mercredi 29 janvier 2014

Traité de libre échange : faut-il avoir peur ?

L'UE négocie un traité de libre échange. Certaines opinions publiques s'inquiètent, du coup, la commission européenne
va lancer une large consultation sur la disposition la plus critiquée, notamment en Allemagne où l’opinion publique est vent debout, celle qui prévoit la création d’un tribunal arbitral qui permettra aux entreprises de poursuivre les Etats si elles estiment que le traité n’est pas respecté. Un tel tribunal existe déjà dans le traité de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada et il a permis, par exemple, à des sociétés américaines de poursuivre le Québec qui a annulé unilatéralement les permis de recherche de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.
La question est curieuse. Notamment parce qu'elle révèle des différences culturelles majeures :
  • L'opinion allemande semble suivre le débat, et intervenir. Mais quid de la France ?
  • En Europe (continentale de l'Ouest ?), le mal c'est l'entreprise, la multinationale et ses lobbys, prêts à tous les coups bas ; l'Etat, c'est la voix du peuple, de la démocratie, le rempart contre le mal. Aux USA, le mal c'est l'Etat, la bureaucratie, qui étouffe l'initiative individuelle, dont l'expression même est l'entreprise (même si celle-ci est une super bureaucratie !).
  • La justice est elle-aussi vue différemment par eux et par nous. Pour l'Américain, c'est la justice qui fait la loi (cf. ce qui se passe actuellement avec Obamacare). Chez nous, c'est le peuple. L'Etat est souverain. (Et la justice est le fait d'hommes, influençables par les lobbys.) Voici ce que je trouve chez wikipedia, au début de l'article sur le conseil constitutionnel :
Le général de Gaulle avait pour souci d'éviter ce qu'il considérait comme une dérive américaine aboutissant à une forme de « gouvernement des juges » : pour lui, « la [seule] cour suprême, c'est le peuple ».
En résumé : cette négociation porte-t-elle sur le commerce ou sur la culture ? (Cherche-t-elle à modifier notre constitution, sans consultation ?) Où sont nos hommes politiques français ?