mardi 28 février 2012

L’Angleterre contre la Cour des droits de l’Homme

Paradoxalement, l’Angleterre est en lutte contre la Cour des droits de l’Homme. Pourtant l’Angleterre n’est-elle pas un pionnier de la question ? (Menace sur la Cour européenne des droits de l'homme - LeMonde.fr)

L’explication du paradoxe est probablement, simplement, que, pour l’Anglais (et l’Américain), tous les êtres humains ne sont pas des Hommes. 

Élections aux USA

Une des chroniques de ce blog : les élections présidentielles américaines. Dernier épisode en date.

Les affaires sentent le brûlé pour les Républicains. Foire d’empoigne entre candidats. (Republican fratricide)

On dirait une histoire de stratège chinois. Nos forces sont nos faiblesses. Dans un premier acte les Républicains renaissent de leurs cendres de manière inattendue, en lançant un assaut populiste et intellectuellement malhonnête contre le président, qui le prend par surprise. Aujourd’hui cette rhétorique semble se retourner contre eux. La division qu’ils voulaient semer dans le pays fait exploser leurs rangs ?

Compétitivité et droit du travail

Notre droit du travail nuit-il à notre compétitivité ? se demande Le Monde. (Le droit du travail est-il un frein à la compétitivité ? - LeMonde.fr)

Cette question m’en pose deux :
  • Doit-on opposer droit du travail et compétitivité ? Là où, ailleurs, il y a compétition, dans le sport, les règles sont les mêmes pour tous.
  • Que sous-entend compétitivité ? Affrontement. Plus je suis compétitif, plus je force l’autre à l’être, et plus nous faisons le jeu de l’économie, qui n’est pas celui de l’homme ?

Costa : et un bateau à la dérive…

Un bateau échoué, un autre à la dérive, est-ce un hasard, ou la compagnie Costa est-elle victime du syndrome BP ?

Rien de ce qui est dit sur elle ne laisse penser que sa culture ait fait passer l’argent avant la sécurité de ses passagers. Cependant, il semblerait que le dernier incident soit déjà survenu. Peut-être le type de navire qu'elle emploie pose-t-il des problèmes nouveaux ? 

Humanisme contre libéralisme

Je me demande s’il n’y a pas eu basculement de nos hiérarchies de valeurs depuis la guerre.

Il me semble qu’en réaction aux atrocités de la guerre, et peut-être à la menace soviétique, les gouvernements occidentaux ont eu pour souci, et pour inquiétude, l’épanouissement des populations. On parlait de progrès, et ce progrès devait profiter à l’homme. D’ailleurs, l’existentialisme, la doctrine philosophique d’après guerre, était un humanisme, qui voulait la liberté de l’homme.

Puis, progressivement, cette idée fixe du bonheur humain a été remplacée par une autre : comment faire gagner en performance l’économie ? Tout a été ramené à cette unique question.

À partir du moment où elle a envahi les têtes, ce qui jusque-là devait assurer le bonheur humain est devenu un « coût ».

Et elle l’a envahi comme un parasitisme : en changeant le sens des mots. Le libéralisme, par exemple, qui devait réaliser la libération de l’individu cherche maintenant à obtenir celle des marchés.

L’homme, de fin est devenu moyen, l’économie, de moyen, fin. Ne faudrait-il pas revoir cette répartition de rôles ?  Rendre à « libéral » son sens initial ?

lundi 27 février 2012

Deepwater horizon coûte 40md$ à BP

L’explosion de sa plate-forme pétrolière du Golf du Mexique pourrait coûter 40md$ à BP, ce qui était prévu : BP prêt à payer 25 milliards de dollars aux Etats-Unis pour éviter le procès (La Tribune).

L’industrie automobile menacée par un embouteillage mondial ?

L’avenir de l’automobile serait à la congestion, dit Ford. 4md de voitures d’ici peu.

Ce qui contredit un de mes précédents billets qui parle de surproduction…

Solution ? Si je comprends bien, ce serait une sorte d’Internet des transports individuels. Il coordonnerait leur flux, comme Internet organise le voyage des paquets de données ?

Une solution qui évite les transports en commun et l’intervention de l’Etat ? En tout cas, cela demanderait une coopération entre constructeurs, et un équipement spécial des routes.

En outre, elle semble favorable aux petits véhicules (ce qui est bon pour les constructeurs français, s’ils survivent jusuque-là).

Compléments :

The artist, ou comment mériter un prix ?

Comme prévu, The artist reçoit de nombreux oscars.

Il y a une corrélation inverse entre mes goûts et ce type de récompenses. Il me semble que les prix ne sont pas le résultat de coups de cœur, mais des calculs théoriques.

Le festival de Cannes, par exemple, fait preuve « d’engagement » et dénonce la perversion de notre société. Les superprivilégiés qui composent son jury se donneraient-ils bonne conscience ?

Quant aux oscars, ils paraissent récompenser le numéro d’acteur d’une star installée (paraplégique qui veut jouer au football, roi bègue qui veut parler…) et un succès commercial (le marché n'a-t-il pas toujours raison ?).

The artist me paraît avoir deux atouts supplémentaires :
  1. Il est français. La France est le leader d’opinion européen, en termes de cinéma. Il est d’un bon sens commercial de lui plaire. (N'est-ce pas pour cela qu'un nombre croissant de Français joue à Hollywood ?)
  2. C’est un film sur l’Amérique, qui fait allégeance à ses valeurs. D’ailleurs, son réalisateur a travaillé pour Canal+, ce que l'Amérique fait de mieux. 

La Hongrie entre dans le rang

On craignait que la Hongrie n’adopte une forme de dictature. Apparemment les pressions de la communauté européennes ont suffit à la faire revenir vers un régime démocratique plus acceptable. (Backing down gently)

De l’importance de la pression sociale ? D’une forme de « soft power » ?

Devrions-nous chercher à construire une doctrine rationnelle de l’emploi de ces techniques ? Notamment en remplacement d’interventions armées (Iraq) ou d’un laisser faire coupable (Syrie) ? 

Choisir un président (8) : la technique grecque

Je m’efforce depuis quelques temps de trouver un moyen efficace de choisir un président. En bon consultant, j’en suis arrivé au benchmark. J’ai analysé le cas des Anglais. C’est maintenant au tour des Grecs, que l’on dit les pères de la démocratie.

Ils pensaient que tout se résolvait par le dialogue. Et il semble effectivement que la particularité de l’homme, depuis l’âge des cavernes, soit la créativité sociale.

Alors, choisir le bon président demande-t-il une discussion publique (voir Kant sur le sujet) ? Serait-ce ce fameux débat démocratique, qui fait si peur à nos candidats ?

En fait, la particularité de la dialectique grecque est d’être un moyen de résolution de problème. Et si, à son terme, il n’y avait, donc, plus de problèmes ? Et si le choix d’un président était une question secondaire ? Une sorte de stimulant à la réflexion collective ? D’ailleurs, n’est-il pas supposé représenter « l’exécutif », c'est-à-dire mettre en œuvre ce que le peuple a décidé ?

dimanche 26 février 2012

Faut-il protéger le français ?


Le français est assailli par l’anglais. Sujet d’une émission de France Culture, dont j'ai entendu des bouts.

Est-ce un mal me suis-je demandé ? L’anglais ne nous envahit pas tant avec des mots issus de l’anglo-saxon, que de l’ancien français, voire du grec. Et puis il enlève un peu de rigidité à la langue. N’est-elle d’ailleurs pas le fruit de multiples influences, et le produit d'un latin populaire ?

Argument meilleur : absorber la langue de l’autre, c’est gober son idéologie. Est-ce certain ? En tout cas, il semble, effectivement, que parler une langue amène à adopter le comportement de ses locuteurs… (Trahi par les langues étrangères)

Défendons le français ? La meilleure défense n’est-elle pas l’offensive ? Le problème du français n’est-il pas, avant tout, qu’il y a manque de Français à admirer ? Notre langue n'est-elle pas une éponge parce que nous n'avons plus rien à dire ?

Tricheuse Argentine

Mes biais idéologiques me font avoir une sympathie spontanée pour les bêtes noires de The Economist. En particulier, le Vénézuela et l’Argentine.

Mais j’avoue que The Economist n’a pas toujours tort : les industriels que je rencontre me disent que l’Argentine est aux prises avec une inflation galopante, que masquent apparemment ses statistiques officielles. (Don’t lie to me, Argentina)

Je m’interroge. Si le Vénézuela et l’Argentine sont aux mains de populistes, n’est-ce pas parce que ces derniers font contrepoids à une classe possédante sans foi ni loi ?

