jeudi 28 mai 2015

Le monde en crise, essai de prospective

Pour pouvoir parler de changement, il faut savoir dans quelle situation on se trouve. Je consacre 5 billets à une analyse des forces qui jouent sur le monde depuis la Libération. Afin d’essayer de savoir ce qui se passe aujourd’hui.

Modélisation
Ma tentative de modélisation se fonde sur des idées centrales en anthropologie et en théorie de la complexité. A savoir que la société est faite « d’organes », qui ont des « fonctions ». Mais, cela peut produire un effet pervers que le sociologue Robert Merton a appelé « détournement de but ». L’organe oublie qu’il est membre d’un corps. Il croit qu’il est essentiel. Il en résulte un conflit et une crise. Le symptôme en est ce que Dostoïevski a appelé le « possédé ». L’organe produit des illuminés qui n’ont plus de libre arbitre. Ils sont aux mains d’une idéologie : le jihad. L’organe tente de coloniser le corps. (Cancer ?)

Tout savoir sans rien payer, un résumé des 5 billets
Mes conclusions. Il y a eu perte de solidarité entre les organes de la société mondiale. La technocratie, le modèle soviétique !, a gagné. Elle est devenue autonome. L’histoire de nos 70 dernières années est celle d’un cercle vicieux. La technocratie refuse de changer. La technocratie, Etat et grande entreprise, asphyxie le monde. Elle crée la crise. Elle y réagit par un processus toujours plus technocratique qui nous asphyxie toujours plus. Le phénomène est étrange. La crise provoque des révoltes. A chaque fois, la technocratie les récupère pour se renforcer !
Le discours libéral pour commencer. La technocratie l’a absorbé. Elle s’est transformée en monopole servant ses intérêts. En oligarchie. Dans ce modèle, l’homme, de créateur de connaissances, est devenu rouage, facteur de coût. La technocratie nous considère, collectivement, comme une machine. Et elle nous forme pour l’être. Notre Education nationale n’a pas d’autre objectif que de produire des technocrates. Et ce en réaction au chaos des idées soixante-huitardes.
Où cela va-t-il nous mener ? Impossible de le dire. Ce qui est sûr est que nous connaissons une crise de notre modèle social, mondial, sans précédent. Dennis Meadows, un des auteurs des Limites à la croissance, pense justement qu’une catastrophe est probable. En tout cas, il serait sain que l’homme retrouve son statut de créateur, que les organes partagent à nouveau un sentiment d’appartenance au corps social, et que la technocratie redevienne un bien commun au service de l’humanité.
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« 1984-Big-Brother » par Frederic Guimont ; Original uploader was ChemicalBit at it.wikipedia1984comic.com (former Art Libre licence stated here) ; Transferred from it.wikipedia. Sous licence FAL via Wikimedia Commons.


Comment changer ? Aussi bien le néolibéralisme que 68, que les autres mouvements de remise en cause du système existant, partent d’idées justes. Ce sont des réactions contre le totalitarisme. Mais leur aveuglement leur fut fatal. Ils n’ont pas vu plus loin que leurs intérêts catégoriels. Ce qui a provoqué une contre-réaction violente. Pour mener le changement, il faut, avant tout, prendre conscience de notre dépendance aux autres. Ce qui exige, paradoxalement, de nous libérer du diktat de « l’organe » auquel nous appartenons. Liberté. Mais aussi de la pensée unique qu’essaie de nous imposer le totalitarisme technocratique. 68 n’a pas eu totalement tort. Mais il faut aussi pouvoir jouer avec les ressorts du système.