vendredi 15 août 2014

Les cheveux du baron de Münchhausen de Paul Watzlawick

De la psychologie aux évolutions de notre société. Une dizaine d'années d'articles et conférences de Paul Watzlawick. (WATZLAWICK, Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen, Seuil, 1991.)

Au début, Wittgenstein et autre Gödel, et derniers travaux de la philosophie et de la science. Paul Watzlawick est l’élément avancé de la marche triomphale du progrès scientifique. Mais, cet élan s’essouffle. Ces travaux si mystérieux, ces noms à qui l’avenir semblait promis ne nous impressionnent plus. Ils n’ont pas eu de successeurs. Et le doute et l’inquiétude surgissent à la fin de l’ouvrage. Quelques idées que je retiens :

Le pragmatisme, que j’ai découvert récemment, a exercé une influence dominante sur les travaux de Paul Watzlawick. La Systémique et la Cybernétique (que je ne distinguais pas nettement), seraient d’une importance moindre.

Paul Watzlawick commence par dire qu’il n’y a pas d’individu malade (psychologiquement). Ce sont les relations entre hommes qui peuvent l’être. Ce qui m’a surpris. Car il me semble qu’un homme lui-même peut-être un système ; en outre, l’homme est pris dans de multiples relations, dont très peu sont durables. Mais, avec la définition de la réalité qui va suivre, le propos change. On passe de la relation à l’individu.

Il insiste ensuite sur la communication. L’homme ne serait homme que si ce qu’il prétend être (sa réalité) est reconnu par l’autre. (Mais alors, comment expliquer le solitaire, dans ces conditions ?)

Nous en arrivons à la définition de la réalité. Nous avons besoin de donner un sens à notre vie. De ce fait, notre esprit interprète le  monde physique. Nous lui inventons des règles. Ce que nous appelons « réalité » est un « jeu ». Ce jeu est par nature contradictoire, puisqu’il prétend définir le monde, alors qu’il ne peut pas se définir lui-même. Quand il touche à ses limites, il produit un cercle vicieux. « Jeu sans fin » : forme de folie. A moins que le système n’ait la capacité à se remettre en cause. Ou qu’une influence extérieure, un thérapeute par exemple, l’aide à sortir de son jeu en inventant un autre jeu. (C’est l’effet Münchhausen : transformer la réalité en la redéfinissant.)

Le monde serait-il une illusion de l’esprit individuel ? J’en doute. Car cet esprit est connecté à tout un univers, qui doit bien lui faire sentir son influence. Paul Watzlawick est-il peu pragmatique ? Il sombre rapidement dans une « universalisation » ? (Ce qui ne remet pas en cause la puissance et l'utilité pratique des concepts qu'il manipule.)

Curieusement, la suite du livre explique les dangers d’une telle attitude, croire en des idées absolues, qui conduit, justement, à un jeu sans fin. Paul Watzlawick modélise l’effet de l’idéologie, c'est-à-dire le totalitarisme. C’est bien plus terrifiant et convainquant que ce que dit Hannah Arendt. A l'origine de l’idéologie est un oisif qui cherche un peu d’excitation dans sa vie. Un théoricien. Supposée faire le bien de l’humanité, il est logique qu’elle se répande d’elle-même, pensent ses zélateurs. La résistance qu’elle rencontre les surprend. Elle prouve qu’il y a des forces du mal. Ce qui légitime l’action violente pour l’extirper. En fait, la terreur est le principe du totalitarisme (« principe »  est entendu au sens de Montesquieu). Puisqu’elle prétend définir le monde, elle n’accepte pas qu’il fasse mentir ses prévisions. Quand c'est le cas, il doit y avoir des coupables. Purges. Autre caractéristique du totalitarisme : il détruit l’homme. Et ce par l’injonction paradoxale. Car, le totalitarisme exige qu’on l’aime spontanément ! (Puisqu'il est le bien de l'homme.) Ce qui ne peut que conduire à la schizophrénie. Au renoncement à son libre arbitre, à être homme.

Qu’est-ce que le totalitarisme ? C’est ce que Paul Watzlawick appelle un « système pathologique ». Ce système n’a pas la capacité de « changer ». Il crée un univers kafkaïen.

Comment savoir que l’on est dans un tel système ? L’énantiodromie. On obtient le contraire de ce que l’on veut. Notre monde en présente les symptômes. Notre science, notre développement… se retournent de plus en plus contre l’homme… Une des idéologies qui nous menace est la « digitalisation » (il écrit il y a 30 ans !). Les héros de la Silicon Valley rêvent de faire ressembler l’humanité aux 0 et 1 d’un ordinateur ! 

Comment se sauver ? En inventant une science du changement qui renonce à imposer par magie à l’humanité un bonheur théorique et parfait.