mercredi 13 mai 2015

Ubérisation : devenir un pro en une leçon

Un ami me dit que le consultant en transformation numérique demande à ses clients d'appliquer à leur métier les modèles d'Amazon, Uber et les autres. L'exercice est intéressant. Surtout parce qu'il a très peu à voir avec le numérique, ai-je fait remarquer à mon ami. Prenons le cas de l'expertise auprès des assurances à titre d'exemple. 

Pour commencer, l'esprit de l'ubérisation. Les lois ne servent à rien. Sinon à créer des rentiers. D'ailleurs c'est eux qui les ont inventées. Tant qu'un procès ou un accident n'a pas démontré le contraire, on fait comme si elles n'existaient pas. Donc plus besoin de diplômes ou d'agréments pour nos experts. Ils suivent un bon sens réduit au minimum. Mécaniquement, la loi de l'offre et de la demande va en augmenter le nombre, en faire baisser le prix. La qualité de service s'améliore : il y aura toujours un expert disponible près de chez vous.

La partie clé du dispositif est un degré zéro du numérique, c'est à dire une "plate-forme". C'est une place de marché informatique. De ce fait, il n'y a plus besoin de cabinet d'expertise et de leurs coûts fixes, et d'assistantes (50% des effectifs). L'expert devient auto entrepreneur, plus de législation du travail, réduction massive des charges sociales. Mieux : un marché marche à la marge. C'est à dire que c'est le prix marginal qui fixe le prix de tout le monde. Or, grâce à lui, vous donnez du travail à des tas de marginaux : retraités, étudiants, enseignants, chômeurs... et autres personnes voulant obtenir un complément de revenus. Tout le monde s'aligne sur leurs prix, ou crève. 

Résultat, vous pouvez diminuer par peut-être 5 ou 10 le prix d'une expertise, créer de l'emploi, et faire un beau bénéfice. (C'est la limite de l'exemple : le marché de l'expertise est trop petit pour l'ubérisation, qui est tout de même un exercice périlleux.) Le plus subtil, peut-être, est que c'est un modèle à court terme. Or les aléas de la vie frappent à long terme. C'est eux, d'ailleurs, qui expliquent l'accumulation de lois compliquées. Le possesseur de la plate-forme a donc de bonnes chances de l'avoir vendue avant qu'un gros pépin ne survienne.