vendredi 4 septembre 2015

Vive les urgences !

Quelques observations tirées de ma rencontre récente avec les services médicaux français, et en particulier leurs urgences.

L’exception française
La première chose qui m’a frappée est que la médecine n’est qu’exceptions. J’ai découvert la pharmacie de garde « exceptionnellement fermée », les urgences de Cochin (à qui j'avais été envoyé par les urgences de l'Hôtel Dieu) « exceptionnellement fermées » pour cause de pont du 13 juillet. Voilà qui est extrêmement désagréable, quand on est inquiet pour son sort.

Orientation patient
Et les urgences. Première loi des urgences : les urgences, c’est là où l’on attend. Seconde loi : faire confiance, aveuglément. Ceci est probablement une loi culturelle propre à la France. Les gens y font leur travail. Ils ont une conscience professionnelle. Mais les états d’âme du client ou de l’usager ne comptent pas. Ce n’est que du détail.
Par ailleurs, tout ce qui ne s’exprime pas n’existe pas. De l’intérêt de l’éducation littéraire, qui permet de mettre des mots sur ses sentiments. Et du handicap d’être un ingénieur. Cependant, tout ce qui n’est pas mesurable n’existe pas non plus. La médecine n’est que mesures. Lorsque l’on sort des chiffres on rencontre le regard vide du médecin. J’en ai tiré la conclusion que si ce que j’exprimais n’était pas connu, c’est qu’il devait se dissiper avec le temps… Ou que je représentais un cas économiquement non rentable. Exception française.
Aux urgences, il y a deux types de personnels. D’une part le personnel administratif. D’autre part les médecins. Il faut franchir les premiers pour arriver aux seconds. Les premiers ont leurs lois, qui varient d’un établissement à un autre. Par exemple, l’Hôtel Dieu a ses étiquettes, que n’a pas Cochin, alors que tous les deux semblent frères. Du moins dans le domaine de l’ophtalmologie. Le patient doit deviner ces règles. Ce qui est d’autant plus compliqué que s’il est aux urgences, c’est qu’il est dans un triste état. Mais, au moins cela a du bon. Cela lui montre, après coup, qu’il a des ressources qu’il ignore. Et si « ce qui ne tue pas renforce » devenait le principe de la médecine française ?
Je soupçonne que cet état de fait rend le patient agressif. Ce qui produit un cercle vicieux. Le personnel administratif tend à se replier, à éviter le contact… ce qui rend encore plus agressif le souffrant, qui estime que l’on ne s’occupe pas de lui.
Lorsque l’on arrive au corps médical, tout change. Il ne ménage pas ses moyens, et son temps. Et cela vient en partie de ce qu’il est composé d’internes qui doivent se faire la main, et qui, en outre, ne sont pas très sûrs de leur diagnostic. On y passe beaucoup de temps, mais la qualité des soins semble sans commune mesure avec celle d’un médecin de ville, qui est « aux pièces ».

Connais-toi toi-même
La systémique dirait que le patient et le médecin forment un système. C'est-à-dire que le médecin est habitué à un certain type de comportement du patient. Si l’on n’a pas ce comportement approprié, on est susceptible de ne pas être bien soigné. Je me souviens avoir lu quelque part un article qui disait qu’un commerçant honnête serait ruiné par le fisc. Eh bien, avec la médecine, c’est un peu pareil.
Un ami, qui suivait mes aventures par SMS, m’a dit « qu’il fallait en rajouter ». Effectivement, je commence à comprendre que je ne réagis pas comme tout le monde et que ça me nuit. Tout d’abord, je suis touché que l’on s’occupe de moi. Et surtout que ceux qui s’occupent de moi soient aussi compétents et utilisent le meilleur de la technologie et de la science. Ensuite, je me réjouis dès qu’il y a du mieux. Du coup on pense que je suis soigné, alors que ce n’est pas le cas. Le comportement qu’il faut avoir en France est : la santé est un dû, et je proteste dès que j’ai un pet de travers. Je constate toutefois que ce comportement n’a pas que des avantages. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de malades de surmédication.

En tout cas, vive les urgences ! Je suis infiniment reconnaissant que la société vienne à mon secours dans les moments difficiles.