vendredi 23 janvier 2015

Fonds d'investissement et cabinets de conseil : les pirates ?

Il y a quelques années j'ai découvert que les fonds d'investissement faisaient appel à des cabinets de conseil en stratégie pour restructurer les entreprises qu'ils achetaient. Cela m'a surpris, car 1) la spécialité de ces cabinets est la stratégie, pas sa mise en oeuvre ; 2) ils coûtent très cher et une restructuration utilise beaucoup de consultants. Les comptes sont immédiatement plombés de plusieurs millions d'euros. C'est un peu comme si l'on mettait sur une ligne de fabrication des polytechniciens. On aurait certainement des gens agréables, mais pas une grande efficacité, et des coûts très élevés. 

C'est d'ailleurs ce qui se passe. Régulièrement, j'entends la même chose : les fonds d'investissement aiment bien ces cabinets, qui parlent leur langue (mêmes études) ; le cabinet n'a pas une grande motivation à améliorer l'efficacité de l'entreprise, car il doit réaliser un chiffre d'affaires récurrent ; il a intérêt à s'accorder avec le management de l'entreprise. Celui-ci trouve son compte dans l'assemblage : il se sert du cabinet pour qu'il dise du bien de lui à l'investisseur, en échange de missions.

Petite histoire avec deux enseignements :
  • The Economist décrit ce phénomène. Le fonds a une rentabilité ridicule. Il survit en essorant sa participation (par exemple, en l'endettant pour se payer des dividendes). Il y a deux dindons de la farce, l'investisseur, qui a mis de l'argent dans le fonds, et l'entreprise acquise, qui est vidée de sa substance. En fait, l'entreprise passe d'être moral à chose. Elle devient un objet de spéculation entre fonds, allant de main en main. Avant de finir par imploser.  
  • Les lois du marché ont des raisons que la raison ne comprend pas. Aucune offre de conseil, aussi bonne et peu coûteuse soit-elle, ne pourra s'infiltrer dans ce type de dispositif. Au fond, client et fournisseur ont partie liée pour faire la peau à un troisième larron. C'est la stratégie du bateau pirate. Est-ce exceptionnel, ou général ?