dimanche 22 décembre 2013

Les MOOCs vont-ils renouveler le corps enseignant ?

Je participe à un débat concernant les MOOCs, dans un groupe linkedin. Un participant soulève une question fondamentale :
cela va favoriser les meilleurs profs en exposant leurs cours au plus grand nombre. Imaginons que je veuille devenir compétent sur la théorie des jeux. C'est un sujet touffu, et si je veux le maîtriser il me faut le meilleur enseignant possible qui me rendra accessibles les concepts les plus importants et les implications pratique de cette théorie. Pourquoi devrais-je me satisfaire d'un professeur dans la moyenne alors que quelque part je peux profiter d'un cours au top qui me captivera et me fera progresser plus vite ?
Cela m’a plongé dans de profondes réflexions. Voici ce que je lui ai répondu :
Les MOOCs vont-ils faire émerger les meilleurs professeurs ? La question est intrigante. Ce que j’ai lu semble dire que ce qui émerge ce sont des « stars ». Mais les stars sont-elles de bons professeurs ? Si je considère ma propre expérience, je n’en suis pas convaincu. Voici quelques éléments sur lesquels je me base.
Il y a une vingtaine d’années j’ai eu à animer un module de dernière année de grande école de commerce. Deux jours à plein temps, juste avant le dernier stage, et en concurrence avec un marteau piqueur. (J’en suis sorti aphone !) Avant de démarrer, on m’a prévenu que les élèves allaient disparaître au fur et à mesure du cours. Or, c’est l’inverse qui s’est produit. Pourquoi ? Parce que j’ai fait un show. Mon objectif premier était de conserver les élèves, et j’ai réussi.
Plus récemment, j’ai eu à examiner l’université d’entreprise d’une grande société. Elle commandait des cours de gestion à HEC, ESSEC et autres, mais n’en était pas contente. En revanche elle était enchantée des cours de l’INSEAD. Or, si les participants en sortaient heureux, manifestement ils n’avaient rien appris. La force de l’INSEAD est de faire un show.
Finalement, il y a quelques temps je me suis souvenu d'un différend avec un professeur de troisième, que, par ailleurs, je ne pouvais pas souffrir. Je dois avouer que c’est lui qui avait raison. Il m'a fallu presque une existence pour comprendre son point de vue !
En multipliant les exemples, j’en arrive toujours à la même idée : le bon enseignement se mesure à très long terme, souvent, initialement, il est vu comme désagréable. Peut-être même qu'il doit frapper pour lancer une réflexion qui durera une vie. (Un problème plus qu'une solution ?) Le risque des MOOCs est d’installer une sélection naturelle qui fera émerger quelques amuseurs publics.
Conclusion ? Ce qui précède ne veut pas dire qu’il ne faille pas de MOOCs, bien sûr.
Mais il serait bien de se demander ce que l'on attend de l'enseignement. Qu'est ce qu'un enseignement efficace ? Et d'expérimenter les MOOCs, pour en tirer ce qu'ils ont de bon, sans s'y jeter à corps perdu.