mardi 21 février 2012

L’Amérique, pays de la réglementation

Aux antipodes de ce que l’on pense d’ordinaire, l’Amérique n’est pas une nation de laisser-faire. Tout y est réglementé dans ses plus petits détails. La moindre loi fait l’objet de centaines de pages d’explications, qu’il faut des éternités à remplir et qui la vide de son efficacité. L’Amérique crève de ses lois. (Over-regulated America)

Ce paradoxe m’a frappé, il y a longtemps, lorsque j’ai rencontré les ouvrages de management anglo-saxons. À l’image des travaux de Taylor, qui pensait dicter nos moindres gestes, ils sont d’une complexité infinie. Par contraste, les Japonais ramènent ces théories à leurs principes, à une idée qui s’exprime en quelques mots (c’est ce que mes livres appellent des « méthodologies ambulatoires »). Par exemple, le fondement du Lean manufacturing est la « chasse au gaspillage ».

Comment expliquer ces différences culturelles ? Un monde individualiste comme l’Amérique se méfie de la liberté et cherche à en encadrer toutes les actions ? Le Japon fait confiance au Japonais, qu’il sait membre de son équipe ?

Compléments :
  • On parlait déjà de ce phénomène intriguant il y a 30 ans : CROZIER, Michel, Le mal américain, Fayard, 1981.

L’Amérique, pays de la paralysie démocratique

Les USA déplorent l’anarchie européenne, alors que leur démocratie est paralysée. On demande aux élus de réduire les dettes du pays, seules les dépenses nouvelles font consensus !

Montesquieu disait que le principe des démocraties était « la vertu ». C’est-à-dire servir l’intérêt collectif plutôt que le sien (responsabilité sociétale moderne ?).

Et si, comme souvent, il existait deux équilibres. Celui, instable ?, de la vertu, et celui, plus stable ?, de l’irresponsabilité. Dans un pays où tout dépend du bon vouloir de chacun, il est facile de bloquer le système, et d’en retirer des bénéfices ?

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu'Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…
  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l'Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c'est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

lundi 20 février 2012

Changer, c'est imaginer le futur

Extraordinaire idée pour inaugurer le campus de l'EDHEC: faire plancher les élèves sur le futur des entreprises et de l'économie, direction 2035!


Une politique de rigueur peut-elle réussir ? Le cas de l'Irlande.

Alors que l’on manifeste beaucoup en Europe du sud contre une politique de rigueur, la France semble se désintéresser de la question. Est-ce judicieux ?

En tout cas, cette politique ne semble pas réussir à sa maison témoin, l'Irlande : son PIB continue de diminuer. En 4 ans, il s’est réduit d’¼. The Irish Success Story - NYTimes.com

Foxconn et les rapides changements de l’économie chinoise

La Chine se transformerait extrêmement rapidement. L’économie chinoise reposait jusque-là sur des entreprises gigantesques employant une main d’œuvre d’immigrés intérieurs travaillant beaucoup pour pas grand-chose, dans des conditions effroyables.

Pression internationale plus pénurie de volontaires font augmenter les salaires, arriver les robots et déplacer les entreprises vers les zones d’habitation. (Pressures Drive Change at China’s Electronics Giant Foxconn - NYTimes.com)

Les donneurs d’ordres occidentaux (Apple, Dell, etc.), qui emploient ces sous-traitants vont devoir augmenter leurs prix. Les consommateurs vont-ils en être contents ? se demande The New York Times.

Mais pourquoi augmenter les prix ? Apple, par exemple, a d’énormes marges, pourquoi ne pas les réduire ? Il peut aussi gagner en productivité. Et un concurrent chinois peut émerger. 

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia - LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

Comment choisir un président (7) : le hasard fait bien les choses

Depuis quelques semaines, je tente de trouver des règles scientifiques d'aide au choix d'un président. Mais peut-il y avoir une règle qui s'applique à cette question ? Ne peut-on pas penser que le système politique français trouve des moyens étonnamment ingénieux pour maintenir une forme d'indécidabilité ?

Il existe une théorie pour ce cas, où aucune règle sociale ne marche. Celle des économistes Tversky et Kahneman. Ils ont démontré que l’homme était irrationnel. Laissé à ses seuls moyens, hors règle sociale efficace, il tend à prendre des décisions erronées. D'où possible critère de choix :
  • S’il n’y a qu’une façon de se tromper, il est peut-être une bonne idée de faire le contraire de ce que l’on serait tenté de faire. (Cette recette convient très bien à mon sens de l’orientation.)
  • S’il y a plusieurs façons de se tromper, on peut faire appel au hasard. Encore faut-il déterminer entre quoi se joue le choix.

dimanche 19 février 2012

Après Merkel, Allègre : cabale contre Sarkozy ?

Le marketing, et la psychologie, affirment que l’on acquiert un peu de l’image de marque de celui avec qui l’on s’associe.

L’appui de Mme Merkel, puis de M.Allègre ne pourrait-il pas être embarrassant pour M.Sarkozy ?

N’y a-t-il plus que les gens en difficulté qui parient sur notre président ? « high risk, high reward », comme disent les Anglo-saxons ?

Compléments :

Disparition du constructeur automobile français ?

L’industrie automobile européenne est en grosse surcapacité (de près de 30%). Ce qui signifie qu’elle a des constructeurs en trop.

Une typologie des dits constructeurs :
  • Une sorte de haut de gamme représenté par les constructeurs allemands, et notamment VW, en fort développement.
  • Un bas de gamme dans une mauvaise passe :
    • Renault et Fiat, qui ont construit un groupe international qui compense leur faiblesse.
    • Opel, dont GM voudrait probablement se débarrasser.
    • PSA, petit, seul.
La question que ceci pose est : restera-t-il un savoir-faire de construction automobile en Europe du sud dans quelques années ?
  1. Les tâches d’assemblage semblent promises à la délocalisation.
  2. Quel sera l’avenir de marques comme Renault ou PSA (s’il parvient à construire un partenariat) au sein de groupes dont ils seront le chaînon le moins reluisant ? Celui d’Opel ?
Compléments :
  • Source : Too many cars, too few buyers. Remarque : une grande partie de la valeur de Renault et PSA vient de leurs participations (Nissan et Dacia pour le premier, Faurecia pour le second) ; Renault seul serait valorisé à – 7md€ (!).
  • Histoire de changement ? Globalisation étant le nom du changement ? Les Allemands ont réussi, PSA a raté et Renault y a perdu son âme ?

La fin du collège unique et la faillite de la raison

J’entends dire que le collège unique va disparaître. Curieux, cela se passe sans débat. Question de bon sens ? diraient MM.Wauquiez et Guéant ?

Pourtant, le collège unique est au centre des fameuses valeurs dont parle tant M.Sarkozy.

La forme de libéralisme qui est à l’origine de la France moderne repose sur un principe central. L’homme doué de raison sera un homme moral. Il pourra être laissé libre, puisqu’il saura ce qu’il est bien de faire. Par conséquent, il n’y a rien de plus important que de former la raison humaine.

Mais ce noble projet a un gros défaut : s’il tente de faire de nous des gens de pensée, il nous coupe systématiquement de l’action. D’autant plus que, depuis qu’elle est obsédée de rentabilité à court terme, l’entreprise ne veut plus nous former.

Avant de réformer quoi que ce soit, il serait donc judicieux de se demander ce que l’on veut faire, et d’essayer de comprendre les causes de la situation actuelle. Malheureusement, nos gouvernants ne semblent avoir appris ni à penser, ni à agir. Décidément l’Éducation nationale est une faillite.

Compléments :

L’économie française est-elle plus résistante qu’on ne le croit ?

Depuis pas mal de temps, je suis surpris d’entendre les gens qui m’entourent dire que leurs affaires ne se sont jamais aussi bien portées, mais que ça ne va pas durer.

J’en suis arrivé à me demander s’il n’y avait pas deux France : une qui va bien, et l’autre non.
  1. Il me semble que les affaires des multinationales sont plutôt fastes. Les pays émergents, l’Allemagne et les USA sont porteurs et compensent la méforme d’autres nations. (Les malheurs de PSA viendraient de ce que son marché de petites voitures est beaucoup en Europe du sud.) Du coup, tout ce qui est lié à ces sociétés profite de leur santé.
  2. Je soupçonne que les entreprises qui n’y ont pas accès (et leurs personnels) doivent souffrir : marché déprimé et difficulté à trouver des financements.
Mais ceci n’a rien de scientifique. 

samedi 18 février 2012

Nicolas Sarkozy aurait-il bien géré la France ?