Plutôt que d’encourager les uns ou les autres, ne serait-il pas mieux de chercher à faire perdre de leur radicalité à ces extrêmes ? 

De l’avantage économique du sénior

Il y a peu, on nous disait que le jeune avait toutes les qualités. Depuis quelques temps, la tendance s’inverse.

Même la créativité ne lui semble plus réservée. Les groupes de rock ne retrouvent-ils pas une nouvelle jeunesse passés les 70 ans ? L’avenir de la création n’est-il pas au mélange de disciplines qui demandent des années pour être assimilées ?... (Enterprising oldies)

Argumentation (de The Economist) suspecte ? À l’époque où les entreprises voulaient réduire leurs effectifs elles prônaient le jeunisme, aujourd’hui elles enjoignent les (vieux) chômeurs à créer leur emploi ? Comme cela, plus besoin de cette coûteuse sécurité sociale dont « nous n’avons plus les moyens » ?  

Welcome in Vienna (suite)

Deuxième épisode du film d’Axel Corti.

Les émigrés juifs fuyant le nazisme arrivent en Amérique. Difficile adaptation.

Les personnages du film étaient l’élite intellectuelle de leur pays, l’essence de sa culture. Peut-on imaginer pire drame pour eux qu’un pays sans culture, dont le principe même est d’offrir à ses ressortissants de s’inventer, en renonçant au passé ?

Comme dans l’épisode précédent, on ne voit presque rien du pays d’accueil, et ce qu’on en voit est laid et pauvre. Les émigrés vivent entre eux. 

samedi 25 février 2012

Faut-il bombarder l’Iran ?

Faut-il bombarder l’Iran pour lui faire passer le goût du nucléaire ? semblent se demander les USA et Israël.

Faut-il intervenir en cette période préélectorale ? La présidence américaine n’y a peut-être pas intérêt, mais Israël pourrait le prendre en otage. 

The Economist pense qu’une attaque aurait plus d’inconvénients que d’avantages (Bombing Iran). L’opération serait hasardeuse et au mieux peu fructueuse. En outre, elle souderait l’Iran derrière ses dirigeants. Il semble plus efficace de diviser pour régner. Le pouvoir iranien est en proie aux tensions internes, le Moyen-Orient connaît un printemps communicatif…

Crises syriennes et grecques : actes manqués ?

L’acte manqué est un désir inconscient dit la psychanalyse. Les nations n’ont-elles pas aussi leurs actes manqués ? La crise syrienne, par exemple, ne sert-elle pas beaucoup d’intérêts ?

Et la crise grecque ? Et s’il y avait une utilité à ce que la souffrance du Grec soit interminable et démonstrative, à ce que la Grèce mette des décennies à se redresser ? Cela ne fournira-t-il pas aux peuples européens un exemple édifiant susceptible de les éloigner du vice ? Mais, aussi, le doute que cela fait planer sur la santé de l’Europe et la faiblesse de l’euro qui en est la conséquence ne servent-ils pas les intérêts des exportateurs allemands ?

Actes machiavéliques ? Ou nos démocraties n’ont bon cœur que lorsque l’intérêt d’un de leurs composants dominants est affecté ?

Welcome in Vienna

Film d’Axel Corti, 1987.

Périple de Juifs et opposants au nazisme fuyant l’Autriche. Premier épisode : passage en France.

Ce film est une sorte d’avatar de l’Ingénu. Un jeune homme regarde le monde avec étonnement. La France y est vue de loin, par les actualités de l’époque (armée française débraillée et mal équipée face à la machine de guerre allemande !), et par ce qu’en disent d’autres immigrés, étonnés du spectacle qu’ils rencontrent.

Et c’est plus terrible, et déprimant, pour nous que toute autre critique. Parce que nous y paraissons infiniment plus bêtes que méchants. Sommes nous restés comme cela ?

vendredi 24 février 2012

Le changement après quelques jours dans une prison dorée en Casamence

Le changement, après quelques jours dans « une prison dorée » au Sénégal : de l’utilité voire de la nécessité de changer de repères, de cadre, d’environnement pour aborder le monde avec un autre regard.

Suite à un rapide voyage, j’ai pensé, pour initialiser ma participation au Cercle du Changement,  à parler du recadrage, puissant outil dans l’approche du changement.

Les vacances permettent en général de relativiser, d’avoir un autre rapport au temps, d’avoir un autre rapport au stress, d’avoir un autre rapport à soi et aux autres….

D’abord quelques impressions de voyage, j’ai été frappée par l’écoute et la disponibilité des Sénégalais, jamais agressifs, heureux de vivre, désireux de travailler, de progresser. Frappée par les rencontres avec de femmes qui ont une vision pour le futur et sont persuadées qu’elles vont jouer un rôle dans l’avenir de leur pays. Frappée par le désir de la population de voir les élections se dérouler dans un climat serein pour voir à la tête du pays un président permettant à leurs enfants de se réaliser et de progresser.

Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit…Lao Tseu

Dans le cadre de ma pratique de l’accompagnement professionnel individuel, j’ai souvent constaté qu’un changement même minime chez la personne accompagnée entraîne des changements chez les autres acteurs du système.

Recadrer signifie,  selon la définition de Paul Watzlawick : changer de point de vue perceptuel, conceptuel et / ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux faits concrets de la situation et qui va en changer toute la signification.
Je vais vous faire partager mon approche de l’accompagnement individuel au cours des prochains billets.

Tactique de Nicolas Sarkozy : le modèle américain ?

Hier soir, la radio du taxi qui me ramenait chez moi parlait des dernières déclarations de M.Sarkozy. J'ai eu l’impression de me retrouver à l’époque du PC.

Et si cette tactique était un avatar de la stratégie utilisée par les Républicains contre M.Obama ?

Lorsque M.Obama a été élu, on aurait pu croire que les Républicains, associés à George Bush, allaient traverser une période de prostration. Pas du tout, ils ont été d’une agressivité redoutable. Agressivité dont la caractéristique remarquable était une totale absence d’honnêteté intellectuelle. Et cela a remarquablement bien marché. D’autant mieux que M.Obama a jugé ce comportement indigne de la vision qu’il avait de l’Amérique et de son rôle. Il n’y a donc pas répondu.

La France est-elle l’Amérique ?

Compléments :

L’Abbé Grégoire, homme politique exemplaire (1750 – 1831)

J’ai traversé vingt-cinq ans de Révolution. J’ai vu autour de moi les circonstances changer mille fois et je suis resté le même.
Un paradoxe pour le « Cercle du Changement » ?

En fait, Grégoire, croyant et républicain, conserve l’équilibre grâce à une constante adaptation, aussi bien dans une première période, antireligieuse que dans une seconde, anti républicaine. Sa vie politique s’est, en effet, déployée de 1789 à 1820. Malgré la Terreur, il ne cessa jamais de siéger à la Convention en habit ecclésiastique.

La rigueur subtile de sa position, méconnue, il est rejeté par les uns pour avoir été un prêtre courageux défenseur de sa foi, et par les autres pour avoir été « jureur ».

Probablement aussi, l’extrême complexité, due aux temps troublés qu’il a traversés et aux sujets délicats qu’il a abordés, est-elle une explication de la non reconnaissance que son engagement mériterait, dont voici quelques exemples.

Législateur innovant et éclectique, il rédigeait et défendait ses propositions avec talent, en particulier pour la défense des minorités de l’époque, les Noirs, les Juifs et les Femmes. Il est pourtant inconnu par rapport aux icones révolutionnaires. Ce sont d’autres que lui qui en récoltent les fruits.
Partisan de l’abolition de la royauté, mais aussi de la peine de mort, il n’a pas voté celle de Louis XVI.
À l’origine de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il est partisan d’une Eglise gallicane. C’est pourquoi il s’oppose à Bonaparte au sujet du Concordat qui renouait avec l’Eglise romaine.
Il s’oppose aussi, courageusement, à la proclamation de l’Empire, car il voit en Napoléon Ier un continuateur de Louis XIV.

L’éducation pour lui était le moyen de la liberté et il écrivait : « Éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître » ; il est l’un des fondateurs, entre autres, du Conservatoire national des arts et métiers, et de l’Ecole Polytechnique. Dans son Rapport sur l’établissement d’un Conservatoire des Arts et Métiers (29 septembre 1794), il affirme : « Le perfectionnement des arts est un principe conservateur de la liberté ; secouer le joug de l’industrie étrangère, c’est assurer sa propre indépendance. »

À l’occasion du Bicentenaire de la Révolution, en 1989, ses cendres ont été transférées au Panthéon, avec celles de Condorcet et de Monge.

