vendredi 22 août 2014

Croissance par agression, ou par coopération ?

Une tentative pour clarifier le débat sur la croissance. 

Les limites à la croissance disent que le principe du développement humain est l'agression. Nous attaquons la nature (y compris la nôtre). Ce qu'elle nous rend violemment. Nous créons de plus en plus de souffrance. 

Ses contradicteurs ne nient pas le diagnostic. Mais ils sont convaincus que cette lutte stimule le génie humain. La "destruction est créatrice", parce que la menace de la mort nous stimule. Le mal est le moteur de l'humanité.

Ils ne nient pas non plus ses conséquences. Dans cette lutte, il y a des gagnants et des perdants. Tous méritent leur sort. Le talent est de faire payer par l'autre les conséquences de ses actes, pour en récolter les fruits. Ce n'est pas l'Occident que le capitalisme a dévasté, par exemple. Oui, il y a souffrance. Mais ce n'est pas l'Homme qui souffre, mais la vermine. 
A little more than a decade ago (...) I spoke to Mikhail Khodorkovsky, at that moment the richest man in Russia. “If a man is not an oligarch, something is not right with him,” Khodorkovsky told me. “Everyone had the same starting conditions, everyone could have done it.” (...) Though typically more guarded in their choice of words, many American plutocrats suggest, as Khodorkovsky did, that the trials faced by the working and middle classes are generally their own fault. (L'article.)
La question qui se pose est : est ce acceptable ? Est-ce durable ?

Curieusement, Schumpeter, qui est à l'origine de "destruction créatrice", pensait que non. Car, il n'entendait pas destruction créatrice comme les libéraux modernes. Pour lui, il ne s'agissait pas de détruire. Mais de réagir face aux conséquences naturelles du processus collectif de développement humain. Sa solution était une forme de communisme. Plus de concurrence, elle est inutile. L'humanité doit conjuguer ses forces pour créer et surmonter sans drames ses crises d'adaptation.

De cette réflexion sortent trois options de développement.
  • L'agression se poursuit, sans complexes. (Capitaliste.)
  • On arrête tout et on se replie sur soi. (Altermondialiste.)
  • On reconnaît que l'homme a une fonction dans la nature. Il lui apporte quelque chose qu'elle n'a pas, une sorte de "complexité". Celle-ci peut-être obtenue sans affrontement, par coopération (sans angélisme). Le changement serait là. 
Dans tous les cas, les limites à la croissance ont probablement raison de penser que l'on doit se préparer à une violente contre-attaque de la nature. (Voir mon dernier billet sur le Libéria.)