mercredi 18 décembre 2013

La conduite du changement comme psychanalyse ?

Mes missions du moment me rappellent ce que dit l'anthropologue Eric Minnaert :
  • Les entreprises ont une sorte de souffrance muette. Chaque personne / unité... estime plus ou moins inconsciemment qu'il faut absolument faire quelque chose, mais se heurte à la résistance du système. Il en résulte de grandes frustrations et une extraordinaire inefficacité. Mon rôle est de parvenir à exprimer ce malaise et de le transformer en un plan d'action rationnel, évident pour tous. "Un changement dirigé". Ce qui n'est pas simple, puisque le problème est inconscient et touche une organisation qui est non seulement complexe, mais qui a une longue histoire. Comment trouver rapidement le fil conducteur ? (D'autant que, contrairement à Eric Minnaert, je ne peux pas passer des mois sur le terrain.)
  • Comme le dit Eric Minnaert, il semble que, pour être efficace, il faut "vivre" en quelque sorte le problème. Un peu comme s'il fallait s'injecter un virus pour lui trouver un vaccin. ("L'isomorphisme" des mathématiques me semble aussi un mot adapté.) Ce n'est qu'alors que je suis en mesure de savoir si oui ou non je ne sous-estime pas quelque dimension critique de la question. (Car la théorie est trompeuse.) C'est aussi alors que j'ai la force de bien en parler, d'être convaincant.
J'ai l'impression qu'il n'a pas toujours fallu faire ce genre de contorsions. Des hypothèses me viennent en tête pour expliquer leur cause :
  • 68 a produit une forme d'égoïsme. Nous n'avons plus l'habitude d'écouter les autres. Nous affirmons. Pour arriver à faire évoluer une personne, on ne peut donc pas beaucoup compter sur sa coopération. Il faut parvenir à entrer dans sa vision du monde. Grand exercice d'humilité. (J'aimerais bien que quelqu'un essaie de me comprendre !)
  • Le monde technocratique croyait que la science pouvait guider l'entreprise. Le changement se déroulait donc suivant un rite accepté par tous. Dans notre monde égoïste, ou chacun n'en fait, plus ou moins, qu'à sa tête, c'est le chaos. Tout le monde veut agir, et s'attend à des résultats immédiats, alors que personne ne veut obéir. 
  • Je me demande si la réduction des ambitions de l'Education nationale vis-à-vis de l'élève, elle aussi consécutive à 68, n'a pas conduit à une forme d'incapacité à la verbalisation d'un grand nombre de sentiments. Faute de mots, l'homme est rapidement dans la confrontation. Il est redevenu primitif.