La situation économique du pays est-elle relativement moins mauvaise que celle de nos partenaires ? Je vois passer plusieurs articles qui semblent le dire. (Par exemple : French Politics: France Clings to Growth)

Il est vrai qu’il y a une forme de consensus sur la nécessité des réformes lancées par M.Sarkozy (probablement à gauche et à droite), mais aussi sur le fait qu’il fut effroyablement brouillon dans leur mise en œuvre.

Mes livres affirment qu’aucun changement n’est définitivement raté, que l’important est de le lancer. Serait-ce le cas ici ? Le plus dur aurait-il été fait ? Suffirait-il maintenant de le faire marcher ?

Compléments :

L’entreprise suisse nettoie l’espace

Une société suisse a pour raison sociale le nettoyage des débris de satellites. (Short Sharp Science: Swiss 'janitor' satellite to sweep up space junk)

Nouvelle manifestation des avantages économiques que procurent les caractéristiques culturelles d’une nation ?

Au moins indirectement. Que j’aie écrit ce billet montre que jouer sur des stéréotypes permet d’amplifier, à faible coût, un message. 

Il est bon pour l’économie que les vieux travaillent

Il y aurait corrélation entre (faible) taux d’emploi des vieux et des jeunes. Le départ du vieux ne crée pas une place pour le jeune, mais affaiblit l’économie qui n’a plus les moyens de payer les jeunes. (Keep on trucking)

Est-ce pour autant qu’augmenter l’âge de la retraite est une panacée ?

Je n’en suis pas sûr. Tout l'art du changement est dans sa mise en oeuvre, pas dans de grandes mesures tonitruantes. L’entreprise, qui élimine les vieux (les « séniors » de plus de 45 ans) et n’est guère intéressée par les jeunes, doit aussi être aidée à réformer ses usages. Sans quoi nous aurons des classes de chômeurs à vie. 

vendredi 17 février 2012

Médias sociaux contre démocratie ?

La possible amitié entre Facebook et Nicolas Sarkozy pose une curieuse question : la démocratie est-elle compatible avec les médias sociaux ?

Aux USA, il est courant que les entreprises prennent parti pour le candidat qui sert leurs intérêts. Mais que se passerait-il si Facebook ou Google choisissaient un candidat ?

Le modèle économique des médias sociaux est l’utilisation de données personnelles pour favoriser la vente des produits de leurs entreprises clientes, ou, plus généralement, les intérêts financiers du propriétaire du média social. Les moyens pour ce faire ne sont pas directs, comme la prise de position d’un journal, mais essentiellement subliminaux.

Par exemple, pourquoi Google ne biaiserait-il pas le fonctionnement de ses algorithmes de recherche pour faire sortir en priorité ce qui est favorable à l’un ou embarrassant pour un autre ? 

Explosif Iran ?

Il n’y a pas que la situation intérieure de la Syrie qui soit compliquée. Il faut probablement lire les actes de l’Iran non comme l’expression d’une ligne directrice mais comme celle d’une forme de chaos. Leur motivation serait au moins autant interne qu’externe. Et ce d’autant plus qu’une élection se prépare.

Par exemple, alors que l’on dit qu’Israël attend une amélioration de la météo pour attaquer l’Iran, une telle attaque, qui souderait la population, serait peut-être favorable aux intérêts de l’Ayatollah Khamenei…

Par ailleurs, l’Iran se serait lancé dans une série d’attentats contre les intérêts israéliens dans le monde. Ce serait en représailles des assassinats par Israël de spécialistes iraniens du nucléaire.

Compléments :

Comment changer la société ?

Je lis The Economist depuis longtemps. Ce journal a la particularité d’encourager tout ce qui est favorable à l’économie et au libre échange. C’est ainsi qu’il y a quelques temps, il s’offusquait que M.Sarkozy ait dû faire ouvrir des magasins de luxe, pour que Mme Obama puisse faire des emplettes un dimanche.

Mais, le dimanche, dans notre tradition, jadis catholique, est le sabbat juif, un jour de repos, et surtout de recueillement. Comme Adam Smith, The Economist veut-il faire de nous des machines de production ?

En tout cas, The Economist a compris que tant que nous serons soucieux de rendre notre économie compétitive, nous construirions le Métropolis de ses rêves. The Economist ne parle pas à notre raison, il livre une guerre d’influence et d’idées.

Comment changer notre avenir ? Nier le pouvoir de l'économie et vouloir créer un paradis national est impossible : elle dirige le monde. Il n’y aura de changement que s’il y a accord international pour adopter de nouvelles règles. C’est probablement l’enjeu qui se cache derrière le développement durable, et la responsabilité sociétale de l’entreprise, et de l’individu. 

jeudi 16 février 2012

Nicolas Sarkozy ou l’art de la mise en œuvre du changement

le candidat Sarkozy avait promis, en 2007, de fusionner les deux principales administrations à réseaux de Bercy, la comptabilité publique et la direction générale des impôts, afin de gagner en efficience, et réaliser des économies. Cette réforme, en débat de longue date, mais jamais réalisée, a été menée au pas de charge, par des hauts fonctionnaires proches du président élu en 2007, comme si seul comptait l'affichage de sa réalisation. Dans les faits, les agents des impôts ont été littéralement achetés, les rémunérations des fonctionnaires des deux directions ayant été alignées par le haut, avec force primes. Du coup, la fusion des administrations n'a pas été gage d'économies mais de... dépenses supplémentaires. L'important était qu'elle soit faite, qu'elle puisse être annoncée. (le bilan de Sarkozy entre promesses non tenues et gestion de la crise - La Tribune)
Depuis qu’il est au pouvoir, M.Sarkozy est l’illustration caricaturale des erreurs fatales au changement. Je devrais me réjouir que la pratique vérifie aussi bien la théorie, et pourtant cela me déprime.

Espérons au moins que cet exemple servira à l’édification des générations futures… 

Aventures dans les neiges de l’autre bout du monde

Je n’aime pas les voyages (les changements, plus généralement), et pourtant je me suis retrouvé à Detroit, USA, le temps d’une réunion. J’ai vécu trois jours comme s’ils étaient deux. Et, j’ai eu droit au nec plus ultra du contrôle aéroportuaire, et même à un passage à Amsterdam.

Que dire de Detroit ? Temps doux. Juste un peu de neige.

Quand à son économie, elle serait probablement dans un bien piètre état, sans l’interventionnisme de B.Obama. De loin j’ai vu quelques maisons délabrées, mais les affaires paraissent redémarrer, aux dires, prudents, de mon taxi, victime d’un licenciement il y a deux ans.

En tout cas, les galeries marchandes y sont magnifiques et sans égal en France, même dans nos quartiers riches. Ces galeries seraient-elles des temples dédiés au Commerce ?

Quant au personnel des restaurants, hôtels et magasins il est fort démonstratif et « professionnel ». Je comprends, dans ces conditions, que l’Américain soit décontenancé par l’hostilité qu’il rencontre chez nos commerçants. J’ai aussi noté à quel point le serveur, taxi… se soucient de leur pourboire.

Finalement, et curieusement, si les autoroutes sont aussi rapides et anarchiques que les nôtres (on double souvent par la droite), les voitures paraissent petites, pour l’Amérique. Explication du chauffeur de taxi précédent : multiplication du prix de l’essence par 4. Du coup, Hyundai, qu’il dit pas solide mais pas cher et consommant peu, connaît un gros succès. Nécessité fait loi ?

Facebook vote Sarkozy ?

Contrairement à ce que je croyais, la campagne présidentielle française utiliserait mieux les (certains) médias sociaux que l’américaine. L’Express soupçonne même que Facebook aurait favorisé N.Sarkozi, en le faisant profiter de l’usage de nouvelles fonctionnalités (Facebook roule-t-il pour Sarkozy? - L'EXPRESS)

D’après l’article, N.Sarkozy a des amis bien placés dans le monde des médias sociaux. Mais l’usage du copinage, même habile, est-il acceptable en temps de présidentielle ? Un média aussi monopolistique que Facebook peut-il prendre parti ? Si non, cela ne pose-t-il, même aux USA, pas la question de l’indépendance de Facebook ? 

Existentialisme et expérience de l’absurde

Un précédent billet parle d’existentialisme et de nausée (ou d’absurde), l’expérience qui, par réaction, fait découvrir ce à quoi on croit, sans le savoir.  « L'engagement » c’est être fidèle à cette sorte de pacte.

