samedi 14 janvier 2012

France, triple A et agences de notation

Une des grandes lois du changement, est que la crise est bonne pour lui. La perte du triple A français, surtout si elle a des conséquences dramatiques pour l’Europe et le monde, peut être un bien. Elle peut forcer les gouvernants et les peuples à regarder en face leurs problèmes. Ce qui ne tue pas renforce, disait Nietzsche. (Cela peut aussi tuer, bien sûr.)

Par contre, le plus surprenant est qu’aucune réflexion n’ait été lancée sur un système de contrôle de l’économie par agences de notation vénales :
  • L’impact de leur notation n’est pas linéaire, mais crée des ruptures brutales et destructrices.
  • On a quelques raisons de penser qu’elles ont plusieurs poids et plusieurs mesures. L’Europe, en particulier, est actuellement considérée comme la lie de l’humanité.  À juste titre ? (Voir le début de Charlemagne: How much closer a union? | The Economist) Ou est-elle victime de son incapacité à manipuler les médias ? Et quid du rôle des agences dans la bulle des subprimes ?
  • Surtout, elles semblent en permanence inventer de nouvelles règles de jugement. D’ailleurs quels jugements reflètent-elles ? Ceux d’une science quelconque ou les a priori de la culture qui leur fournit leurs employés ?
Compléments :

Hongrie et Europe disloquée

Ce qui arrive à l’Europe ressemble étrangement à ce que disent mes cours sur ce qui est fatal au changement.

La zone euro est attaquée de toutes parts ; les Anglo-saxons la regardent avec une inquiétude navrée pour sa stupidité, comme s’ils n’étaient pas un tout petit peu pour quelque chose dans ses malheurs ; la situation étant favorable à l’Allemagne (ECB policy: Not favouritism, just error | The Economist), elle n’est pas prêteuse ; en France, il en faudrait bien peu pour que l’opposition, suivant l’exemple grec, ne jette à la face du monde l’incompétence du gouvernement, et que celui-ci ne cède à quelque tentation du coup médiatique suicidaire. Et voilà que l’on découvre (Somewhere In Europe - NYTimes.com) que la Hongrie veut en revenir au régime qui a fait son succès de 1920 à 1944 (Miklós Horthy - Wikipédia)… Il est vrai que sa situation ne doit être guère enviable.

Le mal du changement, c’est qu’il déclenche le chacun pour soi. Or, l’homme n’est rien sans la société. Notre sort individuel dépend massivement de notre volonté de rendre des sortes de petits services collectifs, désintéressés. Sans cette volonté l’édifice social s’effondre.

Antipoison ? L’entraide. Il faut reconstruire le « lien social ». Cela se fait en deux temps, et cela nous concerne tous :
  • Il faut repérer ceux qui coulent et leur donner un coup de pouce pour réussir. C’est un travail compliqué et ingrat, irrationnel, où la crise succède à la crise.
  • Une fois que l’on a obtenu quelques succès, un phénomène mystérieux se produit, une dynamique collective s’enclenche qui fait que le groupe se réorganise et prend son sort en main. Peut-être a-t-il su tirer un enseignement de la résolution des problèmes des naufragés précédents ?  
Compléments :

    Show me the money

    On parle beaucoup de l'ascension d'Android en termes de parts de marché des smartphones (plus de la moitié des ventes de smartphones aux Etats-Unis fin 2011, soit deux fois plus que l'iOS d'Apple). Mais il semble -pour le moment- que Google en tire peu de profit.

    Au sens propre : en termes de chiffre d'affaires issu des ventes d'applications, l'App Store d'Apple récupère de 85 à 90% de l'argent dépensé par les utilisateurs sur les plateformes mobiles.

    Alors que 13,5% des applications pour iPhone sont payantes, seulement 1,3% des applications Android le sont. Et les utilisateurs d'iPhone sont moins nombreux mais dépensent beaucoup plus. Les développeurs ont donc plus intérêt à produire des applications pour iPhone et iPad.