En France, deux thèses essentielles lui ont été consacrées, l’une de Rita Hermon Belot, La politique et la vérité, l’Abbé Grégoire et la Révolution française, et l’autre de Jean Dubray, Les fondements anthropologiques et l’art social dans l’oeuvre de l’Abbé Grégoire.

Au Cnam, quelques-uns se sont donnés la mission de mieux faire connaître l’Abbé Grégoire, en organisant des colloques, ouverts à tous, qui ont permis d'évoquer différentes facettes de l'oeuvre et de la personnalité de l'abbé Grégoire :
  • le premier, en 2006 : L’Abbé Grégoire, pionnier de la formation professionnelle.
  • le deuxième, en 2007 : L’Abbé Grégoire et le patrimoine.
  • le troisième, en 2009: L’Abbé Grégoire, défenseur des droits de l’Homme.
  • le quatrième, en 2010 « L’Abbé Grégoire et la Séparation de l’Eglise et de l’Etat ».
Le jeudi 8 mars prochain, a lieu le cinquième colloque, L’Abbé Grégoire et les droits de la femme, dans l’amphi éponyme, au Cnam.

La figure de l’Abbé Grégoire reprend sa place :
Un panneau, dans une salle du Musée, nous informe sur le décret de la création du Cnam, propose quelques citations, ainsi que des documents à consulter.
Un portrait, placé dans la loge impériale, le rendra présent dans « son » amphi.

Internet et la culture de la défiance

Attention, vos emails sont auscultés. Les entreprises les font traiter par des logiciels dressés pour y découvrir des preuves de culpabilité. (Mind your language)

Et si les entreprises tentaient de bâtir une culture de confiance, cela ne pourrait-il pas leur faire gagner beaucoup d’argent ? 

Qu’est-ce qui rend les entreprises durablement performantes ?

Classique de la littérature du management : quels sont les paramètres corrélés avec le succès de l'entreprise ? (La définition de succès, ici, est une croissance soutenue et régulière.)

Apparemment qu’elle ait le profil d’une entreprise allemande, et pas d’une grande entreprise française. Elle combine stabilité et apprentissage permanent. 
  • Une stratégie claire, qui ne varie pas, des valeurs fortes et partagées, une direction solide, modeste, non charismatique, sortie du rang, et installée dans le temps, des liens forts avec clients et employés. 
  • À côté de cela, elle apprend continûment, par la technique dite de « l’option », c’est-à-dire en expérimentant sans arrêt, par petits changements, pas par rupture.
Mon expérience me fait croire que le plus important là-dedans est de trouver le bon cap. Un « changement » réussi est traditionnellement suivi d’une vingtaine d’années de calme. Effectivement, alors, les changements suivants sont faciles et stimulants. Ils peuvent se faire vite et bien, par apparemment petites actions. 

Mais peut-on éviter la destruction créatrice de Schumpeter, c'est-à-dire d’avoir à se réinventer périodiquement du fait de la transformation radicale de son environnement concurrentiel ?

jeudi 23 février 2012

Changer l’administration : par où commencer ?

Question qui me poursuit : pourquoi les changements échouent-ils dans l’administration ?

J’ai fini par identifier une différence majeure entre sa philosophie du changement et celle de l’entreprise.
  • Dans l’administration, le dirigeant exige et le subordonné fait ce qu’il peut pour exécuter. S’il n’y parvient pas, il est accusé d’incompétence et de résistance au changement.
  • Dans l’entreprise, tout est une question de procédures. Pour transformer la performance de son organisation, le dirigeant ne cherche pas à agir sur les hommes, mais sur les procédures de travail, qu’ils suivent. Par exemple, si l’on veut augmenter sa rentabilité, on va chercher à y introduire une procédure de « target costing ».
Et la conduite du changement, c’est justement cela : faire évoluer les règles qui organisent les comportements collectifs. (Une définition.)

Le miracle indien sabordé par l’individualisme ?

Le centre commercial indien est un assemblage de boutiques indépendantes : le souci du bien collectif n’est pas suffisant pour qu’il y ait accord sur des investissements communs, parkings ou autres. (A modest diagnosis of India’s infrastructure woes » INSEAD Blog)

L’Inde peut-elle « émerger », sans une vision partagée d’une volonté souveraine,  se traduisant par un État qui organise l’action individuelle ?

Culturellement, l’Inde serait-elle encore plus individualiste que les pays anglo-saxons ?  

Pattes blanches

Film de Jean Grémillon, 1949.

Un grand film qui donne de grands rôles à de grands acteurs. Pas de bons et de mauvais ici, mais des êtres humains comme ceux que produit la société.

Curieux Michel Bouquet, tout jeune et frêle. À la fois précurseur de ce qu’il est aujourd’hui et porteur de quelque chose de différent, de romantique, d’un ascendant Jean-Louis Barreau peut-être.

Au fond, ce qui marche le mieux au cinéma ce ne sont pas les leçons de morale que l’on tend à nous servir, mais les éternels mystères et miracles des relations humaines. Ce qu’a réussi Les intouchables, toutes proportions gardées.

mercredi 22 février 2012

Le Pharmacien, l'agent d'assurance et l'avocat, quels points communs?

La semaine dernière a été riche d'échanges avec des représentants de ces trois professions lors de mes différentes expertises du moment :

Une pharmacienne - ancienne génération et de Province- est en litige avec son fournisseur historique de progiciel depuis plus d'un an. La pharmacienne évoque la transformation pernicieuse du métier soumis aux diktats des "grands laboratoires et des fournisseurs".
Elle évoque la perte d'autonomie et la relation client, perdue.
Lorsque je l'interroge sur la capacité de la profession à s'organiser, elle fait état de "l'histoire de ce métier et de son statut de libéral" qui le rend très individualiste et aveugle.
Elle craint la transformation des officines en simples agences commerciales aux mains des laboratoires...

Un agent d'assurance de la même génération, et d'un province plus méridionale, s'inquiète également du devenir de son métier.
Le sinistre constitue le vrai service après vente d'un assureur, il révèle la qualité du contrat conclu et du service promis.
Aujourd'hui l'assureur a centralisé l'achat des prestataires qui contribuent à ce SAV, et déshabillé ses agents. Ces derniers peuvent bien choisir un prestataire, mais référencé, et n'ont aucune action possible sur la qualité de la prestation.
Ainsi, et tout particulièrement pour la Responsabilité Civile, l'agent a les plus grandes difficultés pour obtenir une prestation sur mesure, et donc sortant des standards qu'imposent les prix négociés, pour traiter des cas particuliers où la situation est sensible malgré des enjeux faciaux faibles.
Il en résulte des perte de bons clients sur des petits sinistres insignifiants.
L'agent est malheureux car il voit ce qu'il faut faire pour garder le client et ne peut que constater les dégâts.
Personne n'est à blâmer, l'acheteur a acheté à très bon prix, le prestataire a répondu aux standards de la mission, l'agent a râlé pour défendre son client. Le client insatisfait est parti.
A nouveau une profession libérale - c'est le statut de l'agent- qui est sous le joug de la puissance d'un grand groupe...

Enfin, l'avocat, profession libérale par essence, souffre également, en particulier celui qui est soumis aux assureurs qui lui apportent une grande partie de son business.
Aujourd'hui, les assureurs souhaitent acheter l'avocat au forfait. Comment va s'organiser l'avocat qui dans un dossier va recevoir une série de documents qui va produire un taux horaire indigne d'une femme de ménage? Tous les coups sont envisageables!

Voilà donc trois métiers libéraux qui vont subir des transformations radicales de leur profession respective.
Il semble que ces transformations sont dictées par un seul impératif : faire des économies.
Elles semblent prisonnières des grands groupes, puissants, mais aveugles.
Toutes trois, sont victimes de leur culture individuelle et sont en passe de perdre leur statut, l'amour du métier, leur savoir faire.

La RSE n'est elle pas leur planche de salut, pour :
  1. retrouver leur identité ou la redéfinir en tenant compte de l'évolution de la société,
  2. identifier leurs atouts sociétaux
  3. développer une communication efficace vis à vis de leurs parties prenantes pour se développer durablement?
La fédération des experts (FSE) le fait alors pourquoi pas d'autres?

Idée supplémentaire : Seul ce qui parait mesurable est identifiable et donc appréciable.
Comment développer une mesure du service rendu par de telles professions? C'est le même problème pour la biodiversité. Quel est l'impact de la perte d'une espèce?