J’imagine que cette philosophie d’après guerre résultait de ce que les résistants avaient connu un tel moment. J’imagine aussi que le petit Nicolas Sarkozy a découvert sa vocation de néoconservateur devant sa télévision, en 68.

Quant à moi, j’ai assisté au spectacle de 68, mais j’étais probablement trop jeune pour que des écervelés prétendant que la destruction était créatrice fassent de moi un défenseur des valeurs familiales.

J’ai été confronté à l’absurde plus tard, vers 14 ans, quand j’ai découvert que nous étions faits d’atomes, avec de grands vides au milieu. Contrairement à Épicure, je n’y ai rien trouvé de rassurant. Tout n’était-il pas illusion ?

Certes, mais la vie n’est pas possible si l’on ne fait pas comme si ce qu’elle dit était vrai. Mon « engagement », bien modeste, et ce blog, viennent peut-être de là. Je suis resté une sorte d’observateur, un peu extérieur, de la vie, qui cherche à en comprendre les règles ?

Mais cet engagement s’oppose aussi à l’individualisme anglo-saxon. Ce dernier va jusqu’à dire que nous sommes dirigés par des individus élémentaires, nos gènes. Pourquoi pas les atomes, quarks ou cordes ? Pour ma part, il me semble, avec quelques scientifiques, qu’il y a « émergence », que le groupement d’individus donne une sorte « d’être » nouveau, qui est différent de ses composants. Je pense aussi que les individus peuvent influencer l’être : l’homme peut changer la société.

mercredi 15 février 2012

Pourquoi le zèbre est-il rayé ?

Les rayures du zèbre le rendraient invisible aux mouches tsétsé et aux taons.

L’article se demande pourquoi d’autres ne l’ont pas imité. (Horse sense)

Peut-être parce que, alors, les mouches se seraient adaptées (ou auraient crevé) ?

Catholicisme contre protestantisme

Le riche (…) a reçu ses biens, et le pauvre ses maux dans cette vie (…) Écoutez riches et tremblez : et maintenant (…) l’un reçoit sa consolation, et l’autre son juste supplice. (Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le Tellier)
Étonnante différence de traitement de la vie terrestre par le catholicisme et le protestantisme.

Pour le premier elle est une succession de calamités, pour l’autre l’élu est désigné de son vivant. Curieux que l’humanité ait pu accepter si longtemps une vision catholique aussi « absurde » (au sens existentialiste du terme) de l’existence.

En fait, le catholicisme a peut-être un atout déterminant : il contente de son sort une masse d’opprimés. Les puissants s’en tirent à bon compte : un rien de contrition, et un brin de charité peuvent laisser espérer le paradis.

Et si c'était ce qui lui a été fatal ? En se prêtant à l’exploitation du peuple, il poussait les classes dirigeantes à la paresse ? Ce qui a dû sembler inacceptable au bourgeois entreprenant et riche ? D’où les révolutions anglaises et françaises et l’émergence du protestantisme et de la laïcité, deux formes de protection de l’individu des empiètements d’une oppression totalitaire ?

Versailles au crépuscule, les oraisons funèbres de Bossuet

Bossuet, les oraisons funèbres, Édition de Jacques Truchet, Folio classique, 1998.

Pourquoi lire les oraisons funèbres ? Je pensais y trouver des histoires de vies. C’est raté.

L’existence du défunt n’y est évoquée que par ellipses. Reste une tentative de leçon de morale. Bossuet fait une sorte de « psychanalyse existentielle » du mort, afin d’y trouver une expérience qui définisse cette vie, afin de l’utiliser pour édifier la plus haute société de son temps.

Bossuet lutte contre les esprits forts, les libertins sans cesse plus nombreux. Il célèbre des combats d'arrière-garde victorieux : les conversions de dernière minute de quelques hauts personnages, effrayés par la mort, après une vie dissolue. Mais le combat est perdu, car il a accepté, inconsciemment, les règles du jeu de ses ennemis : il raisonne. Et il raisonne curieusement : quoi qu’il soit arrivé au mort, triomphe ou drame, il faut y voir la main de Dieu. Ce qui semble l’amener à justifier tout et son contraire.

Ces oraisons sont-elles celles de l’Ancien régime ?

mardi 14 février 2012

Du néoconservateur et de la dialectique de Hegel

Le néoconservateur (cf. Neocon) rejette le relativisme de gauche, en affirmant qu’il existe des civilisations supérieures (la sienne).

Bizarrement, Kant et les Lumières semblent avoir donné une solution à cette question il y a deux siècles : le fédéralisme. Le monde doit être construit sur des cultures différentes, qui se stimulent mutuellement, du fait de leur différence. (Kant parle de « paix armée ».)

Et les USA montrent comment des religions naturellement en conflit peuvent cohabiter sans s’affronter. Le tout est de penser que l’union vaut mieux que la guerre, et que, pour le reste, il y a toujours un moyen de s’arranger.

Curieuse illustration de la dialectique de Hegel : thèse (relativisme), antithèse (supériorité des civilisations), synthèse (fédéralisme, il faut de tout pour faire un monde).

Compléments :

Réforme des taxis et libéralisme

Comme évaluer la virilité d’un économiste libéral ? À sa volonté de déréglementer la profession de taxi.

Son argumentation ressortit au simple bon sens, dirait M.Guéant. Les taxis sont des « rentiers ». Si on leur imposait une concurrence parfaite, on aurait une création immédiate d’emplois peu qualifiés, et un transport facilité. Simple question de courage, dirait M.Sarkozy.

Pas si sûr. The Economist explique que la déréglementation des taxis pose des problèmes de mise en œuvre extrêmement complexes. En fait, la réglementation actuelle résulte avant tout de tentatives successives de corriger les excès d’un marché libre. (A fare fight)

En outre, si je ne prends pas le taxi, c’est qu’il est généralement plus lent que les transports en commun. J’imagine qu’une réforme des taxis devrait aussi s’accompagner d’une modification de l’infrastructure routière.

Dans ces conditions, pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’économiste libéral n’aime pas voyager en transports en commun ? 

L'ordinateur a ses crises boursières

On soupçonne de plus en plus les ordinateurs d’être capables de créer des crises boursières.

On aurait trouvé un moyen de les prévenir. Il y aurait des signes avant-coureurs : certains cours d'actions connaîtraient des pics brutaux, ou « fractures ». Leur multiplication amènerait le système que forme l’ensemble des ordinateurs financiers, en quelque sorte, à entrer en résonnance.

Curieux comme les machines ont une forme de vie propre qui échappe à notre raison. Au départ de l’informatisation des échanges financiers il y avait l’idée qu’on ne pourrait que s’en trouver mieux. Aujourd’hui, on constate que la créature a échappé à son maître ?

Compléments :

Existentialisme et raison

Je trouve inconfortable que l’existentialiste démontre par la raison qu’elle est inutile.

Pourtant, je rencontre souvent cette situation. Définir la stratégie d’une entreprise n’est pas résoudre une équation, mais c’est une sorte de coup de génie qui fait apercevoir une idée à la fois désirable et qui paraît résoudre toutes les questions en cours.

Cependant, « l’acte de foi » des existentialistes m’inquiète. Il me semble que les drames de ces derniers siècles viennent des conséquences imprévues de tels actes de foi.

Même si l’on ne sait pas d’où vient la solution, on doit raisonnablement savoir comment y parvenir.  

lundi 13 février 2012

Syrie : un détonateur ?

Deux mouvements opposés face au conflit syrien font peser des menaces qui vont au-delà, me semble-t-il, des frontières syriennes.

D'une part, l'Arabie saoudite, tout comme Al-Qaida, lancent des appels aux musulmans sunnites pour soutenir ou intervenir en faveur de leurs frères syriens. Cette alliance objective d'un régime politique et d'un mouvement né pour le combattre peut déjà surprendre. Elle s'explique par un réflexe communautaire : les quartiers sunnites de Homs se trouvent sous le bombardement d'un gouvernement (et d'une armée) dominé par les Alaouites, apparentés aux Chiites. Lesquels sont soutenus par l'axe chiite constitué par l'Iran, le Hezbollah au Liban et, en moindre mesure, le gouvernement chiite irakien.