    Par un phénomène de myopie, pourrait croire que Google est parti pour devenir le Microsoft du mobile. Mais il devra encore livrer la bataille pour les utilisateurs à forte valeur ajoutée ! Et les développeurs. Pas simple d'enrayer un écosystème, visiblement vertueux, mis en place par l'innovateur (Apple en l'occurrence).

    Refonder notre société sur la pensée des Lumières ?

    Notre société redécouvrirait-elle la pensée des Lumières ? Le philosophe Dany-Robert Dufour, par exemple, pense que nous devons repartir de ses idéaux, dévoyés par la suite. Curieusement, ce blog, lui aussi, explore cette période de notre histoire.

    Au fond, rien que de très normal. Toute crise démontre l’inefficacité des dogmes dominants. En les mettant en cause on revient naturellement à leurs fondations. Or, pour la partie laïque de notre société, ces fondations sont les Lumières, l’affirmation que l’homme ne doit remettre son sort qu’à la seule raison.

    La question qui se pose, d’ailleurs, n’est peut-être pas tant : avons-nous correctement exploité ce principe ?, que, qu’entend-on par raison ?

    Une tentative de réponse minimale :
    • Ce que désiraient les Lumières est que l’humanité cesse de s’entr’égorger et adopte le principe « universel » selon lequel l’homme n’est pas un loup pour l’homme. Or, ce qui a justifié, et justifie encore, tous les drames humains, c’est l’idéologie, un principe transcendant auquel l’individu s’abandonne aveuglément. Et cette idéologie peut aussi bien être une religion figée dans ses certitudes que des dogmes tels que le marxisme, la main invisible du marché ou le Consensus de Washington.
    • Quant à la raison, elle me semble avoir une définition modeste. Une définition qui était peut être celle des Grecs. À savoir que lorsqu’un groupe de personnes est en conflit, en discutant avec les uns et les autres, il est possible de trouver une solution qui les satisfait tous. Une solution « raisonnable ». La seule condition nécessaire et suffisante étant qu’ils soient d’accord pour chercher cette solution.
    Compléments :
    • De la pensée grecque et de son application, le droit romain : un billet.
    • Une clé de lecture des travaux d’Elminor Ostrom ? 

    vendredi 13 janvier 2012

    BBVA : Outlook au clou, vive Gmail !

    La banque espagnole BBVA a annoncé qu'elle déploierait (uniquement en interne) les applications Google (http://www.bbc.co.uk/news/business-16486796). Le coût n'est visiblement pas la motivation. BBVA espère accroître la productivité mais surtout accomplir une "mutation culturelle", notamment mieux faire collaborer les employés (élaboration de documents, vidéo conférences, etc.).

    BBVA a opté pour une approche en "big bang" : les employés auront accès à leurs courriels Outlook s'ils l'estiment nécessaire mais ils passeront du jour au lendemain aux nouveaux outils. Commentaire de la directrice de l'Innovation de BBVA : "Nous ne voulons pas maintenir les anciens comportements.  Pour aller vers l'avenir, il faut mettre le passé de côté." Et pan ! (ou bang ?) ;-)

    Cette adoption emblématique est la conséquence de deux tendances :
    1. Les employés, ne seraient-ce qu'à titre individuel, travaillent de plus en plus à partir de leurs smartphones, voire de tablettes. Comment collaborer si les applications ne permettent pas de travailler à partir des terminaux mobiles ?
    2. Les Microsoft et autres essaient bien de se mettre au Cloud. Mais les clients penchent d'abord pour ceux -dont Google- qui ont le nuage "dans le sang".
    Ma réflexion :
    • Les smartphones jouent le rôle de cheval de Troie d'une nouvelle informatique fondée sur le nuage.
    • Les PC apparaissent comme des dinosaures, mais aussi tout leur écosystème avec. Muter ne semble pas suffisant. La menace est celle d'une extinction pure et simple.
    • Il est très difficile d'être le leader dans une ère et de le rester dans la nouvelle.