Pour l'anecdote :
Un dossier contentieux est attribué à une équipe constituée d'un avocat et d'un expert.
Les enjeux du dossier sont évalués à 10 millions d'euros. Le travail, conséquent, de ladite équipe aboutit à un règlement par l'assureur de 250.000 euros.
Le coût avocat expert est de l'ordre de 80.000 euros.
Paradoxalement l'assureur ne sait pas mesurer que le gain est de 9.750.000 euros et va donc simplement mesurer la performance de l'équipe par le rapport 80 000/250 000 soit 32% ce qui est beaucoup plus insupportable que 80.000/9.750.000 soit 0,8%!

Coût du travail, France, Allemagne et TVA sociale

Étude sur le coût du travail en Europe. Je note que :
  • Le Danemark et la Suède on le même coût du travail alors que l’une finance la protection sociale par l’impôt, et l’autre par une cotisation salariale. La TVA sociale ne fera pas mécaniquement baisser le coût du travail ?
  • Les 35h auraient eu la conséquence inattendue de faire considérablement gagner en productivité les entreprises, autant que les mesures du Chancelier Schröder.
Une fois de plus, le succès du changement est dans sa mise en œuvre ? Malheureusement le point faible de nos gouvernements successifs…

Peugeot, GM et Opel

Les aventures de l’automobile en France connaissent un rebondissement. Le Financial Times et la Tribune parlent d’un rapprochement entre Peugeot et GM.

Mais ces articles n’ont rien de précis. Plusieurs scénarios sont probablement possibles :
  • GM est fort en Amérique, dans les pays émergent, et (relativement) en Europe du Nord. Traditionnellement il conçoit de grosses voitures. PSA est présent en Europe du Sud et a un savoir-faire (rare) de construction de petites voitures. PSA apporterait son savoir-faire petite voiture (conception économique) et GM son réseau.  Mais comment trouver un accord qui fonctionne, sans absorption de PSA par GM ?
  • Opel et PSA : mise en commun de moyens pour réduire leurs coûts respectifs (et leurs capacités de production ?).
Comme souvent dans le changement, il semble qu'un rapprochement soit dans l'intérêt général. Mais ça ne suffit pas pour qu'il aille à son terme. Le succès est dans l'exécution.

Compléments :
  • Curieusement, à l’époque où GM a acquis Opel (1929), il a considéré Citroën, mais il a jugé la société trop mal gérée (SLOAN, Alfred, My Years With General Motors, Currency, 1990.)

Les illusions de Nicolas Sarkozy ?

Un dirigeant de la CIA explique pourquoi l’Iraq a été attaqué sans que les USA se préoccupent de, et préparent, ce qui surviendrait après l’invasion :
Si vous croyez vraiment au pouvoir de l’économie et de la politique libérales et à la séduction qu’elles exercent sur les populations du monde et à leur capacité à éliminer tous les maux, alors vous avez tendance à ne pas ne pas vous inquiéter de ces choses là.
Ce qui m'a frappé dans cette citation est son parallèle avec un ancien article du Monde qui parlait du désarroi de notre président devant le manque de résultat de sa politique. Il pensait qu’elle serait accueillie à bras ouverts par le peuple. Qu'elle ferait un miracle. N’avait-il pas les mêmes illusions que les Américains, persuadés d'être accueillis en sauveurs par les peuples du Moyen-orient ? me suis-je demandé. 

Comme le dit le livre dont j’ai tiré cette citation, les néoconservateurs ont-ils une capacité hors du commun à se convaincre de la justesse de leurs vues ? Sont-ils de grands croyants ?

Source : TRIVERS, Robert, The Folly of fools, Basic Books, 2011. (Un biologiste analyse les raisons que l'homme a de s'abuser lui-même.)

Mon attitude face au changement

J’inspire une crainte certaine aux gens que je rencontre. Les syndicats me pensent un suppôt du grand patronat. Et le manager carriériste soupçonne que je suis un dangereux idéaliste.

Ils ont raison. Je suis allemand. Exemple de l’automobile et de la globalisation :
  • Les constructeurs allemands ont accepté la globalisation, mais lui ont appliqué leurs valeurs.
  • Quant à la France, celle d’en bas l’a refusée, et s’est trouvée délocalisée, et celle d’en haut l’a gobée, et y a perdu son âme. (Pour faire simple.)

mardi 21 février 2012

L’Amérique, pays de la réglementation

Aux antipodes de ce que l’on pense d’ordinaire, l’Amérique n’est pas une nation de laisser-faire. Tout y est réglementé dans ses plus petits détails. La moindre loi fait l’objet de centaines de pages d’explications, qu’il faut des éternités à remplir et qui la vide de son efficacité. L’Amérique crève de ses lois. (Over-regulated America)

Ce paradoxe m’a frappé, il y a longtemps, lorsque j’ai rencontré les ouvrages de management anglo-saxons. À l’image des travaux de Taylor, qui pensait dicter nos moindres gestes, ils sont d’une complexité infinie. Par contraste, les Japonais ramènent ces théories à leurs principes, à une idée qui s’exprime en quelques mots (c’est ce que mes livres appellent des « méthodologies ambulatoires »). Par exemple, le fondement du Lean manufacturing est la « chasse au gaspillage ».

Comment expliquer ces différences culturelles ? Un monde individualiste comme l’Amérique se méfie de la liberté et cherche à en encadrer toutes les actions ? Le Japon fait confiance au Japonais, qu’il sait membre de son équipe ?

Compléments :
  • On parlait déjà de ce phénomène intriguant il y a 30 ans : CROZIER, Michel, Le mal américain, Fayard, 1981.

L’Amérique, pays de la paralysie démocratique

Les USA déplorent l’anarchie européenne, alors que leur démocratie est paralysée. On demande aux élus de réduire les dettes du pays, seules les dépenses nouvelles font consensus !

Montesquieu disait que le principe des démocraties était « la vertu ». C’est-à-dire servir l’intérêt collectif plutôt que le sien (responsabilité sociétale moderne ?).

Et si, comme souvent, il existait deux équilibres. Celui, instable ?, de la vertu, et celui, plus stable ?, de l’irresponsabilité. Dans un pays où tout dépend du bon vouloir de chacun, il est facile de bloquer le système, et d’en retirer des bénéfices ?

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu'Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…
  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l'Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c'est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

lundi 20 février 2012

Changer, c'est imaginer le futur

Extraordinaire idée pour inaugurer le campus de l'EDHEC: faire plancher les élèves sur le futur des entreprises et de l'économie, direction 2035!


Une politique de rigueur peut-elle réussir ? Le cas de l'Irlande.

Alors que l’on manifeste beaucoup en Europe du sud contre une politique de rigueur, la France semble se désintéresser de la question. Est-ce judicieux ?

En tout cas, cette politique ne semble pas réussir à sa maison témoin, l'Irlande : son PIB continue de diminuer. En 4 ans, il s’est réduit d’¼. The Irish Success Story - NYTimes.com

Foxconn et les rapides changements de l’économie chinoise

La Chine se transformerait extrêmement rapidement. L’économie chinoise reposait jusque-là sur des entreprises gigantesques employant une main d’œuvre d’immigrés intérieurs travaillant beaucoup pour pas grand-chose, dans des conditions effroyables.

Pression internationale plus pénurie de volontaires font augmenter les salaires, arriver les robots et déplacer les entreprises vers les zones d’habitation. (Pressures Drive Change at China’s Electronics Giant Foxconn - NYTimes.com)

Les donneurs d’ordres occidentaux (Apple, Dell, etc.), qui emploient ces sous-traitants vont devoir augmenter leurs prix. Les consommateurs vont-ils en être contents ? se demande The New York Times.

Mais pourquoi augmenter les prix ? Apple, par exemple, a d’énormes marges, pourquoi ne pas les réduire ? Il peut aussi gagner en productivité. Et un concurrent chinois peut émerger. 

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia - LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

Comment choisir un président (7) : le hasard fait bien les choses

Depuis quelques semaines, je tente de trouver des règles scientifiques d'aide au choix d'un président. Mais peut-il y avoir une règle qui s'applique à cette question ? Ne peut-on pas penser que le système politique français trouve des moyens étonnamment ingénieux pour maintenir une forme d'indécidabilité ?

