jeudi 13 août 2015

Flaubert

Flaubert, tel que je ne l'attendais pas. Sorte de Cyrano, force de la nature, gaulois, paillard, le coeur sur la main, fidèle en amitié et en admiration, formidable travailleur, missionnaire monomaniaque de l'art auquel il a tout donné. Sa vie en particulier. Elle n'a pas très gaie. Il a consacré énormément de temps à son oeuvre, ce qui l'a empêché de voir ses amis autant qu'il l'aurait certainement aimé, mais aussi d'avoir une famille. Mauvaise santé, il finit ruiné par un neveu et une nièce qui ne méritaient certainement pas une affection aveugle. Mais, il a peut-être été puni par là où il a pêché. Car, il a voulu donner un confort bourgeois à cette nièce, alors qu'il décriait le bourgeois. Et il a été à l'origine d'un ratage à la Bovary. 

Il est, en quelque-sorte, le pendant de Tocqueville. Il décrit la transformation de son époque. La chute de Napoléon, c'est la fin de l'héroïsme, la massification de la bourgeoisie. Sa caractéristique : la bêtise, l'idée reçue. Il est consterné. Mais il existe une contre-poison : l'art. Alors, il va consacrer son existence à la création d'une oeuvre d'art. En particulier, il va transformer la bêtise en art (Madame Bovary, L'éducation sentimentale, Bouvard et Pécuchet). Grâce à la fortune familiale, il pourra longtemps vivre comme un rentier, ou plutôt comme un moine, et éviter de se compromettre dans des emplois alimentaires. Chaque oeuvre lui demande des années. C'est un travail énorme. Il écrit des pages, pour ne garder qu'une ligne. Il vérifie tout, il amasse une documentation monstrueuse, il va jusqu'à faire des voyages dangereux (notamment en Orient) pour nourrir son inspiration... 

Il aura peut-être aussi été une sorte de Don Quichotte. En effet, l'art aussi se transforme. Il n'est plus élitiste comme il l'aimait. Il devient marchandise. 

(Winock, Michel, Flaubert, Folio, 2013.)