samedi 25 février 2012

Faut-il bombarder l’Iran ?

Faut-il bombarder l’Iran pour lui faire passer le goût du nucléaire ? semblent se demander les USA et Israël.

Faut-il intervenir en cette période préélectorale ? La présidence américaine n’y a peut-être pas intérêt, mais Israël pourrait le prendre en otage. 

The Economist pense qu’une attaque aurait plus d’inconvénients que d’avantages (Bombing Iran). L’opération serait hasardeuse et au mieux peu fructueuse. En outre, elle souderait l’Iran derrière ses dirigeants. Il semble plus efficace de diviser pour régner. Le pouvoir iranien est en proie aux tensions internes, le Moyen-Orient connaît un printemps communicatif…

Crises syriennes et grecques : actes manqués ?

L’acte manqué est un désir inconscient dit la psychanalyse. Les nations n’ont-elles pas aussi leurs actes manqués ? La crise syrienne, par exemple, ne sert-elle pas beaucoup d’intérêts ?

Et la crise grecque ? Et s’il y avait une utilité à ce que la souffrance du Grec soit interminable et démonstrative, à ce que la Grèce mette des décennies à se redresser ? Cela ne fournira-t-il pas aux peuples européens un exemple édifiant susceptible de les éloigner du vice ? Mais, aussi, le doute que cela fait planer sur la santé de l’Europe et la faiblesse de l’euro qui en est la conséquence ne servent-ils pas les intérêts des exportateurs allemands ?

Actes machiavéliques ? Ou nos démocraties n’ont bon cœur que lorsque l’intérêt d’un de leurs composants dominants est affecté ?

Welcome in Vienna

Film d’Axel Corti, 1987.

Périple de Juifs et opposants au nazisme fuyant l’Autriche. Premier épisode : passage en France.

Ce film est une sorte d’avatar de l’Ingénu. Un jeune homme regarde le monde avec étonnement. La France y est vue de loin, par les actualités de l’époque (armée française débraillée et mal équipée face à la machine de guerre allemande !), et par ce qu’en disent d’autres immigrés, étonnés du spectacle qu’ils rencontrent.

Et c’est plus terrible, et déprimant, pour nous que toute autre critique. Parce que nous y paraissons infiniment plus bêtes que méchants. Sommes nous restés comme cela ?

vendredi 24 février 2012

Le changement après quelques jours dans une prison dorée en Casamence

Le changement, après quelques jours dans « une prison dorée » au Sénégal : de l’utilité voire de la nécessité de changer de repères, de cadre, d’environnement pour aborder le monde avec un autre regard.

Suite à un rapide voyage, j’ai pensé, pour initialiser ma participation au Cercle du Changement,  à parler du recadrage, puissant outil dans l’approche du changement.

Les vacances permettent en général de relativiser, d’avoir un autre rapport au temps, d’avoir un autre rapport au stress, d’avoir un autre rapport à soi et aux autres….

D’abord quelques impressions de voyage, j’ai été frappée par l’écoute et la disponibilité des Sénégalais, jamais agressifs, heureux de vivre, désireux de travailler, de progresser. Frappée par les rencontres avec de femmes qui ont une vision pour le futur et sont persuadées qu’elles vont jouer un rôle dans l’avenir de leur pays. Frappée par le désir de la population de voir les élections se dérouler dans un climat serein pour voir à la tête du pays un président permettant à leurs enfants de se réaliser et de progresser.

Les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit…Lao Tseu

Dans le cadre de ma pratique de l’accompagnement professionnel individuel, j’ai souvent constaté qu’un changement même minime chez la personne accompagnée entraîne des changements chez les autres acteurs du système.

Recadrer signifie,  selon la définition de Paul Watzlawick : changer de point de vue perceptuel, conceptuel et / ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux faits concrets de la situation et qui va en changer toute la signification.
Je vais vous faire partager mon approche de l’accompagnement individuel au cours des prochains billets.

Tactique de Nicolas Sarkozy : le modèle américain ?

Hier soir, la radio du taxi qui me ramenait chez moi parlait des dernières déclarations de M.Sarkozy. J'ai eu l’impression de me retrouver à l’époque du PC.