    Free et l'art de la stratégie

    Free pourrait illustrer quelques théories de l’art du management et de la stratégie, à commencer par l’attaque d’un concurrent installé.
    • Reengineering : la société est construite avec une offre bon marché en tête. Par conséquent, les structures de coût de ses concurrents, résultat des méandres de l’histoire et d’un bien confortable monopole, sont certainement beaucoup plus lourdes que les siennes.
    • Modèle économique : Free ne propose pas de terminal, alors que c’est le principe de l’offre concurrente. Faire d’une force de son ennemi une faiblesse est le sommet de l’art chinois de la guerre.
    • Analyse de la valeur : l’offre de Free est bâtie sur ce qui compte le plus pour les segments de marché visés.
    • Par ailleurs, comme le note Hervé Kabla, Free réussit un coup de pub habile, qui profitera certainement à toute sa gamme. (FreeMobile, la révolution du 10 janvier 2012)
    Quant à ses concurrents, leurs lourdes organisations leur permettront-elles de réagir et de ne pas se faire dépecer ? En fait, il est possible que le mal que va leur faire Free n'est pas tant sa concurrence directe que le changement qu'il a opéré dans la perception de leurs prix et de leurs services par le marché (« Non, vous n’êtes pas des pigeons », la réponse de Bouygues à Free).

    Finalement, si la téléphonie mobile pouvait devenir moins coûteuse, cela ferait du bien à beaucoup de familles modestes, et peut-être aussi au reste de l’économie. Des mérites du libéralisme ? 

    Europe et danger islamique

    « L’Islam militant » serait un problème en Angleterre et en Allemagne, mais pas en France, qui « en réprimant sévèrement l’Islam militant a en grande partie contenu le phénomène ».

    Par ailleurs, l’Europe, en ayant créé des « conseils islamiques », pourrait avoir favorisé le développement « d’un leadership musulman pragmatique qui semble de plus en plus désireux de réaliser un avenir commun en Europe, plutôt qu’un conflit entre civilisations ». (Managing the future)

    Faire vivre un blog : question de technique

    Combien de temps me faut-il de l’idée à la publication d’un billet ? 15 minutes, pour un billet ordinaire.

    Processus taylorien : j’écris une série d’articles dans Word que je copie ensuite dans l’éditeur de Blogger. Le plus difficile est la recherche de liens dans mon propre blog : il compte près de 4000 billets et retrouver celui dans lequel est l’idée ou la référence nécessaires n’est pas simple.

    Bien sûr ceci ne tient pas compte du temps passé à lire. Là aussi la démarche est optimisée. Je prends des notes systématiquement, qui me donnent les éléments nécessaires à une rédaction rapide. En outre, il y a assez peu de ce que je lis ou entends qui ne m’apporte des idées. (Exercice du blog = faire fonctionner sa raison sur les événements de la vie ?)

    Une recette pour conclure. Le mieux est l’ennemi du bien. Si l’on ne se donne pas de règle, notamment concernant le temps consacré à ce travail, on se perd dans la quête d’une perfection inaccessible. Impuissance et frustration. 

    jeudi 12 janvier 2012

    Sin City

    Mes billets précédents sur la City me posent quelques questions :
    • La City est-elle aussi inoffensive qu’elle le paraît ? Pourquoi les Anglais s’en méfient-ils ? Comment parvient-elle à gagner autant d’argent ? Et si, isolée sur son rocher battu par les vents et la mer, la City pratiquait le métier de pirate sous un autre nom ?
    • Alors que la France possède des vaccins pour combattre les maladies, elle semble particulièrement inculte en termes d’outils financiers, de leur emploi, de leurs risques et des conséquences qu’ils peuvent avoir. Est-ce sain ?

    La City contre l’Europe ?

    Il semblerait que les hedge funds de Londres aient acheté de la dette grecque en pariant que le contribuable européen viendrait au secours du pays, et leur ferait réaliser de gros bénéfices. (Awaiting a Greek Payout - NYTimes.com)

    Si je comprends bien, ils pourraient bloquer le processus de restructuration des comptes grecs, ce qui déclencherait la crise que nos gouvernants cherchent à éviter. 

    Habile publicité pour les bienfaits de la City et d'une industrie financière qui échappe à tout contrôle ?

