mercredi 2 avril 2014

Manuel Valls : redresser la France comme une entreprise ?

J'ai l'impression que peu de gens donnent cher de la peau de Manuel Valls. Non seulement le pays semble dos au mur. Mais notre premier ministre divise son camp, qui ne pèse déjà pas lourd... Que faire dans ces conditions ? (Sinon avoir le cœur léger, de n'avoir rien à perdre...)

Je me suis souvenu de ce que m'a dit un spécialiste du redressement d'entreprise. "Il ne faut pas faire profond." Passer un an à chercher la solution parfaite est le meilleur moyen d'échouer. Lui, il agit immédiatement. Il surprend. Il fait "ranger l'usine", "afficher la productivité", "repeindre un atelier" ; il fait "figurer son numéro de portable dans l'annuaire interne". Pourquoi ? Il a remarqué que "ça marchait". Ce qui m'a fait penser à une phrase d'Albert Hirschman : la condition nécessaire pour réussir un changement est "a bias for hope", "l'envie d'y croire".

C'est ce que m'a appris mon expérience. Un changement doit, si possible, commencer par un "problème périphérique" (par exemple le dysfonctionnement d'un centre d'appels). Non seulement le "problème périphérique" est généralement un bon échantillon des maux de l'entreprise. Quand on l'a résolu, on sait tout résoudre (technique du vaccin). Mais, surtout, le succès est contagieux.

Ce qui m'amène à une autre observation. Les mauvais résultats d'une entreprise s'expliquent souvent par des causes curieusement simples. Par exemple "les gens ne font plus ce qu'ils faisaient avant" me disait un dirigeant. (Principalement, ils ne s'entraidaient plus.) Autrement dit, ils avaient perdu leurs repères. C'était suffisant pour réduire la rentabilité de l'unité de 4/5ème.

Et si c'était cela le problème du pays : nous avons baissé les bras ? Une idée pour notre premier ministre ? Chercher à réussir quelque-chose. Même petit. Le simple fait de le voir se battre pourrait-il nous donner "envie d'y croire" ?

(Quant au redresseur d'entreprise, il ne fait pas que cela. "Je regarde la trésorerie, le carnet de commande... les dix indicateurs nécessaires au business". Et j'imagine que ses premiers succès permettent au potentiel de l'entreprise de se révéler.)