Et si cette tactique était un avatar de la stratégie utilisée par les Républicains contre M.Obama ?

Lorsque M.Obama a été élu, on aurait pu croire que les Républicains, associés à George Bush, allaient traverser une période de prostration. Pas du tout, ils ont été d’une agressivité redoutable. Agressivité dont la caractéristique remarquable était une totale absence d’honnêteté intellectuelle. Et cela a remarquablement bien marché. D’autant mieux que M.Obama a jugé ce comportement indigne de la vision qu’il avait de l’Amérique et de son rôle. Il n’y a donc pas répondu.

La France est-elle l’Amérique ?

Compléments :

L’Abbé Grégoire, homme politique exemplaire (1750 – 1831)

J’ai traversé vingt-cinq ans de Révolution. J’ai vu autour de moi les circonstances changer mille fois et je suis resté le même.
Un paradoxe pour le « Cercle du Changement » ?

En fait, Grégoire, croyant et républicain, conserve l’équilibre grâce à une constante adaptation, aussi bien dans une première période, antireligieuse que dans une seconde, anti républicaine. Sa vie politique s’est, en effet, déployée de 1789 à 1820. Malgré la Terreur, il ne cessa jamais de siéger à la Convention en habit ecclésiastique.

La rigueur subtile de sa position, méconnue, il est rejeté par les uns pour avoir été un prêtre courageux défenseur de sa foi, et par les autres pour avoir été « jureur ».

Probablement aussi, l’extrême complexité, due aux temps troublés qu’il a traversés et aux sujets délicats qu’il a abordés, est-elle une explication de la non reconnaissance que son engagement mériterait, dont voici quelques exemples.

Législateur innovant et éclectique, il rédigeait et défendait ses propositions avec talent, en particulier pour la défense des minorités de l’époque, les Noirs, les Juifs et les Femmes. Il est pourtant inconnu par rapport aux icones révolutionnaires. Ce sont d’autres que lui qui en récoltent les fruits.
Partisan de l’abolition de la royauté, mais aussi de la peine de mort, il n’a pas voté celle de Louis XVI.
À l’origine de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il est partisan d’une Eglise gallicane. C’est pourquoi il s’oppose à Bonaparte au sujet du Concordat qui renouait avec l’Eglise romaine.
Il s’oppose aussi, courageusement, à la proclamation de l’Empire, car il voit en Napoléon Ier un continuateur de Louis XIV.

L’éducation pour lui était le moyen de la liberté et il écrivait : « Éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître » ; il est l’un des fondateurs, entre autres, du Conservatoire national des arts et métiers, et de l’Ecole Polytechnique. Dans son Rapport sur l’établissement d’un Conservatoire des Arts et Métiers (29 septembre 1794), il affirme : « Le perfectionnement des arts est un principe conservateur de la liberté ; secouer le joug de l’industrie étrangère, c’est assurer sa propre indépendance. »

À l’occasion du Bicentenaire de la Révolution, en 1989, ses cendres ont été transférées au Panthéon, avec celles de Condorcet et de Monge.

En France, deux thèses essentielles lui ont été consacrées, l’une de Rita Hermon Belot, La politique et la vérité, l’Abbé Grégoire et la Révolution française, et l’autre de Jean Dubray, Les fondements anthropologiques et l’art social dans l’oeuvre de l’Abbé Grégoire.

Au Cnam, quelques-uns se sont donnés la mission de mieux faire connaître l’Abbé Grégoire, en organisant des colloques, ouverts à tous, qui ont permis d'évoquer différentes facettes de l'oeuvre et de la personnalité de l'abbé Grégoire :
  • le premier, en 2006 : L’Abbé Grégoire, pionnier de la formation professionnelle.
  • le deuxième, en 2007 : L’Abbé Grégoire et le patrimoine.
  • le troisième, en 2009: L’Abbé Grégoire, défenseur des droits de l’Homme.
  • le quatrième, en 2010 « L’Abbé Grégoire et la Séparation de l’Eglise et de l’Etat ».
Le jeudi 8 mars prochain, a lieu le cinquième colloque, L’Abbé Grégoire et les droits de la femme, dans l’amphi éponyme, au Cnam.

