samedi 2 janvier 2016

Groupe et résolution de problèmes

Le groupe a une capacité bien supérieure à celle de l'individu de résoudre des problèmes ou de trouver des idées. Pourquoi l'utilise-t-on si peu ?

Quelques décennies de pratique en quelques repères :

Recruter un animateur 
Sans animateur un groupe ne donnera rien.

Le meilleur animateur de groupe que je connaisse me disait : il y a des gens qui savent animer un groupe, et d'autres pas. On peut s'améliorer, mais pas apprendre.

Pour trouver un animateur efficace, il faut chercher quelqu'un qui a déjà animé des groupes... (Le talent se voit dès la maternelle...) En fait, il y a deux types de compétences. 
  • Il y a celui qui sait faire que le groupe se comporte comme un groupe et pas comme un rassemblement d'individus. C'est généralement, mais pas toujours, un psychologue. Il connaît et joue sur les dynamiques de groupe. Les champions sont des catalyseurs. Ils agissent sans qu'on le sente. Par une phrase au bon moment, en encourageant d'un sourire un timide... Mais, j'ai observé que s'il sait faire fonctionner un groupe, il aura du mal à le guider dans la recherche des caractéristiques du siège auto objet de l'appel d'offres qui met l'entreprise sens dessus dessous. D'ailleurs, généralement, cela ne l'intéresse pas. C'est un professionnel des rites humains.
  • Le "ritualiste" doit être complété par le "rationnel". Celui-là identifie un objectif et utilise le groupe pour l'atteindre. Il mène une enquête. 
Ces deux compétences sont rarement réunies en une seule personne. 

Les étapes de la créativité 
Un travail de groupe passe par des phases caractéristiques, assez crispantes... 
  • Au début, on s'observe. C'est froid, poli et prudent. 
  • Puis, des idées commencent à émerger. Cela part presque par erreur. Une sorte de domino de réactions. Elles sont généralement conventionnelles. C'est une phase de compréhension. Elle est souvent destructive : on pense ridiculiser l'autre, parfois, mais on comprend vite que l'on ne comprend rien. La solution n'est pas évidente. (Et je suis beaucoup moins malin que je ne le croyais !)
  • Il y a alors une phase de vide et de doute. On est échec et mat... Et si l'on ne s'en sortait pas ?
  • Soudainement, une idée bête surgit. Bête mais lumineuse.
  • Les idées s'enchaînent. Une solution pratique se construit. 
Enseignement clé, selon moi. La phase de doute est probablement à l'origine de la créativité de groupe : le doute fait que les idées reçues déraillent pour tomber dans un territoire non exploré.

De ce fait, l'échec est toujours possible. Et, lorsque l'on est animateur, être sûr de soi est certainement la recette du désastre. Chaque animation de groupe est une mise en cause inconfortable, selon mon expérience. 

La constitution du groupe 
Ce qui est important pour constituer un bon groupe, en dehors de l'animation, est la personnalité des participants. Plus chacun est riche d'expérience, pratique, plus il est différent des autres, plus le groupe sera créatif. Et plus le processus sera difficile à démarrer... En conséquence, une seconde forme de diversité est utile : celle des comportements vis-à-vis de la prise de parole. On a besoin de gens qui démarrent, d'autres qui réagissent, et d'autres enfin dont le cerveau est mis en mouvement par cette agitation.

Bonne taille ? Six à dix personnes.

Créer les conditions pour qu'il n'y ait rien à faire
En fait, le critère de succès d'une animation de groupe n'est pas tant l'animation elle-même que les conditions dans lesquelles va évoluer le groupe. L'animateur ne doit avoir quasiment rien à faire. Il doit, simplement, intervenir, dès que l'état d'esprit du groupe n'est plus curieux. La préparation est donc critique. Elle doit déboucher sur :
  • Une question aussi simple que possible, et une formulation motivante de la question. 
  • La composition du groupe. 
  • L'animation.
  • La durée. C'est celle d'une longue réunion. On peut faire des miracles en deux heures. Et ce d'autant que la brièveté rend intelligent. Je me méfie des gens qui demandent une journée. Je les soupçonne d'être des ritualistes, des danseurs de pluie. Mais j'ai peut-être tort. 
(J'ai emprunté ma segmentation rationalité / ritualisme à Max Weber.)