles nous apportent, mais les questions qu’elles nous posent. Pour cette raison les exercices d’application au cas de notre prochaine élection sont laissés au lecteur.

    Premier sur l’estrade : John Stuart Mill. Il donne des critères de sélection un peu surprenants.
    • Contrairement à ce que l’on tend à penser, il n’est pas essentiel que notre représentant partage nos valeurs. Du moins, en dehors des valeurs essentielles. Ce qu’il faut trouver c’est quelqu’un qui sache affronter un monde imprévisible, raisonner bien et prendre des décisions justes.
    • John Stuart Mill aimerait un système qui mette les personnalités exceptionnelles aux vus et aux sus de la nation, et qui permette de les choisir. Le bon représentant du peuple, selon lui, est celui qui ne veut pas être élu, qui n’est poussé que par l’intérêt de la nation. Bref, il ne semble pas très bien disposé vis-à-vis des partis politiques.
    Compléments :
    • Pour plus de détails sur la position de John Stuart Mill : Gouvernement représentatif.
    • Les médias sociaux d’Hervé Kabla sont-ils un moyen de faire connaître par la nation quelques personnalités exceptionnelles, de les faire échapper à l’emprise des partis politiques ?  

    dimanche 8 janvier 2012

    Froid polaire

    En matière de météo, le changement est une question de masses d’air qui se forment, luttent entre elles, et règnent quelques semaines ou quelques mois, sur un territoire donné. 

    Il semblerait qu’un anticyclone se forme sur le nord de l’Europe et puisse nous envahir bientôt. (Actualité Météo : L'hiver n'est pas fini : vers un mois de février froid ?)

    Iran USA : situation explosive ?

    J’entendais La rumeur du Monde de France culture dire, hier, que l’Amérique et l’Iran ont intérêt à la confrontation.L’argument me semblait celui-ci :

    Le Qatar et l’Arabie saoudite financeraient les partis sunnites, qui sont sortis vainqueurs du Printemps arabe. La Syrie vacillant, l’Iran commence à se trouver isolée, et aimerait se refaire en Iraq.

    Or, de même que les élections présidentielles poussent les partis politiques locaux à l’irresponsabilité, l’affrontement entre le président et le premier ministre iraniens leur fait désirer, eux aussi, quelque grand acte d'éclat, extérieur.

    Hongrie soviétique ?

    Des bruits inquiétants viennent de Hongrie. Les actes de son gouvernement ne sembleraient pas totalement déplacés en Russie, non ?

    Curieux. La Hongrie, partie de l’ancienne Autriche-Hongrie, n’est-elle pas supposée avoir un passé glorieux, raffiné et civilisé ?

    En fait, il semblerait qu’elle ait connu une histoire malheureuse et que jamais une bourgeoisie ou une classe moyenne bien vigoureuse n’ait pu s’y développer. (Orbán is the product of a fraught history | Presseurop) Régime dirigiste par nature ? D’ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de partis politiques dignes de ce nom : l’opposition socialiste aurait perdu toute crédibilité du fait de malversations passées.

    En tout cas, The Economist trouve la réaction de l'Europe bien molle. (To Viktor too many spoils)

    Nouvelle vague

    J’entendais l’autre jour Jean Rochefort parler avec émotion de l’impression que lui avait faite « A bout de souffle ». Renouvellement d’un cinéma qui n’avait plus rien à dire. Décidément, la nouvelle vague, qui me paraît terriblement ringarde, ridicule et datée, correspondait à quelque chose de vraiment important pour la jeune génération de l’époque.

    Qu’est-ce que je lui reproche, d’ailleurs ? Je la soupçonne d’avoir appauvri le cinéma en laissant croire aux réalisateurs qu’ils pouvaient laisser libre cours à leur génie, sans contrainte et sans travail.

    Curieusement, cette tendance n’a pas affecté les cinéastes de la nouvelle vague, en dehors de Godard. Des gens comme Truffaut ou Rohmer, par exemple, me semblent avoir produit une œuvre très classique. Peut-être ont-ils profité de la culture qu’ils avaient reçue, contre laquelle ils se sont révoltés, et qu’ils ont refusée à la génération suivante ?

    samedi 7 janvier 2012

    Chasse à l’économiste (suite)

    Alastair Giffin voulait que je demande à Paul Krugman d’écrire pour ce blog. Effectivement il partage son esprit, qui est d’essayer de ramener les débats du moment aux travaux anciens.

    Mais il a sûrement mieux à faire.

