dimanche 25 mars 2012

Tuerie de Toulouse : chasse au coupable ?

Lorsqu’un récidiviste commet un crime, l’opinion s’émeut et désigne un bouc émissaire, le gouvernement légifère.

Je n’ai pas l’impression que cela soit le cas en ce qui concerne la tuerie de Toulouse. C’est d’autant plus curieux que le tueur avait reçu une formation militaire qui lui a donné une redoutable efficacité. Ce type de personnes est bien plus dangereux que le récidiviste.

Pourquoi pas plus d’émotion ? Le type de crime ? L’attitude de la presse ? Celle du gouvernement ?

Compléments :

25 mars : journée du changement par la force

Aujourd'hui, nous subissons un nouveau décalage horaire. Il a probablement été inventé par nos gouvernants pour nous rappeler, deux fois par an, ce que signifie un passage en force.

Qu’est-ce que le passage en force ? C’est d’abord une décision prise par la raison triomphante, celle de la règle de trois. (Dans ma jeunesse, on disait que le changement d’horaire faisait gagner « 100.000 tonnes de pétrole ».)  Elle ignore toutes les raisons qu’elle ne comprend pas. C’est ensuite une mise en œuvre qui est imposée, au nom de la susdite raison, sans aucune prise en compte de ses conséquences pratiques sur les masses ignorantes.

Résultat ? Généralement rien. Le système compense les effets du changement. 

Pourquoi faut-il voter ?

J’ai entendu dire à la radio que les hommes politiques ne s’intéressaient pas aux banlieues, parce qu’elles ne votaient pas.

Si nous ne votons pas nous n’existons pas pour nos gouvernants ? Argument  choc en faveur du vote ?

samedi 24 mars 2012

Rigueur et crise : un temps pour Keynes ?

Un graphique de Paul Krugman montre que, par les temps qui courent, plus un État dépense plus sa croissance est forte. La rigueur est donc probablement une mauvaise politique. (Voir aussi : l’Irlande et l’Angleterre.)

Je me demande si le raisonnement qui a été tenu pour demander à la BCE d’imprimer des billets ne tient pas ici. La crise se traduit par un comportement irrationnel de l’entreprise qui se replie sur elle-même, ce faisant enfermant l’économie dans un cercle vicieux. Elle a donc besoin d’un mécanisme de « dernier ressort » qui ramène l’économie à un point d’équilibre rationnel, en la stimulant artificiellement.

Compléments :
  • Je me demande aussi si le vice de l’État français n’est pas de faire comme le bonus des banquiers : croître sans fin. Pourquoi ne réduirait-il pas sa taille en période faste ? Deux pistes à explorer : éviter les gestes princiers ; transformer la structure d’armée mexicaine de l’administration en spécialisant ses membres plutôt qu’en en faisant des petits chefs.
  • Lien entre déficit et crise.

Syndicalisme et délocalisations

Les syndicats de PSA veulent s’opposer à la fermeture d’usines françaises. Le peuvent-ils ?

Comme j’essayais de le démontrer dans un livre, je ne crois pas que, lorsqu’elles ont été lancées, les délocalisations étaient rentables. Les entreprises avaient énormément sous-estimé le coût de formation du tissu économique local. (i.e. le coût de conduite du changement.) Mais aujourd’hui, plusieurs années après, la transformation est réalisée.

J’ai bien peur, donc, que la bataille des syndicats ne soit perdue d’avance. Ce qui pose la question de leur utilité. En effet, comme je l’avais noté dans le cas des suicides de France Télécom, ils tendent à intervenir lorsque le mal est là. Satisfont-ils leur conscience du bruit qu’ils font ?

La devise du syndicat français : « tout est perdu fors l’honneur » ?

Amérique : démocratie bloquée

L’Amérique aurait toujours était prise entre deux tendances politiques antagonistes : anti et pro État.

Mais, jusque-là, elles faisaient passer l’intérêt général avant tout, ce qui conduisait à une sorte de « juste assez » d’État. Maintenant elles ne rêvent que de la mort de l’opposant. Ce qui produit la paralysie.

Voici ce que je comprends de : Fixing What's Wrong with U.S. Politics - Harvard Business Review.

Peut-être cela vient-il de Nixon ? Il a trouvé habile de jouer l'Amérique d'en bas contre celle d'en haut. Mais peut-être, aussi, était-ce une évolution naturelle de la société américaine ?

L'Amérique ressemble à la France. Chez nous aussi les camps politiques semblent croire que leur opposant représente le mal. Mais tout notre système de gouvernement a été conçu pour qu'il ne soit pas grippé par une telle panne de démocratie. 

vendredi 23 mars 2012

Natation française : sombre avenir ?

L’équipe nationale de natation a eu des résultats exceptionnels ces derniers temps. Apparemment, ils devraient le rester : elle n’a aucun moyen, et les prochaines générations de nageurs n’ont rien à promettre. ("La natation française peut tomber aussi vite qu'elle est montée")

N'aurions nous pas évolué depuis les Gaulois ? Nous avons les plus grandes difficultés à l’organisation collective. Par contre l’individu, sans moyens, est capable d'exploits. 

Logique du terroriste

On dit généralement que le terrorisme est une question de caisse de résonance.

L’affaire de Toulouse semble le confirmer. Elle a droit à une publicité exceptionnelle, et, en plus, elle a choisi une période d’élection dont le thème était la division nationale. Moment idéal, car, comme tous les terrorismes, elle veut inviter l’extrémisme adverse à des représailles aveugles, afin de créer une forme de cercle vicieux.

Le meilleur moyen de lutte est probablement le « lien social », c’est-à-dire le renforcement de solidarités qui détournent ceux qui peuvent être tentés par le terrorisme de leurs desseins. Et si, d’ailleurs, le terrorisme était un appel à l’aide ? Lorsque la société devient par trop individualiste, elle réclame le renforcement de ses mécanismes de cohésion ?

Curieusement, à l’époque où la société semblait plus solidaire, dans les années 60, le terroriste était gosse de riche. Peut-être qu’alors on trouvait le lien social étouffant ? La société génère-t-elle naturellement une forme de révolte ? Cette révolte a-t-elle une fonction ou est-elle une pathologie ?

La bataille du sac de plastic

Monoprix n’est pas seul à retirer le sac de plastic. Franprix s’y met. (L'art de la relation client : Monoprix)

Un changement vu comme injuste suscite la résistance. Celui-ci semble chercher à exploiter notre souci de développement durable, pour faire gagner un peu mieux leur vie aux grandes surfaces. Le client va-t-il accepter d’être plumé ?

La réussite de la manœuvre est une question d’entente (implicite) : voyant que certains ont entamé le mouvement de retrait du sac plastic, leurs confrères vont-ils s’y mettre ? Ou, au contraire, tirer profit de l’éventuel mécontentement suscité par la mesure pour gagner quelques clients ?

Compléments :
  • La manœuvre peut avoir plusieurs bénéfices : la grande surface fait des économies et nous amène à acheter des sacs (poubelles par exemple) auxquels se substituaient les sacs plastics.
  • Mais, alors, la nature sera-t-elle gagnante ? Si l’on veut retirer le sac plastic de la circulation, il faut que la société dans son ensemble se réorganise pour cela. 
  • (épilogue provisoire - 29 mars : le sac plastic est revenu...)

L’adieu à la Reine

Film de Benoît Jacquot, 2012.

Versailles au crépuscule ? Peut-être pas tant parce que Versailles est humide, insalubre ou que les personnages n’y sont pas impeccables. Après tout, l’envers du décor du Versailles du duc de Saint Simon ne semblait guère reluisant. Et puis, le noble se moquait de la perfection, il était au dessus de tout. 

Plutôt parce que, à mesure qu'ils approchent de leur perte, et qu’ils sont gagnés, comme le reste de la société, par les idées des Lumières, les rois deviennent humains ?

jeudi 22 mars 2012

Les sources du nazisme

Le hasard fait bien les choses ? Lancé par notre discussion sur K.Lorenz sur la piste des courants de pensée qui ont inspiré le nazisme (Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?), je suis tombé nez à nez, lors d’une attente de RER, avec un hors série de Philosophie (février – mars) dont le sujet est « les philosophes et le nazisme ».

Une forme de système

Le nazisme est sorti d’un courant de pensée profond et relativement homogène. Aucun penseur allemand n’aurait été fier d’un disciple comme Hitler, cependant les thèmes du nazisme lui auraient été familiers. Ce qui peut expliquer que tant de monde ait pu s’y retrouver, ou même penser l’influencer (Heidegger et Carl Schmidt ?).

La pensée allemande a été une réaction à la brutale transformation de la société amenée par la Révolution industrielle. De ce fait, elle s’est bâtie contre les causes de cette transformation : les Lumières et le progrès. Elle a trouvé le salut dans une forme de fondamentalisme. Une vision fantasmée de son passé, mélange d’influences multiples dont certaines remontent à très loin. L’Allemand appartiendrait à une race élue et persécutée qui doit régénérer le monde. Sa langue, d’ailleurs, est celle des origines (une idée que l’on retrouve chez Heidegger).

D’une certaine façon, une sorte de régression se serait jouée au moment de la transition entre Kant et Hegel. Hegel rejette la raison de Kant et en revient à la métaphysique (il suffit de suivre son cœur pour faire le bien). Quant à Nietzche, il est tellement provoquant qu'il est aisé de se méprendre sur ses propos.

Lorenz et les thèmes du nazisme

À l’individu, universel, et à la raison des Lumières, la pensée allemande oppose donc l’espèce et une forme de mission divine, et la croyance que « la force seule crée le droit ». à noter que qui dit race, dit amélioration de la race (au sens troupeau du terme), i.e. biologie et eugénisme.

