vendredi 23 janvier 2015

Antifragile

TALEB, Nassim Nicholas, Antifragile, things that gain from disorder, Random House, 2012. Voici un livre qui traite de mon sujet de réflexion favori : la résilience. Comment faire qu’un groupe humain ou un être ne soient pas détruits par l’aléa – le changement, mais, au contraire, en profitent ? La question est abordée par un angle complémentaire du mien (les sciences humaines) : par la théorie financière du risque. Et à la libanaise, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, par attaque frontale des théories et des hommes « fragiles », anciens et modernes.

L’idée centrale du livre vient d’un autre best seller de l’auteur. Le propre de la vie est le coup de Trafalgar, rare et imprévisible. Ce qu’il appelle, « black swan », parce qu’il est rare de voir des cygnes noirs. Pour pouvoir en profiter, il faut apprendre en prenant de petits risques. C’est le principe de la vaccination. De ce fait, on se rend capable de tirer parti de l’adversité, qui devient une chance de grandir.

Deux concepts importants : « option » et « convexité ». L’option est ce processus d’apprentissage qui permet d’être prêt au cas où. La convexité correspond à la forme globale de notre courbe de gain, en fonction de l’aléa : nous perdons souvent, mais peu, en fait cette perte est un apprentissage, et gagnons rarement, mais énormément.

Une technique antifragile : « via negativa ». Dire ce qu’il ne faut pas faire (cf. « tu ne tueras point », ou ce qu’expliquent mes livres : le changement n’est pas une question de recettes, il s’agit surtout d’éviter quelques erreurs) et pas ce qu’il faut faire, comme dans les procédures industrielles, dont Taylor demeure le grand prêtre.

Bien entendu, notre société est ultra fragile. Elle a peur de tout. Elle veut se protéger de tout. Sa courbe de gain est concave : on gagne peu, souvent, mais le moindre aléa nous détruit.

De tout cela se déduisent énormément de conséquences. En particulier, la nature, dans une moindre mesure les entreprises ou l'espèce humaine, sont antifragiles. En effet, tout ce monde n’a pas arrêté d’apprendre, par essais et erreurs, depuis qu’il existe. Bref, il est idiot de croire que l’on pourra faire mieux que lui avec notre raison limitée. Il faut, au contraire, tirer parti du passé et de ce que nous ne comprenons pas. Et construire de l’antifragile, en liquidant tout ce qui est fragile. A l'image de l'auteur. 

(Le livre a une version française.)