Il existe une théorie pour ce cas, où aucune règle sociale ne marche. Celle des économistes Tversky et Kahneman. Ils ont démontré que l’homme était irrationnel. Laissé à ses seuls moyens, hors règle sociale efficace, il tend à prendre des décisions erronées. D'où possible critère de choix :
  • S’il n’y a qu’une façon de se tromper, il est peut-être une bonne idée de faire le contraire de ce que l’on serait tenté de faire. (Cette recette convient très bien à mon sens de l’orientation.)
  • S’il y a plusieurs façons de se tromper, on peut faire appel au hasard. Encore faut-il déterminer entre quoi se joue le choix.

dimanche 19 février 2012

Après Merkel, Allègre : cabale contre Sarkozy ?

Le marketing, et la psychologie, affirment que l’on acquiert un peu de l’image de marque de celui avec qui l’on s’associe.

L’appui de Mme Merkel, puis de M.Allègre ne pourrait-il pas être embarrassant pour M.Sarkozy ?

N’y a-t-il plus que les gens en difficulté qui parient sur notre président ? « high risk, high reward », comme disent les Anglo-saxons ?

Compléments :

Disparition du constructeur automobile français ?

L’industrie automobile européenne est en grosse surcapacité (de près de 30%). Ce qui signifie qu’elle a des constructeurs en trop.

Une typologie des dits constructeurs :
  • Une sorte de haut de gamme représenté par les constructeurs allemands, et notamment VW, en fort développement.
  • Un bas de gamme dans une mauvaise passe :
    • Renault et Fiat, qui ont construit un groupe international qui compense leur faiblesse.
    • Opel, dont GM voudrait probablement se débarrasser.
    • PSA, petit, seul.
La question que ceci pose est : restera-t-il un savoir-faire de construction automobile en Europe du sud dans quelques années ?
  1. Les tâches d’assemblage semblent promises à la délocalisation.
  2. Quel sera l’avenir de marques comme Renault ou PSA (s’il parvient à construire un partenariat) au sein de groupes dont ils seront le chaînon le moins reluisant ? Celui d’Opel ?
Compléments :
  • Source : Too many cars, too few buyers. Remarque : une grande partie de la valeur de Renault et PSA vient de leurs participations (Nissan et Dacia pour le premier, Faurecia pour le second) ; Renault seul serait valorisé à – 7md€ (!).
  • Histoire de changement ? Globalisation étant le nom du changement ? Les Allemands ont réussi, PSA a raté et Renault y a perdu son âme ?

La fin du collège unique et la faillite de la raison

J’entends dire que le collège unique va disparaître. Curieux, cela se passe sans débat. Question de bon sens ? diraient MM.Wauquiez et Guéant ?

Pourtant, le collège unique est au centre des fameuses valeurs dont parle tant M.Sarkozy.

La forme de libéralisme qui est à l’origine de la France moderne repose sur un principe central. L’homme doué de raison sera un homme moral. Il pourra être laissé libre, puisqu’il saura ce qu’il est bien de faire. Par conséquent, il n’y a rien de plus important que de former la raison humaine.

Mais ce noble projet a un gros défaut : s’il tente de faire de nous des gens de pensée, il nous coupe systématiquement de l’action. D’autant plus que, depuis qu’elle est obsédée de rentabilité à court terme, l’entreprise ne veut plus nous former.

Avant de réformer quoi que ce soit, il serait donc judicieux de se demander ce que l’on veut faire, et d’essayer de comprendre les causes de la situation actuelle. Malheureusement, nos gouvernants ne semblent avoir appris ni à penser, ni à agir. Décidément l’Éducation nationale est une faillite.

Compléments :

L’économie française est-elle plus résistante qu’on ne le croit ?

Depuis pas mal de temps, je suis surpris d’entendre les gens qui m’entourent dire que leurs affaires ne se sont jamais aussi bien portées, mais que ça ne va pas durer.

J’en suis arrivé à me demander s’il n’y avait pas deux France : une qui va bien, et l’autre non.
  1. Il me semble que les affaires des multinationales sont plutôt fastes. Les pays émergents, l’Allemagne et les USA sont porteurs et compensent la méforme d’autres nations. (Les malheurs de PSA viendraient de ce que son marché de petites voitures est beaucoup en Europe du sud.) Du coup, tout ce qui est lié à ces sociétés profite de leur santé.
  2. Je soupçonne que les entreprises qui n’y ont pas accès (et leurs personnels) doivent souffrir : marché déprimé et difficulté à trouver des financements.
Mais ceci n’a rien de scientifique. 

samedi 18 février 2012

Nicolas Sarkozy aurait-il bien géré la France ?

La situation économique du pays est-elle relativement moins mauvaise que celle de nos partenaires ? Je vois passer plusieurs articles qui semblent le dire. (Par exemple : French Politics: France Clings to Growth)

Il est vrai qu’il y a une forme de consensus sur la nécessité des réformes lancées par M.Sarkozy (probablement à gauche et à droite), mais aussi sur le fait qu’il fut effroyablement brouillon dans leur mise en œuvre.

Mes livres affirment qu’aucun changement n’est définitivement raté, que l’important est de le lancer. Serait-ce le cas ici ? Le plus dur aurait-il été fait ? Suffirait-il maintenant de le faire marcher ?

Compléments :

L’entreprise suisse nettoie l’espace

Une société suisse a pour raison sociale le nettoyage des débris de satellites. (Short Sharp Science: Swiss 'janitor' satellite to sweep up space junk)

Nouvelle manifestation des avantages économiques que procurent les caractéristiques culturelles d’une nation ?

Au moins indirectement. Que j’aie écrit ce billet montre que jouer sur des stéréotypes permet d’amplifier, à faible coût, un message. 

Il est bon pour l’économie que les vieux travaillent

Il y aurait corrélation entre (faible) taux d’emploi des vieux et des jeunes. Le départ du vieux ne crée pas une place pour le jeune, mais affaiblit l’économie qui n’a plus les moyens de payer les jeunes. (Keep on trucking)

Est-ce pour autant qu’augmenter l’âge de la retraite est une panacée ?

Je n’en suis pas sûr. Tout l'art du changement est dans sa mise en oeuvre, pas dans de grandes mesures tonitruantes. L’entreprise, qui élimine les vieux (les « séniors » de plus de 45 ans) et n’est guère intéressée par les jeunes, doit aussi être aidée à réformer ses usages. Sans quoi nous aurons des classes de chômeurs à vie. 

vendredi 17 février 2012

Médias sociaux contre démocratie ?

La possible amitié entre Facebook et Nicolas Sarkozy pose une curieuse question : la démocratie est-elle compatible avec les médias sociaux ?

Aux USA, il est courant que les entreprises prennent parti pour le candidat qui sert leurs intérêts. Mais que se passerait-il si Facebook ou Google choisissaient un candidat ?

Le modèle économique des médias sociaux est l’utilisation de données personnelles pour favoriser la vente des produits de leurs entreprises clientes, ou, plus généralement, les intérêts financiers du propriétaire du média social. Les moyens pour ce faire ne sont pas directs, comme la prise de position d’un journal, mais essentiellement subliminaux.

Par exemple, pourquoi Google ne biaiserait-il pas le fonctionnement de ses algorithmes de recherche pour faire sortir en priorité ce qui est favorable à l’un ou embarrassant pour un autre ? 

Explosif Iran ?

Il n’y a pas que la situation intérieure de la Syrie qui soit compliquée. Il faut probablement lire les actes de l’Iran non comme l’expression d’une ligne directrice mais comme celle d’une forme de chaos. Leur motivation serait au moins autant interne qu’externe. Et ce d’autant plus qu’une élection se prépare.

Par exemple, alors que l’on dit qu’Israël attend une amélioration de la météo pour attaquer l’Iran, une telle attaque, qui souderait la population, serait peut-être favorable aux intérêts de l’Ayatollah Khamenei…

Par ailleurs, l’Iran se serait lancé dans une série d’attentats contre les intérêts israéliens dans le monde. Ce serait en représailles des assassinats par Israël de spécialistes iraniens du nucléaire.

Compléments :

Comment changer la société ?

Je lis The Economist depuis longtemps. Ce journal a la particularité d’encourager tout ce qui est favorable à l’économie et au libre échange. C’est ainsi qu’il y a quelques temps, il s’offusquait que M.Sarkozy ait dû faire ouvrir des magasins de luxe, pour que Mme Obama puisse faire des emplettes un dimanche.

Mais, le dimanche, dans notre tradition, jadis catholique, est le sabbat juif, un jour de repos, et surtout de recueillement. Comme Adam Smith, The Economist veut-il faire de nous des machines de production ?