La figure de l’Abbé Grégoire reprend sa place :
Un panneau, dans une salle du Musée, nous informe sur le décret de la création du Cnam, propose quelques citations, ainsi que des documents à consulter.
Un portrait, placé dans la loge impériale, le rendra présent dans « son » amphi.

Internet et la culture de la défiance

Attention, vos emails sont auscultés. Les entreprises les font traiter par des logiciels dressés pour y découvrir des preuves de culpabilité. (Mind your language)

Et si les entreprises tentaient de bâtir une culture de confiance, cela ne pourrait-il pas leur faire gagner beaucoup d’argent ? 

Qu’est-ce qui rend les entreprises durablement performantes ?

Classique de la littérature du management : quels sont les paramètres corrélés avec le succès de l'entreprise ? (La définition de succès, ici, est une croissance soutenue et régulière.)

Apparemment qu’elle ait le profil d’une entreprise allemande, et pas d’une grande entreprise française. Elle combine stabilité et apprentissage permanent. 
  • Une stratégie claire, qui ne varie pas, des valeurs fortes et partagées, une direction solide, modeste, non charismatique, sortie du rang, et installée dans le temps, des liens forts avec clients et employés. 
  • À côté de cela, elle apprend continûment, par la technique dite de « l’option », c’est-à-dire en expérimentant sans arrêt, par petits changements, pas par rupture.
Mon expérience me fait croire que le plus important là-dedans est de trouver le bon cap. Un « changement » réussi est traditionnellement suivi d’une vingtaine d’années de calme. Effectivement, alors, les changements suivants sont faciles et stimulants. Ils peuvent se faire vite et bien, par apparemment petites actions. 

Mais peut-on éviter la destruction créatrice de Schumpeter, c'est-à-dire d’avoir à se réinventer périodiquement du fait de la transformation radicale de son environnement concurrentiel ?

jeudi 23 février 2012

Changer l’administration : par où commencer ?

Question qui me poursuit : pourquoi les changements échouent-ils dans l’administration ?

J’ai fini par identifier une différence majeure entre sa philosophie du changement et celle de l’entreprise.
  • Dans l’administration, le dirigeant exige et le subordonné fait ce qu’il peut pour exécuter. S’il n’y parvient pas, il est accusé d’incompétence et de résistance au changement.
  • Dans l’entreprise, tout est une question de procédures. Pour transformer la performance de son organisation, le dirigeant ne cherche pas à agir sur les hommes, mais sur les procédures de travail, qu’ils suivent. Par exemple, si l’on veut augmenter sa rentabilité, on va chercher à y introduire une procédure de « target costing ».
Et la conduite du changement, c’est justement cela : faire évoluer les règles qui organisent les comportements collectifs. (Une définition.)

Le miracle indien sabordé par l’individualisme ?

Le centre commercial indien est un assemblage de boutiques indépendantes : le souci du bien collectif n’est pas suffisant pour qu’il y ait accord sur des investissements communs, parkings ou autres. (A modest diagnosis of India’s infrastructure woes » INSEAD Blog)

L’Inde peut-elle « émerger », sans une vision partagée d’une volonté souveraine,  se traduisant par un État qui organise l’action individuelle ?

Culturellement, l’Inde serait-elle encore plus individualiste que les pays anglo-saxons ?  

Pattes blanches

Film de Jean Grémillon, 1949.

Un grand film qui donne de grands rôles à de grands acteurs. Pas de bons et de mauvais ici, mais des êtres humains comme ceux que produit la société.

Curieux Michel Bouquet, tout jeune et frêle. À la fois précurseur de ce qu’il est aujourd’hui et porteur de quelque chose de différent, de romantique, d’un ascendant Jean-Louis Barreau peut-être.

Au fond, ce qui marche le mieux au cinéma ce ne sont pas les leçons de morale que l’on tend à nous servir, mais les éternels mystères et miracles des relations humaines. Ce qu’a réussi Les intouchables, toutes proportions gardées.

mercredi 22 février 2012

Le Pharmacien, l'agent d'assurance et l'avocat, quels points communs?