D'autre part, la Russie et la Chine continuent de défendre la dictature syrienne - comme tant d'autres dans le monde - peut-être moins par intérêt que pour éviter un précédent qui auraient des résonances intérieures, surtout en Russie. A l'opposé, l'Occident est tenté par un nouveau schéma à la libyenne. Certains pays arabes, notamment ceux qui viennent d'effectuer leur révolution (vers plus de démocratie ?) condamnent de plus en plus fermement la répression en Syrie. La ligne de fracture, ici, se situe entre la pérennisation de régimes autoritaires ou dictatoriaux et le pouvoir au peuple dans un Etat de droit.

Pourtant, si la situation était aussi simple, on pourrait (?) espérer une solution négociée. Il semble malheureusement que le problème est beaucoup plus complexe, pour deux raisons essentielles.

Première raison : la Syrie est un pays lui-même complexe, dominé en nombre par des Arabes sunnites (environ les trois quarts de la population) mais vivant aux côtés de plusieurs minorités ethniques ou ethnico-religieuses (communautés chiites ismaéliennes dont les Alouites, Kurdes, Turkmènes, Druzes, Assyriens et Arméniens notamment). Ces minorités sont des minorités très significatives voire des majorités à l'échelle de certaines régions syriennes.

Deuxième raison : la nature et les intérêts des pays de la région sont très divers. Pour résumer à très grands traits, les monarchies du golfe souhaitent essentiellement protéger les sunnites et contrer l'Iran et son axe chiite. Certaines d'entre elles, notamment l'Arabie saoudite autour de ses régions pétrolières, ont toutefois de fortes minorités chiites (même une majorité dans le cas de Bahrain). Les gouvernements issus du printemps arabe veulent démontrer qu'ils peuvent promouvoir une forme localisée de démocratie, compatible avec l'islam et indépendante de l'Occident. La Turquie (sunnite) tente, elle, de promouvoir son propre régime, d'affirmer sa puissance régionale, de contrôler les velléités des Kurdes syriens...

Les dynamiques politiques à l'oeuvre, à l'intérieur ET à l'extérieur, me font penser au cas libanais. C'est-à-dire à un nouveau détonateur d'un chaos régional. L'importance et l'enchevêtrement des enjeux peut soit bloquer le changement de régime entraînant une crispation internationale durable, soit à l'inverse provoquer un changement si fort qu'il débordera de manière incontrôlable hors de Syrie.

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

Souffrances du banquier

Il y a peu on m’a parlé de la Société Générale et de la BNP. On y serait déboussolé. Leurs employés considéraient l’existence comme une croissance sans fin, justifiant des salaires extraterrestres. Confrontés à une activité qui se contracte, ils sont désemparés. Rien de ce qui semblait jusque-là faire leur succès ne paraît fonctionner.

On découvre que la banque a créé une curieuse culture :
" Dans ce milieu, l'argent, c'est la seule reconnaissance, souligne Vincent. Sans bonus, on n'est plus rien. "
" Il n'y a aucune logique sociale ni éthique, confirme le psychiatre Michel Debout. De l'extérieur, ils sont si étrangers à nos préoccupations qu'on a du mal à imaginer qu'ils soient en état de souffrance. Quand on parle de bulle financière, il s'agit aussi d'une bulle qui les sépare du reste de la société. " Les banquiers se cachent pour pleurer - M Magazine
Le pire peut-être dans cette culture, est qu’elle pose l’individualisme comme principe. Aujourd’hui les héros de la finance doivent affronter, seuls, un sort qui les écrase. L'individu ne défie jamais impunément la société ?
" Ils sont de moins en moins nombreux et ont toujours autant de travail, explique Michael Sinclair, psychologue dans une clinique à la City de Londres. Je vois de plus en plus d'employés en dépression, et même des grands patrons. Cet environnement est tellement compétitif qu'ils n'ont pas le droit de montrer le moindre signe d'abattement. Au contraire, ils font la course au "présentéisme". Ils donnent leur vie à leur travail, ça fait partie du deal. Sauf que, maintenant, ils n'ont plus les mêmes garanties, notamment financières. " 

Le top model est surdiplômé

Fini, le top model venu du caniveau. Il serait maintenant surdiplômé. Quant aux mannequinat ordinaire, il serait envahi par un prolétariat international soumis à une concurrence parfaite. (The beauty business)

Le monde des défilés de mode est-il à l’image des transformations de notre société ? Les meilleures positions vont aux héritiers, pour les autres, on fait jouer l’offre et la demande, et les pays émergents, pour en réduire le coût ?

Choisir un président (6) : pratiques anglaises

À côté des théories de mes précédents billets, il y a la pratique. En particulier, celle de l’Angleterre, qui est probablement la plus ancienne démocratie de l’ère moderne. Que ferait l’Angleterre si elle devait choisir notre président ?

Dès le Moyen-âge l’Angleterre semble s’être organisée sur le modèle grec, qu’elle conserve aujourd’hui : 
  • une classe dominante assez égalitaire, ouverte à l’ascenseur social du succès, mais protégée de la dislocation par un système d’héritage contraignant ; 
  • une classe de sous-hommes.
Au 17ème siècle l’élite s’est débarrassée de son roi (devenu, depuis, décoratif) et a adopté un régime parlementaire.

Une des caractéristiques frappantes de ce régime est son mode d’alternance. Depuis l’origine, le parti qui remporte une guerre est remplacé par son opposition. L’Anglais pense-t-il que chaque parti a une spécialité, et que cette spécialité correspond à un type de circonstances donné ? Change-t-on de parti parce qu’il ne peut changer de politique sans perdre la face ?...

Qu’en est-il dans notre cas ? Il est possible que nous voulions à la fois un gouvernement qui puisse rétablir des valeurs de plus grande solidarité, mais aussi qui fasse preuve de détermination et de pragmatisme dans la gestion de la crise.

Compléments :
  • Sur le Moyen-âge : Marc Bloch et Roland Marx.
  • Sur le 17ème siècle : COWARD, Barry, The Stuart Age: England, 1603-1714, Longman, 2011.

dimanche 12 février 2012

Connaissez-vous Change?

Un petit article iconoclaste sur ce blog, pour parler de R&B et de soul music (bien à propos pour la disparition de Whitney Houston). Connaissez-vous le groupe "Change"?
Miracles / Change of Heart

Où va la Syrie ?

Comment les troubles syriens vont-ils finir ?

D’un côté, il y a un peuple résolu, qui n’a pas peur du martyr, de l’autre un président jeune et appuyé par une armée dévouée. Chacun à ses alliés, les nations sunnites pour les uns, l’Iran et la Russie, pour les autres.

L’Occident et Israël ne seraient-ils pas au milieu ? La situation actuelle ne leur serait-elle pas favorable ? Un allié de l’Iran est paralysé, sa défaite mettrait Israël en face d’une union sunnite… Cela explique-t-il notre manque d’empressement à faire cesser l’affaire ?

Compléments :

Changement et systémique : comment rater l’acquisition d’une société ?

À l’époque où les entreprises commençaient à licencier leurs surdiplômés, j’en ai rencontré beaucoup qui pensaient qu’il suffisait d’acheter une entreprise pour retrouver un salaire. (Les autres devenaient coachs ou consultants.)

Ce qui m’a frappé, c’est qu’ils considéraient cet achat comme devant leur apporter une sorte de rente.

En fait, une entreprise, particulièrement en France, est l’extension de son patron. Plus de patron, plus d’âme. Bref, reprendre une entreprise c’est avant tout la réinventer, comme je le dis dans un article. Mais, ce qu’il n’explique pas assez, c’est que cela demande une increvable énergie : non seulement il faut être porté par un projet, mais en plus on doit remodeler un tissu social de pisse-vinaigres en deuil de leur Dieu.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.
  • Je n’aborde pas ici, la question classique de l’échec des fusions-acquisitions. L'erreur systémique est la même : les concevoir comme des problèmes exclusivement financiers, alors que toute la valeur de l’entreprise est dans son capital social. 

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

samedi 11 février 2012

Antoine de Saint-Exupéry précurseur de la RSE

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« Le plus beau métier est d’unir les hommes »

On le sait « Saint-Ex » était visionnaire et homme de bon sens. Une bonne partie de son œuvre porte sur la nature des relations humaines et les qualités de ceux qui les rendent durables.

En 2008, j’ai probablement participé à une des expertises les plus enrichissantes depuis quinze ans de métier, qui illustre si bien cette citation.

