jeudi 12 novembre 2015

Est-on le meilleur ou le devient-on ?

Le Chœur de Radio France recrute les meilleurs, disait une invitée de Fabrication Maison, émission de France Musique. Formule que l'on entend souvent au sujet de l'entreprise. Inattendue ici. 

Du coup, je me suis demandé si l'on pouvait détecter "les meilleurs". Je connais extrêmement peu de gens qui chantent. Une question de culture familiale, probablement. Peut-on s'affirmer "meilleur" si seule une infime partie de la population entre dans la compétition ? Qu'est-ce qu'un "meilleur", au fait ? Lorsque l'on prend la liste des gens dont l'histoire a retenu le nom, on trouve des personnes qui l'ont changée. Par définition, ils n'étaient pas dans la ligne du parti. C'est particulièrement vrai pour les artistes, les scientifiques ou les grands leaders politiques, de Gaulle, Mao ou autres. Autrement dit, ils n'auraient pas été considérés, de leur temps, comme les meilleurs. D'ailleurs, peut-être est-ce la lutte qu'ils ont dû mener qui les a rendus excellents ? A ce propos, une théorie estime qu'il faut une décennie de travail acharné pour faire un génie. (Même, pour des génies précoces comme Mozart... qui a crevé de faim, de surcroît.)

Du coup, est-ce bon de dire à quelqu'un qu'il est "le meilleur" ? La France est un pays qui se veut élitiste. Sa performance est-elle bluffante ? Comment se fait-il qu'on lui donne en modèle l'Allemagne, qui ne l'est pas ? Et si traiter un jeune homme d'élite le rendait idiot, parce que cela l'empêche de se livrer au travail acharné qui en aurait fait un génie ?...

Eh puis, une société de meilleurs, c'est l'aristocratie ! Retour à l'Ancien Régime ? Et si parler de "meilleurs" était défense de privilège ?