La semaine dernière a été riche d'échanges avec des représentants de ces trois professions lors de mes différentes expertises du moment :

Une pharmacienne - ancienne génération et de Province- est en litige avec son fournisseur historique de progiciel depuis plus d'un an. La pharmacienne évoque la transformation pernicieuse du métier soumis aux diktats des "grands laboratoires et des fournisseurs".
Elle évoque la perte d'autonomie et la relation client, perdue.
Lorsque je l'interroge sur la capacité de la profession à s'organiser, elle fait état de "l'histoire de ce métier et de son statut de libéral" qui le rend très individualiste et aveugle.
Elle craint la transformation des officines en simples agences commerciales aux mains des laboratoires...

Un agent d'assurance de la même génération, et d'un province plus méridionale, s'inquiète également du devenir de son métier.
Le sinistre constitue le vrai service après vente d'un assureur, il révèle la qualité du contrat conclu et du service promis.
Aujourd'hui l'assureur a centralisé l'achat des prestataires qui contribuent à ce SAV, et déshabillé ses agents. Ces derniers peuvent bien choisir un prestataire, mais référencé, et n'ont aucune action possible sur la qualité de la prestation.
Ainsi, et tout particulièrement pour la Responsabilité Civile, l'agent a les plus grandes difficultés pour obtenir une prestation sur mesure, et donc sortant des standards qu'imposent les prix négociés, pour traiter des cas particuliers où la situation est sensible malgré des enjeux faciaux faibles.
Il en résulte des perte de bons clients sur des petits sinistres insignifiants.
L'agent est malheureux car il voit ce qu'il faut faire pour garder le client et ne peut que constater les dégâts.
Personne n'est à blâmer, l'acheteur a acheté à très bon prix, le prestataire a répondu aux standards de la mission, l'agent a râlé pour défendre son client. Le client insatisfait est parti.
A nouveau une profession libérale - c'est le statut de l'agent- qui est sous le joug de la puissance d'un grand groupe...

Enfin, l'avocat, profession libérale par essence, souffre également, en particulier celui qui est soumis aux assureurs qui lui apportent une grande partie de son business.
Aujourd'hui, les assureurs souhaitent acheter l'avocat au forfait. Comment va s'organiser l'avocat qui dans un dossier va recevoir une série de documents qui va produire un taux horaire indigne d'une femme de ménage? Tous les coups sont envisageables!

Voilà donc trois métiers libéraux qui vont subir des transformations radicales de leur profession respective.
Il semble que ces transformations sont dictées par un seul impératif : faire des économies.
Elles semblent prisonnières des grands groupes, puissants, mais aveugles.
Toutes trois, sont victimes de leur culture individuelle et sont en passe de perdre leur statut, l'amour du métier, leur savoir faire.

La RSE n'est elle pas leur planche de salut, pour :
  1. retrouver leur identité ou la redéfinir en tenant compte de l'évolution de la société,
  2. identifier leurs atouts sociétaux
  3. développer une communication efficace vis à vis de leurs parties prenantes pour se développer durablement?
La fédération des experts (FSE) le fait alors pourquoi pas d'autres?

Idée supplémentaire : Seul ce qui parait mesurable est identifiable et donc appréciable.
Comment développer une mesure du service rendu par de telles professions? C'est le même problème pour la biodiversité. Quel est l'impact de la perte d'une espèce?

Pour l'anecdote :
Un dossier contentieux est attribué à une équipe constituée d'un avocat et d'un expert.
Les enjeux du dossier sont évalués à 10 millions d'euros. Le travail, conséquent, de ladite équipe aboutit à un règlement par l'assureur de 250.000 euros.
Le coût avocat expert est de l'ordre de 80.000 euros.
Paradoxalement l'assureur ne sait pas mesurer que le gain est de 9.750.000 euros et va donc simplement mesurer la performance de l'équipe par le rapport 80 000/250 000 soit 32% ce qui est beaucoup plus insupportable que 80.000/9.750.000 soit 0,8%!