En mars de cette année-là, lors du chargement d’un navire, la rupture d’une canalisation laisse échapper plus de 500 tonnes de pétrole brut dans l’estuaire de la LOIRE, à DONGES. La configuration des installations, les marées, l’écosystème, vont provoquer une dispersion de ce pétrole jusqu’à l’ile de Ré et la plage de La Baule, mettre à pied les pêcheurs de l’estuaire, menacer les agriculteurs et mettre en péril la saison touristique qui s’ouvre. Le désastre paraît immense et l’abattement est profond.

3 mois plus tard, l’intégrité de l’écosystème sensible de ce milieu humide a été préservée, la pollution absorbée. Les professionnels de la pêche ont été indemnisés, leur business est préservé. L’image de cette magnifique région n’a pas été dégradée et des projets de développement maîtrisé qui sommeillaient, ont été dynamisés.

Comme un symbole, la raffinerie à l’origine de la pollution, sera la seule épargnée, en France, lors de la grève très dure de cette période. Son image locale, pourtant si noire (pétrole) après l’ERIKA, sera même redorée. L’absence de « judiciarisation » du dossier complète le tableau.

Un miracle ! Certainement pas !

Ce sont simplement les hommes qui se sont réunis et unis pour que chacun joue son rôle sociétal et assume sa part.

L’immense désordre (Tohu) provoqué par cette pollution, a fait place à un ordre supérieur (Bohu).

Les responsables de la raffinerie ont assumé leur responsabilité de pollueur involontaire, et ouvert le dialogue franc avec les parties prenantes : la sécurité civile et les autorités, les associations de pêcheurs, d’agriculteurs et de professionnels du tourisme, les collectivités locales, les associations, les assureurs…
  • La nature a pu retrouver son équilibre, et au-delà, ce milieu humide si sensible et si essentiel, bénéficie de nouveaux projets de préservation.
  • L’économie des secteurs qui vivent de ce milieu a été préservée et pérennisée.
  • Les hommes qui n’étaient pas supposés se rencontrer ont pu se réunir et comprendre l’étroite et totale interdépendance qui les lie, et surtout, que derrière chaque entité froide : une raffinerie, le business de la pêche, les collectivités… il y a, avant tout, des hommes et des femmes avec des besoins communs et une dépendance à la nature nourricière.
La crise s’est donc transformée en prise de conscience et en formidables opportunités.

Et j’ose croire que les experts qui ont participé à cette formidable aventure humaine ont été comme la très – trop - discrète abeille qui vole de fleur en fleur, et sans qui beaucoup d’espèces végétales ne pourraient se développer durablement.

Compléments :

Obama, révolutionnaire des médias sociaux

Quelle différence entre M.Obama et nos hommes politiques. Alors que ces derniers ne savent probablement pas ce qu’est un ordinateur, M.Obama donne aux dernières innovations le premier rôle dans son plan de réélection. (Boffins wanted)

Il précède même les entreprises dans les nouveaux usages des réseaux sociaux. Il emploie des techniques d’analyse de données révolutionnaires pour savoir qui vote quoi, quel message est le plus efficace, comment déclencher des épidémies sociales, et, plus généralement, comment utiliser au mieux ses fonds de campagne pour manipuler les esprits.

Changement et systémique : comment rater le déploiement d’un progiciel de gestion ?

Dans un de mes livres je cite un rapport d’Accenture qui estime le taux de succès des « grands projets informatiques » à moins de 20%.

Il y a une dizaine d’année, j’ai mené une étude sur le sujet. On peut la résumer par ce que m’a dit un éditeur de logiciel : ces projets échouent parce que le dirigeant pense faire « un achat industriel ». Il veut de la productivité clé en main, et pour cela, il croit acheter une machine.

Un article d’Harvard Business Review, que je citais aussi, disait la même chose : l’échec des logiciels de gestion de la relation client (CRM) vient de ce que l’on a confié « la relation client à la direction informatique ».

Où est le bug ? On croit ces projets techniques. On les confie à des techniciens. Parfois des informaticiens juniors, bien plus souvent des consultants en stratégie juniors (un avatar des missionnaires de nos colonies). Ils ont des marteaux et voient des clous partout. Or, la mise en oeuvre du changement est à inventer. Il doit être pris en main par ceux qui ont le pouvoir réel, celui de l'action concrète, afin qu'ils lui donnent une expression qui correspond à l'infinité de questions techniques qu'il faut résoudre pour transformer l'édifice.

Pour qu’un projet réussisse il doit être mené par des donneurs d’aide.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.

L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).

Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l'individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C'est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).

Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…

L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.

Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.

Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir. 

vendredi 10 février 2012

Sarkozy divise ?

Un universitaire américain juge que M.Sarkozy adopte les thèmes de la droite américaine.

Alors qu’il se donnait une apparence respectable, jusque-là, M.Sarkozy vient, de manière surprenante, de prendre une ligne identique à celle des (maintenant discrédités) néoconservateurs américains. Supériorité de notre civilisation, démontrée par le « bon sens », attaque contre les parasites (chômeurs, immigrés, pauvres…), les plaies de la société, qu’il s’agit de « punir »…

Dans le film La conquête le personnage de Jacques Chirac disait au personnage de Nicolas Sarkozy qu’il ne pourrait pas être élu parce qu’il « divisait ». Notre président en est-il revenu à sa nature ? A-t-il décidé de disparaître dans un feu d’artifice final ?

Compléments :

Réforme de la formation des enseignants, changement raté

La caractéristique majeure de Nicolas Sarkozy serait-elle son incapacité à mettre en œuvre le changement ?

Voici, semble-t-il, un nouvel exemple. Une réforme qui paraissait avoir une juste cause et qui aurait abouti à l’opposé des ses intentions.
Au total, les magistrats de la rue Cambon estiment que cette réforme "n'atteint pas les objectifs" qui lui étaient fixés. Elle "ne garantit pas" - c'est un euphémisme - une meilleure formation au métier d'enseignant, permettant notamment de mieux gérer l'hétérogénéité des élèves. Elle paraît déconnectée de l'objectif fixé par la loi d'orientation de 2005 de mise en place d'un socle commun de connaissance que tout jeune devrait maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire. Enfin, elle a asséché, de façon "préoccupante", le vivier de recrutement des enseignants et, par conséquent, le niveau de sélectivité des concours. (L'échec cinglant de la formation des enseignants - LeMonde.fr)
Compléments :
  • Les réformes ratées du président Sarkozy
  • Et maintenant, il parle d’imposer des formations aux chômeurs, alors que le dispositif de requalification des chercheurs d’emploi est gravement dysfonctionnel. Notre président confondrait-il la parole et l’action ? 

Changement et systémique : pourquoi la RSE est-elle un bide ?

Qu’évoque « Responsabilité sociétale des entreprises », pour nous ? Des activistes et des escrocs ? Les premiers ne parlent que d’empreinte carbone et de droits de la femme. L’économie et l’entreprise sont l’incarnation du mal ? Les seconds, souvent des multinationales de l’énergie, ont pour saint et modèle Enron, le pionnier de toutes les chartes d’éthique ?

Jamais la RSE ne donnera quoi que ce soit dans ces conditions. Si le changement rate, c’est parce que nous nous sommes enfermés dans un système vicié.

Car ce qui n’est pas durable, c’est, avant tout, les relations humaines. Nous sommes prisonniers de leur principe implicite : le conflit. Or, de même que notre écosystème ne peut se passer d’abeilles, l’écologiste a besoin de l’entreprise, et les services achats de sous-traitants.

La bonne façon d’aborder la RSE est de chercher à utiliser notre écosystème humain pour façonner un avenir plein de promesses pour les fortes équipes. Ne serait-ce que parce que cet avenir ne pardonne pas aux petits hargneux solitaires.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.