    La City en danger ?

    The Economist s’inquiète de l’avenir de la City. Elle est attaquée de l’intérieur : l’Anglais la trouve d’une fréquentation dangereuse, et veut la réglementer ; et de l’extérieur, de cette perfide Europe. Grosse déprime :
    Par le passé, la Grande Bretagne a joué un rôle important dans l’amélioration d’une grande partie du système financier européen, principalement parce que la taille de ses marchés domestiques entraîne qu’elle a quelques-uns des régulateurs les plus expérimentés de la région. Cependant, de nombreux banquiers anglais s’inquiètent de ce qu’une dispute en décembre 2011, quand David Cameron, le premier ministre, a menacé d'opposer son veto au changement des traités de l’UE, a réduit son influence à Bruxelles.
    L’enjeu est important : le secteur financier apporterait un excédent de 2,6% de PIB à la balance commerciale du pays.
     
    Le coeur du métier de la city serait, si je comprends bien, le marché des devises. Elle a construit sa fortune sur le dollar, dans les années 60, et la dislocation de l'étalon or. Aujourd’hui, devenir le centre financier du Yuan lui plairait. Mais les places asiatiques ne seront-elles pas plus hospitalières qu’elle ? Par ailleurs, « 251 banques étrangères ont des succursales ou des filiales à Londres » : la City doit sa prospérité beaucoup plus à l’étranger qu’à la finance locale. Risque de délocalisation ?

    Compléments :

    L’immigration, élément constitutif du modèle français

    NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil 2006. Histoire, écrite en 1986, de l’immigration en France.

    La notion d’immigration est apparue assez tard, vers 1880, à une époque où être citoyen a commencé à signifier des avantages. (Jusque-là, on était assez indifférent à l’étranger.) Apparaît alors la notion d’identité, les papiers et le processus administratif (kafkaïen) qui va avec.

    En fait, la France est, avec les USA, une nation construite sur l’immigration. Cela est, en ce qui nous concerne, une question de résistance au changement. La France a refusé l’industrialisation, et ses emplois ingrats. Elle a voulu demeurer rurale. L’arme de la résistance ? le malthusianisme. La France a concentré ses moyens sur une progéniture volontairement réduite, afin de lui garantir une situation privilégiée. À cela s’est ajouté le pouvoir que lui a donné le droit de vote.

    Depuis, l’immigration suit des cycles. En période de croissance, l’entreprise va chercher l’immigré pour remplir l’emploi dont personne ne veut, mais que requiert le changement technologique du moment. Puis c’est la crise. Apparaît alors un discours xénophobe, dont le rite s’est mis au point durant la crise de 1930, et dont la tradition se perpétue depuis sans qu’il corresponde forcément à une préoccupation majeure de la population. L’immigration s’arrête, la dernière vague se stabilise. A son tour, elle va diriger ses enfants vers les meilleurs emplois, créant un nouveau besoin d'immigration.

    La France doit à son immigration, qui concerne aussi bien l’agriculture que l’industrie, une grande souplesse, un certain dynamisme, et une main d’œuvre peu coûteuse. En contrepartie elle y a peut-être perdu un stimulant à l’innovation.

    Quant au processus d’assimilation, il semble un parcours du combattant. D’ailleurs, beaucoup d’immigrés n’ont fait qu’un passage chez nous. Les immigrés sont amenés par les entreprises et vivent initialement dans des ghettos. Choc culturel : ils traversent brutalement une transition qui nous a demandé des siècles : d’une vie communautaire à une société impersonnelle organisée par une administration bureaucratique. Ce sont les institutions (école, entreprise…) qui assurent leur intégration. Comme aux USA, elle est achevée à la troisième génération. 

    mercredi 11 janvier 2012

    De l’effet des crises sur le dirigeant

    La crise transforme, en quelque sorte, le génome du dirigeant. Les générations qui ont connu une crise tendent à :
    • Prendre peu de risques (peu d’endettement, mais aussi investissement moindre).
    • Arriver à la tête des entreprises de l’intérieur, plutôt que par parachutage.

