mardi 1 septembre 2015

Comment les livres s'écrivent-ils ?

Vous croyez qu'un livre porte un message ? Qu'il est le résultat d'une longue réflexion, voire d'un projet machiavélique ? Faux. Un livre, c'est le hasard. Le comment et pas le pourquoi. Au mieux, l'inconscient est aux commandes. C'est un exemple de comment procède le changement. On pense que l'on doit faire quelque chose, mais on ne sait pas pourquoi. Voici, pour autant que je m'en souvienne, comment mon dernier livre est sorti de terre. 

Premier épisode. Appel d'Hervé Kabla. Une fois de plus, il est à l'origine d'un bouleversement de ma vie. Il a lu mes articles du JDN, il se demande si je ne voudrais pas écrire pour sa collection. Je ne sais pas dire non. Il se trouve que j'ai un livre en chantier. Un recueil de cas. Prise de contact avec Henri Kaufman, directeur de collection. On se rencontre, on sympathise. Mais, entre-temps, j'ai décidé de ne pas publier mon livre. Je veux pouvoir utiliser son contenu pour mes cours. Henri est déçu. Je lui promets, lâchement, de l'appeler lorsque j'aurai une autre idée. 

Mais cette rencontre m'influence. Depuis quelques temps, je réalise des interviews en vidéo, et je ne suis pas satisfait du résultat. La vidéo est un art à inventer. Or, Henri publie, chaque semaine, une "vidéo du succès". 7 questions en 7 minutes. C'est amusant à regarder, et pourtant instructif. Pourquoi ne ferais-je pas pareil me dis-je ? En y réfléchissant, je me rends compte que depuis longtemps mes formations au changement sont en dix points, justement. Les dix commandements ?

Autre hasard, il se trouve qu'un client m'a demandé une intervention originale. Comme souvent il me fait venir pour animer son séminaire de management annuel. Il pensait faire appel à un philosophe. Car cet événement est une occasion, d'ordinaire, de sortir l'organisation de ses préoccupations. Mais, cette fois, il aimerait bien, aussi, aborder le changement qui stresse l'entreprise. Si possible pour en éliminer les déchets toxiques. Alors, j'ai l'idée de faire un cours de systémique, avant d'arriver à ses conséquences pratiques, et à la façon de bien déployer un ERP, le nom du changement en cours... 

Ce n'est pas fini. Depuis que j'écris, je répète que le changement n'est pas une question de règles à suivre, mais d'erreurs à éviter. Or, il se trouve que c'est aussi l'idée de Nassim Taleb, l'auteur de Black Swan et d'Antifragile. Or, en creusant mes dix chapitres, je découvre qu'à l'origine de ces dix questions, il y a des interprétations fautives de dix concepts essentiels ! Étrangement, faire le contraire de ce que l'on pense donne des conseils hyper puissants pour bien faire. 

Je tire de tout cela une présentation en 4 transparents. Je la teste sur une association d'experts du lean. Ils sont médusés. Il se trouve aussi qu'alors je travaille avec la Fondation Condorcet de Francis Mer. Francis Mer vient de publier une note sur l'état du monde. J'ai l'idée d'en faire un "indignez-vous". J'en parle à Henri Kaufman. Mais, je ne peux pas lui présenter ce seul projet. Alors je lui propose de transformer mes transparents en un livre. Il est enthousiasmé ! Et me voilà devoir écrire un livre pour septembre (on est en avril). Où vais-je trouver le temps nécessaire ? 

Mais j'abandonne la Fondation Condorcet et Indignez-vous, et je tombe malade. Deux mois d'inactivité combinés à une surdité partielle, c'est idéal pour écrire. Ce qui pourrait bien avoir empiré le mal. Je rédige donc. Mais, comme je suis fatigué, et un peu groggy, les chapitres sont courts, et j'élimine une dernière partie d'application, lourdement didactique, comme j'en ai le secret. Résultat : un livre léger et qui s'adresse beaucoup moins à l'entreprise qu'à vous et moi, et aux problèmes qui nous pourrissent la vie. C'est peut-être un changement. Jusque-là mon style était anglo-saxon. Serait-il devenu français ? Je l'espère.