Souffrance au travail et administration

Ces dernières années j’ai mené des missions dans des secteurs inconnus jusque-là : l’économie sociale et l’administration. J’y ai découvert que l’on pouvait bien plus y parler de « souffrance au travail » que dans le privé. Pourquoi ? Une analyse, qui n’a rien de scientifique :
  • J’ai rencontré pour la première fois cette souffrance il y a un quart de siècle. La société était riche, internationale, en développement explosif, peuplée d’ingénieurs bien payés, et « licenciement » n’appartenait pas à son vocabulaire. J’en ai déduit que la souffrance est essentiellement une question de relations humaines. Il y aurait incompatibilité entre ce qu’exige l’entreprise moderne et le comportement traditionnel du Français (hérité de l’Ancien régime ?).
Mais je crois que, progressivement, l’homme et l’entreprise s’adaptent. L’économie sociale et l’administration sont moins avancées dans cet apprentissage, et pourraient présenter des facteurs aggravants.
  • L’économie sociale : totalitarisme. Elle est peuplée de « militants », porteurs d’une mission quasi divine. Facile, alors, de voir le mal partout. D’où violents conflits personnels. Et désillusions.
  • L’administration : emploi à vie et mauvaise conscience. L’administration manque des méthodes qui permettent à l’entreprise de gagner en productivité. Mais chacun pense que ses dysfonctionnements viennent des individus, supérieur incompétent ou subalterne tir au flanc. On croit qu'il faut les mettre au travail. On veut transformer l’efficacité de l’ensemble par la force, ce qui est impossible. D'où injonction paradoxale faite d'incapacité d'atteindre des objectifs inaccessibles et de conviction d'être inrecasable dans un privé diabolisé.

jeudi 9 février 2012

blogAngels, présidentielle, candidats et réseaux sociaux

Candidats à la présidentielle socialement actifs : blogAngels démarre une série d’études de leurs pratiques digitales.  

Premier acte : Hervé Morin. Pas loin du zéro absolu. Pourtant ayant aussi peu d’intentions de vote, n’aurait-il pas tout intérêt à se faire connaître ?

Attendons les prochaines analyses, mais il semble déjà que nos candidats sont peu à l’aise avec les médias sociaux. Marine Le Pen s’en tire, curieusement, (relativement) le mieux.

Barack Obama a fait des médias sociaux le moteur de son élection. Il vient même d’adopter Instagram, une innovation. Pourquoi n’en est-il pas ainsi des candidats français ? Les médias sociaux n’ont aucun impact en France ? Nos politiques n’ont pas compris ce qu’ils pouvaient en tirer ? Ils ont hérité leurs usages de l’Ancien régime, et sont incapables d’en changer ? 

L’A380 perd ses ailes ?

Les ailes de l’A380 se fissurent. (BBC News - Airbus to inspect all A380 superjumbos for wing cracks) Hier ses moteurs prenaient feu...

De la difficulté de mettre au point une innovation ? 

Changement et systémique : comment rater un changement ?

J’ai parlé des classiques travaux de P.Kotter sur le changement dans le billet précédent. J’ai un reproche à lui faire.

Il n’a pas lu la systémique. Celle-ci explique que ce qui fait rater le changement est qu’il est de « premier ordre », c'est-à-dire que celui qui le mène s'enferme dans un cercle vicieux. « Le problème est la solution ». Pour réussir, il faut changer le système, c'est-à-dire refuser ses règles. Changement de deuxième ordre.

Pour moi, le « leader » est un homme du deuxième ordre. Il échappe à la pensée unique. Du coup, contrairement à ce que dit P.Kotter, le changement ne prend pas des années, il est extrêmement rapide (du moins en ce qui concerne son mouvement décisif).

Va suivre une série d’illustrations, tirées de bides fameux :

Leading change de John Kotter

Je parle souvent de J.Kotter et de ce qu’il appelle leadership, mais ce blog n’a jamais dit grand-chose de ses travaux. Voici les 8 étapes du changement, selon lui et ma version de Leading change, qui est fort ancienne :
  1. Créer un sentiment d’urgence. Pour mettre les personnes concernées en marche, il faut qu’elles soient convaincues de l’importance des mesures proposées, en quelque sorte qu’il s’agit d’une question de « survie »
  2. Créer une coalition. L’union faisant la force, il faut commencer par convaincre des responsables clés : leaders, mais aussi organisateurs qui consolideront les premiers succès en des processus durables.
  3. Définir une « vision ». Il s’agit de définir l’objectif poursuivi sous la forme d’un message court et marquant, facilement appréhendé.
  4. Communiquer. Le message doit être répété inlassablement (mais adroitement) et être illustré par le comportement des dirigeants.
  5. Donner aux employés les moyens de faire bouger les choses. Cela afin qu’ils éliminent les obstacles qui pourraient faire qu’ils se découragent et attribuent leur échec aux nouvelles idées.
  6. Gagner des petites victoires rapides. Elles donnent envie de croire au changement.
  7. Consolider les gains. Le processus doit se traduire dans un changement des attitudes, or il est coutumier qu’une fois les premiers succès passés, les équipes reviennent à leurs anciens usages. 
  8. Ancrer le changement dans la culture de la société. Il doit s’appuyer sur des caractéristiques clés de cette culture (qu’il réoriente), à terme il doit « entrer dans les réflexes ».

mercredi 8 février 2012

Hollande, Kroutchev français ?

François Hollande ne veut pas signer le traité de discipline européenne (Traité européen : comment Hollande veut renégocier - LeMonde.fr). Il veut y inclure des mesures de stimulation de l’économie.

Cela ne semble pas idiot (mais le succès est dans la mise en œuvre) :
  • Les économistes apparemment les plus orthodoxes répètent, avec l’énergie du désespoir, que l’Europe va crever de sa rigueur, il faut relancer sa croissance.
  • Le commissaire Barnier explique que le marché unique a des bénéfices que nous n’arrivons pas à exploiter faute de nous en être donné les moyens.
  • Mon expérience me montre que l’on peut d’autant mieux réformer radicalement une entreprise qu’on lui promet un avenir stimulant. (Ce n’est pas ce que fait aujourd’hui le FMI en Grèce et ailleurs, qui semble plus soucieux de protéger les organismes financiers que le petit peuple.) Un argument qui devrait plaire à Mme Merkel.
Mais, surtout, M.Hollande, que l’on disait faible, tient tête à Mme Merkel. Et ce, fermement, mais poliment, et avec des raisons respectables. Pourquoi M.Sarkozy ne l'a-t-il pas fait, alors ? Serait-il un peu Flamby ?

Et si vous changiez votre manière de communiquer sur Internet?

Les médias sociaux sont la grande révolution de ces dernières années. Ils ont fondamentalement modifié notre manière de communiquer, dialoguer, échanger sur Internet. Cette révolution touche aussi bien les organisations (administrations, associations, entreprises) que les particuliers.

Au sein de Media Aces, nous organisons tous les 3 mois des conférences pour anticiper les changements induits par l'utilisation des médias sociaux en entreprise. La prochaine conférence a lieu le 6 mars prochain à l'ESG - Ecole de Management, av Philippe Auguste, Paris 11e. Avec des témoignages de CEGOS, HOURA.FR, de la CCI de MONTPELLIER et de MYSCIENCEWORK.

Prix des places 30€, inscription en ligne.

Attaque des micropoussières

Je suis abonné à un service d’Airparif, qui m’avertit des pollutions du moment. Bilan 2011.
  • 14 alertes poussières de moins de 10 microns, pendant les mois d’hiver (fin novembre à fin mars). 
  • 2 jours ozone, 
  • un jour dioxyde d’azote.
Qu’en penser ? Les poussières semblent liées au cancer du poumon, est-il temps d'utiliser les masques des Japonais ? 

Les pauvres n’ont pas de valeur

Intéressante thèse : l’élite américaine devrait transmettre ses valeurs aux pauvres. Leurs malheurs, divorce, délinquance… cesseraient. (Lexington: The classes drift apart | The Economist)

Pour ma part, je me demande si le comportement des riches et des pauvres n’est pas lié, avant tout, à leurs conditions d’existence.

La France et le changement

J'ai constaté que si l’on donne la liberté à un groupe de Français (étudiants, employés…) de faire quelque chose, rien ne bouge. Même si cela correspondait à une de ses aspirations. Mais si on lui donne un ordre (exercice noté pour les étudiants), il s’exécute. Généralement, il protestera vigoureusement. Un peu comme la CGT qui ne signe jamais aucun accord, mais qui ne fait rien contre.

Contrairement à l’Américain, le Français semble être heureux dans le statu quo. Il n’a aucune ambition à la grandeur. Il ne veut pas changer.

La France change pourtant. Pour cela, mais selon des directives. Et le Français se cache sa passivité en prétendant qu’il s’est fait brutaliser, et en masquant son adhésion de fait par sa mauvaise humeur.

Il est cependant possible qu'il y ait d’autres types de changement, emmenés par de grands mouvements d’enthousiasme, comme ce fut peut-être le cas durant les guerres révolutionnaires, ou pour les Français libres de la dernière guerre.

Compléments :
  • Faut-il voir dans ces constatations une redécouverte des idées de Marc Bloch, qui dit qu'au fondement de la culture française est la résistance de ses classes paysannes au bon plaisir de la noblesse féodale ?

mardi 7 février 2012

Quand le développement durable "ringardise" des principes indiscutables!

