samedi 3 janvier 2015

Chômage des grandes écoles

Comment se fait-il que l'on fasse un aussi grand chômage de nos ingénieurs des grandes écoles ? Me suis-je demandé dans un billet précédent. Un souvenir m'est revenu. 

Mes débuts professionnels sont dans une start up : Dassault Systèmes. A l'époque, les carrières étaient météoritiques. Vouloir bien faire son travail était être un imbécile. D'où qualité déplorable et atmosphère difficile à respirer. J'ai rapidement regardé ailleurs. Par exemple, chez Dassault Aviation. Et j'y découvre un monde arrêté ! En un an, j'avais parcouru plus de chemin qu'un de ses ingénieurs en 7! L'ingénieur de Dassault était un expert qui développait lentement ses compétences. 

Péché originel ?
Je me demande si toute la question du chômage des ingénieurs n'est pas ici. Jadis ils n'étaient que des ingénieurs. Leur carrière était lente mais sûre. Et, probablement, leur métier était fait de problèmes techniques compliqués et intéressants. Ils étaient des artisans. On en prenait soin. Puis, ils ont été saisis du démon des responsabilités. 

Ils sont peut-être alors entrés dans un mécanisme dont m'avait parlé un associé d'Arthur Andersen : chez nous vous êtes augmenté ou vous êtes viré.

(C'est la technique que l'on pratique, notamment, chez les traders.  On en parle beaucoup dans la littérature du management : pour motiver les troupes, on en élimine chaque année 10 à 20 %. (Les Romains appelaient ça les "décimer".)
Question : ce mécanisme est-il consubstantiel à l'entreprise de "marché" ou à la culture anglo-saxonne ?)