samedi 21 décembre 2013

Réussite sociale, université et changement

Mes étudiants discutent des critères de sélection de Dauphine. Si je comprends bien, durant les premières années, les lycées parisiens proches ont un avantage décisif. En dernière année, ce sont les polyglottes qui gagnent (étrangers, double nationalité…). Je constate aussi que j’ai des élèves charmants mais que je n’ai plus les esprits subtils et modestes qui m’avaient tant impressionné lorsque j’ai commencé à enseigner.

Je me suis souvenu d’une émission de la BBC. Des professeurs d’universités anglaises se demandaient pourquoi Oxbridge avait une telle cote alors que d’autres universités offraient un bien meilleur enseignement. Leur réponse : les relations que l’on s’y faisait.

Ce que recrutent les universités et les grandes écoles, ce sont des élèves susceptibles de réussir en société ? Cercle vertueux. Ils prouvent par leur réussite que l’établissement est efficace. Or, comment réussir en société, sinon par ses relations ? Par conséquent, la meilleure façon d’être vue comme une bonne école est de recruter dans la classe supérieure. Du coup, elle peut se reproduire. Ce qui m’amène à me demander si l’ancien modèle de recrutement, celui de l’ascenseur social, n’avait pas pour fonction de changer la société.

Serions-nous passés d’une éthique du missionnaire, qui servait la société (cf. le polytechnicien), à une éthique de l’oligarque, qui se sert de la société ?

(Un professeur avec qui je discute de ce sujet, m'explique l'avantage concurrentiel d'être une université du 16ème, qui recrute dans le 16ème. Quand un élève a des difficultés à trouver un stage ou un emploi, ses parents décrochent leur téléphone et appellent leurs amis. Et le problème est résolu.)