    Intel contre ARM

    Le marché des microprocesseurs est divisé entre le géant Intel et le nain ARM.

    On ne peut pas imaginer deux modèles économiques plus dissemblables. Intel, qui emploie 100000 personnes, est totalement intégré. ARM, 2000 personnes, est au cœur d’une fédération d’entreprises. ARM conçoit les microprocesseurs et collecte de faibles droits sur la vente des produits qui utilisent ses plans.

    Le plus intéressant n’est pas là. C’est à quel point imprévisible est l’avenir et idiots ceux qui croient tirer des bonnes pratiques de l’exemple de ceux qui réussissent (le fonds de commerce d’Harvard Business Review).

    En effet, ARM a eu des débuts de looser. À son origine est Apple. Apple va mal, il joue sa vie sur le Newton, qui a besoin d’un processeur simplifié et qui consomme peu (architecture Risc). Le Newton fait flop. ARM poursuit sa vie peu glorieusement. Jusqu’au boom des smartphones. ARM domine maintenant ce marché. Et on découvre que son type d’architecture économe est bien adapté aux serveurs du cloud, mais aussi au colossal marché de « l’Internet des choses » (équiper de processeurs tout ce qui nous entoure et le relier par Internet).

    À quoi servent donc les hedge funds ?

    Madoff aurait-il été un nigaud? Il y avait plus rentable et moins dangereux que Ponzi ? Les honnêtes hedge funds auraient rapporté, en moyenne, 2% par an (moitié moins qu’un placement en obligations) à leurs investisseurs. Cependant, ils auraient spectaculairement enrichi leurs dirigeants, qui ont reçu « presque 100md$ de commissions entre 2008 et 2010 ».
    Investir dans des hedge funds donnera à quelques dirigeants chanceux l’occasion de profiter d’une retraite précoce sur leur yacht. Cela ne permettra pas aux fonds de pension [les investisseurs qui leur ont apporté leur argent] de réduire leur déficit. (Rich managers, poor clients)

    mardi 10 janvier 2012

    Changement en Espagne (suite)

    Décidément, les impôts sont de retour. Après l’Angleterre qui a rétabli une tranche à 50%, l’Espagne devient « un des pays d’Europe les plus imposés ».

    Pour le reste « L’Espagne risque d’entrer dans une spirale dans laquelle le serrage de vis fiscal affaiblit la croissance, et augmente la pression sur les finances publiques ». (Happy new year)

    De l’existence de l’intérêt général

    Le modèle de gouvernement des Lumières repose sur la notion « d’intérêt général ». Cet intérêt existe-t-il ? (Suite du billet précédent)

    L’extrapolation de mon expérience de l’entreprise me le fait croire.

    Lorsque l’on demande aux employés d’une entreprise ce qui ne va pas, on obtient une liste hétéroclite et un peu désespérée. D’où malaise. Mais si l’on arrive à formuler un projet (la solution n’est pas unique), qui semble répondre de manière satisfaisante aux problèmes de survie posés, il y a une sorte de « masse critique » d’adhésion. Ce projet me semble représenter, de manière indirecte, l'intérêt général, ou l'intérêt souverain de l'entreprise.

    Attention cependant : cette solution ne doit pas paraître injuste, elle ne doit être ressentie comme privilégiant certains au détriment d’autres.

    Ce raisonnement me semble pouvoir s'appliquer à une nation.

    Pour une 6ème République ?

    Si l’on confronte notre 5ème République avec les idées des Lumières, on obtient quelque chose de ridicule : un exécutif, qui donne des ordres au législatif.

    Comment fonctionnerait un système selon le goût des Lumières, au fait ?

    Le législatif (l’assemblée nationale) aurait pour mission de comprendre l’intérêt général, ou « bien souverain ». L’exécutif le mettrait ensuite en place.