En tout cas, The Economist a compris que tant que nous serons soucieux de rendre notre économie compétitive, nous construirions le Métropolis de ses rêves. The Economist ne parle pas à notre raison, il livre une guerre d’influence et d’idées.

Comment changer notre avenir ? Nier le pouvoir de l'économie et vouloir créer un paradis national est impossible : elle dirige le monde. Il n’y aura de changement que s’il y a accord international pour adopter de nouvelles règles. C’est probablement l’enjeu qui se cache derrière le développement durable, et la responsabilité sociétale de l’entreprise, et de l’individu. 

jeudi 16 février 2012

Nicolas Sarkozy ou l’art de la mise en œuvre du changement

le candidat Sarkozy avait promis, en 2007, de fusionner les deux principales administrations à réseaux de Bercy, la comptabilité publique et la direction générale des impôts, afin de gagner en efficience, et réaliser des économies. Cette réforme, en débat de longue date, mais jamais réalisée, a été menée au pas de charge, par des hauts fonctionnaires proches du président élu en 2007, comme si seul comptait l'affichage de sa réalisation. Dans les faits, les agents des impôts ont été littéralement achetés, les rémunérations des fonctionnaires des deux directions ayant été alignées par le haut, avec force primes. Du coup, la fusion des administrations n'a pas été gage d'économies mais de... dépenses supplémentaires. L'important était qu'elle soit faite, qu'elle puisse être annoncée. (le bilan de Sarkozy entre promesses non tenues et gestion de la crise - La Tribune)
Depuis qu’il est au pouvoir, M.Sarkozy est l’illustration caricaturale des erreurs fatales au changement. Je devrais me réjouir que la pratique vérifie aussi bien la théorie, et pourtant cela me déprime.

Espérons au moins que cet exemple servira à l’édification des générations futures… 

Aventures dans les neiges de l’autre bout du monde

Je n’aime pas les voyages (les changements, plus généralement), et pourtant je me suis retrouvé à Detroit, USA, le temps d’une réunion. J’ai vécu trois jours comme s’ils étaient deux. Et, j’ai eu droit au nec plus ultra du contrôle aéroportuaire, et même à un passage à Amsterdam.

Que dire de Detroit ? Temps doux. Juste un peu de neige.

Quand à son économie, elle serait probablement dans un bien piètre état, sans l’interventionnisme de B.Obama. De loin j’ai vu quelques maisons délabrées, mais les affaires paraissent redémarrer, aux dires, prudents, de mon taxi, victime d’un licenciement il y a deux ans.

En tout cas, les galeries marchandes y sont magnifiques et sans égal en France, même dans nos quartiers riches. Ces galeries seraient-elles des temples dédiés au Commerce ?

Quant au personnel des restaurants, hôtels et magasins il est fort démonstratif et « professionnel ». Je comprends, dans ces conditions, que l’Américain soit décontenancé par l’hostilité qu’il rencontre chez nos commerçants. J’ai aussi noté à quel point le serveur, taxi… se soucient de leur pourboire.

Finalement, et curieusement, si les autoroutes sont aussi rapides et anarchiques que les nôtres (on double souvent par la droite), les voitures paraissent petites, pour l’Amérique. Explication du chauffeur de taxi précédent : multiplication du prix de l’essence par 4. Du coup, Hyundai, qu’il dit pas solide mais pas cher et consommant peu, connaît un gros succès. Nécessité fait loi ?

Facebook vote Sarkozy ?

Contrairement à ce que je croyais, la campagne présidentielle française utiliserait mieux les (certains) médias sociaux que l’américaine. L’Express soupçonne même que Facebook aurait favorisé N.Sarkozi, en le faisant profiter de l’usage de nouvelles fonctionnalités (Facebook roule-t-il pour Sarkozy? - L'EXPRESS)

D’après l’article, N.Sarkozy a des amis bien placés dans le monde des médias sociaux. Mais l’usage du copinage, même habile, est-il acceptable en temps de présidentielle ? Un média aussi monopolistique que Facebook peut-il prendre parti ? Si non, cela ne pose-t-il, même aux USA, pas la question de l’indépendance de Facebook ? 

Existentialisme et expérience de l’absurde

Un précédent billet parle d’existentialisme et de nausée (ou d’absurde), l’expérience qui, par réaction, fait découvrir ce à quoi on croit, sans le savoir.  « L'engagement » c’est être fidèle à cette sorte de pacte.

J’imagine que cette philosophie d’après guerre résultait de ce que les résistants avaient connu un tel moment. J’imagine aussi que le petit Nicolas Sarkozy a découvert sa vocation de néoconservateur devant sa télévision, en 68.

Quant à moi, j’ai assisté au spectacle de 68, mais j’étais probablement trop jeune pour que des écervelés prétendant que la destruction était créatrice fassent de moi un défenseur des valeurs familiales.

J’ai été confronté à l’absurde plus tard, vers 14 ans, quand j’ai découvert que nous étions faits d’atomes, avec de grands vides au milieu. Contrairement à Épicure, je n’y ai rien trouvé de rassurant. Tout n’était-il pas illusion ?

Certes, mais la vie n’est pas possible si l’on ne fait pas comme si ce qu’elle dit était vrai. Mon « engagement », bien modeste, et ce blog, viennent peut-être de là. Je suis resté une sorte d’observateur, un peu extérieur, de la vie, qui cherche à en comprendre les règles ?

Mais cet engagement s’oppose aussi à l’individualisme anglo-saxon. Ce dernier va jusqu’à dire que nous sommes dirigés par des individus élémentaires, nos gènes. Pourquoi pas les atomes, quarks ou cordes ? Pour ma part, il me semble, avec quelques scientifiques, qu’il y a « émergence », que le groupement d’individus donne une sorte « d’être » nouveau, qui est différent de ses composants. Je pense aussi que les individus peuvent influencer l’être : l’homme peut changer la société.

mercredi 15 février 2012

Pourquoi le zèbre est-il rayé ?

Les rayures du zèbre le rendraient invisible aux mouches tsétsé et aux taons.

L’article se demande pourquoi d’autres ne l’ont pas imité. (Horse sense)

Peut-être parce que, alors, les mouches se seraient adaptées (ou auraient crevé) ?

Catholicisme contre protestantisme

Le riche (…) a reçu ses biens, et le pauvre ses maux dans cette vie (…) Écoutez riches et tremblez : et maintenant (…) l’un reçoit sa consolation, et l’autre son juste supplice. (Bossuet, Oraison funèbre de Michel Le Tellier)
Étonnante différence de traitement de la vie terrestre par le catholicisme et le protestantisme.

Pour le premier elle est une succession de calamités, pour l’autre l’élu est désigné de son vivant. Curieux que l’humanité ait pu accepter si longtemps une vision catholique aussi « absurde » (au sens existentialiste du terme) de l’existence.

En fait, le catholicisme a peut-être un atout déterminant : il contente de son sort une masse d’opprimés. Les puissants s’en tirent à bon compte : un rien de contrition, et un brin de charité peuvent laisser espérer le paradis.

Et si c'était ce qui lui a été fatal ? En se prêtant à l’exploitation du peuple, il poussait les classes dirigeantes à la paresse ? Ce qui a dû sembler inacceptable au bourgeois entreprenant et riche ? D’où les révolutions anglaises et françaises et l’émergence du protestantisme et de la laïcité, deux formes de protection de l’individu des empiètements d’une oppression totalitaire ?

Versailles au crépuscule, les oraisons funèbres de Bossuet

Bossuet, les oraisons funèbres, Édition de Jacques Truchet, Folio classique, 1998.

Pourquoi lire les oraisons funèbres ? Je pensais y trouver des histoires de vies. C’est raté.

L’existence du défunt n’y est évoquée que par ellipses. Reste une tentative de leçon de morale. Bossuet fait une sorte de « psychanalyse existentielle » du mort, afin d’y trouver une expérience qui définisse cette vie, afin de l’utiliser pour édifier la plus haute société de son temps.

Bossuet lutte contre les esprits forts, les libertins sans cesse plus nombreux. Il célèbre des combats d'arrière-garde victorieux : les conversions de dernière minute de quelques hauts personnages, effrayés par la mort, après une vie dissolue. Mais le combat est perdu, car il a accepté, inconsciemment, les règles du jeu de ses ennemis : il raisonne. Et il raisonne curieusement : quoi qu’il soit arrivé au mort, triomphe ou drame, il faut y voir la main de Dieu. Ce qui semble l’amener à justifier tout et son contraire.

