mercredi 18 novembre 2015

Guerre ou paix, ça ne tient qu'à un fil ?

"D'accord avec toi, ce livre est superbe. Mais pas d'accord avec la remarque sur la guerre de 14, que rien ne laissait prévoir. Zweig a-t-il pu être aveugle à ce point ???", écrit Hervé Kabla en commentaire à ma recension du Monde d'hier de Zweig.

Zweig était-il aveugle ? 
Voici ce que je lis dans Histoire de la pensée, tome 3 (Tallandier, auteur : Jean Louis Dumas) : "Pierre Miquel a remarquablement décrit la "Belle Epoque", ces années d'illusion qui entre 1900  et 1914 font croire à l'Europe qu'elle est "parvenue à une superbe maturité la dispensant de tout grave souci d'avenir"".

Cela peut faire comprendre pourquoi Jaurès s'est battu jusqu'à la fin pour la paix. Peut-être son combat n'était-il pas utopique ? 

Par ailleurs, Zweig est un "Européen" (Journal d'un Européen, est le sous-titre de son livre : il se suicide avec l'Europe), il passe une grande partie de son temps ailleurs que chez lui et fréquente tout ce que l'époque compte de plus brillant. Il apprend la guerre de 14 alors qu'il est sur une plage belge... Il y a alors transformation instantanée du comportement populaire : de bon enfant il devient guerrier. 

Ce qui ma fasciné dans ce livre est que l'on y voit une période de bonheur basculer dans le chaos. Pourquoi ? Peut-être parce que la paix fait oublier que la guerre c'est l'horreur. D'après Zweig les hommes de la seconde guerre n'ont plus les illusions de ceux de la première. Peut-être aussi parce que la guerre n'est pas horreur pour tout le monde. Donnella Meadows, dans son livre sur la systémique, explique qu'un des vices de nos "systèmes" modernes est que ceux qui prennent des décisions n'en subissent pas les conséquences... Peut-être que Zweig n'a pas vu arriver la guerre, parce qu'il fréquentait le peuple, les artistes et les intellectuels, mais pas le pouvoir et les industriels ?