vendredi 14 août 2015

Incompréhensions

Ce que j'écris me semble ne pas être comprise. Pourtant mon sujet devrait nous intéresser : comment faire marcher ce qui ne marche pas. Et j'essaie d'être simple, amusant, dense... C'est curieux : j'ai consacré des années de mon existence à quelque chose auquel le marché accorde la valeur 0. Ou moins. 

En fait, ce n'est pas tout à fait juste. 
  1. Les éditeurs considèrent que "j'ai un style". Au sens littéraire du terme. Ce que j'écris les étonne et leur plaît. 
  2. Les "grands" universitaires me prennent pour l'un des leurs. Malheureusement ils sont en voie d'extinction. Et ils ne forment pas un marché. 
  3. Quelques praticiens du changement ont apparemment adopté certains de mes ouvrages comme livres de chevet. Ils lisent, ils relisent, ils annotent. 
  4. Quant à mes étudiants, ils considèrent spontanément que ce que j'écris est incompréhensible. Mais lorsque je leur fais faire un exercice noté, ils m'en font une analyse épatante.
Le changement est une question d'anxiétés de survie et d'apprentissage.
  • 1 et 2 ont une faible anxiété d'apprentissage. Ils sont habitués à décrypter. (Ce qui est aussi mon cas.)
  • 3 et 4 ont une forte anxiété de survie. 
Reste le gros du marché. Il se peut que j'écrive sur un sujet qui n'intéresse pas. Ou que je ne dise pas ce que l'on veut entendre. Je l'ai d'ailleurs remarqué chez des amis. Ils ne comprennent rien à mes livres, et pourtant je peux leur montrer qu'ils les mettent en application. En fait, ils font quelque chose en pensant en faire une autre. Mais ce n'était pas le résultat qui comptait pour eux. Je tue leurs illusions.

(Autre modélisation. Ce que j'écris correspond peut-être à un changement dans la pensée ambiante. Or, le changement fonctionne par réseau de leaders d'opinion spécialisés. Dans cette hypothèses ceux qui peuvent comprendre mes livres sont ces leaders. Cible étroite, et difficile à atteindre, vu l'état actuel de l'édition ?)