    Cela demanderait un nouveau type de députés. Non seulement, ils ne devraient pas être à la botte du pouvoir ou d’un parti, comme aujourd’hui, mais ils ne devraient pas non plus être exclusivement des lobbyistes pour les intérêts particuliers de leurs électeurs. L’expression de l’intérêt général sortirait de leurs débats. Ce qui leur demanderait d’être des esprits supérieurs.
    L’intérêt commun, seule source de légitimité, s’exprime dans ce que Rousseau appelle la volonté générale. Celle-ci, à son tour, se traduit en lois.
    ( …) On accède aux lumières, non en se fiant à l’illumination d’un seul, mais en réunissant deux conditions : d’abord choisir des « hommes éclairés », c’est-à-dire des gens bien informés et capables de raisonner ; ensuite les conduire à chercher « la raison commune », en les mettant donc en situation de dialogue argumenté. (TODOROV, Tzvetan, L’esprit des Lumières, Le Livre de Poche, 2006)
    Compléments :
    • Le bug vient probablement de De Gaulle, qui estimait que seul le système monarchique, dans lequel le roi est susceptible de connaître l’intérêt général était adapté à la France. 

    lundi 9 janvier 2012

    Record pour Rolls Royce

    BBC ce matin. Rolls Royce a établi un record de ventes historique.

    Il y a la Chine, mais pas uniquement. Les ventes en Angleterre sont en hausse de 30%. Les riches auraient-ils une bonne crise ?  

    Curieusement, tout ceci est dit avec un fort accent allemand. Rolls appartient à BMW.

    Le journaliste de la BBC s’interroge : qu’est-ce qui fait que les entreprise anglaises (comme Jaguar et Rover) ne réussissent que lorsqu’elles appartiennent à des étrangers ? 

    Élections présidentielles : comment passer à l’offensive ?

    Drôles d’élections présidentielles. Les deux camps semblent enterrés dans leurs tranchées. On joue au mieux l’escarmouche.

    Pourquoi ne bougent-ils pas ? Peut-être parce que leurs idées ne sont pas les nôtres. D’un côté, il y a un libéralisme débridé, que nous croyons à l’origine de la crise ; de l’autre de nobles principes, effrayants d’irréalisme.

    Ce faisant, chacun court le risque d’être éliminé sans combattre, du fait d’un aléa malheureux. Comme M.Jospin en 2002. L’idéal du Viking, d’après le film de Kirk Douglas, était de mourir l’épée à la main. Peut-être est-ce mieux que de crever de remords ?

    Quelle forme pourrait prendre une offensive ? La logique de la politique est le Machiavélisme. Une tentative :
    • M.Hollande pourrait montrer que partout en Europe ceux qui pensent comme M.Sarkozy utilisent la crise pour faire plus de libéralisme, remède au manque de compétitivité de l’entreprise. Et si notre président n’attendait qu’une réélection pour laisser libre cours à ses passions ?
    • Quant à M.Sarkozy sa force est probablement son hyperactivité brownienne et la haine irrationnelle qu’il inspire au camp adverse. La danse de Saint Guy à laquelle il se livre naturellement rend fou. Or, la gauche n’est qu’individualisme et ses francs tireurs ne demandent qu’une occasion pour partir en Jihad.
    Compléments :
    • M.Sarkozy et sa taxe Tobin, probablement techniquement inapplicable, suivent-ils ces recommandations ? 

    Le changement vu par Bill GATES ou comment Microsoft micro sauve la planète!

    Après avoir proposé la révolution informatique, grâce à son système d’exploitation, et fait fortune, il semble que Bill GATES cherche à sauver le monde grâce à sa fondation, créée en 2000 (l’année du supposé grand bug !) (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Bill-et-Melinda-Gates). Le projet est terriblement séduisant :
    Apporter à la population mondiale des innovations en matière de santé et d’acquisition des connaissances
    Bill GATES aurait doté sa fondation de 95 % de sa fortune personnelle (environ 35 milliards de dollars). Ses dons annuels seraient supérieurs aux dépenses de l’OMS ! Bigre !

    Consacrer sa fortune pour éduquer et soigner est sans aucun doute, la plus noble et la plus louable des missions. Cependant, en janvier 2007, le Los Angeles Times, dans un article sévère, écorne sérieusement cette belle image.