Coût du travail, France, Allemagne et TVA sociale

Étude sur le coût du travail en Europe. Je note que :
  • Le Danemark et la Suède on le même coût du travail alors que l’une finance la protection sociale par l’impôt, et l’autre par une cotisation salariale. La TVA sociale ne fera pas mécaniquement baisser le coût du travail ?
  • Les 35h auraient eu la conséquence inattendue de faire considérablement gagner en productivité les entreprises, autant que les mesures du Chancelier Schröder.
Une fois de plus, le succès du changement est dans sa mise en œuvre ? Malheureusement le point faible de nos gouvernements successifs…

Peugeot, GM et Opel

Les aventures de l’automobile en France connaissent un rebondissement. Le Financial Times et la Tribune parlent d’un rapprochement entre Peugeot et GM.

Mais ces articles n’ont rien de précis. Plusieurs scénarios sont probablement possibles :
  • GM est fort en Amérique, dans les pays émergent, et (relativement) en Europe du Nord. Traditionnellement il conçoit de grosses voitures. PSA est présent en Europe du Sud et a un savoir-faire (rare) de construction de petites voitures. PSA apporterait son savoir-faire petite voiture (conception économique) et GM son réseau.  Mais comment trouver un accord qui fonctionne, sans absorption de PSA par GM ?
  • Opel et PSA : mise en commun de moyens pour réduire leurs coûts respectifs (et leurs capacités de production ?).
Comme souvent dans le changement, il semble qu'un rapprochement soit dans l'intérêt général. Mais ça ne suffit pas pour qu'il aille à son terme. Le succès est dans l'exécution.

Compléments :
  • Curieusement, à l’époque où GM a acquis Opel (1929), il a considéré Citroën, mais il a jugé la société trop mal gérée (SLOAN, Alfred, My Years With General Motors, Currency, 1990.)

Les illusions de Nicolas Sarkozy ?

Un dirigeant de la CIA explique pourquoi l’Iraq a été attaqué sans que les USA se préoccupent de, et préparent, ce qui surviendrait après l’invasion :
Si vous croyez vraiment au pouvoir de l’économie et de la politique libérales et à la séduction qu’elles exercent sur les populations du monde et à leur capacité à éliminer tous les maux, alors vous avez tendance à ne pas ne pas vous inquiéter de ces choses là.
Ce qui m'a frappé dans cette citation est son parallèle avec un ancien article du Monde qui parlait du désarroi de notre président devant le manque de résultat de sa politique. Il pensait qu’elle serait accueillie à bras ouverts par le peuple. Qu'elle ferait un miracle. N’avait-il pas les mêmes illusions que les Américains, persuadés d'être accueillis en sauveurs par les peuples du Moyen-orient ? me suis-je demandé. 

Comme le dit le livre dont j’ai tiré cette citation, les néoconservateurs ont-ils une capacité hors du commun à se convaincre de la justesse de leurs vues ? Sont-ils de grands croyants ?

Source : TRIVERS, Robert, The Folly of fools, Basic Books, 2011. (Un biologiste analyse les raisons que l'homme a de s'abuser lui-même.)

Mon attitude face au changement

J’inspire une crainte certaine aux gens que je rencontre. Les syndicats me pensent un suppôt du grand patronat. Et le manager carriériste soupçonne que je suis un dangereux idéaliste.

Ils ont raison. Je suis allemand. Exemple de l’automobile et de la globalisation :
  • Les constructeurs allemands ont accepté la globalisation, mais lui ont appliqué leurs valeurs.
  • Quant à la France, celle d’en bas l’a refusée, et s’est trouvée délocalisée, et celle d’en haut l’a gobée, et y a perdu son âme. (Pour faire simple.)

mardi 21 février 2012

L’Amérique, pays de la réglementation

Aux antipodes de ce que l’on pense d’ordinaire, l’Amérique n’est pas une nation de laisser-faire. Tout y est réglementé dans ses plus petits détails. La moindre loi fait l’objet de centaines de pages d’explications, qu’il faut des éternités à remplir et qui la vide de son efficacité. L’Amérique crève de ses lois. (Over-regulated America)

Ce paradoxe m’a frappé, il y a longtemps, lorsque j’ai rencontré les ouvrages de management anglo-saxons. À l’image des travaux de Taylor, qui pensait dicter nos moindres gestes, ils sont d’une complexité infinie. Par contraste, les Japonais ramènent ces théories à leurs principes, à une idée qui s’exprime en quelques mots (c’est ce que mes livres appellent des « méthodologies ambulatoires »). Par exemple, le fondement du Lean manufacturing est la « chasse au gaspillage ».

