mercredi 9 décembre 2015

Les jeunes votent FN

Les jeunes voteraient FN (à 35%), d'après France Culture, hier. Les jeunes de 68 voulaient sortir du corset gaulliste, les jeunes modernes aspirent à l'ordre, ai-je entendu. Cela m'a rappelé un souvenir. 

L'an dernier, j'ai eu une surprise. J'ai entendu une classe de Master 2 de Dauphine, université du 16ème, parler à la fois : 1) classement international, implantations à l'étranger, cours systématiquement en anglais et 2) on nous donne des notes, mais on ne corrige plus nos devoirs, or, sans "flicage", sans "armée", sans autorité donc, la vie n'a pas de sens. 

J'ai interprété cela comme un désir d'URSS. Or, je voudrais que mes élèves soient des hommes libres ! J'aimerais qu'ils jouent dignement leur rôle de membre de l'entreprise. Mon enseignement cherche à leur faire découvrir les erreurs fatales à une entreprise ou à une carrière. Il veut encourager une forme d'esprit critique, "l'in quiétude", qui pour moi est la seule assurance sur la vie. Je veux aussi leur montrer que "s'ils veulent, ils peuvent". Pour que toutes ces idées soient comprises, il faut pratiquer, expérimenter. En outre, il n'y a pas une seule façon de faire, chacun doit trouver la voie qui lui va. Mon rôle est donc de fournir des conditions d'une prise de conscience. Ce qui sous-entend une forme de fermeté : reculer devant un obstacle est interdit. 

Ce que je comprends maintenant. Je ne dois pas ressembler aux autres enseignants. J'entendais un professeur d'histoire dire que l'Education nationale croit que l'élève en sait plus que ses professeurs, qu'il ne faut rien lui imposer. C'était peut-être de cela que me parlaient mes étudiants. 

Mais, paradoxalement, n'y aurait-il pas une forme de réaction du corps professoral ? On n'a jamais mis autant l'élève en notes et en équations. Exemple. Le Master2 dont il est question ici était auparavant un DESS. Ses créateurs l'avaient conçu pour que ce soit une année de réflexion sur l'entreprise et d'épanouissement de l'élève. Une sorte de récompense, une détente après des années de travail et de sélection. On y rencontrait tous types d'enseignements, des techniques de management aux sciences humaines. Alors que le contrôle de gestion, la spécialité du Master, consistait à "encadrer l'autonomie" de l'employé, aujourd'hui, on ne parle plus que de comptabilité et de tests. Du qualitatif on est passé au quantitatif. L'autorité y a changé de définition. De la "force tranquille" de la compétence, elle est devenue ligne un rien totalitaire ?

(Je me demande si ce que je dis du DESS ne correspondait pas à un principe de l'enseignement français. A une phase de sélection sauvage succédait une sorte de sas de ré acclimatation à la vie réelle, visant à corriger les biais induits par la phase précédente. Cela expliquerait pourquoi les grandes écoles semblaient ne rien enseigner. Peut-être aussi y a-t-il eu une forme de dérive ? Les enseignants initiaux étaient peut-être des modèles, ils sont devenus des tâcherons ?)