Curieusement, comme dans la théorie de l’agressivité de Lorenz, cette société est « anti », français, révolutionnaire, libéral, sémite…

Que Konrad Lorenz semble aussi marqué par un courant de pensée qui a mené au cataclysme, signifie-t-il que l’on doive condamner ses travaux ? Jacques Taminiaux parlant d’Heidegger : « tous les grands noms de la pensée européenne se sont confrontés à Heidegger. Leur œuvre est née dans cette confrontation. » Une idée à reprendre concernant la pensée de Konrad Lorenz : utile comme stimulant, mais non comme fin ?

Compléments :
  • Billet inspiré notamment par : Une histoire allemande de Georges Bensoussan (fondements de la pensée allemande d’avant guerre) ; Nietzsche le dynamiteur de Yannis Constantides ; Pensée juive et pensée allemande de Luc Ferry (Hegel) ; Jacques Terminiaux : La philosophe est-elle soluble dans le nazisme ?
  • Tout ceci est assez cohérent avec les conclusions que j’avais atteintes jusqu’ici. Sur ce blog, revues de livres : Heidegger pour les nuls, Kant pour les nuls, Kant et les lumières, Nietzsche, Troisième Reich (George Mosse et le mouvement völkisch), Le savant et le politique (Max Weber). 

Etes-vous innovant?

Conditions favorables à l’innovation ? Le rêvé éveillé, par exemple sous la douche, ou découvrir un univers nouveau, comme le font les jeunes, lorsqu’ils entrent dans le monde des adultes. (Throwing muses)

Curieusement, j’ai une vie qui semble assez propice à l’innovation. Non seulement, parce qu’elle m’offre de nombreuses coupures rêveuses (outre la douche, les cafés et le métro...), mais aussi parce que je n’ai jamais arrêté de zigzaguer entre des métiers nouveaux et des sciences différentes. Pierre qui roule… 

La fureur de vivre

Film de Nicholas Ray, 1955.

Au fond, c’est un film pour ado. Révolte (bien élevée) contre le mode de vie bourgeois des années 50. Envie d’aventure. Idéal ? Montrer que l’on est un homme à ses copains, et trouver une compagne (ou un compagnon). Heureux les adolescents d’avoir des rêves aussi simples ! (Ont-ils toujours de telles aspirations ?)

Par ailleurs, Rebel without a cause semble un titre plus approprié, et j’ai été surpris par la ressemblance entre Brad Pitt et James Dean (que je n’avais jamais vu dans un film). 

mercredi 21 mars 2012

Toulouse, ville lumière ?

Ma radio me réveille en m’annonçant qu’un membre d’Al Qaïda aurait été coupable de la tuerie de Toulouse. Il est encerclé par la police, mais a déjà avoué son crime, si je comprends bien.

Auparavant, les principaux candidats à l’élection présidentielle avaient réagi au drame, dignement me semble-t-il, en prenant le contre-pied des thèses de campagne précédentes et en prônant l’unité. Maintenant que tout semble désigner (sauf un jugement) une forme d’extrémisme identitaire, les dites thèses ne sont-elles pas confirmées ? Jouer sur nos divisions va-t-il redevenir la règle du jeu ?

Et si nous connaissions un instant existentialiste ? Face à l’absurde, les natures humaines se révèlent. Et, après tout, il n’y a pas de loi de la nature qui affirme qu’il y a incompatibilité entre être un homme politique et être quelqu’un de bien. Il y a des choses plus importantes dans une vie que de gagner une élection. 

Konrad Lorenz ou l’âge de ténèbres ?

Dominique Delmas défend avec une constance remarquable Konrad Lorenz face à mes attaques déshonnêtes…

Mais, au fait, qu’y a-t-il qui m’est désagréable dans la pensée de Lorenz (merci à Dominique de me la faire découvrir !) ?

Elle semble un recyclage de l’idéologie nazie. Les Nazis pensaient que nous étions des dégénérés. En cause ? Les Lumières, origine de la « civilisation » (le nom qu'ils donnent à individualisme et matérialisme). La solution ? Une nouvelle invasion « aryenne » (i.e. indo-européenne) : n’était-ce pas ainsi, depuis l’antiquité, que l’Europe s’était régénérée ?  Est-ce surprenant que les scientifiques allemands, à commencer par les biologistes, aient cherché à démontrer cette thèse ?

Ce qui m’amène à m’interroger. Pourquoi nions-nous nos erreurs au lieu de les regarder en face pour en tirer des enseignements, et ne pas les répéter ?
  • Pourquoi a-t-on jeté un voile pudique sur la pensée nazie ? Pourquoi a-t-on aussi vite recyclé l’élite intellectuelle nazie ? Pourquoi s’est-on contenté de dire que le nazisme était le mal absolu ?
  • Pourquoi de Gaulle a-t-il fait de la France un pays de vainqueurs, et n’y a-t-il pas eu d’interrogation sur les raisons de la collaboration ?
  • Je lis actuellement un livre sur la City de Londres, qui montre que, régulièrement, depuis des siècles, se reproduisent les crises que nous venons de connaître, mêmes causes, mêmes arguments… Pourquoi répare-t-on à chaque fois la société, remet-on en selle ceux qui ont été à l'épicentre de la crise, sans s’interroger sur ses raisons ?
  • Pourquoi, en même temps, est-on aussi durs avec certaines parties de la population, que l’on expédie en prison sans aucun remord ?
Dans notre société, les classes supérieures se protègent ? Surtout de ce qui n’est pas elles ?

Compléments :
  • Exercice laissé au lecteur. Comment interpréter, avec mon mauvais esprit, l’exemple de l’Argus choisi par Lorenz : une espèce animale qui dégénérerait si elle n’était pas maintenue alerte par ses prédateurs ? Qu'en déduire quant aux bénéfices de l'agression, idée centrale de Lorenz ?

Bombe des retraites

Il y a quelques années, on nous ventait les mérites de la retraite par capitalisation. Finalement, il ne semble pas que ce soit le nirvana.

Depuis une décennie, les actions rapportent moins que les obligations. Ce n’était pas prévu par les entreprises anglo-saxonnes qui se sont engagées à verser une retraite à leurs salariés. Les fonds qu’elles ont constitués sont sous capitalisés. D’ailleurs, les salariés qui ne sont pas couverts par un tel système ne sont pas mieux lotis.

Compléments :
  • Source : Too much risk, not enough reward
  • Une élégante façon de résoudre la question est, pour l’entreprise, la faillite. Alors, l’Amérique va-t-elle compter bientôt beaucoup de pauvres vieux ? Je doute que l’État américain les laisse totalement démunis, en tout cas. Ce qui signifie que sa dette n’est pas proche de l’extinction… Un livre traitant du sujet : Retraites américaines.

De l’erreur de la spécialisation

Adam Smith croit que la marche du monde va vers la spécialisation de l’individu, c’est ainsi que nous produirons de plus en plus et serons de plus en plus riches. Émile Durkheim pense qu’une société de spécialistes ne peut qu’entraîner interdépendance, puisque chacun a besoin de l’autre pour vivre.

Tout ceci est erroné, selon moi. Comme l’a noté Robert Merton au sujet des bureaucraties, l’homme spécialisé perd de vue les intérêts supérieurs de la société, il y a « détournement de but » (displacement of goals en VO). Illustration : le banquier américain.

J’en déduis donc que l’existence de chacun doit être conçue pour qu’il puisse se mêler aux autres et comprendre leur point de vue. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas une spécialisation. Mais pas celle de la tour d’ivoire.  

mardi 20 mars 2012

Toulouse ou l’âge des ténèbres ?

Une personne, hier, me tient le même langage qu’un interviewé de France culture : la tuerie de Toulouse a suscité une grande émotion parce qu’elle a touché une école juive. Mais qu’aurait-on dit s’il s’était agi d’une école non confessionnelle ? me suis-je demandé.

Ce blog en est arrivé à supposer que l’esprit des Lumières était « l’Humanité ». L’Europe du 18ème, après la boucherie des guerres de religion, a cru que le seul moyen de ne plus s’entrégorger était de considérer que l’homme était premier et les idées (idéaux, idéologies…) secondes. Les Lumières ne voulaient plus que l’on puisse dire avec Bossuet : « J’ai le droit de vous persécuter parce que j’ai raison et que vous avez tort ». (Citation empruntée à Tzvetan Todorov, L’esprit des Lumières.)

Ces dernières décennies cette idée a été remise en cause. Le néoconservatisme, qui croît à un « droit naturel » (c'est-à-dire qu’il y a des gens qui ont raison et d’autres tort) en est un exemple.

Mais est-ce nouveau ? Avant lui le PC n’avait-il pas récupéré l’Humanité (le journal) de Jaurès pour en faire le fanion de la lutte des classes ?

Faire connaître les Lumières à l’humanité est un combat sans fin ?

Compléments :

La Grèce fait faillite

La Grèce a réussi à se débarrasser de 100md€ de dette, ce qu’ailleurs on appelle une faillite, sans que cela fasse de vagues. Les dettes que possédait la BCE auraient eu un traitement de faveur. (The wait is over)

Est-ce suffisant ? En tout cas, cela montre que l’Europe peut faire preuve de pas mal de pragmatisme, et compenser en partie l’inflexibilité de son taux de change interne… 

Les inégalités causent-elles les crises ?

Les économistes semblent divisés : la croissance récente des inégalités de fortune est-elle la cause ou la conséquence de la cause de la crise ? (Inequality and crisis: The usual suspect | The Economist)

En tout cas, les inégalités ne semblent plus une bonne chose, disent-ils. C’est une remise en cause radicale de la pensée dominante de ces derniers temps, qui voulait que l’enrichissement du riche fasse celle du pauvre.