    Et, aussi, c’est un keynésien. Et je partage, biais professionnel, le point de vue de J.K. Galbraith (L'économie en perspective, Seuil, 1989) : les mesures macro économiques sont impuissantes à réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain.

    C’est d’ailleurs ce que je reproche aux économistes en général : ne pas avoir compris que tout le succès d’une mesure est dans son exécution, plutôt que dans ses seuls principes. Je leur reproche aussi de penser que les comportements des sociétés peuvent se modéliser.

    Galbraith n’était-il pas le choix idéal, lui qui avait écrit sur les théories économiques ? Dommage qu’il soit mort.

    C’est aussi le cas de la plupart de mes autres candidats, Herbert Simon, Mancur Olson (The logic of collective action), Elinor Ostrom (Governing the commons) ou l’historien Paul Bairoch. De toute manière, ils ne seraient probablement pas jugés comme des économistes sérieux, même si certains ont reçu le prix Nobel d’économie.

    Y a-t-il un économiste dans la salle ?

    Anonyme du 1er janvier me conseille de recruter un économiste. Je suis donc allé chercher qui embaucher dans les pages de The Economist (Marginal revolutionaries).

    Malheureusement. Ici aussi, rien ne va plus. La discipline est en plein chamboulement. Les économistes officiels d’hier ayant perdu toute crédibilité, les théories fleurissent de partout. Illustration du dégel de Kurt Lewin ?

    Dans ce monde, Paul Krugman semble faiseur de rois. C’est lui qui dit qui il faut prendre au sérieux, amis et, curieusement, ennemis.

    Trois écoles sont apparues.
    1. Le monétarisme de marché. Apparemment une évolution du monétarisme précédent. Au lieu de maintenir une croissance hors inflation à une valeur donnée, la banque centrale doit garantir la valeur croissance + inflation. Ce qui créerait une sorte de système vertueux autorégulé.
    2. Une résurgence de l’école de Vienne (autrichienne, en français ?) de von Mises, qui semble dire que le mouvement libéral des dernières années a échoué par manque de radicalisme. Liquidons l’État et tous les outils de régulation du marché ?
    3. Le néochartalisme, apparemment une résurgence d’un mouvement prékeynésien, qui penserait que la monnaie n’est rien sinon un outil de régulation de l’économie. (Dans ces conditions, il n’y a pas de crise de la dette européenne : la BCE n’a qu’a imprimer de l’argent et acheter les dettes des nations en difficulté ?)
    Compléments :

    Co-working

    La mode est au « co-working » : travailler en dehors de chez son employeur mais pas chez soi non plus, dans des locaux équipés pour l’indépendant, et qu’il choisit en fonction des circonstances du moment. (Setting the desk jockeys free)

    N’y aurait-il pas là une idée de création d'entreprise ? Une plate-forme de réservation qui permette aux entreprises qui ont des locaux libres de les mettre à disposition des travailleurs indépendants (le système fonctionnant par abonnement) ? 

    vendredi 6 janvier 2012

    Faut-il aider Petroplus ?

    Le gouvernement français se donne beaucoup de mal pour Petroplus. Est-ce une bonne idée ?

    D’ailleurs, il est étrange que les raffineries aient des difficultés alors que les pétroliers n’en ont pas. Le raffinage n’est-il pas à plus forte valeur ajoutée que l’extraction ? (Erreur ?).

    En fait, il y aurait excès de capacité de raffinage, chronique et ayant peu de chances de se résorber dans la prochaine décennie : les émergents ayant investi ce secteur jugé stratégique.

    Si ce raisonnement est juste, les banques de Petroplus ont probablement raison de ne plus vouloir lui prêter… Et, au moment où beaucoup d’entreprises manquent de crédits, elles ont certainement mieux à faire ailleurs.

    Compléments :
    • Voir Raffineries à vendre et, surtout, ses sources.
    • Qui est Petroplus ? La propriété d’un fonds d’investissement ! « En 2005, le groupe d’investissements américain Carlyle l’a acquise, pour plus de 500 M€, dans le but de « doubler la taille de l'entreprise, dans les deux-trois [années suivantes] » - T. O’Malley, PDG de Petroplus Holdings, 2005. Depuis novembre 2007, Petroplus Holdings a de nouveau le statut de société anonyme, à la bourse de Zurich, y ayant réalisé la plus importante introduction depuis 2001. Le groupeCarlyle en détient 57% des parts. » (wikipedia).

    Chômage au sud, croissance au nord

    L’Europe est divisée, et c'est inquiétant. Le nord embauche, le sud (dont la France) licencie. Le chômage, l'autre ligne de fracture dans la crise européenne - la Tribune

    Seule explication structurelle, avancée par l’article : l’entreprise du nord garderait son personnel à temps partiel pendant les périodes difficiles, ce qui lui éviterait de perdre ses compétences. N’y a-t-il rien d’autre ?

    Curieusement, en termes de chômage, l’Angleterre est au sud.

    Compléments :
    • Autre hypothèse : la France et l'Amérique (l'Europe du sud et les pays anglo-saxons ?) ont délocalisé leur savoir-faire. L'Allemagne (l'Europe du nord ?) l'a développé.

    Chômage des grandes écoles

    Le Monde découvre que les surdiplômés peuvent connaître le chômage. Polytechniciens, énarques... et malgré tout chômeurs ... - Le Monde

    Pour moi cela est évident depuis dix ans. Plus peut-être ? Mais ce chômage est masqué par des artifices : on s’appelle « consultant » ou coach, on achète une société, non pour ses perspectives, mais pour retrouver un salaire.

    Voici ce qui arrive souvent au diplômé. Suite de promotions. Et, brutalement, il se trouve à la tête d’une organisation dysfonctionnelle. Et on le lui reproche. Et ça lui coûte sa place. Injuste ?
      
    Ce qu’on attendait de lui était un miracle. Il était exactement dans la situation de l’entraîneur d’une équipe de foot qui perd.

    Notre diplômé a toujours été un homme d’appareil, le meilleur célébrant des rites de la nation. On lui demande maintenant de casser les règles, de prendre tous les risques. La fin justifie les moyens. On viendra au secours du succès.

    Il a été formé pour le dirigisme d’État des 30 glorieuses. Il vit maintenant dans le capitalisme anglo-saxon. Changement.

    Compléments :

    A dangerous method

    Film de David Cronenberg, 2011.

    Époque où les très fortunés étaient cultivés, polyglottes et névrosés. Et où l’on créait des théories par rationalisation de son cas particulier.

    Introduction à l’œuvre de Jung, Freud et Gross.

    Esprit de contradiction ? Je n’aimais pas les premiers films de Cronenberg, mais je trouve qu’ils avaient quelque chose d’original – une sorte d’étrangeté malsaine – qui a disparu. Ses dernières productions semblent avoir perdu le souffle initial. Elles ont peut-être gagné un grand public ?

    jeudi 5 janvier 2012

    Gran Torino (bis) : la voie de la rédemption

    J'ai revu Gran Torino en DVD (Clint Eastwood, 2008). Je sais que Christophe ne l'aime pas. Pour ma part, je l'ai moins vu comme une critique sociale que comme une sorte de parabole, prenant son sens au niveau individuel.

    Clint Eastwood (alias Walt) y plante un vétéran de la guerre de Corée hanté par les atrocités qu'il a commises. Walt est grincheux, associal, raciste, grossier, imbuvable mais aussi mauvais père, mauvais chrétien (shocking!) et mauvais voisin. Tellement méchant qu'il en est drôle.

    Mais le vieux schnock a un bon fond - on s'en doutait. Qu'est-ce qui le fait bouger, se transformer ? Son jeune voisin (d'ethnie Hmong, peuple ayant combattu aux côtés des Américains) est pris à parti par un gang. Le papie se surprend à le prendre sous son aile et à se sacrifier pour le sauver. Le vétéran habité par ses crimes se rachète.

    Il y a du bon larron dans le personnage, avec son cortège de bons sentiments hollywoodiens. Tout de même, je retire trois choses du film :
    1. La violence comme protection : Extérieurement, Walt est violent (insultes, racisme, misanthropie, sans compter la carabine à portée de main). Mais c'est un mur extérieur qui protège une personne blessée, honteuse, troublée dans l'intime par son passé. Plus il refuse de changer, plus il consolide ce mur de violence, et plus il lui est difficile de changer.
    2. L'action vaut mieux que l'intention : Au lieu de trouver une rédemption facile dans la confession (il n'y avoue que des fautes mineures), il choisit de se racheter en posant un acte personnel (il se laisse assassiner pour confondre le gang).
    3. La rédemption comme voie du changement : Walt voit dans la nécessité de tirer son jeune ami des griffes du gang l'opportunité de réparer sa blessure (il ne s'est jamais pardonné d'avoir tué un jeune Chinois qui se rendait). En changeant son comportement et son rapport aux autres, il trouve rien de moins que la rédemption : il ne renoue pas vraiment avec la religion mais il se transforme sur le plan spirituel en retrouvant ses valeurs perdues.