Comment expliquer ces différences culturelles ? Un monde individualiste comme l’Amérique se méfie de la liberté et cherche à en encadrer toutes les actions ? Le Japon fait confiance au Japonais, qu’il sait membre de son équipe ?

Compléments :
  • On parlait déjà de ce phénomène intriguant il y a 30 ans : CROZIER, Michel, Le mal américain, Fayard, 1981.

L’Amérique, pays de la paralysie démocratique

Les USA déplorent l’anarchie européenne, alors que leur démocratie est paralysée. On demande aux élus de réduire les dettes du pays, seules les dépenses nouvelles font consensus !

Montesquieu disait que le principe des démocraties était « la vertu ». C’est-à-dire servir l’intérêt collectif plutôt que le sien (responsabilité sociétale moderne ?).

Et si, comme souvent, il existait deux équilibres. Celui, instable ?, de la vertu, et celui, plus stable ?, de l’irresponsabilité. Dans un pays où tout dépend du bon vouloir de chacun, il est facile de bloquer le système, et d’en retirer des bénéfices ?

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu'Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…
  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l'Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c'est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

lundi 20 février 2012

Changer, c'est imaginer le futur

Extraordinaire idée pour inaugurer le campus de l'EDHEC: faire plancher les élèves sur le futur des entreprises et de l'économie, direction 2035!


Une politique de rigueur peut-elle réussir ? Le cas de l'Irlande.

Alors que l’on manifeste beaucoup en Europe du sud contre une politique de rigueur, la France semble se désintéresser de la question. Est-ce judicieux ?

En tout cas, cette politique ne semble pas réussir à sa maison témoin, l'Irlande : son PIB continue de diminuer. En 4 ans, il s’est réduit d’¼. The Irish Success Story - NYTimes.com

Foxconn et les rapides changements de l’économie chinoise

La Chine se transformerait extrêmement rapidement. L’économie chinoise reposait jusque-là sur des entreprises gigantesques employant une main d’œuvre d’immigrés intérieurs travaillant beaucoup pour pas grand-chose, dans des conditions effroyables.

Pression internationale plus pénurie de volontaires font augmenter les salaires, arriver les robots et déplacer les entreprises vers les zones d’habitation. (Pressures Drive Change at China’s Electronics Giant Foxconn - NYTimes.com)

Les donneurs d’ordres occidentaux (Apple, Dell, etc.), qui emploient ces sous-traitants vont devoir augmenter leurs prix. Les consommateurs vont-ils en être contents ? se demande The New York Times.

Mais pourquoi augmenter les prix ? Apple, par exemple, a d’énormes marges, pourquoi ne pas les réduire ? Il peut aussi gagner en productivité. Et un concurrent chinois peut émerger. 

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia - LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

Comment choisir un président (7) : le hasard fait bien les choses

Depuis quelques semaines, je tente de trouver des règles scientifiques d'aide au choix d'un président. Mais peut-il y avoir une règle qui s'applique à cette question ? Ne peut-on pas penser que le système politique français trouve des moyens étonnamment ingénieux pour maintenir une forme d'indécidabilité ?

Il existe une théorie pour ce cas, où aucune règle sociale ne marche. Celle des économistes Tversky et Kahneman. Ils ont démontré que l’homme était irrationnel. Laissé à ses seuls moyens, hors règle sociale efficace, il tend à prendre des décisions erronées. D'où possible critère de choix :
  • S’il n’y a qu’une façon de se tromper, il est peut-être une bonne idée de faire le contraire de ce que l’on serait tenté de faire. (Cette recette convient très bien à mon sens de l’orientation.)
  • S’il y a plusieurs façons de se tromper, on peut faire appel au hasard. Encore faut-il déterminer entre quoi se joue le choix.

dimanche 19 février 2012

Après Merkel, Allègre : cabale contre Sarkozy ?

Le marketing, et la psychologie, affirment que l’on acquiert un peu de l’image de marque de celui avec qui l’on s’associe.

L’appui de Mme Merkel, puis de M.Allègre ne pourrait-il pas être embarrassant pour M.Sarkozy ?

N’y a-t-il plus que les gens en difficulté qui parient sur notre président ? « high risk, high reward », comme disent les Anglo-saxons ?

Compléments :

Disparition du constructeur automobile français ?

L’industrie automobile européenne est en grosse surcapacité (de près de 30%). Ce qui signifie qu’elle a des constructeurs en trop.

Une typologie des dits constructeurs :
  • Une sorte de haut de gamme représenté par les constructeurs allemands, et notamment VW, en fort développement.
  • Un bas de gamme dans une mauvaise passe :
    • Renault et Fiat, qui ont construit un groupe international qui compense leur faiblesse.
    • Opel, dont GM voudrait probablement se débarrasser.
    • PSA, petit, seul.
La question que ceci pose est : restera-t-il un savoir-faire de construction automobile en Europe du sud dans quelques années ?
  1. Les tâches d’assemblage semblent promises à la délocalisation.
  2. Quel sera l’avenir de marques comme Renault ou PSA (s’il parvient à construire un partenariat) au sein de groupes dont ils seront le chaînon le moins reluisant ? Celui d’Opel ?
Compléments :
  • Source : Too many cars, too few buyers. Remarque : une grande partie de la valeur de Renault et PSA vient de leurs participations (Nissan et Dacia pour le premier, Faurecia pour le second) ; Renault seul serait valorisé à – 7md€ (!).
  • Histoire de changement ? Globalisation étant le nom du changement ? Les Allemands ont réussi, PSA a raté et Renault y a perdu son âme ?

La fin du collège unique et la faillite de la raison

J’entends dire que le collège unique va disparaître. Curieux, cela se passe sans débat. Question de bon sens ? diraient MM.Wauquiez et Guéant ?

Pourtant, le collège unique est au centre des fameuses valeurs dont parle tant M.Sarkozy.

La forme de libéralisme qui est à l’origine de la France moderne repose sur un principe central. L’homme doué de raison sera un homme moral. Il pourra être laissé libre, puisqu’il saura ce qu’il est bien de faire. Par conséquent, il n’y a rien de plus important que de former la raison humaine.

Mais ce noble projet a un gros défaut : s’il tente de faire de nous des gens de pensée, il nous coupe systématiquement de l’action. D’autant plus que, depuis qu’elle est obsédée de rentabilité à court terme, l’entreprise ne veut plus nous former.

Avant de réformer quoi que ce soit, il serait donc judicieux de se demander ce que l’on veut faire, et d’essayer de comprendre les causes de la situation actuelle. Malheureusement, nos gouvernants ne semblent avoir appris ni à penser, ni à agir. Décidément l’Éducation nationale est une faillite.

Compléments :

L’économie française est-elle plus résistante qu’on ne le croit ?

Depuis pas mal de temps, je suis surpris d’entendre les gens qui m’entourent dire que leurs affaires ne se sont jamais aussi bien portées, mais que ça ne va pas durer.

J’en suis arrivé à me demander s’il n’y avait pas deux France : une qui va bien, et l’autre non.
  1. Il me semble que les affaires des multinationales sont plutôt fastes. Les pays émergents, l’Allemagne et les USA sont porteurs et compensent la méforme d’autres nations. (Les malheurs de PSA viendraient de ce que son marché de petites voitures est beaucoup en Europe du sud.) Du coup, tout ce qui est lié à ces sociétés profite de leur santé.
  2. Je soupçonne que les entreprises qui n’y ont pas accès (et leurs personnels) doivent souffrir : marché déprimé et difficulté à trouver des financements.
Mais ceci n’a rien de scientifique.