vendredi 20 décembre 2013

L'esprit des grandes écoles scientifiques ?

Le modèle des grandes écoles a dérivé. Et il est attaqué. Peut-être doit-il être changé ? Mais peut-on le transformer sans le comprendre ? Quel était son esprit ? Voici une tentative d'analyse. 

Il me semble que les grandes écoles scientifiques sont bâties sur le modèle de Polytechnique. Polytechnique apportait des connaissances scientifiques fondamentales. Puis une spécialisation était faite en école d’application (Par exemple, aujourd'hui, Mines, Ponts, Télécom, SupAéro, Techniques avancées). Cela était précédé par des classes préparatoires.

Partant de là, voilà ce que j'en déduis.
  • La classe préparatoire est l'élément clé du dispositif. Elle forme un état d’esprit très particulier et très efficace. On y a apprend à travailler dur, et surtout à modéliser un problème vite et bien. Extraordinaire formation au conseil. Mais apprentissage du management calamiteux. Que l’on en pense du bien ou du mal, cette partie du dispositif est probablement unique au monde.
  • L'école d'application, l'ancêtre de la grande école moderne, originellement, devait ressembler à ce que j'ai vu au département d'ingénierie de Cambridge. C'était un laboratoire de mise au point de nouvelles technologies. J'ai travaillé, par exemple, sur le premier logiciel d'aide à la conception d'un système de contrôle (automatique). On était alors à l'aube de la CAO. Si j'avais eu un esprit différent du mien, j'avais de quoi lancer une entreprise. D'ailleurs, j'avais accès à des stations de travail et à des langages de programmation que personne ne savait utiliser. Mon rôle était d'essuyer les plâtres. Pire : plus j'avais d'idées fumeuses plus on était content de moi ! A plusieurs reprises, je me suis entendu dire que ce que je faisais était totalement incompréhensible, mais que cela avait l'air de marcher. Donc bravo, accélérez ! On est allé jusqu'à m'encourager à publier mes travaux. (Un système expert basé sur un ouvrage de référence. Je réalise aujourd'hui que ce devait être une innovation.)
Si je ramène tout ceci au modèle anglo-saxon, j'aboutis à la modélisation suivante :
  • Préparation = licence. Mais menée à un rythme accéléré (2 ans contre 3 en Angleterre ou 4 aux USA). But : former un certain état d'esprit. 
  • Grande Ecole = master. Mais mené lentement (3 ans contre 2, ou 1). But : former un innovateur en le mettant au contact de l'état de l'art technologique, et en le stimulant. 
A quoi cela peut-il être utile ? A faire des Bill Gates, ou des André Citroën. Des créateurs d'industrie. Certes, ce ne sont pas des managers. Mais, le manager, ça n'a rien de rare. Ça se trouve.