À ce sujet, une observation curieuse. L’obsession des banques centrales a été la maîtrise de l’inflation. Pour ce faire elles sont parvenues à contenir les augmentations de salaire du petit peuple. Par contre, les gros bonnets n’étaient pas soumis à un tel contrôle, ce qui leur a permis de s’enrichir.

Le monétarisme serait-il l’expression de l’intérêt des magnats de l’économie ?

Cloclo

Film de Florent Emilio Siri, 2012.

Je n’ai jamais aimé les chansons de Claude François. Elles sont même une sorte de mauvais souvenir de ma toute première enfance, durant laquelle la radio les hurlait. Lorsqu’il a disparu, j'ai eu l'impression que c'était de grande vieillesse, comme Pascal.

C’est une bande annonce qui m’a fait voir le film. Claude François m’y a fait penser à Nicolas Sarkozy. Inattendu.

Et l’impression s’est maintenue. Lui aussi a une énorme énergie, du toupet, une volonté increvable de réussite matérielle, pas très française, un amour du bling bling, une capacité étonnante à se transformer avec les goûts du marché, à « l’innovation », un certain manque de culture, une revanche à prendre sur la vie et de grosses désillusions sentimentales, qu’il a bien cherchées. Lui aussi exerce une forte attraction sur les uns et une toute aussi forte répulsion sur les autres. Et, j'allais oublier, il est petit et porte des talonnettes...

Et, heureusement, on n’entend que des courts morceaux de ses chansons. 

lundi 19 mars 2012

Toulouse: le populisme peut-il tuer?

Série de meurtres. D'abord des militaires qui, d'après ce que l'on dit, n'auraient pas été blancs, maintenant des Juifs.

Comme dans le cas du massacre de Tucson, où les outrances de Mme Palin avaient été dénoncées, est-il possible d'incriminer les thèmes choisis par la campagne présidentielle ? Les politiques désignent-ils leurs cibles aux déséquilibrés ?

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?
  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

La banque contre la société

La banque américaine peine à recruter tant son image est mauvaise. Elle découvre que le salaire n’est pas tout, que l’estime de l’autre compte au moins autant. (Wall Street's Latest Campus Recruiting Crisis Sparked by Goldman Controversy)

L’histoire de la finance illustre-t-elle le fait que l’individu ne peut échapper à la pression sociale ?

D’ailleurs, les banques ont été contraintes d’augmenter leurs fonds propres, ce qui devrait avoir un effet vertueux : meilleure garantie contre le risque ; moins d’argent à parier sur des projets hasardeux (ces projets étant les derniers à trouver un financement).

Cependant, les salaires de la profession ne paraissent par prêts de revenir à leurs niveaux antérieurs. N’y a-t-il que l’impôt pour les y inciter ? (Inequality: The gap widens, again | The Economist)

Campagne du troisième type

N.Sarkozy nous promet de rejouer la bataille de Poitiers et de dissoudre l’Europe, F.Hollande fait de vagues déclarations généreuses, sans cohérence apparente. Ce que cette campagne présidentielle a d’étrange est qu’elle ne semble s’intéresser à rien de sérieux.

Éduquer la raison humaine était le projet de J.Jaurès, et des instituteurs de la 3ème République… M.Hollande aurait-il perdu son âme ? Ou, M.Sarkozy l’a-t-il pris au piège de sa propre tactique, celle de l'irrationalité ?

Il se peut d’ailleurs que, pour une partie de la population, un homme qui s’agite et vocifère, ce soit bien. « C’est un des nôtres » ? Le contenu ne compte pas ? Que N.Sarkozy puisse faire « peuple » est extraordinaire quand on pense à ses origines. Quel talent ? (Mais pas unique : c’était aussi le cas de George Bush.)

Par contraste, François Hollande semble transparent. Cela ne veut pas dire forcément qu’il n’a pas de conviction. Mais, contrairement à N.Sarkozy qui crée l’événement, il paraît évoluer au gré des vents, c’est l’autre qui lui fournit l’énergie dont il a besoin. Yin et Yang ?

dimanche 18 mars 2012

Face cachée de l'effet de levier

Adepte de l'effet de levier depuis l'éclairage de Christophe FAURIE, voici une illustration intéressante tirée d'une lecture récente (Freakonomics de S.D. LEVITT et S.J.DUBNER).

En 1995 un éminent criminologue, James Alan Fox, remet un rapport décrivant le ras de marée inévitable de la criminalité imputable aux adolescents, aux USA pour les 10 prochaines années. Il évoque 15 à 30 % d'augmentation! L'ensemble des politiques, des criminologues et des prévisionnistes lui emboîte le pas, jusqu'au président Clinton, lui-même.

Tous les fonds d'exception étaient alors alloués au combat contre la criminalité. Et c'est alors que les courbes au lieu de grimper se sont effondrées. La diminution de 50 % de crimes dus aux adolescents étonnait dans son ampleur et chacun de louer la reprise économique, les nouvelles stratégies policières, au contrôle des armes.

Tout ceci était logique rassurant de "bon sens" mais probablement faux! Car en réalité c'est le battement d'aile du papillon qui avait provoqué le cataclysme positif.

Ce battement d'aile s'appelait Norma McCorvey. Une jeune femme pauvre et sans diplôme alcoolique et droguée, enceinte pour la troisième fois à 20 ans. L'avortement était illégal à cette époque et des personnes avisées se sont emparées de son cas et en on fait l'icône d'une procédure collective visant à légaliser l'avortement. Le 22 janvier 1973, les juges se sont prononcés en faveur de McCorvey et l'avortement a été légalisé sur tout le territoire.

Or les études ont montré que les adolescent criminels étaient issus de ces milieux défavorisés auxquels appartenait Norma McCorvey. En légalisant l'avortement, on a éliminé un ferment de la criminalité. Ceci explique bien qu'à partir des années 95, date de prévision catastrophique de Fox, la criminalité baissa. Ces adolescents en âge de rentrer dans la criminalité n'étaient toujours pas nés! Le vivier des criminels en puissance s'était amenuisé et la criminalité avec...

LORENZ disciple de BOUDDHA?

Après le débat sur l'agressivité, qu'il ne faut entendre que comme un ingrédient comme un autre, (il y aussi l'amour, la colère la compassion, la peur), et qui bien dosé reste utile, je poursuis mon étude de LORENZ et sa vision de la course contre soi-même.
LORENZ s'appuie sur le principe qu'il existe une sélection externe (par le milieu) et une sélection intra-spécifique, la première provoque des évolutions du patrimoine génétique pour augmenter les chances de survie de l'espèce, tandis que la seconde peut les réduire lorsque les individus d'une même espèces entrent en concurrence.

Un faisan- l'argus- sauvé par ses prédateurs!
Il relate les travaux sur l'argus mâle, un faisan qui a développé ses rémiges pour séduire la femelle, mais au détriment de son envol et au péril de se faire dévorer par les carnassiers.
Heinroth, maître de Lorenz avait coutume de dire "le produit le plus stupide de la sélection intra-spécifique est, après les ailes de l'argus, le rythme de travail de l'homme moderne".
L'argus a eu la chance que la menace des carnassiers lui permette de conserver sa capacité, médiocre, de voler, pour survivre et empêche ainsi la sélection intra-spécifique d'entraîner l'espèce vers des développements catastrophiques.

L'homme moderne victime de son développement
L'homme moderne a appris, quant à lui, à dominer toutes les forces du monde extérieur et il est privé de force régulatrice et salutaire, de son développement culturel.
Pour LORENZ, le constat de la compétition de l'homme contre l'homme écrase avec une "brutalité diabolique" la plupart des valeurs que la sélection naturelle a créées.
La réussite est devenue le but ultime et demande de vaincre les autres avec une contrainte impitoyable du dépassement.
Les moyens pour atteindre ce but deviennent une valeur en soi : l'argent (avoir) et le temps (accélération).
LORENZ se pose la question de ce qui porte le plus gravement atteinte à l'âme des hommes modernes : la passion de l'argent ou leur hâte fébrile?
Il note également, mais sans en trouver la motivation, que les hommes au pouvoir, ont intérêt à promouvoir et intensifier cette contrainte du dépassement.
Il met en avant l'angoisse comme jouant un rôle prépondérant. Angoisse d'être dépassé dans la course, de manquer d'argent, de se tromper de décision et de ne plus être à la hauteur d'une situation épuisante!
Cette précipitation angoissée contribue à priver l'homme moderne de ses qualités les plus profondément humaines et en particulier la réflexion.

Ce qui fait que l'homme se délite
Pendant tout le processus complexe et long d'hominisation, le moment décisif a été lorsque l'être s'est découvert lui-même comme objet d'investigation.
Un être qui ne sait encore rien de son propre moi est impuissant à développer un concept, un langage ou une conscience morale et responsable.
Un être qui cesse de réfléchir est en danger de perdre ses facultés et qualités spécifiquement humaines.
Selon LORENZ, la pire conséquence de l'agitation nourrie d'angoisse, serait l'incapacité de l'homme moderne à rester seul en face de lui-même, ne serait-ce qu'un moment.
LORENZ ajoute que l'impératif commerçant qui pousse à posséder toujours plus, conforte cette situation dangereuse où le feedback positif est maximal.

Où LORENZ rejoint les grands sages
L'homme moderne pris dans la tourmente de cette compétition effrénée avec son prochain pour "rester dans le vent", en paye le prix fort : un épuisement nerveux avec une hypertension croissante, des infarctus précoces, des reins atrophiés, des dos noués...et au-delà, des valeurs oubliées.
LORENZ nous alerte, en 1973, sur l'impératif immédiat de replacer l'être avant l'avoir et d'être en harmonie avec soi-même pour être en lien avec l'autre.