Ces oraisons sont-elles celles de l’Ancien régime ?

mardi 14 février 2012

Du néoconservateur et de la dialectique de Hegel

Le néoconservateur (cf. Neocon) rejette le relativisme de gauche, en affirmant qu’il existe des civilisations supérieures (la sienne).

Bizarrement, Kant et les Lumières semblent avoir donné une solution à cette question il y a deux siècles : le fédéralisme. Le monde doit être construit sur des cultures différentes, qui se stimulent mutuellement, du fait de leur différence. (Kant parle de « paix armée ».)

Et les USA montrent comment des religions naturellement en conflit peuvent cohabiter sans s’affronter. Le tout est de penser que l’union vaut mieux que la guerre, et que, pour le reste, il y a toujours un moyen de s’arranger.

Curieuse illustration de la dialectique de Hegel : thèse (relativisme), antithèse (supériorité des civilisations), synthèse (fédéralisme, il faut de tout pour faire un monde).

Compléments :

Réforme des taxis et libéralisme

Comme évaluer la virilité d’un économiste libéral ? À sa volonté de déréglementer la profession de taxi.

Son argumentation ressortit au simple bon sens, dirait M.Guéant. Les taxis sont des « rentiers ». Si on leur imposait une concurrence parfaite, on aurait une création immédiate d’emplois peu qualifiés, et un transport facilité. Simple question de courage, dirait M.Sarkozy.

Pas si sûr. The Economist explique que la déréglementation des taxis pose des problèmes de mise en œuvre extrêmement complexes. En fait, la réglementation actuelle résulte avant tout de tentatives successives de corriger les excès d’un marché libre. (A fare fight)

En outre, si je ne prends pas le taxi, c’est qu’il est généralement plus lent que les transports en commun. J’imagine qu’une réforme des taxis devrait aussi s’accompagner d’une modification de l’infrastructure routière.

Dans ces conditions, pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’économiste libéral n’aime pas voyager en transports en commun ? 

L'ordinateur a ses crises boursières

On soupçonne de plus en plus les ordinateurs d’être capables de créer des crises boursières.

On aurait trouvé un moyen de les prévenir. Il y aurait des signes avant-coureurs : certains cours d'actions connaîtraient des pics brutaux, ou « fractures ». Leur multiplication amènerait le système que forme l’ensemble des ordinateurs financiers, en quelque sorte, à entrer en résonnance.

Curieux comme les machines ont une forme de vie propre qui échappe à notre raison. Au départ de l’informatisation des échanges financiers il y avait l’idée qu’on ne pourrait que s’en trouver mieux. Aujourd’hui, on constate que la créature a échappé à son maître ?

Compléments :

Existentialisme et raison

Je trouve inconfortable que l’existentialiste démontre par la raison qu’elle est inutile.

Pourtant, je rencontre souvent cette situation. Définir la stratégie d’une entreprise n’est pas résoudre une équation, mais c’est une sorte de coup de génie qui fait apercevoir une idée à la fois désirable et qui paraît résoudre toutes les questions en cours.

Cependant, « l’acte de foi » des existentialistes m’inquiète. Il me semble que les drames de ces derniers siècles viennent des conséquences imprévues de tels actes de foi.

Même si l’on ne sait pas d’où vient la solution, on doit raisonnablement savoir comment y parvenir.  

lundi 13 février 2012

Syrie : un détonateur ?

Deux mouvements opposés face au conflit syrien font peser des menaces qui vont au-delà, me semble-t-il, des frontières syriennes.

D'une part, l'Arabie saoudite, tout comme Al-Qaida, lancent des appels aux musulmans sunnites pour soutenir ou intervenir en faveur de leurs frères syriens. Cette alliance objective d'un régime politique et d'un mouvement né pour le combattre peut déjà surprendre. Elle s'explique par un réflexe communautaire : les quartiers sunnites de Homs se trouvent sous le bombardement d'un gouvernement (et d'une armée) dominé par les Alaouites, apparentés aux Chiites. Lesquels sont soutenus par l'axe chiite constitué par l'Iran, le Hezbollah au Liban et, en moindre mesure, le gouvernement chiite irakien.

D'autre part, la Russie et la Chine continuent de défendre la dictature syrienne - comme tant d'autres dans le monde - peut-être moins par intérêt que pour éviter un précédent qui auraient des résonances intérieures, surtout en Russie. A l'opposé, l'Occident est tenté par un nouveau schéma à la libyenne. Certains pays arabes, notamment ceux qui viennent d'effectuer leur révolution (vers plus de démocratie ?) condamnent de plus en plus fermement la répression en Syrie. La ligne de fracture, ici, se situe entre la pérennisation de régimes autoritaires ou dictatoriaux et le pouvoir au peuple dans un Etat de droit.

Pourtant, si la situation était aussi simple, on pourrait (?) espérer une solution négociée. Il semble malheureusement que le problème est beaucoup plus complexe, pour deux raisons essentielles.

Première raison : la Syrie est un pays lui-même complexe, dominé en nombre par des Arabes sunnites (environ les trois quarts de la population) mais vivant aux côtés de plusieurs minorités ethniques ou ethnico-religieuses (communautés chiites ismaéliennes dont les Alouites, Kurdes, Turkmènes, Druzes, Assyriens et Arméniens notamment). Ces minorités sont des minorités très significatives voire des majorités à l'échelle de certaines régions syriennes.

Deuxième raison : la nature et les intérêts des pays de la région sont très divers. Pour résumer à très grands traits, les monarchies du golfe souhaitent essentiellement protéger les sunnites et contrer l'Iran et son axe chiite. Certaines d'entre elles, notamment l'Arabie saoudite autour de ses régions pétrolières, ont toutefois de fortes minorités chiites (même une majorité dans le cas de Bahrain). Les gouvernements issus du printemps arabe veulent démontrer qu'ils peuvent promouvoir une forme localisée de démocratie, compatible avec l'islam et indépendante de l'Occident. La Turquie (sunnite) tente, elle, de promouvoir son propre régime, d'affirmer sa puissance régionale, de contrôler les velléités des Kurdes syriens...

Les dynamiques politiques à l'oeuvre, à l'intérieur ET à l'extérieur, me font penser au cas libanais. C'est-à-dire à un nouveau détonateur d'un chaos régional. L'importance et l'enchevêtrement des enjeux peut soit bloquer le changement de régime entraînant une crispation internationale durable, soit à l'inverse provoquer un changement si fort qu'il débordera de manière incontrôlable hors de Syrie.

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

Souffrances du banquier

Il y a peu on m’a parlé de la Société Générale et de la BNP. On y serait déboussolé. Leurs employés considéraient l’existence comme une croissance sans fin, justifiant des salaires extraterrestres. Confrontés à une activité qui se contracte, ils sont désemparés. Rien de ce qui semblait jusque-là faire leur succès ne paraît fonctionner.

On découvre que la banque a créé une curieuse culture :
" Dans ce milieu, l'argent, c'est la seule reconnaissance, souligne Vincent. Sans bonus, on n'est plus rien. "
" Il n'y a aucune logique sociale ni éthique, confirme le psychiatre Michel Debout. De l'extérieur, ils sont si étrangers à nos préoccupations qu'on a du mal à imaginer qu'ils soient en état de souffrance. Quand on parle de bulle financière, il s'agit aussi d'une bulle qui les sépare du reste de la société. " Les banquiers se cachent pour pleurer - M Magazine
Le pire peut-être dans cette culture, est qu’elle pose l’individualisme comme principe. Aujourd’hui les héros de la finance doivent affronter, seuls, un sort qui les écrase. L'individu ne défie jamais impunément la société ?
" Ils sont de moins en moins nombreux et ont toujours autant de travail, explique Michael Sinclair, psychologue dans une clinique à la City de Londres. Je vois de plus en plus d'employés en dépression, et même des grands patrons. Cet environnement est tellement compétitif qu'ils n'ont pas le droit de montrer le moindre signe d'abattement. Au contraire, ils font la course au "présentéisme". Ils donnent leur vie à leur travail, ça fait partie du deal. Sauf que, maintenant, ils n'ont plus les mêmes garanties, notamment financières. " 

Le top model est surdiplômé

Fini, le top model venu du caniveau. Il serait maintenant surdiplômé. Quant aux mannequinat ordinaire, il serait envahi par un prolétariat international soumis à une concurrence parfaite. (The beauty business)

Le monde des défilés de mode est-il à l’image des transformations de notre société ? Les meilleures positions vont aux héritiers, pour les autres, on fait jouer l’offre et la demande, et les pays émergents, pour en réduire le coût ?