    Le quotidien s’interroge alors sur les investissements du fond de la fondation, confiés à des financiers sans instruction autre que la diversification et la rémunération. L’efficacité semble irréprochable car la fondation aurait distribué plus de 10 milliards de dollars.

    L’enquête du Los Angeles Times relayée dernièrement par un documentaire sur France 2, pose la question de la nature de ces investissements qui paraissent bien incompatibles, voir en contradiction avec le but des actions menées. Ainsi les effets d’une campagne de vaccination dans le delta du NIGER ne sont-ils pas balayés par les agissements des compagnies pétrolières présentes, dont la fondation est actionnaire, qui dégraderaient quotidiennement l’écosystème des populations autochtones ?

    L’amalgame entre un soutien des OGM par la fondation et ses partenariats et investissements dans une entreprise sulfureuse comme MONSANTO, n’est-il pas insoutenable ?

    Pourquoi la fondation n’utilise-t-elle pas sa puissance financière pour faire évoluer le comportement des sociétés dans lesquelles elle investit ?

    A quoi bon vacciner des bambins contre la polyo s’ils doivent être ensuite victimes de la détérioration de leur écosystème ?

    Le projet de ladite fondation, qui paraissait si louable à première vue, finit par provoquer un certain malaise. L’objectif de la fondation ne serait-il pas finalement diabolique ? Rendre la population dépendante des monstres de l’agroalimentaire tout en les « microsoftant » ?

    Le projet paraîtrait ainsi bien huilé car aucune autorité ne serait en mesure, en capacité ou en droit de réguler les choix et les actions de la fondation.

    Que confirme-t il ?

    Les Etats ont bien renoncé à leur rôle de protecteur et de garant de la justice sociale, englués dans le remboursement de leur célèbre dette, ils laissent libres les plus riches de la planète, tout puissants, de s’approprier la solidarité et décider, seuls et pour tout le monde, comment l’organiser, bien à l’abri dans leur belle fondation.

    Choisir un président (1) / application : Barack Obama et le système politique américain

    Pour John Stuart Mill, Barack Obama n’est-il pas idéal ?
    • Il semble porté par la volonté d’unir l’Amérique, apparemment le rêve des pères fondateurs du pays (Amérique : l'esprit des lois). Pour le reste il est relativement pragmatique.
    • C’est quelqu’un qui a une capacité exceptionnelle à la décision. Contrairement à ce que disent les Républicains, il a les caractéristiques mêmes du chef de guerre : il pense vite et froidement.
    Cependant, il a aussi des défauts. On lui reproche d’avoir imposé sa réforme de la santé à contre-courant ; il a souvent un peu trop confiance en son jugement ; surtout, critique majeure, il manque de leadership (le leadership sera l’objet d’un prochain billet).

    Mais, par les temps qui courent, qui a une idée claire d’où aller ? Ne sommes-nous pas dans une phase de « dégel » de nos certitudes, et de recherche de nouvelles idées ?

    Alors, pas facile d’atteindre l’idéal de Mill ? Mais peut-être que M.Obama a besoin d’encore un peu de « mise au point » ?

    Pour finir, une note sur le système américain. Lui aussi n’est pas loin de l’idéal de John Stuart Mill. 

    Contrairement à nos politiques, qui sont des hommes d’appareil, la légitimité du candidat américain vient de son succès dans la « société civile ». Il a fait fortune, c’est un guerrier héroïque, un artiste connu, un intellectuel exceptionnel... dans tous les cas, un homme célèbre, qui a pris une dimension nationale.

    Cela donne-t-il à l’Amérique un avantage qui crève les yeux ? Pas réellement. Alors, le choix des « leaders » d’une nation est-il déterminant pour son succès ? Ou la société tend elle à compenser ses faiblesses ? 

    Choisir un président (1) : JS. Mill

    Comment voter ? Début d’une série de billets sur des théories qui traitent du sujet.

    Sont-elles décisives ? Je soupçonne que ce qu’elles ont d’utile n’est pas les solutions qu’elles nous apportent, mais les questions qu’elles nous posent. Pour cette raison les exercices d’application au cas de notre prochaine élection sont laissés au lecteur.

    Premier sur l’estrade : John Stuart Mill. Il donne des critères de sélection un peu surprenants.
    • Contrairement à ce que l’on tend à penser, il n’est pas essentiel que notre représentant partage nos valeurs. Du moins, en dehors des valeurs essentielles. Ce qu’il faut trouver c’est quelqu’un qui sache affronter un monde imprévisible, raisonner bien et prendre des décisions justes.
    • John Stuart Mill aimerait un système qui mette les personnalités exceptionnelles aux vus et aux sus de la nation, et qui permette de les choisir. Le bon représentant du peuple, selon lui, est celui qui ne veut pas être élu, qui n’est poussé que par l’intérêt de la nation. Bref, il ne semble pas très bien disposé vis-à-vis des partis politiques.
    Compléments :
    • Pour plus de détails sur la position de John Stuart Mill : Gouvernement représentatif.
    • Les médias sociaux d’Hervé Kabla sont-ils un moyen de faire connaître par la nation quelques personnalités exceptionnelles, de les faire échapper à l’emprise des partis politiques ?  

    dimanche 8 janvier 2012

    Froid polaire

    En matière de météo, le changement est une question de masses d’air qui se forment, luttent entre elles, et règnent quelques semaines ou quelques mois, sur un territoire donné. 

    Il semblerait qu’un anticyclone se forme sur le nord de l’Europe et puisse nous envahir bientôt. (Actualité Météo : L'hiver n'est pas fini : vers un mois de février froid ?)

    Iran USA : situation explosive ?

    J’entendais La rumeur du Monde de France culture dire, hier, que l’Amérique et l’Iran ont intérêt à la confrontation.L’argument me semblait celui-ci :

    Le Qatar et l’Arabie saoudite financeraient les partis sunnites, qui sont sortis vainqueurs du Printemps arabe. La Syrie vacillant, l’Iran commence à se trouver isolée, et aimerait se refaire en Iraq.

    Or, de même que les élections présidentielles poussent les partis politiques locaux à l’irresponsabilité, l’affrontement entre le président et le premier ministre iraniens leur fait désirer, eux aussi, quelque grand acte d'éclat, extérieur.

    Hongrie soviétique ?

    Des bruits inquiétants viennent de Hongrie. Les actes de son gouvernement ne sembleraient pas totalement déplacés en Russie, non ?

    Curieux. La Hongrie, partie de l’ancienne Autriche-Hongrie, n’est-elle pas supposée avoir un passé glorieux, raffiné et civilisé ?

    En fait, il semblerait qu’elle ait connu une histoire malheureuse et que jamais une bourgeoisie ou une classe moyenne bien vigoureuse n’ait pu s’y développer. (Orbán is the product of a fraught history | Presseurop) Régime dirigiste par nature ? D’ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait beaucoup de partis politiques dignes de ce nom : l’opposition socialiste aurait perdu toute crédibilité du fait de malversations passées.

    En tout cas, The Economist trouve la réaction de l'Europe bien molle. (To Viktor too many spoils)

    Nouvelle vague

    J’entendais l’autre jour Jean Rochefort parler avec émotion de l’impression que lui avait faite « A bout de souffle ». Renouvellement d’un cinéma qui n’avait plus rien à dire. Décidément, la nouvelle vague, qui me paraît terriblement ringarde, ridicule et datée, correspondait à quelque chose de vraiment important pour la jeune génération de l’époque.

    Qu’est-ce que je lui reproche, d’ailleurs ? Je la soupçonne d’avoir appauvri le cinéma en laissant croire aux réalisateurs qu’ils pouvaient laisser libre cours à leur génie, sans contrainte et sans travail.

    Curieusement, cette tendance n’a pas affecté les cinéastes de la nouvelle vague, en dehors de Godard. Des gens comme Truffaut ou Rohmer, par exemple, me semblent avoir produit une œuvre très classique. Peut-être ont-ils profité de la culture qu’ils avaient reçue, contre laquelle ils se sont révoltés, et qu’ils ont refusée à la génération suivante ?