vendredi 13 novembre 2015

Et si l'on ne comprenait rien ?

Et si l'on ne se comprenait pas ? Nous pensons que l'homme est une sorte d'ordinateur, qui calcule en permanence. En fait, les sciences humaines disent exactement le contraire. 

La pensée est un "changement". Loin d'être instantanée, elle correspond à une sorte de dégel. Le phénomène est compliqué et étrange. Cela signifie qu'en l'absence de dégel, l'homme ne comprend rien de ce qui lui est dit. (Sauf si cela correspond à ce pour quoi il est pré câblé.) Le changement en lui même à quelque-chose de mystérieux, puisque non seulement il y a dégel, mise en cause des règles qui guidaient le comportement, mais qu'il faut reconstituer de nouvelles règles plus ou moins au hasard. Le processus semble démarrer de manière inconsciente. Le pré câblé ne donnant plus de bons résultats, il y a souffrance. En quelque sorte appel à l'aide au conscient par l'inconscient. Mais le conscient fait tout ce qu'il peut pour ne pas entendre. Il est possible qu'il ne réagisse que lorsqu'il entraperçoit une solution à ses maux. 

La transformation de la Chine montre ce mécanisme en oeuvre. Après avoir longtemps refusé de voir la situation dans laquelle elle était, la Chine a commencé à remettre en cause sa culture, couche par couche, jusqu'à arriver à la couche la plus profonde : l'écriture. D'ailleurs, les révolutions culturelles de Mao, ne sont rien d'autre qu'une tentative d'accélérer ce processus d'apprentissage.

Conséquence pratique ? En termes de changement, la tchatche est peu efficace. Le mieux est, probablement, la technique du vaccin. Il s'agit de placer un échantillon de la population dans des conditions qui vont l'amener à trouver un moyen de réussir le changement que l'on veut accomplir. Si cela marche, la solution sera copiée.  

(Tout ceci me semble rejoindre la pensée de Bergson.)