lundi 6 janvier 2014

Max Weber

Sa vie, son œuvre, son influence. Par Dirk Kaesler, Fayard, 1996.

Max Weber est parfois facilement compréhensible (par moi), d’autres fois moins. J’espérais que ce livre m’éclairerait. Echec, au moins partiel. Ce travail semble issu d’un cours. Il réserve relativement peu de place à chaque sujet. Et il fait d’amples citations de Max Weber. De ce fait, il utilise des formulations mystérieuses sans en donner une définition précise. On y parle de « médiation », « d’intersubjectivité », de « compte de capital », « d’ensemble significatif », on y trouve des phrases telles que « (…) individus humains, car seuls ceux-ci sont pour nous des agents compréhensibles d’actions orientées de façon significative ». Ce qui est rassurant, malgré tout, est que les propos de Weber n’aient pas été très bien compris par ses contemporains (« nombreux malentendus et réductions »).

Qu’ai-je cru lire ? D'abord que Max Weber eut des accès de dépression (fut-il écrasé par l'ambition de ses recherches ?). Et que sa notoriété est relativement récente. Elle est en partie due à Raymond Aron. Et ensuite :

La rationalisation

Son sujet est la rationalisation, dont une conséquence est le capitalisme. Pourquoi le monde occidental s'est-il mis à poursuivre des objectifs, alors que jusque-là l'espèce humaine respectait des traditions ? Pour cela, il cherche des phénomènes qui se seraient produits en Occident, de notre temps, et pas ailleurs ou plus tôt. Parmi ceux-ci, il y a la ville, la constitution d'une bourgeoisie solidaire, un cadre législatif produit par une bureaucratie, l'éthique du protestantisme, qui affirme qu'il faut produire pour produire (c'est une forme d'ascétisme) et qui fait de la profession une vocation, le signe de l'élection de l'individu par Dieu. « Le gain est devenu le but de la vie. » Ces phénomènes et ces idées ont eu des conséquences qui les ont dépassés, et qui peuvent même les anéantir. Weber se demandait d'ailleurs si le capitalisme ne pourrait pas être étouffé par la bureaucratie, de même que son ancêtre grec l'avait été par la politique.

La sociologie

Au fond, chaque culture semble avoir sa forme de rationalité. Pour l'Occident, c'est l'exploitation systématique (rationnelle) du monde. Pour la Chine ancienne, c'est la recherche rationnelle d'un accord avec lui. En Inde, il semblerait qu'aussi bien les castes que le Bouddhisme résultent du désir d'une classe dominante de maintenir un statu quo qui lui est favorable. Et ainsi de suite.
Ce type de remarque permet peut-être de comprendre quel a été l'objectif que Weber a donné à la sociologie, science dont il est un des fondateurs. La sociologie doit nous permettre de comprendre un fait social. Pour ce faire, il s'agit de trouver une explication significativement et causalement adéquate. Elle doit nous parler (significativement) et être corrélée (causalement) avec le phénomène à comprendre. Sa méthode de travail, illustrée par la célèbre technique de « l’idéal type », consiste à approximer un comportement collectif (fait social) par une modélisation qui fait l’hypothèse que le dit comportement est le résultat d’une volonté. Exemple ? Tout se passe comme si l'Occident voulait exploiter systématiquement le monde (planète et êtres vivants).

L'action sociale

L 'objet de la sociologie de Weber est l'action sociale. Si je comprends bien, il s'agit d'une action humaine qui a pour but (intention attribuée par un observateur) d'influencer le comportement d'un autre individu. Un thème apparemment important est la « domination ». Pourquoi obéit-on ?
La sociologie de Weber semble avoir pour principe l'action individuelle, une action intentionnelle, au moins parce qu'elle semble l'être. Et ce parce que ça serait la seule que l'on pourrait comprendre (!?).

Un combat

Weber s’est battu pour une sociologie, scientifique, qui ne soit pas influencée par l’idéologie du chercheur. Tout en reconnaissant l’importance des valeurs qui sont propres à chacun d’entre-nous. Ce sont elles qui donnent un sens à un monde qui n’en aurait pas sinon. Ce sont elles qui indiquent à la science les problèmes à étudier, parce qu'ils nous intéressent. Et ce sont elles qui disent quelles conclusions, en termes d’action, il faut tirer d’un résultat scientifique.

Prédiction auto réalisatrice ?

Une remarque personnelle. Weber n'aurait-il pas été victime de ce qu'il dénonce chez les autres ? Ne construit-il pas ses travaux sur l'hypothèse de la rationalité, c'est à dire d'un monde dont le principe est la lutte de l'homme contre l'homme ? Or, la société et l'homme pourraient très bien être mus par des forces sociales, qui ne sont pas plus incompréhensibles que les forces naturelles. N'est-ce pas parce que Weber suppose l'homme rationnel, qu'il voit de la rationalité partout ? Mieux, peut-on qualifier de sociologue un homme qui ne voit pas plus loin que l'individu ?

Quelques citations

L'une qui semble parler de la classe des affaires moderne : « spécialiste sans esprit, jouisseur sans cœur : ce néant se figure avoir gravi un degré d'humanité jamais atteint auparavant » ; et l'autre que la dite classe semble avoir oubliée « la confiance, c'est à dire la base de tout rapport d'affaires ».