Il rejoint CONFUCIUS, LAO TSEU, BOUDDHA, SOCRATE et tant d'autres sages, et confirment par la voie de l'éthologie et de la biologie, leur sagesse séculaire.


La crise est finie !

C’est le printemps. La crise est finie, dit The Economist. (Can it be…the recovery?)

Les USA redémarrent, poussivement. L’Europe merdouille, mais peut-on espérer mieux de semi-soviétiques obtus et paresseux ? En tout cas, elle a résolu son problème de dette. Le marché européen ayant survécu, les économies émergentes ne connaîtront pas de crise. Ouf.

Est-ce pour autant que les fondamentaux de l’économie sont rétablis ? Je vais mener l’enquête.

Compléments :
  • « Mais si les politiciens foirent encore, la sortie de crise pourrait avorter ». The Economist est un amoureux de la démocratie. (D'ailleurs, les politiciens sont représentés par un serpent, sur la page de garde du numéro de la semaine.)

Constitutions de sociétés : conclusion

Fin d’une série de billets sur la nature des sociétés humaine. Le commentaire de Jad emporte mon adhésion : il est erroné de partir de la nature de l’homme pour en déduire celle de la société. Il n’y a pas de rapport (évident) entre les deux.

C'est ce que dit la systémique. Un système est défini avant tout par la capacité qu'ont ses composants à interagir les uns avec les autres. Leur comportement individuel est relativement secondaire. (Cf. la différence entre le comportement d'un atome et celui d'une molécule.)

Mais il ne faut pas s'arrêter là. Faire l’hypothèse que la nature humaine est le mal, l’agressivité, ou autre est dangereux, voire criminel : cela encourage l’individu à agir selon le modèle qui est supposé être le sien. D’où prévision auto-réalisatrice. 

Le port de la drogue

Film de Samuel Fuller, 1953.

Jean Peters arpente les taudis de New York en fourreau blanc, et sert de punching ball aux hommes du coin.

L’amour et la lutte contre le communisme sauvent un petit escroc, sur le point de prendre perpète.

Mais pourquoi ce titre ? D’après Jean Tulard (Guide des films), la VF du film parlait de drogue, et pas de communistes. Diaboliser le rouge ne devait pas faire recette en France, alors. 

samedi 17 mars 2012

Nationalisons Google, Facebook et Twitter ?

Hervé Kabla constate que Twitter n’est pas du tout rentable et donc ne peut qu’être promis à la disparition. Pourquoi ne pas en faire une sorte de service public ? (Twitter est-il un gouffre financier?)

Pourquoi ne pas faire de même de Facebook et de Google, qui, eux, sont rentables, mais sont des quasi monopoles ?

Compléments :
  • Solution alternative : Twitter ne pourrait il pas vivre grâce à la charité, comme Wikipédia ? 

Constitution des sociétés : blog du changement

L’ouverture de ce blog a des contributeurs extérieurs illustre-t-elle les théories de Konrad Lorenz et mes 3 précédents billets? Retour sur une expérience récente en quelques observations:
  • L’homme est incapable de prévoir l’avenir. Première leçon. J’ouvre, ils écrivent. Je pensais que tout allait être simple. Je n’avais pas soupçonné que ce qui est facile pour moi peut être compliqué pour un autre. Par exemple, rédiger quelques lignes sur son compte a éliminé plusieurs candidats. J’ai aussi constaté quelque chose qui m’avait surpris chez mes élèves : il est plus facile d'écrire long que court.
  • Deuxième leçon : le changement est une question d’anxiété de survie (Edgar Schein). Ainsi, le combat personnel (cf. Dominique Delmas) est un infiniment meilleur moteur que la facilité d’écriture.
  • Ce blog est-il une métaphore de l’entreprise ? Troisième leçon? Ce blog est important pour moi, donc je lui consacre du temps. Les autres contributeurs n’ont pas ce sentiment de propriété. Ce qui me conduit à devoir me transformer en animateur. Est-ce la même chose pour l'entreprise? D’un côté un dirigeant qui constate une énorme différence de productivité entre lui et ses employés, et se demande s’ils lui sont utiles ; de l’autre des employés qui sentent que leur contribution au projet de leur patron, d’autant plus méritante que le dit projet n’est pas le leur, n’est pas reconnue à sa juste valeur.
  • Quatrième leçon : le changement, c’est l’inconnu (variante de la première). Je pensais qu’un plus grand nombre de contributeurs augmenterait la fréquentation du blog. C’est le contraire qui s’est passé. Par contre, ce qui est extraordinaire dans une collaboration, c'est que l'on y gagne des idées que l'on n'aurait jamais eues seul. Et cela, dans un certain sens, ça n'a pas de valeur. 
Tout ceci ne vote guère Lorenz. Mais ça ressemble à ce que j'aurais appris de mes livres, si je les avais lus...

Changement et systémique : comprendre l’effet de levier

Si vous pensez qu’il faut des moyens colossaux pour transformer la France, c’est que vous faites fausse route. La caractéristique du changement est d’être à « effet de levier ». C’est ce que les Chinois ont compris il y a 2500 ans, au moins (mais oublié depuis). (Illustration.)

Les effets sont-ils pour autant immédiats, comme le pensent les gourous de la dynamique des systèmes du MIT?

Non. Parce que l’effet de levier signifie simplement la prise de conscience que vous vous en preniez à la falaise. Désormais bien orienté, il vous reste à traverser l’Atlantique. Il en est de même de l’entreprise ou la nation.

Comprendre qu’elles sont piégées par un cercle vicieux n’est pas tout, il faut aussi conquérir les nouveaux espaces qui s’ouvrent lorsqu’on en sort. Et là, on entre dans un autre type de changement : l’apprentissage. 

vendredi 16 mars 2012

Le jour où la banque a oublié ses clients

Les banques ne cherchent qu’à exploiter leurs clients, dit-on aux USA.

Elles seraient devenues irresponsables le jour où elles n’ont plus été dirigées par des propriétaires associés, risquant leur fortune, et où elles ont commencé à jouer l’argent dont elles disposaient.

Ce qui n’est peut-être pas surprenant. Du fait de ses études et de sa carrière, le banquier d’affaires ne connaît que les mathématiques et les ordinateurs. Pour lui rien d’autre n’existe. 

Constitution des sociétés : Robert Axelrod

Robert Axelrod a fait s’affronter des programmes informatiques qui, chacun, avait une tactique propre. Quelle est celle qui a gagné ? « dent pour dent ». Plus exactement, l’algorithme est d’abord amical puis modèle son comportement sur celui de l’algorithme qu’il rencontre. Rapidement, on aboutit à une coopération généralisée, avec quelques îlots de parasitisme.

Contrairement à ce que semble dire Konrad Lorenz, l’individu ne serait pas qu’agression. Elle serait une option, parmi d’autres. Et ces options lui permettent une sorte de dialogue avec son environnement, dont l’objectif est la coopération ?

Bien entendu, s’il ne trouve personne capable de se mesurer avec lui, il peut finir par éliminer ceux qu’il rencontre.

Compléments :
  • La provocation serait-elle une demande d’amitié ?
  • AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985.
  • Curieusement, l’histoire des Vikings rejoint cette théorie. C’était un peuple de commerçants, qui ne s’en prenait qu’à plus faible que lui. Il coopérait avec les forts. Son action semble avoir eu pour bénéfice de forcer ses victimes à la solidarité, et de mélanger idées et pratiques européennes. Des vertus des virus ? (BOYER, Régis, Les Vikings, Perrin 2004.) 

Changement et systémique : faire changer un système humain

Un billet précédent donnait un exemple de système et de la façon dont il change.En fait, si les organisations sont des systèmes, elles ne sont pas des systèmes mécaniques. Un exemple analysé dans un de mes livres :

Plus l’entreprise X (additifs de fonderie) réduit ses coûts (en supprimant des produits et des unités non rentables) plus elle va mal. Solution ? Commercialiser des produits peu rentables. Miracle ! (Et effet de levier.)

Cercle vicieux ? Les décisions étaient prises en fonction de la « marge brute » d’un produit. Seulement, en éliminant le produit, la base de répartition des frais généraux de l’entreprise se réduit, et la rentabilité des produits restants se dégrade.

Comment peut-on être aussi bête ? disent mes amis professeurs de contrôle de gestion. Parce que cette modélisation ne traduit pas la réalité.

Un système humain n’est pas une équation

Dans une ruche, c’est le battement des ailes des abeilles qui maintient constante la température. Il en est de même dans l’entreprise : c’est la combinaison des comportements individuels qui fait le comportement collectif. Le mode de décision de cette entreprise est commun aux entreprises innovantes : elles ont des ressources limitées, et elles doivent les utiliser au mieux en ne les dédiant qu’à ce qui leur rapporte le plus.

Si l’on peut représenter ce comportement par une formule mathématique (la « marge brute »), cette formule ne sert à rien pour mener le changement, car pour changer le comportement du système, il faut en recoder toutes les abeilles.

Comment transforme-t-on un système humain, alors ? En le plaçant dans un environnement qui donne un avantage à ses caractéristiques propres, non en essayant de les modifier.   

jeudi 15 mars 2012

Inventer la roue ne fut pas de la tarte

Sans essieu, la roue n’est rien, et la bonne combinaison entre essieu, roue et chargement n’a pu résulter que d’une sorte de masse critique de découvertes (par exemple outillage métallique de menuiserie) et de conditions favorables (forêts). Un peu comme pour la révolution industrielle, il a fallu des milliers d’années pour les rassembler, et cela n’a eu lieu qu’en un seul endroit (l’Ukraine). Mais, alors, la roue s’est répandue comme une traînée de poudre…

L’invention est sociale ?

Compléments :

Constitution des sociétés : Edgar Schein

Dans son analyse de la constitution des groupes, Edgar Schein (Process consultation revisited) fait une analyse diamétralement opposée à celle de Konrad Lorenz :
« des processus stables et récurrents sont nécessaires pour rendre l’environnement interne sûr et prévisible, afin que les membres de l’organisation puissent suffisamment se relâcher pour mettre leur énergie émotionnelle dans le travail que requièrent les tâches de survie externe ». 
« le test de leur efficacité est le degré de confort et d’absence de stress dans lequel se trouvent ceux qui les appliquent ».
L’individu n’est pas foncièrement agressif. Au fond, il cherche à vivre paisiblement de ses talents.

Cependant, et cela rejoint l’opinion de Konrad Lorenz, le groupe humain forme autour de lui une sorte de système immunitaire qui le défend des agressions externes. Plus exactement, il fait subir à ce qui veut le rejoindre un processus d’évaluation et de sélection.

Changement et systémique : exemple pratique

Systémique, théorie mathématique compliquée, éloignée de la vie ? Que nenni.

Il y a longtemps, j’ai eu le problème suivant. Mon appartement était envahi par l’odeur désagréable que l’on sent les soirs d’hiver dans les rues de Paris, et ma salle de bain par l’odeur de gaz d’échappements. J’en parle à mon syndic qui m’explique que c’est une vue de l’esprit. L’architecte de l’immeuble est dépêché, il me dit de colmater quelques fentes, envoie un message triomphal au syndic, mais ne donne plus de signes de vie quand je lui indique que je sens aussi une odeur de cigarette (qui ne peut venir que du veilleur de nuit du parking).

Ne trouvant personne pour m’aider, y compris chez mes amis du BTP, je finis par me rappeler que j’ai été directeur du marketing d’une entreprise de contrôle technique. J’y identifie un spécialiste des bâtiments qui vient analyser mon système de ventilation. Effectivement, elle fonctionne à l’envers de ce qui est prévu : mon appartement aspire l’air du parking.

J’obstrue l’orifice incriminé, ce qui me permet à nouveau d’ouvrir la porte de ma salle de bain. Or, dans les vieux immeubles, l’air est aspiré par les fentes des fenêtres et est évacué par les pièces de service. (D’où le danger d’installer du double vitrage, sans revoir le système de ventilation.) Ce qui rétablit plus ou moins l’aération de mon appartement, et élimine l’odeur désagréable.

Ce n’est pas tout. J’ai aussi compris pourquoi mon appartement aspirait l’air du parking. Ses ventilateurs créent une dépression qui permet à l’air de l’immeuble de circuler de haut en bas. Or, pour des raisons de fatigue des dites machines, il a été décidé de les ménager (plutôt que de les remplacer).

Morale de l’histoire

La régulation d’air de mon appartement est un système. Ce système s’est déréglé quand la ventilation des parkings a été modifiée. En bouchant une des aérations je l'ai à nouveau transformé (changement). Exemple « d’effet de levier » : le changement est immédiat et ne demande aucun moyen.

Cette histoire montre aussi qu’il n’y a pas que la systémique dans la vie. En effet, j’ai mis un temps fou pour trouver la cause du problème, et je n’ai pas été loin de me faire insulter par mes copropriétaires, qui ne m’ont épargné aucun sophisme (y compris un numéro de mécanique des fluides d’anthologie). De l'irrationalité de l'individu, et de l'effet de la culture (française).

mercredi 14 mars 2012

Accro au smartphone

On craignait que, à cause des réseaux sociaux, la vie privée envahisse le bureau. Le contraire est arrivé : elle est flinguée par le smartphone.

« La seule façon de rompre avec l’habitude du 24/7 est d’agir collectivement plutôt qu’individuellement ». Il faut un accord de respect de la dite vie privée, négocié au niveau de la société (une loi ?). (Slaves to the smartphone)

Une recommandation inattendue venant de The Economist : le marché n’est-il pas supposé tout résoudre de lui-même ?

Compléments :
  • On notera que le shabbat est une solution (partielle) au problème. Construit pour durer?

Constitution de sociétés : Konrad Lorenz

Rendu curieux par le billet de Dominique Delmas, je me renseigne sur Konrad Lorenz. Ce qu’en dit wikipédia n’est pas clair. Mais il y a au moins un point de désaccord entre moi et Lorenz :
tout regroupement social ne peut exister que par réorientation de l'agressivité interindividuelle contre un ennemi commun : nation contre nation, classe supérieure contre inférieure, syndicat contre patronat, parti politique contre parti politique, équipe contre équipe, etc.
Mon expérience de l’entreprise me fait croire qu’elle ne se constitue pas « contre », mais « pour » obtenir ce qui est hors d’atteinte à l’individu. D'ailleurs, construire l'édifice social sur l'idée que l'homme est par essence agressif paraît éminemment dangereux.

De prochains billets vont explorer la question.


Les interminables travaux de la Maison de la Radio

J’entends parfois les journalistes de la radio publique plaisanter des travaux sans fin que subit leur Maison.

Ils n’ont pas lu Lao-Tseu, Paul Watzlawick ou CatherineFulda, sans quoi ils n’en souffriraient pas. Il suffit pour cela de se convaincre qu’être en chantier est la nature même de la Maison de la Radio. (Et de ses alentours, d’ailleurs.)

C’est ainsi, semble-t-il, que l’on peut s’habituer aux guerres. Je me souviens d’un ami libanais, qui me disait (on était en 84), qu’il ferait du jogging à Beyrouth « s’il n’y avait pas trop de bombardements », et d’un autre qui a gardé la nostalgie des heures passées à lire à la lumière de la bougie, dans un abri. 

mardi 13 mars 2012

Système et individu

La systémique pense que les caractéristiques de l’homme s’expliquent par le système auquel il appartient. Un peu comme les mouvements d’une molécule d’eau s’expliquent par les caractéristiques de la piscine qui la contient, et qui ne permettent qu’à certaines ondes de s’y maintenir.

Si l’on combine ce phénomène à un peu de rémanence, on arrive à quelque chose de curieux. Le comportement d’un individu peut provoquer une réaction qui va l’entretenir. Un système peut se perpétuer.

Je me demande, par exemple, si ce n’est pas ce qui est arrivé aux Québécois, qui ont reconstitué une petite société qui ressemble beaucoup à la nôtre, alors que l’immensité américaine était à conquérir.

Alors serait-ce notre comportement, plutôt par exemple que nos gènes, qui fait que l’on appartient à une société donnée ? 

The Artist contre Intouchables

The Artist a reçu tous les prix, Intouchables a été porté par le bouche à oreille. Le premier, en dépit de deux lancements, n’en est pas à trois millions de spectateurs, le second dépasse les dix-neuf millions.

Faut-il voir dans cet écart une forme de « lutte des classes » ? The Artist c’est le choix d’une élite intellectuelle qui utilise les institutions pour nous dicter notre comportement ? Intouchables, c’est celui du reste de la population, qui se répand par le téléphone arabe (au sens printemps du terme) ?

Qu’est-ce que l’aventure ?

Et si j’étais un aventurier ? dis-je à un ami, qui s'est établi au Canada.

Mon métier, en particulier, ne ressemble à rien d’existant. Il cherche même à ne pas être aspiré par les fonctions que j’ai exercées : manager, consultant, universitaire, écrivain. En fait, il se construit au hasard des événements et des rencontres.

Et si c’était cela l’aventure ? Une vie qui n’est pas totalement guidée par des règles sociales ?  

lundi 12 mars 2012

Le nucléaire, c’est fini ?

The Economist titre « énergie nucléaire : le rêve qui a échoué ». (The dream that failed)

Et si l’énergie nucléaire était trop dangereuse pour être laissée à l’espèce humaine? me suis-je demandé. Le Japon semblait un des pays les plus honnêtes au monde, or, le drame de Fukushima est une question de dissimulation. On n’ose penser à ce qui pourrait se passer dans des pays où l’individualisme, la corruption ou une élite méprisante règnent en maîtres.

Pour une société qui économise l’énergie

Aucun des remplaçants du nucléaire, gaz de schiste, énergie renouvelable, charbon… n’est satisfaisant. Bref, notre consommation d’énergie n’est pas durable. Pour résoudre la question, je me demande si ce n’est pas la logique de l’économie de marché, course vers l’abîme ?, qu’il faut revoir.

Son principe est l’offre et la demande. Parce que ce qui nous est essentiel est commun, nous le gaspillons. Ainsi une grande partie de la nourriture produite est perdue. Ce gaspillage prend d’ailleurs des formes surprenantes. L’économie de marché décrétant qu’un Chinois est « low cost », elle crée des chaînes logistiques invraisemblables avec dépense d’énergie corrélative. Nous nous précipitons pour brûler ce qui nous est essentiel ! Ce n’est que lorsque nous aurons épuisé nos ressources, qu’elles prendront de la valeur, et que nous voudrons les conserver. Trop tard.

En fait, on peut changer ce système en respectant sa logique. Deux exemples. Les Anglo-saxons proposent de modifier artificiellement les lois du marché en donnant un prix à ce qui est important pour notre survie (cf. « taxe carbone »). La culture japonaise a pour principe la chasse au gaspillage. Elle conduit à un mode de comptabilité opposé au nôtre, mais qui a été en partie adopté par l’Occident (Lean Manufacturing).

Cependant, nous ne bougerons pas tant que nous n’aurons pas compris que notre consommation d’énergie menace la survie de notre espèce. 

L’Iran négocie ?

« Plus discrètement, l’Iran a montré qu’elle commençait à être affectée par des sanctions internationales de plus en plus punitives. » Son attitude agressive ne serait qu’un moyen de se placer avantageusement dans l’attente d’une négociation avec l’Occident. (Wink or blink)

De l’efficacité d’une politique habile de sanctions ? 

Ce qu'Internet a changé: les usages

Troisième et dernier volet de la petite série entamée il y a quelques semaines, sur les changements induits par Internet: les usages.



Choisir un président (10) : les mystères de la décision

Dixième et dernier billet sur les techniques de sélection d’un président. Conclusion ?

Rien de très décisif. Comme le dit James March (A primer on decision making), « les décisions surviennent », on ne les prend pas après une démarche rationnelle. Mais, même si le phénomène est mystérieux, c’est en se posant des questions que l’on trouve des solutions.

Plus étrange peut-être, réfléchir permet de s’entraîner et d’être prêt au cas où. C’est ce que j’ai compris en lisant les spécialistes de prospective. La prospective ne permet pas de prévoir l’avenir mais de s’y préparer.

Plus étrange encore, les psychologues (ma référence favorite ces derniers temps : Robert Trivers et The Folly of Fools) ont remarqué que lorsque l’on a décidé de quelque chose, on tend à filtrer les informations qui nous parviennent ensuite dans le sens de notre décision (en ne retenant que ce qui la renforce, et en étant sourd au reste). Bref, si nous voulons être libres de préjugés, soyons indécis jusqu’au bout.

dimanche 11 mars 2012

Lorenz et le sens de la vie (2)

Simplifier Konrad LORENZ est une gageure présomptueuse! Tant pis, si cela peut simplement donner envie de le découvrir et surtout de réfléchir à la question essentielle : quel est le sens de la vie?

LORENZ était d'abord un biologiste (médecin), puis un philosophe (successeur de KANT). Il nous rappelle que l'homme est le fruit d'une très longue sélection naturelle qui engendre des adaptations. Il est donc constitué par la phylogenèse et l'ontogenèse puis par l'histoire et la culture...mais dans quel but?

Si pour la plupart des espèces animales c'est pour la survie de l'espèce, LORENZ en venait (dès 1973) à en douter pour l'homme, lorsqu'il observait certains comportements de "l'homme civilisé", comme "l'expansion démographique illimitée, la frénésie de la compétition insensée, l'amollissement des citadins".

Surpopulation: pathologie de l'espèce humaine

Selon LORENZ, ces comportements qui, à l'origine, pouvaient avoir une valeur pour la survie de l'espèce, seraient le signe de perturbations, voire de pathologies. Il fait l'analogie avec les fonctions cachées dans l'organisme que l'on découvre lorsqu'elles sont déficientes (comme la thyroïde). Il nous rappelle que l'organisme est puissamment organisé et équilibré par les nombreuses glandes hormonales dont le jeu complexe a été construit lors de l'évolution de l'homme. Si l'harmonie entre ces dosages multiples et subtils d'hormones est rompu, l'organisme tombe malade. L'homme est ainsi mu par un nombre immense de sources interdépendantes d'impulsions destinées à un comportement acquis par la phylogenèse. Ces impulsions, nombreuses, sont ensuite rangées dans des systèmes homogènes comme la haine, l'amour, la colère, l'amitié, l'agressivité, la territorialité, la hiérarchie... Ces impulsions agiraient ensemble comme les hormones et il n' y a ainsi, pas de bonnes ou mauvaises impulsions = comportement, il y aurait un dosage et un but. Il se trouve que le système hormonal, et l'homéostasie qu'il assure, est régularisé par le "feedback négatif". C'est à dire que le système est stabilisé par une fonction régulatrice. Plus le système agit puissamment sur cette fonction et plus sa réaction sur le système est faible.

A la recherche du feedback négatif

Alors comment trouver un "feedback négatif " pour trouver un équilibre de la démographie aujourd'hui galopante, qui menace d'étouffement l'espèce humaine? Selon, LORENZ ce serait le point central qui conditionne un grand nombre de menaces de l'espèce qui pourrait s'étouffer elle-même. Ce serait une première dans le monde du vivant! Ce qui n'est pas durable selon LORENZ c'est le surpeuplement qui menace et la déshumanisation de l'homme qui va de pair! Selon LORENZ ce sont les qualités et les facultés les plus nobles de l'homme et celles que nous estimons les plus spécifiquement humaines, qui semblent appelées à disparaître, du fait de ce surpeuplement.

LORENZ rejoint Christophe FAURIE, lorsqu'il dit que ce qui n'est pas durable c'est la relation entre les hommes, cette relation où le subtil dosage des impulsions est mal régulé... manque d'amour du prochain sincère et chaleureux!


Campagne présidentielle : drame shakespearien ?

Et si les prochains débats politiques devenaient un combat à mort ? Un après l’autre, chaque candidat disjoncte. Mme Le Pen refuse de répondre à M.Mélenchon, qui refuse de voir des journalistes. Quant à M.Sarkozy, ses rencontres avec le peuple finissent souvent mal.

La force de M.Sarkozy est, pourtant, de chercher à détruire l’adversaire. Pour cela il attaque là où on ne l’attend pas, c'est-à-dire là où il est faible. Tout ce qui devrait être un handicap : bilan, rigueur intellectuelle, affaires qui s’empilent, faiblesse face à l’Allemagne… sont oubliées, et, d’une certaine façon, reprochées à l’adversaire. Même les règles sociales fondamentales (ne pas faire perdre la face à l’autre) sont prises à contre.

Mais il a une réelle faille. Il a une revanche à prendre sur la vie. Il rejoue sans cesse son Vietnam de Neuilly. Le replacer dans la situation qui l’a marqué et qu’il n’arrive pas à dépasser, le regarder de haut comme un inconvenant ?, lui ferait perdre tout contrôle de soi.

Pourquoi en arriver à de telles extrémités ? Faut-il tirer sur une ambulance ? Comme à l’époque de M.Giscard d’Estaing, même son camp le joue perdant, et le lâche.

Mais la pièce aurait-elle la fin qu’elle mérite sans un dernier acte sanglant? Le ressort du drame shakespearien est l’individu qui se révolte contre l’ordre social. Et finit broyé. N’y a-t-il pas quelque-chose de cela ici ?

Compléments :

Sport et dopage : cercle vicieux

Jeu du gendarme et du voleur entre ceux qui dopent les sportifs et ceux qui veulent les en empêcher. (Can the scientists keep up?)

Plus la détection est efficace, plus le dopeur est créatif. On parle maintenant de modifier le génome du champion, grâce à un virus, de façon à lui faire générer naturellement de l’EPO. (Décidément le « biohacking » réalise toutes mes prévisions.)

Cette course poursuite n’est-elle pas follement stimulante pour l’inventivité humaine ? Par égard pour les pauvres types qui en font les frais, ne serait-il pas temps de l’arrêter ? 

Amérique : l’esprit des lois

Depuis ses origines, l’Amérique serait prise entre deux idéologies qui s’affrontent :
  • C’est le « point culminant » « d’une philosophie des Lumières » laïque.
  • C’est une nation religieuse fondée par des Puritains.

Du bonheur de vivre au Canada

J’ai failli vivre à l’est du Canada, mais j’ai craint de ne pas passer l’hiver. J’avais tort, je n’avais pas perçu les joies de la neige… Ce que m’en dit un émigré français de Waterloo :
[Cette année, il n’y a pas eu vraiment de neige.] Il n'y a pas non plus eu de journée de fermeture des écoles à cause de la neige. Moi j'aime bien ces journées là, quand il y a une bonne tempête de neige qui déverse 15 ou 20 cm de neige pendant la nuit. On se réveille le matin et sans bouger du lit on sait déjà que dehors c'est différent: les bruits sont comme assourdis, tout est plus calme. Puis quand on met le visage à la fenêtre on voit que c'est bien ça, puis la radio ou internet nous confirment l'annulation des classes, et tout le monde peut tranquillement passer la journée en pyjama, bien au chaud
Il poursuit en éclairant un des rites de la culture américaine, grand sujet d’interrogation pour l’ethnologue :
(sauf la demi-heure pour aller déblayer le trottoir et l'allée; avant de déménager au Canada je m'esclaffais chaque fois qu'il y avait une tempête de neige aux USA et que je ne sais combien de personnes mouraient d'une crise cardiaque en déneigeant leur trottoir, mais depuis j'ai compris pourquoi).

samedi 10 mars 2012

L’économiste et le mensonge

Paul Krugman accuse la plupart des économistes de nous mentir par intérêt personnel.

À en croire le biologiste Robert Trivers (The Folly of Fools), Paul Krugman a tort. Pour bien mentir, il faut se mentir à soi-même. Par conséquent, ils ne sont pas totalement conscients de l’inconsistance de leur position.

À ceci s’ajoute probablement un phénomène que j’ai étudié dans un livre. Le cas Tartuffe.

Pourquoi, pris la main dans le sac, Tartuffe veut-il se venger ? Pour la même raison que l’on peut se faire insulter si l’on dit à un cycliste qu’il est passé au rouge. Parce qu’on attaque « l’identité » de la personne. C'est-à-dire la façon dont elle se voit. C’est pire que de l’assassiner.

Afghanistan : le succès du changement est dans sa mise en œuvre

Par mégarde, des soldats américains font brûler des corans. La population explose d'indignation. Dernier exemple de maladresse qui transforme l’Afghanistan en poudrière, et va faire du retrait de l’OTAN une débâcle honteuse. (Too dangerous to help)

Pourquoi une telle impréparation et de telles erreurs ? Probablement parce que les néoconservateurs américains se croyaient porteurs de valeurs universelles : ils ne pouvaient qu’être accueillis à bras ouverts ? 

La petite Lise

Film de Jean Grémillon, 1930.

Grand mélodrame. C’est du à peine parlant. En fait, le film semble plus fonctionner par les émotions qui sont transmises par de longues scènes d'atmosphère (qui ressemblent parfois à des reportages), que par la parole. 

vendredi 9 mars 2012

L’Inde achète le monde

Les entreprises indiennes sont prises d’une fureur d’acquisition. Vont-elles invalider la « première loi de la finance : les acquisitions font perdre de l’argent à l’acquéreur » ? se demande Running with the bulls.

Eh bien non. Le retour sur investissement est mauvais.

Cette erreur commune me semble moins venir d’un prix d’acquisition trop élevé que de l’incapacité de l’acquéreur à mettre en œuvre le plan d’action qui justifiait ce prix. 

Cœur et raison : trouver l'équilibre

Ce blog pense que, pour combattre le populisme, particulièrement efficace actuellement, il faut une éducation de la raison.

Malheureusement, cette éducation a une conséquence inattendue : le bobo, l’hypocrisie et la bienpensance. Bref, comme l’avait probablement compris Rousseau, éducation et raison tendent à engendrer des créatures contre nature.

Je me demande si tout n’est pas une question de mesure et d’équilibre.

Notre système éducatif fabrique des théoriciens sans cœur, élevés hors sol ou des éjectés, incultes et sujets à la manipulation. Ne serait-il pas mieux d’avoir un début de vie moins théorique et qui donne une grande part à la vie sociale et pratique, puis une formation de la pensée qui se fasse au cours de l’existence ?

Compléments :
  • Rousseau : « tout fut perdu quand ils commencèrent à étudier » (Discours sur l’inégalité). Je soupçonne d’ailleurs qu’il était la première victime du mal.

Welcome in Vienna (fin)

Film d’Axel Corti, troisième partie.

Vienne libérée et détruite. Forme d’état naturel de l’économie néoclassique : l’individu y optimise son utilité personnelle. Marché noir, prostitution, et absolution immédiate du nazi utile. On peut très bien vivre sans conscience. 

jeudi 8 mars 2012

Supprimons les lois : elles créent le chômage

Solution à la crise de la Grèce. Son tissu économique est fait d’une multitude de petites entreprises. C’est le résultat d’une législation risible. Or ces entreprises ne sont pas productives et n’embauchent pas. Éliminons cette législation et l’économie grecque croîtra. (Decline and small)

L’article prend, aussi, en exemple la législation française et son effet de seuil, qui fait qu’il y a 3 fois plus d’entreprises de 49 personnes que d’entreprises ayant 51 employés. Ridicule !

Je suis dubitatif. Je n’ai jamais vu qui que ce soit courant après le succès qui ait été préoccupé par ce seuil. S’il a autant d’effet, c’est simplement que le patron français manque d’ambition. La question est culturelle et non liée à la législation.

De même, je soupçonne que l’écosystème entrepreneurial grec doit bien plus à des causes culturelles qu’à une quelconque réglementation. (Voir les billets précédents.)

La femme est l’avenir de l'économie française

Je découvre que Françoise Gri a développé des thèmes (Parce que les femmes sont l’avenir de l’entreprise ?) proches de ceux de mon billet précédent.

Ce n’est pas le souci des droits de l’homme qui doit pousser l’entreprise à se doter de dirigeants femmes, mais son intérêt bien compris. La femme a des vertus qui font défaut à notre économie :

« Le modèle du « chef » d’entreprise à la française, chef de guerre stratège parce que sorti classé de l’une des trois écoles de l’élite de la nation », n’est plus adapté au contexte économique actuel : « Innovation, créativité, collaboration seront indispensables mais aussi un pragmatisme à toute épreuve pour pouvoir concrétiser de la création de valeur dans un environnement volatile et chaotique. Nous allons vers un leadership du « comment », de l’action, du concret, de l’émotion. » Or, la force de la femme, c’est justement le « comment ».

J’ajoute deux idées :
  1. J’ai entendu Michel Crozier dire que le mal de la France était l’exécution. Certes. Mais, pour autant, il ne faut pas oublier sa force, qui est justement son sens de l’abstraction. L’entreprise a besoin de femmes qui complètent ses hommes. Elles ne les rendent pas obsolètes.
  2. Je pense qu’il est moins important de réformer notre système de sélection d’élites que de le faire douter de lui. Sa plus grande faiblesse me semble être son calme contentement de soi, qui le rend sourd et aveugle, et inapte au changement. 

Les dons exceptionnels de la femme pour le changement

Trois heures d’interview pour essayer de savoir si la femme est naturellement (et culturellement) plus apte à conduire le changement. Voici le résultat : "La femme a tous les atouts du leader" - LEntreprise.com.

L’interview a illustré ma thèse : je tendais à parler de grands principes, alors que mon interlocutrice voulait des exemples concrets et précis… D’où la durée de l’entretien.

Remplacez les anxiolytiques par le blog

Dans une série d’importantes expériences réalisées des années 80 aux années 2000, les scientifiques ont montré qu’écrire sur ses traumatismes avait des bénéfices évidents pour le système immunitaire.
(écrire) joue probablement le rôle d’un substitut pour le partage d’informations avec d’autres. (TRIVERS, Robert, The Folly of Fools, Basic Books, 2011.)
Deux conséquences : écrire un blog a une vertu curative ; il n’est peut-être pas bon pour la santé de le lire.

Et si l’art c'était transmettre agréablement ses anxiétés ?

mercredi 7 mars 2012

Nicolas Sarkozy scotché

Campagne présidentielle terne. Rien ne se passe. Nicolas Sarkozy s’agite frénétiquement sans faire bouger les sondages.

Apparemment il a cru qu’il pouvait se contenter de promesses, que cela ferait oublier qu’il avait été président. À moins qu’il ait compris qu’il était meilleur candidat que président, et qu’il ait voulu se ramener à ce qui constitue sa force ? Dans les deux cas sa campagne est un « plaider coupable ».

Je regrette qu’il n’ait pas cherché à nous faire comprendre qu’il avait été un bon président. C'est-à-dire que ses idées étaient justes, et que ses mesures étaient un pas décisif et courageux dans la bonne direction. Peut-être ne nous aurait-il pas convaincus, mais, au moins, le débat électoral aurait évité une gesticulation idéologique insultante pour notre intellect.

Serait-ce là le fond de sa logique : il estime que nous sommes incapables de comprendre ce qu’il a fait ? Que nous sommes des « veaux » ? Est-ce cela qui le plombe dans notre estime ?

Abeille et décision de groupe

Comment les abeilles parviennent-elles au consensus ?

Elles utiliseraient un double mécanisme. Une abeille qui a trouvé quelque chose d’intéressant (par exemple un emplacement pour une nouvelle ruche) se lance dans une sorte de danse, qui amène d’autres abeilles à faire comme elle. Jusqu’à ce que toutes fassent de même.

Mais plusieurs abeilles peuvent avoir des idées différentes. Pour éviter une scission, il semblerait que les partisans de chaque option aient le pouvoir de bloquer la danse des autres. Si je comprends bien, dès qu’une option a le moindre avantage numérique elle emporte l’adhésion collective.

Il semblerait aussi que ce phénomène soit celui que suit notre cerveau pour décider.

Est-ce aussi comme cela qu’une foule applaudit de la même façon ?

Changement et systémique : le flop de l’égalité des sexes

Le personnage d’un film observe que les hommes passent mieux la trentaine que les femmes : leurs compagnes continuent à avoir 20 ans. Il y a quelques mois j’ai entendu une historienne expliquer que la femme était plutôt moins égale aujourd’hui qu’à certaines autres époques. Depuis des siècles, cette égalité connaît des bas et des hauts pas très hauts.

Je me demande si, cette fois-ci, la femme n’a pas détruit une partie de l’édifice social qui lui était favorable.
  • Depuis toujours l’humain est en lutte contre un travail imposé (le salariat). Or, curieusement, la femme a vu ce travail comme une libération. Surtout, la société s’était évertuée à maintenir l’homme dans la famille, or, la femme a ramené le couple à la sexualité...
  • Curieusement, d’autres pans de la société n’ont pas bougé : la femme continue à avoir des enfants et à être formée pour les travaux ménagers ; ce qui rend attirant une femme est sa jeunesse, l’homme son expérience…
Alors, seul ce qui était dans l’intérêt des puissants a changé ? Les entreprises ont gagné une main d’œuvre à bon marché, et les hommes un retour à l'état de nature ?

Compléments :

mardi 6 mars 2012

Caddie ou la disparition d’un monopole

Comment se fait-il que Caddie, apparemment en situation de monopole sur le marché français, soit en passe de disparaître ? me suis-je demandé ? (Caddie... C'est fini ?)

En fait, je n’utilise jamais de Caddie, mais des paniers en plastic, qui sont suffisants pour mon petit volume d’achats fréquents. Et si l’entreprise Caddie avait été victime de la transformation de la grande distribution : d’hypermarchés perdus dans des no man’s land, et qui demandent des Caddie, à des magasins de proximité, qui n'en ont plus besoin ?

Charles Edelstenne, dirigeant de Dassault

Article de Challenges sur Charles Edelstenne, patron du groupe Dassault, que j’ai croisé, il y a fort longtemps.

Ce qui m’a frappé chez lui était son solide bon sens. Mais aussi le fait que c’était un comptable au milieu d’ingénieurs. Qui aurait pu imaginer qu’il puisse diriger un constructeur d’avions, et, mieux, détecter le potentiel de Dassault Système, que n’avait pas perçu le visionnaire Marcel Dassault ?

Je lui dois aussi une de mes citations favorites : « méfiez vous des ingénieurs », une phrase qu’il devait à son « maître » Marcel Dassault.

Peut-être est-ce cela le secret du bon dirigeant : habilement tirer parti de la nature humaine ?
la forme la plus élevée de l'action se fonde (…) sur une observation à ce point fine et efficace qu'elle ne demande pratiquement aucun effort, son idéal étant de parvenir au plus près du non agir (wuwei).
(Kamenarovic, Ivan, La Chine classique, Les Belles Lettres.)

Combien y a-t-il de femmes dirigeantes d’entreprise ?

Une étude du gouvernement, datant de 2008 :
En France, moins d'une entreprise petite ou moyenne sur trois (31 % précisément) est dirigée par une femme. A noter également que le nombre de femmes chefs d'entreprise tend à diminuer au fur et à mesure que l'effectif de l'entreprise s'accroît. Elles sont, en effet, 34 % à diriger une entreprise de cinq salariés ou moins alors qu'elles ne sont plus que 11 % lorsque le nombre de salariés atteint un chiffre compris entre 100 et 250 personnes.
Bref, les moyennes sont trompeuses : la femme dirigeante n’est présente que dans des entreprises minuscules…

Compléments :
  • Cela changerait peu, selon l’INSEE : « Mais alors que la population des cadres se féminise (la part des femmes a augmenté de 3,5 points depuis 1995), ce mouvement s’amorce beaucoup plus lentement chez les PDG, puisque la proportion de femmes n’a augmenté que de 1,1 point en 10 ans (+ 2,2 points pour les membres d’état-major) » 

Qu’est-ce que la liberté ?

Les radicaux semblaient avoir le salariat en horreur. Un peu ridicule, non ?

Peut-être pas. Être salarié c’est avant tout appliquer les règles d’un autre. C’est donc ne pas être libre. Une situation que refuse le libéral, et qui est difficile à supporter pour tout homme.

Cela explique probablement pourquoi le salarié cherche à réduire son temps de travail. Et pourquoi le patron tend à faire le contraire : il est beaucoup plus libre dans son entreprise que chez lui.

Qu’est-ce que la liberté, alors ? Peut-être suivre les règles que l’on s’est données.

C’est pour cela que les radicaux aimaient les coopératives, peuplées d’égaux, et que l’économie de marché est populaire chez certains : les commerçants n’ont de comptes à rendre à personne.

Mais la bureaucratie aussi peut être un territoire de liberté : Michel Crozier ne dit-il pas que chacun y a une sphère personnelle qu’il administre selon son « bon plaisir » ?

Alors, la liberté peut trouver son bonheur partout, à condition que les règles du jeu soient acceptées par tous, et non imposées par la force ?

Compléments :

Adam Smith et l’esprit du capitalisme

Lorsque l’on parle d’économie, on évoque rarement ses fondations. Il est vrai que nous vivons à l’époque du « bon sens », selon l’expression des ténors du gouvernement.

Il me semble que le capitalisme repose sur deux idées, exprimées par Adam Smith en 1776 :
  1. Le gain de productivité. On produit « toujours plus » (de biens matériels, dans la pensée de Smith). C’est la croissance. Et on l’obtient par une spécialisation toujours plus grande.
  2. L’échange, qui signifie, à nouveau, la spécialisation.
Le moteur du capitalisme d’Adam Smith n’est donc pas l’affrontement, la concurrence, mais la différenciation. (Question de « bon sens » : il n’y a pas de commerce, si tout le monde produit la même chose !) Il serait bien de s’en souvenir.

Ce qui l’oppose aux intérêts de l’individu, c’est le « travailler plus », qui tend à transformer la famille en une machine, et qui exerce une curieuse fascination sur notre société. « Arbeit macht frei » n’est-il pas le slogan des féministes ?

Comment mettre le capitalisme au service de l’homme ? Peut-être :
  • Avant tout, en se convaincant que l’homme est premier, l’économie seconde.
  • Aussi en étant vigilant, comme dans le sport, à ce que les règles qui protègent l’homme soient respectées. Notamment que sa spécialisation se fasse par le développement de ses talents et non par une transformation sous contrainte.
  • Enfin, en donnant au « produit » de « PIB », une définition qui lui permette de croître sans exiger notre esclavage, ou la destruction de notre écosystème. 

lundi 5 mars 2012

Corrèze = Grèce ?

Rien de plus inattendu pour le Corrézien que je suis : M.Guéant compare la Corrèze et la Grèce… Et moi qui appelait la Corrèze «  l’enfer vert ». Vert et gris ciment et sans habitant.

M.Hollande serait-il un panier percé ? 

En fait, il aurait hérité une très mauvaise situation financière de son prédécesseur UMP. Et s’il n’avait pas eu des ambitions présidentielles, il aurait probablement poursuivi dans la même voie. Ce qui semble à la fois dire qu’elle n’est pas grecque (i.e. intenable), et que la gestion est le dernier des soucis des présidents de région, de gauche ou de droite. (Ce qui nous promet un triste avenir : La gauche régionalise la France ?)

Windows 8, ou le PC devient tablette ?

Windows 8 semblerait chercher à fusionner l’univers du PC et des smart phones (ou des tablettes). (Windows 8: Microsoft Gambles on a Tablet-centric Future - Technology Review)

Retour à la stratégie qui a fait le bonheur de Microsoft : utiliser son monopole pour l’étendre ailleurs ? (Ici imposer son système d’exploitation smartphone aux utilisateurs de PC, et de là revenir en vainqueur vers le marché smart phone / tablette.) Et si c’était le contraire qui se passait ?

Je me demande si Microsoft n’a pas un terrible handicap : ses produits ont le look de Bill Gates. 

Choisir un président (9) : le combat des chefs

Georges Duby (Le dimanche de Bouvine) présente la bataille du Moyen-âge comme un jeu d’échecs. Pour gagner, il faut renverser le roi adverse. Pourquoi n’en serait-il pas de même des élections présidentielles ?

Selon Erving Goffman (Interaction ritual), d’ailleurs, la société ne juge pas uniquement l’homme sur les fins qu’il se donne ou sur les moyens qu’il emploie, mais, peut-être surtout, sur sa maîtrise de soi dans la difficulté.

Par conséquent, le rôle de chaque candidat peut être de placer son adversaire dans une situation qui teste cette maîtrise. En cas d’ex aequo, l’électeur les départage aux points ? 

dimanche 4 mars 2012

Qui connaît ce grand humaniste Konrad LORENZ?

Quel bonheur de re découvrir Konrad LORENZ au hasard d'un article jauni datant de 1980 (?) exhumé lors du tri de mes archives perdues!

LORENZ né à Vienne en 1903, a été prix Nobel de Médecine en 1973 pour ses découvertes sur "l'organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social". Il s'agit du seul prix Nobel jamais remis à un spécialiste du comportement.Ces travaux constituent les fondements d'une nouvelle discipline de la biologie : l'éthologie ou l'étude du comportement des espèces animales. LORENZ, est surtout un vrai humaniste et ce malgré un passage délicat en 1940, qui lui a valu de nombreuses attaques de la classe scientifique. Ce biologiste de formation, a succédé à KANT à la chair de philosophie de KONIGSBERG.

Dans cet article, LORENZ, alors âgé de près de 80 ans, explique pourquoi le comportement de l'homme du XXème siècle est suicidaire et propose des remèdes. Il rappelle qu'il a publié en 1969 "l'agression" ouvrage dans lequel il explique que les animaux, les hommes y compris, ne sont pas les bons sauvages chers à JJ ROUSSEAU. Ils sont agressifs et hiérarchisés ainsi, l'animal privé d'exercer son agressivité tombe malade.

Est ce à dire que l'homme n'est qu'un animal? LORENZ précise que l'Homme possède des facultés propres acquises par l'instinct et l'inné, mais il n'est pas une page blanche à la naissance. Il n'est donc pas malléable à merci et son comportement ne peut être modifié dans n'importe quelle direction. Les travaux de Konrad LORENZ, et d'autres, ont permis à la pensée biologique de se faire une place dans les sciences du comportement humain.

Nous ne serions donc pas égaux et la base de cette inégalité est d'origine biologique ce qui sous tend qu'il existe des différences de capacités entre les hommes. LORENZ explique que l'égalitarisme a une responsabilité dans ce qui se passe dans le monde (de 1980).

Les analyses scientifiques et philosophiques de LORENZ débouchent sur un véritable humanisme et une vision prémonitoire. Déjà en 1973 LORENZ parle des huit péchés capitaux :
  1. le surpeuplement,
  2. la dévastation de l'environnement,
  3. la tiédeur de l'homme moderne,
  4. la course contre soi-même,
  5. le risque de dégradation génétique,
  6. la rupture de la tradition,
  7. la contagion de l'endoctrinement,
  8. le développement de l'arme nucléaire.
LORENZ détermine une marque d'auto-domestication qui modifie physiquement et moralement l'espèce humaine vers plus d'intelligence et moins de fierté. Ce phénomène est poussé par l'espace sur le globe, qui se réduit sous l'influence du commerce et des communications qui poussent vers une uniformité accélérée. (On est en 1973!) Le phénomène sélectif naturel, qui a fait notre grandeur, n'est aujourd'hui gradué que par la seule capacité économique...

LORENZ de conclure que la catastrophe est inéluctable et le remède est l'éducation.

N'est ce pas là une vision très prémonitoire de ce que nous voyons aujourd'hui? Ne faudrait il pas vite relire LORENZ? Je vous le recommande car c'est riche, très riche!