lundi 30 septembre 2013

Petit traité de création de valeur

Quelques moyens de créer de la valeur :
  • Soit le café parisien. Son produit d’appel est le café, en dehors des heures de repas, et le menu, lors des repas. Il fait ses marges sur l’alcool et la carte. Le coût de ses locaux et de son personnel est réparti sur les produits qu’il vend. Imaginons que ses clients décident de l’utiliser comme bureau de passage. Ils louent donc une surface pour le prix d’un café. Un tel usage conduirait à la faillite des cafés. Il deviendrait impossible de trouver un endroit ou s’asseoir dans Paris, en dehors de chez soi. Il en est de même des entreprises. Une sorte d’accord implicite entre elles et leur clientèle conduit à une répartition de leurs marges et de leurs coûts. L’entreprise est à l’équilibre parce que son marché consomme un certain mix produit. Mais si le marché exploite ce modèle pour obtenir gratuitement ce dont le coût est supporté par d’autres produits, l’entreprise périclite. C’est ce procédé, utilisé systématiquement par les services achat, qui a détruit les tissus économiques[1].
  • Soit une famille. Ses enfants sont son avenir. Mais ils sont aussi son coût. Alors que les parents représentent ses revenus. Ne pas avoir d’enfants est une amélioration nette de la situation de la famille. Il en est de même pour l’entreprise. Le renouvellement de son portefeuille de produits est à la fois nécessaire et un coût. Un « nettoyage de bilan » consiste à améliorer significativement la rentabilité apparente de l’entreprise en masquant au mieux la dégradation de ses perspectives. (En pratique en éliminant tout ce qui n’est pas « vache à lait ».) N’est-il pas significatif que l’horizon des fonds d’investissement soit 5 ans ?
  • Adam Smith s’est demandé[2] pourquoi ce qui avait le plus de valeur pour nous (par exemple l’eau, l’air, le conseil d’un ami…) n’en avait pas pour le marché. La réponse est l’offre et la demande. Ce qui est essentiel est en abondance. Voilà un encouragement à la destruction de ce qui nous est utile. Pour l’éviter, la société crée des lois. Mais, si tous les peuples du monde ne les appliquent pas, il est facile de les contourner. Faut-il chercher plus loin les raisons de la globalisation ?
  • Nos Etats nous promettent des retraites. Mais nulle part cet engagement n’est comptabilisé. Pourtant il représente de l’ordre de 400% du PIB de beaucoup d’Etats occidentaux. Le cataclysme est pour demain[3].
  • Dans les années 20, des acteurs financiers américains s'étaient spécialisés dans la minibulle spéculative : ils achetaient des actions, donnant le signal de la spéculation. Lorsqu’ils vendaient, les autres spéculateurs les suivaient. Dans les années 90, Goldman Sachs a utilisé la Bulle Internet pour prélever des grosses commissions lors de l’entrée en bourse d’entreprises qui ne valaient rien[4]. La spéculation[5] est un mécanisme rationnel qui exploite les règles sociales.




[1] Pour une généralisation de cette analyse concernant la destruction du tissu industriel américain : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
[2] SMITH, Adam, KRUEGER, Alan B, CANNAN, Edwin, The Wealth of Nations: Adam Smith ; Introduction by Alan B. Krueger ; Edited, With Notes and Marginal Summary, by Edwin Cannan, Bantam Classics, 2003.
[3] « L’économie avancée médiane devrait avoir un déficit de 24,5% de son PIB d’ici 2050 ; 12 pays, y compris les USA et la Grande Bretagne, auront des déficits de plus de 30%. Le rapport de la dette au PIB devrait avoir dépassé les 400%. » Old-age tension, The Economist, 14 octobre 2010.
[4] Sur l’histoire récente de Goldman Sachs, qui n’est qu’une succession de ce type d’innovations financières : TAIBBI, Matt, The Great American Bubble Machine, 9 juillet 2009, que l’on peut lire ici : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405.
[5] Le mécanisme de la spéculation est étudié dans : GALBRAITH, John Kenneth, The Great Crash 1929, Mariner Books, 1997. De ce livre est tiré l’exemple des spéculateurs des années 20 (le livre dédie un chapitre à Goldman Sachs, par ailleurs). 

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