Les assureurs ont un principe : "la remise en état à l'identique" lors d'un sinistre. Le principe est d'éviter un enrichissement après un dommage subi. C'est interdit par l'article L 121 du code des assurances. Ce principe n'est il pas aujourd'hui totalement inadapté à notre société et ses besoins d'évolution?

Ce principe valait pour la seule dimension économique des choses mais le développement durable est passé par là. La société a changé. Pourquoi les assureurs ne pourraient ils pas réfléchir et proposer une remise en état meilleure à coût constant, mais socialement supérieure. N'est ce pas de leur responsabilité sociétale?

Pour cela, il faut se reposer sur des hommes qui ont l'expérience du traitement du sinistre et de la relation entre les parties prenantes à un sinistre, ou un litige: les experts. Paradoxalement, les assureurs semblent faire le choix de l'abandon de l'expert pour des raisons économiques (merci SOLVENCY II). L'expert serait donc en voie de disparition tout simplement parce qu'il n'existe pas d'indicateur autre que son coût pour mesurer son utilité?

Il est à l'image de l'abeille. On reconnaît le bon miel de celles qui sont élevées en ruche, dont on évite la piqûre douloureuse parfois mortelle. On oublie les sauvages qui pollinisent beaucoup d'espèces végétales (plus de 80 % des espèces végétales sauvages et cultivées). Imaginez un monde sans abeille, sans fleur et sans expert!


Abeilles et experts unissez vous ! pour montrer que vous êtes, au quotidien, les champions du développement durable!

Angela Merkel vote Nicolas Sarkozy

D’après La Tribune (Pourquoi Angela Merkel a intérêt à la victoire de Nicolas Sarkozy) Mme Merkel serait le ventriloque d’un Sarkozy devenu pantin. Elle aurait intérêt à la fiction Merkozy qui laisse croire que sa politique est le fruit d’un consensus.

La victoire de M.Hollande, allié de fait de son opposition SPD, serait de mauvais augure pour elle.

Sommes-nous réellement sans pouvoir face à l’Allemagne ? Qu’aurait pour effet la menace de tout faire dérailler ? 

Le propre de l’homme : un cerveau plastic ?

L’homme aurait la particularité, par rapport aux espèces comparables, et aux hominidés, d’avoir un cerveau qui serait malléable longtemps (5 ans)… (What’s a man?)

Mais l'article ne dit pas ce que cette caractéristique nous apporte de particulier. 

La banque d’investissement se contracte

Changement prévu ? La banque d’investissement et ses salaires sont remis à leur place ?
La banque d’investissement semblera bien différente dans quelques années. Il y aura moins de grandes entreprises couvrant le monde ; le reste cherchera à dominer une niche. Et si les revenus ne bougent pas, les actionnaires n’en pâtiront pas, puisque les employés se contenteront de moins. (Investment banking: Bonfire of the bankers | The Economist

Bon et mauvais protectionnisme

Lorsque je m’occupais de la stratégie Fabrication Assistée par Ordinateur de Dassault Systèmes, à la fin des années 80, je suis tombé sur un article qui disait que notre industrie de la machine outil avait été victime de notre protectionnisme. Pourtant elle avait été une des premières au monde. Au même moment on expliquait que le succès japonais venait du protectionnisme…

Différence culturelle peut-être. Le Japon était alors d’humeur combattive, et toute aide profitait à son industrie ? Au contraire, l’industriel français tend à la fois à manquer d’ambition est peut-être surtout à n’être bon que dans l’adversité ?

J’ai toujours conservé cette histoire en tête. Elle me fait me demander si les dons que le gouvernement fait aux entreprises sont utilisés judicieusement. Mon expérience, qui n’est pas statistiquement significative, m’en fait douter un peu. 

lundi 6 février 2012

L’Eurofighter torpille le Rafale ?

Comme je le disais dans un précédent billet, Dassault n’a pas gagné l’appel d’offres indien.

Et l’Eurofighter revient effectivement en force.  

Les Indiens ont-ils utilisé les élections présidentielles françaises pour stimuler la concurrence fratricide entre avions européens ?

En tout cas, s’ils infligent un camouflet à Nicolas Sarkozy, ils pourront dire qu’ils ont voté Hollande. Ils se seront fait un puissant ami. Jouent-ils à un jeu qu’ils ne peuvent que gagner ?

La mode est-elle à l’intégration ?

Je fais un passage dans l’industrie automobile. Ce qui est surprenant est qu’elle semble avoir entendu ce que je disais dans un précédent livre.

Il y a peu, on y sous-traitait au maximum et on pariait que les lois du marché allaient produire de l’innovation au meilleur prix. Aujourd’hui, on semble découvrir que cela fait perdre de la marge au donneur d’ordre.

Mais ce n’est pas un retour au statu quo. Les nouvelles entreprises intégrées sont dans des « low cost countries ». D’une certaine façon la compétence de l’ouest a été transférée à l’est. Pour cela il a fallu, comme je le pensais, des investissements bien plus lourds que ceux prévus par les business plans initiaux. Et ce en particulier pour développer le savoir-faire des populations locales. Voilà des emplois qui ne reviendront pas chez nous.

Ce phénomène ressemble à l’immigration, à plus grande échelle. Les pays développés ont confié les travaux qu’ils aimaient peu à des moins développés. Ce faisant, ils ont contourné la résistance au changement national. 

Rafale : aventures en Inde

Contrairement à ce que j’avais cru comprendre des premières informations sur le sujet, Rafale n’a pas gagné le contrat indien. Eurofighter va procéder à une surenchère. Question de prix, mais aussi de transfert de savoir-faire. (Les deux ont-ils été correctement chiffrés ?)

Plus curieux : Eurofighter est construit par un consortium dirigé par EADS, qui possède 46% de Dassault… (Source : Fighter jets: Bomb bays to Delhi | The Economist)

Bienfaits d’une concurrence fratricide ? 

Choisir un président (5) : la systémique

Que dit la systémique ou théorie des systèmes sur notre élection présidentielle ?

Le concept de système, appliqué au groupe humain, signifie qu'il est régulé par des mécanismes qui maintiennent la valeur de certains paramètres importants pour sa survie (cf. la température du corps, pour l’homme).

La première conséquence de la systémique est l’homéostasie. Le système ne peut pas évoluer. Et cela se vérifie assez bien avec nos politiques : depuis 40 ans, de gauche ou de droite, les réformes échouent. (Quel que soit notre vote, il ne compte pas ?)

La seconde conséquence est que notre crise actuelle peut venir d’un système dysfonctionnel. Le seul moyen d’en sortir est de le transformer. C’est probablement ce qui s’est passé après la seconde guerre mondiale.

Pour cela, il y a la solution du « leader » vue plus haut, et l'idée plus originale qui consiste à « casser le système », en le poussant à l’absurde (les experts appellent cela un changement de deuxième ordre). Autrement dit de faire le contraire de ce que nous dicte la raison, par exemple voter pour le candidat le plus dangereux.

dimanche 5 février 2012

L’expert, le tohu-bohu et le développement durable

Selon le petit ouvrage de Xavier de Bayser*, dans la tradition juive, tohu et bohu sont deux termes dont le premier représente le désordre et le second une puissance d’ordre. Ils ont été rapprochés dès l’origine par les anciens - comme le Yin et le Yang – pour exprimer que lorsqu’il existe un désordre, il y a aussi une puissance d’ordre qui peut suivre.
Le tohu traduit le monde complexe, rugueux et désordonné. Mais si l’on applique la théorie du « petite cause grands effets », il faut chercher les choses simples, qui permettent d’obtenir des effets vertueux qui mènent à l’ordre, le bohu.
C’est ce comportement là qu’il faut sans cesse montrer et appliquer pour que la génération qui suit l’adopte, et devienne durable.

Or, depuis plus de quinze années, je mène des expertises pour le compte, tant des assureurs que des industriels, des collectivités et des associations, qui me font intervenir dans un tohu, autrement dit un litige en responsabilité civile entre parties prenantes.
Et, après plusieurs centaines de litiges traités (en fait milliers…) et une évolution drastique du métier, je constate que ma mission et mon rapport d’expertise constituent une aide à la décision par la recherche des faits, des causes techniques, des conséquences économiques et du droit des contrats, du contexte.

Mais une aide à la décision dans quel dessein?