Choisir un président (6) : pratiques anglaises

À côté des théories de mes précédents billets, il y a la pratique. En particulier, celle de l’Angleterre, qui est probablement la plus ancienne démocratie de l’ère moderne. Que ferait l’Angleterre si elle devait choisir notre président ?

Dès le Moyen-âge l’Angleterre semble s’être organisée sur le modèle grec, qu’elle conserve aujourd’hui : 
  • une classe dominante assez égalitaire, ouverte à l’ascenseur social du succès, mais protégée de la dislocation par un système d’héritage contraignant ; 
  • une classe de sous-hommes.
Au 17ème siècle l’élite s’est débarrassée de son roi (devenu, depuis, décoratif) et a adopté un régime parlementaire.

Une des caractéristiques frappantes de ce régime est son mode d’alternance. Depuis l’origine, le parti qui remporte une guerre est remplacé par son opposition. L’Anglais pense-t-il que chaque parti a une spécialité, et que cette spécialité correspond à un type de circonstances donné ? Change-t-on de parti parce qu’il ne peut changer de politique sans perdre la face ?...

Qu’en est-il dans notre cas ? Il est possible que nous voulions à la fois un gouvernement qui puisse rétablir des valeurs de plus grande solidarité, mais aussi qui fasse preuve de détermination et de pragmatisme dans la gestion de la crise.

Compléments :
  • Sur le Moyen-âge : Marc Bloch et Roland Marx.
  • Sur le 17ème siècle : COWARD, Barry, The Stuart Age: England, 1603-1714, Longman, 2011.

dimanche 12 février 2012

Connaissez-vous Change?

Un petit article iconoclaste sur ce blog, pour parler de R&B et de soul music (bien à propos pour la disparition de Whitney Houston). Connaissez-vous le groupe "Change"?
Miracles / Change of Heart

Où va la Syrie ?

Comment les troubles syriens vont-ils finir ?

D’un côté, il y a un peuple résolu, qui n’a pas peur du martyr, de l’autre un président jeune et appuyé par une armée dévouée. Chacun à ses alliés, les nations sunnites pour les uns, l’Iran et la Russie, pour les autres.

L’Occident et Israël ne seraient-ils pas au milieu ? La situation actuelle ne leur serait-elle pas favorable ? Un allié de l’Iran est paralysé, sa défaite mettrait Israël en face d’une union sunnite… Cela explique-t-il notre manque d’empressement à faire cesser l’affaire ?

Compléments :

Changement et systémique : comment rater l’acquisition d’une société ?

À l’époque où les entreprises commençaient à licencier leurs surdiplômés, j’en ai rencontré beaucoup qui pensaient qu’il suffisait d’acheter une entreprise pour retrouver un salaire. (Les autres devenaient coachs ou consultants.)

Ce qui m’a frappé, c’est qu’ils considéraient cet achat comme devant leur apporter une sorte de rente.

En fait, une entreprise, particulièrement en France, est l’extension de son patron. Plus de patron, plus d’âme. Bref, reprendre une entreprise c’est avant tout la réinventer, comme je le dis dans un article. Mais, ce qu’il n’explique pas assez, c’est que cela demande une increvable énergie : non seulement il faut être porté par un projet, mais en plus on doit remodeler un tissu social de pisse-vinaigres en deuil de leur Dieu.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.
  • Je n’aborde pas ici, la question classique de l’échec des fusions-acquisitions. L'erreur systémique est la même : les concevoir comme des problèmes exclusivement financiers, alors que toute la valeur de l’entreprise est dans son capital social. 

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

samedi 11 février 2012

Antoine de Saint-Exupéry précurseur de la RSE

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« Le plus beau métier est d’unir les hommes »

On le sait « Saint-Ex » était visionnaire et homme de bon sens. Une bonne partie de son œuvre porte sur la nature des relations humaines et les qualités de ceux qui les rendent durables.

En 2008, j’ai probablement participé à une des expertises les plus enrichissantes depuis quinze ans de métier, qui illustre si bien cette citation.

En mars de cette année-là, lors du chargement d’un navire, la rupture d’une canalisation laisse échapper plus de 500 tonnes de pétrole brut dans l’estuaire de la LOIRE, à DONGES. La configuration des installations, les marées, l’écosystème, vont provoquer une dispersion de ce pétrole jusqu’à l’ile de Ré et la plage de La Baule, mettre à pied les pêcheurs de l’estuaire, menacer les agriculteurs et mettre en péril la saison touristique qui s’ouvre. Le désastre paraît immense et l’abattement est profond.

3 mois plus tard, l’intégrité de l’écosystème sensible de ce milieu humide a été préservée, la pollution absorbée. Les professionnels de la pêche ont été indemnisés, leur business est préservé. L’image de cette magnifique région n’a pas été dégradée et des projets de développement maîtrisé qui sommeillaient, ont été dynamisés.

Comme un symbole, la raffinerie à l’origine de la pollution, sera la seule épargnée, en France, lors de la grève très dure de cette période. Son image locale, pourtant si noire (pétrole) après l’ERIKA, sera même redorée. L’absence de « judiciarisation » du dossier complète le tableau.

Un miracle ! Certainement pas !

Ce sont simplement les hommes qui se sont réunis et unis pour que chacun joue son rôle sociétal et assume sa part.

L’immense désordre (Tohu) provoqué par cette pollution, a fait place à un ordre supérieur (Bohu).

Les responsables de la raffinerie ont assumé leur responsabilité de pollueur involontaire, et ouvert le dialogue franc avec les parties prenantes : la sécurité civile et les autorités, les associations de pêcheurs, d’agriculteurs et de professionnels du tourisme, les collectivités locales, les associations, les assureurs…
  • La nature a pu retrouver son équilibre, et au-delà, ce milieu humide si sensible et si essentiel, bénéficie de nouveaux projets de préservation.
  • L’économie des secteurs qui vivent de ce milieu a été préservée et pérennisée.
  • Les hommes qui n’étaient pas supposés se rencontrer ont pu se réunir et comprendre l’étroite et totale interdépendance qui les lie, et surtout, que derrière chaque entité froide : une raffinerie, le business de la pêche, les collectivités… il y a, avant tout, des hommes et des femmes avec des besoins communs et une dépendance à la nature nourricière.
La crise s’est donc transformée en prise de conscience et en formidables opportunités.

Et j’ose croire que les experts qui ont participé à cette formidable aventure humaine ont été comme la très – trop - discrète abeille qui vole de fleur en fleur, et sans qui beaucoup d’espèces végétales ne pourraient se développer durablement.

Compléments :

Obama, révolutionnaire des médias sociaux

Quelle différence entre M.Obama et nos hommes politiques. Alors que ces derniers ne savent probablement pas ce qu’est un ordinateur, M.Obama donne aux dernières innovations le premier rôle dans son plan de réélection. (Boffins wanted)

Il précède même les entreprises dans les nouveaux usages des réseaux sociaux. Il emploie des techniques d’analyse de données révolutionnaires pour savoir qui vote quoi, quel message est le plus efficace, comment déclencher des épidémies sociales, et, plus généralement, comment utiliser au mieux ses fonds de campagne pour manipuler les esprits.

Changement et systémique : comment rater le déploiement d’un progiciel de gestion ?

Dans un de mes livres je cite un rapport d’Accenture qui estime le taux de succès des « grands projets informatiques » à moins de 20%.

Il y a une dizaine d’année, j’ai mené une étude sur le sujet. On peut la résumer par ce que m’a dit un éditeur de logiciel : ces projets échouent parce que le dirigeant pense faire « un achat industriel ». Il veut de la productivité clé en main, et pour cela, il croit acheter une machine.

Un article d’Harvard Business Review, que je citais aussi, disait la même chose : l’échec des logiciels de gestion de la relation client (CRM) vient de ce que l’on a confié « la relation client à la direction informatique ».

Où est le bug ? On croit ces projets techniques. On les confie à des techniciens. Parfois des informaticiens juniors, bien plus souvent des consultants en stratégie juniors (un avatar des missionnaires de nos colonies). Ils ont des marteaux et voient des clous partout. Or, la mise en oeuvre du changement est à inventer. Il doit être pris en main par ceux qui ont le pouvoir réel, celui de l'action concrète, afin qu'ils lui donnent une expression qui correspond à l'infinité de questions techniques qu'il faut résoudre pour transformer l'édifice.

Pour qu’un projet réussisse il doit être mené par des donneurs d’aide.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.

L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).

Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l'individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C'est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).

Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…

L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.

Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.

Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir.