mardi 31 décembre 2013

2013, année blog

Régulièrement, je me demande ce que m’apporte ce blog. C’est à nouveau le cas.

Le blog comme base de données

Plus ça va, plus il s’éloigne de ce qu’était supposé être un blog. Le blog ordinaire, à la fois regroupe une « communauté » et commente les dernières nouvelles. Dans mon cas, mon blog est une base de données. J’y enregistre mes idées du moment, et surtout les références qui pourront m’être utiles un jour. Je les étale sur la semaine. D’où deux types de contenus. D’une part des synthèses de livres ou d’articles, que je peux diffuser. D’autre part les réflexions produites par mon cheminement intellectuel en cours. J’imagine que ces dernières sont incompréhensible sans connaissance des billets qui précèdent. D’ailleurs, moi-même, je me demande ce que signifiaient certains billets anciens…

Cette base de données sert à mes livres et à mes articles. Grande difficulté : y retrouver un billet à partir de souvenirs flous, d'une mémoire défaillante et d’un moteur de recherche qui veut des mots exacts. Une de mes missions de conseil m’a appris que, d’une certaine façon, j’étais à la pointe de la recherche. Je suis confronté à la question du « narrative content ». Trouver de l’information que l'on sait imparfaitement définir dans une base de données faite de publications. La solution passerait par les « metadata » (les tags, la structuration du texte, le type de texte…). Le gouvernement américain serait en avance dans ce domaine. (Et moi, en retard. Il faudrait que je passe un peu de temps à structurer mes billets…)

Je me suis mis aussi à alimenter quelques groupes linkedin. Je cherche à faire de la publicité à des livres ou articles que je juge intéressants. Je pose aussi quelques questions. J’obtiens parfois des commentaires pertinents. Curieusement, je dois faire attention à ne pas saturer ces groupes de mes écrits. J’en déduis que je produis beaucoup par rapport à la moyenne des mortels.

Les interviews, autre nouveauté. Par exemple de l’anthropologue Eric Minnaert. La demande est forte pour ce type de billet. Il est agréable de voir sa vie transformée en une histoire ? Malheureusement, le marché, parfait comme chacun sait, donne une valeur nulle à mes talents de biographe.

Communauté choisie

On me dit souvent que je devrais développer l'audience de ce blog. Il est vrai que je serais flatté d'être un leader d'opinion. Mais, je ne suis pas capable d'occuper ce rôle. Ce blog est un doute permanent. Paradoxalement, rendre ce doute public, le moteur de ce blog, stimule ma réflexion. Mais aller plus loin m'embarrasserait. Puisque, en dehors de questions techniques, je n'ai pas d'idées très claires à exprimer sur ce qui intéresse la nation. Aussi, je ne suis pas très à l'aise avec la notion de communauté. Lorsque je lis les commentaires que suscitent les billets des gens importants, je constate qu'une grande partie est hors sujet. Leurs auteurs sont là parce qu'il faut y être. Pas pour discuter l'opinion de l'auteur. Ce n'est pas une communauté, mais une secte. Ce blog, lui, a une petite communauté, mais elle pense.

Qu'est-ce que penser ?

J'en arrive finalement à quelques observations récurrentes depuis les origines :

Ecrire un blog est une question de discipline. Plus j’écris, plus me viennent des idées. Mais plus je m'absorbe dans mon travail plus mon encéphalogramme s’aplatit. Ma vie professionnelle et l’écriture de ce blog ont quelque chose d’incompatible.

Ce blog reproduit le trace de ma pensée. Penser n'est pas ce que je croyais. Ce n'est pas un exercice mathématique, mais une destruction. C'est, comme le dit Kurt Lewin, le dégel des certitudes. De manière équivalente, c'est sortir de la caverne des croyances de Platon. Car, découverte extraordinairement tardive, nous subissons un étonnant lavage de cerveau. Il est surprenant, d'ailleurs, que le message des Lumières soit toujours aussi actuel. Nous ne sommes pas parvenus à avoir un esprit critique, et à procéder à une reconstruction permanente de la société. Sans cesse les privilèges se reconstituent, et ils utilisent les forces sociales, les croyances, opium du peuple, pour manipuler les consciences et asseoir le règne de classes oisives. C'est étrange comment le monde change peu. Il ne fait que se recomposer selon des principes quasi immuables. Il n'y a que l'histoire que l'on raconte pour l'expliquer qui évolue.