A l’origine, simplement pour qu’un assureur puisse se positionner sur sa police d’assurance et ses garanties vis-à-vis de son assuré.
En quinze ans, le monde a bien changé, s’est transformé, s’est complexifié…
Ainsi, jadis inscrit dans le cercle des parties prenantes à un litige (assuré, courtier, agent, avocat, assuré, tiers…), l’expert se retrouve aujourd’hui placé, à l’intérieur du cercle, distillant et adaptant son information à la compétence de la partie prenante : un technicien, un juriste, un économiste, un commercial…
Inscrit au centre de ce cercle, l’indépendance d’esprit de l’expert, son intégrité, sa compétence, son champ d’expérience et ses moyens, sont autant d’atouts pour la recherche des choses simples qui permettent de sortir de la situation de litige par le haut et parfois en déclenchant une situation meilleure qu’avant.

Voilà donc le dessein de cette aide à la décision : la recherche du bohu.

Ce sont des dizaines et des dizaines de cas traités que je pourrais vous soumettre. Chaque fois, l’idée était de trouver le grain de sable qui coince l’écosystème du litige pour l’emmener vers le bohu, c’est-à-dire l’ordre porteur d’avenir.
C’est à chaque fois la position idéale au centre du cercle, qui donne la clarté de la situation (sans influence autre que sa propre histoire, bien sûr ! voir pour cela Howard Zinn).
Une vision claire permet alors de créer la situation de sortie en mode durable, c’est-à-dire celle où les parties au litige souhaiteront toujours agir ensemble en confiance, dans une relation où chacun reconnaît l’autre pour ses talents particuliers.
C’est bien cette collection de talents reconnus et mélangés qui offre une meilleure gestion du risque, gage d’ordre et de développement durable.

Alors l’expert, celui qui propose une aide à la décision, n’est-il pas, par essence, au centre du développement durable, en proposant simplement d’éclairer la voie qui mène du tohu au bohu ?

* Le petit livre du développement durable ou 10 mots pour changer la planète de Xavier de Bayser, éditions l’Archipel.

Claude Guéant : erreur de casting ?

Claude Guéant annonce la guerre des civilisations. Ce n’est pas tellement dans la tradition républicaine. Signe à l’extrême droite, probablement.

Mais autant M.Sarkozy semblait croire à ce qu'il disait lorsqu'il parlait de banlieues, autant le grand commis de l’État Guéant, aseptisé et théorique, paraît déplacé. D'ailleurs n'y a-t-il pas un risque que ses interventions rappellent de sinistres moments de l’histoire de l’administration française ?

La tactique de notre président, se donner le rôle d’un homme digne et confier la sale besogne à ses collaborateurs, se retournerait-elle contre ses intentions ? Peut-il ainsi abuser l’électorat ? 

Égalité des sexes ou comment rater un changement

Les murs du métro montrent une famille française typique, à savoir une jeune femme, 4 enfants en bas âge, et un mari absent, « en RTT ». Oppression de la femme par l’homme ! Qu’il brûle en enfer. Vive la guerre civile !

Voilà l’exemple même d’un changement mal mené. On a voulu imposer l'égalité des sexes par la terreur, sans tenir compte des réalités de la vie.
  • Les garçons, par exemple, ne jouent pas à la poupée. Nous sommes codés par la société pour accomplir un rôle. Si l’on veut le modifier, il faut agir à la source.
  • L’homme est shooté à la testostérone, ce qui le rend extrêmement dangereux dans certains emplois ; la femme est la seule à pouvoir avoir des enfants, ce qui handicape sa carrière. Le changement doit tenir compte des différences physiologiques. Par exemple, pourquoi pas une « carrière » qui commence une fois les enfants élevés ?
  • Pourquoi Mme Aubry n’a-t-elle pas divisé le temps de travail par deux ? N’y a-t-il pas doublement du nombre d’actifs ? Le reengineering des tâches au sein de la cellule familiale demande, comme dans l’entreprise, soit une nouvelle répartition des temps de travail, soit une automatisation des tâches domestiques. La question se pose en particulier en ce qui concerne les enfants, que l’on devrait pouvoir sous-traiter à des organismes spécialisés ou à des machines. 

L’Europe sauvée par l’Italie ?

Mario Draghi, le patron de la BCE, aurait-il sauvé la zone euro en alimentant ses banques en prêts à bon marché ? Les dites banques les réinvestiraient-elles dans les obligations d’État, ce qui expliquerait que les taux de celles de l’Italie et de l’Espagne aient chu ? Aurait-il réussi la quadrature du cercle ? (Super Mario, patron d'une BCE aussi active que la FED - La Tribune)

Quant à Mario Monti il aurait remplacé Nicolas Sarkozy auprès de Madame Merkel et serait parvenu à la faire douter des vertus de l’austérité. (French Politics: Monti Monte au Créneau)

Découvririons-nous que la latinité (ascendant Goldman-Sachs) a quelques avantages ?

Compléments :
  • Après Merkozi, Merkonti ? 

New Rose Hotel

Film d’Abel Ferrara, 1998.

Ce film n’était pas mon favori, mais le froid et l’heure de son passage me l'ont fait choisir. Surprise, Abel Ferrara était aussi là. Qui eut dit que les réalisateurs américains avaient une existence terrestre ?

Apparemment, il connaît une mauvaise passe. Et même le purgatoire des réalisateurs mythiques : un passage en France, et le soutien de notre communauté intellectuelle.

Il nous a dit qu’il avait tiré le scénario du film d’une nouvelle de 7 pages. Ça se voit. 

samedi 4 février 2012

Politique et blogs

Une carte recense les blogs politiques.

Curieusement, la droite a relativement peu de blogs (200). Elle est écrasée par le blog de gauche (735). Même l’extrême droite fait mieux qu’elle (214).

Nouvel avatar de la cuvette de Dien Bien Phu ?

Facebook vaut-il cent milliards ? (suite)

Olivier Ezratty, l’homme qui lit jusqu’aux reliures des formulaires d’introduction en bourse, analyse celui de Facebook. (Petit décryptage de l’IPO de Facebook)

Il estime que son modèle de revenus ne permet pas de dépasser les 10$ par utilisateur (contre 5 aujourd’hui). Décidément la valorisation actuelle de la société est un pari pascalien.

D’autant que Mark Zuckerberg a construit un montage qui lui conserve le pouvoir, même si sa participation est diluée. Un patron de droit divin, est-ce favorable aux intérêts de l’actionnaire ? 

Le commerce électronique ne fait pas de détail

Parmi les changements que nous promet Hervé Kabla, il y aurait celui du commerce de détail européen, qui emploie aujourd’hui 17,4m de personnes, peu qualifiées.

Apparemment de nouvelles directives européennes devraient favoriser le développement du commerce électronique, ce qui pourrait avoir l’impact d’une lame de fond sur le petit et le grand commerce, d’autant plus que les protections qui les entourent ne sont pas favorables au consommateur.  (Schumpeter: The coming retail boom | The Economist)

Compléments :
  • J’imagine que cela devrait aussi être favorable aux transporteurs. Quid du développement durable ? 

Le coup de l’escalier

Pourquoi ce titre français ? Film de Robert Wise, 1959.

Prolétaires de toutes les couleurs, unissez-vous ? 

vendredi 3 février 2012

L’État gagne les élections présidentielles ?

Nicolas Sarkozy a la capacité confondante de se contredire sans cesse. Mais, cette fois-ci, il atteint un sommet : son programme présidentiel est une critique radicale de celui du Président Sarkozy.

En tout cas, l’État devrait gagner les élections.

La globalisation joue pour Ponzi

Ponzi a le vent en poupe aux USA, au moins. Son terrain d’élection : la confiance. D’ailleurs les réseaux sociaux ont été une bénédiction pour lui. (Fleecing the flock)

Si j’en crois le billet précédent, la globalisation est naturellement favorable à l’escroc. Double effet : désir de gain rapide, et nécessité de se protéger. Dans ces conditions, nous sommes sans défense face à un ami qui veut nous enrichir… 

Globalisation, confiance et coût de transaction

« Seules les tribus rendues solidaires par un sentiment d’appartenance peuvent survivre dans le désert ». Remplacez désert par « économie globalisée » et cela décrit fort bien le monde moderne.
Partager une même culture est un facteur de confiance, qui abaisse le « coût de transaction ». Ce qui donne un avantage concurrentiel aux diasporas chinoises, indiennes, ou à l’Angleterre et ses colonies.  (The power of tribes)

La globalisation comme une agression permanente ? Seul moyen d’y résister, avoir / se faire des amis ?